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TEMPS ORDINAIRE XV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)
religieuse
Petit journal, § 1692 (Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme; trad. Apostolat de la Miséricorde divine; Parole et Dialogue, 2002, p. 559; rev.)
Je T’adore, mon Créateur et mon Seigneur !
Je T’adore, Créateur et Seigneur, caché dans le Très Saint Sacrement. Je T’adore pour toutes les œuvres de Tes mains dans lesquelles apparaissent tant de sagesse, de bonté et de miséricorde ; ô Seigneur, Tu as semé tant de beauté par toute la terre, et elle me parle de Ta splendeur, bien qu’elle ne soit que Ton faible reflet, inconcevable Beauté. Quoique Tu Te sois caché et dissimulé et que Tu aies dissimulé ta Beauté, mon œil illuminé par la foi T’atteint et mon âme reconnaît Son Créateur, son Bien suprême, et mon cœur entier sombre dans la prière de louange.
Mon Créateur et mon Seigneur, Ta bonté m’a encouragée à Te parler – Ta miséricorde fait disparaître l’abîme qui existe entre nous, qui sépare le Créateur de Sa créature. Parler avec Toi, ô Seigneur, est le délice de mon cœur ; je trouve en Toi tout ce que mon cœur peut désirer. Là Ta lumière éclaire mon esprit et le rend capable de Te connaître toujours plus profondément. Là, sur mon cœur se déversent des torrents de grâces, là mon âme puise la vie éternelle.
Ô mon Créateur et mon Seigneur, au-dessus de tous ces dons Toi, Tu Te donnes Toi-même à moi, et Tu T’unis étroitement avec Ta misérable créature. Ici nos cœurs se comprennent au-delà des mots ; ici personne n’est capable d’interrompre notre conversation. Ce dont je parle avec Toi, Ô Jésus, c’est notre secret, que les créatures ne connaîtront pas, et les anges n’ont pas l’audace de demander. Ce sont de secrets pardons que seuls Jésus et moi savons – c’est le secret de Sa miséricorde qui enveloppe chaque âme en particulier.
Pour cette inconcevable bonté, je T’adore, mon Créateur et mon Seigneur, de tout mon cœur et de toute mon âme. Et quoique mon adoration soit si pauvre et si petite, je suis cependant en paix, car je sais que Toi Tu sais qu’elle est sincère malgré son incapacité…
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Matthieu, n°38, 1
« Tu l'as révélé aux tout-petits »
« Je proclame ta louange, dit Jésus, parce que tu as caché cela au sages et aux savants. » Comment ! Se réjouit-il de la perte de ceux qui ne croient pas en lui ? Pas du tout : que les desseins de Dieu pour le salut des hommes sont admirables ! Quand ils s'opposent à la vérité, refusent de la recevoir, Dieu ne les force jamais, il les laisse faire. Leur égarement les pousse à retrouver le chemin ; rentrant en eux-mêmes, ils recherchent avec empressement la grâce de l'appel à la foi qu'ils avaient d'abord méprisée. Quant à ceux qui y sont restés fidèles, leur ferveur se montre ainsi encore plus forte. Le Christ se réjouit donc de ce que ces choses sont révélées à certains, mais se désole de ce qu'elles sont cachées à d'autres ; cela se voit quand il pleure sur la ville (Lc 19,41). C'est dans le même esprit que saint Paul écrit : « Rendons grâce à Dieu ! Vous qui étiez esclaves du péché, vous avez obéi maintenant de tout votre cœur à l'enseignement de l'Évangile » (Rm 6,17)...
De quels sages Jésus veut-il parler ici ? Des scribes et des pharisiens. Il dit cela pour encourager ses disciples en leur montrant de quels privilèges ils ont été jugé dignes ; eux qui sont de simples pêcheurs, ils ont reçu des lumières que les sages et les savants ont dédaignées. Ceux-ci ne sont sages que de nom ; ils se croient sages mais ce sont de faux érudits. C'est pourquoi le Christ ne dit pas : « Tu l'as révélé aux insensés », mais « aux petits », c'est-à-dire des gens simples et sans détour... Ainsi il nous enseigne à renoncer à folie des grandeurs et à rechercher la simplicité. Saint Paul va plus loin : « Si quelqu'un pense être un sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour devenir sage » (1Co 3,18).
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens
« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits »
Si vous saviez, mes filles, le plaisir que Dieu prend à voir qu'une pauvre fille de village, une pauvre [religieuse] Fille de la Charité, s'adresse avec amour à lui, oh, vous iriez avec plus de confiance que je ne vous puis conseiller. Si vous saviez combien de science vous y puiserez, combien d'amour et de douceur vous y trouverez ! Vous y trouverez tout, mes chères filles, car c'est la fontaine et la source de toutes les sciences, [de toute connaissance].
D'où vient que vous voyez des gens sans lettres parler si bien de Dieu, développer les mystères avec plus d'intelligence que ne ferait un docteur ? Un docteur qui n'a que sa doctrine parle de Dieu vraiment en la manière que sa science lui a apprise ; mais une personne d'oraison en parle d'une tout autre manière. Et la différence des deux, mes filles, vient de ce que l'un en parle par simple science acquise, et l'autre par une science infuse toute pleine d'amour, de sorte que le docteur, en ce rencontre, n'est point le plus savant. Et il faut qu'il se taise là où il y a une personne d'oraison, car elle parle de Dieu tout autrement qu'il ne peut le faire.
ou
Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite : Le Ciel dans la foi (OC, Cerf 1991, p. 125)
« Je proclame ta louange »
Nous avons été prédestinés par un décret de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons la « louange de sa gloire » (Ep 1, 6.12.14). C'est saint Paul qui parle ainsi, saint Paul instruit par Dieu lui-même. Comment réaliser ce grand rêve du Cœur de notre Dieu, ce vouloir immuable sur nos âmes ? Comment, en un mot, répondre à notre vocation et devenir parfaites « louanges de gloire » de la très sainte Trinité ?
Au ciel, chaque âme est une louange de gloire au Père, au Verbe, à l'Esprit Saint, parce que chaque âme est fixée dans le pur amour et ne vit plus de sa vie propre, mais de la vie de Dieu. Alors elle le connaît, dit saint Paul, « comme elle est connue de lui » (1Co 13, 12) ; en d'autres termes, son entendement est l'entendement de Dieu, sa volonté est la volonté de Dieu, son amour est l'amour même de Dieu. C'est en réalité l'Esprit d'amour et de force qui transforme l'âme, car lui ayant été donné pour suppléer à ce qui lui manquait, comme dit encore saint Paul, il opère en elle cette glorieuse transformation (cf. Rm 8, 26)…
Une louange de gloire, c'est une âme qui demeure en Dieu, qui l’aime d'un amour pur et désintéressé, sans se rechercher dans la douceur de cet amour ; c'est une âme qui l'aime par dessus tous ses dons et quand même elle n'aurait rien reçu de lui… Une louange de gloire est un être toujours dans l'action de grâces. Chacun de ses actes, de ses mouvements, chacune de ses pensées, de ses aspirations, en même temps qu'ils l'enracinent plus profondément dans l'amour, sont comme un écho du Sanctus éternel.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 34 ; CCL 41, 423-426.
« Père..., je proclame ta louange »
Nous sommes invités à « chanter au Seigneur un chant nouveau » (Ps 149,1). C'est l'homme nouveau qui connaît ce chant nouveau. Le chant est joie et, si nous y regardons de plus près, il est amour. Celui qui sait aimer la vie nouvelle connaît ce chant nouveau. C'est pourquoi il faut que nous soyons avertis de ce qu'est la vie nouvelle pour pouvoir chanter ce chant nouveau. Tout ici appartient au même Royaume : homme nouveau, chant nouveau, Alliance nouvelle. L'homme nouveau chantera un chant nouveau et il appartiendra à l'Alliance nouvelle. (…)
Tu diras : « Moi, je le chante ». Tu chantes, oui tu chantes, je t'entends. Mais prenez garde que votre vie ne porte témoignage contre votre langue. Chantez de la voix, chantez par le cœur, chantez par votre bouche, chantez par votre conduite, « chantez au Seigneur un chant nouveau ». Tu te demandes ce que tu chanteras pour celui que tu aimes (…), et tu cherches quelles louanges lui chanter ? « Sa louange est dans l'assemblée des saints » (Ps 149,1 Vulg). La louange à chanter, c'est le chantre lui-même. Tu veux chanter des louanges à Dieu ? Sois toi-même ce que tu chantes. Tu es sa louange si tu vis bien.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens spirituels, conférence du 21/03/1659 (Seuil, 1960, p. 587)
« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits »
La simplicité est si agréable à Dieu ! Vous savez que l'Écriture dit que son plaisir est de s'entretenir avec les simples, avec les simples de cœur, qui vont bonnement et simplement : « Il fait des hommes droits ses familiers » (Pr 3,32). Voulez-vous trouver Dieu ? Il parle avec les simples. Ô mon Sauveur ! ô mes frères qui sentez le désir d'être simples, quel bonheur ! quel bonheur ! Courage, puisque vous avez cette promesse que le plaisir de Dieu est d'être avec les hommes simples.
Une autre chose qui nous recommande merveilleusement la simplicité, ce sont ces paroles de notre Seigneur : « Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits ». Je reconnais, mon Père, et je vous en remercie, que la doctrine que j'ai apprise de votre divine Majesté et que je répands parmi les hommes, n'est connue que des simples, et que vous permettez que les prudents du monde ne l'entendent pas ; vous leur en avez caché, sinon les paroles, au moins l'esprit.
Ô Sauveur ! ô mon Dieu ! Cela nous doit épouvanter. Nous courons après la science comme si tout notre bonheur en dépendait. Malheur à nous si nous n'en avons ! Il en faut avoir, mais en suffisance ; il faut étudier, mais sobrement. D'autres affectent l'intelligence des affaires, de passer pour gens de mise et de négociation au dehors. C'est à ceux-là que Dieu ôte la pénétration des vérités chrétiennes : aux savants et aux entendus du monde. À qui la donne-t-il donc ? Au simple peuple, aux bonnes gens... Messieurs, la vraie religion est parmi les pauvres. Dieu les enrichit d'une foi vive ; ils croient, ils touchent, ils goûtent les paroles de vie... Pour l'ordinaire, ils conservent la paix parmi les troubles et les peines. Qui est cause de cela ? La foi. Pourquoi ? Parce qu'ils sont simples, Dieu fait abonder en eux les grâces qu'il refuse aux riches et sages du monde.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 29 (trad. Cerf 1991, p. 214)
« Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler »
Il nous est impossible de trouver des termes appropriés pour parler de la glorieuse Trinité, et cependant il faut bien en dire quelque chose... Il est absolument impossible à toute intelligence de comprendre comment la haute et essentielle unité est unité simple quant à l'essence, et triple quant aux Personnes, comment les Personnes se distinguent, comment le Père engendre son Fils, comment le Fils procède du Père et demeure cependant en lui ; et comment, de la connaissance qui sort de lui, jaillit un torrent d'amour inexprimable qui est le Saint Esprit ; comment ces épanchements merveilleux refluent dans l'ineffable complaisance de la Trinité en elle-même et dans la jouissance que la Trinité a d'elle-même et dans une unité essentielle... Mieux vaut sentir tout cela que d'avoir à l'exposer...
Cette Trinité, nous devons la considérer en nous-mêmes, nous rendre compte comment nous sommes vraiment faits à son image (Gn 1,26), car on trouve dans l'âme, en son état naturel, la propre image de Dieu, image vraie, nette, quoiqu'elle n'ait pas cependant toute la noblesse de l'objet qu'elle représente. Les savants disent qu'elle réside dans les facultés supérieures de l'âme, dans la mémoire, l'intelligence, la volonté... Mais d'autres maîtres disent, et cette opinion est de beaucoup supérieure, que l'image de la Trinité résiderait dans le plus intime, au plus secret, dans le tréfonds de l'âme... C'est sûrement dans ce fond de l'âme que le Père du ciel engendre son Fils unique... Si quelqu'un veut sentir cela, qu'il se tourne vers l'intérieur, bien au-dessus de toute l'activité de ses facultés extérieures et intérieures, au-dessus des images et de tout ce qui lui a jamais été apporté du dehors, et qu'il se plonge et s'écoule dans le fond de son âme. La puissance du Père vient alors, et le Père appelle l'homme en lui-même par son Fils unique, et tout comme le Fils naît du Père et reflue dans le Père, ainsi l'homme lui aussi, dans le Fils, naît du Père et reflue dans le Père avec le Fils, devenant un avec lui. Le Saint Esprit se répand alors dans une charité et une joie inexprimables et débordantes. Il inonde et il pénètre le fond de l'homme avec ses dons aimables.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 6, 4 – 7, 3 (trad. Cerf 1984, p. 420 rev.)
« Tu l'as révélé aux tout-petits »
Ce que nous enseigne le Seigneur, le voici : personne ne peut connaître Dieu à moins que Dieu ne l'enseigne ; autrement dit, nous ne pouvons pas connaître Dieu sans l’aide de Dieu. Mais le Père veut que nous le connaissions... Le Fils, en servant le Père, conduit toutes choses à leur perfection depuis le commencement jusqu’à la fin, et sans lui personne ne peut connaître Dieu. Car la connaissance du Père, c’est le Fils… C’est pourquoi le Seigneur dit : « Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils…, et tous ceux à qui le Fils le révélera. » Le mot « révélera » ne désigne pas seulement le futur, comme si le Verbe n'avait commencé à révéler le Père qu’après être né de Marie ; mais ce mot a une portée générale et s'applique à la totalité du temps. Depuis le commencement, le Fils, présent à la création qu’il a lui-même modelée, révèle le Père à tous ceux que le Père veut (cf Rm 1,20), et quand il le veut, et comme il le veut. En toutes choses et à travers toutes choses, il n’y a qu’un seul Dieu Père, un seul Verbe, un seul Esprit et un seul salut pour tous ceux qui croient en lui…
Le Fils révèle le Père à tous ceux par qui le Père veut être connu, selon le « bon plaisir » du Père... C’est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Personne ne vient au Père que par moi. Si vous m’avez connu, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès à présent vous l’avez connu et vous l’avez vu » (Jn 14,6-7).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 6, 4.7.3 (trad. cf SC 100 p. 443s)
« Tu l'as révélé aux tout-petits »
Ce que nous enseigne le Seigneur, c'est que personne ne peut connaître Dieu à moins que Dieu ne l'enseigne ; autrement dit, nous ne pouvons connaître Dieu sans le secours de Dieu. Mais le Père veut être connu : le connaîtront ceux à qui le Fils le révélera... Le mot « révélera » ne désigne pas seulement le futur, comme si le Verbe n'avait commencé à révéler le Père qu'après être né de Marie ; mais il s'applique à la totalité du temps. Depuis le commencement, le Fils, présent à la création qu'il a lui-même modelée, révèle le Père à tous ceux que le Père veut, et quand il le veut, et comme il le veut. En toutes choses et à travers toutes choses, il n'y a qu'un seul Dieu Père, un seul Verbe, un seul Esprit et un seul salut pour tous ceux qui croient en lui.
Nul en effet ne peut connaître le Père sans le Verbe de Dieu, c'est-à-dire si le Fils ne le révèle, ni connaître le Fils sans le « bon plaisir » du Père (Mt 11,26). Or, ce que le Père veut dans sa bonté, le Fils l'accomplit : le Père envoie, le Fils est envoyé, et il vient. Et ce Père infini qui pour nous est invisible, son propre Verbe le connaît, et il fait connaître ce qui est inexprimable (Jn 1,8).
ou
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
Le Miroir de la foi ,6 ; PL 180, 384 ; SC 301 (trad. Orval et bréviaire Commun docteurs)
« Tu l'as révélé aux tout-petits »
Lorsque ta nature hésite devant les mystères trop profonds de la foi, dis sans crainte, non pour t'opposer, mais avec le désir d'obéir [comme Marie] : « Comment cela arrivera-t-il ? » (Lc 1,34) Que ta question soit une prière ; qu'elle soit amour, dévotion, humble désir ; qu'elle ne scrute pas avec hauteur la majesté divine, mais qu'elle cherche le salut dans les moyens de salut du Dieu de notre délivrance...
« Personne ne connaît les secrets de Dieu sinon l'Esprit de Dieu » (1Co 2,11). Hâte-toi donc de communier à l'Esprit Saint. Il est là dès qu'on l'invoque ; si on l'invoque, c'est qu'il est déjà présent. Dès que tu l'appelles, il vient ; il arrive dans l'abondance des bénédictions divines. C'est lui « le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu » (Ps 45,5). Lors de sa venue, s'il te trouve humble et sans inquiétude, mais tremblant à la parole de Dieu, il reposera sur toi (Lc 1,35) et te révélera ce que Dieu cache aux sages et aux prudents de ce monde. Alors commenceront à briller pour toi toutes ces vérités que la Sagesse (1Co 1,24) pouvait dire aux disciples alors qu'elle était sur terre, mais qu'ils ne pouvaient pas porter avant la venue de l'Esprit de vérité qui leur enseignerait la vérité toute entière (Jn 16,12-13).
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité 2, 6-7 (trad. DDB 1981, p. 67s rev.)
« Personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler »
Le Père est celui de qui vient tout ce qui existe. Lui-même, dans le Christ et par le Christ, est l'origine de tout. En plus, il est en lui-même son être, et il ne reçoit pas d'ailleurs ce qu'il est… Il est infini parce qu'il n'est pas en quelque endroit, mais que tout est en lui… Il est toujours avant le temps, le temps vient de lui. Si ta pensée lui court après et si tu crois atteindre les limites de son être, tu le trouveras toujours, car lorsque tu progresses sans cesse vers lui, le but où tu te diriges est toujours plus loin… Telle est la vérité du mystère de Dieu, telle est l'expression de la nature incompréhensible du Père… Pour l'exprimer, la parole ne peut que se taire ; pour le sonder, la pensée reste inerte ; et pour le saisir, l'intelligence se sent à l'étroit.
Et pourtant, ce nom de Père indique sa nature : il n'est que Père. Car il ne reçoit pas d'ailleurs, à la manière des hommes, le fait d'être Père. Il est l'Éternel Inengendré… Il est connu seulement du Fils, puisque « personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils a voulu le révéler », et « personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père. » Tous deux se connaissent l'un l'autre et cette connaissance mutuelle est parfaite. Donc, puisque « personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils », n'ayons du Père que la pensée conforme à ce que nous en a révélé le Fils, qui seul est « le témoin fidèle » (Ap 1,5).
Mieux vaut penser à ce qui concerne le Père que d'en parler. Car toute parole est impuissante à traduire ses perfections… Nous ne saurions que reconnaître sa gloire, en avoir une certaine idée et essayer de la préciser par notre imagination. Mais le langage de l'homme ressent son impuissance et les mots n'expliquent pas la réalité telle qu'elle est… Ainsi, on a beau reconnaître Dieu, il faut renoncer à le nommer : quels que soient les mots employés, ils ne pourraient pas exprimer Dieu tel qu'il est, ni traduire sa grandeur… Il nous faut croire en lui, essayer de le comprendre et l'adorer ; ce faisant, nous parlerons de lui.


TEMPS ORDINAIRE XV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)
carme, fondateur de Notre Dame de Vie
L’humilité (Je veux voir Dieu, éd. du Carmel, 1949 ; p. 358-360 ; rev.)
Les parfums du Christ
L’humilité fervente est le fruit de la lumière de Dieu sur l'âme. Il serait donc vain de prétendre l'acquérir par ses propres efforts. (…) Il est nécessaire de demander la lumière d'humilité. Il n'importe pas moins de la bien recevoir. (…)
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » proclame Jésus. L'humilité et la douceur sont ses vertus caractéristiques, le parfum personnel de son âme, celui qu'il laisse sur son passage et qui indique les lieux où il règne. L'humilité du Christ Jésus, humilité fervente par excellence, procède de la lumière du Verbe qui habite corporellement en lui et l'écrase de sa transcendance. Car entre la nature divine et la nature humaine du Christ Jésus, unies par les liens de l'union hypostatique, subsiste la distance de l'Infini... Cet Infini écrase l'humanité et la plonge en des abîmes d'adoration et d'humilité où nul autre ne saurait le suivre, car nul autre n'a contemplé de si près et si profondément l'Infini. Mais cet infini est amour qui se donne, onction qui se répand. Aussi l'écrasement qu'il produit est-il suave, paisible et béatifiant. Le Christ Jésus est aussi doux qu'il est humble.
Humilité et douceur, force et suavité, parfum du Christ et aussi parfum de l'humilité fervente, c'est le signe authentique de contacts divins et un appel discret mais pressant à de nouvelles visites de la Miséricorde de Dieu.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)
fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken, ch. 7 (trad. Jésus, Celui qu'on invoque, Nouvelle Cité, 1988, p. 97)
« Mon joug est facile à porter »
Dieu porte en lui une très grande humilité. Il peut s'abaisser vers des gens comme nous et devenir dépendant de nous pour des actes comme vivre, grandir, porter des fruits. Il aurait tout à fait pu le faire sans nous. Pourtant, il s'est abaissé jusqu'à nous, a mené chacun d'entre nous ici, pour nous appeler ensemble et former cette communauté. Si vous aviez refusé, il n'aurait pas pu le faire. En effet, nous aurions pu refuser ; chacun aurait pu dire non. Dieu aurait patiemment attendu que quelqu'un dise oui.
Ce qui me fait comprendre cela, c'est lorsque Jésus dit : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur. » Il a vraiment voulu que nous retenions que notre appel à chacun est vraiment un don de Dieu lui-même.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) théologien dominicain, docteur de l'Église
Sermon donné pour le premier dimanche de l’Avent (coll. La vie spirituelle n°323, nov. 1947, trad. de C. Lavergne O.P., éd. Le Cerf; rev.)
« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29)
Nous pouvons considérer la mansuétude du Christ en quatre circonstances : dans sa vie ordinaire, dans ses réprimandes, dans la grâce de son accueil, enfin dans sa Passion.
D’abord dans sa vie ordinaire, nous pouvons voir la douceur du Christ, car toutes ses attitudes étaient pacifiantes : Il ne cherchait pas à provoquer les disputes, mais Il évitait tout ce qui pouvait conduire à une altercation. Il disait : « Mettez-vous à mon école, car Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).
En cela nous devons l’imiter. (…) De même la mansuétude du Christ apparaît dans ses réprimandes. Il eut à souffrir de la part de ses persécuteurs beaucoup d’opprobres et cependant Il ne leur répondait jamais avec colère ni sur un ton de querelle. Saint Augustin, commentant le texte « à cause de la vérité et de la mansuétude » (Ps 44, 5) dit que la vérité se faisait reconnaître lorsque le Christ prêchait ; et que la douceur se faisait admirer lorsqu’Il répondait avec patience à ses ennemis. (…)
Sa mansuétude apparaît encore dans la grâce de son accueil. Certains ne savent pas recevoir avec douceur. Le Christ, Lui, recevait avec bénignité les pécheurs, Il mangeait avec eux. Il les admettait à ses repas ou acceptait leur invitation, ce qui remplissait de stupeur les Pharisiens : « Pourquoi votre Maître mange-t-il avec les Publicains et les pécheurs ? » (Mt 9, 11)
Enfin, la mansuétude du Christ se manifeste dans sa Passion, car il alla à cette Passion comme un agneau, « Lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte » (1 P 2, 23). (…) Il dit par le prophète Jérémie : « Je ressemble à un agneau que l’on va mener à l’abattoir » (Jr 11, 19). (…)
La mansuétude assure l’héritage de la Terre du bonheur. C’est pourquoi nous lisons en saint Matthieu : « Bienheureux les doux, car ils hériteront de la Terre. » (Mt 5, 5)
ou
Diadoque de Photicé (v. 400-?)
évêque
Chapitres spirituels n° 2, 35, 94 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
« Prenez sur vous mon joug et vous trouverez le repos pour votre âme » (Mt 11,29)
Par nature seul Dieu est bon. Mais l’homme aussi devient bon par le soin qu’il prend de sa conduite, sur la voie du vrai bien, en se transformant en ce qu’il n’est pas, quand l’âme, par le souci du bien, s’unit à Dieu autant que le veulent ses facultés qu’elle met en œuvre. (…)
De même que la mer, si l’on y verse de l’huile quand elle est agitée, cède naturellement, les vagues se laissant vaincre par l’onction de l’huile, de même notre âme, lorsqu’elle reçoit l’onction de la douceur du Saint-Esprit, s’apaise volontiers. Car elle se laisse vaincre avec joie, comme dit le Saint : « Mais soumets-toi à Dieu, mon âme » (Ps 61(62),6 LXX), par cette impassibilité et cette douceur indicibles qui la couvrent de leur ombre. C’est pourquoi, si nombreuses que soient les provocations auxquelles les démons se livrent contre l’âme, celle-ci reste sans colère et pleine de toute joie. Mais c’est là un état auquel nul ne parvient et dans lequel nul ne demeure s’il n’apaise pas continuellement son âme par la crainte de Dieu. (…)
De même que la cire, si elle n’a pas été chauffée ou amollie longtemps, ne peut recevoir le sceau qu’on applique sur elle, de même l’homme, s’il n’a pas connu l’épreuve des peines et des faiblesses, ne peut porter en lui le sceau de la vertu de Dieu. C’est pourquoi le Seigneur dit au merveilleux Paul : « Ma grâce te suffit. Car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2Cor 12,9). Et l’Apôtre lui-même se glorifie en disant : « C’est donc de tout cœur que je me glorifierai de mes faiblesses, afin que demeure sur moi la puissance du Christ » (2Cor 12,9).
ou
Saint Jérôme (347-420)
prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire de l’Épître aux Galates, L3 ch 6 (Œuvres complètes de Saint Jérôme, Tome 10, trad.abbé J. Bareille, rev.)
Le fardeau léger de la loi du Christ
« Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. » Le péché est un fardeau, comme l’atteste le psalmiste lorsqu’il dit : « Mes péchés se sont appesantis sur moi comme un fardeau. » Le Sauveur s’est chargé de ce fardeau pour nous, nous enseignant ainsi par son exemple ce que nous devons faire nous-mêmes. Car Lui-même porte le fardeau de nos péchés, Il souffre pour nous (Is 53, 4), et Il invite ceux qui sont accablés sous le lourd fardeau de la loi et de leurs péchés à porter le fardeau léger de la vertu, lorsqu’Il dit : « Mon joug est doux, et mon fardeau léger. » Mt 11,30).
Celui donc qui, ne désespérant pas du salut de son frère, tend la main à celui qui implore son appui, pleure avec celui qui pleure, est faible avec les faibles, et regarde les péchés d’autrui comme les siens propres, celui-là accomplit par la charité la loi du-Christ. Quelle est cette loi du Christ ? «  Le commandement que Je vous donne est que vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 13, 34). Quelle est la loi du Fils de Dieu ? « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » Comment le Fils de Dieu nous a-t-Il aimés ? « Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13)
Celui qui n’a pas de clémence, qui ne s’est pas revêtu des entrailles de la miséricorde et des larmes, quelque élevé qu’il soit en spiritualité, celui-là n’accomplit pas la loi du Christ.
Celui qui vient au secours du pauvre accablé sous le poids de l’indigence et se fait des amis avec l’argent inique (Lc 16,), celui-là porte les nécessités de son frère. C’est à lui que Jésus dira après la résurrection générale : « Venez à moi, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. Car J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. » (Mt 25,34-35)
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N° 30 (trad. coll. Pères dans la foi, n°97, p. 66 rev.)
« Venez à moi, vous tous qui peinez »
Puisez aux eaux de la source vivante du Seigneur (Jn 4,10 ; 7,37),
car elle est ouverte à vous.
Venez, vous tous qui avez soif,
prenez la boisson qui désaltère.
Reposez-vous auprès de la source du Seigneur,
car elle est belle et pure, elle apaise l’âme.
Ses eaux sont plus douces que le miel,
le rayon des abeilles ne lui est pas comparable (cf Ps 18,11),
car elle jaillit des lèvres du Seigneur,
du cœur du Seigneur elle tire son nom.
Elle coule, illimitée et invisible ;
avant qu’elle n’apparût, personne ne l’avait vue.
Heureux ceux qui ont bu
et qui ont apaisé leur soif !
ou
Pape François
Homélie du 19/03/2013, Messe d'inauguration du pontificat (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur »
Chers amis..., le centre de la vocation chrétienne, [c'est] le Christ ! Nous gardons le Christ dans notre vie, pour garder les autres, pour garder la création. La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C'est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le livre de la Genèse et comme nous l'a montré saint François d'Assise : c'est le fait d'avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l'environnement dans lequel nous vivons.
C'est le fait de garder les gens, d'avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C'est d'avoir soin l'un de l'autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C'est le fait de vivre avec sincérité les amitiés... Au fond, tout est confié à la garde de l'homme, et c'est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu !...
Je voudrais demander, s'il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes gardiens de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l'autre, de l'environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde. Mais pour « garder » nous devons aussi avoir soin de nous-mêmes. Rappelons-nous que la haine, l'envie, l'orgueil souillent la vie. Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c'est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises (Lc 6,45) : celles qui construisent et celles qui détruisent. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse !
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, p. 51
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur »
Pour devenir saint, il nous faut l'humilité et la prière. Jésus nous a enseigné comment prier, et il nous a dit aussi d'apprendre, par son exemple, à être doux et humble de cœur. Nous n'arriverons ni à l'un ni à l'autre à moins de savoir ce qu'est le silence. L'humilité ainsi que la prière proviennent d'une oreille, d'une intelligence, et d'une langue qui ont goûté le silence auprès de Dieu, car Dieu parle dans le silence du cœur. Donnons-nous vraiment la peine d'apprendre la leçon de sainteté de la part de Jésus, dont le cœur était doux et humble. La première leçon donnée par ce cœur est d'examiner notre conscience, et le reste –- aimer, servir –- suit tout de suite. Un tel examen n'est pas de notre seul ressort, mais relève d'une collaboration entre nous et Jésus. Ce n'est pas la peine de perdre du temps à contempler inutilement nos propres misères ; il s'agit d'élever nos cœurs vers Dieu, et de laisser sa lumière nous illuminer.
Si tu es humble, rien ne te portera atteinte, ni la louange, ni la disgrâce, car tu sauras alors ce que tu es. Si l'on te fait des reproches, tu n'en seras pas découragé ; et si quelqu'un te dit saint, tu ne te mettras pas sur un piédestal. Si tu es saint, remercie Dieu ; si tu es un pécheur, n'en reste pas là. Le Christ te dit de viser très haut : non pas d'être comme Abraham ou David ou comme aucun saint, mais d'être comme notre Père céleste (Mt 5,48). « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16).
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Sept Degrés de l'échelle d'amour spirituel, ch. 4 (trad. Bénédictins de Saint-Paul de Wisques, 1922, p. 220-224)
« Prenez sur vous mon joug ; devenez mes disciples »
Par l'humilité nous vivons avec Dieu et Dieu vit avec nous dans une paix véritable ; en elle se trouve le fondement vivant de toute sainteté. On peut la comparer à une source d'où jaillissent quatre fleuves de vertus et de vie éternelle (cf Gn 2, 10)... Le premier fleuve qui jaillit d'un sol vraiment humble c'est l'obéissance... ; l'oreille devient humblement attentive, afin d'entendre les paroles de vérité et de vie qui viennent de la Sagesse de Dieu, tandis que les mains sont toujours prêtes à accomplir sa très chère volonté... Le Christ, la Sagesse de Dieu, s'est fait pauvre pour nous rendre riches (2Co 8, 9), est devenu serviteur pour nous faire régner, est mort enfin pour nous donner la vie... Afin que nous sachions comment le suivre et le servir, il nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ».
En effet, la douceur est le second fleuve de vertus qui jaillit du sol de l'humilité. « Bienheureux celui qui est doux, parce qu'il possède la terre » (Mt 5, 5), c'est-à-dire son âme et son corps, en paix. Car sur l'homme doux et humble repose l'Esprit du Seigneur ; et lorsque notre esprit est ainsi élevé et uni à l'Esprit de Dieu, nous portons le joug du Christ, qui est agréable et doux, et nous sommes chargés de son fardeau léger... De cette douceur intime jaillit un troisième fleuve, qui consiste à vivre en toute patience. Par la tribulation et la souffrance le Seigneur nous rend visite. Si nous recevons ces envoyées d'un cœur joyeux, alors il vient lui-même, car il a dit par son prophète : « Je suis avec lui dans la tribulation : je le délivrerai et le glorifierai » (Ps 90, 15)...
Le quatrième et dernier fleuve de vie humble est l'abandon de la volonté propre et de toute recherche personnelle. Ce fleuve prend sa source dans la souffrance endurée patiemment. L'homme humble...renonce à sa propre volonté et s'abandonne spontanément entre les mains de Dieu. Il devient ainsi une seule volonté et une seule liberté avec la volonté divine... Et c'est là le fond même de l'humilité... La volonté de Dieu, qui est la liberté même, nous enlève l'esprit de crainte et nous rend libres, dégagés et vides de nous-mêmes... Dieu nous donne alors l'Esprit des élus qui nous fait crier avec le Fils : « Abba, c'est-à-dire Père » (Rm 8, 15).
ou
Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien : Le Miroir de la charité, I, 30-31 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 188 rev.)
« Mon joug est facile à porter »
Ceux qui se plaignent de la rudesse du joug du Seigneur n'ont peut-être pas rejeté complètement le joug si pesant de la convoitise du monde, ou s'ils l'ont rejeté, ils s'y sont à nouveau asservis, à leur plus grande honte. Au dehors ils portent le joug du Seigneur, mais au-dedans ils soumettent leurs épaules au fardeau des préoccupations du monde. Ils mettent sur le compte de la pesanteur du joug du Seigneur les peines et les douleurs qu'ils s'infligent à eux-mêmes… Quant au joug du Seigneur, il est « doux et son fardeau léger ».
En effet, quoi de plus doux, quoi de plus glorieux que de se voir élevé au-dessus du monde par le mépris que l'on en fait et, installé au faîte d'une conscience en paix, d'avoir ce monde entier à ses pieds ? On ne voit alors rien à désirer, rien à craindre, rien à envier, rien à soi qui pourrait vous être enlevé, rien de mal qui pourrait vous être causé par un autre. Le regard du cœur se dirige vers « l'héritage incorruptible, exempt de souillure et de flétrissure, qui nous est réservé dans les cieux » (1P 1, 4). Avec une sorte de grandeur d'âme, on fait peu de cas des richesses du monde : elles passent ; des plaisirs de la chair : ils sont souillés ; des fastes du monde : ils se fanent ; et dans la joie, on reprend cette parole du prophète : « Toute chair n'est qu'herbe des champs, toute sa grâce n'est qu'herbe en fleur ; l'herbe a séché, la fleur s'est fanée, mais la Parole du Seigneur demeure pour toujours » (Is 40, 6-8)... Dans la charité, et rien que dans la charité résident la vraie tranquillité, la vraie douceur, car c'est elle le joug du Seigneur.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Prière pour obtenir l'humilité, Prière n° 20
« Devenez mes disciples »
Ô Jésus ! Lorsque vous étiez voyageur sur la terre, vous avez dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes. » Ô puissant monarque des cieux, oui, mon âme trouve le repos en vous voyant, revêtu de la forme et de la nature d'esclave (Ph 2,7), vous abaisser jusqu'à laver les pieds à vos apôtres. Je me souviens alors de ces paroles que vous avez prononcées pour m'apprendre à pratiquer l'humilité : « Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez vous-mêmes ce que j'ai fait ; le disciple n'est pas plus grand que le maître. Si vous comprenez ceci vous serez heureux en le pratiquant » (Jn 13,15-17). Je les comprends, Seigneur, ces paroles sorties de votre cœur doux et humble, je veux les pratiquer avec le secours de votre grâce.
Je veux m'abaisser humblement et soumettre ma volonté à celle de mes sœurs, ne les contredisant en rien et sans rechercher si elles ont le droit de me commander. Personne, ô mon Bien-Aimé, n'avait ce droit envers vous et cependant vous avez obéi non seulement à la sainte Vierge et à saint Joseph, mais encore à vos bourreaux. Maintenant c'est dans l'hostie que je vous vois mettre le comble à vos anéantissements. Quelle n'est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire... Ô mon Bien-Aimé, sous le voile de la blanche hostie que vous m'apparaissez doux et humble de cœur ! ... Ô Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre !
ou
Dorothée de Gaza (v. 500- ?), moine en Palestine
Instructions, I, 8 (trad. SC 92, p. 159)
« Venez à moi »
Que celui qui veut trouver le vrai repos pour son âme apprenne l'humilité ! Puisse-t-il voir qu'en elle se trouvent toute la joie, toute la gloire et tout le repos, comme dans l'orgueil se trouve tout l'opposé. Et en effet comment sommes-nous venus dans toutes nos tribulations ? Pourquoi sommes-nous tombés dans toute cette misère ? N'est-ce pas à cause de notre orgueil ? À cause de notre folie ? N'est-ce pas pour avoir suivi notre mauvais propos et pour nous être attachés à l'amertume de notre volonté ? Mais pourquoi cela ? L'homme n'a t-il pas été créé dans la plénitude du bien-être, de la joie, du repos et de la gloire ? N'était-il pas au Paradis ? On lui a prescrit : Ne fais pas ceci, et il l'a fait. Voyez-vous l'orgueil, l'arrogance, l'insoumission ? « L'homme est fou, dit Dieu en voyant cette insolence ; il ne sait pas être heureux. S'il ne traverse pas des jours mauvais, il ira se perdre tout à fait. S'il n'apprend pas ce qu'est l'affliction, il ne saura pas ce qu'est le repos. » Alors Dieu lui a donné ce qu'il méritait, en le chassant du Paradis...
Cependant la bonté de Dieu, comme je le répète souvent, n'a pas abandonné sa créature, mais elle se tourne encore vers elle et de nouveau la rappelle : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et accablés, et je vous soulagerai ». C'est-à-dire : Vous voilà fatigués, vous voilà malheureux, vous avez fait l'expérience du mal de votre désobéissance. Allons, convertissez-vous enfin ; allons, reconnaissez votre impuissance et votre honte, pour revenir à votre repos et à votre gloire. Allons, vivez par l'humilité, vous qui étiez morts par l'orgueil. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. »
ou
Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Eds Présence 1975, p. 285)
« Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos »
Le Seigneur aime les hommes, mais il permet que des épreuves les frappent. Ainsi, ils peuvent reconnaître leur impuissance et s'humilier, et, grâce à leur humilité, recevoir le Saint Esprit. Et avec le Saint Esprit, tout va bien, tout est plein de joie... Celui qui vit dans l'humilité sera content dans tout ce qui peut lui arriver, parce que le Seigneur est sa richesse et sa joie ; tous les hommes s'étonneront de la beauté de son âme.
Tu dis : « Ma vie est pleine de souffrances ». Mais je te répondrai, ou plutôt c'est le Seigneur lui-même qui te dit : « Sois humble, et tu verras que tes épreuves se changeront en repos », à tel point que tu t'étonneras toi-même et que tu te diras : « Pourquoi donc étais-je autrefois si tourmenté et affligé ? » Maintenant tu es heureux parce que tu es devenu humble et que la grâce divine est venue ; maintenant, quand bien même tu serais seul dans la pauvreté, la joie ne te quittera pas, car tu as dans l'âme cette paix dont le Seigneur a dit : « Je vous donne ma paix » (Jn 14,27). C'est ainsi que le Seigneur donne la paix à toute âme humble.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sur la virginité, 35-36 ; PL 40,416 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 511)
« Devenez mes disciples ; apprenez de moi »
Je te vois, ô bon Jésus, avec les yeux de la foi que tu as ouverts en moi, je te vois criant et disant à tout le genre humain : « Venez à moi et mettez-vous à mon école. » Quelle est la leçon…, toi par qui tout a été fait…, quelle est la leçon que nous venons apprendre à ton école ? « Que je suis doux et humble de cœur. » Voilà donc à quoi se réduisent « tous les trésors de sagesse et de connaissance » cachés en toi — à apprendre cette leçon capitale : que tu es « doux et humble de cœur »…
Que ceux qui recherchent ta miséricorde et ta vérité écoutent, qu'ils viennent à toi, qu'ils apprennent de toi à être doux et humbles, en vivant pour toi et non pour eux-mêmes. Qu'il entende cela, celui qui peine et qui est chargé, qui ploie sous son fardeau jusqu'à ne pas oser lever les yeux vers le ciel, le pécheur qui se frappe la poitrine et n'approche que de loin. Qu'il entende, le centurion qui n'était pas digne que tu entres sous son toit. Qu'il entende, Zachée, le chef des publicains, quand il rend au quadruple le fruit de ses péchés. Qu'elle entende, la femme qui avait été pécheresse dans la ville et qui répandait d'autant plus de larmes à tes pieds qu'elle avait été plus éloignée de tes pas. Qu'ils entendent, les femmes de mauvaise vie et les publicains qui précèdent les scribes et les pharisiens dans le Royaume des cieux. Qu'ils entendent, les malades de toute sorte dont on t'accusait d'avoir été le convive...
Tous ceux-là, quand ils se tournent vers toi, deviennent facilement doux et humbles devant toi, au souvenir de leur vie pleine de péchés et de ta miséricorde pleine de pardon, car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ».
(Références bibliques : Col 2,3 ; Lc 18,13 ; Lc 7,6 ; Lc 19,8 ; Lc 7,37 ; Mt 21,31 ; Mt 9,11 ; Rm 5,20)
ou
Philoxène de Mabboug ( ?-v. 523), évêque en Syrie
« Venez à moi, vous tous qui peinez »
Venez à moi, et je vous soulagerai... Vous avez goûté le chemin du monde : goûtez maintenant le mien, et s'il ne vous plaît pas, vous le fuirez. Vous avez porté les fardeaux pesants du monde, et vous avez senti combien ils sont lourds : laissez-vous persuader et prenez sur vous mon joug ; vous apprendrez par l'expérience combien il est doux et léger. Je ne ferai pas de vous de ces riches qui ont besoin de beaucoup de choses, mais des riches véritables qui n'ont besoin de rien ; car le riche n'est pas celui qui possède beaucoup, mais celui à qui rien ne manque. Chez moi, si vous renoncez à tout, vous serez riches... Mais si vous cherchez à rassasier vos convoitises, elles vous affament. La faim vient en mangeant : plus le riche s'enrichit, plus il est pauvre ; plus l'argent s'amasse, plus il veut s'amasser ; plus on acquiert, plus on veut acquérir...
Venez donc à moi, vous tous qui êtes fatigués par la richesse, et reposez-vous dans la pauvreté ; venez, les maîtres de biens et de possessions, et prenez plaisir au renoncement. Venez, les amis du monde qui n'a qu'un temps, et prenez le goût du monde éternel. Vous avez expérimenté votre monde : venez expérimenter le mien. Vous avez fait l'épreuve de votre richesse : venez éprouver ma pauvreté. Votre richesse est une richesse ; ma pauvreté est la richesse. Ce n'est pas une grande chose que la richesse soit appelée une richesse, mais ce qui est admirable et grand, c'est que la pauvreté est la richesse, et l'humilité, la grandeur.


TEMPS ORDINAIRE XV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
L'Épître dite de Barnabé (vers 130) § 15-16 (trad. Quéré, Pères apostoliques, p. 212s rev.)
« Il y a ici plus grand que le Temple »
Au sujet du sabbat, il est écrit : « Vos fêtes de la nouvelle lune et vos sabbats, je ne les supporte pas » (Is 1,13). Considérez cette parole. « Ce ne sont pas les sabbats actuels qui me plaisent, mais celui que j'ai fait, où, ayant mis fin à l'univers, je ferai surgir un huitième jour, qui sera l'aube d'un monde nouveau. » Voilà pourquoi nous célébrons dans l'allégresse ce huitième jour, où Jésus est ressuscité des morts, s'est manifesté, puis est monté aux cieux.
Au sujet du Temple, j'évoquerai l'erreur de ces malheureux qui, sous prétexte que c'était la maison de Dieu, ont mis leur espérance dans un édifice plutôt que dans le Dieu qui les a créés... Examinons s'il existe encore un temple pour Dieu. Oui, il en existe un et il est là où lui-même affirme le construire et l'orner. Car il est écrit : « À la fin de la semaine, il adviendra qu'un temple sera construit, avec magnificence, au nom du Seigneur » (cf Tb 14,5). Je constate donc que ce temple existe. Mais comment le construire au nom du Seigneur ? Écoutez. Avant que nous ayons la foi, notre cœur était une demeure fragile et caduque, semblable en vérité à un temple bâti de main d'homme. Il était rempli des cultes d'idoles, servait de repaire aux démons, tant nos entreprises allaient contre les desseins de Dieu.
Mais « il sera bâti au nom du Seigneur ». Veillez à ce que ce temple soit construit « avec magnificence ». Comment ? En recevant la rémission des péchés, et en mettant notre espérance en son nom, nous devenons des hommes nouveaux, recréés comme à l'origine. Alors Dieu habite véritablement nos cœurs, qui forment sa demeure.
ou
Aphraate (?-v. 345)
moine et évêque près de Mossoul
Les Exposés, n°13, 1-2.13 (trad. cf SC 359, p. 589s)
Le maître du sabbat
Par l'intermédiaire de Moïse son serviteur, le Seigneur a demandé aux fils d'Israël d'observer le sabbat. Il leur a dit : « Pendant six jours, tu feras ton travail mais le septième jour est un sabbat, un jour de saint repos pour le Seigneur ton Dieu » (Ex 20,9)... Il les a avertis : « Tu te reposeras, toi, ton serviteur, ta servante, tes bœufs et ton âne ». Il a même ajouté : « Le mercenaire et l'étranger se reposeront également ainsi que toute bête qui peine à ton service » (Ex 23,12)... Le sabbat n'a pas été imposé comme une épreuve, un choix entre la vie et la mort, entre la justice et le péché, comme les autres préceptes par lesquels l'homme peut vivre ou mourir. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos –- non seulement des hommes mais des bêtes aussi...
Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l'a dit : « Donnez du repos à ceux qui sont accablés » (28,12). Et ailleurs : « Ceux qui gardent le sabbat sans le profaner, ce sont ceux qui sont réconfortés par mon alliance et choisissent ce qui me plaît » (56,4)... Le sabbat n'est d'aucun profit pour les méchants, les assassins, les voleurs. Mais ceux qui choisissent ce qui plait à Dieu et gardent leurs mains du mal, en ceux-là Dieu habite ; il fait d'eux sa demeure selon sa parole : « J'habiterai en eux et je marcherai au milieu d'eux » (Lv 26,12; 2Co 6,16)... Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu, c'est-à-dire ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos, le sabbat du ciel et de la terre où toute créature se reposera.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n° 13, 1.3.9
« Un repos, celui du septième jour, est réservé au peuple de Dieu » (He 4, 9)
Le sabbat n'a pas été établi comme une épreuve permettant un discernement entre la vie et la mort, entre justice et péché, ainsi que d'autres préceptes par lesquels « l'homme trouve la vie » (Lv 18, 5) ou la mort s'il ne les observe pas. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos ; avec les hommes, les bêtes devaient cesser le travail (Ex 23, 12)...
Si le sabbat n'avait pas été institué pour le repos de tout être qui exerce un travail corporel, les créatures qui ne travaillent pas auraient dû, dès l'origine, elles aussi, observer le sabbat afin d'être justifiées. Au contraire, nous voyons, sans répit, le soleil s'avancer, la lune parcourir son orbite, les étoiles poursuivre leur course, les vents souffler, les nuages voguer dans le ciel, les oiseaux voler, les ruisseaux sourdre des sources, les vagues s'agiter, les éclairs tomber et illuminer la création, le tonnerre éclater violemment en son temps, les arbres porter leurs fruits, et chaque créature grandir et se fortifier. Nous ne voyons en vérité aucun être se reposer le jour du sabbat, sauf les hommes et les bêtes de somme qui sont soumis à la loi du travail.
À aucun des justes de l'Ancien Testament le sabbat n'a été donné pour qu'il y trouve la vie... Mais la fidélité au sabbat a été prescrite afin que se reposent serviteurs, servantes, mercenaires, étrangers, bêtes de somme, afin que puissent se refaire ceux qui sont accablés par leur travail. Car Dieu a soin de toute sa création, des bêtes de somme comme des bêtes féroces, des oiseaux comme des animaux sauvages. Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l'a dit : « Voici mon repos : faites reposer celui qui est fatigué » (28, 12)... Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu ; faisons ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos où ciel et terre se reposeront, où toute créature est recréée.
ou
Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien : Le Miroir de la charité, III, 3, 4 (trad. cf. Brésard, 2000 ans B, p. 80 et Bellefontaine 1992, p. 186)
Observer le sabbat
Dans un premier temps, il nous faut transpirer en faisant de bonnes œuvres, pour nous reposer ensuite dans la paix de notre conscience… C’est la célébration joyeuse d’un premier sabbat où l’on se repose des œuvres serviles du monde…et où l’on ne transporte plus les fardeaux des passions.
Mais on peut quitter la chambre intime où on a célébré ce premier sabbat et on peut rejoindre l'auberge de son cœur, là où on a coutume de « se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, de pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15), « d'être faible avec ceux qui sont faibles, de brûler avec ceux qui sont scandalisés » (2Co 11, 29). Là on sentira son âme unie à celle de tous ses frères par le ciment de la charité ; on n'y est plus troublé par les aiguillons de la jalousie, brûlé par le feu de la colère, blessé par les flèches des soupçons ; on est libéré des morsures dévorantes de la tristesse. Si on attire tous les hommes dans le giron pacifié de son esprit, où tous sont étreints, réchauffés par une douce affection et où l'on n'est plus avec eux « qu'un cœur et qu'une âme » (Ac 4, 32), alors, en savourant cette merveilleuse douceur, le tumulte des convoitises fait aussitôt silence, le vacarme des passions s'apaise, et à l'intérieur s'opère un total détachement de toutes choses nuisibles, un repos joyeux et paisible dans la douceur de l'amour fraternel. Dans la quiétude de ce deuxième sabbat la charité fraternelle ne laisse plus subsister aucun vice… Imprégné de la douceur paisible de ce sabbat, David a éclaté en un chant de jubilation : « Voyez comme il est bon, comme il est doux d’habiter en frères tous ensemble » (Ps 132, 1).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur les Nombres, n°23, SC 29 (trad. A. Méhat; Éd. du Cerf 1951; p. 444-445, rev.)
« Le Fils de l'homme est maître du sabbat »
Nous ne voyons pas que les paroles de la Genèse : « Au jour du sabbat Dieu s'est reposé de ses œuvres » se soient réalisées en ce septième jour de la création, ni même qu'elles se réalisent aujourd'hui. Nous voyons toujours Dieu au travail. Il n'y a pas de sabbat où Dieu cesse de travailler, de jour où il ne « fasse paraître son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes », où « il ne fasse pousser l'herbe sur les montagnes et les plantes au service des hommes » (…), où « il ne fasse mourir et ne fasse vivre. »
Aussi, le Seigneur répond à ceux qui l'accusaient de travailler et de guérir le jour du sabbat : « Mon Père travaille jusqu'à maintenant, et moi aussi je travaille. » Il montrait par là que, durant le temps de ce monde, il n'y a pas de sabbat où Dieu se repose de veiller à la marche du monde et aux destinées du genre humain. (…) Dans sa sagesse de Créateur il ne cesse d'exercer sur ses créatures sa providence et sa bienveillance « jusqu'à la fin du monde ». Donc le vrai sabbat où Dieu se reposera de tous ses travaux sera le monde futur, quand « douleur, tristesse et gémissements s'enfuiront », et que Dieu sera « tout en tous ».
(Références bibliques : Gn 2,2; Mt 5,45; Ps 146,8; 1Sm 2,6; Jn 5,17; Mt 28,20; Is 35,10 LXX; Col 3,11)
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur le livre des Nombres, n° 23 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 2, p. 87)
« Le Fils de l'homme est maître du sabbat »
Le sabbat a été institué comme un jour sacré ; tous les saints et tous les justes doivent célébrer le sabbat... Voyons donc en quoi consiste pour le chrétien l'observance du sabbat : le jour du sabbat, il ne faut accomplir aucune œuvre d'ici-bas ; il faut s'abstenir de toutes les œuvres terrestres, ne rien faire qui relève de ce monde, s'adonner aux œuvres spirituelles, venir à l'église, être attentif à la lecture de l'Écriture et aux explications qu'on en donne, penser aux choses du ciel, s'occuper de l'espérance de la vie future, avoir devant les yeux le jugement à venir, méditer, non les réalités visibles et présentes, mais les réalités futures et invisibles.
Les juifs aussi doivent observer tout cela. Et chez eux, les forgerons, les maçons, tous les travailleurs manuels restent sans rien faire le jour du sabbat. Mais en ce jour, les lecteurs qui proclament la Sainte Écriture, les docteurs qui expliquent la Loi de Dieu, n'interrompent pas leurs fonctions et cependant ils ne profanent pas le sabbat. Mon Seigneur lui-même l'a reconnu : « N'avez-vous pas lu, leur dit-il, que les prêtres dans le Temple manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ? » C'est donc celui qui s'abstient des œuvres de ce monde et se rend libre pour les activités spirituelles, c'est celui-là qui offre le sacrifice du sabbat et sanctifie le sabbat comme un jour de fête...
Pendant le sabbat, chacun reste dans sa demeure et n'en sort pas. Quelle est donc cette demeure de l'âme spirituelle ? Cette demeure, c'est la justice, la vérité, la sagesse, la sainteté ; tout cela, c'est le Christ, lui, la demeure de l'âme. De cette demeure, il ne faut pas sortir, si l'on veut garder le vrai sabbat et célébrer par des sacrifices ce jour de fête, selon la parole du Seigneur : « Celui qui demeure en moi, moi aussi je demeure en lui » (Jn 15,5).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
La Genèse au sens littéral, IV, 13-14 (trad. Bibliothèque augustinienne, t. 48, DDB 1972, p. 313)
Entrer dans le repos de Dieu
« Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon... Et il se reposa, le septième jour, de toute l'œuvre qu'il avait faite » (Gn 1,31-2,2). Nous voyons que les œuvres de Dieu sont bonnes, et nous verrons son repos après nos œuvres si elles sont bonnes. C'est en signe de ce repos qu'il a prescrit au peuple des Hébreux l'observance du sabbat. Mais ils le pratiquaient d'une manière si matérielle qu'ils incriminaient notre Seigneur quand ils le voyaient opérer notre salut ce jour-là. Cela leur a valu cette réponse parfaitement juste : « Mon Père, jusqu'à maintenant, est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre » (Jn 5,17), non seulement en gouvernant toute la création avec lui, mais encore en opérant notre salut.
Mais quand la grâce a été révélée, les fidèles ont été relevés de l'observance du sabbat qui consistait dans le repos d'un jour. Maintenant, par la grâce, le chrétien observe un sabbat perpétuel, si tout ce qu'il fait de bon il le fait dans l'espoir du repos à venir et s'il ne se glorifie pas de ses bonnes œuvres comme si elles étaient son propre bien et pas quelque chose qu'il a reçu. En agissant ainsi et en recevant et regardant le sacrement du baptême comme un sabbat, c'est-à-dire comme le repos du Seigneur dans son tombeau (Rm 6,4), il se repose de ses œuvres anciennes, marche dans les sentiers d'une vie nouvelle, et reconnaît que Dieu agit en lui, Dieu qui tout à la fois agit en lui en tant qu'il gouverne ses créatures comme il faut, et se repose, en tant qu'il a en lui la tranquillité éternelle.
Dieu ne s'est pas fatigué en créant, ni reposé en cessant de créer ; mais par le langage de la Sainte Écriture, il a voulu nous inspirer le désir de son repos... Il a voulu sanctifier ce jour...comme si, même pour lui qui ne se fatigue pas au travail, le repos avait plus de prix que l'action. C'est bien ce que nous enseigne l'Évangile quand le Sauveur nous dit que Marie, quand elle s'est assise et tenue en repos à ses pieds pour écouter sa parole, a choisi une part meilleure que celle de Marthe, même si celle-ci s'affairait de bonnes œuvres en vue du service (Lc 10,39s).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Confessions, Livre 13, ch. 35-38
« Le Fils de l'homme est maître du sabbat »
Seigneur Dieu, toi qui nous as comblés de tout, donne-nous la paix (Is 26,12), la paix du repos, la paix du sabbat, le sabbat qui n'a pas de soir. Car cet ordre si beau des choses que tu as créées et qui sont « très bonnes » (Gn 1,31) passera lorsqu'il aura atteint le terme de sa destinée. Oui, elles ont eu leur matin, elles auront leur soir. Mais le septième jour n'a pas de soir, pas de couchant, puisque tu l'as sanctifié pour qu'il dure toujours. Au terme de tes œuvres « très bonnes », que tu as faites pourtant dans le repos, tu t'es reposé le septième jour ; c'est pour nous dire par ton livre qu'au terme de nos œuvres, qui sont très bonnes parce que c'est toi qui nous les as données (Is 26,12), nous aussi nous nous reposerons en toi au sabbat de la vie éternelle. Alors tu te reposeras en nous tout comme aujourd'hui tu agis en nous ; ainsi ce repos que nous goûterons sera le tien, tout comme les œuvres que nous faisons sont tiennes.
Toi, Seigneur, tu es à l'œuvre toujours et tu es toujours en repos... Pour nous, vient un moment où nous sommes poussés à agir pour le bien, après que notre cœur l'a conçu de ton Esprit, tandis qu'avant nous étions poussés à faire le mal quand nous t'abandonnions. Toi, Dieu uniquement bon, jamais tu n'as cessé de faire le bien. Quelques-unes de nos œuvres sont bonnes, par ta grâce il est vrai, mais elles ne sont pas éternelles ; après elles, nous espérons nous reposer dans ton ineffable sanctification. Mais toi, Bien qui n'as besoin d'aucun autre bien, tu es toujours en repos, parce que ton repos, c'est toi-même.
Qui parmi les hommes pourra donner l'intelligence de tout cela à l'homme ? Quel ange la donnera aux anges ? Quel ange à l'homme ? C'est à toi qu'il faut la demander, en toi qu'il faut la rechercher, à ta porte qu'il faut frapper. Et ainsi, oui, ainsi on recevra, ainsi on trouvera, ainsi la porte s'ouvrira (Mt 7,8).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur les Nombres, n°23 (trad. SC 29, p. 444)
« Le Fils de l'homme est maître du sabbat »
Nous ne voyons pas que les paroles de la Genèse : « Au jour du sabbat Dieu s'est reposé de ses œuvres » (2,2) se soient réalisées en ce septième jour de la création, ni même qu'elles se réalisent aujourd'hui. Nous voyons toujours Dieu au travail. Il n'y a pas de sabbat où Dieu cesse de travailler, pas de jour où il ne « fasse se lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45), où il ne « fasse pousser l'herbe sur les montagnes et les plantes au service des hommes » (Ps 146,8)..., où il ne « fasse mourir et vivre » (1Sm 2,6).
Ainsi, le Seigneur répond à ceux qui l'accusaient de travailler et de guérir le jour du sabbat : « Mon Père travaille jusqu'à maintenant, et moi aussi je travaille » (Jn 5,17). Il montrait par là que, durant le temps de ce monde, il n'y a pas de sabbat où Dieu se repose de veiller à la marche du monde et aux destinées du genre humain... Dans sa sagesse de Créateur il ne cesse d'exercer sur ses créatures sa providence et sa bienveillance « jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Donc le vrai sabbat où Dieu se reposera de tous ses travaux sera le monde futur, quand « s'enfuiront douleur, tristesse et gémissements » (Is 35,10), et que Dieu sera « tout en tous » (Col 3,11).
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-390), moine
Homélie 35 (trad. coll. Spi. Or. 40, p. 301 rev.)
« Le Fils de l'Homme est maître du sabbat »
Dans la Loi donnée par Moïse..., Dieu ordonnait à tous de se reposer et de ne faire aucun travail le jour du sabbat. Mais celui-ci était « une image et une ombre » (He 8,5) du véritable sabbat, qui est accordé à l'âme par le Seigneur. En effet, l'âme qui a été jugée digne du véritable sabbat cesse de s'adonner à ses préoccupations honteuses et avilies et s'en repose ; elle célèbre le véritable sabbat et jouit du véritable repos, étant délivrée de toutes les œuvres des ténèbres...
Jadis, il était prescrit que même les animaux dénués de raison devaient se reposer le jour du sabbat : le bœuf ne devait pas être soumis au joug, ni l'âne porter de fardeau, car les animaux eux-mêmes se reposaient des travaux pénibles. En venant parmi nous et en nous donnant le sabbat véritable et éternel, le Seigneur a apporté le repos à l'âme qui était chargée et accablée du fardeau du péché, et qui, sous la contrainte, accomplissait des œuvres de l'injustice, assujettie qu'elle était à des maîtres cruels. Il l'a soulagée du poids intolérable des idées vaines et ignobles ; il l'a affranchie du joug amer des œuvres d'injustice, et il lui a donné le repos.
En effet, le Seigneur appelle l'homme au repos en lui disant : « Venez, vous tous qui peinez et êtes accablés, et je vous donnerai le repos » (Mt 11,28). Et toutes les âmes qui lui font confiance et s'approchent de lui...célèbrent un sabbat véritable, délicieux et saint, une fête de l'Esprit, dans une joie et une allégresse inexprimables. Elles rendent à Dieu un culte pur qui lui plaît, procédant d'un cœur pur. C'est là le sabbat véritable et saint.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 155, 6
La nouvelle Loi « écrite non sur des tables de pierre, mais sur les cœurs » ( 2 Co 3,3)
Considérez, mes frères, le grand mystère de l'harmonie et de la différence des deux Lois et des deux peuples. Le peuple ancien célébrait la Pâque non dans la pleine lumière, mais dans l'ombre de ce qui devait venir (Col 2,17), et cinquante jours après la célébration de la Pâque..., Dieu lui a donné la Loi écrite de sa main sur le mont Sinaï... Dieu est descendu sur le mont Sinaï au milieu du feu, frappant d'épouvante le peuple qui se tenait au loin et il a écrit la Loi, de son doigt, sur la pierre et non dans le cœur (Ex 31,18). Au contraire, lorsque l'Esprit Saint est descendu sur la terre, les disciples étaient tous ensemble en un même lieu, et au lieu de les effrayer du haut de la montagne, il est entré dans la maison où ils étaient réunis (Ac 2,1s). Il se fit bien du haut du ciel un bruit pareil à celui d'un vent violent qui s'approche, mais ce bruit n'a effrayé personne.
Vous avez entendu le bruit, voyez aussi le feu ; car, sur la montagne, on distinguait aussi ces deux phénomènes : le bruit et le feu. Sur le mont Sinaï, le feu était environné de fumée ; ici, au contraire, il est d'une clarté brillante : « Ils virent apparaître, dit l'Écriture, comme un sorte de feu qui se partageait en langues ». Était-ce un feu qui provoquait la peur ? Pas du tout : « Ces langues se posèrent sur chacun d'eux »... Écoutez cette langue qui parle, et comprenez que c'est l'Esprit qui écrit, non sur la pierre, mais dans le cœur. Ainsi donc « la Loi de l'Esprit de vie », écrite dans le cœur et non sur la pierre, cette Loi de l'Esprit de vie qui est en Jésus Christ en qui la Pâque a été célébrée en toute vérité (1Co 5,7), « vous a délivrés de la Loi du péché et de la mort » (Rm 8,2).


TEMPS ORDINAIRE XV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
La Réfutation de toutes les hérésies, 10, 33-34 (trad. bréviaire 30/12 rev.)
« Voici mon serviteur que j’ai choisi »
Voici notre foi… : Dieu a envoyé sa Parole, son Verbe (Jn 1,1), se manifester en personne aux yeux des hommes, pour que le monde, en le voyant, soit sauvé… Nous savons qu’il s’est fait homme, de la même pâte que nous. S’il en était autrement, c’est en vain qu’il nous aurait commandé de l’imiter comme notre maître (Jn 13,14.34). Si cet homme était d’une autre nature, comment pourrait-il me demander de faire comme lui, à moi qui suis faible par nature ? Où serait alors sa bonté, sa justice ?
Pour bien faire comprendre qu’il n’est pas différent de nous, il a voulu supporter la fatigue et connaître la faim (Jn 4,6) ; il n’a pas refusé d’avoir soif, il a trouvé son repos dans le sommeil, il n’a pas refusé la souffrance, il s’est soumis à la mort et il a clairement manifesté sa résurrection. En tout cela il a offert sa propre humanité comme des premiers fruits afin que toi, dans ta souffrance, tu ne perdes pas courage, mais que, reconnaissant que tu es toi-même homme, tu attendes, toi aussi, ce que le Père a donné à cet homme-là…
Grâce à la connaissance du vrai Dieu, tu auras un corps immortel et impérissable comme l’âme elle-même ; tu recevras en partage le Royaume des cieux parce que tu auras reconnu le Roi du ciel tandis que tu vivais sur la terre. Tu vivras en présence de Dieu, « héritier avec le Christ » (Rm 8,17). Tu ne seras plus dominé par des désirs, des souffrances et des maladies, car tu es devenu de nature divine… « Le Christ est Dieu, au-dessus de tout » (cf Rm 9,5)…et a donné au vieil homme la perfection de l’homme nouveau (Col 3,9). Dès le commencement il l’a appelé son image (Gn 1,27), et par cette ressemblance il a montré sa tendresse pour toi. Si tu obéis à ses saints commandements, si, en étant bon, tu imites Celui qui est bon, tu deviendras semblable à lui.
ou
Philoxène de Mabboug ( ?-v. 523), évêque en Syrie
Homélie n°5 sur la simplicité, 137-139 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 138 rev.)
« Il ne protestera pas, il ne criera pas »
Notre Seigneur n'a pas été comparé à un lion quand il a été conduit à la mort... Comme un agneau, une brebis, il gardait le silence quand il a été conduit à sa Passion et à la mort : « Il se taisait comme une brebis devant le tondeur. Il n'a pas ouvert la bouche » dans son humiliation (Is 53,7)...
Debout devant le juge et interrogé, lui, le Maître et docteur de toute sagesse, ne répond pas..., afin d'accomplir cette parole : « Il a été conduit à l'abattoir comme un agneau » (Is 53,7). Ils le guident, le conduisent d'un lieu à un autre, le mènent d'un endroit à un autre, le traînant d'un juge à un autre comme s'il était muet. Devant Anne, il se tait (Jn 18,13) ; jusqu'à ce que celui-ci l'ait adjuré, il ne parle pas. Interrogé par Pilate, il garde le silence ; et jusqu'à ce qu'il ait entendu sa question : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18,33)... il ne répond pas. Ils l'ont conduit alors à Hérode qui l'a interrogé pour voir et entendre de sa bouche des choses extraordinaires et pour le tenter (Lc 23,8s) : là encore, il a gardé le silence, n'a pas parlé, n'a pas répondu à son interrogateur. On le regardait comme un fou qui ne sait rien, comme un insensé qui n'a pas de réponse. Ses ennemis ont pensé ce qu'ils ont voulu, mais lui n'a pas abandonné l'innocence de l'agneau.
ou
Philoxène de Mabboug ( ?-v. 523), évêque en Syrie
Homélie n°5, Sur la simplicité, 137-139 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 138)
« Il ne protestera pas, il ne criera pas »
Écoute le prophète annoncer notre Seigneur. Il le compare à l'agneau, à la brebis, les plus innocents des animaux : « Il a été conduit à l'abattoir comme un agneau, il se taisait comme une brebis devant le tondeur » (Is 53, 7)... Notre Seigneur n'a pas été comparé à un lion quand il a été conduit à la mort... Comme un agneau, une brebis, il gardait le silence quand il a été conduit à la Passion et à la mort : « Il se taisait comme une brebis devant le tondeur. Il n'a pas ouvert la bouche » dans son humiliation.
Confirmant la parole de la prophétie par sa conduite, il a gardé le silence quand ils l'ont emmené, il s'est tu quand ils l'ont jugé, il ne s'est pas plaint quand ils l'ont flagellé, il n'a pas discuté quand ils l'ont condamné, il ne s'est pas irrité quand ils l'ont ligoté. Il n'a pas murmuré quand ils lui ont frappé les joues, il n'a pas crié quand il a été dépouillé de ses vêtements, comme une brebis de sa toison. Il ne les a pas maudits quand ils lui ont donné le fiel et le vinaigre ; il ne s'est pas irrité contre eux quand ils l'ont cloué sur le bois.
ou
Tertullien (155?-220?), théologien : Contre Marcion, 2, 27 ; PL II, 316-317
« Voici mon serviteur… Il ne protestera pas, il ne criera pas »
Dieu ne pouvait pas vivre avec les hommes, à moins de prendre une manière humaine de penser et de réagir. C’est pourquoi il a voilé sous l'humilité l'éclat de sa majesté, que la faiblesse humaine n'aurait pas pu supporter. Tout cela n'était pas digne de lui, mais c'était nécessaire à l'homme, et du coup cela devenait digne de Dieu, car rien n'est aussi digne de Dieu que le salut de l'homme...
Tout ce que Dieu perd, l'homme le gagne, si bien que tous les abaissements que mon Dieu a soufferts pour être près de nous sont le sacrement du salut des hommes. Dieu agissait avec les hommes, pour que l'homme apprenne à agir sur le plan divin. Dieu traitait d'égal à égal avec l'homme, pour que l'homme puisse agir d’égal à égal avec Dieu. Dieu s’est fait petit pour que l'homme devienne grand.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire de l'évangile de Jean 32, 4 ; PG 14, 741-752 (trad. Évangile selon Jean, DDB 1985, p. 116)
« Voici mon serviteur »
Au cour d'un repas, Jésus se lève de table et se dépouille de ses vêtements en prenant une apparence d'esclave, comme le montrent ces paroles : « Il prit un linge et s'en ceignit », pour ne pas être complètement nu et pour essuyer les pieds de ses disciples avec son propre linge (Jn 13,2-5). Voyez à quel point s'abaisse la grandeur et la gloire du Verbe fait chair ; pour laver les pieds de ses disciples : « Il verse de l'eau dans un bassin ».
« Abraham leva les yeux et vit des hommes debout devant lui. De la porte de sa tente, il courut à leur rencontre et se prosterna à terre en disant : ' Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant toi, ne passe pas sans t'arrêter chez ton serviteur ' » (Gn 18,2-3). Mais Abraham ne prend pas lui-même de l'eau et ne déclare pas qu'il va laver les pieds des étrangers, parce qu'ils sont venus chez lui, mais il dit : « Qu'on apporte de l'eau et qu'on vous lave les pieds. » Joseph lui non plus n'a pas apporté d'eau pour laver les pieds de ses onze frères, mais c'était son intendant qui « leur apporta de l'eau pour se laver les pieds » (Gn 43,24).
Mais celui qui a déclaré : « Je suis venu non pour être servi mais pour servir » (Mt 20,28) et a dit à juste titre : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29), verse lui-même l'eau dans le bassin. Il savait que personne, sauf lui, ne pouvait laver les pieds des disciples pour que cette purification leur permette d'avoir part avec lui. L'eau, je pense, était une parole capable de laver les pieds des disciples, quand ils s'approchaient du bassin placé là pour eux par Jésus.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 194 ; PL 38, 1016 (trad. bréviaire)
« Les nations mettent leur espoir en son nom »
Qui donc, parmi les hommes, connaît tous les trésors de sagesse et de science cachés dans le Christ et enfouis dans la pauvreté de sa chair ? Car « lui qui est riche est devenu pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches par sa pauvreté » (2Co 8,9). Puisqu'il venait pour endosser la condition mortelle et pour terrasser la mort elle-même, il s'est montré dans l'état de pauvre ; mais lui qui nous a promis des richesses lointaines n'a pas réellement perdu celles dont il s'est éloigné. « Comme ils sont surabondants, ses bienfaits ! Il les tient en réserve pour ceux qui le craignent, il en comble ceux qui espèrent en lui. » (Ps 30,20)...
Afin que nous devenions capables de le saisir, celui qui est égal au Père comme ayant la nature de Dieu est devenu semblable à nous en prenant la nature du serviteur, et il nous recrée à la ressemblance de Dieu. Devenu fils d'homme, l'unique Fils de Dieu transforme de nombreux hommes en fils de Dieu. Et après avoir nourri les serviteurs par sa nature visible de serviteur, il les rend libres pour qu'ils puissent contempler la nature de Dieu. Car « nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est » (1Jn 3,2). En quoi consistent, en effet, ces trésors de sagesse et de science, ces richesses divines ? Tout ce que nous savons, c'est qu'ils nous suffisent pleinement. Et cette surabondance de ses bienfaits ? Tout ce que nous savons, c'est qu'elle nous rassasie.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours ascétiques, 1ère série n° 20 (trad. DDB 1981, p. 137)
« Mon serviteur n'écrasera pas le roseau froissé, n'éteindra pas la mèche qui faiblit... Les nations mettent leur espoir en son nom »
Je veux ouvrir la bouche, frères, pour vous parler du très haut sujet de l'humilité. Et je suis rempli de crainte, comme quelqu'un qui sait qu'il doit parler de Dieu dans le langage de ses propres pensées. Car l'humilité est la parure de la Divinité. En se faisant homme, le Verbe l'a revêtue. Par elle, il a vécu avec nous dans un corps. Et quiconque s'en est entouré, s'est rendu pareil en vérité à Celui qui est descendu de sa hauteur et qui a recouvert sa grandeur et sa gloire par l'humilité, pour qu'à sa vue la création ne soit pas consumée. Car la création n'aurait pas pu le contempler s'il n'avait pas pris sur lui l'humilité et n'avait pas ainsi vécu avec elle. Il n'y aurait pas eu de face à face avec lui. La création n'aurait pas entendu les paroles de sa bouche...
C'est pourquoi lorsque la création voit un homme revêtu de la ressemblance de son Maître, elle le révère et l'honore comme son Maître qu'elle a vu vivre en elle, revêtu d'humilité. Quelle créature, en effet, ne se laisse pas attendrir à la vue de l'humble ? Cependant, tant que la gloire de l'humilité ne s'était pas révélée à tous dans le Christ, on dédaignait cette vision si pleine de sainteté. Mais maintenant, sa grandeur s'est levée aux yeux du monde. Il a été donné à la création de recevoir dans la médiation d'un homme humble la vision de son Créateur. C'est pourquoi l'humble n'est méprisé par personne, pas même par les ennemis de la vérité. Celui qui a appris l'humilité est vénéré, grâce à elle, comme s'il portait la couronne et la pourpre.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sermon 15, 2-4 ; PG 77, 1089 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 76 rev.)
« Voici mon serviteur »
Le mystère de notre salut est si vaste, si profond, si admirable que les anges eux-mêmes aspirent fortement à le comprendre (1P 1,12)... Comme le Christ était Dieu en sa nature, Verbe véritable de Dieu le Père (Jn 1,1), de même nature que le Père et coéternel avec lui, et qu'il brillait au plus haut de sa gloire « dans la condition et la similitude de Dieu », « il n'a pas retenu jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais s'est anéanti lui-même, prenant condition de serviteur » et naissant de la sainte Marie. « Et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix » (Ph 2,6-8).
Il s'abaisse lui-même vers notre humilité, lui qui donné à tous les hommes sa propre plénitude. Il s'abaisse pour nous, non par contrainte, mais de son plein gré. Pour nous, il prend la condition d'esclave, lui qui était la liberté en personne. Il devient l'un d'entre nous, lui qui s'élevait au-dessus de toute la création. Il se soumet à la mort, lui qui donne la vie au monde... Il devient comme nous sujet de la Loi (Ga 4,4), lui qui, en tant que Dieu, transcende la Loi. Il devient un homme parmi d'autres, soumis à la naissance. Il prend commencement, lui qui précède tout les siècles et tous les âges : bien plus, lui qui est le créateur et l'origine du temps... Lui qui a pris chair de Marie...est de même nature que nous, est fait de notre propre substance, se chargeant de la descendance d'Abraham. Mais, en même temps, il est, sur le plan divin, de même nature que Dieu son Père.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Homélie n°45, pour la Pâque ; PG 36, 633 (trad. bréviaire 1er mar. Avent)
« Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé »
Le Verbe de Dieu qui est éternel, invisible, incompréhensible, incorporel, principe né du principe, lumière née de la lumière, source de la vie et de l'immortalité, empreinte exacte du premier modèle, marque ineffaçable, ressemblance identique du Père (He 1,3), intention et pensée de celui-ci, vient vers son image (Gn 1,27). Il prend chair pour sauver la chair, il s'unit à une âme raisonnable pour sauver mon âme ; il veut purifier le semblable par le semblable et il devient totalement homme, sauf en ce qui concerne le péché... Lui qui enrichit les autres s'appauvrit, car il adopte la pauvreté de ma chair pour que moi je m'enrichisse de sa divinité (2Co 8,9). Lui qui est plénitude s'anéantit, il se dépouille de sa propre gloire pour un peu de temps, afin que moi, je participe à sa plénitude.
Quel trésor de bonté ! Quel grand mystère en ma faveur ! J'ai reçu l'image, et je ne l'ai pas gardée. Le Verbe a participé à ma chair afin de sauver l'image et de rendre la chair immortelle. Il s'unit à nous par une deuxième union, beaucoup plus étonnante que la première... Il fallait que l'homme soit sanctifié par un Dieu devenu homme ; après avoir terrassé notre tyran, il nous délivrerait et nous ramènerait vers lui, par la médiation du Fils, pour l'honneur du Père. C'est ainsi que le Fils se montre obéissant en toutes choses envers lui, pour accomplir son plan de salut.

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