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TEMPS ORDINAIRE XVII - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
Pauvreté de celui qui va (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 85-86 ; rev.)
Un trésor libéré
C’est inouï le nombre de choses qui nous empêchent d’être agiles,
d’être légers.
On ne s’en rend pas compte, mais
si du jour au lendemain, nous étions dépossédés,
nous nous trouverions voisiner spontanément avec tout un tas de gens qui nous paraissent habiter au bout du monde. (…)
À qui veut rencontrer à l’aise ces frères disparates
dont le monde est peuplé,
il faut une royale indifférence pour tout ce qui n’est pas
cette foi dénudée, essentielle,
qui lui fait perdre la mémoire et les goûts,
et sa propre originalité.
Cette foi qui nous rend banals
de cette grande banalité que tous les saints ont acceptée,
et qui les a conduits jusqu’au bout de la terre.
Car c’est un prix exorbitant le prix de la pauvreté.
Elle s’achète du sacrifice de tout ce qui n’est pas
le Royaume des cieux.
Alors, nous trouverons intéressant tout ce qui intéresse les autres,
et vertueux des héroïsmes qui ne nous ont pas attirés,
et fraternels des gens qui ne nous ont jamais ressemblé.
Alors, ceux qui nous rencontrerons sur le chemin
tendront des mains avides d’un trésor qui jaillira de nous ;
d’un trésor libéré de nos vases de terre,
de nos paniers bariolés, de nos malles, de nos bagages,
d’un trésor simplement divin, qui sera à la mode de tous,
car il aura cessé d’être habillé à notre mode.
Alors nous serons agiles et devenus à notre tour
des paraboles,
parabole de la perle unique,
minuscule, ronde et précieuse,
pour laquelle on a tout vendu.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les Hérésies, IV, 26 ; SC 100 (trad. SC p. 711s rev.)
Le trésor caché dans le champ des Écritures
C'est le Christ qui était présent à tous ceux à qui, depuis le commencement, Dieu communiquait sa Parole, son Verbe. Et si quelqu'un lit l'Écriture dans cette perspective, il y trouvera une expression concernant le Christ, et une préfiguration de l'appel nouveau. Car c'est lui, « le trésor caché dans le champ », c'est à dire dans le monde (Mt 13,38). Trésor caché dans les Écritures, car il était signifié par des symboles et des paraboles, qui, humainement parlant, ne pouvaient pas être comprises avant l'accomplissement des prophéties, c'est-à-dire avant la venue du Seigneur. C'est pourquoi il a été dit au prophète Daniel : « Cache ces paroles et scelle ce livre jusqu'au temps de l'accomplissement » (12,4)... Jérémie aussi dit : « Aux derniers jours, ils comprendront ces choses » (23,20)...
Lue par les chrétiens, la Loi est un trésor caché autrefois dans un champ, mais que la croix du Christ révèle et explique... : elle manifeste la sagesse de Dieu, elle fait connaître ses desseins en vue du salut de l'homme, elle préfigure le Royaume du Christ, elle annonce par avance la Bonne Nouvelle de l'héritage de la Jérusalem sainte, elle prédit que l'homme qui aime Dieu progressera jusqu'à le voir et entendre sa parole, et qu'il sera glorifié par cette parole...
C'est de cette manière que le Seigneur a expliqué les Écritures à ses disciples après sa résurrection, leur prouvant par elles « qu'il fallait que le Christ souffre et entre dans sa gloire » (Lc 24,26). Si donc quelqu'un lit les Écritures de cette manière, il sera un disciple parfait, « pareil au maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » (Mt 13,52).
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Lettre 145 (OC, Cerf DDB 1992, p. 470)
Un trésor caché
L'épouse [du Cantique] des Cantiques dit...qu'elle se leva de son lit pour chercher son Bien-aimé dans la ville, mais ce fut en vain ; après être sortie de la cité elle trouva Celui que son cœur aimait (Ct 3, 1-4). Jésus ne veut pas que nous trouvions dans le repos sa présence adorable, il se cache... Oh, quelle mélodie pour mon cœur que ce silence de Jésus. Il se fait pauvre afin que nous puissions lui faire la charité, il nous tend la main comme un mendiant afin qu'au jour radieux du jugement, alors qu'il paraîtra dans sa gloire, il puisse nous faire entendre ces douces paroles : « Venez, les bénis de mon Père, car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, je ne savais où loger et vous m'avez donné un asile, j'étais en prison, malade, et vous m'avez secouru » (Mt 25, 34-36). C'est Jésus lui-même qui a prononcé ces mots, c'est lui qui veut notre amour, qui le mendie. Il se met pour ainsi dire à notre merci, il ne veut rien prendre sans que nous le lui donnions...
Jésus est un trésor caché, un bien inestimable que peu d'âmes savent trouver car il est caché et le monde aime ce qui brille. Ah, si Jésus avait voulu se montrer à toutes les âmes avec ses dons ineffables, sans doute il n'en est pas une seule qui l'aurait dédaigné, mais il ne veut pas que nous l'aimions pour ses dons, c'est lui-même qui doit être notre récompense.
Pour trouver une chose cachée, il faut se cacher soi-même ; notre vie doit donc être un mystère, il nous faut ressembler à Jésus, à Jésus dont le visage était caché (Is 53, 3)... Jésus t'aime d'un amour si grand que si tu le voyais tu serais dans une extase de bonheur..., mais tu ne le vois pas et tu souffres. Bientôt Jésus « se lèvera pour sauver tous les doux et les humbles de la terre » (Ps 75, 10).
ou
Saint Maxime le Confesseur (vers 580-662), moine et théologien, Centuries sur l’amour, 4, 69s (trad. Philocalie t. 6, Bellefontaine 1985, p.72)
« Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ »
Certains pensent qu'ils n'ont aucune part aux dons du Saint Esprit. À cause de leur négligence à mettre en œuvre les commandements, ils ne savent pas que celui qui garde inaltérée la foi dans le Christ réunit en lui-même tous les dons divins. Dès lors que, par inertie, nous sommes loin de l'amour actif que nous devrions lui porter, cet amour qui nous montre les trésors de Dieu cachés en nous, il va de soi que nous pensions ne pas avoir part aux dons divins.
Si « le Christ demeure dans nos cœurs par la foi », selon l'apôtre Paul (Ep 3, 17), et si « tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont cachés en lui » (Col 2, 3), c'est donc que tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont cachés dans nos cœurs. Mais ils se révèlent au cœur dans la mesure de la purification de chacun, cette purification que suscitent les commandements. Tel est le trésor caché dans le champ de ton cœur et que tu n'as pas encore trouvé, à cause de ta paresse. Car, si tu l'avais trouvé, tu aurais tout vendu et tu aurais acquis ce champ. Mais maintenant tu as laissé le champ et tu cherches autour de lui, là où ne se trouve rien d'autre que des épines et des ronces. C'est pourquoi le Sauveur dit : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Ils le verront, et ils verront les trésors qui sont en lui, quand, par l'amour et la tempérance, ils se seront purifiés. Et ils le verront d'autant plus qu'ils se seront purifiés davantage.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon sur l'Eucharistie (Œuvres spirituelles, tome III, Sté S. François d'Assise, Paris 1932, pp. 234-235, rev.)
Là où est ton trésor...
Le Christ est le trésor de toute grâce ; car « Il est rempli de grâce et de vérité » (Jn 1, 14), et les Anges et les hommes reçoivent de sa plénitude. Il possède la source même de la plénitude, et « ouvrant sa main, remplit de bénédiction tout animal » raisonnable. Mais ce trésor de grâces est caché sous le voile du Sacrement de l'autel. « Le Royaume des cieux n'est-il pas semblable à un trésor caché dans un champ ? » (Mt 13, 44). Et ce champ, n'est-ce pas ici le Sacrement du corps du Christ, qui est recueilli dans les champs ? Dans ce champ nous possédons un trésor caché, parce que là sont cachés tous les genres de grâces. « Celui qui l'a découvert, s'en va dans sa joie, vend tout ce qu'il possède et l'achète » (Mt 13, 44). Celui qui connaît la richesse de ce Sacrement, renonce très volontiers à toute autre activité, pour se donner en toute liberté à l'action et à la dévotion envers ce Sacrement ; il sait qu'il y gagnera la possession de la vie éternelle, selon cette parole du Seigneur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle » (Jn 6, 55).
Et le trésor de toute gloire est dans le Christ. Toute la gloire que possèdent les anges et les hommes qui se sauveront jusqu'au jour du jugement, qu'elle soit la gloire du corps ou la gloire de l'âme, ils la tirent de ce trésor. C'est Lui, en effet, dont les trésors sont des abîmes, et qui a fixé les limites incompréhensibles de sa gloire. Aussi nous ordonne-t-il de courir à ce trésor en disant : « Amassez-vous des trésors dans le ciel » (Mt 6, 20). Ce trésor est caché sous le voile du pain et du vin pour que tu aies le mérite de la foi.
Que le Seigneur soit donc loué pour ses miséricordes parce qu'il nous a représenté son Corps par avance sous la figure du trésor céleste !
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 7 (trad. cf. Vorreux, Eds franciscaines 1951, p. 622)
La perle de grande valeur
Parmi les dons spirituels reçus de la générosité de Dieu, François a obtenu en particulier celui de toujours enrichir son trésor de simplicité grâce à son amour de la très grande pauvreté. Voyant que celle qui avait été la compagne habituelle du Fils de Dieu était devenue désormais l'objet d'une aversion universelle, il a eu à cœur de la prendre pour épouse et lui a voué un amour éternel. Non content de « quitter pour elle son père et sa mère » (Gn 2,24), il a distribué aux pauvres tout ce qu'il pouvait avoir (Mt 19,21). Personne n'a gardé son argent aussi jalousement que François a gardé sa pauvreté ; jamais personne n'a surveillé son trésor avec plus de soin qu'il n'en a mis à garder cette perle dont parle l'Évangile.
Rien ne le blessait autant que de rencontrer chez ses frères quelque chose qui ne soit pas parfaitement conforme à la pauvreté des religieux. Du début de sa vie religieuse jusqu'à sa mort, lui-même n'a eu pour toutes richesses que sa tunique, une corde comme ceinture, des caleçons ; il ne lui fallait rien de plus. Il lui arrivait souvent de penser en pleurant à la pauvreté du Christ Jésus et de sa Mère : « Voici, disait-il, pourquoi la pauvreté est la reine des vertus ; c'est à cause de l'éclat dont elle a brillé chez le Roi des rois (1Tm 6,15) et la Reine sa mère ».
Quand les frères lui demandaient un jour quelle est la vertu qui nous rend le plus ami du Christ, il a répondu, leur ouvrant pour ainsi dire le secret de son cœur : « Sachez, frères, que la pauvreté spirituelle est le chemin privilégié du salut, car elle est la sève de l'humilité et la racine de la perfection ; ses fruits sont innombrables bien que cachés. Elle est ce ' trésor enfoui dans un champ ' pour l'achat duquel, dit l'Évangile, il faut tout vendre et dont la valeur doit nous pousser à mépriser tout autre chose ».
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 18 sur la lettre aux Hébreux
« Il va vendre tout ce qu'il possède »
« La pauvreté rend l’homme humble », dit l’Écriture, et le Christ commence ses Béatitudes par celle-ci : « Heureux les pauvres en esprit »… Voulez-vous entendre l’éloge de la pauvreté ? Jésus Christ l’a embrassée lui-même, lui qui « n’avait pas d’endroit où reposer sa tête », et il disait à ses disciples : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni deux tuniques. » Paul son apôtre disait : « Nous sommes comme si nous ne possédions rien et néanmoins nous possédons tout », et Pierre dit : « Je n’ai pas d’or ni d’argent »… Que personne donc ne regarde la pauvreté comme un déshonneur, car comparés à la vertu, tous les biens de ce monde ne sont que paille et poussière. Si nous voulons posséder le Royaume des cieux, aimons donc la pauvreté : « Vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel » (Mt 19,21)...
Personne n’est plus riche que ceux qui embrassent la pauvreté volontairement et de grand cœur… ; ils sont plus riches qu’un roi. Les rois ont de grands besoins, ils craignent de manquer de ressources ; alors qu’aux pauvres dont nous parlons, rien ne manque, ils ne craignent rien. Je vous le demande, en effet, des deux qui est le plus riche, celui qui s’inquiète pour amasser toujours plus…, ou celui qui jouit de peu comme s’il était dans l’abondance ?...
L’argent rend esclave : « Les dons et les présents aveuglent les yeux des sages », dit l’Écriture… Partagez donc vos biens avec les pauvres, cherchez et suivez Jésus Christ…, et un jour vous entendrez cette parole bienheureuse : « Venez, les bénis de mon Père ; venez recevoir en héritage le Royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. »
(Références bibliques : Pr 10,4 LXX ; Mt 5,2 ; 8,20 ; 10,9 ; 2Co 6,10 ; Ac 3,6 ; Mt 19,21 ; Si 20,29 ; Mt 25,34)
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°47, 2
Les paraboles du trésor et de la perle
Les deux paraboles du trésor et de la perle enseignent la même chose : qu'il faut préférer l'Évangile à tous les trésors du monde... Mais il y a quelque chose de plus méritoire encore : il faut le préférer avec plaisir, avec joie et sans hésiter. Ne l'oublions jamais : renoncer à tout pour suivre Dieu, c'est gagner plutôt que perdre. La prédication de l'Évangile est cachée dans ce monde comme un trésor caché, un trésor inestimable.
Pour se procurer ce trésor..., deux conditions sont nécessaires : le renoncement aux biens de ce monde et un courage solide. Il s'agit, en effet, « d'un négociant en recherche de perles fines qui, en ayant trouvé une de grand prix, s'en va vendre tout ce qu'il possède pour l'acheter ». Cette perle unique, c'est la vérité, et la vérité est une, elle ne se divise pas. Possèdes-tu une perle ? Toi, tu connais ta richesse : elle est renfermée dans le creux de ta main ; tout le monde ignore ta fortune. Il en est de même avec l'Évangile : si tu l'embrasses avec foi, s'il reste enfermé dans ton cœur, quel trésor ! Toi seul en as la connaissance : les incroyants, qui ignorent sa nature et sa valeur, n'ont aucune idée de ta richesse incomparable.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur saint Matthieu, 47, 2 (Véricel, L'Évangile commenté, p 149)
Les paraboles du trésor et de la perle
La ressemblance qu'on peut voir entre la parabole du grain de sénevé et celle du levain se retrouve ici entre celle du trésor et celle de la perle : toutes deux signifient qu'il faut préférer le message évangélique à toute autre chose... En effet, l'Évangile se développe comme le grain de sénevé, il impose sa force comme le levain ; comme la perle, il est d'un prix élevé ; enfin, comme un trésor, il procure les plus précieux avantages.
À ce propos, il convient de savoir non seulement qu'il faut se dépouiller de tout pour accueillir l'Évangile, mais encore qu'il faut le faire avec joie... Remarque combien la prédication de l'Évangile passe inaperçue dans le monde, et que, de même, le monde ne voit pas les nombreux biens qui en sont la récompense... Deux conditions sont donc nécessaires : le renoncement aux biens du monde et un solide courage. Il s'agit, en effet, « d'un négociant en quête de perles fines » qui « en ayant trouvé une de grand prix s'en va vendre tout ce qu'il possède » pour l'acheter. La vérité est une, elle ne se divise pas. De même que le possesseur de la perle connaît sa richesse, alors que souvent, au moment où il la tient dans ses mains, les assistants ne s'en doutent pas, à cause de la petitesse de la perle, de même, ceux qui sont instruits de l'Évangile connaissent leur bonheur, alors que les infidèles, ignorant ce trésor, n'ont aucune idée de notre richesse.


TEMPS ORDINAIRE XVII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 39, 2-3
« Le Royaume des cieux est comparable à un filet qu'on jette dans la mer »
Certes, nous savons bien qu'il ne sert de rien à l'homme de gagner l'univers s'il vient à se perdre lui-même (Lc 9,25), mais l'attente de la nouvelle terre, loin d'affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, et il offre déjà une ébauche du monde à venir. C'est pourquoi, s'il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du Règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d'importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine.
Car les valeurs de dignité, de communion fraternelle et de liberté, tous les fruits excellents de notre nature et de notre activité que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés, lorsque le Christ remettra à son Père « un Royaume éternel et universel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d'amour et de paix » (Missel romain). Mystérieusement, le Royaume est déjà présent sur cette terre ; il atteindra sa perfection à l'avènement du Seigneur.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Le Dialogue, ch. 39 (trad. cf Guigues, Seuil 1953, p. 132)
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire en lui ne verra pas la vie » (Jn 3, 36)
[Sainte Catherine a entendu Dieu dire : ] Au dernier jour du jugement, lorsque le Verbe, mon Fils, revêtu de ma majesté, viendra juger le monde avec sa puissance divine, il ne viendra pas comme ce pauvre misérable qu'il était lors de sa naissance du sein de la Vierge, dans une étable au milieu des animaux, ou tel qu'il est mort, entre deux larrons. Alors, ma puissance était cachée en lui ; je lui laissais endurer comme homme peines et tourments. Non point que ma nature divine ait été séparée de la nature humaine, mais je le laissais souffrir comme un homme pour expier vos fautes. Non, ce n'est pas ainsi qu'il viendra au moment suprême : il viendra dans toute la puissance et dans tout l'éclat de sa propre personne...
Aux justes, il inspirera en même temps qu'une crainte respectueuse, une grande jubilation. Non pas que son visage change : son visage, en vertu de la nature divine, est immuable parce qu'il ne fait qu'un avec moi, et en vertu de la nature humaine son visage est également immuable puisqu'il a assumé la gloire de la résurrection. Aux yeux des réprouvés il apparaîtra terrible, parce que c'est avec cet œil d'épouvante et de trouble qu'ils portent au-dedans d'eux-mêmes que les pécheurs le verront.
N'est-ce pas ce qui se passe pour un œil malade ? Dans le soleil brillant il ne voit que ténèbres, alors que l'œil sain y voit la lumière. Ce n'est pas que la lumière ait quelque défaut ; ce n'est pas le soleil qui change. Le défaut est dans l'œil aveugle. C'est ainsi que les réprouvés verront mon Fils dans les ténèbres, la haine et la confusion. Ce sera la faute de leur propre infirmité et non pas à cause de ma majesté divine avec laquelle mon Fils apparaîtra pour juger le monde.
ou
Saint Hilaire (vers 315-367), évêque de Poitiers, docteur de l'Église : Traité des mystères, Préface (trad. SC 19, p. 72 rev. ; cf. Bouchet)
« À vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu »
Toute l’œuvre contenue dans les saints livres annonce par des paroles, révèle par des faits, établit par des exemples, l'avènement de Jésus Christ notre Seigneur qui, envoyé par son Père, s'est fait homme en naissant d'une vierge par l'opération du Saint Esprit. En effet, pendant toute la durée de la création, c'est lui qui, par des préfigurations vraies et manifestes, engendre, lave, sanctifie, choisit, sépare ou rachète l'Église dans les patriarches : par le sommeil d'Adam, par le déluge de Noé, par la justification d’Abraham, par la naissance d'Isaac, par la servitude de Jacob. Pendant tout le déroulement du temps, en un mot, l'ensemble des prophéties, cette mise en œuvre du plan secret de Dieu, nous a été donné par bienveillance pour la connaissance de son incarnation à venir...
Dans chaque personnage, chaque époque, chaque fait, l'ensemble des prophéties projette comme dans un miroir l'image de son avènement, de sa prédication, de sa Passion, de sa résurrection et de notre rassemblement dans l'Église... À commencer par Adam, point de départ de notre connaissance du genre humain, nous trouvons annoncé dès l'origine du monde, en un grand nombre de préfigurations, tout ce qui a reçu dans le Seigneur son achèvement total.
ou
Pape Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Encyclique « Spe Salvi », 45-46 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Sur le rivage »
Avec la mort, le choix de vie fait par l'homme devient définitif : sa vie est devant le Juge. Son choix, qui a pris forme au cours de toute sa vie, peut avoir diverses caractéristiques. Il peut y avoir des personnes qui ont détruit totalement en elles le désir de la vérité et la disponibilité à l'amour. Des personnes en qui tout est devenu mensonge, des personnes qui ont vécu pour la haine et qui en elles-mêmes ont piétiné l'amour. C'est une perspective terrible, mais certains personnages de notre histoire laissent entrevoir de façon effroyable des profils de ce genre. Dans des individus semblables, il n'y aurait plus rien de remédiable, et la destruction du bien serait irrévocable : c'est cela qu'on indique par le mot « enfer ».
D'autre part, il peut y avoir des personnes très pures, qui se sont laissées entièrement pénétrer par Dieu et qui, par conséquent, sont totalement ouvertes au prochain — personnes dont la communion avec Dieu oriente dès maintenant l'être tout entier et dont le fait d'aller vers Dieu conduit seulement à l'accomplissement de ce qu'elles sont désormais.
Selon nos expériences, cependant, ni un cas ni l'autre ne sont la normalité dans l'existence humaine. Chez la plupart des hommes, comme nous pouvons le penser, demeure présente au plus profond de leur être une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l'amour, pour Dieu. Mais, dans les choix concrets de vie, elle est recouverte depuis toujours de nouveaux compromis avec le mal... Qu'advient-il de tels individus lorsqu'ils comparaissent devant le Juge ? Toutes les choses sales qu'ils ont accumulées dans leur vie deviendront-elles d'un coup insignifiantes ? Dans la première lettre aux Corinthiens, saint Paul nous donne une idée de l'impact différent du jugement de Dieu sur l'homme selon son état... : « On peut poursuivre la construction avec de l'or, de l'argent ou de la belle pierre, avec du bois, de l'herbe ou du chaume, mais l'ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière au jour du jugement. Car cette révélation se fera par le feu, et c'est le feu qui permettra d'apprécier la qualité de l'ouvrage de chacun. Si l'ouvrage construit par quelqu'un résiste, celui-là recevra un salaire ; s'il est détruit par le feu, il perdra son salaire. Et lui-même sera sauvé, mais comme s'il était passé à travers un feu » (3,12-15).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur le Psaume 95, 14-15 (trad. bréviaire)
« Sur le rivage...on ramasse ce qui est bon »
« Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. » (Ps 95,13) Quelle justice et quelle vérité ? Il rassemblera auprès de lui ses élus (Mc 13,27) ; les autres, il les séparera, car il mettra ceux-ci à sa droite, et ceux-là à sa gauche (Mt 25,33). Qu'y aura-t-il de plus juste, de plus vrai que cela ? Ils n'attendront pas du juge la miséricorde, ceux qui n'ont pas voulu exercer la miséricorde avant la venue du juge. Ceux qui ont voulu exercer la miséricorde seront jugés avec miséricorde (Lc 6,37). Car il dira à ceux qu'il aura mis à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde ». Et il leur attribue des actes de miséricorde : « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire », et toute la suite (Mt 25,31s)...
Parce que tu es injuste, le juge ne sera pas juste ? Parce qu'il t'arrive de mentir, la vérité ne sera pas véridique ? Si tu veux rencontrer un juge miséricordieux, sois miséricordieux avant qu'il vienne. Pardonne, si l'on t'a offensé ; donne les biens que tu possèdes en abondance... Donnes ce que tu tiens de lui : « Que possèdes-tu que tu n'aies reçu ? » (1Co 4,7) Voilà les sacrifices qui sont très agréables à Dieu : miséricorde, humilité, reconnaissance, paix, charité. Si c'est cela que nous apportons, nous attendrons avec assurance l'avènement du juge, lui qui « jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ».
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
La foi et les œuvres, ch. 3-5
Imiter la patience du Seigneur
Notre Seigneur a été un modèle incomparable de patience : il a supporté un « démon » parmi ses disciples jusqu'à sa Passion (Jn 6,70). Il a dit : « Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous n’arrachiez le blé » (Mt 13,29). Comme symbole de l’Église, il a prédit que le filet ramènerait sur le rivage, c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde, toutes sortes de poissons, bons et mauvais. Il a fait connaître de plusieurs autres manières, soit ouvertement, soit par paraboles, qu'il y aurait toujours le mélange des bons et des méchants. Et pourtant il affirme qu’il faut veiller sur la discipline de l'Église quand il dit : « Si ton frère a péché contre toi, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (Mt 18,15)…
Mais aujourd’hui, nous voyons des hommes qui ne considèrent que les préceptes rigoureux, qui commandent de réprimer les perturbateurs, de « ne pas donner aux chiens les choses saintes », de « traiter comme un publicain » celui qui méprise l'Église, de retrancher du corps le membre scandaleux (Mt 7,6 ; 18,17 ; 5,30). Leur zèle intempestif trouble tellement l'Église qu'ils voudraient arracher l'ivraie avant le temps, et leur aveuglement les rend eux-mêmes ennemis de l'unité de Jésus Christ…
Prenons garde de ne pas laisser entrer dans notre cœur ces pensées présomptueuses, de chercher à nous séparer des pécheurs pour ne pas nous souiller à leur contact, de vouloir former comme un troupeau de disciples purs et saints. Nous ne ferions que rompre l'unité, sous le prétexte de ne pas fréquenter des méchants. Au contraire, rappelons-nous les paraboles de l'Écriture, ses paroles inspirées, ses exemples frappants, où il nous est montré que les méchants seront toujours mêlés aux bons dans l'Église, jusqu'à la fin du monde et au jour du jugement, sans que leur participation aux sacrements soit nuisible aux bons, tant que ceux-ci n'auront pas participé à leurs péchés.


TEMPS ORDINAIRE XVII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l'Église
Livre XI, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 87-89)
« D’où lui vient tout cela ? » (Mt 13,56)
« Ils tâtonneront comme s’ils étaient dans les ténèbres et non dans la lumière. » (Jb 12,25 Jb) Car s’agiter parmi tant de miracles évidents, c’est tâtonner comme dans les ténèbres : c’est toucher et ne pas voir. Mais tout homme qui va à l’aventure est tiré tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Or tantôt ils se montraient croyants : « Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » (Jn 9,33) ; tantôt ils disaient que cet homme ne venait pas de Dieu, avec ces paroles de dédain : « N’est-il pas le fils d’un ouvrier, sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? et se s frères Jacob, Joseph et Judas et ses sœurs ne sont-elles pas de chez nous ? » (Mt 13,55)
Aussi est-il juste d’ajouter : « Et il les fera aller à l’aventure comme des hommes ivres. » (Jb 12,25 Vg) Ils voyaient, en effet, qu’il ressuscitait les morts et que cependant il était mortel. Lequel d’entre eux n’aurait pas cru Dieu celui qu’ils voyaient ressusciter un mort (cf. Lc 7,14) ? Mais aussi, il était mortel, ils le voyaient de leurs yeux, et leur dédain refusait de le croire immortel, Dieu. Donc en se manifestant à leurs regards en état de faire œuvre divine et de souffrir la condition humaine, Dieu tout-puissant les a fait aller à l’aventure, comme des hommes ivres, afin que leur orgueil, qui, devant le mystère de son incarnation a préféré le dédain à la fidélité, se dresse contre son humanité et en même temps s’étonne au-dedans devant la resplendissante lumière de sa divinité.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 51, §19.30
« N’est-il pas le fils du charpentier ? »
La réponse du Seigneur Jésus : « Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? » (Lc 2,49), n’affirme pas que Dieu est son Père pour signifier que Joseph ne l’est pas. Comment prouver cela ? Par l’Écriture, qui continue… : « Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis » (v. 51). À qui était-il soumis ? N’est-ce pas à ses parents ? Tous deux donc étaient ses parents… Ils étaient ses parents dans le temps, et Dieu était son Père de toute éternité. Ils étaient les parents du Fils de l’homme ; le Père, de sa Parole, le Verbe, sa Sagesse (1Co 1,24), cette puissance par laquelle il a créé toute chose…
Ne soyons donc pas surpris que les évangélistes nous donnent la généalogie de Jésus par Joseph plutôt que par Marie (Mt 1,1 ; Lc 3,23). Si Marie est devenue mère en dehors des désirs de la chair, Joseph est devenu père en dehors de toute union charnelle. Il peut donc être le terme ou le point de départ de la généalogie du Sauveur, tout en n’étant pas son père selon la chair. Sa grande pureté confirme sa paternité. Marie, son épouse, a voulu le nommer en premier : « Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi » (Lc 2,48)…
Si Marie a enfanté le Sauveur en dehors des lois de la nature, l’Esprit Saint a été à l’œuvre aussi en Joseph, à l’œuvre donc en eux de façon égale. « Joseph était un homme juste », dit l’évangéliste Matthieu (1,19). Le mari était juste, sa femme était juste : l’Esprit Saint reposait sur ces deux justes et a donné un fils à tous les deux.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
2ème homélie sur ces paroles de l'Évangile : « L'ange Gabriel fut envoyé », § 16
« N'est-il pas le fils du charpentier ? »
Frères, souvenez-vous du patriarche Joseph..., de qui Joseph, l'époux de Marie, n'a pas hérité seulement le nom, mais la chasteté, l'innocence et les grâces... Le premier a reçu du ciel l'intelligence des songes (Gn 40 ; 41) ; le second a eu non seulement la connaissance des secrets du ciel mais l'honneur d'y participer. Le premier a pourvu à la substance de tout un peuple en lui fournissant le blé en abondance (Gn 41,55) ; le second a été établi gardien du pain vivant qui doit donner la vie au monde entier comme à lui-même (Jn 6,51). Il n'y a pas de doute que Joseph, qui a été fiancé à la mère du Sauveur, n'ait été un homme bon et fidèle, ou plutôt le « serviteur sûr et avisé » (Mt 25,21) que le Seigneur a établi sur sa famille pour être la consolation de sa mère, le père nourricier de son humanité, le coopérateur fidèle de son dessein sur le monde.
Et il était de la maison de David..., descendant de la race royale, noble par sa naissance, mais plus noble encore par le cœur. Oui, il état vraiment fils de David, non seulement par le sang, mais par sa foi, par sa sainteté, par sa ferveur au service de Dieu. En Joseph, le Seigneur a trouvé vraiment, comme en David, « un homme selon son cœur » (1S 13,14), à qui il a pu confier en toute sécurité le plus grand secret de son cœur. Il lui a révélé « les intentions les plus cachées de sa Sagesse » (Ps 50,8), lui a fait connaître une merveille qu'aucun des princes de ce monde n'a connue ; il lui a accordé enfin de voir « ce que tant de rois et de prophètes ont désiré voir et n'ont pas vu », d'entendre celui que beaucoup ont désiré « entendre et qu'ils n'ont pas entendu » (Lc 10,24). Et non seulement de le voir et de l'entendre, mais de le porter en ses bras, de le conduire par la main, de le presser sur son cœur, de l'embrasser, de le nourrir et de le garder.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin, Ep 3, 579 ; CE 54 (trad. Une Pensée, Mediaspaul 1991, p. 95)
Porter du fruit, débarrassé des soucis du monde
Avance avec simplicité sur les voies du Seigneur, et ne te fais pas de souci. Déteste tes défauts, oui, mais tranquillement, sans agitation, ni inquiétude. Il faut user de patience à leur égard et en tirer profit grâce à une sainte humilité. Faute de patience, tes imperfections, au lieu de disparaître, ne feront que croître. Car il n'y a rien qui renforce tant nos défauts que l'inquiétude et l'obsession de s'en débarrasser.
Cultive ta vigne d'un commun accord avec Jésus. À toi revient la tâche d'enlever les pierres et d'arracher les ronces. À Jésus, celle de semer, planter, cultiver et arroser. Mais même dans ton travail, c'est encore lui qui agit. Car sans le Christ, tu ne pourrais rien faire.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, §1901-1903 (trad. Cerf 1964, p. 240)
« D'où lui vient cette sagesse... ? N'est-il pas le fils du charpentier ? »
Chaque fois que je repense au grand mystère de la vie cachée et humble de Jésus pendant ses trente premières années, mon esprit est toujours plus confondu et les paroles me manquent. Ah ! c'est l'évidence même : en face d'une leçon si lumineuse, non seulement les jugements du monde mais aussi les jugements et la manière de penser de beaucoup d'ecclésiastiques paraissent complètement faux et se trouvent vraiment à l'opposé.
Pour ma part, j'avoue n'être pas encore arrivé à m'en faire une idée. Pour autant que je me connais, il me semble que je ne possède que l'apparence de l'humilité, mais son véritable esprit, cet « amour de l'effacement » de Jésus Christ à Nazareth, je ne le connais que de nom. Et dire que Jésus a passé trente années de vie cachée, et qu'il était Dieu, et qu'il était « la splendeur de la substance du Père » (He 1,3), et qu'il était venu pour sauver le monde, et qu'il a fait tout cela uniquement pour nous enseigner combien l'humilité est nécessaire et comment il faut la pratiquer ! Et moi, qui suis si grand pécheur et tellement misérable, je ne pense qu'à me complaire en moi-même, à me complaire en des succès qui me valent un peu d'honneur terrestre ; je ne peux pas concevoir même la pensée la plus sainte, sans que s'y glisse le souci de ma réputation auprès des autres... En fin de compte je ne sais m'accoutumer qu'avec un grand effort à cette idée du véritable effacement, tel que Jésus Christ l'a pratiqué et tel qu'il me l'enseigne.
ou
Pape Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Encyclique « Spe Salvi », 47 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« À cause de leur manque de foi »
Certains théologiens récents sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec lui est l'acte décisif du jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide, et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu » ; cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu.
Ainsi la compénétration de la justice et de la grâce se rend évidente aussi : notre façon de vivre n'est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l'amour. En fin de compte, cette saleté a déjà été brûlée dans la Passion du Christ. Au moment du jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l'amour devient notre salut et notre joie.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, 12, 52-53 (trad. DDB 1981, p.150)
« ' N'est-il pas le fils du charpentier ? '... Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi »
Aussi longtemps que je jouirai du souffle de vie que tu m'as accordé, Père saint, Dieu tout-puissant, je te proclamerai Dieu éternel, mais aussi Père éternel. Jamais je ne m'établirai juge de ta toute-puissance et de tes mystères ; jamais je ne ferai passer ma connaissance limitée avant la notion vraie de ton infini ; jamais je n'affirmerai que tu as existé autrefois sans ta Sagesse, ta Puissance et ton Verbe, Dieu, l'Unique Engendré, mon Seigneur Jésus Christ. Car même si le langage humain est faible et imparfait lorsqu'il parle de toi, il ne rétrécira pas mon esprit au point de réduire ma foi au silence, faute de mots capables d'exprimer le mystère de ton être...
Déjà dans les réalités de la nature, il y a bien des choses dont nous ne connaissons pas la cause, sans pourtant en ignorer les effets. Et, lorsque de par notre nature, nous ne savons que dire de ces choses, notre foi se teinte d'adoration. Si je contemple le mouvement des étoiles..., le flux et le reflux de la mer..., la puissance cachée dans la plus petite semence..., mon ignorance m'aide à te contempler, car si je ne comprends pas cette nature qui est à mon service, je discerne ta bonté, du fait même qu'elle est là pour me servir. Moi-même, je perçois que je ne me connais pas, mais je t'admire d'autant plus... Tu m'as donné la raison et la vie et mes sens d'homme qui me causent tant de joies, mais je n'arrive pas à comprendre quel a été mon commencement d'homme.
C'est donc en ne connaissant pas ce qui m'entoure, que je saisis ce que tu es ; et en percevant ce que tu es, je t'adore. C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit de tes mystères, ne pas les comprendre n'amoindrit pas ma foi en ta toute-puissance... La naissance de ton Fils éternel dépasse la notion même d'éternité, elle est antérieure aux temps éternels. Avant tout ce qui existe, il est le Fils sorti de toi, Dieu Père ; il est vrai Dieu... Jamais tu n'as existé sans lui... Tu es le Père éternel de ton Unique Engendré, avant les temps éternels.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, 12, prière finale (trad. DDB 1981, p. 154)
« Il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là à cause de leur manque de foi »
Je t'en prie, Père Saint, Dieu tout-puissant, conserve intacte la ferveur de ma foi et, jusqu'à mon dernier souffle, donne-moi de conformer ma voix à ma conviction profonde. Oui, que je garde toujours ce que j'ai affirmé dans le credo proclamé lors de ma nouvelle naissance, lorsque j'ai été baptisé dans le Père, le Fils, et l'Esprit Saint. Accorde-moi de t'adorer, toi notre Père, et ton Fils qui avec toi est un seul Dieu ; fais que j'obtienne ton Esprit Saint qui procède de toi, par ton Fils unique.
Ma foi a pour elle un excellent témoin : celui qui déclare : « Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10). Ce témoin, c'est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui est toujours Dieu, en toi, de toi et avec toi, lui qui est béni dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Jean-Paul II
Redemptoris custos, 27
« N'est-il pas le fils du charpentier ? »
La communion de vie entre Joseph et Jésus nous amène à considérer le mystère de l'Incarnation sous l'aspect de l'humanité du Christ, instrument efficace de la divinité pour la sanctification des hommes : « En vertu de la divinité, les actions humaines du Christ ont été salutaires pour nous, produisant en nous la grâce tant en raison du mérite que par une certaine efficacité » (S. Thomas d'Aquin).
Parmi ces actions, les évangélistes privilégient celles qui concernent le mystère pascal, mais ils n'omettent pas de souligner l'importance du contact physique avec Jésus... Le témoignage apostolique n'a pas omis de décrire la naissance de Jésus, la circoncision, la présentation au Temple, la fuite en Égypte et la vie cachée à Nazareth, et cela en raison du mystère de grâce contenu dans de tels gestes, tous salvifiques, parce qu'ils participent de la même source d'amour : la divinité du Christ. Si cet amour, par son humanité, rayonnait sur tous les hommes, les premiers bénéficiaires en étaient bien évidemment ceux que la volonté divine avait placés dans son intimité la plus étroite : Marie, sa mère, et Joseph, son père putatif.
Puisque l'amour paternel de Joseph ne pouvait pas ne pas influer sur l'amour filial de Jésus et que, réciproquement, l'amour filial de Jésus ne pouvait pas ne pas influer sur l'amour paternel de Joseph, comment arriver à connaître en profondeur cette relation tout à fait singulière ? Les âmes les plus sensibles aux impulsions de l'amour divin voient à juste titre en Joseph un exemple lumineux de vie intérieure.
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662), moine et théologien
Capita theologica, 1, 8-13 ; PG 90, 1182 (trad. Orval rev.)
« N'est-il pas le fils du charpentier ? »
Le Verbe, la Parole de Dieu, est né une fois pour toutes selon la chair. Mais, à cause de son amour des hommes, il désire naître sans cesse selon l'esprit pour ceux qui le désirent : il se fait petit enfant et se forme en eux en même temps que les vertus ; il se manifeste dans la mesure où il sait que celui qui le reçoit en est capable. En agissant ainsi, ce n'est pas par revendication qu'il atténue l'éclat de sa propre grandeur, mais parce qu'il jauge et mesure la capacité de ceux qui désirent le voir.
Ainsi le Verbe de Dieu se révèle toujours à nous de la manière qui nous convient et cependant demeure invisible pour tous, à cause de l'immensité de son mystère. C'est pourquoi l'apôtre par excellence, considérant la force de ce mystère, dit avec sagesse : « Jésus Christ est le même hier et aujourd'hui, et il le sera à jamais » (He 13,8) ; il contemplait ce mystère toujours neuf que l'intelligence n'aura jamais fini de scruter. Le Christ, qui est Dieu, devient enfant…, lui qui avait donné à tout ce qui existe de sortir du néant… Dieu devient parfaitement homme, sans rien rejeter de la nature humaine, excepté le péché, qui d'ailleurs n'est pas inhérent à cette nature… Oui, l'incarnation de Dieu est un grand mystère et elle demeure un mystère… La foi seule peut saisir ce mystère, elle qui est au fond de tout ce qui dépasse notre compréhension et qui est au-delà de ce que nous pouvons exprimer.


TEMPS ORDINAIRE XVII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Liturgie byzantine
Tropaire et cathisme des matines du 29/08
« Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemin devant toi » (Mt 11,10 ; Ml 3,1)
« La mémoire du juste est accompagnée d’éloges » (Pr 10,7), mais à toi, le Précurseur, suffit le témoignage du Seigneur. Vraiment, tu t’es montré « le plus grand de tous les prophètes » (Mt 11,9) ; c’est pourquoi tu as été digne de baptiser dans les eaux celui qu’ils avaient annoncé. Et ayant lutté sur la terre pour la vérité, plein de joie, tu as annoncé jusque dans le séjour des morts Dieu manifesté dans la chair, celui qui enlève le péché du monde (1Tm 3,16 ; Jn 1,29) et qui nous accorde la grâce du salut.
Par la volonté de Dieu, tu es sorti d’une femme stérile, tu as brisé les liens de la langue de ton père (Lc 1,7.64), tu as montré le Soleil, qui t’a éclairé, toi l’astre du matin. Dans le désert, tu as prêché aux peuples le Créateur, l’agneau qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Dans ton zèle tu as réprimandé le roi et ta tête glorieuse a été décapitée, toi le Précurseur illustre, vraiment digne de nos chants.
Intercède auprès du Christ notre Dieu, pour qu’il accorde le pardon de leurs péchés à ceux qui fêtent ta mémoire sacrée de tout cœur.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 2471-2474
Le martyre de Jean Baptiste, témoignage à la vérité
Devant Pilate, le Christ proclame qu'il est « venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Le chrétien n'a pas à « rougir de rendre témoignage au Seigneur » (2Tm 1,8). Dans les situations qui demandent l'attestation de la foi, le chrétien doit la professer sans équivoque, à l'exemple de saint Paul en face de ses juges. Il lui faut garder « une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes » (Ac 24,16).
Le devoir des chrétiens de prendre part à la vie de l'Église les pousse à agir comme témoins de l'Évangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de justice qui établit ou fait connaître la vérité : « Tous les chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester...par l'exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l'homme nouveau qu'ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation » (Vatican II).
Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force... Avec le plus grand soin, l'Église a recueilli les souvenirs de ceux qui sont allés jusqu'au bout pour attester leur foi. Ce sont les actes des martyrs. Ils constituent les archives de la vérité écrites en lettres de sang... : « Je te bénis pour m'avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d'être compté au nombre de tes martyrs... Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l'éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus Christ, ton enfant bien-aimé » (S. Polycarpe).
ou
Saint Jean-Paul II
Lettre apostolique « Tertio Millenio adveniente », 37 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Jean Baptiste, martyr de la vérité
L'Église du premier millénaire est née du sang des martyrs : « Sanguis martyrum semen christianorum ; le sang des martyrs est une semence de chrétiens » (Tertullien). Les événements historiques...n'auraient jamais pu garantir à l'Église un développement comme celui qui se réalisa durant le premier millénaire s'il n'y avait eu les semailles des martyrs et le patrimoine de sainteté qui caractérisèrent les premières générations chrétiennes. Au terme du deuxième millénaire, l'Église est devenue à nouveau une Église de martyrs. Les persécutions à l'encontre des croyants -- prêtres, religieux et laïcs -- ont provoqué d'abondantes semailles de martyrs dans différentes parties du monde. Le témoignage rendu au Christ jusqu'au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans et aux protestants, comme le notait déjà Paul VI... C'est là un témoignage à ne pas oublier...
En notre siècle, les martyrs sont revenus ; souvent inconnus, ils sont comme des « soldats inconnus » de la grande cause de Dieu. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter de perdre leur témoignage dans l'Église... Il faut que les Églises locales fassent tout leur possible pour ne pas laisser perdre la mémoire de ceux qui ont subi le martyre, en rassemblant à cette intention la documentation nécessaire.
Et cela ne saurait manquer d'avoir un caractère œcuménique marqué. L'œcuménisme des saints, des martyrs, est peut-être celui qui convainc le plus. La voix de la « communio sanctorum », la communion des saints, est plus forte que celle des fauteurs de division... Le plus grand hommage que toutes les Églises rendront au Christ au seuil du troisième millénaire sera de montrer la présence toute-puissante du Rédempteur par les fruits de foi, d'espérance et de charité chez des hommes et des femmes de si nombreuses langues et races qui ont suivi le Christ dans les diverses formes de la vocation chrétienne.
ou
Pape Pie XII, pape de 1939 à 1958, Encyclique « Mystici corporis Christi », 1943
« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson »
Qu’on n'imagine pas que le Corps de l'Église, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (cf Mt 9, 11). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat -- comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie -- de séparer l'homme du Corps de l'Église. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétienne, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes.
Que tous aient donc en horreur le péché qui souille les membres mystiques du Rédempteur, mais que le pécheur tombé et qui ne s'est pas rendu par son obstination indigne de la communion des fidèles soit accueilli avec beaucoup d'amour, qu'on ne voie en lui avec une fervente charité qu'un membre infirme de Jésus Christ. Car il vaut mieux, selon la remarque de saint Augustin, « être guéri dans le Corps de l'Église qu'être retranché de ce Corps comme des membres incurables » ; « tant que le membre est encore attaché au corps, il ne faut pas désespérer de sa santé ; mais s'il en est retranché, il ne peut plus ni être soigné ni être guéri ».
ou
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église
Sermon 24 ; PL 144, 857 (trad. cf Bouchet, Lectionnaire, p. 441)
Précurseur par sa vie et par sa mort
Précurseur du Christ, Jean l'a été par sa naissance, par sa prédication, par son baptême et par sa mort... Peut-on trouver une seule vertu, un seul genre de sainteté, que le Précurseur n'ait possédé au plus haut degré ? Parmi les saints ermites, lequel s'est jamais imposé cette règle de n'avoir pour nourriture que du miel sauvage ou ce mets immangeable : des sauterelles ! Certains renoncent au monde et fuient les hommes pour vivre saintement, mais Jean n'est encore qu'un enfant... quand il s'enfonce dans le désert et choisit résolument d'habiter dans la solitude. Il a renoncé à succéder à son père dans la charge de prêtre, afin de pouvoir annoncer en toute liberté le Prêtre véritable et souverain. Les prophètes ont prédit à l'avance la venue du Sauveur, les apôtres et les autres enseignants de l'Église attestent que cette venue a réellement eu lieu, mais Jean le montre présent parmi les hommes. Beaucoup ont gardé la virginité et n'ont pas souillé la blancheur de leur vêtement (cf Ap 14,4), mais Jean renonce à toute compagnie humaine afin d'arracher les convoitises de la chair jusqu'à leurs racines, et, plein de ferveur spirituelle, il habite parmi les bêtes sauvages.
Jean préside même au sein du chœur écarlate des martyrs, comme leur maître à tous : il a combattu vaillamment pour la vérité, et il est mort pour elle. Il est devenu le chef de tous ceux qui combattent pour le Christ, et, le premier de tous, il est allé planter au ciel l'étendard triomphal du martyre.
ou
Diadoque de Photicé (v. 400- ?), évêque
La Perfection spirituelle, 12 (trad. Solesmes, Lectionnaire II, p.149 rev.)
« Celui qui se détache de sa vie en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12,25)
Celui qui aime sa propre vie (Jn 12,25) ne peut pas aimer Dieu, mais celui qui, à cause des richesses débordantes de l'amour divin, ne s'attache pas à lui-même, celui-là aime Dieu. Un tel homme ne cherche jamais sa propre gloire mais celle de Dieu, car celui qui aime sa propre vie cherche sa propre gloire. Celui qui s'attache à Dieu aime la gloire de son créateur. En effet, c'est le propre d'une âme sensible à l'amour de Dieu que de chercher constamment la gloire de Dieu chaque fois qu'elle accomplit les commandements, et de se réjouir de son propre abaissement. Car la gloire convient à Dieu en raison de sa grandeur, et l'abaissement convient à l'homme, car il fait de lui le familier de Dieu. Si nous agissons ainsi, nous serons joyeux à l'exemple de saint Jean Baptiste et nous commencerons à répéter sans relâche : « Lui, il faut qu'il grandisse, et moi, que je diminue » (Jn 3,30).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3e Sermon sur St Jean Baptiste (trad. cf SC 202, p.343)
La grandeur de Jean le Baptiste
Ce qui a fait la grandeur de Jean, ce qui l'a rendu si grand entre les grands, c'est qu'il a mis le comble à ses vertus...en y ajoutant la plus grande de toutes, l'humilité. Alors qu'on le considérait comme le plus élevé de tous, spontanément et avec l'empressement de l'amour, il a mis au-dessus de lui Celui qui est le plus humble de tous, et même tellement au-dessus de lui qu'il se déclare indigne de lui enlever ses sandales (Mt 3,11).
Que d'autres donc s'émerveillent de ce que Jean ait été prédit par les prophètes, annoncé par un ange..., né de parents si saints et si nobles, quoique âgés et stériles..., qu'il ait préparé la voie du Rédempteur dans le désert, qu'il ait ramené les cœurs des pères vers les fils et ceux des fils vers les pères (Lc 1,17), qu'il ait été jugé digne de baptiser le Fils, d'entendre le Père, de voir le Saint Esprit (Lc 3,22), qu'enfin, il ait combattu jusqu'à la mort pour la vérité et que, pour être précurseur du Christ jusque dans le séjour des morts, il ait été martyr du Christ avant sa Passion. Que d'autres s'émerveillent de tout cela...
Quant à nous, mes frères, c'est son humilité qui nous est proposée comme objet non seulement d'admiration, mais aussi d'imitation. Elle l'a incité à ne pas vouloir passer pour grand, alors qu'il le pouvait... En effet, ce fidèle « ami de l'Époux » (Jn 3,29), qui aimait son Seigneur plus que lui-même, souhaitait « diminuer » pour que « lui il grandisse » (v.30). Il s'efforçait d'augmenter la gloire du Christ en se faisant lui-même plus petit, exprimant par toute sa conduite ce que dirait l'apôtre Paul : « Ce n'est pas nous-mêmes que nous prêchons, mais le Seigneur Jésus Christ » (2Co 4,5).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°48, 2
La mort de Jean Baptiste
« Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean Baptiste »… Dieu voit et laisse faire ; il n'a pas lancé sa foudre du haut des cieux pour dévorer ce visage insolent ; il n'a pas ordonné à la terre de s'entrouvrir et d'engloutir les convives de ce banquet sacrilège. Pourquoi ? Pour préparer à son serviteur un plus beau triomphe et laisser une plus grande consolation à ceux qui le suivraient dans leurs maux… Un prophète et « le plus grand des prophètes », celui à qui le Fils de Dieu a rendu ce témoignage : « Parmi les hommes il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,9.11), cet homme admirable a été mis à mort à la demande d'une femme perdue, pour avoir défendu avec vigueur la Loi de Dieu. Par cet exemple, apprenons nous-mêmes à endurer courageusement nos propres souffrances...
Mais remarque le ton modéré de l'évangéliste qui, dans la mesure du possible, cherche des circonstances atténuantes à ce crime. Au sujet d'Hérode, il note qu'il a agi « à cause de son serment et des convives » et qu'« il fut contrarié » ; au sujet de la jeune fille, il remarque qu'elle avait été « poussée par sa mère »... Nous aussi, mes frères, imitons cette modération des apôtres. Plaignons les pécheurs ; ne critiquons pas les fautes du prochain ; cachons-les aussi discrètement que possible ; accueillons la charité en notre âme... Si quelqu'un t'humilie ou t'insulte, tu t'emportes, tu n'hésites pas à traiter ton frère comme un étranger, sans pitié ? Les saints n'agissent pas ainsi : ils pleurent sur les pécheurs, au lieu de les maudire. Faisons comme eux : pleurons sur Hérodiade et sur ceux qui l'imitent. Car on voit aujourd'hui bien des repas du genre de celui d'Hérode ; on n'y met pas à mort le Précurseur, mais on y déchire les membres du corps du Christ.

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