Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire sur S. Matthieu, Livre XI, chap.16 ; SC 162 (Commentaire sur l'Évangile selon Matthieu, tome I. Livres X et XI; trad. R. Girod; Éd. du Cerf 1970, p. 357-363, rev.)
« Jésus se rendit dans la région de Tyr »
Jésus est sorti d'Israël (…) : « En sortant de là, Jésus entra dans la région de Tyr » (Mt 15,21), nom qui veut dire « le rassemblement des nations. » C'était afin que, parmi les gens de ce territoire, ceux qui croyaient puissent être sauvés quand ils en seraient sortis. En effet, prête attention à ces mots : « Voici qu'une femme, une Cananéenne, sortant de ces territoires, poussa des cris en disant : ‘Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est tourmentée par un démon’ » (v. 22). À mon avis, si elle n'était pas sortie de ces territoires, elle n'aurait pas pu pousser vers Jésus ces cris jaillis « d'une grande foi », comme il en a témoigné lui-même (v. 28).
« Selon la proportion de notre foi » (Rm 12,6), on sort du territoire des nations païennes (…). Il faut sûrement croire que chacun d'entre nous, quand il est pécheur, se trouve dans le territoire de Tyr ou de Sidon, ou du Pharaon et de l'Égypte, ou bien de n'importe quel pays étranger à l'héritage de Dieu. Mais quand le pécheur quitte le mal, revenant au bien, il sort de ces territoires où règne le péché : il se hâte vers les territoires qui sont la part de Dieu (…).
Remarque aussi cette sorte de marche de Jésus à la rencontre de la femme de Canaan ; car il semble se diriger vers la région de Tyr et de Sidon (…). Les justes sont disposés au Royaume des cieux et à l'élévation dans le Royaume de Dieu, mais les pécheurs sont disposés à la déchéance de leur méchanceté (…). La Cananéenne, en quittant ces territoires, quittait cette disposition à la déchéance, quand elle poussait des cris et disait : « Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David. » (...) Toutes les guérisons que Jésus a accomplies (...), comme les évangélistes les ont racontées, ont eu lieu alors pour que ceux qui les voient aient la foi. Mais ces événements sont le symbole de ce qui est toujours réalisé par la puissance de Jésus, car il n'y a pas d'époque où ce qui est écrit ne se réalise pas, exactement de la même façon.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Exercices VII, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 289-291, rev.)
Ô tendresse, prête l’oreille!
Ô Tendresse ! Tendresse ! ne m’abandonne pas dans mon angoisse. À mes sanglots, à mes cris, ne détourne pas ta face. Que ta charité t’incline à m’écouter avec patience. De grâce, ouvre ton sein, afin que je puisse reposer un moment et épancher mon esprit devant toi. Je suis assurée qu’en vertu de la bonté, de la bienveillance qui t’est naturelle, tu ne dédaignes aucun homme dans la désolation et ne méprise pas celui qui est dans la tribulation. Oh ! combien agréable l’odeur de tes parfums, à ceux qui allaient tomber en défaillance.
Toi, tu relèves ceux qui sont brisés ; toi, tu délies ceux qui sont enchaînés (Ps 145,7). Toi, tu ne dédaignes personne dans la tribulation ; toi, tu es attentive aux nécessités de tous, d’une manière maternelle et miséricordieuse. Toi, sur les désespérés tu veilles avec tendresse. Toi, à l’indigence de tous tu daignes subvenir avec la plus grande clémence. De grâce, maintenant, à moi indigente, prête l’oreille, afin que pour le bien de mon âme, je puisse avoir avec toi de précieux entretiens et que de toi je reçoive de chers conseils.
ou
Pape François
Homélie du 07/04/2013, Prise de possession de la chaire de l'évêque de Rome (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris »
Frères et sœurs, ne perdons jamais confiance en la miséricorde patiente de Dieu ! Pensons aux deux disciples d'Emmaüs : le visage triste, une marche vaine, sans espérance. Mais Jésus ne les abandonne pas : il parcourt le chemin avec eux, et pas seulement ! Avec patience, il explique les Écritures qui le concernaient et il reste avec eux pour partager le repas (Lc 24,13s). C'est le style de Dieu : il n'est pas impatient comme nous, nous qui voulons souvent tout et tout de suite, même avec les personnes. Dieu est patient avec nous car il nous aime, et qui aime comprend, espère, fait confiance, n'abandonne pas, ne coupe pas les ponts, sait pardonner. Souvenons-nous de cela dans notre vie de chrétiens : Dieu nous attend toujours, même quand nous nous sommes éloignés. Lui n'est jamais loin, et si nous revenons à lui, il est prêt à nous embrasser.
Relire la parabole du Père miséricordieux (Lc 15,11s) me fait toujours grande impression, cela me fait impression parce qu'elle me donne toujours une grande espérance. Pensez au plus jeune fils qui était dans la maison de son Père, il était aimé, et pourtant...il s'en va... Le père avait-il oublié son fils ? Non, jamais... ; il l'attendait chaque jour, chaque moment : il est toujours resté dans son cœur comme un fils, même s'il l'avait abandonné... À peine l'aperçoit-il encore au loin, il court à sa rencontre et l'embrasse avec tendresse, la tendresse de Dieu, sans une parole de reproche : il est revenu ! Et c'est cela la joie du père... Dieu nous attend toujours, il ne se fatigue pas. Jésus nous manifeste cette patience miséricordieuse de Dieu pour que nous retrouvions confiance, espérance, toujours.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Commentaire de l'évangile de Matthieu, 15 ; SC 258 (trad. SC p. 39 rev.)
« Ma fille est tourmentée par un démon »
Cette Cananéenne païenne n'a plus besoin elle-même de guérison, puisqu'elle confesse le Christ comme Seigneur et Fils de David, mais elle demande du secours pour sa fille, c'est-à-dire pour la foule païenne prisonnière de la domination d'esprits impurs. Le Seigneur se tait, gardant par son silence le privilège du salut à Israël... Portant en lui le mystère de la volonté du Père, il répond qu'il a été envoyé aux brebis perdues d'Israël, pour que ce soit d'une clarté évidente que la fille de la Cananéenne est le symbole de l'Église... Il ne s'agit pas que le salut ne soit pas donné aussi aux païens, mais le Seigneur était venu « pour les siens et chez lui » (Jn 1,11), et il attendait les prémices de la foi de ce peuple dont il était sorti, les autres devant être sauvés ensuite par la prédication des apôtres...
Et pour que nous comprenions que le silence du Seigneur provient de la considération du temps et non d'un obstacle mis par sa volonté, il ajoute : « Femme, ta foi est grande ! » Il voulait dire que cette femme, déjà certaine de son salut, avait foi –- ce qui est mieux encore –- dans le rassemblement des païens, à l'heure qui approche où, par leur foi, ils seront libérés comme la jeune fille de toute forme de domination des esprits impurs. Et la confirmation de cela arrive : en effet, après la préfiguration du peuple des païens dans la fille de la Cananéenne, des hommes prisonniers de maladies d'espèces diverses sont présentés au Seigneur par des foules sur la montagne (Mt 15,30). Ce sont des hommes incroyants, c'est-à-dire malades, qui sont amenés par des croyants à l'adoration et au prosternement et à qui le salut est rendu en vue de saisir, étudier, louer et suivre Dieu.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°52, 1-3 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 200 rev.)
La puissance d'une prière persévérante
Alors qu'elle devrait se retirer découragée, la Cananéenne approche de plus près et, adorant Jésus, elle lui dit : « Seigneur, viens à mon secours ! » Mais alors, femme..., tu ne l'as pas entendu dire : « Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël » ? Je l'ai entendu, réplique-t-elle ; mais je sais qu'il est le Seigneur de toutes choses...
C'est parce qu'il prévoyait sa réponse que le Christ retardait d'exaucer sa prière. Il refusait sa demande pour souligner sa piété. S'il n'avait pas voulu l'exaucer, il ne lui aurait pas accordé sa demande à la fin... Ses réponses n'étaient pas destinées à lui faire de la peine, mais plutôt à l'attirer et à révéler ce trésor caché.
Mais considère, je te prie, en même temps que sa foi, son humilité profonde. Jésus a donné aux juifs le nom d'enfants ; la Cananéenne renchérit encore sur ce titre et les appelle des maîtres, tant elle était loin d'être jalouse des louanges prodiguées aux autres : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres »... Et c'est à cause de son humilité qu'elle a été admise au nombre des enfants. Le Christ lui dit alors : « Femme, ta foi est grande ». Il lui tardait de prononcer cette parole et de récompenser cette femme : « Qu'il t'advienne selon ton désir ! »... Tu le vois, la Cananéenne a une grande part dans la guérison de sa fille. En effet, le Christ ne dit pas : Que ta fille soit guérie, mais : « Ta foi est grande, qu'il t'advienne selon ton désir ! » Et remarque encore bien ceci : là où les apôtres avaient échoué et n'avaient rien obtenu, elle a réussi. Telle est la puissance d'une prière persévérante.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 9 (trad. Cerf 1979, t.1, p. 36)
« Femme, ta foi est grande »
« Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » C'est un cri d'appel d'une force immense... C'est un gémissement qui vient comme d'une profondeur sans fin. Cela dépasse de beaucoup la nature, et c'est le Saint Esprit qui doit lui-même proférer en nous ce gémissement (Rm 8,26)... Mais Jésus lui dit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël »... Or qu'a-t-elle fait ainsi pourchassée ? ... Elle a pénétré plus profondément encore dans l'abîme. Tout en s'abaissant et s'humiliant, elle a gardé confiance et a dit : « C'est vrai, Seigneur ; et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Ah ! si vous aussi vous pouviez réussir à pénétrer ainsi vraiment dans le fond de la vérité, non pas par de savants commentaires, de grands mots, ou bien avec les sens, mais dans le vrai fond de vous-même ! Ni Dieu, ni aucune créature ne pourrait vous fouler, vous anéantir, si vous demeuriez dans la vérité, dans l'humilité confiante. On pourrait vous faire subir affront, mépris et rebuffades, vous resteriez ferme dans la persévérance, vous pousseriez plus à fond encore, animé d'une confiance entière, et vous augmenteriez toujours davantage encore votre zèle. C'est de là que tout dépend, et celui qui parvient à ce point, celui-là réussit. Ces chemins et eux seuls conduisent, en vérité, sans aucune station intermédiaire, jusqu'à Dieu. Mais demeurer ainsi dans cette grande humilité, avec persévérance, avec une assurance entière et véritable, comme cette pauvre femme l'a fait, il en est peu qui y arrivent.
ou
Julien de Vézelay (v. 1080-v. 1160), moine bénédictin
Sermon 17 (trad. SC 193, p. 373)
« Femme, ta foi est grande »
« Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. » La femme s'empare du mot et dit : « Oui, Seigneur ! » Comme si elle disait : ... « Moi, je ne demande qu'une petite miette de la table et de la main du maître généreux qui ' donne la nourriture à toute chair ' (Ps 135,25). Tu régales les juifs comme des fils ; c'est pourquoi, je t'en supplie, ne refuse pas une miette à ta petite chienne cananéenne ! »
Jésus lui dit : « Ô femme, ta foi est grande ! » Il reproche à Pierre son peu de foi (Mt 14,31) ; il admire cette femme pour la grandeur de la sienne. Elle a vraiment une grande foi, puisqu'elle proclame que le Verbe fait chair est le fils de David, et puisque, sûre de la puissance divine, elle a confiance en son pouvoir de rendre la santé à sa fille absente, et cela, d'un seul acte de volonté.
Toi aussi, si ta foi est grande, si elle est cette foi vivante de laquelle vit le juste (Rm 1,17), et non une foi morte à laquelle manque son âme, c'est-à-dire la charité, toi aussi non seulement tu obtiendras la guérison complète de ta fille, c'est-à-dire de ton âme, mais « tu auras pouvoir de déplacer les montagnes » (Mt 17,20).
TEMPS ORDINAIRE XVIII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Catéchisme de l'Église catholique § 1440-1443
« Tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux »
Le péché est avant tout offense à Dieu, rupture de la communion avec lui. Il porte en même temps atteinte à la communion avec l’Église. C’est pourquoi la conversion apporte à la fois le pardon de Dieu et la réconciliation avec l’Église, ce qu’exprime et réalise liturgiquement le sacrement de la pénitence et de la réconciliation.
Dieu seul pardonne les péchés (Mc 2,7). Parce que Jésus est le Fils de Dieu, il dit de lui-même : « Le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre » (Mc 2,10), et il exerce ce pouvoir divin : « Tes péchés sont pardonnés » (v. 5 ; Lc 7,48). Plus encore : par son autorité divine, il donne ce pouvoir aux hommes pour qu’ils l’exercent en son nom (Jn 20,21s).
Le Christ a voulu que son Église soit tout entière, dans sa prière, sa vie et son agir, le signe et l’instrument du pardon et de la réconciliation qu’il nous a acquis au prix de son sang. Il a cependant confié l’exercice du pouvoir d’absolution au ministère apostolique. Celui-ci est chargé du « ministère de la réconciliation » (2Co 5,18). L’apôtre est envoyé « au nom du Christ », et « c’est Dieu lui-même » qui, à travers lui, exhorte et supplie : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (v. 20).
Durant sa vie publique, Jésus n’a pas seulement pardonné les péchés, il a aussi manifesté l’effet de ce pardon : il a réintégré les pécheurs pardonnés dans la communauté du peuple de Dieu d’où le péché les avait éloignés ou même exclus. Un signe éclatant en est le fait que Jésus admet les pécheurs à sa table, plus encore, qu’il se met lui-même à leur table (Mc 2,16), geste qui exprime de façon bouleversante à la fois le pardon de Dieu et le retour au sein du peuple de Dieu (cf Lc 15 ; Lc 19,9).
ou
Pape François
Homélie du 07/04/2013, Prise de possession de la chaire de l'évêque de Rome (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait...souffrir beaucoup..., être tué, et le troisième jour ressusciter »
La patience de Dieu doit trouver en nous le courage de revenir à lui, quelle que soit l'erreur, quel que soit le péché qui est dans notre vie. Jésus invite Thomas à mettre la main dans les plaies de ses mains et de ses pieds, et dans la blessure de son côté. Nous aussi nous pouvons entrer dans les plaies de Jésus, nous pouvons le toucher réellement, et cela arrive chaque fois que nous recevons avec foi les sacrements.
Dans une belle homélie saint Bernard disait : « Par les plaies [de Jésus], je peux goûter le miel de ce roc et l'huile qui coule de la pierre très dure, c'est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est bon » (Dt 32,13 ; Ps 33,9). C'est justement dans les plaies de Jésus que nous sommes assurés ; c'est là que se manifeste l'immense amour de son cœur. Thomas l'avait compris. Saint Bernard se demande : « Sur quoi puis-je compter ? Sur mes mérites ? » Mais « mon mérite, c'est...la miséricorde du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la miséricorde ne lui fera pas défaut... » Ceci est important : le courage de m'en remettre à la miséricorde de Jésus, de compter sur sa patience, de me réfugier toujours dans les plaies de son amour... Quelqu'un parmi nous peut penser peut-être : mon péché est tellement grand, mon éloignement de Dieu est comme celui du fils cadet de la parabole, mon incrédulité est comme celle de Thomas : je n'ai pas le courage de retourner, de penser que Dieu puisse m'accueillir et qu'il m'attende, moi... Pour Dieu, nous ne sommes pas des numéros, nous sommes importants, ou mieux, nous sommes le plus important de ce qu'il a : même pécheurs, nous sommes ce qui lui tient le plus à cœur.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermons on Subjects of the Day, n°6, “Faith and Experience”, 2.4
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l'emportera pas sur elle »
C'était autrefois une source de perplexité pour les croyants, comme nous le lisons dans les psaumes et les prophètes, de voir que les méchants réussissaient là où les serviteurs de Dieu semblaient échouer. Il en est de même au temps de l'Évangile. Et pourtant l'Église a ce privilège spécial, que ne possède aucune autre religion, de savoir qu'ayant été fondée lors de la première venue du Christ, elle ne disparaîtra pas avant son retour.
Cependant, dans chaque génération, il semble qu'elle succombe et que ses ennemis triomphent. Le combat entre l'Église et le monde a ceci de particulier : il semble toujours que le monde l'emporte sur elle ; mais c'est elle, en fait, qui gagne. Ses ennemis triomphent constamment, la disant vaincue ; ses membres perdent souvent l'espoir. Mais l'Église demeure... Les royaumes se fondent et s'écroulent ; les nations s'étendent et se resserrent ; les dynasties commencent et finissent ; les princes naissent et meurent ; les coalitions, les partis, les ligues, les métiers, les corporations, les institutions, les philosophies, les sectes et les hérésies se font et se défont. Ils ont leur temps, mais l'Église est éternelle. Et cependant, en leur temps, ils paraissent avoir une grande importance...
En ce moment, beaucoup de choses mettent notre foi à l'épreuve. Nous ne voyons pas l'avenir ; nous ne voyons pas que ce qui semble réussir maintenant et se pavaner ne durera pas longtemps. Aujourd'hui, nous voyons des philosophies, des sectes et des clans s'étendre, florissants. L'Église paraît pauvre et impuissante... Prions Dieu, pour qu'il nous instruise : nous avons besoin d'être enseignés par lui, nous sommes bien aveugles. Une fois, quand les paroles du Christ les avaient mis à l'épreuve, les apôtres lui ont dit : « Augmente notre foi » (Lc 17, 5). Venons à lui sincèrement : nous ne nous connaissons pas ; nous avons besoin de sa grâce. Quelle que soit la perplexité que le monde nous inspire..., venons à lui avec un esprit pur et sincère. Demandons-lui humblement de nous montrer ce que nous ne comprenons pas, de rabaisser notre cœur quand il s'obstine, et de nous donner de l'aimer et de lui obéir loyalement dans notre recherche.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité, No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 116)
Le sacrement de la réconciliation : « Tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux »
La confession est un acte magnifique, un acte de grand amour. Là seulement nous pouvons nous rendre en tant que pécheurs, porteurs du péché, et de là seulement nous pouvons repartir en tant que pécheurs pardonnés, sans péché.
La confession n'est jamais que l'humilité entrée en action. Nous l'appelions autrefois pénitence, mais il s'agit vraiment d'un sacrement d'amour, du sacrement du pardon. Quand une brèche s'ouvre entre moi et le Christ, quand mon amour se fissure, n'importe quoi peut venir remplir cette fêlure. La confession est ce moment où je permets au Christ d'ôter de moi tout ce qui divise, tout ce qui détruit. La réalité de mes péchés doit être première. Pour la plupart d'entre nous le danger nous guette d'oublier que nous sommes pécheurs et que nous devons nous rendre en confession comme tels. Nous devons nous rendre vers Dieu pour lui dire combien nous sommes désolés de tout ce que nous avons pu faire et qui l'a blessé.
Le confessionnal n'est pas un lieu de conversations banales ou de bavardages. Y préside un seul sujet -- mes péchés, mes regrets, mon pardon, comment vaincre mes tentations, comment pratiquer la vertu, comment grandir dans l'amour de Dieu.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon pour l'anniversaire de son ordination épiscopale
« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »
Frères, lorsqu'il s'agit de remplir les devoirs de ma charge épiscopale, je découvre que je suis à la fois faible et lâche, alourdi par la fragilité de ma propre condition alors que je désire agir avec générosité et courage. Cependant je puise ma force dans l'intercession inlassable du Prêtre tout-puissant et éternel qui, semblable à nous mais égal au Père, a abaissé sa divinité jusqu'au niveau de l'homme et a élevé l'humanité jusqu'au niveau de Dieu. Je trouve une joie juste et sainte dans les dispositions qu'il a prises. En effet, s'il a délégué à de nombreux pasteurs le soin de son troupeau, il n'a pas abandonné la garde de ses brebis bien aimées. Grâce à cette assistance fondamentale et éternelle, j'ai reçu à mon tour la protection et l'appui de l'apôtre Pierre qui n'abandonne pas sa fonction lui non plus. Ce fondement solide, sur lequel s'élève toute la hauteur de l'Église, ne se lasse jamais de porter la masse de l'édifice qui repose sur lui.
Elle ne défaille jamais, la fermeté de cette foi pour laquelle le premier des apôtres a été loué. De même que tout ce que Pierre a professé dans le Christ demeure, de même demeure ce que le Christ a établi en Pierre... La disposition voulue par la vérité de Dieu demeure. Saint Pierre persévère dans la solidité qu'il a reçue ; il n'a pas abandonné le gouvernail de l'Église qui a été remis entre ses mains. Voilà, mes frères, ce qu'a obtenu cette profession de foi inspirée par Dieu le Père dans le cœur de l'apôtre ; il a reçu la solidité d'une pierre qu'aucun assaut ne peut ébranler. Dans l'Église entière, Pierre dit chaque jour : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur saint Pierre et saint Élie, 1 ; PG 50, 727
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Pierre devait recevoir les clés de l'Église, plus encore les clés des cieux ; le gouvernement d'un peuple nombreux devait lui être confié… Si Pierre, avec sa tendance à la sévérité, était resté sans péché, comment aurait-il pu faire preuve de miséricorde pour ses disciples ? Or, selon le dessein de la grâce divine, il est tombé dans le péché, si bien qu'après avoir fait lui-même l'expérience de sa misère, il a pu se montrer bon envers les autres.
Réfléchis bien : celui qui a cédé au péché, c'est bien Pierre, le chef des apôtres, le fondement solide, le rocher indestructible, le guide de l'Église, le port imprenable, la tour inébranlable, lui qui avait dit au Christ : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26,35), lui qui, par une révélation divine, avait confessé la vérité : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »
Or, l'évangile rapporte que, la nuit même où le Christ a été livré…, une jeune fille a dit à Pierre : « Toi aussi, hier, tu étais avec cet homme », et Pierre lui a répondu : « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26,69s)… Lui, la colonne, le rempart, se dérobe devant les soupçons d'une femme… Jésus a fixé sur lui son regard… ; Pierre a compris, s'est repenti de sa faute et s'est mis à pleurer. Et alors le Seigneur miséricordieux lui a accordé son pardon…
Pierre est tombé dans le péché pour que la conscience de sa faute et du pardon reçu du Seigneur le conduise à pardonner aux autres par amour. Il accomplissait ainsi un dessein providentiel conforme à la manière d'agir de Dieu. Il a fallu que Pierre, lui à qui l'Église devait être confiée, la colonne des Églises (Ga 2,9), le port de la foi, celui qui allait enseigner le monde entier, se montre faible et pécheur. Oui, vraiment, c'était pour qu'il puisse trouver dans sa faiblesse une raison d'exercer sa bonté envers les autres.
TEMPS ORDINAIRE XVIII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)
carme, fondateur de Notre Dame de Vie
Ascèse thérésienne (Je veux voir Dieu, éd. du Carmel, 1949 ; p. 84-86 ; rev.)
Loi douloureuse, loi de vie !
« Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ! » (Lc 13,3) nous dit Notre Seigneur. Voilà une loi bien austère. Jésus précise la qualité de l'effort qu'il exige : « Le royaume de Dieu souffre violence ; seuls les violents l'emportent » (cf. Mt 11,12). Tous les disciples du Christ doivent donc être des violents, car on ne peut en effet, sans se faire violence à soi-même, réaliser le précepte formel du Maître : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il fasse abnégation de lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive » (cf. Mt 16,24).
Il n'est donc point d'autre voie d'ascension vers Dieu que le chemin du Calvaire, âpre et sanglant comme la montée du Carmel. Aux disciples d'Emmaüs, encore scandalisés du drame du Calvaire, Jésus dira : « Ne fallait-il pas que le Fils de l'homme souffrît et entrât ainsi dans la gloire ? » (Lc 24,26). Il proclame une loi : celle qu'il s'est imposée, celle qu'ils devront subir. Il l'a annoncé : « Le disciple n'est pas au-dessus du Maître. Le monde m'a haï et il vous haïra. Ils vous persécuteront comme ils m'ont persécuté... Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. »(cf. Mt 10, 24.16 ; Jn 15, 18.20) Cette loi douloureuse est une loi de vie. (…)
Nous voulons oublier que le Christ Jésus n'a point annoncé d'autre victoire que celle de la croix sur le Calvaire, pas d'autre revanche sur ses ennemis que celle du jour où il viendra sur les nuées du Ciel avec sa croix, pour juger les vivants et les morts. En ce jour ne triompheront avec Lui que ceux qui auront passé par la grande tribulation et seront purifiés dans le sang de l'Agneau (cf. Ap 7,14).
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301) moniale bénédictine
Le Héraut, Livre III, SC 143 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, éd. du Cerf, 1968, p. 137, 141, 143, rev.)
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix » (Mt 16, 24)
Pendant le répons (…) « Voici que vient le Seigneur, notre Protecteur, le Saint d’Israël », Gertrude comprit que si quelqu’un s’appliquait dans son cœur à mettre sa volonté absolue à désirer que toute la conduite de sa vie, dans les joies comme dans les adversités, obéisse à la très adorable volonté de Dieu, il rendrait au Seigneur, par une telle disposition, moyennant la grâce de Dieu, le même honneur que rend au Souverain celui qui pose sur sa tête la couronne impériale. (…)
Elle vit le Seigneur avançant sur un chemin, agréable certes par la beauté des feuillages et des fleurs, mais étroit et âpre entre d’épais buissons d’épines. Le Seigneur semblait avancer derrière une croix qui, écartant les épines de chaque côté, frayait un passage commode et il se retournait avec un visage serein vers ceux qui le suivaient, les encourageant et disant : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive… » (Mt 16, 24)
Elle comprit par ces paroles que chacun a pour croix sa propre épreuve. Par exemple, la croix des uns est de devoir, sous l’aiguillon de l’obéissance, agir contrairement à leur désir ; celle des autres, de voir le poids des infirmités mettre obstacle à leur liberté ; et ainsi de chacun. Cette croix, chacun doit la porter en acceptant, en toute volonté, de souffrir ce qui le contrarie, et tout en s’y appliquant du mieux qu’il peut, en ne négligeant rien par ailleurs de ce qu’il sait être à la louange de Dieu.
ou
L'Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
Livre II, ch. 11 (trad. cf Ravinaud, Médiaspaul 1984, p. 87)
« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même »
Beaucoup désirent entrer dans le Royaume céleste de Jésus, mais peu consentent à porter sa croix. Beaucoup souhaitent ses faveurs, mais peu aiment ses souffrances. Il trouve beaucoup de compagnons de sa table (Si 6,10), mais peu de son jeûne. Tous veulent partager sa joie, mais peu veulent souffrir pour lui. Nombreux sont ceux qui veulent suivre Jésus jusqu’à ce qu’il rompe le pain (Lc 24,35), mais rares ceux qui partagent le calice de la Passion (Mt 20,22). Beaucoup admirent ses miracles ; peu goûtent l’abjection de sa croix. La plupart des gens aiment Jésus tant qu’ils n’éprouvent aucune adversité ; ils le louent et le bénissent tant qu’ils reçoivent de lui quelque secours ; mais si Jésus se cache et les délaisse un moment, ils tombent dans un profond désarroi.
Mais ceux qui aiment Jésus pour Jésus, et non pour les dons qu’il leur fait, le bénissent aussi bien dans les peines et l’angoisse de leur cœur que dans leurs plus grandes joies. Et même s’il voulait ne jamais les réconforter, ils n’en resteraient pas moins toujours en état de louange et de gratitude. Oh, que l’amour pour Jésus est puissant quand il est pur et sans aucun mélange de recherche de soi ni d’intérêt !
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de Saint François, Legenda major, ch. 13 (trad. Vorreux, Éds franciscaines 1951, p. 682)
« Si quelqu'un veut marcher derrière moi..., qu'il prenne sa croix et qu'il me suive »
Deux ans avant sa mort..., François comprit qu'après avoir imité l'activité du Christ durant sa vie, il devait lui ressembler encore...dans sa Passion. Il ne s'effraya pas, mais...transporté en Dieu par son désir d'une fougue toute séraphique et transformé par compassion en Celui qui « dans son excès d'amour » (Ep 2, 4) a voulu être crucifié, il priait un matin sur le versant de la montagne qu'on appelle le Mont Alverne ; c'était aux environs de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. Et voici qu'il vit descendre du haut du ciel un séraphin aux six ailes resplendissantes comme le feu. D'un vol très rapide il arriva près de l'endroit où se tenait l'homme de Dieu, et un personnage apparut alors entre les ailes : c'était un homme crucifié, les mains et les pieds étendus et attachés à une croix...
Cette apparition plongea François dans un profond étonnement, tandis qu'en son cœur se mêlaient la tristesse et la joie. Il se réjouissait du bienveillant regard dont il se voyait considéré par le Christ sous l'aspect d'un séraphin, mais ce crucifiement « transperçait son âme » de douleur et de compassion « comme d'un glaive » (Lc 2, 35). Une apparition si mystérieuse le plongeait dans la plus grande stupeur, car il savait que les souffrances de la Passion ne peuvent en aucune manière atteindre un séraphin, qui est un esprit immortel. Il comprit enfin, grâce aux lumières du ciel, pourquoi la divine Providence lui avait envoyé cette vision : ce n'était pas le martyre de son corps, mais l'amour incendiant son âme qui devrait le transformer à la ressemblance du Christ crucifié.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin, FSP, 119 ; Ep 3, 441 ; CE, 21 ; Ep 3, 413 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p. 32)
« Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive »
Pendant ta vie, le Christ ne te demande pas de porter avec lui toute sa lourde croix, mais juste un petit morceau, en acceptant tes souffrances. Tu n'as rien à craindre. Estime-toi au contraire très heureuse d'avoir été jugée digne d'avoir part aux souffrances de l'Homme-Dieu. Il ne s'agit pas, de la part du Seigneur, d'un abandon ni d'une punition ; au contraire, il te témoigne de l'amour, un grand amour. Tu dois en rendre grâce à Dieu et te résigner à boire le calice de Gethsémani.
Parfois le Seigneur te fait sentir le poids de la croix. Ce poids te semble insupportable, et pourtant tu le portes parce que le Seigneur, qui est plein d'amour et de miséricorde, te tend la main et te donne la force nécessaire. Le Seigneur a besoin de personnes qui souffrent avec lui devant le manque de piété des hommes. C'est pour cette raison qu'il me mène sur les voies douloureuses dont tu me parles dans ta lettre. Mais qu'il soit toujours béni, parce que son amour apporte de la douceur au milieu de l'amertume ; il change les souffrances passagères de cette vie en mérites pour l'éternité.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Le Cantique spirituel, 20 (trad. OC, Cerf 1990, p. 452 rev.)
« Qui perdra sa vie à cause de moi la gardera »
« J'ai voulu me perdre : par là je fus gagnée. »
Celui qui est embrasé de l'amour de Dieu ne vise pas à autre chose, il ne cherche ni gain ni récompense, il n'aspire qu'à tout perdre et à se perdre lui-même quant à la volonté, pour l'amour de son Dieu. À ses yeux, c'est là le gain véritable. Et de fait, il en est ainsi, selon le mot de saint Paul : « Mourir est un avantage » (Ph 1,21), c'est-à-dire : Ma mort pour le Christ est mon gain ; mourir spirituellement à toutes choses et à moi-même est mon gain. C'est pour ce motif que dans ce vers du poème l'âme se sert de cette expression : « J'ai été gagnée ». En effet, celui qui ne sait pas se perdre ne se gagne pas ; il se perd, suivant cette parole de notre Seigneur dans l'Évangile : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra à cause de moi la gagnera ».
Si nous voulons comprendre ce vers plus spirituellement..., nous dirons ceci : lorsqu'une âme est arrivée, dans le chemin spirituel, à perdre toutes les voies et toutes les façons naturelles de traiter avec Dieu, lorsqu'elle ne le cherche plus par les considérations et par les images, ni par le sentiment, ni par quelque moyen que ce soit dérivé des sens et des choses créées, mais que, dépassant tout cela, laissant toute manière personnelle et tout moyen quel qu'il soit, elle traite avec Dieu et jouit de lui par la foi et par l'amour, on peut dire alors qu'elle a vraiment trouvé Dieu, parce qu'elle a vraiment perdu tout ce qui n'est pas Dieu et s'est vraiment perdue elle-même.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Chemin de croix, Rome, Vendredi saint 2005 (trad. DC 2336, 15/5/05)
« Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera »
Seigneur Jésus-Christ,...nous sommes attachés à notre vie. Nous ne voulons pas l'abandonner, mais la garder totalement pour nous-mêmes. Nous voulons la posséder, non l'offrir. Mais tu nous précèdes et tu nous montres que c'est seulement en donnant notre vie que nous pouvons la sauver... La croix -- l'offrande de nous-mêmes -- nous pèse beaucoup. Mais sur ton Chemin de Croix tu as porté aussi ma croix, et tu ne l'as pas portée en un quelconque moment du passé, car ton amour est contemporain à mon existence. Tu la portes aujourd'hui avec moi et pour moi, et, de manière admirable, tu veux que moi aussi, aujourd'hui, comme jadis Simon de Cyrène, je porte avec toi ta croix et, t'accompagnant, je me mette avec toi au service de la rédemption du monde...
Aide-nous non seulement à t'accompagner par de nobles pensées, mais à marcher sur ton chemin avec le cœur, plus encore avec les pas concrets de notre vie quotidienne... Libère-nous de la peur de la croix, de la peur face à la dérision des autres, de la peur que notre vie puisse nous échapper si nous ne saisissons pas tout ce qu'elle offre. Aide-nous à démasquer les tentations qui nous promettent la vie, mais dont les conséquences nous laissent, en fin de compte, sans but et déçus. Aide-nous à ne pas nous faire les maîtres de la vie, mais à la donner. En t'accompagnant sur le chemin du grain de blé qui tombe en terre pour donner beaucoup de fruit (Jn 12,24), aide-nous à trouver, « en perdant notre vie », le chemin de l'amour, le chemin qui nous procure véritablement la vie, la vie en abondance (Jn 10,10).
ou
Saint Paulin de Nole (355-431), évêque
Lettre 38, 3-4.6 ; PL 61, 359 (trad. Orval rev.)
« Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive »
Accomplissant le dessein mystérieux de sa bonté, le Seigneur assume la condition de serviteur et consent à s'abaisser pour nous jusqu'à la mort de la croix (Ph 2,8). Par cet abaissement visible, il réalise notre élévation jusqu'au ciel, qui est intérieure et invisible. Regarde où nous étions tombés dès le commencement ; comprends-le bien, c'est par le dessein de la sagesse et de la bonté de Dieu que nous sommes rendus à la vie. Avec Adam nous étions tombés par orgueil ; c'est pourquoi nous nous abaissons dans le Christ afin d'effacer l'ancienne faute par la pratique de la vertu opposée. Nous avons offensé le Seigneur par orgueil, nous lui plaisons maintenant par notre humilité.
Réjouissons-nous, glorifions-nous dans le Seigneur qui a fait nôtres son combat et sa victoire en nous disant : « Courage, car j'ai vaincu le monde » (Jn 16,33)... Lui, l'invincible, combattra pour nous et il vaincra en nous. Alors le prince des ténèbres sera jeté dehors (cf Jn 12,31), car s'il n'est pas chassé du monde où il est partout, il est chassé du cœur de l'homme : la foi, lorsqu'elle pénètre en nous, le repousse pour faire place au Christ dont la présence jette le péché dehors...
Que les orateurs gardent leur éloquence, les philosophes leur sagesse, les rois leurs royaumes : pour nous, la gloire, les richesses et le royaume, c'est le Christ ; pour nous la sagesse, c'est la folie de l'Évangile ; pour nous la force, c'est la faiblesse de la chair, et la gloire, c'est le scandale de la croix (1Co 1,18-23).
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes, § 37-38
Voir le Fils de l'homme venir dans son Règne
La Sainte Écriture, en accord avec l'expérience des siècles, enseigne à la famille humaine que le progrès, tout en étant un grand bien pour l'homme, entraîne aussi avec lui une sérieuse tentation. En effet, lorsque la hiérarchie des valeurs est troublée, que le mal se mêle au bien, les individus et les groupes ne regardent plus que leurs intérêts propres et non ceux des autres. Ainsi le monde ne se présente pas encore comme le domaine d'une véritable fraternité, tandis que le pouvoir accru de l'homme menace de détruire le genre humain lui-même...
Lorsque l'on demande comment une telle misère peut être surmontée, les chrétiens reconnaissent que toutes les activités humaines...doivent être purifiées et amenées à leur perfection par la croix et la résurrection du Christ. Racheté par le Christ et devenu une nouvelle créature dans l'Esprit Saint, l'homme peut et doit, en effet, aimer ces réalités que Dieu lui-même a créées. Car c'est de Dieu qu'il les reçoit... Homme parfait, le Christ est entré dans l'histoire du monde, l'assumant et la récapitulant en lui (Ep 1,10). Lui-même nous révèle que « Dieu est amour » (1Jn 4,8) et nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est « le commandement nouveau » (Jn 13,34) de la charité. À ceux qui croient en l'amour divin, il apporte la certitude que la route de la charité est ouverte à tous les hommes, que l'effort pour instaurer une fraternité universelle n'est pas vain. Il nous avertit aussi que cet amour ne doit pas seulement être recherché par des actions d'éclat, mais avant tout dans le quotidien de la vie. En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde mettent sur les épaules de ceux qui recherchent la justice et la paix.
TEMPS ORDINAIRE XVIII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 125 à Fr. J. de Padoue, n° 79 (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 787-789 ; rev.)
Déplacer les montagnes par la sainte Croix
Notre doux Sauveur a dit : « Si vous aviez de la foi, gros comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Avance, et elle avancerait » (cf. Mt 17,19).
Oui, mon très cher Père, je crois que c'est la vérité ; car, lorsque l'âme fidèle met toute sa foi et son espérance sur le bois de la très sainte Croix, où nous trouvons l'Agneau consumé par le feu de la divine charité, elle acquiert une foi si grande, qu'il n'y aura pas de montagne, c'est-à-dire de péché, montagne d'orgueil, d'ignorance, ou de négligence, qu'elle ne puisse déplacer par la vertu de la très sainte Croix. Notre volonté fera aller cette montagne du vice à la vertu, de la négligence au zèle, de l'orgueil à la vraie et parfaite humilité. En contemplant Dieu abaissé jusqu'à l'homme, nous soulèverons la montagne de l'ignorance, et nous nous humilierons dans la vraie et parfaite connaissance de nous-mêmes ; nous verrons que nous ne sommes rien, et que nous ne faisons que des œuvres de néant. Alors l'âme trouve en elle les preuves de la bonté de Dieu et de son ardent amour ; elle voit qu'elle en est aimée avant même d'être créée (…).
L'âme prouve ainsi que sa foi est vivante, et non pas morte ; elle montre qu'elle a conformé sa volonté à celle de Dieu. Elle a commandé aux montagnes de se lever, et les montagnes se sont levées ; elle est devenue puissante en se réglant sur la sainte volonté de Dieu.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Notre foi, victoire sur le monde (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 135-136 ; rev.)
« Si vous avez de la foi » (Mt 17,20)
Demandons au Père, au Christ Jésus, son Verbe, cette lumière de la foi. Nous en avons reçu le principe au baptême : mais nous devons conserver, développer ce germe divin. Quelle est la coopération que Dieu attend de nous, en cette matière ?
Il attend d’abord notre prière. La foi est un don de Dieu ; l’esprit de foi vient de l’esprit de Dieu : « Seigneur, augmentez en nous la foi » (Lc 17,5). Disons souvent au Christ Jésus, comme dans l’évangile le père de l’enfant malade : « Je crois, Seigneur, mais augmentez ma foi ; aidez mon incrédulité » (Mc 9,24). C’est Dieu, en effet, qui peut seul, comme cause efficiente, augmenter la foi en nous ; notre rôle est de mériter cet accroissement par nos prières et par nos bonnes œuvres.
La foi ayant été obtenue, nous avons le devoir de l’exercer. Dieu nous donne au baptême “l’habitus” de la foi ; c’est une « force », une « puissance » ; mais il ne faut pas que cette force reste inactive, que cette « habitude » s’ankylose, pour ainsi dire, faute d’exercice. Cet “habitus” doit aller en se fortifiant toujours plus par les actes qui lui correspondent. Nous ne devons pas être de ces âmes chez lesquelles la foi est endormie.
Renouvelons fréquemment nos actes de foi, non seulement durant nos exercices de pitié, mais encore dans les menus détails de notre vie. C’est « chaque jour », que nous devons, selon ses conseils, marcher dans cette lumière.
ou
Saint Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, Entretien avec Motovilov (trad. DDB 1979, 1995, p. 183)
« Vous avez trop peu de foi »
« Le Seigneur est proche de ceux qui l'invoquent. Il ne fait pas acception des personnes. Le Père aime le Fils et a tout remis entre ses mains » (Ps 145, 18; Rm 2, 11; Jn 3, 35). Pourvu que nous aimions notre Père céleste vraiment comme des fils, le Seigneur écoute également un moine et un homme du monde, un simple chrétien. Pourvu que les deux aient la vraie foi, aiment Dieu du fond de leur cœur et possèdent une foi « grande comme une graine de moutarde », tous deux « soulèveront des montagnes »… Le Seigneur lui-même dit : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 23). Et le saint apôtre Paul s'écrie : « Je peux tout avec le Christ qui me fortifie » (Ph 4, 13). Plus merveilleuses encore sont les paroles du Seigneur concernant ceux qui croient en lui : « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je vais vers le Père. Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai » (Jn 14, 12-14).
Et c'est bien ainsi, ami de Dieu. Tout ce que vous demanderez à Dieu, vous l'obtiendrez, pourvu que votre demande soit à la gloire de Dieu ou pour le bien de votre prochain. Car Dieu ne sépare pas le bien du prochain de sa gloire : « Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous le ferez » (cf Mt 25, 45).
ou
Saint Thomas More (1478-1535), homme d'État anglais, martyr
Dialog of Comfort against Tribulation (trad. Écrits des saints, Soleil Levant, p. 23-24)
« Je crois ! Viens au secours de mon incroyance » (Mc 9,24)
« Seigneur, augmente notre foi » (Lc 17,5). Méditons les paroles du Christ et disons-nous : si nous ne permettions pas à notre foi de tiédir et même de refroidir, de perdre sa force en éparpillant nos pensées sur des futilités, nous cesserions d'accorder de l'importance aux choses de ce monde, et nous ramasserions notre foi dans un petit coin de notre âme.
Nous la sèmerions alors comme la graine de moutarde dans le jardin de notre cœur, après en avoir arraché toutes les mauvaises herbes, et le germe grandirait. Avec une ferme confiance dans la parole de Dieu nous soulèverons une montagne d'afflictions tandis que, si notre foi est chancelante, elle ne déplacera même pas une taupinière. Pour terminer cet entretien, je vous dirai que, puisque tout réconfort spirituel suppose une base de foi, et que personne d'autre que Dieu ne peut la donner, nous ne devons cesser jamais de la lui demander.
ou
Saint Thomas More (1478-1535), homme d'État anglais, martyr
Dialog of Comfort against Tribulation, I, 2
« Je crois ! Viens au secours de mon incroyance » (Mc 9,24)
Personne ne peut se donner à lui-même la vertu de la foi… ; la foi est le don gratuit de Dieu. Comme le dit saint Jacques : « Les dons les meilleurs, les présents merveilleux, viennent d'en haut ; ils descendent tous d'auprès du Père de toutes les lumières » (1,17). Quand nous ressentons donc que notre foi est bien faible, prions celui qui nous la donne de la fortifier… : « Je crois ! Viens au secours de mon incroyance » (Mc 9,24), et avec les apôtres : « Seigneur, augmente notre foi » (Lc 17,5). Et puis méditons les paroles du Christ quand il dit que, si nous ne voulons pas permettre à notre foi de tiédir et même de se refroidir complètement, ou de perdre sa force par la dispersion de notre esprit dans les futilités de ce monde, il faut nous retirer dans une petite pièce au fond de notre maison (Mt 6,6) et y ramasser notre foi, en cessant d'accorder de l'importance aux illusions de ce monde.
Et comme la graine de moutarde, qui par sa nature est brûlante, il faut semer la foi dans le jardin de notre cœur, après en avoir arraché toutes les mauvaises herbes. Elle grandira tellement que les oiseaux du ciel, c'est-à-dire les saints anges, viendront demeurer en notre âme et qu'elle portera le fruit des vertus sur ses branches (Mt 13,31s). Alors, confiants en la parole de Dieu, nous aurons une assurance ferme en ses promesses et nous pourrons chasser de notre cœur une montagne d'afflictions (Mt 17,20), tandis que si notre foi est faible et chancelante, elle ne déplacera même pas une taupinière.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale 5, 10-11 ; PG 33, 518 (trad. Orval rev. ; cf bréviaire 31e merc.)
« Augmente en nous la foi » (Lc 17,5)
Le mot « foi » est unique en tant que vocable, mais il a une double signification. Il y a en effet un aspect de la foi qui se rapporte aux dogmes ; il s'agit de l'assentiment sur telle vérité donnée. Cet aspect de la foi est profitable à l'âme, selon la parole du Seigneur : « Celui qui écoute mes paroles et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle » (Jn 5,24)...
Mais il y a un second aspect de la foi : c'est la foi qui nous est donnée par le Christ comme un charisme, gratuitement, comme un don spirituel. « À l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de science selon le même Esprit, à un autre la foi dans le même Esprit, à un autre le charisme de guérir » (1Co 12,8-9). Cette foi qui nous est donnée comme une grâce par l'Esprit Saint n'est donc pas seulement la foi dogmatique, mais elle a la puissance de réaliser ce qui dépasse les forces humaines. Celui qui possède cette foi « dira à cette montagne : ' Déplace-toi d'ici à là, et elle se déplacera ' ». Car lorsque quelqu'un prononce cette parole avec foi, « en croyant qu'elle va s'accomplir, et sans hésitation intérieure » (Mc 11,23) alors il reçoit la grâce de sa réalisation. C'est de cette foi qu'il est dit : « Si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde ». En effet, la graine de moutarde est toute petite mais elle recèle une énergie de feu ; semence minuscule, elle se développe au point d'étendre de longues branches et de pouvoir même abriter les oiseaux (Mt 13,32). De même la foi accomplit dans une âme les plus grands exploits en un clin d'œil.
Quand elle est éclairée par la foi, l'âme se représente Dieu et le contemple autant qu'il est possible. Elle embrasse les limites de l'univers et, avant la fin du temps, elle voit déjà le jugement et l'accomplissement des promesses. Toi donc, possède cette foi qui dépend de Dieu et qui te porte vers lui ; alors tu recevras de lui cette foi qui agit au-delà des forces humaines.