TEMPS ORDINAIRE XIV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Audience générale du 10/04/2013 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Nous devons avoir le courage de la foi et ne pas nous laisser guider par la mentalité qui nous dit : « Dieu ne sert pas, il n’est pas important pour toi », et ainsi de suite. C’est précisément le contraire… : Dieu est notre force ! Dieu est notre espérance ! Chers frères et sœurs, nous devons être les premiers à avoir cette ferme espérance et nous devons en être un signe visible, clair, lumineux pour tous...
Notre espérance de chrétiens est forte, sûre, solide sur cette terre, où Dieu nous a appelés à marcher, et elle est ouverte à l’éternité, parce qu’elle est fondée sur Dieu, qui est toujours fidèle… Être ressuscités avec le Christ au moyen du baptême (Rm 6,4), avec le don de la foi, « pour un héritage qui ne connaîtra pas de destruction » (1P 1,4), nous conduit à rechercher davantage les choses de Dieu… Être chrétiens ne se réduit pas à suivre des commandements, mais veut dire être en Christ, penser comme lui, agir comme lui, aimer comme lui ; c’est le laisser prendre possession de notre vie et la changer, la transformer, la libérer des ténèbres du mal et du péché.
Chers frères et sœurs, à ceux qui nous demandent de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1P 3,15), nous montrons le Christ ressuscité. Nous le montrons à travers l’annonce de la Parole, mais surtout à travers notre vie de ressuscités. Nous montrons la joie d’être des enfants de Dieu, la liberté que nous donne la vie en Christ, qui est la véritable liberté (Rm 8,21), celle qui nous sauve de l’esclavage du mal, du péché, de la mort ! Tournons-nous vers la patrie céleste, nous aurons une lumière et une force nouvelles également dans notre engagement et dans nos difficultés quotidiennes. C’est un service précieux que nous devons rendre à notre monde, qui souvent ne réussit plus à lever les yeux vers le haut, qui ne réussit plus à lever les yeux vers Dieu.
ou
Concile Vatican II
Message aux gouvernants
« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
À vous les dépositaires du pouvoir temporel, que vous demande l'Église aujourd'hui ?... Elle ne vous demande que la liberté. La liberté de croire et de prêcher sa foi, la liberté d'aimer son Dieu et de le servir, la liberté de vivre et de porter aux hommes son message de vie. Ne le craignez pas : elle est à l'image de son Maître, dont l'action mystérieuse n'empiète pas sur vos prérogatives, mais guérit tout l'humain de sa caducité fatale, le transfigure, le remplit d'espérance, de vérité et de beauté.
Laissez le Christ exercer cette action purifiante sur la société ! Ne le crucifiez pas à nouveau : ce serait sacrilège, car il est Fils de Dieu ; ce serait suicide, car il est Fils de l'homme. Et nous, ses humbles ministres, laissez-nous répandre partout sans entraves la « bonne nouvelle » de l'Évangile de la paix, que nous avons méditée pendant ce Concile. Vos peuples en seront les premiers bénéficiaires, car l'Église forme pour vous des citoyens loyaux, amis de la paix sociale et du progrès.
En ce jour solennel où elle clôt les assises de son 21ème Concile œcuménique, l'Église vous offre par notre voix son amitié, ses services, ses énergies spirituelles et morales. Elle vous adresse à tous son message de salut et de bénédiction. Accueillez-le, comme elle vous l'offre, d'un cœur joyeux et sincère, et portez-le à tous vos peuples !
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église : Commentaire sur l'Évangile de Luc, V, 44-45 (trad. cf SC 45, p. 199)
« Et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra »
« Le Christ appela ses disciples et en choisit douze » pour les envoyer, semeurs de la foi, propager le secours et le salut des hommes dans le monde entier. Remarquez ce plan divin : ce ne sont pas des sages, ni des riches, ni des nobles, mais des pécheurs et des publicains qu'il a choisis pour les envoyer, de crainte qu'ils ne semblent avoir été entraînés par l'habileté, rachetés par les richesses, attirés à sa grâce par le prestige du pouvoir et de la notoriété. Il a fait ainsi pour que la victoire vienne du bien-fondé de la vérité, et non pas du prestige du discours.
Judas lui-même est choisi, non par mégarde mais en connaissance de cause. Quelle grandeur de cette vérité que même un serviteur ennemi ne peut pas affaiblir ! Quel trait de caractère du Seigneur, qui préfère compromettre à nos yeux son jugement que son amour ! Il s'était chargé de la faiblesse humaine et n'a pas refusé même cet aspect de la faiblesse humaine. Il a voulu l'abandon, il a voulu la trahison, il a voulu être livré par son apôtre, pour que toi, si un compagnon t'abandonne, si un compagnon te trahit, tu prennes avec calme cette erreur de jugement et la dilapidation de ta bonté.
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 35 (trad.cf SC 207, p.259)
Envoyé aux brebis perdues
Le Christ est venu chercher l'unique brebis qui s'était perdue (Mt 18,12). C'est pour elle que le Bon Pasteur a été envoyé dans le temps, lui qui depuis toujours a été promis ; pour elle qu'il est né et a été donné. Elle est unique, tirée des juifs et des nations..., tirée de toutes les nations, unique dans le mystère, multiple dans les personnes, multiple par le corps selon la nature, unique par l'esprit selon la grâce, bref, une seule brebis et une foule innombrable. C'est pourquoi celui qui est venu chercher l'unique brebis a été envoyé « aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 15,24)... Or ce que le Berger reconnaît comme sien, « personne ne peut le lui arracher des mains. » (Jn 10,28) Car on ne peut pas forcer la puissance, tromper la sagesse, détruire la charité.
C'est pourquoi il parle avec assurance, disant : « De ceux que tu m'as donnés, Père, je n'en ai perdu aucun. » (Jn 17,12)... Et il a donc été envoyé comme vérité pour les abusés, comme route pour les égarés, comme vie pour ceux qui étaient morts, comme sagesse pour ceux qui étaient des insensés, comme remède pour les malades, comme rançon pour les captifs, et comme nourriture pour ceux qui mouraient de faim. En leur personne à tous, on peut donc dire qu'il a été envoyé « aux brebis perdues de la maison d'Israël », pour qu'elles ne soient pas perdues à jamais.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église, « Lumen Gentium », 20 (trad. française du latin © 1967, Éd. du Centurion; Vatican II L'intégrale; Éd. bilingue révisée, Bayard Compact 2002, p. 44-46)
« Ces douze, Jésus les envoya en mission »
La mission divine confiée par le Christ aux Apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles (cf. Mt 28, 20), étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les Apôtres prirent soin d’instituer, dans cette société hiérarchiquement ordonnée, des successeurs.
En effet, ils n’eurent pas seulement pour leur ministère des auxiliaires divers (Ac 6,2-6; 11,30), mais, pour que la mission qui leur avait été confiée pût se continuer après leur mort, ils donnèrent mandat, comme par testament, à leurs coopérateurs immédiats d’achever leur tâche et d’affermir l’œuvre commencée par eux, leur recommandant de prendre garde à tout le troupeau dans lequel l’Esprit Saint les avait institués pour paître l’Église de Dieu (cf. Ac 20, 28). Ils instituèrent donc des hommes, de ce genre, leur donnant pour la suite charge d’ordonner qu’après leur mort des hommes éprouvés recueillent leur ministère.
Parmi les différents ministères qui s’exercent dans l’Église depuis les premiers temps, la première place, au témoignage de la Tradition, appartient à la fonction de ceux qui, établis dans l’épiscopat, dont la ligne se continue depuis les origines, sont les instruments de transmission de la semence apostolique. Ainsi, selon le témoignage de saint Irénée, c’est la Tradition apostolique qui se manifeste et se conserve dans le monde entier par ceux que les Apôtres ont faits évêques et par leurs successeurs jusqu’à nous.
Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux Apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge à exercer sans interruption par l’ordre sacré des évêques.
ou
Saint Jean-Paul II
Prière pour les vocations, 35ème Journée mondiale des vocations, 3 mai 1998
« Ces douze, Jésus les envoya en mission »
Esprit d'Amour éternel,
qui procèdes du Père et du Fils,
nous te remercions pour toutes les vocations
d'apôtres et de saints qui ont fécondé l'Église.
Continue encore ton œuvre, nous t'en prions.
Souviens-toi de ce moment où, à la Pentecôte,
tu es descendu sur les apôtres réunis en prière
avec Marie, la mère de Jésus,
et regarde ton Église qui a aujourd'hui
un besoin particulier de prêtres saints,
de témoins fidèles et autorisés de ta grâce,
qui a besoin d'hommes et de femmes consacrés
qui rayonnent la joie de ceux qui vivent seulement pour le Père,
de ceux qui font leurs la mission et l'offrande du Christ,
de ceux qui construisent dans la charité le monde nouveau.
Esprit Saint, Source éternelle de joie et de paix,
c'est toi qui ouvres le cœur et l'esprit à l'appel divin ;
c'est toi qui rends efficace tout élan
vers le bien, vers la vérité, vers la charité.
Tes gémissements inexprimables
s'élèvent vers le Père du cœur de l'Église,
qui souffre et lutte pour l'Évangile.
Ouvre le cœur et l'esprit des jeunes gens et jeunes filles,
pour qu'une nouvelle floraison de saintes vocations
montre la fidélité de ton amour,
et que tous puissent connaître le Christ,
vraie lumière venue dans le monde
pour offrir à chaque être humain
l'espérance assurée de la vie éternelle. Amen.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Lettre encyclique « Redemptoris Missio », 42 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
L'homme contemporain croit davantage les témoins que les maîtres, l'expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories. Première forme de la mission, le témoignage de la vie chrétienne est aussi irremplaçable. Le Christ, dont nous continuons la mission, est le « témoin » par excellence (Ap 1,5 ; 3,14) et le modèle du témoignage chrétien... La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire, de la famille chrétienne et de la communauté ecclésiale, qui rend visible un nouveau mode de comportement. Le missionnaire qui, malgré toutes ses limites et ses imperfections humaines, vit avec simplicité à l'exemple du Christ est un signe de Dieu et des réalités transcendantes. Mais tous dans l'Église, en s'efforçant d'imiter le divin Maître, peuvent et doivent donner ce témoignage ; dans bien des cas, c'est la seule façon possible d'être missionnaire.
Le témoignage évangélique auquel le monde est le plus sensible est celui de l'attention aux personnes et de la charité envers les pauvres, les petits et ceux qui souffrent. La gratuité de cette attitude et de ces actions, qui contrastent profondément avec l'égoïsme présent en l'homme, suscite des interrogations précises qui orientent vers Dieu et vers l'Évangile. De même, l'engagement pour la paix, la justice, les droits de l'homme, la promotion humaine est un témoignage évangélique dans la mesure où il est une marque d'attention aux personnes et où il tend vers le développement intégral de l'homme.
ou
Saint Justin (v. 100-160), philosophe, martyr
Première Apologie, 39-42 (trad. coll. Icthus, t. 3, p. 65s)
« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Lorsque l'Esprit prophétique annonce l'avenir, voici comment il parle : « Une loi sortira de Sion et une parole, le Verbe du Seigneur, de Jérusalem ; il jugera parmi les nations et il convaincra une grande multitude. Les nations feront de leurs épées des fers de charrues, et de leurs lances des faucilles ; ils n'apprendront plus à faire la guerre » (Is 2,3-4).
Ces paroles se sont réalisées de façon convaincante. Douze hommes sont partis de Jérusalem pour parcourir le monde. C'était des hommes simples et qui ne savaient pas parler. Mais par la puissance de Dieu, ils ont annoncé à tous les hommes qu'ils étaient envoyés par le Christ pour enseigner à tous la parole de Dieu. Et nous, qui autrefois ne savions que nous entre-tuer, non seulement nous ne combattons plus nos ennemis, mais, pour ne pas mentir ni tromper nos juges, nous confessons le Christ avec joie et nous mourons martyrs…
Écoutez ce qui a été dit de ceux qui annonceraient sa venue. C'est David le roi prophète qui parle, inspiré par l'Esprit prophétique : « Le jour l'annonce au jour ; la nuit le dit à la nuit. Il n'y a pas de nation de quelque langue que ce soit qui n'entende leur parole. Leur voix s'est répandue sur toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux limites de la terre » (Ps 18,2)… Dans une autre prophétie, l'Esprit prophétique annonce par le même David : « Chantez un cantique au Seigneur par toute la terre : annoncez chaque jour son salut… Que les nations se réjouissent, car le Seigneur a régné du haut du bois » (Ps 95 LXX)…
David a fait cette prophétie quinze cents ans avant que le Christ fait homme ait été crucifié ; or personne avant lui n'a été crucifié pour le salut des nations, ni personne après lui. Au contraire, à notre époque, Jésus Christ a été crucifié, est mort, est ressuscité, et il est remonté au ciel où il règne, et cette bonne nouvelle, répandue dans le monde entier par les apôtres, est la joie de ceux qui attendent l'immortalité qu'il a promise.
TEMPS ORDINAIRE XIV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3 (trad. Vorreux, Documents, p. 581 rev.)
« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
[Le jeune] François assistait dévotement à la messe en l'honneur des apôtres ; l'évangile était celui où le Christ envoie ses disciples prêcher et leur enseigne la façon évangélique de vivre : « ni or ni argent, pas de monnaie dans la ceinture, pas de sac de voyage, pas de tunique de réserve, pas de chaussures, pas de bâton ». Dès qu'il eut compris et retenu ce texte, le voilà amoureux de cette pauvreté des apôtres et il s'écrie, transporté de joie : « Voilà ce que je veux ! Voilà ce que toute mon âme désire ! » Et sans attendre il ôte ses chaussures, laisse tomber son bâton de marche, abandonne besace et argent comme objets d'horreur, ne garde qu'une tunique, jette sa ceinture qu'il remplace par une corde : il met tout son cœur à réaliser ce qu'il vient d'entendre et à se conformer en tout à ce code de perfection donné aux apôtres.
Un élan communiqué par Dieu le pousse dès lors à la conquête de la perfection évangélique et à une campagne de pénitence. Quand il parlait..., ses paroles étaient tout imprégnées de la force de l'Esprit Saint : elles pénétraient jusqu'au plus profond des cœurs et plongeaient ses auditeurs dans la stupéfaction. Toute sa prédication était une annonce de paix, et il commençait chacun de ses sermons par cette salutation au peuple : « Que le Seigneur vous donne la paix ! » C'est une révélation du Seigneur, déclara-t-il plus tard, qui lui avait appris cette formule...
On parlait de plus en plus de l'homme de Dieu, de son enseignement si simple, de sa vie, et quelques-uns, à son exemple, étaient saisis par cet esprit de pénitence puis se sont joints à lui, quittant tout, et habillés comme lui, ont commencé à partager sa vie.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3 (trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, p. 585)
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
L’entrée dans l’Ordre [de saint François] d’un autre homme de bien a porté à sept le nombre des enfants du serviteur de Dieu. Alors ce bon père a réuni tous ses fils, leur a parlé longuement du Royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la mortification corporelle, et leur a annoncé son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde…
« Allez, dit-il tendrement à ses fils, et annoncez la paix aux hommes ; proclamez la conversion pour qu’ils obtiennent le pardon de leurs péchés (Mc 1,4). Soyez patients dans la difficulté, assidus à la prière, courageux au travail ; soyez sans prétention dans vos sermons, sans écarts dans votre conduite et reconnaissants pour les bienfaits reçus. Si vous remplissez ce programme, ‘ le Royaume des cieux est à vous ’ ! » (Mt 5,3 ; Lc 6,20)
Eux alors, humblement à genoux aux pieds du serviteur de Dieu, ont reçu cet envoi dans la joie spirituelle qui vient de la sainte obéissance. François a dit à chacun : « Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi » (Ps 54,23). C’était sa phrase habituelle lorsqu’il envoyait un frère en mission. Quant à lui, conscient de sa vocation de modèle et voulant « mettre en œuvre » et pas seulement « enseigner » (Ac 1,1), il a pris un de ses compagnons et s’en est allé vers l’un des quatre points cardinaux.
ou
Liturgie byzantine
Les Divines Liturgies eucharistiques de saint Jean Chrysostome et de saint Basile : Grand litanie de paix et Litanie de communion
« Que votre paix vienne sur cette maison »
Diacre : En paix, prions le Seigneur. Tous : Kyrie eleison.
Pour la paix d'en haut et le salut de nos âmes, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour la paix du monde entier, la stabilité des saintes Églises de Dieu et l'union de tous, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour cette sainte maison, ceux qui y pénètrent avec foi, piété et crainte de Dieu, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour notre père et bienheureux patriarche N., notre évêque N., l'ordre vénérable des prêtres, le diaconat en Christ, pour tout le clergé et le peuple, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour notre pays et ceux qui le gouvernent et en particulier pour les serviteurs de Dieu NN..., prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour cette ville (ou « ce village » ou « ce saint monastère »), pour toute ville et contrée et les fidèles qui y demeurent, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour un temps favorable, l'abondance des fruits de la terre et des jours de paix, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour ceux qui sont en mer et dans les airs, pour les voyageurs, les malades, les affligés, les prisonniers, pour tous ceux qui peinent et pour le salut de tous, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Pour qu'il nous délivre de toute affliction, colère, péril et nécessité, prions le Seigneur. --Kyrie eleison.
Secours-nous, sauve-nous, aie pitié de nous et garde-nous, ô Dieu par ta grâce. --Kyrie eleison.
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Ayant fait mémoire de tous les saints, encore et encore en paix prions le Seigneur. --Kyrie eleison...
Que ce jour entier soit parfait, saint, paisible et sans péché, demandons au Seigneur. -–Accorde-le, Seigneur.
Un ange de paix, guide fidèle, gardien de nos âmes et de nos corps, demandons au Seigneur. –-Accorde-le, Seigneur.
Pardon et rémission de nos péchés et de nos transgressions, demandons au Seigneur. –-Accorde-le, Seigneur.
Ce qui est bon et utile à nos âmes et la paix pour le monde, demandons au Seigneur. –-Accorde-le, Seigneur.
Pour achever le reste de notre vie dans la paix et la pénitence, demandons au Seigneur. -–Accorde-le, Seigneur.
Une fin chrétienne, sans douleur, sans honte, paisible, et notre justification devant son trône redoutable, demandons au Seigneur. -–Accorde-le, Seigneur.
Ayant demandé l'unité de la foi et la communion du Saint Esprit, confions-nous nous-mêmes, les uns les autres, et toute notre vie au Christ notre Dieu. --À toi, Seigneur.
ou
Saint Jean Paul II : Allocution à la rencontre interreligieuse à Assise, 27/10/86 (trad. DC no. 1929 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Que votre paix vienne sur elle »
Cette journée à Assise nous a aidés à devenir plus conscients de nos engagements religieux. Mais elle a aussi donné au monde, qui nous regarde par les médias, une plus grande conscience de la responsabilité de chaque religion en ce qui concerne les problèmes de la guerre et de la paix. Plus peut-être que jamais auparavant dans l'histoire, le lien intrinsèque qui unit une attitude religieuse authentique et le grand bien de la paix est devenu évident pour tous. Quel poids terrible à porter pour des épaules humaines ! Mais, en même temps, quelle vocation merveilleuse et exaltante à suivre ! Bien que la prière soit en elle-même une action, cela ne nous dispense pas de travailler pour la paix. Ici, nous agissons comme les hérauts de la conscience morale de l'humanité en tant que telle, de l'humanité qui désire la paix, qui a besoin de la paix.
Il n'y a pas de paix sans un amour passionné de la paix. Il n'y a pas de paix sans une volonté farouche de réaliser la paix. La paix attend ses prophètes. Ensemble, nous avons rempli nos yeux de visions de paix : elles libèrent des énergies pour un nouveau langage de paix, pour de nouveaux gestes de paix, des gestes qui brisent l'enchaînement fatal des divisions héritées de l'histoire ou engendrées par les idéologies modernes. La paix attend ses bâtisseurs. Tendons la main à nos frères et à nos sœurs pour les encourager à bâtir la paix sur les quatre piliers que sont la vérité, la justice, l'amour et la liberté. La paix est un chantier ouvert à tous et pas seulement aux spécialistes, savants et stratèges. La paix est une responsabilité universelle : elle passe par mille petits actes de la vie quotidienne. Par leur manière journalière de vivre avec les autres, les hommes font leur choix pour ou contre la paix…
Ce que nous avons fait aujourd'hui à Assise, en priant et en témoignant de notre engagement pour la paix, nous devons continuer à le faire chaque jour de notre vie. Car ce que nous avons fait aujourd'hui est vital pour le monde. Si le monde doit continuer, et si les hommes et les femmes doivent y survivre, le monde ne peut pas se passer de la prière.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n° 6 (trad. Véricel, Évangile commenté, p. 134)
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »
Vous pouvez, vous aussi, si vous le voulez, mériter ce beau nom de messager de Dieu. En effet, si chacun de vous, selon ses possibilités, dans la mesure où il en a reçu l'inspiration du ciel, détourne son prochain du mal, s'il prend soin de l'amener au bien, s'il rappelle à l'égaré le Royaume ou le châtiment qui l'attendent dans l'éternité, il est évidemment un messager des saintes paroles de Jésus. Et que personne ne vienne dire : Je suis incapable d'instruire les autres, de les exhorter. Faites du moins votre possible, pour qu'un jour on ne vous demande pas compte du talent reçu et malheureusement conservé. Car celui qui a préféré cacher son talent plutôt que de le faire valoir n'avait pas reçu plus d'un talent, lui non plus (Mt 25,14s)...
Entraînez les autres avec vous ; qu'ils soient vos compagnons sur la route qui mène à Dieu. Quand, en allant sur la place ou aux bains publics, vous rencontrez quelque désœuvré, invitez-le donc à vous accompagner. Car vos actions quotidiennes elles-mêmes servent à vous unir aux autres. Vous alliez à Dieu ? Essayez de ne pas y arriver seuls. Que celui qui, dans son cœur, a déjà entendu l'appel de l'amour divin en tire pour son prochain une parole d'encouragement.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Commentaire de l'Évangile concordant, 8, 3-4 ; SC 121 (trad. cf SC, p. 159)
« Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle »
« À la maison dans laquelle vous entrerez, dites d'abord : Je te salue ; paix à toi » (Lc 10,5) pour que le Seigneur lui-même y entre et y séjourne, comme auprès de Marie... Cette salutation est le mystère de la foi qui rayonne dans le monde ; par elle, la haine est étouffée, la guerre arrêtée et les hommes se reconnaissent mutuellement. L'effet de cette salutation était caché par un voile, malgré la préfiguration du mystère de la résurrection...qui survient chaque fois que la lumière se lève et que l'aurore chasse la nuit. À partir de ce moment où le Christ a envoyé ses disciples pour la première fois, les hommes ont commencé à donner et à recevoir cette salutation, source de guérison et de bénédiction...
Cette salutation, avec sa puissance cachée..., suffit amplement pour tous les hommes. C'est pourquoi Notre Seigneur l'a envoyée avec ses disciples en avant-coureur, pour qu'elle réalise la paix et que, portée par la voix des apôtres, ses envoyés, elle prépare le chemin devant eux. Elle était semée dans toutes les maisons... ; elle entrait dans tous ceux qui l'entendaient, pour séparer et mettre à part ses enfants qu'elle reconnaissait. Elle restait en eux, mais dénonçait ceux qui lui étaient étrangers, car ils ne l'accueillaient pas.
Cette salutation de paix ne tarissait pas, jaillissant des apôtres dans leurs frères, dévoilant les trésors inépuisables du Seigneur... Présente en ceux qui la donnaient et en ceux qui l'accueillaient, cette annonce de la paix n'en subissait ni diminution ni division. Du Père, elle annonçait qu'il est près de tous et en tous ; de la mission du Fils, elle révélait qu'il est tout entier auprès de tous, même si sa fin est auprès de son Père. Elle ne cessa pas de proclamer que les images sont désormais accomplies et que la vérité chasse enfin les ombres.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église, « Lumen Gentium », 21
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »
En la personne des évêques qu'assistent les prêtres, le Seigneur Jésus Christ, Pontife Suprême, est présent au milieu de ses fidèles. Assis en effet à la droite du Père, il ne cesse pas d'être présent au sein de la communauté de ses pontifes. Et d'abord, par le ministère des évêques, il adresse à tous les peuples la parole de Dieu ; il administre continuellement aux croyants les sacrements de la foi ; grâce à leur sollicitude paternelle il incorpore de nouveaux membres à son Corps au moyen de la régénération surnaturelle ; et enfin, par leur sagesse et leur prudence, il dirige et prépare le Peuple du Nouveau Testament dans sa marche vers la béatitude éternelle...
Pour remplir une si haute charge, les apôtres ont été enrichis par le Christ des trésors de l'Esprit Saint, qui est descendu sur eux (Ac 1,8 ; 2,4 ; Jn 20,22). Par l'imposition des mains ils ont conféré eux-mêmes ce don spirituel à leurs collaborateurs (1Tm 4,14 ; 2Tm 1,6), don qui a été transmis jusqu'à nous dans la consécration épiscopale. Le saint Concile enseigne d'autre part que cette consécration épiscopale confère la plénitude du sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Église et la voix des saints Pères appellent sacerdoce suprême, résumé du ministère sacré. La consécration épiscopale confère aussi, avec la charge de sanctifier, celle d'enseigner et de gouverner ; cependant, de par leur nature, ces charges ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique avec le chef et les autres membres du collège. De la tradition, en effet..., il ressort clairement que, par l'imposition des mains et par les paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit Saint est conférée et le caractère sacré imprimé de telle sorte que les évêques tiennent, de façon éminente et visible, la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife, et agissent à sa place.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Message pour la Journée mondiale de la Paix 2002, §1-2 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Que votre paix vienne sur cette maison »
Depuis le 11 septembre 2001, dans le monde entier l'humanité a pris conscience, avec une intensité nouvelle, de la vulnérabilité de chacun et elle a commencé à envisager l'avenir avec un sentiment jusqu'alors inconnu de peur profonde. Face à ce sentiment, l'Église désire témoigner de son espérance, fondée sur la conviction que le mal, le « mysterium iniquitatis », le mystère de l'impiété (2Th 2,7), n'a pas le dernier mot dans les vicissitudes humaines. L'histoire du salut, racontée dans la sainte Écriture, projette une lumière intense sur toute l'histoire du monde, montrant que celle-ci est toujours accompagnée par la sollicitude miséricordieuse et providentielle de Dieu, qui connaît les chemins permettant d'atteindre les cœurs les plus endurcis et de tirer de bons fruits même d'une terre aride et inféconde.
Telle est l'espérance qui soutient l'Église... : avec la grâce de Dieu, le monde, où le pouvoir du mal semble une fois encore l'emporter, sera réellement transformé en un monde où les aspirations les plus nobles du cœur humain pourront être satisfaites, un monde où prévaudra la vraie paix.
Ce qui est récemment advenu, avec les sanglants épisodes rappelés ci-dessus, m'a poussé à reprendre une réflexion qui bien souvent jaillit du plus profond de mon cœur au souvenir d'événements historiques qui ont marqué ma vie, spécialement au cours de mes jeunes années. Les souffrances indicibles des peuples et des individus, et parmi eux beaucoup de mes amis et de personnes que je connaissais, causées par les totalitarismes nazi et communiste, ont toujours suscité en moi des interrogations et ont stimulé ma prière. Bien des fois, je me suis attardé à réfléchir à la question : quel est le chemin qui conduit au plein rétablissement de l'ordre moral et social qui est violé de manière aussi barbare ? La conviction à laquelle je suis parvenu en réfléchissant et en me référant à la révélation biblique est qu'on ne rétablit pleinement l'ordre brisé qu'en harmonisant entre eux la justice et le pardon. Les piliers de la véritable paix sont la justice et cette forme particulière de l'amour qu'est le pardon.
ou
Saint Jean-Paul II
Message pour la Journée mondiale de la Paix 2002, §9-10
« Que votre paix vienne sur cette maison »
Les familles, les groupes, les États, la Communauté internationale elle-même, ont besoin de s'ouvrir au pardon pour renouer les liens rompus, pour dépasser les situations stériles de condamnations réciproques, pour vaincre la tentation d'exclure les autres en leur refusant toute possibilité d'appel. La capacité de pardonner est à la base de tout projet d'une société à venir plus juste et plus solidaire.
Le refus du pardon, au contraire, surtout s'il entretient la poursuite de conflits, a des répercussions incalculables pour le développement des peuples. Les ressources sont consacrées à soutenir la course aux armements, les dépenses de guerre, ou à faire face aux conséquences des rétorsions économiques. C'est ainsi que font défaut les disponibilités financières nécessaires au développement, à la paix, à la justice. De quelles souffrances l'humanité n'est-elle pas affligée parce qu'elle ne sait pas se réconcilier, quels retards ne subit-elle pas parce qu'elle ne sait pas pardonner ! La paix est la condition du développement, mais une paix véritable n'est possible qu'à travers le pardon.
La proposition du pardon n'est pas une chose que l'on admet comme une évidence ou que l'on accepte facilement ; par certains aspects, c'est un message paradoxal. En effet, le pardon comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu'à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire : elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l'avenir lointain une perte réelle et permanente. Le pardon pourrait sembler une faiblesse ; en réalité, aussi bien pour l'accorder que pour le recevoir, il faut une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve. Loin de diminuer la personne, le pardon l'amène à une humanité plus profonde et plus riche, il la rend capable de refléter en elle un rayon de la splendeur du Créateur.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
L'Unité de l'Église, § 24 (trad. cf coll. Pères dans la foi, n°9)
« Que votre paix vienne sur elle »
L'Esprit Saint nous donne cet avertissement : « Où est l'homme qui désire la vie, épris du jour où voir le bonheur ? Garde ta langue du mal, tes lèvres des paroles trompeuses. Évite le mal, fais le bien, recherche la paix et poursuis-la » (Ps 33,13-15). Le fils de la paix doit chercher la paix et la poursuivre ; celui qui connaît et aime le lien de la charité doit garder sa langue du mal et de la discorde. Parmi ses commandements divins et ses enseignements de salut, le Seigneur, à la veille de sa Passion, a ajouté ceci : « Je vous laisse la paix ; c'est ma paix que je vous donne » (Jn 14,27). Tel est l'héritage qu'il nous a légué : tous les dons, toutes les récompenses qu'il nous a promis, il les a liés au maintien de la paix. Si nous sommes les héritiers du Christ, demeurons donc dans la paix du Christ ; si nous sommes les enfants de Dieu, nous devons être pacifiques : « Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Il faut que les enfants de Dieu soient pacifiques, doux de cœur, simples en paroles, en parfait accord par l'affection, unis fidèlement par les liens de l'unanimité.
Cette unanimité a existé jadis sous les apôtres (Ac 4,32). De même, le nouveau peuple des croyants garde les commandements du Seigneur et maintient la charité. La preuve est dans l'Écriture qui dit : « La multitude des croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32). Et encore : « Tous, d'un seul cœur, participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes, dont Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères » (1,14). D'où l'efficacité de leurs prières ; d'où leur confiance qu'ils obtiendraient tout ce qu'ils demandaient à la miséricorde du Seigneur.
TEMPS ORDINAIRE XIV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 2ème dimanche après Pâques (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 17-18.29 ; rev.)
« Celui qui persévéra jusqu’à la fin, sera sauvé » (Mt 10,22)
« Celui qui persévéra jusqu’à la fin, sera sauvé » (Mt 10,22) Celui, nous dit le Sauveur du monde, qui combattra et qui persévèrera jusqu’à la fin de ses jours, sans avoir été vaincu, ou qui, étant tombé, s’est relevé et persévère, sera couronné, c’est-à-dire sauvé : paroles, mes frères, qui devraient nous faire trembler et nous glacer d’effroi, si nous considérons d’un côté les dangers auxquels nous sommes exposés, et de l’autre, notre faiblesse et le nombre des ennemis qui nous environnent. (…)
Mais, me direz-vous, qu’est-ce que c’est que persévérer ? Mon ami, voici ! C’est être prêt à tout sacrifier : ses biens, sa volonté, sa liberté et sa vie même, plutôt que de déplaire à Dieu. Mais me direz-vous encore, qu’est-ce que c’est que de ne pas persévérer ? Voici ! C’est de retomber dans les péchés que nous avons déjà confessés, de suivre les mauvaises compagnies qui nous ont porté au péché qui est le plus grand de tous les malheurs, puisque nous y avons perdu notre Dieu. (…) Hélas ! Mes frères, si tous les saints ont tremblé toute leur vie, par crainte de ne pas persévérer, que sera-ce donc de nous qui, sans vertu, presque sans confiance en Dieu, de nous-mêmes chargés de péchés, ne sommes nullement attentifs à prendre garde de ne pas nous laisser enfiler dans les pièges que le démon nous tend ; nous qui marchons comme des aveugles au milieu des plus grands dangers, qui dormons tranquillement parmi une foule d’ennemis, les plus acharnés à notre perte !
Mais me direz-vous, que faut-il donc faire pour ne pas succomber ? Mon ami, Voici : il faut fuir les occasions qui nous ont fait tomber les autres fois ; avoir sans cesse recours à la prière, et enfin, fréquenter souvent et dignement les sacrements ; si vous le faites, si vous suivez ce chemin, vous êtes sûr de persévérer ; mais si vous ne prenez ces précautions, vous aurez beau faire et prendre toutes vos mesures, vous ne laisserez pas d’être perdu.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Les « instruments des bonnes œuvres » (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 189-190.196 ; rev.)
« Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 10,22)
La persévérance est la vertu qui consomme et couronne toutes les autres. (…) Le moyen qui nous est donné pour que nous puissions compter sur ce don infiniment précieux, le don par excellence, c’est la fidélité quotidienne ; et nous mènerons à bien et à son terme la grande œuvre de toute notre vie, si nous menons à bien et à son terme chacune des œuvres que nous entreprenons pour Dieu : or, c’est là l’objet de la vertu de persévérance.
S. Thomas rattache cette vertu à la vertu de force. Et avec infiniment de raison. Qu’est-ce, en effet, que la force ? C’est une disposition de fermeté qui l’incline l’âme à supporter vaillamment tous les maux, même les pires et les plus continus, plutôt que d’abandonner le bien ; poussée au suprême degré, la force fait endurer le martyre. (…)
En attendant que brillent à nos regards purifiés les splendeurs de l’éternelle lumière, répétons souvent cette prière de l’Église (…): « Ô Dieu, qui dans votre amour restaurez la beauté de l’innocence, attirez vers vous les cœurs de vos serviteurs : que l’ardeur de l’amour qu’a fait naître en eux votre Esprit les rende stables dans la foi et fidèles à pratiquer votre Loi » (Feria IV post Dominic. II Quadrages).
ou
Saint Ignace d'Antioche ( ?-v. 110), évêque et martyr
Lettre à Polycarpe (69-155, saint, évêque et martyr), 1-3 ; SC 10 (trad. cf Quéré, Pères apostoliques, p. 153)
« Comme des brebis au milieu des loups »
Je t'exhorte, par la grâce dont tu es revêtu, à redoubler d'ardeur et à exhorter tous les frères pour qu'ils soient sauvés. Justifie ta dignité épiscopale par une vigilance incessante de chair et d'esprit ; aie souci de l'unité : rien ne la dépasse. Porte avec patience tous les frères comme le Seigneur te porte toi-même ; supporte-les tous avec amour, comme tu le fais d'ailleurs. Prie sans relâche ; demande une sagesse plus grande encore ; veille et garde ton esprit en alerte ; parle à chacun en particulier, à l'exemple de Dieu. « Porte les infirmités » (cf Mt 8,17) de tous comme un athlète accompli. Là où l'effort est plus grand, il y a plus de gain.
Si tu n'aimes que les bons disciples, tu n'as pas de mérite ; ce sont surtout les plus atteints qu'il te faut soumettre par la douceur. On n'applique pas le même baume sur toutes les blessures ; apaise les crises aiguës avec des compresses humides. En toutes choses, « sois astucieux comme le serpent » et toujours « candide comme la colombe ». Toi qui es chair et esprit, traite avec bonté ce qui tombe sous les sens, mais prie aussi pour que le monde invisible te soit révélé. Ainsi tu ne manqueras de rien ; tu seras riche de tous les dons de l'Esprit.
Comme le navigateur invoque les vents et le marin assailli par la tempête appelle le port, ainsi ce temps t'invite à rejoindre Dieu. Pratique la sobriété, en athlète de Dieu, et tu gagneras pour prix la vie éternelle et impérissable... Un grand athlète triomphe malgré les coups. C'est surtout à cause de Dieu que nous devons accepter toutes les épreuves, afin que lui aussi nous accepte. Redouble de zèle ; examine bien cette époque. Attends Celui qui est au-delà du temps, éternel, invisible, mais qui pour nous s'est laissé voir — Celui qui, intangible et incapable de souffrir, a connu la Passion et a consenti à toutes les souffrances.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretien du 21/03/1659 (Seuil 1960, p. 585 français modernisé)
« Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous »
Notre Seigneur Jésus Christ demande de nous la simplicité de la colombe, qui consiste à dire les choses tout simplement, comme on les pense, sans réflexions inutiles, et à agir tout bonnement, sans déguisement, ni artifice, ne regardant que Dieu seul ; pour cela chacun de nous s'efforcera de faire toutes ses actions dans ce même esprit de simplicité, se représentant que Dieu se plaît à se communiquer aux simples et à leur révéler ses secrets, lesquels il tient cachés aux sages et aux prudents de ce monde (Mt 11,25). Mais en même temps que Jésus Christ nous recommande la simplicité de la colombe, il nous ordonne d'user de la prudence du serpent, laquelle est une vertu qui nous fait parler et agir avec discrétion...
Notre Seigneur, disant aux apôtres qu'il les envoyait comme brebis parmi les loups, leur dit en même temps qu'il fallait être prudent comme serpents et simple comme colombes. Puis il ajoute : « Prenez garde ; les hommes vous garderont devant les tribunaux...à cause de moi. Mais quand ils vous livreront, ne soyez pas en souci de ce que vous direz... » Il parle premièrement de la prudence et puis de la simplicité ; l'une est pour aller comme des brebis au milieu des loups, où ils couraient risque d'être maltraités. « Soyez prudents, leur dit-il, soyez avisés, et néanmoins soyez simples. » « Prenez garde des hommes » : prenez garde à vous selon la prudence ; mais si vous êtes exposés devant les juges, ne vous mettez en peine de vos réponses. Voilà la simplicité. Vous voyez que notre Seigneur lie ces deux vertus, en sorte qu'il veut qu'on s'en serve dans une même occasion ; il nous recommande d'en user également et nous fait entendre que la prudence et la simplicité s'accordent bien ensemble quand elles sont bien comprises.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 11 (trad. Vorreux, Éds franciscaines 1951)
« Adroits comme les serpents et candides comme les colombes »
Par son application constante à la prière et par sa pratique des vertus, l'homme de Dieu François était parvenu à une telle limpidité d'âme que, sans avoir acquis par l'étude la connaissance des Livres saints, mais éclairé par les rayons de la Lumière éternelle, il pénétrait pourtant avec une étonnante acuité jusqu'au plus profond des Écritures. Son esprit, pur de toute souillure, trouvait l'accès des mystères cachés et son amour impétueux ouvrait les portes devant lesquelles piétine la science des maîtres...
Des frères lui demandèrent un jour, pour ceux qui avaient fait des études, la permission de s'adonner à l'étude de l'Écriture sainte. Il répondit : « Je permets, à condition qu'ils n'en oublient pas de s'appliquer aussi à la prière comme le Christ qui a prié, lit-on, plus qu'il n'a étudié (Lc 11, 1 ; 2, 46). Et à condition qu'ils n'étudient pas uniquement pour savoir comment on doit parler, mais pour mettre d'abord en pratique ce qu'ils auront appris et, après l'avoir mis en pratique, pour enseigner aux autres ce qu'ils doivent faire. Je veux, ajouta-t-il, que mes frères soient les disciples de l'Évangile et que leur progrès dans la connaissance de la vérité ne fasse que suivre leur progrès en pureté et simplicité, de sorte qu'ils ne séparent pas ce que le Maître a uni d'une parole de sa bouche bénie : ' La simplicité de la colombe et la prudence du serpent ' ».
ou
Saint Aphraate ( ?-vers 345), moine et évêque à Ninive, près de Mossoul dans l’actuel Irak : Les Exposés, n° 21 (trad. SC 359, p. 835s)
« Le serviteur n’est pas plus grand que son maître » (Jn 15, 20)
Jésus a été persécuté comme les justes [de l’Ancien Testament] ont été persécutés, afin que soient consolés les persécutés d'aujourd'hui, eux qui sont persécutés à cause de Jésus persécuté. Car il nous a écrit et nous a lui-même rendu cœur : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. Puisqu'ils vous persécutent, c'est que vous n'êtes pas du monde, comme moi je n'en suis pas » (Jn 15, 19-20 ; 17, 14). Auparavant en effet, il nous avait écrit : « Vos pères vous livreront, vos frères et vos parents, tout le monde vous prendra en haine à cause de mon nom ». Il nous a encore enseigné : « Lorsqu'ils vous feront comparaître devant les chefs, devant les magistrats et devant les rois qui tiennent le monde, ne vous creusez pas la tête auparavant pour ce que vous devrez dire, comment vous pourrez répondre : c'est moi qui vous donnerai une bouche et une sagesse telle que vos adversaires ne pourront vous vaincre, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père, lui, parlera pour vous ».
C'est cet Esprit qui a parlé par la bouche de Jacob à Ésaü son persécuteur ; l'Esprit de sagesse qui a parlé devant Pharaon par la bouche de Joseph persécuté ; l'Esprit qui a parlé par la bouche de Moïse en tous les miracles qu'il a fait au pays d'Égypte…; l'Esprit qui chantait par la bouche de David persécuté, c'est par lui qu'il chantait pour soulager du mauvais esprit Saül son persécuteur ; l'Esprit qui avait revêtu Élie, avec lequel il a réprimandé Jézabel et Achab son persécuteur…; l'Esprit qui a réconforté Jérémie, et il s'est tenu debout, audacieusement, pour réprimander Sédécias ; l'Esprit qui a gardé Daniel et ses frères au pays de Babylone ; ce même Esprit qui a sauvegardé Mardochée et Esther dans le pays de leur captivité.
Écoute, mon ami, les noms des martyrs, des confesseurs et des persécutés : Abel, Jacob, Joseph, Moïse, Josué, Jephté, Samson, Gédéon et Baraq, David, Samuel, Ezechias, Élie, Élisée, Michée, Jérémie, Daniel, Ananias et ses frères, Judas Maccabée et ses frères… Mais le martyre de Jésus a été le plus grand et le meilleur : il a surpassé en tribulation et en confession tous ceux d’autrefois et tous ceux à venir.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettre 131, 22 octobre 1552 (trad. La Colombe, 1953, p. 247-248)
« Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups »
Nous courons deux dangers, au dire des gens du pays. Le premier est que l'homme qui nous conduit, après avoir reçu notre argent, ne nous laisse dans quelque île déserte ou ne nous jette à la mer, afin d'échapper au gouverneur de Canton. Le second est que, s'il nous mène à Canton et que nous arrivions en présence du gouverneur, celui-ci ne nous inflige de mauvais traitements ou ne nous jette en prison. Car notre démarche est inouïe. De nombreux décrets interdisent à quiconque l'accès de la Chine, et, sans une autorisation du roi, il est strictement défendu aux étrangers d'y pénétrer. En dehors de ces deux périls, il y en a beaucoup d'autres, et plus grands, ignorés des gens du pays. Il serait bien long de les décrire ; je ne laisserai pas cependant d'en citer quelques-uns.
Le premier est de perdre espérance et confiance en la miséricorde de Dieu. C'est pour son amour et pour son service que nous allons faire connaître sa loi et Jésus Christ son Fils, notre Rédempteur et Seigneur. Il le sait bien, puisque c'est lui qui, dans sa sainte miséricorde, nous a communiqué ces désirs. Or, manquer de confiance en sa miséricorde et de son pouvoir au milieu des périls dans lesquels nous pouvons tomber pour son service est un danger incomparablement plus grand que les maux que peuvent nous susciter tous les ennemis de Dieu. En effet, si son plus grand service le demande, il nous gardera des dangers de cette vie, et sans la permission et autorisation de Dieu les démons et leurs ministres ne peuvent en rien nous nuire.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, août 1961 (trad. Cerf 1964, p. 479)
« Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas »
En faisant retour sur moi-même et sur les vicissitudes variées de mon humble vie, je dois reconnaître que le Seigneur m'a dispensé jusqu'ici de ces tribulations qui, pour tant d'âmes, rendent difficile et sans attrait le service de la vérité, de la justice et de la charité... Ô Dieu bon, comment vous remercier des égards qu'on m'aura toujours réservés partout où je me serai rendu en votre nom, et toujours par pure obéissance non à ma volonté mais à la vôtre ? « Que vous rendrai-je, Seigneur, pour tout ce que vous m'avez accordé ? » (Ps 115,12) Je le vois bien, la réponse à faire à moi-même et au Seigneur est toujours de « prendre le calice du salut et invoquer le nom du Seigneur » (v. 13).
J'y ai déjà fait allusion dans ces pages : si un jour m'arrive une grande tribulation, il faudra bien l'accueillir ; et si elle se fait attendre encore un peu, je dois continuer à m'abreuver du sang de Jésus avec ce cortège de tribulations petites ou grandes dont la bonté du Seigneur voudra l'entourer. J'ai toujours été très impressionné, et maintenant encore, par ce petit psaume 130 qui dit : « Seigneur, mon cœur ne se gonfle pas et mes yeux ne se lèvent pas devant toi ; je ne cours pas après de grandes choses plus hautes que moi. Non, je tiens mon âme en paix et en silence. Comme un enfant dans les bras de sa mère, voilà comment est mon âme ». Oh, comme j'aime ces paroles ! Mais si je devais me troubler vers la fin de ma vie, mon Seigneur Jésus, tu me fortifierais dans la tribulation. Ton sang, ton sang que je continuerai à boire à ton calice, c'est-à-dire à ton cœur, sera pour moi un gage de salut et de joie éternelle. « La légère tribulation d'un moment nous prépare, bien au-delà de toute mesure, une masse éternelle de gloire. » (2Co 4,17)
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
Les Bienfaits de la patience, 13.16 ; SC 291 (trad. cf SC, p. 213s)
« Comme des brebis au milieu des loups »
Salutaire est le précepte de Notre Seigneur et Maître : « Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » Il dit encore : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez mes vrais disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous délivrera » (Jn 8,31). Il faut supporter et persévérer, frères bien aimés. Ainsi, admis à l'espérance de la vérité et de la liberté, nous pourrons parvenir à cette vérité et à cette liberté, car si nous sommes chrétiens, c'est l'œuvre de la foi et de l'espérance. Mais pour que l'espérance et la foi puissent porter leur fruit, la patience est nécessaire...
Qu'on ne travaille donc pas dans l'impatience, qu'on ne se laisse pas abattre sur le chemin du Royaume, distrait et vaincu par les tentations. Ne pas jurer, ne pas maudire, ne pas réclamer ce qui nous est enlevé par la force, tendre l'autre joue, pardonner aux frères tous leurs torts, aimer ses ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent : comment arriver à faire tout cela si l'on n'est pas ferme dans la patience et la tolérance ? C'est ce que nous voyons chez Étienne... Il ne demande pas la vengeance, mais le pardon pour ses meurtriers : « Seigneur, ne leur impute pas leur péché ! » (Ac 7,59) Ainsi le premier martyr du Christ...n'était pas seulement le prédicateur de la passion du Seigneur, mais aussi l'imitateur de son extrême douceur. Quand notre cœur est habité par la patience, il ne peut pas y avoir place pour la colère, la discorde et la rivalité. La patience du Christ chasse tout cela pour construire dans ce cœur une demeure pacifique où se plaît à habiter le Dieu de paix.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme (trad. Le Cerf 1964, p. 475)
« Soyez prudents comme les serpents et candides comme les colombes »
Il faut traiter tout le monde avec respect, avec prudence et avec une simplicité évangélique... Il est conforme à l'exemple de Jésus de faire preuve de la simplicité la plus attirante, sans se départir d'ailleurs de la prudence des sages et des saints que Dieu aide. La simplicité peut susciter, je ne dis pas du mépris, mais une moindre considération de la part des malins. Peu importe si les malins, dont on ne doit tenir aucun compte, peuvent infliger quelque humiliation par leurs jugements et leurs mots d'esprit ; tout tourne à leur dommage et confusion. Celui qui est « simple, droit et craignant Dieu » est toujours le plus digne et le plus fort. À condition, naturellement, qu'il soit toujours soutenu par une prudence sage et avenante.
Celui-là est simple qui n'a pas honte de confesser l'Évangile, même en face des hommes qui n'y voient qu'une faiblesse et un enfantillage, et de le confesser en toutes ses parties et en toutes les occasions et en présence de n'importe qui ; il ne se laisse pas tromper ou entraîner dans son jugement par le prochain, et il ne perd pas la sérénité de son âme, quelle que soit l'attitude que les autres prennent avec lui.
Le prudent est celui qui sait taire une partie de la vérité qu'il serait inopportun de manifester, et qui peut se taire sans que son silence altère et falsifie la partie de vérité qu'il dit ; c'est celui qui sait atteindre les fins bonnes qu'il se propose, en choisissant les moyens les plus efficaces... ; c'est celui qui, en toute circonstance, distingue l'essentiel et ne se laisse pas embarrasser par l'accessoire... ; c'est celui qui, au départ de tout cela espère la réussite en Dieu seul...
La simplicité n'a rien qui contredise à la prudence, ni inversement. La simplicité est amour ; la prudence est pensée. L'amour prie, l'intelligence veille. « Veillez et priez » (Mt 26,41). Dans une conciliation parfaite. L'amour est comme la colombe qui gémit ; l'intelligence, tournée vers l'action, est comme le serpent qui ne tombe jamais à terre ni ne se heurte, parce qu'il avance en tâtant de la tête toutes les inégalités de son chemin.
TEMPS ORDINAIRE XIV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 27, au cardinal Jacques Orsini (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 262-264 ; rev.)
Je puis tout par Jésus qui me fortifie !
Quel est le moyen de fortifier notre faiblesse? c'est l'amour. (…) Nous n'avons d'autres choses à faire que de placer notre affection, notre désir, notre amour dans un être plus fort que nous, c'est-à-dire en Dieu, où nous trouvons toute force.
C'est notre Dieu qui nous a aimés sans être aimé. Aussi, dès que l’âme a trouvé et goûté un si doux amour, plus fort que tout ce qui est fort, elle ne peut plus rechercher et désirer autre chose que lui. Hors de lui, elle ne demande et ne veut rien ; elle est forte parce qu'elle est appuyée et fixée sur une chose ferme et inébranlable. Elle ne change jamais, quoi qu'il arrive, et elle suit toujours les traces et les mouvements de Celui qu'elle aime. Comme elle n'a qu'un cœur et qu'une volonté avec lui, elle voit parfaitement que le Christ a aimé la peine et l'humiliation, tout Fils de Dieu qu'il était ; il a été, parmi les hommes, un Agneau humble, doux et méprisé.
Aussi ses serviteurs se réjouissent de suivre cette voie, ils fuient et détestent tout ce qui lui est contraire. Ils sont devenus une même chose avec lui, et ils aiment ce que Dieu aime, et détestent ce que Dieu déteste. Ils reçoivent une force si grande, que rien ne peut leur nuire. Ils sont comme de vrais chevaliers qui voient les plus grandes tempêtes sans s'en inquiéter. Ils ne craignent rien, parce qu'ils ne se confient pas en eux-mêmes ; ils ont mis toute leur espérance, toute leur foi en Dieu, qu'ils aiment, parce qu'ils voient qu'il est fort, qu'il veut et peut les secourir. Ils disent alors avec une grande humilité, comme saint Paul : « Je puis tout par Jésus crucifié qui est en moi et me fortifie » (cf. Ph 4,13)
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N°5 (trad. coll. Pères dans la foi, n°97, p. 26)
« Ne craignez pas... Soyez sans crainte »
Je te rends grâces, Seigneur,
parce que je t'aime.
Très-Haut, ne m'abandonne pas,
car tu es mon espoir.
Gracieusement j'ai reçu ta grâce,
c'est elle qui me fait vivre.
Mes persécuteurs viendront,
et ils ne me verront plus.
Un nuage d'obscurité tombera sur leurs yeux,
et un air de ténèbres les obscurcira.
Ils n'auront plus de lumière pour voir,
ils ne pourront plus me saisir...
Ils ont médité un plan,
et il s'est anéanti pour eux.
Ils ont conçu des projets méchants
et les voilà dépouillés.
Dans le Seigneur est mon espoir,
je n'ai point de crainte.
Le Seigneur est mon salut,
je n'ai point de crainte.
Il est comme une couronne sur ma tête,
je ne chancellerai pas.
Quand même tout l'univers chancellerait,
je resterai debout.
Si tout ce qui est visible périt,
moi je ne mourrai pas.
Car le Seigneur est avec moi,
je suis avec lui.
Alléluia !
ou
Saint Patrick (vers 385-vers 461), moine missionnaire, évêque : Confession, § 43- 47 (trad. SC 249, p. 119s rev.)
« Ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits »
Je n’ai pas commencé ce travail de moi-même, mais c'est le Christ Seigneur qui m'a ordonné de venir passer auprès des Irlandais païens le reste de mes jours -- si le Seigneur le veut et s'il me préserve de toute voie mauvaise… Mais je n'ai pas confiance en moi-même « tant que je demeure dans ce corps de mort » (2P 1, 13; Rm 7, 24)… Je n'ai pas mené une vie parfaite comme d'autres fidèles, mais je le confesse à mon Seigneur et je ne rougis pas en sa présence. Car je ne mens pas : depuis que je l'ai connu dans ma jeunesse, l'amour de Dieu a grandi en moi, ainsi que sa crainte, et jusqu'à présent, par la grâce du Seigneur, « j'ai gardé la foi » (2Tm 4, 7).
Que rie donc et que m'insulte qui voudra ; moi, je ne me tairai pas et je ne cacherai pas « les signes et les merveilles » (Dn 6, 27) que le Seigneur m'a montrés, bien des années avant qu'ils ne soient accomplis, lui qui connaît toutes choses. C'est pourquoi je devrais rendre sans cesse grâces à Dieu, qui a si souvent pardonné ma sottise et ma négligence, et aussi de ce qu'il ne se soit pas une seule fois irrité contre moi, qui ai été donné comme évêque. Le Seigneur « a eu pitié » de moi « en faveur de milliers et de milliers d'hommes » (Ex 20, 6), parce qu'il voyait que j’étais disponible… En effet nombreux étaient ceux qui s'opposaient à cette mission ; ils parlaient même entre eux derrière mon dos et disaient : « Pourquoi celui-là se jette-t-il dans une entreprise périlleuse chez des étrangers qui ne connaissent pas Dieu ? » Ce n'est pas par malice qu'ils s'exprimaient ainsi ; moi-même, je l'atteste : c’est à cause de ma rusticité qu’ils ne pouvaient pas comprendre pourquoi j’ai été nommé évêque. Et moi, je n’ai pas été prompt à reconnaître la grâce qui était en moi. Maintenant tout cela est devenu clair pour moi.
Maintenant donc j’expose simplement à mes frères et à mes compagnons de service qui m'ont cru, pourquoi « j'ai prêché et continue de prêcher » (2Co 13, 2), en vue de fortifier et de confirmer votre foi. Puissiez-vous ambitionner, vous aussi, des buts plus élevés et accomplir des œuvres plus excellentes. Ce sera ma gloire, car « un fils sage est la gloire de son père » (Pr 10, 1).
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Homélie 20 sur le psaume 118 ; CSEL 62, 467s (trad. bréviaire)
Se prononcer pour le Christ devant les hommes
Chaque jour tu peux être témoin du Christ. Tu étais tenté par l'esprit d'impureté, mais... tu as jugé qu'il ne fallait pas souiller la chasteté de l'esprit et du corps : tu es martyr, c'est-à-dire témoin, du Christ... Tu étais tenté par l'esprit d'orgueil, mais en voyant le pauvre et l'indigent, tu as été saisi d'une tendre compassion, tu as préféré l'humilité à l'arrogance : tu es témoin du Christ. Mieux que cela : tu n'as pas donné ton témoignage en parole seulement mais aussi en action.
Quel est le témoin le plus sûr ? « Celui qui confesse que le Seigneur Jésus est venu parmi nous dans la chair » (1Jn 4,2) et qui observe les préceptes de l'Évangile... Combien y en a-t-il chaque jour, de ces martyrs cachés du Christ, qui confessent le Seigneur Jésus ! L'apôtre Paul a connu ce martyre-là et le témoignage de foi rendu au Christ, lui qui a dit : « Notre sujet de fierté, c'est le témoignage de notre conscience » (2Co 1,12). Car combien ont confessé la foi extérieurement mais l'ont niée intérieurement ! ... Sois donc fidèle et courageux dans les persécutions intérieures pour triompher aussi dans les persécutions extérieures. Dans les persécutions du dedans également, il y a « des rois et des gouverneurs », des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans les tentations subies par le Seigneur (Mt 4,1s).
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Saint Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur l'évangile de saint Luc, 1898 (Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p.130)
« Moi, je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5,44)
« Dès que vous vous déclarerez pour mes serviteurs, il faut vous attendre à la persécution. J'ai été persécuté toute ma vie. À ma naissance, Hérode veut me faire mourir ; à peine commencé-je à prêcher, que mes concitoyens veulent me tuer ; à peine suis-je sorti de leurs mains que je me vois en butte aux embûches des pharisiens et d'Hérode [Antipas] qui me poursuivent de ville en ville et me tendent chaque jour de nouveaux pièges, pendant trois ans, pour me faire mourir...
« Il faudra recevoir les persécutions avec joie, comme des marques précieuses de ressemblance avec moi, comme une imitation de votre Bien-aimé ; les supporter avec calme, sachant que si elle vous arrivent, c'est que je les permets et qu'elles ne vous atteindront que dans la mesure où je le permettrai, moi sans la permission de qui pas un cheveu de votre tête ne peut tomber. Les accepter... en souhaitant la bienvenue à tout ce qui arrive, puisque tout ce qui arrive produit, d'une manière ou de l'autre, la gloire de Dieu. Les souffrir avec courage en offrant à Dieu vos souffrances comme un sacrifice en holocauste pour sa gloire... Les souffrir en priant pour vos persécuteurs puisqu'ils sont enfants de Dieu, que Dieu veut leur salut et que je donnerai mon sang pour les sauver. Moi-même je vous ai donné l'exemple de prier pour tous les hommes, pour nos persécuteurs et nos ennemis ».
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Lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe (69-155), évêque
(trad. cf bréviaire 23/02)
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent pas tuer l'âme »
Ils ne l'ont pas cloué, mais l'ont attaché. Lié au poteau, les mains derrière le dos, Polycarpe ressemblait à un bélier de choix, pris dans le troupeau en vue du sacrifice, un holocauste agréable à Dieu.
Alors, levant les yeux, il a dit : « Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus Christ, ton Enfant bien-aimé et béni, par qui nous t'avons connu, Dieu des anges et des esprits du ciel, Dieu créateur de tout l'univers et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je te bénis. Oui, tu m'as jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d'être compté parmi tes martyrs et de boire à la coupe de souffrance de ton Christ. Ainsi mon âme et mon corps revivront avec toi pour toujours, grâce à l'Esprit Saint qui ne peut pas mourir. Accorde-moi d'être reçu aujourd'hui en ta présence avec tes martyrs, comme un sacrifice beau et agréable... Tu m'y as préparé ; tu me l'avais montré ; tu as gardé ta promesse, Dieu fidèle et vrai. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par le grand-prêtre éternel et céleste, Jésus Christ, ton Fils bien-aimé. Par lui, qui est avec toi et l'Esprit, gloire à toi maintenant et dans les siècles à venir. Amen. »
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Thomas de Celano (v. 1190-v. 1260), biographe de saint François et de sainte Claire
Première Vie de saint François, §58 (trad. Debonnets et Vorreux, Documents, p. 242)
« Pas un moineau ne tombe à terre sans la volonté de votre Père... Soyez donc sans crainte »
Arrivé tout près d'une grande troupe d'oiseaux, le bienheureux François constata qu'ils l'attendaient ; il leur adressa son salut habituel, s'émerveilla de ce qu'ils ne se soient pas envolés comme ils font d'habitude, leur dit qu'ils devaient écouter la parole de Dieu, et les pria humblement d'être attentifs.
Il leur dit, entre autres choses : « Mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l'aimer toujours : il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler, et tout ce dont vous aviez besoin pour vivre. De toutes les créatures de Dieu, c'est vous qui avez la meilleure grâce. Il vous a donné pour domaine les airs et leur limpidité. Vous n'avez ni à semer ni à moissonner ; il vous donne la nourriture et le logement sans que vous ayez à vous en inquiéter » (Mt 6,26). À ces mots, rapportent le saint lui-même et ses compagnons, les oiseaux exprimèrent à leur façon une joie admirable : ils allongeaient le cou, déployaient leurs ailes, ouvraient le bec et regardaient attentivement. Lui allait et venait parmi eux, frôlait de sa tunique leurs têtes et leurs corps. Finalement, il les bénit, traça sur eux le signe de la croix et leur permit de s'envoler. Il reprit la route avec ses compagnons et, exultant de joie, rendit grâce à Dieu qui est ainsi reconnu et vénéré par toutes ses créatures.
François n'était pas simple d'esprit, mais il avait la grâce de la simplicité, aussi s'accusa-t-il de négligence pour n'avoir pas encore jusque-là prêché aux oiseaux puisque ces animaux écoutaient avec tant de respect la parole de Dieu. Et à partir de ce jour il ne manquait pas d'exhorter tous les oiseaux, tous les animaux, les reptiles et même les créatures inanimées, à louer et aimer le Créateur.
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
1ère homélie avant son 1er exil, 1-3 ; PG 52, 427-430
« Ne craignez pas »
Les houles sont nombreuses et la tempête gronde. N'importe ! Je ne crains pas de naufrage, car une pierre solide est mon appui. Que la mer se déchaîne, elle ne brisera pas ce roc ; que les flots se soulèvent, ils ne peuvent engloutir la barque de Jésus. Je vous le demande, mes bien-aimés, qu'est-ce que je peux craindre, de quoi m'effrayer ? La mort ? « Ma vie, c'est le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1,21). L'exil ? « La terre est au Seigneur et tout ce qui la remplit » (Ps 23,1). La confiscation des biens ? « De même que nous n'avons rien apporté dans le monde, nous ne pourrons rien emporter » (1Tm 6,7)… Si vous trouvez difficile de croire ces paroles, croyez les faits. Combien de tyrans ont essayé d'anéantir l'Église ?… Mais tout cela n'a rien gagné contre elle. Ces hommes, persécuteurs acharnés, où sont-ils ? Tombés en oubli. Et l'Église, où est-elle ? La voilà, avec son éclat éblouissant comme le soleil…
« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux » (Mt 18,20)… J'ai la parole du Christ, son écriture dans mes mains ; je ne m'appuie pas sur des forces humaines. Sa parole est mon arme, ma défense, mon refuge. Si l'univers entier se met à trembler, j'ai sa parole, j'ai son écrit : voilà ma forteresse et mon rempart. En voici les termes : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Le Christ est avec moi, qu'est-ce que je peux craindre ? Les flots déchaînés, la furie de la mer, la colère des princes : tout cela ne pèse pas plus qu'une toile d'araignée.
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie « Au moment de partir en exil », 1-3 ; PG 52, 427-430
« Ne craignez pas »
Nombreux sont les flots et la tempête gronde, mais nous ne craignons pas d'être submergés : nous sommes debout sur le roc. Que la mer se déchaîne, elle ne brisera pas ce roc ; que les flots se soulèvent, ils ne peuvent engloutir la barque de Jésus. Que craindrions-nous, dites-moi ? La mort ? « Ma vie, c'est le Christ et mourir m'est un gain. » (Ph 1,21) L'exil ? « Au Seigneur est la terre, et tout ce qui la remplit. » (Ps 23,1) La confiscation des biens ? « Nous n'avons rien apporté dans le monde ; et pareillement, nous n'en pouvons rien emporter. » (1Tm 6,7) Ce qui est redoutable dans le monde, je m'en moque ; quant à ses biens, j'en ris. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse. Je n'ai pas peur de la mort...
Le Seigneur m'a donné des gages. Est-ce donc à mes propres forces que je me fie ? J'ai en main son écrit : voilà mon point d'appui, voilà ma sécurité, voilà mon port tranquille. Que l'univers entier se mette à trembler, je tiens cet écrit, je le relis : c'est mon rempart, c'est mon assurance. Quelle en est la teneur ? « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Mt 28,20)
Le Christ est avec moi, qui craindrais-je ? Que viennent m'assaillir les flots de la mer et la colère des grands : tout cela ne pèse pas plus qu'une toile d'araignée.