Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

CARÊME II - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
abbesse bénédictine et docteur de l'Église
Le Livre des Œuvres divines, chap. 6 (in “Hildegarde de Bingen, Prophète et docteur pour le troisième millénaire” ; trad. P. Dumoulin ; Éditions des Béatitudes ; 2012 ; p. 202-203 ; rev.)
Contemple le visage de l’Amour céleste !
Dieu, Créateur de l’univers, façonna l’homme à son image et à sa ressemblance. En lui, il figura toutes les créatures, supérieures et inférieures. Il l’aima d’un tel amour qu’il lui réserva la place dont avait été expulsé l’ange déchu. Il lui attribua toute la gloire, tout l’honneur que cet ange avait perdus en même temps que son salut. Voilà ce que te montre le visage que tu contemples… cette figure symbolise l’Amour du Père céleste.
Elle est l’amour : au sein de l’énergie de la déité pérenne, dans le mystère de ses dons, elle est la merveille d’une insigne beauté. Si elle a l’apparence humaine, c’est que le Fils de Dieu a pris chair pour arracher l’homme à la perdition, grâce au service de l’amour. Voilà pourquoi ce visage est d’une telle beauté et d’une telle clarté : c’est celui de l’éternelle beauté, de l’éternel amour. Il te serait plus facile de contempler le soleil que de contempler ce visage. La profusion de l’amour, en effet, rayonne, étincelle d’une brillance si sublime, si fulgurante, qu’elle dépasse, d’une manière inconcevable à nos sens, tous les actes de la compréhension humaine qui, d’habitude, assurent dans l’âme la connaissance des sujets les plus divers.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n° 56 ; PG 58, 549
« Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts »
Jésus Christ a beaucoup parlé à ses disciples de ses souffrances, de sa Passion et de sa mort, et il leur a prédit les maux qu’ils endureraient eux-mêmes et la mort violente qu’on leur ferait souffrir un jour (Mt 16,21-26). C’est pourquoi, après leur avoir dit des choses si dures et si difficiles, il essaie de les consoler en évoquant les récompenses qu’il donnera quand il viendra dans la gloire de son Père (v. 27)… Par avance, autant qu’ils en étaient capables en cette vie, il veut leur montrer cette grande majesté dans laquelle il devait venir et prévenir ainsi le trouble et la douleur que ses apôtres, et particulièrement saint Pierre, pouvaient ressentir devant sa mort…
« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. » Pourquoi ne prend-il que ces trois apôtres ? Sans doute parce qu’ils dépassaient les autres. Saint Pierre, à cause de sa ferveur, son amour ; saint Jean, parce qu’il était le disciple que Jésus aimait (Jn 13,23) ; et saint Jacques, parce qu’il avait dit avec son frère : « Nous pouvons boire ton calice » (Mt 20,22), et parce qu’il a tenu sa parole par la suite (Ac 12,2)…
Pourquoi Jésus fait-il apparaître Moïse et Élie ?… On l’accusait sans cesse de violer la Loi et de blasphémer, s’appropriant une gloire qui ne lui appartenait pas, la gloire du Père… Voulant montrer donc qu’il ne violait pas la Loi et qu’il ne s’attribuait pas une gloire qui ne lui appartenait pas, Jésus invoque l’autorité des deux témoins les plus irréprochables : Moïse, qui avait donné la Loi…, et Élie, qui avait brûlé d’un zèle ardent pour la gloire et le service de Dieu (1R 19,10)… Il voulait aussi enseigner qu’il était le maître de la vie et de la mort, en faisant venir un homme qui était mort et un autre qui avait été transporté vivant par un char de feu (2R 2,11). Et il voulait révéler à ses disciples la gloire de sa croix, consoler Pierre et ses compagnons, effrayés par sa Passion, relever leur courage. Car Moïse et Élie parlaient avec lui de la gloire qu’il devait recevoir à Jérusalem (Lc 9,31), c’est-à-dire qu’ils parlaient de sa Passion, de sa croix, que les prophètes ont toujours appelée sa gloire.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Opera Omnia, p. 41 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 292)
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé »
Simon-Pierre dit : « Seigneur, il nous est bon d'être ici ! » Que dis-tu là, Pierre ? Si nous restons ici, qui donc réalisera les prédictions des prophètes ? Qui scellera les paroles des hérauts ? Qui mènera jusqu'à leur terme les mystères des justes ? Si nous restons ici, en qui s'accompliront ces paroles : « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ? À qui s'appliqueront ces mots : « Ils se sont partagé mes vêtements, ils ont tiré au sort ma tunique » ? (Ps 21, 17.19 ; Jn 19, 24) Qui réalisera l'annonce du psaume : « Pour nourriture, ils m'ont donné du fiel et dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre » ? (68, 22 ; Mt 27, 34 ; Jn 19, 29) Qui vivra l'expression : « Affranchi parmi les morts » ? (Ps 87, 6 hébr) Comment s'exécuteront mes promesses, comment construira-t-on l'Église ?
Et Pierre dit encore : « Faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie ». Envoyé pour bâtir l'Église dans le monde, Pierre veut dresser trois tentes sur la montagne. Il ne voit encore le Christ que comme homme, il le met de pair avec Moïse et Élie. Mais Jésus lui montre bientôt qu'il n'avait pas besoin de tente. C'était lui qui durant quarante ans, avait dressé pour les Pères, une tente de nuée quand ils séjournaient au désert (Ex 40, 34).
« Ils parlaient encore, et voici qu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ». La vois-tu, Simon, cette tente dressée sans effort ? Elle bannit la chaleur, sans comporter de ténèbres, tente brillante et resplendissante ! Tandis que les disciples s'étonnent, une voix venue du Père se fait entendre dans la nuée : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le ! »... Le Père apprenait aux disciples que la mission de Moïse était remplie : désormais, c'est le Fils qu'ils devront écouter. Le Père, sur la montagne révélait aux apôtres ce qui leur restait caché : « Celui qui est » révélait « Celui qui est » (Ex 3, 14), le Père faisait connaître son Fils.
ou
Saint Léon le Grand (? - vers 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 51 (trad. cf. SC 74 bis, p.29 et Véricel, p.211)
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé...; écoutez-le ! »
Les apôtres, qui devaient être affermis dans leur foi, ont reçu dans le prodige de la Transfiguration un enseignement propre à les amener à la connaissance de toutes choses. En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les prophètes, sont apparus en conversation avec le Seigneur... Comme le dit saint Jean : « La Loi a été communiquée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (1, 17).
L'apôtre Pierre était pour ainsi dire ravi en extase par le désir des biens éternels ; rempli de joie par une telle vision, il souhaitait habiter avec Jésus en un lieu où sa gloire ainsi manifestée le comblait de joie. Il dit donc : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ». Mais le Seigneur n'a pas répondu à cette proposition, voulant montrer non certes que ce désir était mauvais, mais qu'il était déplacé. Car le monde ne pouvait être sauvé que par la mort du Christ, et l'exemple du Seigneur invitait la foi des croyants à comprendre que, sans qu'il nous soit permis de douter du bonheur promis, nous devions pourtant, au milieu des tentations de cette vie, demander la patience plutôt que la gloire, car le bonheur du Royaume ne peut pas précéder le temps de la souffrance.
C'est pourquoi, comme il parlait encore une nuée lumineuse les a enveloppés, et voici que de la nuée une voix a proclamé : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon amour ; écoutez-le »... « Celui-ci est mon Fils, par qui tout a été fait et sans qui rien n'a été fait » (Jn 1, 3). Tout ce que je fais, il le fait pareillement ; tout ce que j'opère, il l'opère avec moi inséparablement, sans différence (Jn 5, 17-19)... Celui-ci est mon Fils, qui n'a pas retenu jalousement cette égalité qu'il avait avec moi, n'a pas revendiqué son droit, mais tout en demeurant dans ma gloire divine, s'est abaissé jusqu'à la condition de serviteur (Ph 2, 6s), pour mettre en œuvre notre dessein commun de la restauration du genre humain. Écoutez sans hésitation donc celui-ci, qui a toute ma faveur, dont l'enseignement me manifeste, dont l'humilité me glorifie, car il est la Vérité et la Vie (Jn 14, 6). Il est ma puissance et ma sagesse (1Co 1, 24). Écoutez-le, lui qui rachète le monde par son sang..., lui qui ouvre le chemin du ciel par le supplice de sa croix.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Sermon sur la Transfiguration (attrib.) 1,3-4 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 37)
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour »
Il les emmena sur la montagne pour leur montrer la gloire de sa divinité et leur faire connaître qu'il était le Rédempteur d'Israël, comme il l'avait montré par ses prophètes... Ils l'avaient vu manger et boire, se fatiguer et prendre du repos, s'assoupir et dormir, subir l'effroi jusqu'aux gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et ne convenir qu'à son humanité. Voilà pourquoi il les emmena sur la montagne, afin que le Père l'appelle son Fils et leur montre qu'il était vraiment son Fils, et qu'il était Dieu.
Il les emmena sur la montagne et Il leur montra sa royauté avant de souffrir, sa puissance avant de mourir, sa gloire avant d'être outragé et son honneur avant de subir l'ignominie. Ainsi, lorsqu'Il serait pris et crucifié, ses apôtres comprendraient qu'il ne l'avait pas été par faiblesse, mais par consentement et de plein gré pour le salut du monde.
Il les emmena sur la montagne et leur montra, avant sa résurrection, la gloire de sa divinité. Ainsi, lorsqu'il ressusciterait d'entre les morts dans la gloire de sa divinité, ses disciples reconnaîtraient qu'il ne recevait pas cette gloire en récompense de sa peine, comme s'il en avait besoin, mais qu'elle lui appartenait bien avant les siècles, avec le Père et auprès du Père, ainsi que lui-même le dit à l'approche de sa Passion volontaire : « Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde » (Jn 17,5).


CARÊME II - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur Marc, n°6, SC 494 (p. 165,167,161,172, trad. SC)
Le Christ, annoncé par la Loi et les prophètes, unique Sauveur du genre humain.
« Et Pierre répondit à Jésus : Rabbi il est bon que nous soyons ici. » Quand je lis les Écritures et que je comprends spirituellement quelque enseignement sublime, moi aussi je ne veux pas descendre de là, je ne veux pas descendre à des réalités plus humbles : je veux faire dans mon cœur une tente pour le Christ, la Loi et les prophètes. Mais Jésus qui est venu pour sauver ce qui était perdu, qui n’est pas venu pour sauver ceux qui sont saints mais ceux qui se portent mal, sait que, s’Il reste sur la montagne, s’Il ne redescend sur terre, le genre humain ne sera pas sauvé.
« Et aussitôt regardant tout autour d’eux, ils ne virent personne. » Quand je lis l’Évangile et que j’y vois des témoignages de la Loi et des prophètes, c’est le Christ seul que je considère : je n’ai vu Moïse, je n’ai vu les prophètes, que pour comprendre qu’ils parlaient du Christ. Lorsqu’enfin j’arrive à la splendeur du Christ et que j’aperçois en quelque sorte la lumière resplendissante du soleil éclatant, je ne peux voir la lumière d’une lanterne. Si l’on allume une lanterne en plein jour, peut-elle éclairer ? SI le soleil brille, la lumière d’une lanterne est invisible : ainsi, en présence du Christ, la Loi et les prophètes, en comparaison, sont totalement invisibles. Je ne critique pas la Loi et les prophètes, bien plutôt je les loue parce qu’ils annoncent le Christ ; mais je lis la Loi et les prophètes sans vouloir m’enfermer dans la Loi et les prophètes, mais afin de parvenir, à travers la Loi et les prophètes, au Christ. À Lui, avec le Père et l’Esprit Saint, gloire et majesté pour l’infinité des siècles des siècles. Amen.
ou
Anastase du Sinaï ( ?-après 700), moine
Homélie pour la fête de la Transfiguration (trad. cf bréviaire 06/08)
« Ils se demandaient entre eux ce que voulait dire : ' ressusciter d'entre les morts '«
Sur le mont Thabor, Jésus a fait voir à ses disciples une merveilleuse manifestation divine, comme une image préfigurative du Royaume des cieux. C'est exactement comme s'il leur disait : « Pour que le retard n'engendre pas en vous l'incrédulité, dès maintenant, immédiatement, vraiment je vous le dis, il y en a parmi ceux qui sont ici qui ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans la gloire de son père » (Mt 16,28)... Telles sont les merveilles divines de cette fête... Car c'est en même temps la mort et la fête du Christ qui nous rassemblent. Afin de pénétrer dans ces mystères avec ceux qui ont été choisis parmi les disciples, écoutons la voix divine et sainte qui, comme d'en haut..., nous convoque de façon pressante : « Venez, criez vers la montagne du Seigneur, au jour du Seigneur, vers le lieu du Seigneur et dans la maison de votre Dieu ». Écoutons, afin qu'illuminés par cette vision, transformés, transportés..., nous invoquions cette lumière en disant : « Qu'il est redoutable ce lieu ; il n'est moins de rien que la maison de Dieu et la porte du ciel » (Gn 28,17).
C'est donc vers la montagne qu'il faut nous hâter, comme l'a fait Jésus qui, là comme dans le ciel, est notre guide et notre avant-coureur. Avec lui nous brillerons pour les regards spirituels, nous serons renouvelés et divinisés dans la constitution de notre âme ; configurés à son image, comme lui, nous serons transfigurés -- divinisés pour toujours et transportés dans les hauteurs...
Accourons donc, dans la confiance et l'allégresse, et pénétrons dans la nuée, comme Moïse et Élie, comme Jacques et Jean. Comme Pierre, sois emporté dans cette contemplation et cette manifestation divines, sois magnifiquement transformé, sois transporté hors du monde, enlevé de cette terre. Laisse-là la chair, quitte la création et tourne-toi vers le Créateur à qui Pierre disait, ravi hors de lui-même : « Seigneur, il nous est bon d'être ici ! » Oui, Pierre, il est vraiment bon d'être ici avec Jésus, et d'y être pour toujours.
ou
Saint Ambroise (vers 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, VII, 9s (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 92 rev.)
« Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants »
Trois sont choisis pour gravir la montagne, deux pour apparaître avec le Seigneur... Pierre monte, lui qui a reçu les clés du Royaume des cieux, et Jean à qui sera confiée la Mère de Jésus, et Jacques qui montera le premier à la dignité d'évêque. Puis apparaissent Moïse et Élie, la Loi et la prophétie, avec le Verbe... Nous aussi, gravissons la montagne, implorons le Verbe de Dieu pour qu'il nous apparaisse dans sa « splendeur et sa beauté », qu'il « soit fort, s'avance en majesté et règne » (Ps 99, 4)...
Car si tu ne gravis pas la cime d'un savoir plus élevé, la Sagesse ne t'apparaît pas, la connaissance des mystères ne t'apparaît pas. Il ne t'apparaît pas quelle splendeur, quelle beauté est contenue dans le Verbe de Dieu, mais le Verbe de Dieu t'apparaît comme dans un corps « sans grâce ni beauté » (Is 53, 2). Il t'apparaît comme un homme meurtri, capable de souffrir nos infirmités (v.5) ; il t'apparaît comme une parole née de l'homme, couverte du voile de la lettre, ne resplendissant pas de la force de l'Esprit (cf 2Co 3, 6-17)...
Ses vêtements sont autres en bas de la montagne, autres là-haut. Peut-être que les vêtements du Verbe sont les paroles des Écritures, habillant pour ainsi dire la pensée divine , et comme il est apparu à Pierre, Jacques et Jean sous un autre aspect, son vêtement resplendissant de blancheur, de même, aux yeux de ton esprit, s'éclaire déjà le sens des divines Écritures. Les paroles divines deviennent donc comme neige, les vêtements du Verbe « d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir »...
Une nuée survint et les prit sous son ombre. Cette ombre est celle de l'Esprit divin ; elle ne voile pas le cœur des hommes, mais révèle ce qui est caché... Tu le vois : non seulement pour les commençants, mais aussi pour les parfaits et même pour les habitants des cieux, la foi parfaite c'est de connaître le Fils de Dieu.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Homélie 51/38, sur la Transfiguration (trad. cf SC 74 bis, p. 25s)
« Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu avant que le Fils de l'homme soit ressuscité »
Jésus voulait armer ses apôtres d'une grande force d'âme et d'une constance qui leur permettraient de prendre sans crainte leur propre croix, malgré sa rudesse. Il voulait aussi qu'ils ne rougissent pas de son supplice, qu'ils ne considèrent pas comme une honte la patience avec laquelle il devait subir une Passion si cruelle, sans perdre en rien la gloire de sa puissance. Jésus « prit donc Pierre, Jacques et Jean, et il monta avec eux sur une haute montagne », et là il leur a manifesté l'éclat de sa gloire. Même s'ils avaient compris que la majesté divine était en lui, ils ignoraient encore la puissance détenue par ce corps qui voilait la divinité...
Le Seigneur découvre donc sa gloire en présence des témoins qu'il avait choisis, et sur son corps, semblable à tous les autres corps, il répand une telle splendeur « que son visage parut brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la neige. » Sans doute cette transfiguration avait surtout pour but d'enlever du cœur de ses disciples le scandale de la croix, de ne pas bouleverser leur foi par l'humilité de sa Passion volontaire..., mais cette révélation fondait aussi dans son Église l'espérance qui devait la soutenir. Tous les membres de l'Église, son Corps, comprendraient ainsi quelle transformation devrait s'opérer en eux un jour, puisqu'il est promis aux membres de participer à l'honneur qui a resplendi dans la Tête. Le Seigneur lui-même avait dit en parlant de la majesté de son avènement : « Alors les justes brilleront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13,43). Et l'apôtre Paul affirme de son côté : « J'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8,18)... Il écrit aussi : « Car vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Lorsque le Christ paraîtra, lui qui est votre vie vous serez manifestés vous aussi, avec lui, dans la gloire » (Col 3,3-4).
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 51, 2-3, 5-8 : PL 54, 310-313 (trad. Orval rev.)
La gloire de la croix
Le Seigneur découvre sa gloire en présence de témoins choisis ; il répand sur son corps, d'ailleurs semblable au nôtre, une lumière si éclatante que son visage devient éblouissant comme le soleil et son vêtement aussi blanc que la neige. En se transfigurant de la sorte, il avait comme but d'abord d'enlever du cœur de ses disciples le scandale de la croix, pour que l'ignominie volontairement subie de sa mort ne trouble pas la foi de ceux qui auraient vu la grandeur de sa dignité cachée.
Mais il n'avait pas moins en vue de fonder l'espérance de la sainte Église, de sorte que les membres du corps du Christ comprennent quelle transformation s'opérerait un jour en eux, puisque chacun est appelé à partager un jour la gloire qu'ils ont vu briller par avance dans leur chef...
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,... ; écoutez-le. » Écoutez-le, lui qui ouvre le chemin du ciel et, par le supplice de la croix, vous prépare des degrés pour monter au Royaume. Pourquoi redoutez-vous d'être rachetés ? Pourquoi, blessés, craignez-vous d'être guéris ? Que ma volonté soit faite, comme le veut le Christ. Rejetez les craintes de ce monde et armez-vous de la constance qu'inspire la foi. Car il ne convient pas de redouter dans la Passion du Sauveur ce que, avec son secours, vous ne craindrez plus dans votre propre mort...
En ces trois apôtres, c'est l'Église entière qui a appris tout ce qu'ils ont vu de leurs yeux et perçu de leurs oreilles. Que s'affermisse donc la foi de tous, selon la prédication du saint Évangile, et que nul ne rougisse de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.


CARÊME II - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint François de Sales (1567-1622)
évêque de Genève et docteur de l'Église
Sermon pour le deuxième dimanche de carême , le 20 février 1622. (Œuvres de Saint François de Sales, Édition complète, Tome X : Sermons-Volume IV; Annecy Imprimerie Niérat 1898 p.240-243; rev.)
« Il est bon d’être ici. »
Les Apôtres virent donc alors la face du Seigneur plus reluisante et éclatante que le soleil, et cette clarté, cette gloire, s'épancha jusque sur ses vêtements pour nous montrer qu'il n'en était pas si chiche qu'il n'en fit part à ses habits mêmes et à ce qui était autour de lui. Il nous fit voir un petit échantillon du bonheur éternel et une goutte de cet océan et de cette mer d'incomparable félicité pour nous la faire désirer tout entière ; si bien que le bon Saint Pierre, qui parlait pour tous, comme devant être leur chef, s'écria tout ému de joie et de consolation : « Ô qu'il est bon d'être ici », j'ai vu, voulait-il dire, beaucoup de choses, mais il n'y a rien de si désirable que d'être en ce lieu.
Les trois disciples virent encore Moïse et Élie qu'ils n'avaient jamais vus et qu'ils reconnurent cependant très bien (…). Tous deux s'entretenaient avec notre divin Maître de son départ qui devait arriver en Jérusalem (Lc 9,31), départ qui n'est autre que la mort qu'il devait souffrir par amour ; puis soudain, après cet entretien, les Apôtres entendirent la voix du Père éternel disant : « C'est ici mon Fils bien aimé, écoutez-le. »
Je remarque premièrement qu'en la félicité éternelle nous nous connaîtrons tous les uns les autres, puisqu’en ce petit échantillon que le Sauveur donna à ses Apôtres il voulut qu'ils reconnussent Moïse et Élie qu'ils n'avaient jamais vus. Si cela est ainsi, ô mon Dieu, quel contentement recevrons-nous en voyant ceux que nous avons si chèrement aimés en cette vie ! (…) Les amitiés qui auront été bonnes dès cette vie se continueront éternellement en l'autre. Nous aimerons des personnes particulièrement, mais ces amitiés particulières n'engendreront point de partialités, car toutes nos affections prendront leur force de la charité de Dieu qui, les conduisant toutes, fera que nous aimerons chacun des Bienheureux de cet amour éternel dont nous aurons été aimés de la divine Majesté. (…)
Mais, en la Jérusalem céleste, de quel sujet parlerons-nous ? (…) Celui des miséricordes que le Seigneur nous a faites ici-bas, par lesquelles il nous a rendus capables d'entrer en la jouissance d'un bonheur tel que, seul, il nous suffit. Je dis seul, parce qu'en ce mot de félicité sont compris toutes sortes de biens, lesquels ne sont pourtant qu'un unique bien, qui est celui de la jouissance de Dieu en la félicité éternelle.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 51, 2-3, 5-8 ; PL 54, 310-313, SC 74 bis (trad. Orval rev.)
La gloire de la croix
Le Seigneur révèle sa gloire en présence de témoins choisis : il répand sur son corps, d'ailleurs semblable au nôtre, une lumière si éclatante que son visage devient éblouissant comme le soleil et son vêtement aussi blanc que la neige. En se transfigurant de la sorte, il avait comme but d'abord d'enlever du cœur de ses disciples le scandale de la croix, pour que la honte volontairement subie de sa mort ne trouble pas la foi de ceux qui auraient vu ainsi la grandeur de sa dignité cachée.
Mais il n'avait pas moins en vue de fonder l'espérance de la sainte Église, de sorte que les membres du corps du Christ comprennent quelle transformation se ferait un jour en eux, puisque chacun est appelé à partager un jour la gloire qu'ils ont vu briller par avance dans leur chef...
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé... ; écoutez-le.  Écoutez-le, lui qui ouvre le chemin du ciel et, par le supplice de la croix, vous prépare des marches pour monter au Royaume. Pourquoi redoutez-vous d'être rachetés ? Pourquoi craignez-vous d'être guéris, vous qui êtes blessés ? Que ma volonté soit faite, comme le veut le Christ. Rejetez les craintes de ce monde et armez-vous de la constance qu'inspire la foi. Car il ne convient pas de redouter dans la Passion du Sauveur ce que, avec son secours, vous ne craindrez plus dans votre propre mort... »
En ces trois apôtres, c'est l'Église entière qui a appris tout ce qu'ils ont vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles (cf 1Jn 1,1). Que donc la foi de tous devienne plus ferme par la prédication du saint Évangile, et que personne ne rougisse de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.
ou
Théophane de Céramée (12e siècle), moine basiléen
Homélie sur la Transfiguration ; PG 132, 1021s (trad. cf Pèlerinage patristique, DDB, p. 18s et coll. SO 39, Bellefontaine, p. 221)
« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13, 43)
L’heure de la Passion approchait… Or il ne fallait pas qu'à cette heure-là les disciples se trouvent ébranlés dans leur esprit ; il ne fallait pas que ceux qui, un peu plus tôt, avaient confessé par la voix de Pierre qu’il était le fils de Dieu (Mt 16, 16) aillent croire, en le voyant fixé à la croix comme un coupable, qu’il était un simple homme. C’est pourquoi il les a affermis par cette admirable vision.
Ainsi, quand ils le verraient trahi, en agonie, priant pour que soit détourné de lui le calice de la mort et traîné dans la cour du grand-prêtre, ils se souviendraient de la montée au Thabor et comprendraient que c'est de son plein gré qu'il est livré à la mort… Quand ils verraient les coups et les crachats sur sa face, ils ne seraient pas scandalisés, se remémorant son éclat qui surpassait le soleil. Quand ils le verraient revêtu par dérision du manteau de pourpre, ils se souviendraient que ce même Jésus avait été vêtu de lumière sur la montagne. Quand ils le verraient crucifié sur le gibet entre deux malfaiteurs, ils sauraient qu'il était apparu entre Moïse et Élie comme leur Seigneur. Quand ils le verraient enseveli en terre comme un mort, ils penseraient à la nuée lumineuse dont il avait été couvert.
Voilà donc un motif de la Transfiguration. Et peut-être y en a-t-il un autre : le Seigneur exhortait ses disciples à ne pas tenter d'épargner leur propre vie ; il leur disait : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et me suive » (Mt 16, 24). Mais renoncer à soi-même et aller au-devant d'une mort honteuse, cela semble difficile ; c’est pourquoi le Sauveur montre à ses disciples de quelle gloire seront jugés dignes ceux qui auront imité sa Passion. La Transfiguration n'est rien d'autre en effet que la manifestation par avance du dernier jour « où les justes resplendiront en présence de Dieu » (Mt 13, 43)
ou
Anastase du Sinaï ( ?-après 700), moine
Homélie sur la Transfiguration
« Moïse et Élie, apparus dans la gloire, parlaient avec lui de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem »
Aujourd'hui, sur le mont Thabor, est mystérieusement apparue la condition de la vie future et du Royaume de la joie. Aujourd'hui, de façon étonnante, les antiques messagers de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance sont rassemblés autour de Dieu sur la montagne, porteurs d'un mystère plein de paradoxe. Aujourd'hui, sur le mont Thabor, se dessine le mystère de la croix qui par la mort donne la vie : tout comme le Christ fut crucifié entre deux hommes sur le mont du Calvaire, ainsi se dresse-t-il dans la majesté divine entre Moïse et Élie. Et la fête d'aujourd'hui nous montre cet autre Sinaï, montagne combien plus précieuse que le Sinaï par ses merveilles et ses événements : elle dépasse par sa théophanie les visions divines figurées et obscures...
Réjouis-toi, ô Créateur de toutes choses, Christ Roi, Fils de Dieu tout resplendissant de lumière, qui as transfiguré à ton image toute la création et qui l'as recréée d'une façon meilleure... Et réjouis-toi, ô image du Royaume céleste, mont très saint du Thabor, qui surpasses en beauté toutes les montagnes ! Mont du Golgotha et mont des Oliviers, chantez ensemble une hymne et réjouissez-vous ; chantez le Christ d'une seule voix sur le mont Thabor et célébrez-le tous ensemble !


CARÊME II - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Tu es ce feu qui toujours brûle (Jésus Christ notre Résurrection, trad. A. Bernard, éd. du Cerf, 1980, p. 56-61)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36)
Ô amour ineffable ! Ô doux amour ! Ô feu éternel ! Tu es ce feu qui toujours brûle. Ô souveraine et éternelle Trinité, tu es la droiture sans défaut, la simplicité sans ombre ; tu es la sincérité sans déguisement possible. Dirige le regard de ta miséricorde sur tes créatures. Je comprends que la miséricorde t’appartient en propre, et de quelque côté que je me tourne, je ne trouve que ta miséricorde. Voilà pourquoi j’accours à toi, je crie devant ta miséricorde : ô Dieu, fais miséricorde au monde.
Tu veux, ô Père éternel, que nous te servions selon ta volonté et tu fixes toi-même les voies de tes serviteurs. C’est nous enseigner que nous ne pouvons d’aucune manière juger l’état intime d’une créature d’après ses œuvres extérieures, mais que nous devons nous en rapporter à ta volonté, surtout pour tes serviteurs unis à cette volonté et transformés en elle. Aussi est-il heureux le chrétien qui regarde dans ta lumière les voies et les œuvres infiniment variées de tes serviteurs : quelques sentiers que ceux-ci prennent, ils courent tous per le chemin de feu de ton amour, sinon ils ne suivraient pas réellement ta vérité. (…)
Ô Déité éternelle ! comme il est vrai que la miséricorde t’appartient en propre ! (…) Par miséricorde, aujourd’hui même, n’as-tu pas voulu me faire connaître à moi méprisable, que nous ne pouvons juger en rien des intentions de la créature raisonnable ? Car variées à l’infini sont les voies que tu leur traces à ton gré, comme tu me l’as montré par mon propre exemple. Grâce te soient rendues, ô mon Dieu !
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Le bon zèle (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 548-549 ; rev.)
« Donnez, et il vous sera donné » (Lc 6,38)
Le Christ Jésus ne laissera pas notre générosité sans récompense. N’est-ce pas lui-même, source de toute grâce comme de toute vérité, qui a dit : « Donnez, et il vous sera donné » (Lc 6,38) ? Celui qui donne au prochain reçoit à son tour de Dieu.
Il est des âmes qui n’avancent pas dans l’amour de Dieu, parce que Dieu se montre avare envers elle ; et Dieu ne se montre avare, que parce qu’elles-mêmes se montrent égoïstes et ne veulent pas se donner au Christ dans ses membres. (…) « On se servira envers vous de la même mesure que vous aurez employée pour les autres » (Lc 6,38). C’est là le secret de la stérilité spirituelle de plus d’une âme ; Dieu laisse dans leur isolement ceux qui s’entourent de précautions pour sauvegarder leur égoïste tranquillité : en se fermant au prochain, de telles âmes se ferment elles-mêmes à Dieu. Et comme Dieu est la source de toute grâce, comme sans lui nous ne pouvons rien pour la béatitude éternelle, que peut bien espérer une âme qui se ferme ainsi volontairement les avenues de la grâce ?
Dieu se laisse toucher par nos misères, mais à la condition que nous soyons nous-même sensibles aux misères et aux besoins de nos frères. (…) Donnons donc, sans réserve ; écoutons Notre-Seigneur qui nous dit : « Moi, qui suis Dieu, j’ai aimé ce prochain, je me suis livré pour lui, je l’appelle à la même béatitude éternelle que vous ; pourquoi ne pas l’aimer, sinon dans la mesure où je l’ai aimé, du moins, aussi ardemment que vous le pouvez, à cause de moi, et en moi ? »
ou
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
Joies venues de la Montagne (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 44-45 ; rev.)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36)
Être miséricordieux semblerait n’être pas un métier de tout repos.
C’est bien assez souffrir de ses misères sans avoir encore à souffrir la peine de ceux que nous rencontrons.
Notre cœur s’y refuserait s’il y avait d’autres moyens pour obtenir miséricorde.
Ne nous plaignons donc pas trop si nous avons souvent les larmes dans les yeux en croisant sur le chemin, tant de douleurs.
C’est par elles que nous savons ce qu’est la tendresse de Dieu…
Comme il faut des creusets solides pour porter le métal fondu,
tout possédé et travaillé par le feu,
il faut à Dieu des cœurs solides où puissent cohabiter, à l’aise,
nos sept misères en quête de guérison et l’éternelle miséricorde en mal de rédemption.
Et si notre cœur est souvent dégoûté de toucher de si près cette pâte à misère dont il ne sait jamais si elle est lui-même ou autrui, pour rien au monde il ne voudrait changer de tâche,
car il trouve sa joie à voisiner avec cet inlassable feu
qui démontre indéfiniment la dilection de Dieu.
Et nous avons si bien pris l’habitude de cette présence de feu,
que nous allons, spontanément, chercher tout ce qui peut lui permettre de brûler,
tout ce qui est petit et faible,
tout ce qui geint et pâtit,
tout ce qui pèche et rampe et tombe,
tout ce qui a besoin d’être guéri.
Et nous donnons en communion à ce feu qui brûle en nous tous ces gens douloureux que drainent nos rencontres, pour qu’il les touche et les guérisse.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Quatrième dimanche après la Pentecôte (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 53 )
La triple miséricorde
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). De même que la miséricorde du Père céleste à ton égard est triple, ta miséricorde envers ton prochain doit elle aussi être triple.
La miséricorde du Père est bonne, large et précieuse. « La miséricorde est bonne au temps de l’épreuve, dit Sirac, comme les nuages de pluie au temps de la sécheresse » (Si 35,26). Au temps de l’épreuve, lorsque l’esprit s’attriste à cause des péchés, Dieu infuse la pluie de la grâce qui est rafraîchissement pour l’âme et remet les péchés. Elle est large car au cours du temps elle s’étend dans les bonnes œuvres. Elle est précieuse dans les joies de la vie éternelle. « Je vais célébrer les grâces du Seigneur, les louanges du Seigneur, dit Isaïe, pour tout ce qu’il a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde » (Is 63,7).
Ta miséricorde envers ton prochain doit avoir, elle aussi, ces trois qualités : s’il a péché contre toi, pardonne-lui ; s’il s’est égaré du chemin de la vérité, instruis-le ; s’il a soif, restaure-le. « Par la foi et la miséricorde, les péchés sont purifiés », dit Salomon (cf. Pr 15,27 LXX). « Celui qui ramène le pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés », rappelle Jacques (Jc 5,20). « Heureux, dit le psaume, celui qui pense au pauvre et au faible » (Ps 40,2).
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Dives in Misericordia » § 14 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
Jésus Christ nous a enseigné que l'homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu'il est appelé à faire miséricorde aux autres : « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7)…
L'amour miséricordieux, dans les rapports humains, n'est jamais un acte ou un processus unilatéral. Même dans les cas où tout semblerait indiquer qu'une seule partie donne et offre, et que l'autre ne fait que prendre et recevoir…, en réalité, même celui qui donne en tire toujours avantage… En ce sens, le Christ crucifié est pour nous le modèle, l'inspiration et l'incitation la plus haute. En nous fondant sur ce modèle émouvant, nous pouvons en toute humilité manifester de la miséricorde envers les autres, sachant qu'il la reçoit comme si elle était témoignée à lui-même (Mt 25,34s)... Car elle est réellement un acte d'amour miséricordieux seulement lorsque, en la réalisant, nous sommes profondément convaincus que nous la recevons en même temps de ceux qui l'acceptent de nous. Si…cette réciprocité fait défaut, nos actions ne sont pas encore des actes authentiques de miséricorde ; la conversion, dont le chemin nous a été enseigné par le Christ dans ses paroles et son exemple jusqu'à la croix, ne s'est pas encore pleinement accomplie en nous, et nous ne participons pas encore complètement à la source magnifique de l'amour miséricordieux qui nous a été révélée en lui…
La miséricorde véritablement chrétienne est la plus parfaite incarnation de l'égalité entre les hommes, et donc aussi de la justice... L'égalité introduite [seulement] par la justice se limite au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l'amour et la miséricorde permettent aux hommes de se rencontrer entre eux dans cette valeur qu'est l'homme même, avec la dignité qui lui est propre… La miséricorde donc devient un élément indispensable pour façonner les rapports mutuels entre les hommes, dans un esprit de grand respect… Ainsi l'amour miséricordieux est indispensable surtout entre ceux qui sont les plus proches : entre les époux, entre parents et enfants, entre amis ; il est indispensable dans l'éducation et la pastorale.
ou
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 48
 
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
À mes yeux, la miséricorde [de Dieu], c'est l'amour qui œuvre avec douceur et plénitude de grâce, dans une compassion surabondante. Elle est à l'œuvre pour nous garder ; elle est à l'œuvre pour que toutes choses tournent pour notre bien. Elle permet, par amour, que nous défaillions, dans une certaine mesure. Autant nous défaillons, autant de fois nous tombons ; autant nous tombons, autant nous mourons... Cependant, l'œil doux de la pitié et de l'amour ne se détache jamais de nous ; l'œuvre de la miséricorde ne cesse pas.
J'ai vu quel est le propre de la miséricorde et j'ai vu quel est le propre de la grâce : ce sont deux aspects de l'œuvre d'un seul amour. La miséricorde est un attribut de compassion, provenant de la tendresse maternelle ; la grâce est un attribut de gloire, provenant de la puissance royale du Seigneur dans le même amour. La miséricorde œuvre pour garder, supporter, vivifier, et guérir : en tout cela elle est tendresse d'amour. La grâce fait œuvre pour élever et récompenser, infiniment au-delà de ce que méritent notre désir et notre labeur ; elle répand et manifeste la largesse que Dieu, notre souverain Seigneur, nous prodigue en sa merveilleuse courtoisie. Tout cela vient de l'abondance de son amour. Car la grâce change notre défaillance terrible en une consolation abondante et sans fin, la grâce change notre chute honteuse en un relèvement sublime et glorieux, la grâce change notre triste mourir en une vie sainte et bienheureuse.
Je l'ai vu en vérité : chaque fois que notre perversité nous conduit ici-bas à la douleur, la honte et l'affliction, au ciel la grâce, au contraire, nous conduit au réconfort, la gloire et la félicité. Et avec une telle surabondance qu'en arrivant là-haut pour y recevoir la récompense que la grâce y a préparée pour nous, nous remercierons et bénirons notre Seigneur, nous réjouissant sans fin d'avoir souffert de telles adversités. Et cet amour bienheureux sera de telle nature que nous connaîtrons en Dieu des choses que nous n'aurions jamais pu connaître sans être passés par ces épreuves.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Premier Sermon pour le quatrième dimanche après la Trinité, 1 (trad. Cerf 1991, p. 297 rev.)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
C'est une chose périlleuse et dangereuse qu'un homme en juge un autre ; chacun doit être attentif à se garder de ce péché. Car celui qui est la Vérité a dit : « C'est de la mesure avec laquelle vous avez mesuré que l'on se servira pour vous ». Si tu es grandement miséricordieux, tu trouveras grande miséricorde ; si tu l'es peu, tu n'en trouveras que peu ; si tu es sans miséricorde, tu n'en trouveras pas pour toi-même. On doit éprouver et exercer cette miséricorde intérieurement, dans sa volonté profonde, de telle sorte que l'on ressente une compassion profonde et sincère pour son prochain partout où on le voit souffrir, et que l'on demande à Dieu de tout notre cœur de le consoler.
Si tu peux le secourir extérieurement, par quelque conseil ou quelque don, par des paroles ou par des actes, tu le feras dans la mesure du possible. Si tu ne peux pas faire beaucoup, fais cependant quelque chose, que ce soit une œuvre de miséricorde intérieure ou extérieure : dis-lui au moins une bonne parole. De cette façon, tu t'acquittes de ce que tu lui dois, et tu trouveras un Dieu miséricordieux.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours, 1ère série, n°34 (trad. cf Touraille, DDB 1981, p. 215)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
Frère, je te recommande ceci : que la compassion l'emporte toujours dans ta balance, jusqu'à ce que tu ressentes en toi la compassion que Dieu éprouve pour le monde. Que cet état devienne le miroir dans lequel nous voyons en nous-mêmes la vraie « image et ressemblance » de la nature et de l'être de Dieu (Gn 1, 26). C'est par ces choses et par d'autres semblables que nous recevons la lumière, et qu'une claire résolution nous porte à imiter Dieu. Un cœur dur et sans pitié ne sera jamais pur (Mt 5, 8). Mais l'homme compatissant est le médecin de son âme ; comme par un vent violent il chasse hors de lui les ténèbres du trouble.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Il n’y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 65)
« Soyez miséricordieux comme votre Père »
Je suis habitée par le sentiment que sans cesse, partout, est revécue la Passion du Christ. Sommes-nous prêts à participer à cette Passion ? Sommes-nous prêts à partager les souffrances des autres, non seulement là où domine la pauvreté mais aussi partout sur la terre ? Il me semble que la grande misère et la souffrance sont plus difficiles à résoudre en Occident. En ramassant quelqu'un d'affamé dans la rue, en lui offrant un bol de riz ou une tranche de pain, je peux apaiser sa faim. Mais celui qui a été battu, qui ne se sent pas désiré, aimé, qui vit dans la crainte, qui se sait rejeté par la société, celui-là éprouve une forme de pauvreté bien plus profonde et douloureuse. Et il est bien plus difficile d'y trouver un remède.
Les gens ont faim de Dieu. Les gens sont avides d'amour. En avons-nous conscience ? Le savons-nous ? Le voyons-nous ? Avons-nous des yeux pour le voir ? Si souvent, notre regard se promène sans se poser. Comme si nous ne faisions que traverser ce monde. Nous devons ouvrir nos yeux, et voir.
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662), moine et théologien
La vie ascétique, 40-42 ; PG 90, 912 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 108)
« La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous »
Ayant appris de l'Écriture ce qu'est la crainte du Seigneur et quels sont sa bonté et son amour, convertissons-nous à lui de tout notre cœur... Gardons ses commandements ; aimons-nous les uns les autres de tout notre cœur. Appelons nos frères même ceux qui nous haïssent et nous détestent, afin que le nom du Seigneur soit glorifié et manifesté dans toute son allégresse. Nous qui nous éprouvons les uns les autres, pardonnons-nous mutuellement... Ne portons pas envie aux autres et si nous sommes en butte à la jalousie, ne devenons pas féroces. Montrons-nous plutôt pleins de compassion les uns pour les autres, et par notre humilité guérissons-nous les uns les autres. Ne médisons pas, ne nous moquons pas, car nous sommes membres les uns des autres.
Aimons-nous les uns les autres et nous serons aimés de Dieu ; soyons patients les uns avec les autres et il se montrera patient avec nos péchés. Ne rendons pas le mal pour le mal et nous ne recevrons pas ce que nous méritons pour nos péchés. Car nous obtenons le pardon de nos péchés en pardonnant à nos frères, et la miséricorde de Dieu est cachée dans la miséricorde envers le prochain... Tu le vois, le Seigneur nous a donné le moyen de nous sauver et il nous a donné le pouvoir céleste de devenir fils de Dieu.
ou
Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Lettre aux Corinthiens, 49-50 (trad. AELF rev.)
« Soyez miséricordieux comme votre Père »
Celui qui a l'amour dans le Christ, qu'il pratique les commandements du Christ. Ce lien en quoi consiste l'amour de Dieu, qui pourra l'expliquer ? Qui peut exprimer la grandeur de sa beauté ? Les hauteurs où nous porte l'amour sont indicibles. L'amour nous unit à Dieu ; il « couvre une multitude de péchés » (1P 4,8)... C'est dans l'amour que le Maître nous a fait venir à lui. C'est à cause de son amour pour nous que Jésus Christ notre Seigneur a donné son sang pour nous, selon le dessein de Dieu, offrant sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies.
Vous voyez, mes bien-aimés, combien l'amour est quelque chose de grand et d'admirable ; il est impossible d'expliquer sa perfection. Qui pourrait y atteindre, sinon ceux à qui Dieu en a fait la grâce ? Prions-le donc, et demandons à sa miséricorde de nous trouver dans l'amour, loin de toute acception de personnes, irréprochables. Depuis Adam jusqu'à aujourd'hui, toutes les générations ont disparu ; mais ceux qui, par la grâce de Dieu, ont obtenu la perfection de l'amour demeurent dans le séjour des saints, qui seront manifestés lorsque le Christ apparaîtra dans son règne...
Heureux sommes-nous, mes bien-aimés, si nous accomplissons les commandements de Dieu dans la concorde qui vient de l'amour, pour que nos péchés soient pardonnés à cause de l'amour.
ou
Youssef Bousnaya (v. 869-979), moine syrien
Vie et doctrine de Rabban Youssef Bousnaya par Jean Bar Kaldoum (trad. Chabot in Deseille, Évangile au désert, Cerf 1999, p. 325)
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
La miséricorde est l'image de Dieu, et l'homme miséricordieux est, en vérité, un Dieu habitant sur la terre. De même que Dieu est miséricordieux pour tous, sans distinction aucune, de même l'homme miséricordieux répand ses bienfaits sur tous également.
Mon fils, sois miséricordieux et répands des bienfaits sur tous, afin de t'élever au degré de la divinité... Prends garde de te laisser séduire par cette pensée que tu pourrais trouver attrayante : « Il vaut mieux que je sois miséricordieux pour celui qui est attaché à la foi que pour celui qui nous est étranger ». Ce n'est pas là la miséricorde parfaite imitant Dieu qui répand ses bienfaits sur tous, sans jalousie, « qui fait également lever son soleil et descendre sa pluie sur les bons et sur les méchants » (Mt 5,45)...
« Dieu est amour » (1Jn 4,8) ; son essence est amour, et son amour est son essence même. Par son amour, notre Créateur a été poussé à produire notre création. L'homme qui possède la charité, c'est vraiment Dieu au milieu des hommes.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Les Degrés de l'humilité et de l'orgueil, §12
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »
Le Christ a en une seule personne deux natures, l'une selon laquelle il a toujours été, l'autre selon laquelle il a commencé d'être. Selon son être éternel, il connaît toujours toutes choses, mais en tant que né dans le temps, il a appris beaucoup de choses. C'est pourquoi, quand il a commencé d'être dans le temps, fait de chair, il a commencé à connaître les misères de la chair, à les connaître selon ce genre de connaissance qui vient de la faiblesse de la chair.
Il aurait été plus heureux et plus sage pour nos premiers parents de ne pas acquérir cette connaissance, car pour l'acquérir il leur a fallu passer par la folie et le malheur. Mais Dieu leur créateur, venant à la recherche de ce qui s'était perdu, a eu pitié de son œuvre et est venu les trouver : miséricordieusement, il est descendu lui-même jusqu'où ils étaient misérablement tombés. Il a voulu éprouver en sa propre personne ce qu'ils souffraient pour avoir agi contre lui, non pas, bien sûr, poussé par la curiosité comme eux, mais par une charité admirable ; non pour rester dans le malheur avec eux, mais pour devenir miséricordieux et les délivrer de leur misère .
Le Christ est donc devenu miséricordieux, non de cette miséricorde qu'il avait déjà, dans son bonheur de toute éternité, mais de celle qu'il a trouvée dans notre vêtement de chair, en traversant lui-même la misère.


CARÊME II - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la science spirituelle, chap. IX ; SC 54 (Conférences VIII-XVII ; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 194-195)
« prompt à écouter, lent à parler » (Jc 1,19)
Soyez en tout « prompt à écouter, lent à parler » (Jc 1,19), de peur que la remarque de Salomon ne se vérifie à votre sujet : « Si tu vois un homme prompt en paroles, sache qu’il y a plus d’espérance dans l’insensé qu’en lui. » (Pr 29,20 LXX)
N’ayez point la présomption d’enseigner rien à personne, que vous ne l’ayez d’abord pratiqué vous-même. C’est l’ordre que Notre Seigneur nous apprend à suivre par son exemple : « Il faisait, puis il enseignait » (cf. Ac 1,1), est-il dit de lui. Prenez garde, en vous précipitant à enseigner avant d’avoir pratiqué, d’être mis au nombre de ceux dont le Seigneur déclare à ses disciples, dans l’Évangile : « Ils lient des fardeaux pesants et impossibles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes ; mais ils ne veulent pas les remuer du bout du doigt. » (Mt 23,4) « Celui qui viole l’un des moindres commandements et se mêle d’enseigner les hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. » (Mt 5,19) Mais alors, que sera-t-il fait de celui qui ose enseigner les préceptes nombreux et plus graves qu’il néglige ? Ce n’est plus assez de dire qu’il est le dernier dans le royaume des cieux ; il gagne la première place au supplice de la géhenne.
Gardez-vous donc de vous laisser entraîner à donner des leçons aux autres par l’exemple de quelques-uns. Ils ont acquis de l’habileté à discourir, une parole aisée qui semble couler de source ; et parce qu’ils savent disserter élégamment et avec abondance sur tout sujet qu’il leur plaît, il passent pour posséder la science spirituelle aux yeux de ceux qui n’ont pas appris à en discerner le véritable caractère. Mais c’est tout autre chose, d’avoir quelque facilité de parole et de l’éclat dans le discours, ou d’entrer jusqu’au cœur et à la moelle des paroles célestes, et d’en contempler du regard très pur du cœur les mystères profonds et cachés. Ceci, la science humaine ne l’obtiendra pas, ni la culture du siècle, mais la seule pureté de l’âme, par l’illumination du Saint-Esprit.
ou
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
§ 79, psaume 40 (Méditations sur les psaumes ; éd. Nouvelle Cité, 2002 ; p. 203)
« Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères » (Mt 23,8)
« Vous n’avez tous qu’un Père qui est Dieu : vous êtes tous des frères. » Vous nous le dites nettement, mon Seigneur Jésus : tous les hommes forment une grande famille ; tous sont frères, Dieu est le Père commun : tous doivent avoir les uns pour les autres les pensées, les paroles, les actes qu’un bon père veut que ses enfants aient entre eux.
L’amour que le meilleur des pères veut voir régner entre ses enfants, voilà l’amour que nous devons à tous les hommes, à chacun des hommes, sans exception. Et notre modèle, Jésus, nous en donne l’exemple : c’est Dieu qui vient sur la terre nous montrer sous la forme humaine comment il veut que chaque homme aime les autres hommes. Que fait Jésus ? Il vit trente-quatre ans et il donne son sang au milieu des plus affreux tourments pour la sanctification et le salut de tous les hommes, non seulement de tous en général mais de chacun en particulier, en sorte qu’il n’est aucun homme dont on ne doive dire : cet homme, Jésus est mort pour le sauver et le sanctifier. Après le précepte de l’amour fraternel, voici l’exemple comme l’a donné Jésus. Comme le dit S. Paul, « c’est votre frère, que le Christ a racheté à si grand prix ! » (cf. 1 Co 6, 20)
Tout homme est notre vrai frère en Dieu, et tout homme a été tant aimé et estimé si haut par Jésus qu’il est mort pour lui. Tout homme doit nous apparaître comme un frère, et un frère couvert comme d’un manteau du Sang de Jésus.
ou
Isaac le Syrien (7e siècle), moine près de Mossoul
Discours ascétiques, 1ère série n°49 (trad. DDB 1981, p.273)
« Qui s'abaissera sera élevé »
La providence de Dieu, qui veille à donner à chacun de nous ce qui lui est bon, a mené à nous toutes choses pour nous porter à l'humilité. Car si tu t'enorgueillis des grâces de la providence, celle-ci t'abandonne, et tu retombes... Sache donc qu'il ne t'appartient pas, ni à toi ni à ta vertu, de résister aux tendances mauvaises, mais que seule la grâce te tient dans sa main, pour que tu ne craignes pas... Gémis, pleure, souviens-toi de tes fautes au temps de ton épreuve afin d'être délivré de l'orgueil et d'acquérir l'humilité. Cependant ne désespère pas. Prie Dieu humblement de pardonner tes péchés.
L'humilité, même sans les œuvres, efface beaucoup de fautes. Mais au contraire les œuvres sans elle ne servent à rien ; elles nous préparent même bien des maux. Obtiens donc par l'humilité le pardon de tes injustices. Ce que le sel est à toute nourriture, l'humilité l'est à toute vertu. Elle peut briser la force de nombreux péchés... Si nous la possédons, elle fait de nous des fils de Dieu, et elle nous mène à Dieu sans même le secours des œuvres bonnes. C'est pourquoi en dehors d'elle toutes nos œuvres sont vaines, sont vaines toutes les vertus, et sont vaines toutes les peines.
ou
Saint Paschase Radbert ( ?-v. 849), moine bénédictin
Commentaire sur l'évangile de Matthieu, 10, 23 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 153 rev.)
« Vous n'avez qu'un seul maître, le Christ »
Si quelqu'un trouve bon de désirer une haute charge dans l'Église (cf 1Tm 3,1), qu'il désire l'œuvre que celle-ci permet de réaliser et non l'honneur qui lui est attaché ; qu'il désire aider et servir tous les hommes, plutôt qu'être aidé et servi par tous. Car le désir d'être servi procède de l'orgueil, comme celui des pharisiens, et le désir de servir naît de la sagesse et de l'enseignement du Christ. Ceux qui cherchent les honneurs pour eux-mêmes sont ceux qui s'élèvent, et ceux qui se réjouissent d'apporter leur aide et de servir sont ceux qui s'abaissent pour que le Seigneur les élève.
Le Christ n'a pas parlé ici de celui que le Seigneur élève, mais il a dit : « Celui qui s'élève lui-même sera abaissé », de toute évidence par le Seigneur. Il n'a pas parlé non plus de celui que le Seigneur abaisse, mais il a dit : « Celui qui s'abaisse volontairement sera élevé », en conséquence, par le Seigneur... Ainsi, à peine le Christ s'est-il réservé tout particulièrement le titre de « maître » qu'il invoque la règle de sagesse en vertu de laquelle « celui qui veut devenir grand doit être le serviteur de tous » (Mc 10,43)... Cette règle, il l'avait exprimée en d'autres termes : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29).
Dès lors, quiconque veut être son disciple ne doit pas tarder à apprendre cette sagesse du Christ, car « tout disciple accompli sera comme son maître » (Lc 6,40). Au contraire, celui qui aura refusé d'apprendre la sagesse enseignée par le Maître, loin de devenir un maître, ne sera même pas un disciple.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, p. 3s
« Qui s’abaissera sera élevé »
Je ne crois pas qu’il existe quelqu’un qui ait besoin du secours et de la grâce de Dieu autant que moi. Parfois je me sens si désarmée, si faible. C’est pour cela, je crois, que Dieu se sert de moi. Puisque je ne peux pas compter sur mes propres forces, je me tourne vers lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et si la journée comptait encore plus d’heures, j’aurais besoin de son aide et de sa grâce toutes ces heures durant. Tous nous devons nous accrocher à Dieu par la prière. Mon secret est très simple : je prie. Par la prière, je deviens une dans l’amour avec le Christ. J’ai compris que le prier, c’est l’aimer…
Les gens ont faim de la Parole de Dieu qui apportera la paix, qui apportera l’unité, qui apportera la joie. Mais on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. C’est pour cela qu’il faut approfondir notre vie de prière. Sois sincère dans tes prières. La sincérité, c’est l’humilité, et on n’acquiert l’humilité qu’en acceptant les humiliations. Tout ce qui a été dit sur l’humilité ne suffira pas à te l’enseigner. Tout ce que tu as lu sur l’humilité ne suffira pas à te l’enseigner. On n’apprend l’humilité qu’en acceptant les humiliations, et tu rencontreras l’humiliation tout au long de ta vie. La plus grande des humiliations est de savoir qu’on n’est rien ; voilà ce qu’on apprend lorsqu’on se retrouve face à Dieu dans la prière.
Souvent un regard profond et fervent sur le Christ constitue la meilleure des prières : je le regarde et il me regarde. Dans le face-à-face avec Dieu, on ne peut que savoir qu’on n’est rien et qu’on n’a rien.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
T, 54 (trad. Une Pensée, Mediaspaul 1991, p. 84)
« Qui s'abaissera sera élevé »
Ne cesse pas de faire des actes d'humilité et d'amour à l'égard de Dieu et des hommes ; car Dieu parle à celui qui tient son cœur humble devant lui, et il l'enrichit de ses dons.
Si Dieu te réserve les souffrances de son Fils et veut te faire toucher du doigt ta propre faiblesse, mieux vaut faire acte d'humilité que perdre courage. Fais monter vers Dieu une prière d'abandon et d'espérance quand ta fragilité cause ta chute, et remercie le Seigneur de toutes les grâces dont il t'enrichit.
ou
Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
II, 2 « S'abandonner à Dieu en esprit d'humilité » (trad. Ravinaud, Mediaspaul 2000, p. 69)
« Qui s'abaissera sera élevé »
Peu importe de savoir qui est avec toi ou contre toi ; prends plutôt soin que Dieu soit avec toi dans toutes tes pensées et tes actions. Garde la conscience pure, et Dieu te défendra...
Si tu sais te taire et souffrir, tu recevras le secours de Dieu. Il connaît le temps et la façon de te délivrer ; abandonne-toi donc à lui. C'est à lui de t'aider et te libérer de toute confusion.
Il est souvent utile, pour nous maintenir dans une plus grande humilité, que les autres connaissent nos défauts et qu'ils nous les reprochent.
Quand un homme reconnaît humblement ses défauts, il désarme aisément ses ennemis et gagne sans peine ceux qui lui en voulaient.
Dieu protège l'homme au cœur humble : il l'aime et le réconforte, il se penche vers lui, le comble de sa grâce et le fait enfin participer à sa gloire. C'est à lui qu'il révèle ses secrets ; il l'invite et l'attire à lui avec douceur.
Les affronts ne troublent pas la paix de l'homme humble, parce qu'il s'appuie sur Dieu et non sur des êtres mortels.
Ne t'imagine pas avoir accompli quelque progrès si tu te crois encore supérieur à ton prochain.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, co-patronne de l’Europe
Dialogues, ch. 4 (trad. Seuil 1953, p. 37 rev)
« Qui s’abaissera sera élevé »
[Dieu a dit à sainte Catherine :] Tu demandes à me connaître et à m'aimer, moi, la Vérité suprême. Voici la voie pour qui veut arriver à me connaître parfaitement et me goûter, moi la Vérité éternelle : ne sors jamais de la connaissance de toi-même et, abaissée que tu seras dans la vallée de l'humilité, c'est en toi-même que tu me connaîtras. C'est dans cette connaissance que tu puiseras tout ce qui te manque, tout ce qui t'est nécessaire. Nulle vertu n'a de vie en elle-même si elle ne la tire de la charité ; or l'humilité est la nourrice et la gouvernante de la charité. Dans la connaissance de toi-même tu deviendras humble, puisque tu y verras que tu n'es rien par toi-même et que ton être vient de moi puisque je vous ai aimés avant que vous n’ayez existé. C'est à cause de cet amour ineffable que j'ai eu pour vous que, voulant vous re-créer de nouveau par la grâce, je vous ai lavés et re-créés dans le sang répandu par mon Fils unique avec un si grand feu d'amour.
Seul ce sang, lui seul, fait connaître la vérité à celui qui a dissipé la nuée de l'amour-propre par cette connaissance de soi-même. C'est alors que, dans cette connaissance de moi-même, l'âme s'embrase d'un amour ineffable, et c'est à cause de cet amour qu'elle éprouve une douleur continuelle. Non pas une douleur qui l'afflige ou la dessèche (loin de là, puisqu'au contraire elle la féconde) mais parce qu'ayant connu ma vérité, ses propres fautes, l'ingratitude et l'aveuglement du prochain, elle en ressent une douleur intolérable. Elle ne s'afflige que parce qu'elle m'aime, car si elle ne m'aimait pas elle ne s'affligerait pas.
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-405), moine
Troisième Homélie, 1-3 ; PG 34, 467-470 (trad. Orval)
La vie communautaire : « Vous êtes tous frères »
Quoi qu'ils fassent, les frères doivent se montrer charitables et joyeux les uns avec les autres. Celui qui travaille parlera ainsi de celui qui prie : « Le trésor que mon frère possède, je l'ai, moi aussi, puisqu'il nous est commun. » De son côté, celui qui prie dira de celui qui lit : « Le bénéfice qu'il tire de sa lecture m'enrichit, moi aussi. » Et celui qui travaille dira encore : « C'est dans l'intérêt de la communauté que j'accomplis ce service. »
Les multiples membres du corps ne forment qu'un seul corps et ils se soutiennent mutuellement en remplissant chacun sa tâche. L'œil voit pour tout le corps ; la main travaille pour les autres membres ; le pied, en marchant, les porte tous ; un membre souffre dès qu'un autre souffre. Voilà comment les frères doivent se comporter les uns avec les autres (cf. Rm 12, 4-5). Celui qui prie ne jugera pas celui qui travaille parce qu'il ne prie pas. Celui qui travaille ne jugera pas celui qui prie... Celui qui sert ne jugera pas les autres. Au contraire, chacun, quoi qu'il fasse, agira pour la gloire de Dieu (cf. 1Co 10,31 ; 2Co 4,15)...
Ainsi une grande concorde et une sereine harmonie formeront « le lien de la paix » (Ép 4,3), qui les unira entre eux et les fera vivre avec transparence et simplicité sous le regard bienveillant de Dieu. L'essentiel, évidemment, c'est de persévérer dans la prière. D'ailleurs une seule chose est requise : chacun doit posséder en son cœur ce trésor qu'est la présence vivante et spirituelle du Seigneur. Qu'il travaille, prie ou lise, chacun doit pouvoir se dire en possession de ce bien impérissable qu'est le Saint Esprit.
ou
Les Sentences des Pères du désert (4e-5e siècles)
Macaire 11 (trad. Solesmes 1966, p. 217)
« Qui s'abaisse sera élevé »
Un jour, Abba Macaire revenait du marais à sa cellule en portant des feuilles de palmier. Sur le chemin le diable vint à sa rencontre avec une faux de moissonneur : il voulut l'en frapper, mais sans succès. Le diable lui dit alors : « Macaire, je souffre bien des tourments à cause de toi, car je ne peux pas te vaincre. Pourtant, je fais tout ce que tu fais : tu jeûnes, et moi je ne mange jamais ; tu veilles, et moi je ne dors pas du tout. Il n'y a qu'un seul point sur lequel tu me bats ». « Lequel ? » demanda Macaire. « C'est ton humilité qui m'empêche de te vaincre ».

suivant