Mercredi du temps de Noël après l'Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er Sermon pour l’Épiphanie
« Il vient à eux vers la fin de la nuit »
« Voici manifestées la bonté et la bienveillance, l’humanité de Dieu notre Sauveur » (Tt 3,4 Vulg). Rendons grâce à Dieu qui nous donne sa consolation en abondance, dans cet état de pèlerins qui est le nôtre, dans cet exil, dans cette misère d’ici-bas… Avant que n’apparaisse son humanité, sa bonté aussi demeurait cachée. Certes, elle existait auparavant, car « la miséricorde du Seigneur est de toujours » (Ps 102,17). Mais comment aurions-nous pu savoir qu’elle était si grande ? Elle faisait l’objet d’une promesse, non d’une expérience. Voilà pourquoi beaucoup n’y croyaient pas…
Mais maintenant, les hommes peuvent croire à ce qu’ils voient, car « les témoignages du Seigneur sont vraiment sûrs » ; et pour qu’ils ne soient cachés de personne, « il a dressé sa tente en plein soleil » (Ps 92,5 ; 18,5). Voici que la paix n’est plus promise mais envoyée, non plus remise à plus tard mais donnée, non plus prophétisée mais proposée. Voici que Dieu a envoyé sur terre le trésor de sa miséricorde, ce trésor qui doit être ouvert par la Passion, pour répandre le prix de notre salut qui y est caché… Car si ce n’est qu’un petit enfant qui nous a été donné (Is 9,5), « en lui habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2,9). À la plénitude des temps, elle est venue dans la chair pour être visible à nos yeux de chair, et qu’en voyant son humanité, sa bienveillance, nous reconnaissions sa bonté… Est-il rien qui prouve mieux sa miséricorde que de voir qu’il a pris notre misère ? « Qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu tiennes tellement à lui, et pour que ton cœur s’attache à lui ? » (Ps 143,3 ; Jb 7,17 Vulg)
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
« Lead, Kindly Light », Verses on Various Occasions (trad. L. Bouyer in Newman : Sa vie sa spiritualité; Éd. Cerf, 1952)
« Il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer »
Conduis-moi, douce lumière,
Parmi l'obscurité qui m'environne, conduis-moi !
La nuit est sombre, et je suis loin du foyer, conduis-moi !
Garde mes pas ;
Je ne demande pas à voir les scènes éloignées :
Un seul pas est assez pour moi.
Je n'ai pas toujours été ainsi :
Je n'ai pas toujours prié que tu me conduises ;
J'aimais choisir et voir mon chemin, mais maintenant conduis-moi.
J'aimais le jour éclatant, et, malgré mes craintes,
L'orgueil dominait mon vouloir :
Ne te souviens pas des années passées.
Aussi longtemps que ta puissance m'a béni,
Aussi longtemps elle me conduira encore,
À travers landes et marécages, rochers et torrents,
Jusqu'à ce que la nuit s'achève
Et qu'avec ce matin sourient ces visages angéliques
Que j'ai longtemps aimés et perdus pour une heure.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Commentaire sur l'Évangile de Matthieu, 14, 13-14 (trad. SC 258, p. 27 rev.)
« Il vient à eux vers la fin de la nuit »
« Après cela, il ordonna à ses disciples de monter dans la barque jusqu'à ce qu'il disperse lui-même les foules ; et, la foule dispersée, il monta pour prier et, le soir venu, il était seul » (Mt 14,22-23). Pour donner la raison de ces faits, il faut faire des distinctions de temps. S'il est seul le soir, cela montre sa solitude à l'heure de la Passion, quand la panique a dispersé tout le monde. S'il ordonne à ses disciples de monter dans la barque et de traverser la mer, pendant qu'il renvoie lui-même les foules et, celles-ci une fois renvoyées, s'il monte sur une montagne, c'est qu'il leur ordonne d'être dans l'Église et de naviguer par la mer, c'est-à-dire ce monde, jusqu'à ce que, revenant dans son avènement de gloire, il rende le salut à tout le peuple qui sera le reste d'Israël (cf Rm 11,5)...et que ce peuple rende grâce à Dieu son Père et s'établisse dans sa gloire et sa majesté...
« Il vient à eux vers la fin de la nuit, à la quatrième veille. » Dans l'expression « quatrième veille de la nuit » on trouve le nombre correspondant aux marques de sa sollicitude. En effet, la première veille a été celle de la Loi, la seconde celle des prophètes, la troisième celle de son avènement corporel, la quatrième se place à son retour glorieux. Mais il trouvera l'Église déclinante et cernée par l'esprit de l'Antéchrist et toutes les agitations de ce monde ; il viendra au plus fort de l'anxiété et des tourments... Les disciples seront dans l'effroi même à l'avènement du Seigneur, redoutant les images de la réalité déformées par l'Antéchrist et les fictions qui s'insinuent dans le regard. Mais le Seigneur qui est bon leur parlera aussitôt, chassera leur peur et leur dira : « C'est moi », dissipant, par la foi en son avènement, la crainte du naufrage menaçant.
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Lettres (dans Lemaire, Beauchesne 1963 ; cf AELF)
« Confiance ! C'est moi »
Les navires ont tous une aiguille marine [une boussole], laquelle étant touchée de l'aimant regarde toujours l'étoile polaire, et encore que la barque s'en aille du côté du midi, l'aiguille marine ne laisse pourtant pas de regarder toujours à son nord.
Ainsi, que la fine pointe de l'esprit regarde toujours à son Dieu, qui est son nord... Vous allez prendre la haute mer du monde ; ne changez pas pour cela de patron [cadran], ni de mât, ni de voile, ni d'ancre, ni de vent. Ayez toujours Jésus Christ pour patron, sa croix pour arbre, sur lequel vous étendez vos résolutions en guise de voile ; que votre ancre soit une profonde confiance en lui, et allez à la bonne heure. Veuille à jamais le vent propice des inspirations célestes enfler de plus en plus les voiles de votre vaisseau et vous faire heureusement surgir au port de la sainte éternité...
Que tout se renverse sens dessus dessous, je ne dis pas seulement autour de nous, mais je dis en nous, c'est-à-dire que notre âme soit triste, joyeuse, en douceur, en amertume, en paix, en trouble, en clarté, en ténèbres, en tentations, en repos, en goût, en dégoût, en sécheresse, en tendreté, que le soleil la brûle ou que la rosée la rafraîchisse, ah, il faut pourtant qu'à jamais et toujours la pointe de notre cœur, notre esprit, notre volonté supérieure, qui est notre boussole, regarde incessamment et tende perpétuellement à l'amour de Dieu.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Der Gott Jesu Christi (trad. Le Dieu de Jésus Christ, Fayard 1977, p.82)
« Voyant qu'ils se débattaient avec les rames..., il vient à eux vers la fin de la nuit »
Les apôtres traversent le lac. Jésus seul est à terre, tandis qu'ils s'épuisent à ramer sans pouvoir avancer, car le vent est contraire. Jésus prie et dans sa prière il les voit s'efforcer à avancer. Il vient donc à leur rencontre. Il est clair que ce texte est rempli de symboles ecclésiologiques : les apôtres sur la mer et contre le vent, et le Seigneur auprès du Père. Mais ce qui est déterminant c'est que dans sa prière, lorsqu'il est « auprès du Père », il n'est pas absent ; bien au contraire, en priant il les voit. Quand Jésus est auprès du Père, il est présent à l'Église. Le problème de l'avènement final du Christ est ici approfondi et transformé de manière trinitaire : Jésus voit l'Église dans le Père et, par la puissance du Père et par la force de son dialogue avec lui, il est présent auprès d'elle. C'est justement ce dialogue avec le Père lorsqu'il « est sur la montagne » qui le rend présent, et inversement. L'Église est pour ainsi dire objet de l'entretien entre le Père et le Fils, donc elle-même ancrée dans la vie trinitaire.
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N° 7 (Les Odes de Salomon; coll. Quand vous prierez; trad. Joseph Guirau et A.-G. Hamman; Desclée de Brouwer, 1981, p. 23 rev.)
« Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur »
Ma joie, c'est le Seigneur,
et mon élan se porte vers lui.
Belle est ma route vers le Seigneur,
car il est mon soutien.
Il s'est fait connaître lui-même dans sa simplicité,
sa bienveillance a diminué pour moi sa grandeur.
Il s'est fait semblable à moi pour que je le reçoive ;
il s'est fait semblable à moi pour que je le revête.
Je n'ai pas été effrayé en le voyant,
car il est ma miséricorde.
Il a pris ma nature pour que je le comprenne,
et mon visage pour que je ne me détourne pas de lui.
Celui qui donne la connaissance est le Verbe, la Parole, de la connaissance.
Lui qui a créé la sagesse est plus sage que tout ce qu'il a créé.
Lui qui m'a créé, il savait avant que je ne sois
ce que je ferais quand j'existerais.
À cause de cela il a eu pitié dans sa miséricorde,
il m'a accordé que je prie
et que je reçoive de son sacrifice.
Oui, Dieu est impérissable,
il est la plénitude des mondes et leur Père.
Il s'est manifesté aux siens,
pour qu'ils connaissent celui qui les a faits,
et ne s'imaginent plus tirer d'eux-mêmes leur origine.
Il a ouvert une route à la connaissance,
il l'a élargie, prolongée et conduite à sa perfection.
Il a posé sur elle les empreintes de sa lumière,
et ses traces, du début jusqu'au terme,
car elle est son œuvre.
Il a mis tout son amour dans le Fils.
À cause de son salut, il exercera sa toute-puissance,
et le Très-Haut sera connu par ses saints,
pour annoncer la venue du Seigneur à ceux qui chantent,
afin qu'ils aillent à sa rencontre
et lui chantent dans la joie.
Jeudi du temps de Noël après l'Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Something Beautiful for God, p. 74
« L'Esprit du Seigneur est sur moi »
L'Esprit de Dieu est dans mon cœur,
Il m'a appelé et m'a mis à part.
J'ai trouvé ce que je dois faire,
Ce que je dois faire
« Il m'a envoyé porter de bonnes nouvelles aux pauvres,
Dire aux prisonniers qu'ils ne sont plus emprisonnés,
Dire aux aveugles qu'ils peuvent voir,
Et donner la liberté aux opprimés.
Et aller dire à tous la nouvelle que le royaume de Dieu est arrivé,
Et aller dire à tous la nouvelle que le règne de Dieu est arrivé. »
Tout comme le Père m'a envoyé,
Moi aussi je vous envoie être
Mes témoins dans le monde entier,
Partout, dans le monde entier.
Ne mets pas grand-chose dans ton balluchon,
Ce n'est pas la peine de porter deux chemises.
Le travailleur peut gagner ce qu'il lui faut,
Peut gagner ce qu'il lui faut.
Ne t'inquiète pas de ce qu'il faudra dire,
Ne t'inquiète pas, parce que ce jour-là
L'Esprit de Dieu parlera dans ton cœur,
Parlera dans ton cœur.
(Références bibliques : Ga 1,15 ; Jn 20,21 ; Lc 10,4-7 ; Mt 10,20)
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, III, 17 (trad. Cerf 19898, p. 356)
« L'Esprit du Seigneur est sur moi »
« L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint » (Is 61, 1). C'est lui l'Esprit dont le Seigneur disait : « Car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 20). De même encore, lorsqu'il donnait à ses disciples le pouvoir de faire renaître les hommes en Dieu, il leur disait : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28, 19). En effet, il avait promis par les prophètes de répandre cet Esprit dans les derniers temps sur ses serviteurs et ses servantes afin qu'ils prophétisent (Jl 3, 1-2).
Voilà pourquoi cet Esprit est descendu sur le Fils de Dieu devenu Fils de l'homme : par là, il s'accoutumait à demeurer dans le genre humain, à reposer sur les hommes, à résider dans l'ouvrage modelé par Dieu. Il réalisait en eux la volonté du Père et les renouvelait en les faisant passer de leur ancien mode de vie à la nouveauté du Christ.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 695
« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction »
Les symboles de l'Esprit Saint : l'onction. Le symbolisme de l'onction d'huile est significatif de l'Esprit Saint, jusqu'à en devenir le synonyme. Dans l'initiation chrétienne, elle est le signe sacramentel de la Confirmation, appelée justement dans les Églises d'Orient « Chrismation ». Mais pour en saisir toute la force, il faut revenir à l'onction première accomplie par l'Esprit Saint : celle de Jésus. « Christ » ( « Messie » à partir de l'hébreu) signifie « oint » de l'Esprit de Dieu.
Il y a eu des « oints » du Seigneur dans l'Ancienne Alliance, le roi David éminemment. Mais Jésus est l'oint de Dieu d'une manière unique : l'humanité que le Fils assume est totalement « ointe de l'Esprit Saint ». Jésus est constitué « Christ » par l'Esprit Saint. La Vierge Marie conçoit le Christ de l'Esprit Saint qui, par l'ange, l'annonce comme Christ lors de sa naissance et pousse Syméon à venir au Temple voir le Christ du Seigneur. C'est lui qui emplit le Christ et dont la puissance sort du Christ dans ses actes de guérison et de salut.
C'est lui enfin qui ressuscite Jésus d'entre les morts. Alors, constitué pleinement « Christ » dans son humanité victorieuse de la mort, Jésus répand à profusion l'Esprit Saint jusqu'à ce que « les saints » constituent, dans leur union à l'humanité du Fils de Dieu, « cet Homme parfait... qui réalise la plénitude du Christ » : « le Christ total », selon l'expression de saint Augustin.
(Références bibliques : 1Jn 2,20.27 ; 2Co 1,21 ; 1S 16,13 ; Lc 4,18-19 ; 1,35 ; 2,11 ; 2,26-27 ; 4,1 ; 6,19 ; Rm 1,4 ; Ac 2,36 ; Ep 4,13)
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur saint Luc, n°32 (trad. cf SC 87, p. 386-392)
« Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui »
Lorsque tu lis que Jésus « enseignait dans leurs synagogues et que tous célébraient ses louanges », prends garde d'estimer heureux ceux qui ont entendu le Christ alors et de te considérer comme privé d'enseignement. Car si l'Écriture est véridique, le Seigneur n'a pas seulement parlé autrefois dans les assemblées des juifs mais aujourd'hui aussi dans notre assemblée, et non seulement ici maintenant, mais dans les assemblées du monde entier... Aujourd'hui Jésus est davantage « célébré par tous » qu'au temps où il n'était connu que dans une seule région...
« Le Seigneur m'a envoyé, dit-il, porter la bonne nouvelle aux pauvres. » Les pauvres signifient les païens ; en effet, ils étaient pauvres, ne possédant rien : ni Dieu, ni Loi, ni prophètes, ni justice, ni aucune force. Pourquoi Dieu l'a-t-il envoyé comme messager aux pauvres ? Pour « annoncer aux captifs la délivrance » -- captifs, nous l'étions : prisonniers enchaînés si longtemps, assujettis au pouvoir de Satan. Et pour « annoncer aux aveugles qu'ils verront la lumière », car sa parole rend la vue aux aveugles...
« Jésus replia le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui ». Maintenant encore, si vous le voulez, ici dans notre assemblée, vous pouvez fixer les yeux sur le Sauveur. Lorsque tu diriges le regard le plus profond de ton cœur à contempler la Sagesse et la Vérité, le Fils unique de Dieu, tu as les yeux fixés sur Jésus. Bienheureuse cette assemblée dont l'Écriture dit que « tous avaient les yeux fixés sur lui » ! Comme je voudrais que notre assemblée mérite ce même témoignage, et que les yeux de tous, catéchumènes et fidèles, femmes, hommes et enfants, voient Jésus avec les yeux de l'âme ! Car lorsque vous l'aurez contemplé, votre visage et votre regard seront illuminés de sa lumière et vous pourrez dire : « La lumière de ton visage a mis sa marque sur nous, Seigneur » (Ps 4,7 LXX).
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
De la sainte Trinité, 42 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 154)
« L'Esprit du Seigneur est sur moi »
« Aujourd'hui s'accomplit cette parole de l'Écriture que vous venez d'entendre : ' L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction ' » (Is 61,1). C'est comme si le Christ disait : Parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction, j'ai dit, oui, j'ai vraiment dit, et je le dis encore maintenant : L'Esprit du Seigneur est sur moi. Où donc, à quel moment le Seigneur m'a t-il donné l'onction ? Il me l'a donnée quand j'ai été conçu, ou mieux, il me l'a donnée afin que je sois conçu dans le sein de ma mère. Car ce n'est pas de la semence d'un homme qu'une femme m'a conçu, mais une vierge m'a conçu de l'onction de l'Esprit Saint. C'est alors que le Seigneur m'a marqué de l'onction royale ; il m'a consacré roi par l'onction et, au même moment, il m'a consacré prêtre. Une deuxième fois, dans le Jourdain, le Seigneur m'a consacré par ce même Esprit...
Et pourquoi l'Esprit du Seigneur est-il sur moi ? ... « Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs gémissants et meurtris » (Is 61,1). Il ne m'a pas envoyé pour les fiers et « les bien portants », mais comme « un médecin, pour les malades » et les cœurs meurtris. Il ne m'a pas envoyé « pour les justes » mais « pour les pécheurs » (Mc 2,17). Il a fait de moi « un homme de douleurs, un homme ayant l'expérience de la faiblesse » (Is 53,3), un homme « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). « Il m'a envoyé annoncer aux prisonniers la délivrance, aux captifs la liberté »... À quels prisonniers ou plutôt de quelle prison dois-je annoncer la délivrance ? À quels captifs annoncer la liberté ? Depuis que « par un seul homme, le péché est entré dans le monde et, par le péché, la mort » (Rm 5,12) tous les hommes sont prisonniers du péché, tous les hommes sont captifs de la mort... « J'ai été envoyé pour consoler tous les affligés de Sion, tous ceux qui s'affligent d'avoir été, à cause de leurs péchés, sevrés et séparés de leur mère, la Sion d'en haut (Ga 4,26)... Oui, je les consolerai en leur donnant « un diadème de gloire au lieu des cendres » de la pénitence, « l'huile de joie », c'est-à-dire la consolation de l'Esprit Saint « au lieu de la douleur » de se trouver orphelin et exilé, et « un habit de fête », c'est-à-dire « au lieu du désespoir », la gloire de la résurrection (Is 61,3).
ou
Rituel du baptême et Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymne n°3 sur l’Épiphanie (trad. cf coll. Spi. Or. 70, Bellefontaine, p. 31)
« Le Seigneur m’a consacré par l’onction »
Prière pour l’onction après le baptême : « Par le baptême, le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus Christ, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Tu fais maintenant partie de son peuple : il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi. »
Comme votre rang est élevé !
Tandis que la pécheresse a oint
Les pieds de son Seigneur, comme une servante (Lc 7,38),
Pour vous, c’est le Christ lui-même
Qui par ses ministres, comme un serviteur,
Marque vos corps par l’onction baptismale.
Le Seigneur des brebis trouve convenable
De mettre en personne son signe sur ses servants…
Refrain :
Voici que le Christ signe avec l’huile
Ses agneaux nouveaux dans le baptême.
L’huile qu’Élie a fait abonder (1R 17,14)
Était un aliment pour la bouche ;
Le vase de la veuve, en effet,
N’était pas la corne de l’onction (1S 16,1).
Mais l’huile dont notre Seigneur vous a oints
N’est pas une nourriture :
Elle transforme le pécheur, ce loup du dehors,
En agneau, membre de son troupeau (Mt 7,15)…
Quand la colombe a apporté la branche d’olivier (Gn 8,11),
C’était le symbole de l’onction baptismale :
Tous dans l’arche se sont hâtés vers elle,
Puisqu’elle apportait une bonne nouvelle de rédemption.
Vous aussi, hâtez-vous vers cette huile sainte ;
Que vos corps fautifs se réjouissent,
Car elle apporte la Bonne Nouvelle de la rédemption…
Lorsque David a été oint, mes frères (1S 16,13),
L’Esprit est descendu,
A discerné le cœur de ce brave et y a trouvé ses délices.
Le parfum de cette huile est devenu celui de son cœur ;
L’Esprit a fait sa demeure en lui et en lui a chanté (1S 16,23).
Mais votre onction à vous est plus grande,
Puisque le Père, le Fils et le Saint Esprit
Sont descendus et sont venus habiter en vous…
L’huile de grand prix que Marie
A versé sur la tête de notre Seigneur
A exhalé son parfum dans toute la maison (Jn 12,3).
Le parfum de votre onction, lui aussi,
Se répand et s’exhale jusqu’aux cieux.
Là il fait les délices des anges d’en haut ;
Satan trouve son odeur insupportable ;
Pour Dieu son arôme est doux…
Venez, brebis, recevez votre signe
Qui chasse ceux qui veulent vous dévorer !
Venez, agneaux, recevez votre signe,
Car votre signe est vérité…
Cette vérité, comme elle ressemble
À un grand arbre qui répand son ombre… :
Les nations sont venues s’abriter dans ses branches (Mt 13,32),
Elles ont cueilli ses fruits et s’en sont rassasié.
ou
Liturgie romaine
Rituel de la confirmation : l'imposition des mains
« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a consacré par l'onction »
Dieu très bon,
Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur,
regarde ces baptisés sur qui nous imposons les mains :
Par le baptême, tu les as libérés du péché,
tu les as fait renaître de l'eau et de l'Esprit (Jn 3,4).
Comme tu l'as promis,
répands maintenant sur eux ton Esprit Saint.
Donne-leur en plénitude
l'Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus :
esprit de sagesse et d'intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et d'affection filiale (Is 11,2) ;
remplis-les de l'esprit d'adoration.
Par Jésus Christ, notre Sauveur,
qui est vivant pour les siècles des siècles.
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
De Trinitate ; PL 167, 787.789.791
« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction »
Cette huile dont notre Seigneur le Fils de Dieu a été oint -- et c'est pourquoi on l'appelle « l'Oint », Messie en hébreu et Christos en grec -- cette huile est le Saint Esprit ; et l'onction des rois, des prêtres et des prophètes n'en était qu'un signe, un indice matériel... L'Église a reçu l'Esprit Saint dans les patriarches, les rois et les prophètes, avant que ne soit oint le Saint des saints, le Grand Pontife, Jésus Christ, Fils de Dieu...
Le sacerdoce antique, symbole du sacerdoce nouveau, est consacré d'abord par l'huile, mais ensuite par le sang, parce que le Grand Pontife du Tabernacle vrai et céleste (Hé 9,11s) a été consacré d'abord par l'Esprit Saint, puis par son propre sang.
Vendredi du temps de Noël après l'Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », § 54-55 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
Un lépreux réintégré à la société
Le regard de la foi chrétienne a apporté de nombreux bienfaits à la cité des hommes pour leur vie en commun ! Grâce à la foi, nous avons compris la dignité unique de chaque personne, qui n’était pas si évidente dans le monde antique. Au deuxième siècle, le païen Celse reprochait aux chrétiens ce qui lui paraissait une illusion et une tromperie : penser que Dieu avait créé le monde pour l’homme, le plaçant au sommet de tout le cosmos… Au centre de la foi biblique, se trouve l’amour de Dieu, sa sollicitude concrète pour chaque personne, son dessein de salut qui embrasse toute l’humanité et la création tout entière, et qui atteint son sommet dans l’incarnation, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Quand cette réalité est assombrie, il vient à manquer le critère pour discerner ce qui rend la vie de l’homme précieuse et unique. L’homme perd sa place dans l’univers et s’égare dans la nature en renonçant à sa responsabilité morale, ou bien il prétend être arbitre absolu en s’attribuant un pouvoir de manipulation sans limites.
La foi…, en nous révélant l’amour du Dieu Créateur, nous fait respecter davantage la nature, en nous faisant reconnaître en elle une grammaire écrite par lui et une demeure qu’il nous confie, afin que nous en prenions soin et la gardions. Elle nous aide à trouver des modèles de développement qui ne se basent pas seulement sur l’utilité et sur le profit, mais qui considèrent la création comme un don dont nous sommes tous débiteurs.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
1er Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 27 rev.)
« Jésus étendit la main et la toucha »
« Le Christ dit en entrant dans le monde : ' Tu n'as voulu ni sacrifice, ni oblation, mais tu m'as formé un corps. Alors j'ai dit : Voici que je viens pour faire ta volonté '« (He 10,5-7 ; Ps 40,7-9 LXX). Est-il bien vrai que pour nous sauver dans notre misère...et pour conquérir notre amour, Dieu a voulu se faire homme ? Tellement vrai que c'est un article de foi : « Pour nous les hommes et pour notre salut il descendit du ciel...et s'est fait homme » (Credo)... Oui, voilà ce que Dieu a fait pour se faire aimer de nous... C'est ainsi qu'il a voulu nous manifester la grandeur de son amour pour nous : « La grâce de Dieu notre Sauveur s'est manifestée à tous les hommes » (Tt 2,11). « L'homme ne m'aime pas, semble avoir dit le Seigneur, parce qu'il ne me voit pas. Je vais me rendre visible, converser avec lui, je m'en ferai sûrement aimer » : « il est apparu sur la terre, et il a conversé avec les hommes » (Ba 3,38).
L'amour de Dieu pour l'homme est immense, immense de toute éternité : « Je t'ai aimé d'un amour éternel ; c'est pourquoi je t'ai attiré dans ma miséricorde » (Jr 31,3). Mais on n'avait pas encore vu combien il est grand, incompréhensible ; quand le Fils de Dieu s'est fait contempler sous la forme d'un enfant couché sur la paille dans une étable, il s'est vraiment manifesté : « Dieu notre Sauveur a fait paraître sa bonté et son amour pour les hommes » (Tt 3,4). « La création du monde, observe saint Bernard, a fait resplendir la puissance de Dieu, le gouvernement du monde, sa sagesse ; mais l'incarnation du Verbe a fait éclater sa miséricorde à tous les yeux »...
« En méprisant Dieu, dit saint Fulgence, l'homme s'était séparé de lui pour toujours ; et comme l'homme ne pouvait plus retourner à Dieu, Dieu a daigné venir le trouver sur la terre. » Saint Augustin avait déjà dit : « Nous ne pouvions pas aller au médecin ; c'est pourquoi le médecin a eu la bonté de venir jusqu'à nous ».
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 7 (trad. cf. Vorreux, Éds franciscaines 1951, p. 572)
« Jésus étendit la main et le toucha »
Un jour que François priait dans la solitude et que, emporté par sa ferveur, il était tout absorbé en Dieu, le Christ en croix lui est apparu. À cette vue, « son âme s'est fondue » (Ct 5, 6) et le souvenir de la Passion du Christ l'a percé si profondément qu'à partir de ce moment il pouvait difficilement se retenir de pleurer et de soupirer lorsqu'il venait à penser au Crucifié ; lui-même en a fait un jour l'aveu peu de temps avant sa mort. Et voilà comment il a compris que c'était à lui que s'adressait la parole de l'Évangile : « Si tu veux venir après moi, renonce à toi-même, prends ta croix et suis-moi » (Mt 16, 24).
Il s'est abandonné dès lors à l'esprit de pauvreté, au goût de l'humilité et aux élans d'une piété profonde. Alors que jadis non seulement la compagnie, mais la vue d'un lépreux, même de loin, le secouait d'horreur, il se mettait dorénavant, avec une parfaite insouciance pour lui-même, à leur rendre tous les services possibles, toujours humble et très humain, à cause du Christ crucifié qui, selon la parole du prophète, a été considéré et « méprisé comme un lépreux » (Is 53, 3).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°25, 1-3 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 100-101)
« Jésus étendit la main, le toucha et dit : ' Sois purifié ' »
Jésus ne dit pas simplement : « Je le veux, sois guéri ». Mieux encore : « Il étendit la main et le toucha ». Voilà qui est digne d'attention. Puisqu'il le guérissait par un acte de sa volonté et par une parole, pourquoi l'a-t-il touché de la main ? Pas pour une autre raison, me semble-t-il, que pour montrer qu'il n'est pas inférieur, mais supérieur à la Loi, et que désormais, rien n'est impur pour quelqu'un de pur... La main de Jésus n'est pas devenue impure au contact du lépreux ; au contraire, le corps du lépreux a été purifié par la sainteté de cette main. C'est que le Christ est venu non seulement guérir les corps, mais élever les âmes à la sainteté : il nous enseigne ici à avoir soin de notre âme, à la purifier, sans nous préoccuper des ablutions extérieures. La seule lèpre à craindre, c'est celle de l'âme, c'est-à-dire le péché...
Quant à nous, rendons grâce à Dieu continuellement. Remercions-le non seulement pour les biens qu'il nous a donnés, mais encore pour ceux qu'il a accordés aux autres ; nous pourrons ainsi détruire l'envie, entretenir et accroître notre amour du prochain.
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Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 71)
« Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : ' Je le veux, sois purifié ' »
Oh, que j'admire cette main ! Cette « main de mon Bien-Aimé, d'or rehaussé de pierreries » (Ct 5,14). Cette main dont le contact délie la langue du muet, ressuscite la fille de Jaïre (Mc 7,33 ;5,41) et purifie le lépreux. Cette main dont le prophète Isaïe nous dit : « Elle seule a fait tous ces prodiges ! » (66,2)
Étendre la main, c'est donner un présent. Ô Seigneur, étends ta main -- cette main que le bourreau étendra sur la croix. Touche le lépreux et fais-lui largesse. Tout ce que ta main touchera sera purifié et guéri. « Il toucha l'oreille de Malchus, dit saint Luc, et le guérit » (22,51). Il étend la main pour accorder au lépreux le don de la santé. Il dit : « Je le veux, sois guéri » et aussitôt la lèpre est guérie ; « tout ce qu'il veut il le fait » (Ps 113B,3). En lui, rien ne sépare vouloir et accomplir.
Or, cette guérison instantanée, Dieu l'opère chaque jour dans l'âme du pécheur par le ministère du prêtre. Le prêtre a un triple office : il doit étendre la main, c'est-à-dire prier pour le pécheur et avoir pitié de lui ; il doit le toucher, le consoler, lui promettre le pardon ; il doit vouloir ce pardon et le donner par l'absolution. Tel est le triple ministère pastoral que le Seigneur confie à Pierre quand il lui dit par trois fois : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21,15s).
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Saint Éphrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymnes sur le paradis, IV, 3-5 ; SC 137 (trad. R. Lavenant; Éd. du Cerf 1968; p. 64-65)
« Je le veux, sois purifié »
Dieu, dans le peuple hébreu, en donna le symbole :
Quiconque dans le camp était atteint de lèpre
En était expulsé et banni au-dehors.
Mais si, guérie sa lèpre, il avait trouvé grâce,
Alors, avec l'hysope, avec le sang et l'eau purifié par le prêtre,
Il retournait chez lui, rentrant en héritage (Lv 14,1s).
Adam était tout pur dans le Jardin splendide,
Mais il eut lèpre affreuse au souffle du Serpent.
Le Jardin pur le rejeta, le chassa de son sein,
Mais le Grand Prêtre alors (He 9,11) de là-haut le voyant
Jeté dehors, daigna descendre jusqu'à lui,
Le purifia par son hysope (cf Jn 19,29) et le fit rentrer en Paradis.
Adam nu était beau : mais sa femme diligente
Peina à lui tisser un habit de souillures.
Le Jardin le voyant, et le trouvant hideux, dehors le repoussa.
Mais pour lui par Marie fut faite une tunique neuve.
Vêtu de cette parure et selon la promesse, le Larron resplendit :
Et le Jardin, revoyant en son image Adam, l'embrassa (Lc 23,43).
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Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
7ème homélie sur les Nombres (trad SC 29, p. 134)
La lèpre de la médisance
Aaron et Myriam ont dénigré Moïse, et pour cela ont été châtiés ; Myriam a même été frappée de la lèpre (Nb 12,1.10)... « Celui qui dénigre en secret son prochain, je le poursuivrai » dit un psaume (100,5). À l'aide de ces condamnations de la divine Écriture, « comme par une épée à double tranchant » (He 4,12), retranchons ce vice, évitons de médire de nos frères et d'outrager les saints, car une lèpre frappe les détracteurs et les médisants...
Ce ne sont pas seulement les juifs qui ont dénigré Moïse ; ce sont aussi les hérétiques, ceux qui ne reçoivent pas la Loi et les prophètes. Ils ont l'habitude de l'accuser, de dire que Moïse fut homicide parce qu'il a tué l'Égyptien (Ex 2,12), et de lancer bien d'autres blasphèmes tant contre lui que contre les prophètes. À cause de ces critiques, ils ont une lèpre dans leur âme ; ils sont lépreux dans « l'homme intérieur » (Ep 3,16) et pour cette raison sont « exclus du camp » de l'Église (Lv 13,46). Ainsi donc hérétiques qui insultent Moïse ou membres de l'Église qui dénigrent leurs frères et médisent de leur prochain ont également, à n'en pas douter, une âme lépreuse.
Grâce à l'intervention du grand prêtre Aaron, Myriam a été guérie le septième jour (Nb 12,15) ; mais nous, si nous sommes atteints pour cause de médisance de la lèpre de l'âme, nous garderons cette lèpre et resterons impurs jusqu'à la fin de la semaine de ce monde, c'est-à-dire jusqu'à la résurrection ; à moins que nous ne nous corrigions au temps de la pénitence, que nous nous tournions vers le Seigneur Jésus, que nous le suppliions et soyons par notre pénitence purifiés.
Samedi du temps de Noël après l'Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Jean Scot Érigène ( ?-v. 870), bénédictin irlandais
Homélie sur le prologue de l'Évangile de Jean, ch. 16 (trad. SC 151, p. 281 rev.)
« Il faut qu'il grandisse, et moi, que je diminue »
« Jean n'était pas la Lumière, mais il a été envoyé pour rendre témoignage à la Lumière. » (Jn 1, 8) Le précurseur de la Lumière n'était pas la Lumière. Pourquoi alors l'appelle-t-on couramment « lampe qui brûle » (Jn 5, 35) et « étoile du matin » ? Il était une lampe qui brûle et qui éclaire mais le feu dont il brûlait n'était pas le sien, la lumière dont il brillait n'était pas la sienne. Il était l'étoile du matin, mais il ne tirait pas de lui-même sa propre lumière : la grâce de celui dont il était le précurseur brûlait et resplendissait en lui. Il n'était pas la lumière, mais il participait à la lumière ; ce qui brillait en lui et par lui n'était pas de lui...
En effet, aucune créature, qu'elle soit douée de raison ou douée d'intelligence, n'est pas lumière par elle-même en sa propre substance ; elle participe à la Lumière unique et véritable, la Lumière substantielle qui est partout et en toutes choses que notre intelligence voit briller.
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Diadoque de Photicé (v. 400- ?), évêque
La Perfection spirituelle, 12-14 ; PG 65, 1171 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 151 rev.)
« Quant à l'ami de l'époux, il se tient là...et il en est tout joyeux »
La gloire convient à Dieu en raison de sa grandeur, et l'abaissement convient à l'homme car il fait de lui le familier de Dieu. Si nous agissons ainsi, nous serons joyeux à l'exemple de saint Jean Baptiste et nous commencerons à répéter sans relâche : « Il faut qu'il grandisse, et que je diminue ».
Je connais quelqu'un qui aime tellement Dieu –- bien qu'il s'afflige de ne pas l'aimer comme il le voudrait -– que son âme éprouve sans cesse ce désir fervent : que Dieu soit glorifié en lui, et que lui-même s'efface. Un tel homme ne sait pas ce qu'il est, même lorsqu'il reçoit des éloges, car, dans son grand désir d'abaissement, il ne pense pas à sa propre dignité. Il accomplit le culte divin..., mais dans son extrême disposition d'amour pour Dieu, il cache le souvenir de sa propre dignité dans l'abîme de son amour pour Dieu... Il enfouit l'orgueil qu'il en tirerait pour ne jamais paraître à son propre jugement qu'un serviteur inutile (Lc 17,10)... C'est ce que nous devons faire, nous aussi : fuir tout honneur et toute gloire, à cause de la richesse débordante d'amour du Seigneur qui nous a tant aimés.
Celui qui aime Dieu dans le fond de son cœur, celui-là est connu de lui. Dans la mesure, en effet, où l'on accueille l'amour de Dieu dans le fond de son âme, dans cette mesure on a l'amour de Dieu. C'est pourquoi, désormais, un tel homme vit dans une ardente passion pour l'illumination de la connaissance, jusqu'à ce qu'il goûte une grande plénitude intérieure. Alors il ne se connaît plus lui-même, il est entièrement transformé par l'amour de Dieu. Un tel homme est dans cette vie sans y être. S'il continue d'habiter dans son corps, il en sort continuellement par le mouvement d'amour de son âme, qui le porte vers Dieu. Sans relâche désormais, le cœur brûlé par le feu de l'amour, il reste attaché à Dieu d'une façon irrésistible, parce qu'il a été arraché définitivement à l'amitié envers soi-même par l'amour de Dieu.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 194, onzième sermon sur la Nativité du Seigneur (trad. coll. Icthus, t.8, p. 98 rev.)
« C'est ma joie, et j'en suis comblé »
Écoutez, enfants de la lumière, vous qui avez été adoptés en vue du Royaume de Dieu ; écoutez, frères très chers ; écoutez et tressaillez de joie dans le Seigneur, vous les justes, puisqu' « à vos cœurs droits, la louange va bien » (Ps 33,1). Écoutez ce que vous savez déjà, méditez ce que vous avez entendu, aimez ce que vous croyez, proclamez ce que vous aimez ! ...
Le Christ est né, Dieu par son Père, homme par sa mère ; il est né de l'immortalité de son Père et de la virginité de sa mère. De son Père, sans le concours d'une mère ; de sa mère, sans celui d'un père. De son Père, sans le temps ; de sa mère, sans la semence. De son Père, il est principe de vie ; de sa mère, la fin de la mort. De son Père, il est né pour régler l'ordre des jours ; de sa mère, pour consacrer ce jour-ci.
Devant lui il a envoyé Jean Baptiste, qu'il a fait naître lorsque les jours se mettent à décroître, et lui-même est né lorsque les jours commencent à rallonger, préfigurant ainsi les paroles de ce même Jean : « Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue ». En effet, la vie humaine doit s'affaiblir en elle-même et s'augmenter en Jésus Christ, « afin que les vivants n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,15). Et afin que chacun de nous puisse répéter ces paroles de l'apôtre Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
ou
Le Missel romain
Préface de la fête de la dédicace d'une église
La sainteté et la fécondité de l'Église, l'Épouse du Christ
Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.
Dans ta bonté pour ton peuple,
tu veux habiter cette maison de prière,
afin que ta grâce toujours offerte
fasse de nous un temple de l'Esprit
resplendissant de ta sainteté.
De jour en jour, tu sanctifies l'Épouse du Christ,
l'Église dont nos églises d'ici-bas sont l'image,
jusqu'au jour où elle entrera dans la gloire du ciel,
heureuse de t'avoir donné tant de fils.
C'est pourquoi, avec les anges et tous les saints,
nous chantons et proclamons :
Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l'univers.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
2ème Sermon pour la nativité de Jean Baptiste, no. 288, 2 ; PL 38-39, 1302-1304 (cf Bouchet, Lectionnaire, p. 19)
« Il faut que lui, il grandisse ; et moi, que je diminue »
Avant Jean Baptiste, on a vu de grands, de saints prophètes en grand nombre, dignes de Dieu, pleins de son Esprit, qui annonçaient l'avènement du Seigneur et rendaient témoignage à la vérité. Cependant on n'a pas dit d'eux ce qui a été dit de Jean Baptiste : « Parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas eu de plus grand que Jean » (Mt 11,1). Pourquoi donc cette grandeur envoyée devant celui qui est la grandeur même ? Pour donner un témoignage de la profonde humilité du Précurseur.
Il était si grand qu'on aurait pu le prendre pour le Christ. Rien de plus facile... puisque sans qu'il le dise, c'est ce que croyaient ceux qui l'entendaient et le voyaient... Mais cet humble ami de l'époux, zélé pour l'honneur de l'époux, ne veut pas prendre la place de l'époux, comme un adultère. Il rend témoignage à son ami, il recommande à l'épouse l'époux véritable, et il a horreur d'être aimé à sa place parce qu'il ne veut être aimé qu'en lui. « L'ami de l'époux se tient debout et l'écoute ; il se réjouit d'une grande joie à sa voix. »
Le disciple écoute le maître ; il est debout parce qu'il l'écoute, car s'il refuse de l'écouter sa chute est certaine. Ce qui relève à nos yeux la grandeur de Jean, c'est qu'il pouvait être pris pour le Christ et que, cependant, il a préféré rendre témoignage à Jésus Christ, proclamer sa grandeur et s'humilier que de passer pour le Messie et se tromper lui-même en trompant les autres. C'est donc à juste titre que Jésus dit de lui qu'il était plus qu'un prophète... Jean s'est humilié devant la grandeur du Seigneur pour mériter que son humilité soit relevée par cette grandeur... « Je ne suis pas digne, dit-il, de dénouer la courroie de ses sandales. » (Mc 1,7)
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean 14, 1-3, 5 (in Véricel, L'Évangile commenté, p.85)
« C'est ma joie ; j'en suis comblé. Lui, il faut qu'il grandisse et moi, que je diminue »
Jean a affirmé ce que vous avez entendu, quand on lui rapporta, pour exciter sa jalousie, que Jésus faisait beaucoup de disciples. Ses amis lui dirent, comme s'il était jaloux : « Le voilà qui baptise et tous viennent à lui ». Mais Jean a reconnu ce qu'il était ; par là, il a mérité d'être uni au Christ, parce qu'il n'a pas osé s'attribuer ce qui était au Christ... Il ne tire pas sa joie de lui-même. Celui qui veut trouver en lui-même la cause de sa joie sera toujours triste ; mais celui qui veut trouver sa joie en Dieu sera toujours dans la joie, parce que Dieu est éternel. Veux-tu avoir une joie éternelle ? Attache-toi à celui qui est éternel. C'est ce qu'a fait Jean.
C'est la voix de l'époux qui réjouit l'ami de l'époux, et non sa propre voix ; il se tient debout et il écoute... « Voilà ma joie ; elle est maintenant parfaite ». J'ai ma propre grâce, je ne souhaite rien de plus, de peur de perdre ce que j'ai reçu. Quelle est cette joie ? « Il est ravi de joie à la voix de l'époux ». Que l'homme comprenne donc qu'il ne doit pas se réjouir de sa propre sagesse, mais de celle qu'il a reçue de Dieu. Qu'il ne cherche pas autre chose, et il ne perdra pas ce qu'il a reçu... Jean a reconnu avoir tout reçu ; il a dit qu'il était joyeux à cause de la voix de l'époux, et il a ajouté : « Ma joie est maintenant parfaite ».
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean n°14, 5 ; CL 36, 143-144 (trad. Orval)
« Lui, il faut qu'il grandisse, et moi, que je diminue »
Que grandisse en nous la gloire de Dieu et que notre gloire diminue, afin qu'en Dieu la nôtre aussi grandisse. C'est en effet ce que dit l'apôtre Paul, c'est ce que dit la Sainte Écriture : « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur » (1Co 1,30). Tu veux te glorifier toi-même ? Tu veux grandir, mais pour ton malheur tu grandis mal. Et celui qui grandit mal est en réalité diminué.
Qu'il grandisse donc, Dieu qui est toujours parfait : qu'il grandisse en toi. Car plus tu connais Dieu et le comprends, plus Dieu paraît grandir en toi, bien que lui-même ne grandisse pas, puisqu'il est toujours parfait. Hier tu le connaissais un peu, aujourd'hui tu le connais mieux, demain tu le connaîtras beaucoup mieux encore : c'est la lumière même de Dieu qui grandit en toi, et Dieu paraît ainsi grandir, lui qui est toujours parfait.
Un homme était aveugle, et ses yeux viennent de guérir. Il commence par voir un peu de lumière, le lendemain il voit davantage, et le jour suivant plus encore. La lumière lui paraît grandir, et cependant la lumière est parfaite, qu'il la voie ou ne la voie pas. Ainsi en est-il de l'homme intérieur : il progresse en Dieu, et Dieu paraît grandir en lui, tandis que lui-même diminue pour tomber de sa gloire et se lever dans la gloire de Dieu.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon pour la naissance de Jean Baptiste ; PLS 2, 447 (cf coll. Icthus, t. 8, p. 48)
Grandir ou diminuer ?
« Il faut que lui, il grandisse et que moi, je diminue. » En Jean la justice humaine avait trouvé le sommet que l’homme pouvait atteindre. La Vérité elle-même (Jn 14,6) disait : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,11) ; aucun homme donc n’aurait pu le dépasser. Mais il était seulement homme, alors que Jésus Christ était homme et Dieu. Et puisque selon la grâce chrétienne on nous demande…de ne pas nous glorifier dans nous-mêmes, mais « si quelqu’un se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur » (2Co 10,17)…, pour cette raison Jean s’écrie : « Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue. » Bien sûr en lui-même Dieu n’est ni diminué ni augmenté. Mais dans les hommes, au fur et à mesure que progresse la vraie vie spirituelle, la grâce divine grandit et la puissance humaine diminue, jusqu’à ce que le temple de Dieu, qui est formé de tous les membres du corps du Christ (1Co 3,16), arrive à sa perfection, que toute tyrannie, toute autorité, toute puissance soient mortes, et que Dieu soit « tout en tous » (Col 1,16 ; 1Co 15,28)…
« Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde… ; tous nous avons reçu de sa plénitude » (Jn 1,9.16). En elle-même la lumière est toujours totale ; elle s’accroît pourtant en celui qui est illuminé, et il est diminué lorsque ce qui était sans Dieu en lui est détruit. Car sans Dieu l’homme ne peut que pécher, et ce pouvoir humain diminue lorsque la grâce divine triomphe et détruit le péché. La faiblesse de la créature cède à la puissance du créateur et la vanité de notre égoïsme s’effondre devant l’amour qui remplit l’univers. Du fond de notre détresse Jean Baptiste acclame la miséricorde du Christ : « Il faut que lui grandisse et que moi, je diminue. »