Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

TEMPS ORDINAIRE XXV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 181-183 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle »
Le mandat [du Christ] est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15), parce que « la création aspire de toutes ses forces à la révélation des enfants de Dieu » (Rm 8,19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine… Les enseignements de l’Église sur les situations contingentes sont sujets à des développements importants ou nouveaux et peuvent être l’objet de discussion, mais nous ne pouvons pas éviter d’être concrets… Les pasteurs, en accueillant les apports des différentes sciences, ont le droit d’émettre des opinions sur tout ce qui concerne la vie des personnes, du moment que la tâche de l’évangélisation implique et exige une promotion intégrale de chaque être humain.
On ne peut plus affirmer que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel. Nous savons que Dieu désire le bonheur de ses enfants, sur cette terre aussi, bien que ceux-ci soient appelés à la plénitude éternelle, puisqu’il a créé toutes choses « afin que nous en jouissions » (1Tm 6,17), pour que tous puissent en jouir. Il en découle que la conversion chrétienne exige de reconsidérer « spécialement tout ce qui concerne l’ordre social et la réalisation du bien commun » (S. Jean-Paul II).
En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise et de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? Ils ne pourraient pas l’accepter. Une foi authentique — qui n’est jamais confortable et individualiste — implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre.
ou
Saint Jean Chrysostome (vers 345-407), évêque d'Antioche puis de Constantinople, docteur de l'Église : 4e Homélie sur 1 Corinthiens ; PG 61, 34-36
« Ta majesté suprême est proclamée par la bouche des enfants, des tout petits » (Ps 8, 3)
« La folie de Dieu est plus sage que tous les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que tous les hommes » (1Co 1,25). Oui, la croix est une folie, une faiblesse -– apparente seulement... La doctrine de la croix a gagné les esprits au moyen de prédicateurs ignorants, et cela dans le monde entier. Elle a ouvert une école où il ne s'agissait pas de questions banales, mais de Dieu et de la vraie foi, de la vie selon l'Évangile, de la résurrection et du jugement futur. La croix a donc transformé en philosophes des gens simples et illettrés. Voilà comment « la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et sa faiblesse, plus forte » (1Co 1, 25).
Comment est-elle plus forte ? Parce qu'elle s'est répandue dans le monde entier, qu'elle a soumis tous les hommes à son pouvoir et qu'elle a résisté aux innombrables adversaires qui voulaient faire disparaître le nom du Crucifié. Au contraire, ce nom s'est épanoui et s'est propagé ; ses ennemis ont péri, ont disparu ; les vivants qui combattaient un mort ont été réduits à l'impuissance... En effet, ce que des publicains et des pêcheurs ont pu réussir par la grâce de Dieu, les philosophes, les orateurs, les rois, bref la terre entière, dans toute son étendue, n'a même pas été capable de l'imaginer... C'est en pensant à cela que l'apôtre Paul disait : « La faiblesse de Dieu est plus forte que tous les hommes ». Autrement, comment ces douze pêcheurs, pauvres et ignorants, auraient-ils pu imaginer une telle entreprise ?
ou
Concile Vatican II
Décret sur l'activité missionnaire de l'Église « Ad Gentes », § 1
« Il les envoya proclamer le règne de Dieu »
Envoyée par Dieu aux peuples pour être « le sacrement universel du salut », l'Église, en vertu des exigences intimes de sa propre catholicité, et obéissant au commandement de son Fondateur (cf Mc 16,15), est tendue de tout son effort vers la prédication de l'Évangile à tous les hommes. Les apôtres eux-mêmes, en effet, sur lesquels l'Église a été fondée, ont suivi les traces du Christ, « prêché la parole de vérité et engendré des églises » (St Augustin). Le devoir de leurs successeurs est de perpétuer cette œuvre, afin que « la parole de Dieu soit divulguée et glorifiée » (2Th 3,1), le Royaume de Dieu annoncé et instauré dans le monde entier.
Mais, dans l'ordre actuel des choses, dont découlent de nouvelles conditions pour l'humanité, l'Église, sel de la terre et lumière du monde (cf Mt 5,13-14), est appelée de façon plus pressante à sauver et à rénover toute créature, afin que tout soit restauré dans le Christ, et qu'en lui les hommes constituent une seule famille et un seul peuple de Dieu.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Commentaire sur le psaume 65, §19-20 ; CSEL 22, 261 (Lectionnaire monastique, t. 3 temps pascal; trad. Solesmes; Éd. Solesmes-Cerf , p. 873-877)
« Ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle »
Quelle est « la parole de louange » (Ps 65,8) qu'il faut faire entendre ? Celle-ci assurément : « Il a donné la vie à l'âme » des croyants (v.9) ; car Dieu a accordé la constance et la persévérance dans la profession de la foi à la prédication des apôtres et à la confession des martyrs, et la prédication du Royaume des cieux a parcouru la terre en tous sens comme par des pas. En effet « leur message s'est répandu sur toute la terre » (Ps 18,5). Et ailleurs, le Saint-Esprit proclame la gloire de cette course spirituelle : « Comme ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la bonne nouvelle, de ceux qui annoncent la paix » (Is 52,7). C'est donc cette parole de louange de Dieu qu'il faut faire entendre par la proclamation, selon le témoignage du psalmiste : « Il a donné la vie à mon âme et n'a pas laissé chanceler mes pas » (LXX). En effet, les apôtres ne se sont pas laissés détourner de la course de leur prédication par les terreurs des menaces humaines, et la fermeté de leurs pas solidement posés ne s'est pas laissée écarter du chemin de la foi (...).
Car, après avoir dit : « Il n'a pas laissé chanceler mes pas », le psalmiste ajoute : « Ô Dieu, tu nous as éprouvés, tu nous as épurés par le feu comme on épure l'argent » (v.10). Cette parole, commencée au singulier, se rapporte donc à plusieurs. Car unique est l'Esprit et une la foi des croyants, selon ce qui est dit dans les Actes des Apôtres : « Les croyants n'avaient qu'une seule âme et un seul cœur » (Ac 4,32). (...)
Mais que signifie cette comparaison : « Ils ont été épurés au feu, comme on épure l'argent » ? À mon sens, si on épure l'argent, c'est uniquement pour en séparer les scories qui adhèrent à la matière encore brute (...). C'est pourquoi, quand Dieu met à l'épreuve ceux qui croient en lui, ce n'est pas qu'il ignore leur foi, mais parce que « la persévérance produit la valeur » comme le dit l'apôtre Paul (Rm 5,4). Dieu les soumet à l'épreuve, non pour les connaître, mais pour les amener à la consommation de la vertu. Ainsi, purifiés par le feu et dégagés de tout alliage avec les vices de la chair, ils pourront resplendir de l'éclat d'une innocence qui a fourni ses preuves.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettres 4 et 5 à Saint Ignace de Loyola (trad. bréviaire)
« Proclamer le règne de Dieu »
Depuis que je suis venu ici, je n'ai pas arrêté : je parcourais activement les villages, je baptisais tous les bébés qui ne l'avaient pas encore été... Quant aux enfants, ils ne me laissaient ni réciter l'office divin, ni manger ni me reposer tant que je ne leur avais pas enseigné une prière. Alors j'ai commencé à saisir que le Royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent (Mc 10,14). Aussi, comme je ne pouvais sans impiété repousser une demande aussi pieuse, en commençant par la confession de foi au Père, au Fils et à l'Esprit Saint, je leur enseignais le Credo des Apôtres, le Pater Noster et l'Ave Maria. J'ai remarqué qu'ils étaient très doués ; s'il y avait quelqu'un pour les former à la foi chrétienne, je suis sûr qu'ils deviendraient de très bons chrétiens.
Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens uniquement parce qu'il n'y a personne aujourd'hui pour en faire des chrétiens. J'ai très souvent eu l'idée de parcourir toutes les universités d'Europe, et d'abord celle de Paris, pour crier partout d'une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : « Hélas, quel nombre énorme d'âmes, exclu du ciel par votre faute, s'engouffre dans l'enfer ! »
De même qu'ils se consacrent aux belles-lettres, s'ils pouvaient seulement se consacrer aussi à cet apostolat, afin de pouvoir rendre compte à Dieu de leur doctrine et des talents qui leur ont été confiés ! Beaucoup d'entre eux, bouleversés par cette pensée, aidés par la méditation des choses divines, s'entraîneraient à écouter ce que le Seigneur dit en eux et, en rejetant leurs ambitions et leurs affaires humaines, ils se soumettraient tout entiers, définitivement, à la volonté et au décret de Dieu. Oui, ils crieraient du fond du cœur : « Seigneur, me voici ; que veux-tu que je fasse ? (Ac 9,10 ; 22,10) Envoie-moi n'importe où, où tu voudras, même jusque dans les Indes ».
ou
Saint Jean-Paul II
Redemptoris missio, §30
« Il les envoya proclamer le règne de Dieu »
Notre époque, alors que l'humanité est en mouvement et en recherche, exige une impulsion nouvelle dans l'action missionnaire de l'Église. Les horizons et les possibilités de la mission s'étendent, et nous les chrétiens, nous sommes appelés au courage apostolique, fondé sur la confiance dans l'Esprit Saint. C'est lui le protagoniste de la mission !
Dans l'histoire de l'humanité, de nombreux tournants marquants ont stimulé le dynamisme missionnaire, et l'Église, guidée par l'Esprit, y a toujours répondu avec générosité et prévoyance. Et les fruits n'ont pas manqué. On a célébré...le millénaire de l'évangélisation de la Russie et des peuples slaves...[et] le cinq centième anniversaire de l'évangélisation des Amériques. On a aussi célébré récemment le centenaire des premières missions de plusieurs pays d'Asie, d'Afrique et d'Océanie. L'Église doit affronter aujourd'hui d'autres défis, en avançant vers de nouvelles frontières tant pour la première mission « ad gentes », auprès des peuples de la terre, que pour la nouvelle évangélisation de peuples qui ont déjà reçu l'annonce du Christ. Il est aujourd'hui demandé à tous les chrétiens, aux Églises particulières et à l'Église universelle le même courage que celui qui animait les missionnaires du passé, la même disponibilité à écouter la voix de l'Esprit.


TEMPS ORDINAIRE XXV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Catéchisme de l'Église catholique § 31-35
Hérode Antipas cherche à voir Jésus
Les voies d’accès à la connaissance de Dieu : Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines « voies » pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi « preuves de l’existence de Dieu », non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’ »arguments convergents et convaincants » qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.
Ces voies pour approcher Dieu ont pour point de départ la création : le monde matériel et la personne humaine. Le monde : à partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers. Saint Paul affirme au sujet des païens : « Ce qu’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde ce qu’il a d’invisible se laisse voir à leur intelligence à travers ses œuvres : sa puissance éternelle et sa divinité » (Rm 1,19s ; cf Ac 14,15s ; 17,27s ; Sg 13,1s)…
La personne humaine : avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. À travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle… ; son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul. Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses voies l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, « et que tous appellent Dieu » (S. Thomas d’Aquin).
Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
La Foi orthodoxe, I, 1 (trad. Éds. Ancre 1992, p. 28 rev.)
Hérode cherche à voir le Christ
« Personne n'a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père l'a révélé » (Jn 1,18). Le divin est inexprimable et incompréhensible : « Personne ne connaît le Père si ce n'est le Fils, ni le Fils si ce n'est le Père » (Mt 11,27), et le Saint Esprit semblablement connaît ce qui est de Dieu... Mais après cette première et bienheureuse connaissance divine, personne n'a jamais connu Dieu si ce n'est celui auquel Dieu lui-même s'est révélé...
Pourtant, Dieu ne nous a pas laissé dans une ignorance complète, car chacun a, semée par lui, la connaissance qu'il y a un Dieu. La création elle-même, par sa cohésion et par sa direction, proclame la magnificence de la nature divine (cf Rm 1,20). Ensuite la Loi et les prophètes, puis son Fils unique, le Seigneur, « notre Dieu et Sauveur Jésus Christ » (2P 1,1), ont manifesté la connaissance de Dieu, selon ce que nous pouvons atteindre. C'est pourquoi tout ce qui nous a été transmis par la Loi et les prophètes, par les apôtres et les évangélistes, nous l'acceptons, nous le connaissons, nous y appliquons notre dévotion et nous ne cherchons pas au-delà.
Dieu est bon ; il pourvoit à tout bien... Comme il sait tout et pourvoit à ce qui convient à chacun, il nous a révélé ce qu'il nous est utile de connaître et nous a tu ce que nous ne pouvons pas porter. Contentons-nous donc de cela et demeurons-y.
ou
Saint Ambroise (vers 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église : Commentaire sur l'Évangile de St Luc, I, 27 (trad. SC 45, p.60)
« Hérode cherchait à le voir »
Le Seigneur n'est vu en ce monde que lorsqu'il le veut. Quoi d'étonnant ? À la résurrection même, il n'est donné de voir Dieu qu'à ceux qui ont le cœur pur : « Bienheureux les cœurs purs, car ce sont eux qui verront Dieu » (Mt 5, 8). Que de bienheureux il avait énumérés déjà, et pourtant il ne leur avait pas promis cette possibilité de voir Dieu. Si donc ceux qui ont le cœur pur verront Dieu, assurément les autres ne le verront pas...; celui qui n'a pas voulu voir Dieu ne peut voir Dieu.
Car ce n'est pas dans un lieu que l'on voit Dieu, mais par un cœur pur. Ce ne sont pas les yeux du corps qui cherchent Dieu ; il n'est pas embrassé par le regard, ni atteint par le toucher, ni entendu en conversation, ni reconnu à sa démarche. On le croit absent et on le voit ; il est présent et on ne le voit pas. D'ailleurs, les apôtres eux-mêmes ne voyaient pas tous le Christ ; c'est pourquoi il leur a dit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas encore ? » (Jn 14, 9) En effet, quiconque a connu « quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur -- l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3, 18-19), celui-là a vu aussi le Christ, il a vu aussi le Père. Car nous autres ce n'est pas selon la chair que nous connaissons le Christ (2Co 5, 16) mais selon l'Esprit : « L'Esprit qui est devant notre face, c'est l'Oint du Seigneur, le Christ » (Lm 4, 20). Qu'il daigne, en sa miséricorde, nous combler de toute la plénitude de Dieu, afin que nous puissions le voir !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur la première lettre de saint Jean, I, 3 (trad. SC 75, p. 117)
Le désir de voir le Christ
Saint Jean écrit : « Nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s'est manifestée à nous. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons » (1 Jn 1, 2-3). Soyez bien attentifs : « Nous vous annonçons ce que nous avons vu et entendu ». Eux, ils ont vu le Seigneur lui-même présent dans la chair, ils ont entendu de la bouche du Seigneur ses paroles et ils nous les ont annoncées. Et nous, sans doute avons-nous entendu, mais nous n'avons pas vu. Sommes-nous donc moins heureux que ceux qui ont vu et entendu ? Pourquoi alors est-ce que Saint Jean ajoute : « Nous vous l'annonçons à vous aussi pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous » ? Eux, ils ont vu ; nous, nous n'avons pas vu, et cependant nous sommes en communion avec eux, car nous avons la même foi.
Au disciple qui a demandé à toucher pour croire... le Seigneur a dit, pour nous consoler, nous qui ne pouvons pas toucher mais qui pouvons atteindre le Christ par la foi : « Heureux ceux qui ne voient pas et qui croient » (Jn 20,29). C'est de nous dont il parle, c'est nous qu'il désigne. Que s'accomplisse donc en nous cette béatitude que le Seigneur a promise ! Tenons fermement à ce que nous ne voyons pas ; ceux qui ont vu nous l'annoncent pour que nous soyons en communion avec eux et que nous ayons « la plénitude de la joie » (v. 4).
ou
Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Épîtres aux Corinthiens ; Grande prière, 59, 2-4 (Les Pères apostoliques, II. Clément de Rome; trad. H. Hemmer; Éd. Picard et Fils, 1909, p. 119-123; rev.)
Dieu se donne à voir en Jésus, son Fils bien-aimé
Que l'Artisan de l'univers
conserve intact sur la terre
le nombre compté de ses élus,
par son enfant bien-aimé, Jésus Christ.

Par lui il nous a appelés des ténèbres à la lumière,
de l'ignorance à la connaissance de la gloire de son nom.
Nous mettons notre espérance en toi,
Principe de toute la création.

Tu as ouvert les yeux de nos cœurs afin qu'ils te connaissent,
Toi le seul Très-Haut, au plus haut des cieux,
le Saint qui repose au milieu des saints.

Tu abaisses l'insolence des orgueilleux,
tu déjoues les calculs des nations,
tu exaltes les humbles et abaisses les grands ;
tu enrichis et appauvris,
tu prends et tu donnes la vie.

Unique bienfaiteur des esprits,
et Dieu de toute chair ;
tu scrutes les profondeurs,
tu surveilles les œuvres des hommes,
Secours dans les dangers
et Sauveur dans le désespoir,
Créateur et Gardien de tout esprit vivant ! (...)

Nous t'en prions, ô Maître !
Sois notre secours et notre soutien.
Sois le salut des opprimés,
prends pitié des humbles,
relève ceux qui sont tombés.

Montre-toi à ceux qui sont dans le besoin,
guéris les malades,
ramène les égarés de ton peuple,
rassasie ceux qui ont faim,
délivres nos prisonniers,
redresse les faibles,
console les pusillanimes,
que tous les peuples reconnaissent,
que tu es le seul Dieu,
que Jésus Christ est ton fils,
que nous sommes ton peuple et les brebis de tes pâturages.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 147 ; PL 52, 594-596 (trad. Orval)
Comme Hérode, nous voulons voir Jésus
L'amour n'admet pas ne pas voir ce qu'il aime. Tous les saints n'ont-ils pas considéré comme peu de chose tout ce qu'ils obtenaient tant qu'ils ne voyaient pas Dieu ? ... C'est ainsi que Moïse ose dire : « Si j'ai trouvé grâce devant toi, montre-moi ton visage » (Ex 33,13). Et le psalmiste : « Montre-nous ton visage » (Ps 79,4). N'est-ce pas pour cela que les païens se sont fait des idoles ? Au sein même de l'erreur, ils voyaient de leurs yeux ce qu'ils adoraient.
Dieu savait donc les mortels tourmentés du désir de le voir. Ce qu'il a choisi pour se montrer était grand sur la terre et non le moindre dans le ciel. Car ce que, sur terre, Dieu a fait semblable à lui ne pouvait pas rester sans honneur dans le ciel : « Faisons, dit-il, l'homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1,26)... Que personne donc ne pense que Dieu a eu tort de venir aux hommes par un homme. Il a pris chair parmi nous pour être vu de nous.
ou
Saint Colomban (563-615), moine, fondateur de monastères
Instruction 1,2-4 ; PL 80, 231-232 (trad. Orval)
« Hérode cherchait à le voir »
Dieu est partout, tout entier, immense. Partout il est proche, selon le témoignage qu'il donne de lui-même : « Je suis un Dieu proche, et non un Dieu lointain » (Jr 23,23). Le Dieu que nous cherchons ne demeure donc pas loin de nous ; nous l'avons parmi nous. Il habite en nous comme l'âme dans le corps, si du moins nous sommes pour lui des membres sains que le péché n'a pas tués... « En lui, dit l'apôtre Paul, nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Ac 17,28).
Mais qui pourra suivre le Très-Haut jusqu'en son être inexprimable et incompréhensible ? Qui scrutera les profondeurs de Dieu ? Qui risquera de traiter de l'origine éternelle de l'univers ? Qui se glorifiera de connaître le Dieu infini qui emplit tout et enveloppe tout, pénètre tout et dépasse tout, embrasse tout et se dérobe à tout, « lui que personne n'a jamais vu » tel qu'il est ? (1Tm 6,16) Que nul n'ait donc la présomption de sonder l'impénétrable profondeur de Dieu, le quoi, le comment, le pourquoi de son être. Cela ne peut être ni exprimé, ni scruté, ni pénétré. Crois simplement, mais avec force, que Dieu est tel qu'il a été et qu'il sera car il n'y a pas de changements en lui.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours spirituels, 1ère série, n° 20 (trad. Touraille, DDB 1981, p.137)
Hérode cherchait à voir Jésus
Comment les êtres créés pouvaient-ils contempler Dieu ? La vision de Dieu est si terrible que Moïse lui-même dit qu'il craint et tremble. En effet, quand la gloire de Dieu est apparue sur le mont Sinaï (Ex 20), la montagne fumait et tremblait de peur sous le coup de la révélation ; les bêtes qui approchaient ses pentes mouraient. Les fils d'Israël se sont préparés ; ils se sont purifiés pendant trois jours suivant l'ordre de Moïse, afin d'être dignes d'entendre la voix de Dieu et de voir sa révélation. Or quand le temps est venu, ils n'ont pu ni assumer la vision de sa lumière, ni recevoir la force de sa voix de tonnerre.
Mais maintenant qu'il a déversé sa grâce sur le monde par son avènement, ce n'est pas dans un tremblement de terre, ni dans le feu, ni en s'annonçant d'une voix terrible et forte qu'il est descendu, mais comme la rosée sur la toison (Jg 6,37), comme une goutte qui tombe doucement sur la terre. C'est sous une autre forme qu'il est venu parmi nous. Il a en effet recouvert sa grandeur du voile de la chair. Il a fait de celle-ci un trésor ; il a vécu parmi nous dans cette chair que sa volonté s'était formée dans le sein de la Vierge Marie, la Mère de Dieu, pour que le voyant de notre race et vivant parmi nous, nous ne soyons pas troublés par la peur en le contemplant. C'est pourquoi ceux qui se sont entourés du vêtement dans lequel le Créateur est apparu, en ce corps dont il s'est couvert, ont revêtu le Christ lui-même (Ga 3,27). Car ils ont désiré porter dans leur homme intérieur (Ep 3,16) la même humilité avec laquelle le Christ s'est révélé à sa création et a vécu en elle, comme il se révèle maintenant à ses serviteurs. Au lieu du vêtement de l'honneur et de la gloire extérieurs, ils se sont parés de cette humilité.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, n°1, 5-7 (trad. SC 7, p. 70-73 rev.)
« Hérode cherchait à voir Jésus »
Le soleil et la lune illuminent nos corps ; ainsi le Christ et l'Église illuminent nos esprits. Du moins les illuminent-ils si nous ne sommes pas des aveugles spirituels. Car, de même que le soleil et la lune ne laissent pas de répandre leur clarté sur les aveugles qui ne peuvent cependant accueillir la lumière, ainsi le Christ envoie sa lumière à nos esprits. Mais cette illumination aura lieu seulement si notre cécité n'y fait pas obstacle. Donc, que les aveugles suivent d'abord le Christ en criant : « Aie pitié de nous, Fils de David ! » (Mt 9,27), et quand ils auront retrouvé la vue grâce à lui, ils pourront être irradiés par la splendeur de la lumière.
Mais tous ceux qui voient ne sont pas illuminés de manière égale par le Christ ; chacun l'est à la mesure dont il peut recevoir la lumière (cf Lc 23,8s)... Ce n'est pas de la même manière que nous allons tous à lui, mais « chacun y va selon ses possibilités propres » (Mt 25,15).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les Hérésies, livre IV, 20, 4-5 (trad. SC 100, p. 639s)
Hérode cherchait à voir Jésus
Les prophètes annonçaient d'avance que Dieu serait vu des hommes, conformément à ce que dit aussi le Seigneur : « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu » (Mt 5,8). Certes, selon sa grandeur et sa gloire inexprimable, « nul ne verra Dieu et vivra » (Ex 33,20), car le Père est insaisissable. Mais selon son amour, sa bonté envers les hommes et sa toute puissance, il va jusqu'à accorder à ceux qui l'aiment le privilège de voir Dieu -- ce que, précisément, prophétisaient les prophètes -- car « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18,27).
Par lui-même, en effet, l'homme ne pourra jamais voir Dieu ; mais Dieu, s'il le veut, sera vu des hommes, de ceux qu'il veut, quand il veut et comme il veut. Car Dieu peut tout : vu autrefois par l'entremise de l'Esprit selon le mode prophétique, puis vu par l'entremise du Fils selon l'adoption, il sera vu encore dans le Royaume des cieux selon la paternité, l'Esprit préparant d'avance l'homme pour le Fils de Dieu, le Fils le conduisant au Père, et le Père lui donnant l'incorruptibilité et la vie éternelle, qui résultent de la vue de Dieu pour ceux qui le voient. Car, de même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur, de même ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participent à sa splendeur. Or, vivifiante est la splendeur de Dieu. Ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu.


TEMPS ORDINAIRE XXV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 27 (trad. Cerf, 1992, p. 105 rev.)
« Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup..., qu'il soit tué et que, le troisième jour, il ressuscite »
Dans ma sottise, je m'étonnais que la sagesse profonde de Dieu n'ait pas empêché le début du péché, car s'il avait fait ainsi, me semblait-il, alors tout aurait été bien... Jésus m'a répondu : « Le péché était inéluctable, mais tout finira bien, tout finira bien, toute chose, quelle qu'elle soit, finira bien ».
Dans ce simple mot « péché » notre Seigneur m'a présenté à l'esprit tout ce qui n'est pas bon : le mépris ignoble et les épreuves extrêmes qu'il a soufferts pour nous, durant sa vie et à sa mort ; toutes les souffrances et les douleurs, corporelles et spirituelles, de toutes ses créatures... Je contemplais toutes les souffrances qui ont jamais existé ou existeront, et j'ai compris que la Passion du Christ a été la plus grande, la plus douloureuse de toutes et les surpasse toutes... Mais je n'ai pas vu le péché. Je sais en effet, par la foi, qu'il n'a ni substance ni aucune sorte d'être ; on ne saurait le connaître autrement que par la souffrance qu'il cause. J'ai compris que cette souffrance n'est que pour un temps : elle nous purifie ; elle nous amène à nous connaître nous-mêmes et à crier miséricorde. La Passion de notre Seigneur nous fortifie contre le péché et la souffrance : telle est sa sainte volonté. En son tendre amour pour tous ceux qui seront sauvés, notre bon Seigneur les réconforte promptement et aimablement, comme s'il leur disait : « Il est vrai que le péché est la cause de toutes ces douleurs, mais tout finira bien : toute chose, quelle qu'elle soit, finira bien ». Ces paroles, il me les a dites très tendrement, sans le moindre blâme...
Dans ces paroles, j'ai vu un mystère profond et merveilleux caché en Dieu. Ce mystère, il nous le dévoilera et fera connaître pleinement au ciel. Lorsque nous en aurons connaissance, nous verrons en toute vérité pour quelle raison il a permis la venue du péché en ce monde. Et voyant cela, nous nous réjouirons éternellement.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, The Word to be spoken, ch. 12 (trad. Jésus, celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, p. 164)
« Pour vous, qui suis-je ? »
Qui est Jésus pour moi ?
Jésus est le Verbe fait chair (Jn 1,14).
Jésus est le Pain de Vie (Jn 6,35).
Jésus est la victime offerte pour nos péchés sur la croix (1Jn 4,19).
Jésus est le sacrifice offert à la Sainte Messe pour les péchés du monde et pour les miens (Jn 1,29).
Jésus est la parole – à exprimer
Jésus est la vérité – à dire
Jésus est le chemin – à emprunter (Jn 14,6)
Jésus est la Lumière – à allumer (Jn 8,12)
Jésus est l'amour – à aimer
Jésus est la joie – à partager
Jésus est le sacrifice – à offrir
Jésus est la paix – à donner
Jésus est le Pain de Vie – à manger
Jésus est l'affamé – à nourrir (Mt 25,35)
Jésus est l'assoiffé – à désaltérer
Jésus est le nu – à vêtir
Jésus est le sans-logis – à abriter
Jésus est le malade – à soigner
Jésus est le solitaire – à aimer
Jésus est l'exclu – à accueillir
Jésus est le lépreux – à qui laver les blessures
Jésus est le mendiant – à qui offrir un sourire
Jésus est l'ivrogne – à écouter
Jésus est le malade mental – à protéger
Jésus est le tout-petit – à cajoler
Jésus est l'aveugle – à guider
Jésus est le muet – à qui l'on prête sa voix
Jésus est l'infirme – avec qui marcher
Jésus est le drogué – à qui offrir son amitié
Jésus est la prostituée – à éloigner du danger et à protéger avec affection
Jésus est le prisonnier – à visiter
Jésus est le vieillard – à servir
Pour moi
Jésus est mon Dieu
Jésus est mon époux
Jésus est ma vie
Jésus est mon unique amour
Jésus est mon tout, chaque personne et chaque chose.
Jésus, je t'aime avec tout mon cœur, avec tout mon être.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978 : Homélie à Manille, 29/11/70 (trad. DC 1576, p.1115 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je »
Le Christ ! Je sens la nécessité de l'annoncer, je ne peux pas le taire : « Malheur à moi, si je n'annonçais pas l'Évangile ! » (1Co 9, 16) Je suis envoyé par lui pour cela ; je suis apôtre, je suis témoin. Plus est loin le but et difficile la mission, plus est pressant l'amour qui m'y pousse (2Co 5, 14). Je dois proclamer son nom : Jésus est le Christ, Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16). Il est celui qui nous a révélé le Dieu invisible, il est le premier-né de toute créature, il est le fondement de toute chose (Col 1, 15s). Il est le Maître de l'humanité et le Rédempteur : il est né, il est mort, il est ressuscité pour nous ; il est le centre de l'histoire et du monde. Il est celui qui nous connaît et qui nous aime ; il est le compagnon et l'ami de notre vie. Il est l'homme de la douleur et de l'espérance ; il est celui qui doit venir et qui sera un jour notre juge et aussi, nous l'espérons, la plénitude éternelle de notre existence, notre béatitude.
Je n'en finirais plus de parler de lui : il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Il est le Pain, la Source d'eau vive répondant à notre faim et à notre soif (Jn 6, 35 ; 7, 38) ; il est le Pasteur, notre guide, notre exemple, notre réconfort, notre frère. Comme nous, et plus que nous, il a été petit, pauvre, humilié, travailleur, malheureux et patient. Pour nous, il a parlé, il a accompli des miracles, il a fondé un Royaume nouveau où les pauvres sont bienheureux, où la paix est le principe de la vie ensemble, où ceux qui ont le cœur pur et ceux qui pleurent sont exaltés et consolés, où ceux qui aspirent à la justice sont exaucés, où les pécheurs peuvent être pardonnés, où tous sont frères.
Jésus Christ : vous en avez entendu parler, et même, pour la plupart, vous êtes déjà des siens, vous êtes chrétiens. Eh bien ! À vous, chrétiens, je répète son nom, à tous je l'annonce : Jésus Christ est « le commencement et la fin, l'alpha et l'oméga » (Ap 21, 6). Il est le roi du monde nouveau ; il est le secret de l'histoire, la clé de notre destin ; il est le Médiateur, le pont entre la terre et le ciel...; le Fils de l'homme, le Fils de Dieu..., le Fils de Marie... Jésus Christ ! Souvenez-vous : c'est l'annonce que nous faisons pour l'éternité, c'est la voix que nous faisons résonner par toute la terre (Rm 10, 18) et pour toute la suite des siècles.
ou
Théodoret de Cyr (393-460), évêque
Traité sur l'Incarnation, 26-27 ; PG 75,1465 (trad. bréviaire)
« Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté..., qu'il soit tué et... qu'il ressuscite »
Jésus s'achemine de son plein gré vers les souffrances annoncées par l'Écriture. Il les avait souvent prédites aux disciples et il avait même repris sévèrement Pierre qui avait accueilli leur annonce avec déplaisir (Mt 16,23). Enfin, il avait montré qu'elles réaliseraient le salut du monde. C'est pourquoi il se désigne lui-même aux hommes qui venaient l'arrêter, en disant : « Je suis celui que vous cherchez » (cf. Jn 18,5.8)... Il est giflé, couvert de crachats, outragé, torturé, flagellé et finalement crucifié. Il accepte que deux bandits, à sa droite et à sa gauche, soient associés à son supplice ; mis au rang des meurtriers et des criminels, il récolte le vinaigre et le fiel, fruits d'une vigne mauvaise ; il est par moquerie frappé d'un roseau, percé au côté par la lance et enfin mis au tombeau.
Il a souffert tout cela en réalisant notre salut... Par ses épines, il a mis fin aux châtiments infligés à Adam, puisque celui-ci, après son péché, avait entendu cette sentence : « Maudit soit le sol à cause de toi ! Il produira pour toi épines et chardons » (Gn 3,17-18). Avec le fiel, il a pris pour lui ce qu'il y a d'amer et de pénible dans la vie mortelle et douloureuse des hommes ; avec le vinaigre, il a accepte la dégénérescence de la nature humaine et il lui a accordé sa restauration dans un état meilleur. Par la pourpre, il a symbolisé sa royauté ; par le roseau, il a suggéré combien la puissance du démon est faible et fragile. Par la gifle, il a proclamé notre affranchissement [comme on le faisait pour les esclaves] ; il a supporté les violences, les corrections et les fouets qui nous étaient dus.
Il a été frappé au côté, ce qui le fait ressembler à Adam. Mais, loin d'en faire sortir la femme qui, par son égarement, a enfanté la mort, il en fait jaillir une source de vie (Gn 2,21 ; Jn 19,34). Celle-ci donne la vie au monde par un double ruisseau. L'un, dans le baptistère, nous rénove et nous revêt de la robe d'immortalité ; l'autre, après cet enfantement, nous alimente à la table de Dieu, ainsi qu'on allaite des nouveau-nés.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Poésie 52 « L'Abandon est le fruit délicieux de l'amour »
« ' Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. ' Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir » (Jn 12 ,32-33)
Il est sur cette terre
Un Arbre merveilleux
Sa racine, ô mystère !
Se trouve dans les cieux.
Jamais sous son ombrage
Rien ne saurait blesser ;
Là, sans craindre l'orage
On peut se reposer.
De cet Arbre ineffable
L'Amour voilà le nom,
Et son fruit délectable
S'appelle l'abandon.
Ce fruit dès cette vie
Me donne le bonheur ;
Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur.
Ce fruit, quand je le touche,
Me paraît un trésor ;
Le portant à ma bouche,
Il m'est plus doux encor.
Il me donne en ce monde
Un océan de paix ;
En cette paix profonde
Je repose à jamais.
Seul l'abandon me livre
En tes bras, ô Jésus.
C'est lui qui me fait vivre
De la vie des élus.
ou
Pape Benoît XVI
Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, 77 (trad. DC 2377, p. 335 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Pour vous, qui suis-je ? »
Il faut reconnaître que l'un des effets les plus graves de la sécularisation [de la société] consiste dans le fait d'avoir relégué la foi chrétienne aux marges de l'existence, comme si elle était inutile pour ce qui concerne le déroulement concret de la vie des hommes. L'échec de la manière de vivre « comme si Dieu n'existait pas » est maintenant devant les yeux de tous. Aujourd'hui, il est nécessaire de redécouvrir que Jésus Christ n'est pas une simple conviction privée ou une doctrine abstraite, mais une personne réelle, dont l'insertion dans l'histoire est capable de renouveler la vie de tous.
C'est pourquoi l'eucharistie, comme source et sommet de la vie et de la mission de l'Église, doit se traduire en spiritualité, en vie « selon l'Esprit » (Rm 8,4 ;Ga 5,16.25). Il est significatif que saint Paul, dans le passage de la lettre aux Romains où il invite à vivre le nouveau culte spirituel, rappelle en même temps la nécessité du changement dans la manière de vivre et de penser : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (12,2). De cette façon, l'apôtre des nations souligne le lien entre le vrai culte spirituel (Rm 12,1) et la nécessité d'une nouvelle manière de percevoir l'existence et de conduire sa vie. Renouveler sa façon de penser fait partie intégrante de la forme eucharistique de la vie chrétienne, « alors nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées » (Ep 4,14).
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Der Gott Jesu Christi (trad. Fayard 1977, p. 85s)
« Il faut que le Fils de l'homme souffre..., soit rejeté...et tué, et qu'il ressuscite »
Être homme signifie : être pour la mort ; être homme signifie : devoir mourir... Vivre, en ce monde, veut dire mourir. « Il s'est fait homme » (Credo) ; cela signifie donc que le Christ aussi est allé vers la mort. La contradiction qui est propre à la mort de l'homme atteint en Jésus son acuité extrême, car en lui, qui est dans une communion d'échange totale avec le Père, l'isolement absolu de la mort est une pure absurdité. D'autre part, en lui la mort a aussi sa nécessité ; en effet, le fait d'être avec le Père est à la source de l'incompréhension que les hommes lui témoignent, à la source de sa solitude au milieu des foules. Sa condamnation est l'acte ultime de la non-compréhension, du rejet de cet Incompris dans une zone de silence.
Du même coup, on peut entrevoir quelque chose de la dimension intérieure de sa mort. Chez l'homme, mourir est toujours à la fois un événement biologique et spirituel. En Jésus la destruction des supports corporels de la communication brise son dialogue avec le Père. Donc ce qui se rompt dans la mort de Jésus Christ est plus important que dans n'importe quelle mort humaine ; ce qui est arraché là, c'est le dialogue qui est l'axe véritable du monde entier.
Mais de même que ce dialogue l'avait rendu solitaire et qu'il était à la base de la monstruosité de cette mort, de même en Christ la Résurrection est déjà fondamentalement présente. Par elle, notre condition d'homme s'insère dans l'échange trinitaire de l'amour éternel. Elle ne peut plus jamais disparaître ; au-delà du seuil de la mort, elle se lève à nouveau et recrée sa plénitude. Seule donc la Résurrection dévoile le caractère ultime, décisif de cet article de notre foi : « Il s'est fait homme »... Le Christ est pleinement homme ; il le reste pour toujours. La condition humaine est entrée par lui dans le propre être de Dieu ; c'est le fruit de sa mort.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur « Père, si c'est possible » ; PG 51, 34-35 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 72)
« Les souffrances du Messie et la gloire qui suivrait sa Passion » (1P 1,11)
À l'approche de sa mort, le Sauveur s'écriait : « Père, l'heure est venue, glorifie ton Fils » (Jn 17,1). Or, sa gloire, c'est la croix. Comment donc pourrait-il avoir cherché à éviter ce qu'il avait demandé à un autre moment ? Que sa gloire soit la croix, l'Évangile nous l'enseigne en disant : « L'Esprit Saint n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (Jn 7,39). Voici le sens de cette parole : la grâce n'avait pas encore été donnée, parce que le Christ n'était pas encore monté sur la croix pour réconcilier Dieu et les hommes. En effet, c'est la croix qui a réconcilié les hommes avec Dieu, qui a fait de la terre un ciel, qui a réuni les hommes aux anges. Elle a renversé la citadelle de la mort, détruit la puissance du démon, délivré la terre de l'erreur, posé les fondements de l'Église. La croix, c'est la volonté du Père, la gloire du Fils, la jubilation de l'Esprit Saint. Elle est l'orgueil de saint Paul : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil » (Ga 6,14).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°54, 1-3
« Il leur défendit vivement de révéler à personne qu'il était le Messie de Dieu »
« Alors, il enjoignit aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. » Pourquoi cet ordre ? Pour que, une fois que tout sujet de scandale serait écarté, la croix et sa Passion accomplies, tout obstacle capable de détourner la foule de croire en lui repoussé, la connaissance exacte de qui il était puisse se graver profondément et à tout jamais dans les cœurs. Sa puissance n’avait pas encore brillé d’une façon éclatante. Avant que les apôtres ne la prêchent, il attendait que l’évidence de la vérité et que l’autorité des faits puissent confirmer leur témoignage.
Car c’était une chose de le voir maintenant multiplier les prodiges en Palestine, puis en butte aux persécutions et aux outrages — et la croix allait suivre ces prodiges ; c’en était une autre de le voir adoré, cru par toute la terre, sauvé des mauvais traitements qu’il avait autrefois subis. Voilà pourquoi il leur recommande de ne rien dire à personne… Si les apôtres, qui avaient été témoins des miracles, qui avaient participé à tant de mystères inexprimables, avaient du mal à accepter une seule parole concernant la Passion, et avec eux Pierre lui-même, leur chef à tous (Mt 16,22), qu’aurait pensé le commun des mortels ? Après avoir entendu dire que Jésus était le Fils de Dieu, que penseraient-ils à le voir souillé de crachats et cloué à la croix ? Et cela avant la venue du Saint Esprit, quand on ne connaissait pas encore la raison de ces mystères ?


TEMPS ORDINAIRE XXV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 108 ; PL 52, 499 (cf coll. Pères dans la foi, n°46, p. 119)
« Les disciples ne comprenaient pas ces paroles »
Écoutez ce que demande le Seigneur : « Si vous ignorez en moi la divinité, reconnaissez au moins mon humanité. Voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n'aimez pas ce qui est à vous ?... Mais peut-être que l'énormité de ma Passion, dont vous êtes cause, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleurs, mais d'un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas des gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L'écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras comme un refuge, il n'augmente pas mon supplice. Mon sang n'est pas perdu pour moi, mais gardé pour votre rançon (Mc 10,45).
« Venez donc, retournez à moi et reconnaissez votre Père en voyant qu'il vous rend le bien pour le mal, l'amour pour les outrages, et pour de si grandes blessures une si grande charité. »
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]: Sermons Carême 1981, n°3 (trad. Au commencement, Fayard 1986, p. 64)
« Le fils de l'homme va être livré aux mains des hommes »
Quand les soldats romains eurent flagellé Jésus, couronné d'épines et revêtu d'un manteau de dérision, ils l'ont ramené à Pilate. Ce militaire au cœur dur a été apparemment bouleversé à la vue de cet homme détruit, brisé. Il l'a présenté à la foule, l'invitant à la pitié, en déclarant : « Idou ho anthropos ; Ecce homo » que nous traduisons habituellement par « Voici l'homme ! » (Jn 19, 5) Mais cela veut dire plus exactement en grec : « Voyez, ceci est l'homme ! » Dans la bouche de Pilate, ces mots étaient ceux d'un cynique qui voulait dire : « Nous nous glorifions d'être des hommes, mais maintenant, regardez donc, le voilà, ce ver de terre, c'est l'homme ! Qu'il est méprisable, qu'il est petit ! » Dans ces mots cyniques, l'évangéliste Jean a tout de même reconnu des paroles prophétiques qu'il a transmises à la chrétienté.
Oui, Pilate a raison quand il dit : « Voyez, ceci est l'homme ! » En lui, en Jésus Christ, nous pouvons lire ce qu'est l'homme, le projet de Dieu, et quel traitement nous lui réservons. En Jésus déchiré, nous pouvons voir combien l'homme peut être cruel, petit et mesquin. En lui, nous pouvons lire l'histoire de la haine de l'homme et celle du péché. Mais en lui, en son amour qui souffre pour nous, nous pouvons voir encore davantage la réponse de Dieu : Oui, ceci est l'homme, que Dieu a aimé jusqu'à la poussière, que Dieu a aimé au point de le suivre jusqu'à l'ultime souffrance de la mort. Jusque dans le dernier abaissement, il reste l'appelé de Dieu, le frère de Jésus Christ, appelé à prendre part à l'amour éternel de Dieu.
La question « Qu'est-ce que l'homme ? » trouve sa réponse dans l'imitation de Jésus Christ. En mettant nos pas dans les siens, nous pouvons apprendre jour après jour ce qu'est l'homme, dans la patience de l'amour et de la souffrance avec Jésus Christ, et devenir ainsi des hommes. Ainsi, nous voulons lever les yeux vers celui que Pilate, que l'Église nous présente. L'homme, c'est Lui. Prions-le afin qu'il nous apprenne à devenir véritablement des hommes, à être des hommes.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie sur l'humilité, 5-6 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 232 rev.)
« Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes »
« Qui s'élève sera humilié, et qui s'abaisse sera élevé » (Mt 23,12)... Imitons le Seigneur qui est descendu du ciel jusqu'au dernier abaissement, et qui, en retour, a été élevé du dernier rang jusqu'à la hauteur qui lui convenait. Découvrons tout ce que nous enseigne le Seigneur pour nous conduire à l'humilité.
Petit bébé, le voici déjà dans une grotte, couché non dans un berceau, mais dans une mangeoire. Dans la maison d'un artisan et d'une mère sans ressources, il est soumis à sa mère et à son époux. Se laissant enseigner, écoutant ceux dont il n'avait nul besoin, il interrogeait, mais pourtant de telle sorte que par ses interrogations, on s'étonnait de sa sagesse. Il se soumet à Jean, et le Maître reçoit de son serviteur le baptême. Jamais il n'a résisté à ceux qui se dressaient contre lui, et n'a pas fait preuve de sa puissance invincible pour se libérer des mains qui l'enchaînaient, mais il s'est laissé faire, comme impuissant, et dans la mesure où il l'a jugé bon, il a donné prise sur lui à un pouvoir éphémère. Il a comparu devant le grand prêtre en qualité d'accusé ; conduit devant le gouverneur, il s'est soumis à son jugement, et alors qu'il pouvait répondre aux calomniateurs, il a subi en silence leurs calomnies. Couvert de crachats par des esclaves et des servants indignes, il a été enfin livré à la mort, à une mort infamante aux yeux des hommes. Voilà comment s'est déroulé sa vie d'homme depuis sa naissance jusqu'à sa fin. Mais après un tel abaissement, il a fait éclater sa gloire... Imitons-le pour arriver, nous aussi, à la gloire éternelle.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire sur l'épître aux Galates, 6 (trad in Mennessier, Saint Thomas d'Aquin, Cerf 1965 ; cf. Orval)
Notre titre de gloire : le Fils de l'homme livré aux mains des hommes
« Pour moi, dit saint Paul, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ. » (Ga 6,14) Vois, note saint Augustin, là où le sage selon le monde a cru trouver la honte, l'apôtre Paul découvre un trésor ; ce qui à l'autre est apparu comme une folie est devenu pour lui sagesse (1Co 1,17s) et titre de gloire.
Chacun en effet tire gloire de ce qui le fait grand à ses yeux. S'il se croit un grand homme parce qu'il est riche, il se glorifie de ses biens. Celui qui ne voit de grandeur pour lui qu'en Jésus Christ met sa gloire en Jésus seul ; tel était l'apôtre Paul : « Si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi », disait-il (Ga 2,20). C'est pourquoi il ne se glorifie que dans le Christ, et avant tout dans la croix du Christ. C'est qu'en elle sont rassemblés tous les motifs qu'on peut en avoir.
Il est des gens qui se font gloire de l'amitié des grands et des puissants ; Paul n'a besoin que de la croix du Christ, pour y découvrir le signe le plus évident de l'amitié de Dieu. « La preuve que Dieu nous aime c'est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » (Rm 5,8) Non, il n'est rien qui manifeste davantage l'amour de Dieu pour nous que la mort du Christ. « Oh, témoignage inestimable de l'amour ! s'écrie saint Grégoire. Pour racheter l'esclave, tu as livré le Fils. »
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire sur l'épître aux Galates, ch. 6 (trad. Mennessier / Orval rev.)
Le Fils de l'homme tire sa gloire de sa croix
Certains tirent gloire de leur savoir ; mais l'apôtre Paul trouve la connaissance suprême dans la croix. « Non, dit-il, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1Co 2,2). La croix n'est-elle pas l'accomplissement de toute la loi, et tout l'art de bien vivre ? À ceux qui se glorifient de leur puissance, Paul peut répondre qu'il tient de la croix une puissance sans égale : « Le langage de la croix est en effet folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu » (1Co 1,18). Tirez-vous gloire de la liberté que vous avez acquise ? C'est de la croix que Paul tient la sienne : « L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui, afin que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 6,6).
D'autres personnes encore tirent leur gloire d'être élus membres de quelque groupe illustre ; mais nous par la croix du Christ nous sommes conviés à l'assemblée des cieux. « Réconciliant tous les êtres, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1,20). Certains se glorifient enfin des insignes du triomphe accordés aux victorieux ; la croix est l'étendard triomphal de la victoire du Christ sur les démons : « Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans son cortège triomphal » (Col 2,15)...
De quoi l'apôtre Paul veut-il se glorifier avant tout ? De ce qui peut l'unir au Christ ; ce qu'il désire, c'est être avec le Christ.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Traité des principes, II, §6,2 ; PG 11, 210-211 (trad. Orval)
« Ces paroles restaient voilées pour eux »
Parmi toutes les grandes choses et les merveilles que l'on peut dire du Christ, il en est une qui dépasse absolument l'admiration dont est capable l'esprit humain, et la fragilité de notre intelligence mortelle ne sait pas comment la comprendre ou l'imaginer. C'est que la toute-puissance de la majesté divine, la Parole même du Père, la propre Sagesse de Dieu, en laquelle toutes choses ont été créées -- ce qui est visible comme ce qui est invisible (Jn 1,3 ; Col 1,16) -- s'est laissé enfermer dans les limites de cet homme qui s'est manifesté en Judée. Tel est l'objet de notre foi : et il y a plus encore. Nous croyons que la Sagesse de Dieu est entrée dans le sein d'une femme, qu'elle est née dans les vagissements et les pleurs communs à tous les nourrissons. Et nous avons appris qu'après cela le Christ a connu le trouble devant la mort au point de s'écrier : « Mon âme est triste à en mourir » (Mt 26,38), et qu'enfin il a été traîné à une mort honteuse entre toutes parmi les hommes, même si nous savons qu'il est ressuscité le troisième jour...
En vérité, faire entendre de telles choses à des oreilles humaines, essayer de les exprimer par des mots, dépasse le langage des hommes...et probablement celui des anges.

suivant