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TEMPS ORDINAIRE XIII - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 17 sur le psaume 90, § 4 ; PL 183, 252 (Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche Z4 et cf. Livre des jours – Office romain des lectures, 12 mai ; trad. Orval ; © 1973 Abbaye d'Orval ; rev.)
« Deux possédés sortirent du cimetière à sa rencontre »
« Dans la détresse je suis avec lui, dit Dieu (...) je veux le délivrer, le glorifier » (Ps 90,15). (...) « Je mets mes délices, dit-il encore, à être avec les enfants des hommes » (Pr 8,31). Voilà bien l'Emmanuel, Dieu avec nous (Mt 1,23). (...) Il est descendu pour être près de ceux dont le cœur est en détresse, pour être avec nous dans notre détresse. Mais viendra un jour où « nous serons emportés à la rencontre du Christ sur les nuées, pour être avec le Seigneur pour toujours » (1Th 4,17), si toutefois nous nous efforçons de l'avoir toujours avec nous comme compagnon de route, lui qui nous donnera en retour la patrie. Mieux : alors lui-même il sera notre patrie, pourvu que maintenant il soit notre route.
Il est donc bon pour moi, Seigneur, d'être dans la détresse, pourvu que tu y sois avec moi ; cela me vaut mieux que de régner sans toi, de me réjouir sans toi, d'être sans toi dans la gloire. Mieux vaut pour moi de me serrer contre toi dans la détresse, de t'avoir avec moi dans le creuset, que d'être sans toi, même dans le ciel. En effet, « qu'est-ce que je souhaite dans le ciel et qu'est-ce que je désire sur la terre sinon toi ? » (Ps 72,25) « L'or est éprouvé dans la fournaise, et les justes dans l'épreuve de la détresse » (Si 2,5). C'est là que tu te tiens, au milieu de ceux qui se rassemblent en ton nom, comme autrefois les trois jeunes gens dans la fournaise de Babylone (Dn 3,92)... Pourquoi donc tremblons-nous ?... « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31) Si Dieu nous arrache des mains de nos ennemis, qui pourra nous arracher de ses mains ?
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes » 7 déc. 1965, § 13 (trad.©Evangelizo.org)
La liberté humaine : « les gens le supplièrent de partir de leur région »
Établi par Dieu dans un état de justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu. Ayant connu Dieu, « ils ne lui ont pas rendu gloire comme à un Dieu (...) mais leur cœur inintelligent s’est enténébré », et ils ont servi la créature de préférence au Créateur (cf. Rm 1,21s). Ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre enclin aussi au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création.
C’est donc en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. Bien plus, voici que l’homme se découvre incapable par lui-même de vaincre effectivement les assauts du mal ; et ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes. Mais le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors « le prince de ce monde » (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché (cf. Jn 8, 34). Quant au péché, il amoindrit l’homme lui-même en l’empêchant d’atteindre sa plénitude.
Dans la lumière de cette Révélation, la sublimité de la vocation humaine, comme la profonde misère de l’homme, dont tous font l’expérience, trouvent leur signification ultime.
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Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps (Gaudium et spes), 9-10 - Copyright © Libreria Editrice Vaticana
« Les gens le supplièrent de partir de leur région »
Le monde actuel apparaît à la fois comme puissant et faible, capable du meilleur et du pire ; le chemin qui s'ouvre devant lui est celui de la liberté ou de la servitude, du progrès ou de la régression, de la fraternité ou de la haine. En outre, l'homme découvre qu'il lui appartient de bien diriger les forces qu'il a mises en mouvement et qui peuvent l'écraser ou le servir. C'est pourquoi il s'interroge.
En vérité, les déséquilibres dont souffre le monde actuel sont liés à un déséquilibre plus fondamental, qui a sa racine dans le cœur même de l'homme. C'est en l'homme lui-même, en effet, que de nombreux éléments se combattent. D'une part, comme créature, il fait l'expérience de ses multiples limites ; d'autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. Sollicité par tant d'appels, il est sans cesse contraint de choisir entre eux et d'en abandonner quelques-uns. En outre, faible et pécheur, il accomplit souvent ce qu'il ne veut pas et n'accomplit pas ce qu'il voudrait (Rm 7,15). C'est donc en lui-même qu'il souffre division, et c'est de là que naissent au sein de la société des discordes si nombreuses et si profondes...
Néanmoins, il y a de plus en plus de personnes qui, devant l'évolution présente du monde, se posent les questions les plus fondamentales ou les perçoivent avec une acuité nouvelle : Qu'est-ce que l'homme ? Que signifient la souffrance, le mal, la mort, qui subsistent malgré tant de progrès ? À quoi bon ces victoires payées d'un si grand prix ? Qu'est-ce que l'homme peut apporter à la société ? Que peut-il attendre d'elle ? Qu'arrivera-t-il après cette vie terrestre ?
L'Église, quant à elle, croit que par son Esprit le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l'homme lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation. Elle croit qu' « il n'est pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés » (Ac 4,12). Elle croit aussi que l'on trouve la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine en son Maître et Seigneur. Elle affirme en outre qu'à travers tous les changements bien des choses demeurent qui ont leur fondement ultime dans le Christ, « le même hier, aujourd'hui et à jamais » (He 13,8).
ou
Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites
Exercices spirituels : règles pour un plus grand discernement des esprits (trad. DDB 1960, p.174 rev.)
« Que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés » (Col 3,15)
Le propre de Dieu et de ses anges est de donner, dans leurs incitations, une véritable allégresse et joie spirituelle, en écartant toute tristesse et trouble que suscite l'ennemi. Au contraire, le propre de ce dernier est de lutter contre cette joie et cette consolation spirituelle, en proposant des raisons apparentes, des subtilités et de continuels sophismes. Seul Dieu notre Seigneur donne à l'âme la consolation sans cause précédente. C'est en effet le propre du Créateur d'entrer, de sortir, de produire des motions dans l'âme, l'attirant tout entière à l'amour de sa divine Majesté. Je dis : sans cause, c'est-à-dire, sans aucun sentiment préalable ni de connaissance d'un objet grâce auquel viendrait cette consolation...
C'est le propre de l'ange mauvais, qui se transforme en « ange de lumière » (2Co 11,14), d'aller d'abord dans le sens de l'âme fidèle et de l'amener ensuite dans le sien. C'est à dire qu'il propose des pensées bonnes et saintes, en accord avec l'âme juste, et ensuite, peu à peu, il tâche de l'amener à ses fins en entraînant l'âme dans ses tromperies secrètes et ses intentions perverses.
Nous devons être très attentifs au déroulement de nos pensées. Si le début, le milieu et la fin sont entièrement bons, orientés entièrement vers le bien, c'est le signe du bon ange. Mais si le déroulement de nos pensées nous amène finalement à quelque chose de mauvais ou de distrayant ou de moins bon que ce que l'âme projetait d'abord, ou qui affaiblit, qui inquiète ou qui trouble l'âme en lui enlevant la paix, la tranquillité et le repos qu'elle avait auparavant, c'est un signe clair que cela vient du mauvais esprit, ennemi de notre progrès et de notre salut éternel... Chez ceux qui avancent de bien en mieux, le bon ange touche l'âme de façon douce, légère et suave, comme une goutte d'eau qui entre dans une éponge. Le mauvais la touche de façon aigüe, avec bruit et agitation.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur le mot cimetière et sur la croix
La libération des captifs
En ce jour Jésus Christ est entré en conquérant dans les abîmes des enfers. En ce jour « il a brisé les portes d'airain, il a rompu les verrous de fer », comme le dit Isaïe (45,2). Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu'il « a ouvert » les portes d'airain, ni qu'il les a enlevées, mais qu'il les « a brisées », pour faire comprendre qu'il n'y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n'y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu'il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?
Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu'ils peuvent y rentrer encore, eux ou d'autres. Le Christ n'agit pas de la sorte. En brisant les portes d'airain, il témoigne qu'il n'y a plus de captivité, plus de mort.
Pourquoi des portes « d'airain » ? Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant. Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n'avait pu lui échapper, jusqu'au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l'abîme pour lui arracher ses victimes.


TEMPS ORDINAIRE XIII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)
moine et évêque
Lève-toi et viens (La Colombe et la Ténèbre, trad. Canévet, éd. du Cerf, 1992; p. 59-60; rev.)
« Lève-toi, viens… » (Ct 2,10)
« Lève-toi et viens… » (Ct 2,10) Il ne suffit pas de te relever de ta chute, dit [l’Époux], avance et progresse dans le bien jusqu’au bout de ta course vers la vertu. C’est ce que nous enseigne l’histoire du paralytique. Le Verbe ne se contente pas de lui faire soulever son lit, mais lui enjoint de marcher (Mt 9,5) : le mouvement de la marche signifie, je pense, la progression et la croissance dans le bien.
« Lève-toi, viens » : quelle puissance dans cet ordre ! La voix de Dieu est véritablement une voix de puissance, comme dit le psalmiste : « Voici qu’il élève la voix, voix de puissance » (Ps 67,34), et : « Lui parle, ceci est. Lui commande, ceci existe. » (Ps 32,9) Dans notre texte aussi il dit à celle qui est couchée : « Lève-toi, viens » ; et sans délai sa parole devient acte. Car à peine a-t-elle reçu la puissance du Verbe qu’elle témoigne le Verbe lui-même qui l’appelle, quand il dit : « Lève-toi, viens, ma bien-aimée, ma belle, ma colombe » (cf. Ct 2,13-14). (…)
De même que l’Épouse avait pris l’apparence du serpent, lorsqu’elle gisait à terre et fixait les yeux sur lui, de même, dès qu’elle s’est levée et a tourné son visage vers le Bien en tournant le dos au mal, elle prend l’apparence de ce vers quoi elle s’est tournée. Elle se tourne vers la beauté archétype : c’est pourquoi, s’approchant de la lumière, elle devient lumière. Et dans la lumière, elle réfléchit la belle forme de la colombe, je veux dire de cette colombe dont la forme révèle la présence de l’Esprit Saint.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 50 ; CCL 24, 276 ; PL 52, 339 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 71 rev.)
« Voyant leur foi »
« Il vint dans sa ville ; et voici qu'on lui présentait un paralytique couché sur un lit » (Mt 9,1). Jésus, dit l'Évangile, voyant la foi de ces gens, dit au paralytique : « Courage, mon enfant ! Tes péchés te sont pardonnés ». Le paralytique entend ce pardon et reste muet. Il ne répond par aucun merci. Il désirait la guérison de son corps plutôt que celle de son âme. Il déplorait les maux passagers de son corps malade, mais les maux éternels de son âme, plus malade encore, il ne les pleurait pas. C'est qu'il jugeait la vie présente plus précieuse pour lui que la vie future.
Le Christ a eu raison de tenir compte de la foi de ceux qui lui présentent le malade et de ne tenir aucun compte de la sottise de celui-ci. À la faveur de la foi d'autrui, l'âme du paralytique allait être guérie avant son corps. « Voyant la foi de ces gens », dit l'Évangile. Remarquez ici, frères, que Dieu ne se soucie pas de ce que veulent les hommes insensés, qu'il ne s'attend pas à trouver de la foi chez les ignorants, qu'il n'analyse pas les sots désirs d'un infirme. Par contre, il ne refuse pas de venir au secours de la foi d'autrui. Cette foi est un cadeau de la grâce et elle s'accorde avec la volonté de Dieu.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n° 29, 1
« Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2,7)
« Et voilà qu'on lui apportait un paralysé. » Saint Matthieu dit simplement que ce paralytique a été apporté à Jésus. D'autres évangélistes racontent qu'il a été descendu par une ouverture dans le toit, et présenté au Sauveur sans formuler aucune demande, le laissant juger lui-même de la guérison...
L'Évangile dit « voyant la foi de ceux qui portaient le paralytique », c'est-à-dire de ceux qui l'avaient amené à Jésus. Considérez comment parfois le Christ ne fait aucun cas de la foi du malade : peut-être qu'il n'en est pas capable, étant inconscient ou possédé par un esprit mauvais. Ici cependant ce paralytique avait une grande confiance en Jésus ; autrement est-ce qu'il aurait permis qu'on le descende devant lui ? Le Christ répond à cette confiance par un prodige extraordinaire. Avec le pouvoir de Dieu lui-même, il pardonne les péchés de cet homme. Il montre ainsi qu'il est l'égal du Père, vérité qu'il avait déjà montré quand il a dit au lépreux : « Je le veux, sois guéri » (Mt 8,3)...et quand, par un seul mot, il avait calmé la mer déchaînée (Mt 8,26), ou quand, en tant que Dieu, il avait chassé les démons, qui reconnaissent en lui leur souverain et leur juge (Mt 8,32). Or ici, il montre à ses adversaires, à leur grand étonnement, qu'il est l'égal du Père.
Et le Sauveur montre ici, encore une fois, combien il repousse tout ce qui est spectaculaire ou source de vaine gloire. La foule le presse de tous côtés, mais il ne s'empresse pas d'opérer un miracle visible en guérissant la paralysie extérieure de cet homme... Il commence par un miracle invisible, guérissant l'âme de cet homme. Cette guérison-là est infiniment plus avantageuse pour lui –- et, en apparence, moins glorieuse pour le Christ.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 256, pour les fêtes de Pâques
« Lève-toi et marche »
« Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ Jésus vivifiera aussi vos corps mortels. » (Rm 8, 11) Maintenant c'est un corps humain naturel ; alors ce sera un corps spirituel. « Car le premier homme, Adam, était un être humain qui avait reçu la vie, mais le dernier Adam, le Christ, est devenu l'être spirituel qui donne la vie » (1Co 15, 45). Voilà pourquoi « il rendra la vie à vos corps mortels, à cause de l'Esprit qui habite en vous ».
Oh ! quel heureux alléluia nous chanterons alors ! Quelle sécurité ! Plus d'adversaire, plus d'ennemi ; nous ne perdrons aucun ami. Ici-bas nous chantons les louanges de Dieu au milieu de nos soucis ; au ciel, nous les chanterons dans une parfaite tranquillité. Nous les chantons ici-bas comme devant mourir ; au ciel, ce sera dans une vie qui ne finit pas. Ici-bas, dans l'espérance ; au ciel, dans la réalité. Ici-bas nous sommes voyageurs ; alors nous serons dans notre patrie. Chantons donc dès maintenant, frères, non pour savourer le repos mais pour alléger notre travail. Chantons comme le font les voyageurs. Chante, mais sans cesser de marcher ; chante pour te réconforter au milieu des fatigues... Chante et marche !
Qu'est-ce à dire, marche ? Va de l'avant ; fais des progrès dans le bien... Va de l'avant en marchant vers le bien ; avance dans la foi et dans la pureté des mœurs. Chante et marche ! Ne t'égare pas ; ne retourne pas en arrière ; ne reste pas sur place. Tournons-nous vers le Seigneur.
ou
Isaac de l'Étoile (?-vers 1171), moine cistercien : Homélie 11 (trad. bréviaire ; cf Orval)
« Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2, 7)
Il y a deux choses qui reviennent à Dieu seul : l'honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner. Nous devons lui faire notre confession et attendre de lui le pardon. À Dieu seul il appartient, en effet, de pardonner les péchés ; c'est donc à lui seul qu'il faut les confesser. Mais le Tout-Puissant, le Très-Haut, ayant pris une épouse faible et insignifiante, a fait de cette servante une reine. Celle qui était en retrait à ses pieds, il l'a placée à côté de lui ; car c'est de son côté qu'elle est sortie et c'est par là qu'il se l'est fiancée (Gn 2, 22; Jn 19, 34). Et de même que tout ce qui est au Père est au Fils et tout ce qui est au Fils est au Père de par leur unité de nature (Jn 17, 10), de même l'Époux a donné tous ses biens à l'épouse et il a pris en charge tout ce qui appartient à l'épouse qu'il a unie à lui-même et aussi à son Père…
C’est pourquoi l'Époux, qui est un avec le Père et un avec l'épouse, a enlevé en celle-ci tout ce qu'il a trouvé chez elle d'étranger, le fixant à la croix où il a porté ses péchés sur le bois et les a détruits par le bois. Ce qui est naturel et propre à l'épouse, il l'a assumé et revêtu ; ce qui lui est propre et divin, il l'a donné à l'épouse... Il partage ainsi la faiblesse de l'épouse ainsi que son gémissement, et tout est commun à l'Époux et à l'épouse : l'honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner. C'est la raison de cette parole : « Va te montrer au prêtre » (Mc 1, 44).
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire de l'évangile de Luc, 5 ; PG 72, 565
« La foule rendit gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes »
Le paralysé, incurable, était étendu sur son lit. Après avoir épuisé l'art des médecins, il est venu, porté par les siens, vers le seul vrai médecin, le médecin qui vient du ciel. Mais quand il a été placé devant celui qui pouvait le guérir, c'est sa foi qui a attiré le regard du Seigneur. Pour bien montrer que cette foi détruisait le péché, Jésus a déclaré aussitôt : « Tes péchés sont pardonnés ». On me dira peut-être : « Cet homme voulait être guéri de sa maladie, pourquoi le Christ lui annonce-t-il la rémission de ses péchés ? » C'était pour que tu apprennes que Dieu voit le cœur de l'homme dans le silence et sans bruit, qu'il contemple les chemins de tous les vivants. L'Écriture dit en effet : « Les yeux du Seigneur observent les chemins de l'homme, ils surveillent tous ses sentiers » (Pr 5,21)...
Pourtant quand le Christ disait : « Tes péchés sont pardonnés », il laissait le champ libre à l'incrédulité de l'assistance ; le pardon des péchés ne se voit pas avec nos yeux de chair. Alors quand le paralysé se lève et marche, il manifeste avec évidence que le Christ possède la puissance de Dieu...
Qui possède ce pouvoir ? Lui seul ou nous aussi ? Nous aussi avec lui. Lui, il pardonne les péchés parce qu'il est l'homme-Dieu, le Seigneur de la Loi. Quant à nous, nous avons reçu de lui cette grâce admirable et merveilleuse, car il a voulu donner à l'homme ce pouvoir. Il a dit en effet aux apôtres : « Je vous le dis, en vérité : tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 18,18). Et encore : « Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis » (Jn 20,23).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°29, 2 ; PG 57, 359 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 246 rev.)
« Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés »
Les scribes professaient que Dieu seul peut remettre les péchés. Mais Jésus, avant même de remettre les péchés, a révélé les secrets des cœurs, montrant par là qu'il possédait aussi cet autre pouvoir réservé à Dieu... Car il est écrit : « Toi seul, Seigneur, tu connais les secrets des humains », et « L'homme voit le visage et Dieu voit le cœur (2Ch 6,30 ; 1S 16,7). Jésus révèle donc sa divinité et son égalité avec le Père en dévoilant aux scribes le fond de leur cœur, en divulguant des pensées qu'ils n'osent pas déclarer ouvertement par crainte de la foule. Et il fait cela avec beaucoup de douceur...
Le paralytique aurait pu manifester sa déception au Christ en lui disant : « Soit ! Tu es venu pour soigner une autre maladie et guérir un autre mal, le péché. Mais quelle preuve aurai-je que mes péchés sont pardonnés ? » Or, il ne dit rien de tel, mais il se confie à celui qui a le pouvoir de le guérir...
Aux scribes, le Christ dit : « Qu'est-ce qui est le plus facile ? De dire : Tes péchés sont pardonnés, ou bien de dire : Prends ta civière et rentre chez toi ? » Autrement dit : Qu'est-ce qui vous semble le plus facile ? Raffermir un corps paralysé, ou remettre les péchés de l'âme ? C'est évidemment de guérir un corps, car le pardon des péchés dépasse cette guérison autant que l'âme est supérieure au corps. Mais puisque l'une de ces œuvres est visible, et l'autre pas, je vais accomplir également l'œuvre qui est visible et moindre, pour prouver celle qui est plus grande et invisible. À ce moment-là, Jésus témoigne par ses œuvres qu'il est « celui qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29).


TEMPS ORDINAIRE XIII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Hymne à la miséricorde (Jésus Christ notre Résurrection, trad. A. Bernard, éd. du Cerf, 1980, p. 38)
Ô miséricorde, toi qui donnes la vie !
Ô éternelle miséricorde, tu couvres les fautes de tes créatures. Je ne suis pas étonnée de t’entendre dire à ceux qui sortent du péché mortel pour revenir à toi : « Je ne me souviendrai jamais plus de tes offenses ».
Ô miséricorde qui procède de ta Divinité, Père éternel, et qui avec ta puissance gouverne le monde entier ! C’est dans ta miséricorde que nous avons été créés et dans ta miséricorde que le sang de ton Fils nous a recréés ; ta miséricorde nous conserve ; ta miséricorde fit lutter ton Fils sur le bois de la croix, la vie luttant contre la mort et la mort contre la vie. Combat où la vie vainquit la mort du péché, mais où la mort du péché arracha la vie corporelle à l’Agneau immaculé. Qui demeura vaincu ? La mort. Quelle en fut la cause ? Ta miséricorde.
Ta miséricorde donne la vie ; elle distribue la lumière qui fait connaître ta clémence pour toute créature, les justes et les pécheurs. Dans les hauteurs des cieux, ta miséricorde éclate sur les saints ; si je regarde la terre, ta miséricorde y abonde ; même dans les ténèbres de l’enfer la miséricorde luit encore, car tu n’infliges pas aux damnés toute la peine qu’ils ont méritée. Ta miséricorde adoucit la justice. Par miséricorde tu nous as lavés dans le sang ; par miséricorde tu as voulu vivre avec tes créatures. (…)
Ô miséricorde, le cœur s’enflamme à penser à toi. De quelque côté que je me tourne, je ne trouve que la miséricorde.
ou
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Chapitres d’exhortation n° 44, 84 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
« Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9,13)
Le Seigneur te dit, comme à Matthieu : « Suis-moi » (Mt 9,9).
Quand donc tu recherches de tout ton cœur ton Maître bien-aimé, si, sur le chemin de la vie, ton pied heurte la pierre des passions (cf. Ps 90(91),12 LXX), ou si, bien souvent, là où se trouvent des lieux de boue, tu glisses sans le vouloir et fais une chute, chaque fois que tu tombes et te meurtris le corps, relève-toi de tout ton cœur et recherche le Seigneur, jusqu’à ce que tu parviennes à lui. Ainsi « dans ton sanctuaire, dans ton souvenir, je parais devant toi pour voir la puissance et la gloire » qui me sauvent, et : « En ton nom, Seigneur, j’élèverai mes mains et je répondrai. Comme de moelle et de graisse, je serai rassasié, et se réjouiront mes lèvres qui Te chantent » (62(63),3.5.6 LXX). Car ce m’est une grande chose d’être nommé chrétien, comme me dit le Seigneur par Isaïe : « C’est pour toi une grande chose d’être appelé mon enfant » (cf. Is 49,6 LXX). (…)
De toutes tes forces garde-toi pour ne pas tomber. Car tomber n’est pas digne de celui qui est fort et qui lutte. Mais s’il t’arrive de tomber, relève-toi aussitôt et reprend le bon combat. Quand bien même il t’arriverait dix mille fois de tomber, dix mille fois refais ce geste : relève-toi. Jusqu’à ta mort. Car il est écrit : « Si le juste tombe sept fois, c'est-à-dire toute sa vie durant, il se relèvera sept fois » (cf. Pr 24,16).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)
prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur saint Matthieu, 30, 1-2 (trad. Véricel, Les Pères commentent, p.104)
« Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs »
Pourquoi Jésus n'a-t-il pas appelé Matthieu en même temps que Pierre, Jean et les autres ? De même qu'il est venu sur terre quand il a senti que les hommes étaient disposés à lui obéir, de même il a appelé Matthieu quand il a su qu'il le suivrait. C'est pour la même raison qu'il s'est attaché Paul seulement après la Résurrection (Ac 9). Car, sondant les cœurs, pénétrant au plus intime de l'âme de chacun, il savait bien à quel moment chacun était disposé à le suivre. Si Matthieu n'a pas été appelé au commencement, c'est qu'il avait encore le cœur trop dur ; mais après les nombreux miracles, quand la renommée de Jésus avait grandi, il était plus disposé à écouter le Maître, et Jésus le savait.
Il convient aussi d'admirer la vertu de cet apôtre, qui ne dissimule pas sa vie passée... Son métier était honteux, sans conscience ; les profits qu'il en tirait n'avaient aucune excuse. Malgré tout cela, Jésus l'a appelé. Il ne rougit pas d'appeler un publicain, comme il n'a pas rougi de parler à une prostituée et lui a même permis de baiser ses pieds et de les arroser de larmes (Lc 7,36s). Car s'il est venu, ce n'est pas seulement pour soigner les corps, mais encore pour guérir les âmes. C'est ce qu'il venait de faire pour le paralytique ; après avoir clairement montré qu'il a la puissance de pardonner les péchés, il vient vers Matthieu, afin que les gens ne soient plus étonnés de le voir choisir un publicain comme disciple.
ou
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit Journal, § 283 (trad. Parole et Dialogue 2002, p. 139)
« Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs »
Dieu unique en la Sainte Trinité, je désire t'aimer plus que personne ne t'a jamais aimé, et malgré ma misère et ma petitesse, j'ai ancré ma confiance à une grande profondeur dans l'abîme de ta miséricorde — mon Dieu et mon Créateur.
Malgré ma grande misère, je n'ai peur de rien, mais je garde l'espoir de chanter éternellement mon chant de louange. Que nulle âme ne doute, même si elle est la plus misérable ; tant qu'elle est en vie, elle peut devenir une grande sainte, car grande est la puissance de la grâce divine. C'est à nous à ne pas résister à l'action divine.
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Lettre à un supérieur de l'ordre franciscain (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 129)
« Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs »
Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m'aimes, moi, son serviteur et le tien : si n'importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu'il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S'il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s'il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m'aimes, et cela pour l'amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux...
Si un frère, à l'instigation de l'ennemi, commet un péché grave, il sera tenu par obéissance de recourir à son responsable. Les frères qui connaîtraient sa faute ne lui feront ni affront ni reproche ; ils lui témoigneront au contraire beaucoup de bonté et tiendront soigneusement caché le péché de leur frère, car « ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades » (Mt 9,12)... Et son supérieur agira envers lui avec autant de bonté qu'il en souhaiterait pour lui s'il était en un cas semblable.
Si un frère tombe en quelque péché véniel, il se confessera à l'un de ses frères prêtres. S'il n'y a pas de prêtre, il se confessera à son frère, en attendant qu'il trouve un prêtre pour l'absoudre canoniquement. Les frères ne pourront enjoindre d'autre pénitence que ceci : « Va, et ne pèche plus ! » (Jn 8,11)
ou
Saint Pierre Chrysologue (vers 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église : Sermon 30 : PL 52, 285-286 (trad. En Calcat rev.)
« Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Dieu est accusé de se pencher vers l'homme, de s'asseoir près du pécheur, d'avoir faim de sa conversion et soif de son retour, de prendre l'aliment de la miséricorde et la coupe de la bienveillance. Mais le Christ, mes frères, est venu à ce repas; la Vie est venue parmi ces convives pour que, condamnés à mort, ils vivent avec la Vie ; la Résurrection s'est couchée pour que ceux qui gisaient se lèvent de leurs tombes ; la Bonté s'est abaissée pour élever les pécheurs jusqu'au pardon ; Dieu est venu à l'homme pour que l'homme parvienne à Dieu ; le juge est venu au repas des coupables pour soustraire l'humanité à la sentence de condamnation ; le médecin est venu chez les malades pour les rétablir en mangeant avec eux ; le Bon Pasteur a penché l'épaule pour rapporter la brebis perdue au bercail du salut (Lc 15,2s).
« Il mange avec les publicains et les pécheurs ! » Mais qui est pécheur, sinon celui qui refuse de se voir tel ? N'est-ce pas s'enfoncer dans son péché, et à vrai dire s'identifier à lui, que cesser de se reconnaître pécheur ? Et qui est injuste, sinon celui qui s'estime juste ? ... Allons, pharisien, confesse ton péché, et tu pourras venir à la table du Christ ; le Christ pour toi se fera pain, ce pain qui sera rompu pour le pardon de tes péchés ; le Christ deviendra pour toi la coupe, cette coupe qui sera versée pour la rémission de tes fautes. Allons, pharisien, partage le repas des pécheurs, et le Christ partagera ton repas ; reconnais-toi pécheur, et le Christ mangera avec toi ; entre avec les pécheurs au festin de ton Seigneur, et tu pourras ne plus être pécheur ; entre avec le pardon du Christ dans la maison de la miséricorde.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies sur les Évangiles, I, 21 ; CCL 122, 149-151 (trad. Orval rev.)
À table avec Jésus
« Comme Jésus était à table dans la maison, de nombreux publicains et pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. » Essayons de comprendre plus profondément l'événement relaté ici. Matthieu n'a pas seulement offert au Seigneur un repas matériel dans sa demeure terrestre, mais, par sa foi et son amour, il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur, comme en témoigne celui qui a dit : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un écoute ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20).
Oui, le Seigneur se tient à la porte et il frappe lorsqu'il rend notre cœur attentif à sa volonté, soit par la parole de ceux qui enseignent, soit par une inspiration intérieure. Nous ouvrons notre porte à l'appel de sa voix quand nous acceptons librement ses enseignements intérieurs ou extérieurs et quand, ayant compris ce que nous devons faire, nous l'accomplissons. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu'il habite dans le cœur de ses amis, par la grâce de son amour, pour les nourrir lui-même sans cesse par la lumière de sa présence. Ainsi ils font monter progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme de la plus délicieuse nourriture.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Commentaire de l'Évangile concordant, 5, 17 ; SC 121 (trad. SC, p. 115 rev.)
« Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Notre Seigneur a choisi Matthieu, le collecteur d'impôts, pour encourager ses collègues à venir avec lui. Il a vu des pécheurs, il les a appelés et les a fait asseoir auprès de lui. Quel spectacle admirable : les anges sont debout et tremblants, alors que les publicains, assis, se réjouissent. Les anges sont frappés de crainte à cause de la grandeur du Seigneur, et les pécheurs mangent et boivent avec lui. Les scribes suffoquent de haine et de dépit, et les publicains exultent à cause de sa miséricorde. Les cieux ont vu ce spectacle et ont été dans l'admiration ; les enfers l'ont vu et sont devenus fous. Satan l'a vu et s'est enragé ; la mort l'a vu et a dépéri ; les scribes l'ont vu et en ont été très troublés.
Il y avait de la joie dans les cieux et de l'allégresse chez les anges parce que les rebelles avaient été convaincus, les récalcitrants s'étaient assagis et les pécheurs amendés, et parce que ces publicains avaient été justifiés. Comme notre Seigneur n'a pas renoncé à l'ignominie de la croix malgré les exhortations de ses amis (Mt 16,22), il n'a pas renoncé à la compagnie des publicains malgré les moqueries de ses ennemis. Il a méprisé la moquerie et dédaigné la louange, faisant ainsi tout ce qui est le mieux pour les hommes.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Commentaire sur la 1ère lettre de Jean, § 8,10
« C'est la miséricorde que je désire »
En aimant ton ennemi, tu souhaites qu'il te soit un frère. Ce n'est pas ce qu'il est que tu aimes en lui, mais ce que tu veux qu'il soit. Imaginons du bois de chêne non taillé. Un artisan habile voit ce bois, coupé dans la forêt ; ce bois lui plaît ; je ne sais pas ce qu'il veut en faire, mais ce n'est pas pour qu'il demeure comme il est que l'artiste aime ce bois. Son art lui fait voir ce que ce bois peut devenir ; son amour ne va pas au bois brut, il aime ce qu'il en fera, non le bois brut.
C'est ainsi que Dieu nous a aimés quand nous étions pécheurs. Il dit en effet : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades ». Nous a-t-il aimés pécheurs pour que nous demeurions pécheurs ? L'Artisan nous a vus comme un bois brut venant de la forêt, et ce qu'il avait en vue, c'est l'œuvre qu'il tirerait de là, non le bois ou la forêt.
Toi de même : tu vois ton ennemi s'opposer à toi, t'accabler de paroles mordantes, se rendre rude par ses affronts, te poursuivre de sa haine. Mais tu es attentif au fait qu'il est un homme. Tu vois tout ce que cet homme a fait contre toi, et tu vois en lui qu'il a été fait par Dieu. Ce qu'il est en tant qu'homme, c'est l'œuvre de Dieu ; la haine qu'il te porte, c'est son œuvre à lui. Et que dis-tu en toi-même ? « Seigneur, sois bienveillant pour lui, remets-lui ses péchés, inspire-lui ta crainte, change-le. » Tu n'aimes pas en cet homme ce qu'il est, mais ce que tu veux qu'il soit. Donc, quand tu aimes ton ennemi, tu aimes un frère.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 64 (trad. Cerf 1980 rev.)
« L'homme se leva et le suivit »
Notre Seigneur a dit à saint Matthieu : « Suis-moi ». Ce saint aimable a été un modèle pour tous les hommes. Il avait tout d'abord été un grand pécheur, comme l'Évangile le dit de lui, et il est devenu plus tard un des grands parmi tous les amis de Dieu. Car notre Seigneur lui a parlé au fond de son être, et alors il a tout abandonné pour suivre le Maître.
Suivre Dieu dans la vérité : en effet tout est là, et pour le faire, il faut vraiment et complètement abandonner toutes les choses qui ne sont pas Dieu, quelles qu'elles soient. Dieu est amoureux des cœurs ; il ne s'intéresse pas à ce qui est extérieur, mais il veut de nous une dévotion intérieure vivante. Cette dévotion a en soi plus de vérité que si je faisais des prières autant que le monde entier, ou que si je chantais si fort que mon chant monte jusqu'au ciel, plus de vérité que tout ce que je pourrais faire extérieurement en jeûnes, veilles et d'autres pratiques.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 5, 16 ; SC 45 (trad. cf SC, p. 188)
« Suis-moi »
[Après la guérison du paralytique] vient ensuite l'appel du collecteur d'impôts aux mystères du Christ. Le Christ lui donne l'ordre de le suivre, non par une démarche physique de son corps, mais par le changement de son cœur. Et cet homme qui jusqu'alors tirait avec avidité son profit des marchandises, qui exploitait durement les fatigues et les dangers des matelots, quitte tout sur un mot d'appel. Lui qui prenait les biens des autres, il abandonne ses biens propres. Quittant son comptoir ignoble, il marche de toute son âme à la suite du Seigneur.
Et il prépare un grand festin : car celui qui reçoit le Christ dans sa demeure intérieure est rassasié de bien-être sans mesure, d'une joie surabondante. Quant au Seigneur, il entre volontiers chez lui, et il se met à la table préparée par l'amour de celui qui a cru.
Mais voici que s'allume la malveillance des incroyants..., et du coup la différence entre les disciples de la Loi et disciples de la grâce se révèle. S'en tenir à la Loi, c'est subir dans un cœur à jeun une faim sans remède ; accueillir le Verbe, la Parole de Dieu, dans l'intimité de son âme, c'est être renouvelé par l'abondance de la nourriture et de la source éternelles. C'est n'avoir plus jamais faim ni soif (Jn 6,35).
Si le Seigneur mange avec les pécheurs, serait-ce pour nous interdire, à nous, de faire table et vie communes même avec les païens ? Il nous dit : "Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades." Il est nouveau le remède que le Maître nouveau nous apporte. Ce n'est pas un produit que la terre fait pousser, et toute la science de la création ne saurait le préparer.


TEMPS ORDINAIRE XIII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, n° 10,2 (trad. cf Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 1, p. 84 et SC 7, p. 186 s)
« Je ferai de toi mon épouse dans la fidélité et la tendresse » (Os 2,22)
« Rebecca venait puiser de l’eau au puits », nous dit l’Écriture (Gn 24,16). Chaque jour Rebecca venait aux puits, chaque jour elle puisait de l’eau. Et parce que chaque jour elle passait du temps près des puits, le serviteur d’Abraham a pu la trouver et la donner en mariage à Isaac. Peut-être penses-tu qu’il s’agit là d’un conte ou d’une belle histoire rapportée par l’Esprit Saint dans l’Écriture ? Non, il s’agit en vérité d’un enseignement spirituel, d’une instruction qui s’adresse à ton âme pour lui apprendre à venir chaque jour aux puits des Écritures, vers les eaux de l’Esprit Saint, à y puiser sans se lasser pour en remporter un vase bien rempli. C’est ainsi qu’agissait sainte Rebecca ; si elle avait fait autrement, elle n’aurait pas pu épouser le grand patriarche Isaac…
Or tout ce que contient l’Écriture est symbolique : toi aussi, le Christ veut t’épouser. C’est à toi qu’il s’adresse par la promesse des prophètes, quand il dit : « Je ferai de toi mon épouse pour toujours ; je ferai de toi mon épouse dans la fidélité et la tendresse, et tu connaîtras le Seigneur » (Os 2,21s). Voulant donc te fiancer à lui, le Christ t’envoie un serviteur — la parole inspirée. Tu ne peux pas épouser le Christ sans l’avoir reçue… Seuls ceux qui savent tirer l’eau en abondance des profondeurs des puits…, qui ont une âme qui fait tout avec patience, qui est entièrement disponible, qui s’applique à aller au plus profond pour puiser les eaux de la connaissance, seule cette âme peut connaître les noces avec le Christ.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Lettre apostolique « Mulieris dignatatem », §26-27 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
L'eucharistie : le don que donne le Christ/Époux à l'Église/Épouse
Dans l'eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Époux envers l'Église-Épouse... Le Concile Vatican II a renouvelé dans l'Église la conscience de l'universalité du sacerdoce. Dans la Nouvelle Alliance, il n'y a qu'un seul sacrifice et un seul prêtre, le Christ. Tous les baptisés, les hommes comme les femmes, participent à ce sacerdoce unique, car ils doivent « offrir leur personne et leur vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu » (Rm 12,1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et « rendre compte devant tous ceux qui le demandent de l'espérance qui est en eux » d'une vie éternelle (1P 3,15)... Tous les membres de l'Église...participent non seulement à la mission sacerdotale, mais encore à la mission prophétique et royale du Christ Messie.
Cette participation entraîne en outre l'union organique de l'Église, comme Peuple de Dieu, avec le Christ. Le « grand mystère » évoqué par la lettre aux Éphésiens (5,32) s'y exprime en même temps : l'Épouse unie à son Époux, unie parce qu'elle vit de sa vie, unie parce qu'elle participe à sa triple mission..., unie de manière à répondre par un don désintéressé de soi au don inexprimable de l'amour de l'Époux, le Rédempteur du monde. Cela concerne toute l'Église, les femmes comme les hommes, et évidemment cela concerne aussi ceux qui participent au sacerdoce ministériel, qui est par nature un service. Dans le cadre du « grand mystère » du Christ et de l'Église, tous sont appelés à répondre — comme une épouse — par le don de leur vie au don inexprimable de l'amour du Christ qui seul est, comme Rédempteur du monde, l'Époux de l'Église.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Vive Flamme d'amour , str. 3, 6 (trad. OC, Cerf 1990, p. 1133 rev.)
« L'Époux est avec eux »
Une personne qui en aime une autre et qui lui fait du bien, l'aime et lui fait du bien selon ses qualités, selon ses propriétés personnelles. Ainsi agit ton Époux résidant en toi en tant que tout-puissant : il t'aime et te fait du bien selon sa toute-puissance.
Infiniment sage, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa sagesse. Infiniment bon, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa bonté. Infiniment saint, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa sainteté. Infiniment juste, il t'aime et t'accorde ses grâces selon l'étendue de sa justice. Infiniment miséricordieux, clément et compatissant, il te fait éprouver sa clémence et sa compassion. Fort, délicat, sublime en son être, il t'aime d'une manière forte, délicate et sublime. Infiniment pur, il t'aime selon l'étendue de sa pureté. Souverainement vrai, il t'aime selon l'étendue de sa vérité. Infiniment généreux, il t'aime et te comble de grâces selon l'étendue de sa générosité, sans aucun intérêt propre et dans la seule vue de te faire du bien. Souverainement humble, il t'aime avec une souveraine humilité et avec une souveraine estime.
Il t'élève jusqu'à lui, il se découvre à toi joyeusement et avec un visage plein de grâce dans cette voie des connaissances qu'il te donne. Et tu l'entends te dire : « Je suis à toi et pour toi ; je me réjouis d'être ce que je suis, afin de me donner à toi et d'être à toi à jamais ». Qui pourra exprimer ce que tu éprouves, ô âme bienheureuse, en te voyant aimée à ce point, en te voyant tenue par ton Dieu en une estime pareille ?
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : Sermon 210 (trad. En Calcat rev.)
« Alors ils jeûneront »
« Des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Puisque l'Époux nous a été enlevé, c'est pour nous le temps de la tristesse et des pleurs. Cet Époux « est plus beau que tous les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur ses lèvres » (Ps 44, 3) et pourtant, sous la main de ses bourreaux, il a perdu tout éclat, toute beauté, et il a été retranché de la terre des vivants (Is 53, 2.8). Or notre deuil est juste si nous brûlons du désir de le voir. Heureux ceux qui, avant sa Passion, ont pu jouir de sa présence, l’interroger comme ils le voulaient et l’écouter comme il se devait… Quant à nous, nous voyons maintenant l’accomplissement de ce qu’il a dit : « Le temps viendra où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas » (Lc 17, 22)…
Qui ne dirait pas avec le roi prophète : « Mes larmes sont devenues ma nourriture jour et nuit, pendant qu'on me dit sans cesse : ‘ Où est ton Dieu ? ’ » (Ps 41, 4) Nous croyons en lui sans doute, assis déjà à la droite du Père, mais tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin de lui (2Co 5, 6), et nous ne pouvons pas le montrer à ceux qui doutent de son existence, et même qui la nient en disant : « Où est ton Dieu ? »…
« Encore un peu de temps, disait le Seigneur à ses disciples, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez » (Jn 16, 19). Maintenant, c’est l'heure dont il a dit : « Vous serez dans la tristesse, mais le monde sera dans la joie… Mais, ajoute-t-il, je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira, et nul ne vous enlèvera votre joie » (v. 20). L’espérance que nous donne ainsi celui qui est fidèle dans ses promesses ne nous laisse pas, dès maintenant, sans quelque joie -- jusqu'à ce que vienne la joie surabondante du jour où nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est (1Jn 3, 2)… « Une femme qui enfante, dit notre Seigneur, est dans la peine, parce que son heure est venue. Mais, quand l’enfant est né, elle éprouve une grande joie, parce qu'un être humain est venu dans le monde » (Jn 16, 21). C'est cette joie que personne ne pourra nous enlever, et dont nous serons comblés lorsque nous passerons de la conception présente de la foi à la lumière éternelle. Jeûnons donc maintenant, et prions, puisque nous sommes encore au jour de l’enfantement.
ou
Saint Pacien de Barcelone ( ?-v. 390), évêque
Homélie sur le baptême ; PL 13, 1092 (trad. bréviaire rev. ; cf SC 410, p.159)
« L'Époux est avec eux »
Le péché d'Adam s'était communiqué à tout le genre humain, à tous ses enfants... Donc, il est nécessaire que la justice du Christ soit communiquée à tout le genre humain ; de même qu'Adam, par le péché, a fait perdre la vie à sa descendance, de même le Christ, par sa justice, donnera la vie à ses enfants (cf Rm 5,19s)...
À la fin des temps, le Christ a reçu de Marie une âme et notre chair. Cette chair, il est venu la sauver, il ne l'a pas abandonnée au séjour des morts (Ps 15,10), il l'a unie à son esprit et il l'a faite sienne. Ce sont là les noces du Seigneur, son union à une seule chair, afin que, selon « ce grand mystère », ils soient « deux en une seule chair : le Christ et l'Église » (Ep 5,31). Le peuple chrétien est né de ces noces, sur lesquelles est descendu l'Esprit du Seigneur. Ces semailles venues du ciel se sont aussitôt répandues dans la substance de nos âmes et s'y sont mélangées. Nous nous développons alors dans les entrailles de notre Mère et, en grandissant dans son sein, nous recevons la vie dans le Christ. C'est ce qui a fait dire à l'apôtre Paul : « Le premier Adam avait reçu la vie ; le dernier Adam est un être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45).
C'est ainsi que le Christ engendre des enfants dans l'Église par ses prêtres, comme le dit le même apôtre : « Dans le Christ, je vous ai engendrés » (1Co 4,15). Et c'est ainsi par l'Esprit de Dieu, le Christ fait naître l'homme nouveau formé dans le sein de sa Mère et mis au monde dans la fontaine baptismale, par les mains du prêtre, avec la foi pour témoin... Il faut donc croire que nous pouvons naître...et que c'est le Christ qui nous donne la vie. L'apôtre Jean le dit : « Tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 772-773 ; 796
« L'Époux est avec eux »
L'Église, mystère de l'union des hommes avec Dieu : C'est dans l'Église que le Christ accomplit et révèle son propre mystère comme le but du dessein de Dieu : « récapituler tout en lui » (Ep 1,10). Saint Paul appelle « grand mystère » (Ep 5,32) l'union sponsale du Christ et de l'Église. Parce qu'elle est unie au Christ comme à son Époux, l'Église devient elle-même à son tour mystère (Ep 3,9s). Contemplant en elle le mystère, Saint Paul s'écrie : « Le Christ en vous, l'espérance de la gloire » (Col 1,27)... Marie nous précède tous dans la sainteté qui est le mystère de l'Église comme « l'Épouse sans tache ni ride » (Ep 5,27). C'est pourquoi « la dimension mariale de l'Église précède sa dimension pétrinienne » (Jean Paul II)...
L'unité du Christ et de l'Église, de la tête et des membres de son Corps, implique aussi la distinction des deux dans une relation personnelle. Cet aspect est souvent exprimé par l'image de l'époux et de l'épouse. Le thème du Christ Époux de l'Église a été préparé par les prophètes et annoncé par Jean Baptiste (Jn 3,29). Le Seigneur s'est lui-même désigné comme « l'Époux » (Mc 2,19). L'apôtre Paul présente l'Église et chaque fidèle, membre de son Corps, comme une épouse « fiancée » au Christ Seigneur, pour n'être avec lui qu'un seul Esprit. Elle est l'Épouse immaculée de l'agneau immaculé (Ap 22,17) que le Christ a aimée, pour laquelle il s'est livré « afin de la sanctifier » (Ep 5,26), qu'il s'est associée par une alliance éternelle, et dont il ne cesse de prendre soin comme de son propre Corps.
« Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup... Le Seigneur lui-même dit dans l'Évangile : ' Non plus deux, mais une seule chair ' (Mt 19,6). Comme vous l'avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu'un dans l'union conjugale » (St Augustin).
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-405), moine
Homélie spirituelle 10, 4 (cf trad. Bellefontaine 1984, p. 155)
Affamée et assoiffée d'amour pour l'Époux
L'âme qui aime vraiment Dieu et le Christ, même si elle a accompli des milliers de bonnes œuvres, se considère comme n'ayant rien fait, à cause de sa faim insatiable de Dieu. Même si elle a épuisé son corps par les jeûnes et les veilles, elle croit n'avoir pas encore débuté dans la vertu. Malgré les dons du Saint Esprit, les révélations et les mystères célestes, elle pense n'avoir encore rien fait, à cause de son amour immense pour le Seigneur. Toujours elle est affamée et assoiffée, dans la foi et dans l'amour.
Persévérant dans la prière, elle désire insatiablement les mystères de la grâce et l'acquisition de toute vertu. Blessée d'amour pour l'Esprit céleste, animée d'un désir ardent envers son Époux céleste, elle aspire à la grâce d'une communion parfaite, mystérieuse, et ineffable avec lui, dans la sanctification de l'Esprit. Elle attend que les voiles tombent devant son visage et que, face à face, elle puisse voir son Époux dans la lumière spirituelle et indicible, qu'elle soit unie à lui en toute certitude, qu'elle soit transformée à l'image de sa mort. Dans son grand désir de mourir pour le Christ, elle attend avec certitude d'être délivrée du péché et de toutes les ténèbres des passions. Ainsi purifiée par l'Esprit, sanctifiée dans son corps et dans son âme..., elle a été rendue digne d'accueillir le vrai Roi, le Christ lui-même.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église) Sermon 31
Le jeûne des amis de l'Époux
« Pourquoi est-ce que nous et les pharisiens nous jeûnons fréquemment, alors que tes disciples ne jeûnent pas ? »… Pourquoi ? Parce que, pour vous, le jeûne est une affaire de loi et non un don spontané. En lui-même, le jeûne n'a pas de valeur, ce qui compte c'est le désir de celui qui jeûne. Quel profit pensez-vous tirer, vous qui jeûnez contraints et forcés ? Le jeûne est une charrue merveilleuse pour labourer le champ de la sainteté : il retourne les cœurs, déracine le mal, arrache le péché, enfouit le vice, sème la charité ; il entretient la fécondité et prépare la moisson de l'innocence. Les disciples du Christ, eux, sont placés au cœur même du champ mûr de la sainteté, ils rassemblent les gerbes des vertus, ils jouissent du pain de la nouvelle récolte : ils ne peuvent donc pratiquer des jeûnes désormais périmés ...
« Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Le Seigneur leur répond : « Les amis de l'Époux peuvent-ils jeûner, pendant que l'Époux est avec eux ? »… Celui qui prend femme laisse le jeûne de côté, abandonne l'austérité ; il se livre tout entier à la joie, participe aux banquets ; il se montre en tout affable, aimable et gai ; il fait tout ce que lui inspire son affection pour son épouse. Le Christ célébrait alors ses noces avec l'Église. C'est pourquoi il acceptait de prendre part à des repas ; il ne se refusait pas à ceux qui l'invitaient. Plein de bienveillance et d'amour, il se montrait humain, abordable, aimable. C'est qu'il voulait unir l'homme à Dieu, et faire de ses compagnons des membres de la famille divine.

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