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TEMPS ORDINAIRE XXVI - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
abbesse bénédictine et docteur de l'Église
Le Scivias, les chemins de Dieu, chap. 4 (in “Hildegarde de Bingen, Prophète et docteur pour le troisième millénaire”; trad. P. Dumoulin; Éditions des béatitudes, 2012; p. 119; rev.)
Avancer sans hésitation, dans la joie de l’Esprit Saint !
Il faut que l’homme accomplisse les œuvres de justice dans la joie de l’Esprit Saint, sans marquer son hésitation dans un murmure pervers.
Il n’a donc pas à dire qu’il lui manque soit la première racine placée d’abord dans l’homme par un don de Dieu – le discernement de ce qui est bon –, soit la grâce de l’Esprit Saint qui touche cette même racine par ses conseils – le feu de la grâce qui motive la volonté. S’il agit avec une détermination joyeuse, il ne doit pas être dans l’angoisse à cause de ce qu’il a fait autrefois, poussé par un élan répréhensible comme s’il avait eu quelque chose de plus faible en sa racine intérieure. Et, s’il chute, une fois tombé dans la nécessité, il ne murmurera pas en disant en lui-même : « Hélas, hélas, qu’ai-je fait pour avoir été incapable de voir d’avance mes œuvres en Dieu ? »
Qu’il s’avance plutôt résolument sans porter le poids de son infidélité passée, de façon à ne pas se défier de Dieu dans ses actions, mais à être mis en sécurité, sans plainte larmoyante sur sa mauvaise action passée.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Exercices IV, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 127, 131, 139-141 ; rev.)
« Je te suivrai partout où tu iras. » (Mt 8,19)
Toi, la joie débordante de mon esprit, toi, la louange de mon cœur et de ma bouche, mon Jésus : je te suivrai partout où tu iras. Quand tu auras revendiqué pour toi mon cœur et que tu l’auras possédé en propre, jamais au monde tu ne pourras m’être enlevé. (...)
« Voilà la race de ceux qui cherchent le Seigneur, qui cherchent la face du Dieu de Jacob. » (Ps 23,6). (...) Fais-moi, doux Jésus, inscrire et compter dans la race de ceux qui te connaissent, Dieu d’Israël ; dans la race de ceux qui cherchent ta face, Dieu de Jacob ; dans la race de ceux qui t’aiment, Dieu des armées. De grâce, fais que, les mains innocentes et le cœur pur, je reçoive bénédiction et miséricorde, de toi, ô Dieu de mon salut. (...)
Agneau de Dieu, en cette voie où je marche, tiens ma main droite, de peur que je ne défaille. Agneau de Dieu, ce que j’ai commencé en ton Nom, fais que fidèlement je l’accomplisse moyennant ton secours. Agneau de Dieu, que mes péchés ne me soient pas un obstacle, mais qu’en toutes ces demandes, ta miséricorde me fasse progresser. Ô Christ, écoute-moi ; et à l’heure de ma mort, réjouis-moi dans ton salut.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Jésus mon bien-aimé, rappelle-toi ! » ; str. 1, 6-8
« Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête »
Rappelle-toi de la gloire du Père
Rappelle-toi des divines splendeurs
Que tu quittas t'exilant sur la terre
Pour racheter tous les pauvres pécheurs
Ô Jésus ! t'abaissant vers la Vierge Marie
Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie
Ah ! du sein maternel
Qui fut ton second Ciel
Rappelle-toi…
Rappelle-toi que sur d'autres rivages
Les astres d'or et la lune d'argent
Que je contemple en l'azur sans nuages
Ont réjoui, charmé tes yeux d'Enfant.
De ta petite main qui caressait Marie
Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.
Et tu pensais à moi,
Jésus, mon petit Roi
Rappelle-toi.
Rappelle-toi que dans la solitude
Tu travaillais de tes divines mains
Vivre oublié fut ta plus douce étude
Tu rejetas le savoir des humains
Ô Toi ! qui d'un seul mot pouvais charmer le monde
Tu te plus à cacher ta sagesse profonde.
Tu parus ignorant,
Ô Seigneur Tout-Puissant !
Rappelle-toi.
Rappelle-toi qu'étranger sur la terre,
Tu fus errant, toi le Verbe Éternel,
Tu n'avais rien ; non, pas même une pierre
Pas un abri, comme l'oiseau du ciel.
Ô Jésus ! viens en moi, viens reposer ta Tête,
Viens, à te recevoir mon âme est toute prête
Mon Bien-Aimé Sauveur
Repose dans mon cœur
Il est à Toi.
ou
Un compagnon de saint François d'Assise (13ème siècle)
Sacrum commercium, 22 (trad. Vorreux, Documents, p. 1289 rev. ; cf AELF)
« Le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête »
Ô Dame Pauvreté, le fils du Père souverain « est devenu amoureux de ta beauté » (Sg 8,2)..., sachant que tu serais sa plus fidèle compagne. Avant qu'il ne descende de sa patrie lumineuse, c'est toi qui lui as préparé un endroit convenable, un trône où s'asseoir, un lit où se reposer : la Vierge très pauvre, de qui il est né. Dès sa naissance tu as été à son chevet ; on l'a déposé « dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place à l'hôtellerie » (Lc 2,7). Et tu l'as accompagné toujours, tant qu'il était sur terre : « Les renards avaient leurs tanières, les oiseaux leurs nids, mais lui n'a pas eu de lieu où reposer sa tête ». Quand il s'est mis à enseigner lui-même, après avoir laissé les prophètes parler en son nom, c'est de toi la première qu'il a fait la louange : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ! » (Mt 5,3)
Puis, lorsqu'il s'est choisi quelques amis comme ses témoins pour le salut de l'humanité, il n'a pas appelé de riches commerçants, mais des pêcheurs modestes, afin de montrer à tous combien l'estime qu'il te portait à toi, Dame Pauvreté, devait engendrer de l'amour pour toi. Finalement, comme s'il fallait une preuve éclatante et définitive de ta valeur, de ta noblesse, de ton courage, de ta prééminence sur les autres vertus, tu as été la seule à rester attachée au Roi de gloire alors que les amis qu'il s'était choisis l'avaient abandonné.
Toi sa fidèle compagne, sa tendre amante, tu ne l'as pas quitté un instant ; tu t'es attachée même d'autant plus à lui que tu le voyais davantage et plus universellement méprisé... Toi seule, tu le consolais. Tu ne l'as pas quitté « jusqu'à la mort, à la mort sur une croix » (Ph 2,8), nu, les bras étendus, mains et pieds cloués..., si bien qu'il ne lui restait plus rien à montrer de sa gloire que toi.
ou
Saint Léon le Grand (? - vers 461), pape et docteur de l'Église, Sermon 71, pour le résurrection de Seigneur ; PL 54, 388 (trad. Année en fêtes, Migne 2000, p.363 rev. ; cf Orval)
« Celui qui regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu »
Mes très chers, Paul, l'apôtre des païens, ne contredit pas notre foi lorsqu'il dit : « Même si nous avons connu le Christ selon la chair nous ne le connaissons plus ainsi à présent » (2Co 5, 16). La résurrection du Seigneur n'a pas mis fin à sa chair, elle l'a transformée. Le surcroît de sa puissance n'a pas détruit sa substance ; la qualité a changé ; la nature n'a pas été anéantie. On avait cloué ce corps en croix : il est devenu inaccessible à la souffrance. On l'avait mis à mort : il est devenu éternel. On l'avait meurtri : il est de venu incorruptible. Et l'on peut bien dire en effet que la chair du Christ n'est plus celle que l'on avait connue ; car il n'y a plus trace en elle de souffrance ou de faiblesse. Elle reste la même en son essence, mais elle n'est plus la même sous le rapport de la gloire. Pourquoi s'étonner d'ailleurs que saint Paul s'exprime ainsi à propos du corps de Jésus Christ lorsque, parlant de tous les chrétiens qui vivent selon l'esprit, il dit : « Nous ne connaissons plus désormais personne selon la chair ».
Il veut dire par là que notre résurrection a commencé en Jésus Christ. En lui, qui est mort pour tous, toute notre espérance a pris corps. Point de doute en nous ni de réticence, point d'attente déçue : les promesses ont commencé à s'accomplir et nous voyons déjà, avec les yeux de la foi, les grâces dont elles nous combleront demain. Notre nature a été élevée ; alors, dans la joie, nous possédons déjà l'objet de notre foi...
Que le peuple de Dieu prenne donc conscience qu'il est « une création nouvelle dans le Christ » (2Co 5, 17). Qu'il comprenne bien qui l'a choisi, et qui il a lui-même choisi. Que l'être renouvelé ne retourne pas à l'instabilité de son ancien état. Que « celui qui a mis la main à la charrue » ne cesse de travailler, qu'il veille au grain qu'il a semé, qu'il ne se retourne pas vers ce qu'il a abandonné... Telle est la voie du salut ; telle est la manière d'imiter la résurrection commencée dans le Christ.
ou
Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites
Exercices spirituels, 2e semaine, 12e jour (trad. DDB 1986, p. 103)
« Suis-moi »
Les trois sortes d'humilité : La première sorte d'humilité est nécessaire au salut éternel. Elle consiste à m'abaisser et m'humilier autant que cela m'est possible pour que j'obéisse en tout à la Loi de Dieu notre Seigneur. De la sorte, même si on faisait de moi le maître de toutes les choses créées en ce monde ou s'il y allait de ma propre vie temporelle, je n'envisagerais pas de transgresser un commandement, soit divin soit humain...
La deuxième sorte d'humilité est une humilité plus parfaite que la première. Elle consiste en ceci : je me trouve à un point tel que je ne veux ni ne m'incline davantage à avoir la richesse plutôt que la pauvreté, à vouloir l'honneur plutôt que le déshonneur, à désirer une vie longue plutôt qu'une vie courte, étant égal le service de Dieu notre Seigneur et le salut de mon âme...
La troisième sorte d'humilité est l'humilité la plus parfaite : c'est quand, tout en incluant la première et la deuxième, la louange et la gloire de sa divine majesté étant égales, pour imiter le Christ notre Seigneur et lui ressembler plus effectivement je veux et je choisis davantage la pauvreté avec le Christ pauvre que la richesse, les opprobres avec le Christ couvert d'opprobres que les honneurs ; et que je désire davantage être tenu pour insensé et fou pour le Christ qui, le premier, a été tenu pour tel, plutôt que « sage et prudent » dans ce monde (Mt 11,25).
ou
Saint Athanase (295-373), évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Vie de saint Antoine, 19-20 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 184)
Suivre le Christ sur la voie droite
Un jour, tous les moines sont venus voir Antoine et l'ont prié de leur adresser la parole. Il leur dit : ... Nous voilà commencés, nous nous sommes engagés sur la route de la vertu. Maintenant marchons toujours en avant afin d'atteindre le but (Ph 3,14). Que personne ne regarde en arrière comme la femme de Lot (Gn 19,26), car le Seigneur a dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est inapte au Royaume des cieux ». Regarder en arrière n'est rien d'autre que changer son propos et reprendre goût aux choses de ce monde-ci. Ne craignez pas quand vous entendez parler de vertu et ne vous étonnez pas de ce mot. Car la vertu n'est pas loin de nous : elle ne prend pas naissance hors de nous ; c'est notre affaire à nous, et la chose est simple pourvu que nous le voulions.
Les païens quittent leur pays et traversent la mer pour étudier les lettres. Nous, nous n'avons pas besoin de quitter notre pays pour aller au Royaume des cieux, ni de passer la mer pour acquérir la vertu. Car le Seigneur a dit : « Le Royaume des cieux est au-dedans de vous » (Lc 17,21). La vertu n'a donc besoin que de notre vouloir, puisqu'elle est en nous et prend naissance de nous. Si l'âme conserve sa partie intelligente conforme à sa nature, la vertu prend naissance. L'âme est dans son état naturel quand elle demeure comme elle a été faite ; elle a été faite très belle et très droite. C'est pourquoi Josué, fils de Noun, disait au peuple en l'exhortant : « Rendez droit votre cœur devant le Seigneur, le Dieu d'Israël » (Jos 24,23). Et Jean Baptiste : « Rendez droits vos chemins » (Mt 3,3). Être droite, pour l'âme, c'est garder son intelligence, comme elle a été créée. Au contraire, quand elle dévie et se détourne de son état naturel, alors on parle de vice de l'âme. La chose n'est donc pas difficile... Si nous devions chercher la chose au dehors, ce serait vraiment difficile, mais puisqu'elle est en nous, gardons-nous des pensées impures et conservons notre âme pour le Seigneur, comme si nous avions reçu un dépôt, afin qu'il reconnaisse son œuvre, trouvant notre âme telle qu'il l'a faite.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettre du 22/10/1552 (trad.Cerf 1996, p.160)
« Je te suivrai partout où tu iras » : un grand missionnaire devant les dangers
De nombreux décrets interdisent d'entrer en Chine... Mais en dehors des périls de la prison et de la maltraitance, il en existe d'autres, bien plus grands, qui passent inaperçus pour les gens du pays... En premier lieu, la perte de l'espoir et de la confiance en Dieu, quand c'est pour son amour et son service que nous allons faire connaître sa Loi et Jésus Christ son Fils, notre Rédempteur et Seigneur, comme il le sait bien. Puisque, par sa sainte miséricorde, il nous a communiqué ces désirs, manquer maintenant de confiance en sa miséricorde et son pouvoir, vu les périls que nous pouvons courir pour son service, est un péril incomparablement supérieur aux maux que peuvent nous causer tous les ennemis de Dieu. Si cela importe à son plus grand service, Dieu nous gardera de tous les périls de cette vie... C'est pourquoi, nous avons pour sécurité la parole du Seigneur : « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra, et celui qui la perdra pour Dieu la trouvera » (Jn 12,25). Et cette autre, semblable : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au Royaume de Dieu ».
Pour nous, considérant ces périls de l'âme, très supérieurs à ceux du corps, nous trouvons plus sûr et plus certain d'affronter les périls corporels... Ainsi, de quelque manière que ce soit, nous sommes déterminés à aller en Chine.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Meditations and Devotions, Part III, 2,2 « Our Lord refuses sympathy »
« Je te suivrai »
Jésus a renoncé d'abord à Marie et à Joseph, ainsi qu'à ses amis secrets dont il avait la sympathie ; quand le temps est arrivé, il a dû y renoncer... Demeurons quelques instants près de Marie, avant de suivre la marche de son Fils, notre Seigneur. Il est arrivé à Jésus de refuser à quelqu'un qui voulait le suivre la permission de prendre congé des siens. Et telle a été, à ce qu'il semble, sa manière d'agir avec sa mère...
Ô Marie, nous pensons à ta...douleur de mère : celle-ci, causée par le départ de ton fils, n'est-elle pas l'une des plus grandes ?... Comment as-tu supporté cette première séparation et passé ces premiers jours, loin de lui ?... Comment as-tu pu vivre les trois longues années de son ministère ? Une fois, vers le début, tu as essayé de l'approcher (Mc 3,31) ; après on n'entend plus parler de toi avant de te trouver debout au pied de sa croix.


TEMPS ORDINAIRE XXVI - Ferie V
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
Spiritualité du vélo (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 80-81; rev.)
« Allez ! Voici que je vous envoie » (Lc 10, 3)
« Allez… » nous dites-vous à tous les tournants de l’Évangile.
Pour être dans votre sens, il faut aller,
même quand notre paresse nous supplie de demeurer.
Vous nous avez choisis pour être dans un équilibre étrange.
Un équilibre qui ne peut s’établir et tenir
que dans un mouvement
que dans un élan.
Un peu comme un vélo qui ne tient pas debout sans rouler,
un vélo qui reste penché contre un mur
tant qu’on ne l’a pas enfourché,
pour le faire filer bon train sur la route.
La condition qui nous est donnée c’est une insécurité universelle,
vertigineuse.
Dès que nous nous prenons à la regarder,
notre vie penche, se dérobe.
Nous ne pouvons tenir debout que pour marcher, que pour foncer,
dans un élan de charité. (…)
Vous vous refusez à nous fournir une carte routière.
Notre cheminement se fait la nuit.
Chaque acte à faire à tour de rôle s’illumine
comme des relais de signaux.
Souvent la seule chose garantie c’est cette fatigue régulière
du même travail chaque jour à faire,
du même ménage à recommencer,
des mêmes défauts à corriger,
des mêmes bêtises à ne pas faire.
Mais en dehors de cette garantie,
tout le reste est laissé à votre fantaisie
qui s’en donne à l’aise avec nous.
ou
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L’Opus Dei, moyen d’union à Dieu (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 434 ; rev.)
« Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Lc 10,2)
Le Christ laisse à accomplir par son Épouse, dans la suite des temps, une partie de la prière qu’il a récitée au moment d’offrir son sacrifice. Bien que cette prière soit d’une efficacité infinie, Notre-Seigneur veut que nous y unissions la nôtre. Un jour notre divin Sauveur considérant, de son regard divin, la multitude des âmes à racheter, disait à ses apôtres qu’il allait envoyer prêcher l’Évangile : « Priez le Maître de la moisson d’y envoyer des ouvriers » (Lc 10,2). Les apôtres auraient pu répondre : « Seigneur, pourquoi nous dites-vous de prier ? Votre prière ne suffit-elle pas ? » Non, elle ne suffit pas : « Priez » vous aussi. Le Christ Jésus veut avoir besoin de nos prières comme de celles de ses apôtres. (…)
Pensons, aux instants où nous nous recueillons, que (...) du fond du tabernacle, le Christ va nous dire : « Prêtez-moi vos lèvres et vos cœurs pour que je puisse prolonger ma prière ici-bas pendant que là-haut j’offre mes mérites au Père. La prière d’abord : les ouvriers ne viendront qu’ensuite et leur œuvre ne sera féconde que dans la mesure où mon Père, attentif à votre prière qui est la mienne, fera descendre sur terre la rosée céleste de sa grâce ». (…)
Au souvenir du sacrifice qui a racheté le monde entier, se sentant puissante de la puissance même du Sauveur, l’Église, de son regard de mère, parcourt les séries diverses des âmes qui ont besoin du secours d’en haut et offre pour chacune d’elles de spéciales supplications. Imitons cet exemple de notre mère et présentons-nous devant Dieu avec confiance, car à ce moment, nous sommes « la bouche de toute l’Église ».
ou
Saint Pie X
pape de 1903 à 1914
Encyclique « E supremi apostolatus »
Envoyés par le Christ vers le monde entier
« Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, le Christ Jésus » (1Co 3,11). C'est lui seul « que le Père a consacré et envoyé dans ce monde » (Jn 10,36), « splendeur du Père et expression parfaite de son être » (He 1,3), vrai Dieu et vrai homme, sans qui personne ne peut connaître Dieu comme il faut, car « personne n'a connu le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler » (Mt 11,27). D'où il suit que « tout restaurer dans le Christ » (Ep 1,10) et ramener les hommes à l'obéissance à Dieu sont une seule et même chose. Et c'est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c'est de ramener le genre humain à la souveraineté du Christ. Cela fait, l'homme se trouvera, par là même, amené à Dieu : non pas un Dieu inerte et insoucieux des réalités humaines, comme certains philosophes l'ont imaginé, mais un Dieu vivant et vrai, en trois personnes dans l'unité de leur nature, créateur du monde, étendant à toute chose sa providence infinie, juste donateur de la Loi qui jugera l'injustice et assurera à la vertu sa récompense.
Or, où est la voie qui nous donne accès auprès de Jésus Christ ? Elle est sous nos yeux : c'est l'Église. Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison : « L'Église est ton espérance, l'Église est ton salut, l'Église est ton refuge. » C'est pour cela que le Christ l'a établie, après l'avoir acquise au prix de son sang. C'est pour cela qu'il lui a confié sa doctrine et les préceptes de sa Loi, lui prodiguant en même temps les trésors de sa grâce pour la sanctification et le salut des hommes. Vous voyez donc, vénérables frères, quelle œuvre nous est confiée... : ne viser rien d'autre que former en tous Jésus Christ... C'est la même mission que Paul attestait avoir reçue : « Mes petits enfants, je vous enfante à nouveau jusqu'à ce que le Christ ait pris forme en vous » (Ga 4,19). Or, comment accomplir un tel devoir sans être d'abord « revêtus du Christ » ? (Ga 3,27) Et revêtus jusqu'à pouvoir dire : « Pour moi, le Christ est ma vie » (Ph 1,21).
ou
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Message pour la Journée mondiale des missions 2006 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
La charité, âme de la mission
La mission, si elle n'est pas guidée par la charité, si elle ne jaillit pas d'un profond acte d'amour divin, risque de se réduire à une simple activité philanthropique et sociale. L'amour que Dieu nourrit pour chaque personne constitue en effet le cœur de l'expérience et de l'annonce de l'Évangile, et tous ceux qui l'accueillent en deviennent à leur tour des témoins. L'amour de Dieu qui donne vie au monde est l'amour qui nous a été donné en Jésus, Parole de salut, icône parfaite de la miséricorde du Père céleste.
Le message salvifique pourrait bien être résumé par les paroles de l'évangéliste Jean : « En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1Jn 4,9). Le mandat de diffuser l'annonce de cet amour a été confié par Jésus aux apôtres après sa résurrection, et les apôtres, transformés intérieurement le jour de la Pentecôte par la puissance de l'Esprit Saint, ont commencé à rendre témoignage au Seigneur mort et ressuscité. Depuis, l'Église poursuit cette même mission, qui constitue pour tous les croyants un engagement permanent auquel il est impossible de renoncer.
ou
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Message pour la journée mondiale de prière pour les vocations, 07/05/2006 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Priez le maître de la moisson »
En nous souvenant de la recommandation de Jésus : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson », nous éprouvons grandement le besoin de prier pour les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. Il n'est pas surprenant que, là où l’on prie avec ferveur, les vocations fleurissent. La sainteté de l'Église dépend essentiellement de l'union avec le Christ et de l'ouverture au mystère de la grâce, qui agit dans le cœur des croyants. C’est pourquoi, je voudrais inviter tous les fidèles à cultiver une relation intime avec le Christ, Maître et Pasteur de son peuple, en imitant Marie, qui gardait dans son cœur les divins mystères et les méditait assidûment (Lc 2,19). Avec elle, qui tient une place centrale dans le mystère de l'Église, nous prions :
Père, fais se lever parmi les chrétiens
de nombreuses et saintes vocations au sacerdoce,
qui maintiennent la foi vivante
et gardent une mémoire pleine de gratitude de ton Fils Jésus,
par la prédication de sa parole
et l'administration des sacrements,
par lesquels tu renouvelles continuellement tes fidèles.
Donne-nous de saints ministres de ton autel,
qui soient des gardiens attentifs et fervents de l'eucharistie,
sacrement du don suprême du Christ pour la rédemption du monde.
Appelle des ministres de ta miséricorde,
qui dispensent la joie de ton pardon
par le sacrement de la réconciliation.
Père, fais que l'Église accueille avec joie
les nombreuses inspirations de l'Esprit de ton Fils
et, qu'en étant docile à ses enseignements,
elle prenne soin des vocations au ministère sacerdotal
et à la vie consacrée.
Soutiens les évêques, les prêtres, les diacres,
les personnes consacrées et tous les baptisés dans le Christ,
afin qu'ils accomplissent fidèlement leur mission
au service de l'Évangile.
Nous te le demandons par le Christ notre Seigneur. Amen.
Marie, Reine des apôtres, prie pour nous !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église, Sermon 101 ; PL 38, 605s (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 73 et Delhougne p. 417)
Le maître de la moisson
L'Évangile qui vient d’être lu nous invite à chercher quelle est cette moisson dont le Seigneur nous dit : « La moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson ». C’est alors qu'il a envoyé, en plus des douze disciples qu'il a appelé apôtres (« envoyés »), soixante-douze autres personnes. Tous, comme on le voit d'après ses propres paroles, il les a envoyés travailler à une moisson déjà préparée. À quelle moisson ? Ils n'allaient pas moissonner chez les païens, où rien n'avait été semé. Il faut donc penser que la moisson avait lieu au milieu des juifs ; c'est pour moissonner là qu'est venu le maître de la moisson. Aux autres peuples il envoie non des moissonneurs, mais des semeurs. Chez les juifs, donc, la moisson ; ailleurs les semailles. Et c'est bien en moissonnant chez les juifs qu'il a choisi les apôtres ; c’était le temps de la moisson, elle était mûre, car les prophètes avaient semé parmi eux...
Le Seigneur n'a-t-il pas déclaré à ses disciples : « Vous dites que l'été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). Il a dit encore : « D'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux » (v. 38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine ; ils ont peiné pour semer le grain. À son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre, et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l'Évangile.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 7, 44.59 (trad. SC 52, p. 23-28)
« Comme des agneaux au milieu des loups »
En envoyant des disciples à sa moisson, qui avait bien été semée par le Verbe du Père, mais qui demandait à être travaillée, cultivée, soignée avec sollicitude pour que les oiseaux ne pillent pas la semence, Jésus leur dit : « Voici que je vous envoie, comme des agneaux parmi les loups ». Voilà des animaux ennemis, mais le bon pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau ; ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce. La sollicitude du bon pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre les agneaux. Il les envoie donc pour que se réalise cette prophétie d’Isaïe : « Ce jour-là, loups et agneaux iront paître ensemble dans le même pâturage » (Is 65,25)...
D'ailleurs, les disciples envoyés ont reçu l'ordre de n'avoir pas de bâton à la main. Qu'est ce que le bâton, sinon l'insigne du pouvoir, l'instrument qui venge la douleur ? Donc ce que le Seigneur humble a prescrit, ses disciples l'accomplissent par la pratique de l'humilité. Car il les envoie semer la foi non par la contrainte, mais par l'enseignement ; non pas en déployant la force de leur pouvoir, mais en exaltant la doctrine de l'humilité. Et il a jugé bon de joindre ici l'humilité à la patience, car Pierre témoigne : « Insulté, le Christ ne rendait pas l'insulte ; frappé, il n'a pas rendu les coups » (1P 2,23).
Cela revient à dire : « Soyez mes imitateurs, laissez tomber le goût de la vengeance, répondez aux coups de l'arrogance non pas en rendant le mauvais procédé, mais par une patience pleine de bonté. Personne ne doit imiter pour son propre compte ce qu'il reprend chez autrui ; la douceur porte des coups plus rudes aux insolents ». Le Seigneur a répondu à un tel coup en disant : « À celui qui te frappe sur une joue, tends l'autre » (Mt 5,39).
ou
Concile Vatican II
Décret sur l'apostolat des laïcs (Apostolicam Actuositatem, § 2)
Après l'envoi des Douze (Lc 9,2), l'envoi des soixante-douze
L'Église est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le Père ; elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut ; par eux, elle ordonne en vérité le monde entier au Christ. On appelle apostolat toute activité du corps mystique qui tend vers ce but ; l'Église l'exerce par tous ses membres, mais de diverses manières. En effet, la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l'apostolat. Dans l'organisme d'un corps vivant, aucun membre ne se comporte de manière purement passive, mais participe à la vie et à l'activité générale du corps, ainsi dans le corps du Christ qui est l'Église, « tout le corps opère sa croissance selon le rôle de chaque partie » (Ep 4,16). Bien plus, les membres de ce corps sont tellement unis et solidaires qu'un membre qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps doit être réputé inutile à l'Église et à lui-même.
Il y a dans l'Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d'enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l'Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du peuple de Dieu tout entier. Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant à l'évangélisation et à la sanctification des hommes ; il en est de même quand ils s'efforcent de pénétrer l'ordre temporel d'esprit évangélique et travaillent à son progrès de telle manière que, en ce domaine, leur action rende clairement témoignage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de l'état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d'un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien.


TEMPS ORDINAIRE XXVI - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l'Église
Livre XI, SC 212 (Morales sur Job; trad. A. Bocognano; éd. du Cerf, 1974; p. 87; rev.)
« Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! »
« Il multiplie les nations et il les ruinera : quand elles sont renversées, il les restaure intégralement. » (Jb 12,23 Vg) Sans doute peut-on comprendre que le Seigneur multiplie les nations et les ruinera, parce qu’il naît chaque jour des êtres destinés à mourir, et qu’il restaurera intégralement les nations renversées, parce que ressusciteront ceux qui étaient morts.
Toutefois nous entendons mieux ces paroles si nous percevons comment elles s’accomplissent dans l’âme de ces peuples. Le Seigneur multiplie les nations et il les ruinera, parce que, s’il les accroît par la fécondité de leur descendance, il les abandonne aussi dans leur incroyance. Mais, une fois renversées, il les restaurera intégralement, parce que, ces nations qu’il avait abandonnées dans la chute de leur incroyance, il les a ramenées un jour à la stabilité de la foi. Et quand elles ont été restaurées dans leur intégrité spirituelle, le peuple ancien, qui paraissait être fidèle à Dieu, s’est trouvé réprouvé en son cœur et rejeté, au point que, abusé dans l’égarement de sa foi, il s’est alors dressé contre celui qu’il avait d’abord annoncé.
Le texte poursuit : « Ils tâtonneront comme s’ils étaient dans les ténèbres et non dans la lumière ; et il les fera aller à l’aventure comme des hommes ivres. » (Jb 12, 24-25 Vg)
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 49, §23
« Celui qui vous écoute, m'écoute »
Quelqu'un, ayant entendu le verset « Offre à Dieu un sacrifice de louange » (Ps 49,14), s'était dit : « Tous les jours, en me levant, j'irai à l'église, j'y chanterai un hymne du matin ; en fin de journée un hymne du soir ; puis chez moi un troisième et un quatrième hymne. Ainsi, je ferai tous les jours un sacrifice de louange et je l'offrirai à mon Dieu ». C'est bien de faire ainsi, si tu le fais vraiment, mais garde-toi de te rassurer sur ce que tu fais, et crains que, tandis que ta langue parle bien devant Dieu, ta vie ne parle mal devant lui... Prends garde de vivre mal, tout en parlant bien.
Pourquoi cela ? Parce que Dieu dit au pécheur : « Qu'as-tu à réciter mes commandements, à garder mon alliance à la bouche, [toi qui rejettes mes paroles derrière toi] ? » (v. 16-17) Voyez avec quelle crainte nous devons vous parler... Vous, mes frères, vous êtes en sécurité : si vous entendez dire de bonnes choses, c'est Dieu que vous entendez, quelle que soit la bouche qui vous parle. Mais Dieu n'a pas voulu laisser ceux qui parlent sans les reprendre, de peur qu'ils ne s'endorment en sécurité dans une vie de désordre, se disant qu'ils parlent du bien, se disant : « Dieu ne voudra pas nous perdre, nous par qui il a voulu dire de si bonnes choses à son peuple ». Donc, vous qui parlez, qui que vous soyez, écoutez ce que vous dites ; vous qui voulez être écoutés, écoutez-vous, vous les premiers... Puissé-je écouter le premier, puissé-je écouter, écouter mieux que tous « ce que le Seigneur Dieu dit en moi, car il fait entendre des paroles de paix à son peuple » (Ps 84,9).
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et Spes / La Joie et l'espérance », §40, 45 (trad. cf bréviaire 28e sam)
« Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette »
Née de l'amour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ Rédempteur, rassemblée dans l'Esprit Saint, l'Église a une fin salvifique et eschatologique qui ne peut être pleinement atteinte que dans le monde à venir. Mais elle est présente dès maintenant sur cette terre, rassemblée du milieu des hommes ; elle se compose de membres de la cité terrestre qui sont appelés à former, déjà au sein de l'histoire humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître sans cesse jusqu'à la venue du Seigneur… À la fois « assemblée visible et communauté spirituelle » (LG 8), l'Église fait route avec toute l'humanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et pour ainsi dire l’âme de la société humaine destinée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu.
Cette compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste ne peut être perçue que par la foi ; bien plus, elle demeure le mystère de l'histoire humaine, qui est troublée par le péché jusqu'à la pleine révélation de la gloire des enfants de Dieu (Rm 8,18s). L'Église, en poursuivant sa fin propre, le salut, ne fait pas seulement que l'homme communie à la vie divine. Elle répand aussi sa lumière en la faisant rejaillir d’une certaine façon sur le monde entier, surtout du fait qu'elle rétablit et ennoblit la dignité de la personne humaine, qu'elle fortifie la cohésion de la société humaine, et qu'elle donne à l'activité quotidienne des hommes une orientation et une signification plus profondes. Ainsi, par chacun de ses membres et par toute la communauté qu'elle forme, l'Église croit pouvoir contribuer largement à ce que la famille des hommes et son histoire deviennent plus humaines…
L'Église, tandis qu'elle aide le monde et reçoit beaucoup de lui, tend à un seul but : que le Règne de Dieu vienne et que le salut de tout le genre humain s’instaure. Tout le bien que le peuple de Dieu peut communiquer à la famille humaine, au temps de son pèlerinage sur cette terre, découle du fait que l'Église est « le sacrement universel du salut » (LG 48), manifestant et réalisant en même temps le mystère de l'amour de Dieu à l’égard de l'homme.
ou
Concile Vatican II : Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps « Gaudium et Spes », §40, 46 (trad. bréviaire)
« Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette »
Née de l'amour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ Rédempteur, rassemblée dans l'Esprit Saint, l'Église poursuit une fin salvifique et eschatologique qui ne peut être pleinement atteinte que dans le monde à venir. Mais, dès maintenant présente sur cette terre, elle se compose d'hommes, de membres de la cité terrestre, qui ont pour vocation de former, au sein même de l'histoire humaine, la famille des enfants de Dieu, qui doit croître sans cesse jusqu'à la venue du Seigneur… À la fois « assemblée visible et communauté spirituelle » (Lumen Gentium 8), l'Église fait ainsi route avec toute l'humanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu...
La compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste ne peut être perçue que par la foi ; elle demeure même comme le mystère de l'histoire humaine, perturbée par le péché jusqu'à la pleine révélation de la gloire des fils de Dieu. L'Église, en poursuivant sa fin propre, le salut, ne fait pas seulement que l'homme communie à la vie divine ; elle répand aussi sa lumière en la faisant rejaillir en quelque sorte sur le monde entier ; et cela surtout du fait qu'elle guérit et surélève la dignité de la personne humaine, qu'elle fortifie la cohésion de la société, et qu'elle donne à l'activité quotidienne des hommes une orientation et une signification plus profondes. C'est ainsi, l'Église le croit, que, par chacun de ses membres comme par toute la communauté qu'elle constitue, elle peut beaucoup contribuer à humaniser davantage la famille des hommes et son histoire...
L'Église, tandis qu'elle aide le monde et reçoit beaucoup de lui, tend à un seul but : que vienne le règne de Dieu et que s'établisse le salut de l'humanité. Tout le bien que le peuple de Dieu, au temps de son pèlerinage terrestre, peut procurer à la famille humaine, découle de ce fait que l'Église est « le sacrement universel du salut », elle qui manifeste et réalise en même temps le mystère de l'amour de Dieu envers l'homme.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Protreptique, 9  ; PG 8, 195-201 (trad. SC 2, p. 143, cf Orval)
« Écoute, mon peuple... ; je t'adjure, moi ton Dieu » (Ps 49,7)
« Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs comme aux jours dans le désert, où vos pères m'ont mis à l'épreuve... Jamais ils n'entreront dans mon repos » (Ps 94,7-11). La grâce de la promesse de Dieu est abondante, si aujourd'hui nous écoutons sa voix, car cet aujourd'hui s'étend à chaque jour nouveau aussi longtemps qu'on dira « aujourd'hui ». Cet aujourd'hui demeure jusqu'à la fin des temps, ainsi que la possibilité d'apprendre. À ce moment-là le véritable aujourd'hui, le jour sans fin de Dieu, se confondra avec l'éternité. Obéissons donc toujours à la voix du Verbe divin, la Parole de Dieu faite chair, car l'aujourd'hui de toujours est l'image de l'éternité et le jour est le symbole de la lumière ; or le Verbe est pour les hommes la lumière (Jn 1,9) dans laquelle nous voyons Dieu.
Il est donc naturel que la grâce surabonde pour ceux qui ont cru et obéi, mais contre ceux qui ont été incrédules..., qui n'ont pas reconnu les voies du Seigneur..., il est naturel que Dieu soit irrité contre eux et qu'il les menace... Ainsi les Hébreux ont erré dans le désert ; ils ne sont pas entrés dans le lieu du repos à cause de leur incrédulité...
Parce qu'il aime les hommes, le Seigneur les invite tous « à la connaissance de la vérité » (1Tm 2,4), et il leur envoie l'Esprit Saint, le Paraclet... Écoutez donc, vous qui êtes loin et vous qui êtes proches (Ep 2,17). Le Verbe ne se cache de personne. Il est notre lumière commune, il brille pour tous les hommes. Hâtons-nous donc vers le salut, vers la nouvelle naissance. Hâtons-nous de nous réunir nombreux dans un seul troupeau, dans l'unité de l'amour. Et cette multitude de voix..., obéissant à un seul maître, le Verbe, trouvera son repos en la Vérité même et pourra dire « Abba, Père » (Rm 8,15).
ou
Hugues de Saint-Victor ( ?-1141), chanoine régulier, théologien
Traité des sacrements de la foi chrétienne, II, 1-2 ; PL 176, 415 (trad. Orval)
« Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette »
De même que le souffle de l'homme passe par la tête pour descendre vers les membres et les vivifier, ainsi l'Esprit Saint vient aux chrétiens par le Christ. La tête c'est le Christ, les membres ce sont les chrétiens. Il y a une tête et de nombreux membres, un seul corps formé de la tête et des membres, et dans ce seul corps un unique Esprit qui est en plénitude dans la tête et en participation dans les membres. Si donc il n'y a qu'un corps, il n'y a aussi qu'un seul Esprit. Qui n'est pas dans le corps ne peut pas être vivifié par l'Esprit, selon cette parole de l'Écriture : « Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas, n'est pas du Christ » (Rm 8,9). Car celui qui n'a pas l'Esprit du Christ n'est pas membre du Christ.
Rien de ce qui fait partie du corps n'est mort ; rien de ce qui est séparé du corps n'est vivant. C'est par la foi que nous devenons membres ; c'est par l'amour que nous sommes vivifiés. Par la foi nous recevons l'unité ; par la charité nous recevons la vie. Le sacrement du baptême nous unit ; le Corps et le Sang du Christ nous vivifient. Par le baptême, nous devenons membres du corps ; par le Corps du Christ, nous participons à sa vie.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Redemptoris missio », § 38-39 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette »
Notre époque est tout à la fois dramatique et fascinante. Tandis que, d'un côté, les hommes semblent rechercher ardemment la prospérité matérielle et se plonger toujours davantage dans le matérialisme de la consommation, d'un autre côté, on voit surgir une quête angoissante du sens, un besoin d'intériorité, un désir d'apprendre des formes et des méthodes nouvelles de concentration et de prière. Dans les cultures imprégnées de religiosité, mais aussi dans les sociétés sécularisées, on recherche la dimension spirituelle de la vie comme antidote à la déshumanisation… L’Église a un immense patrimoine spirituel à offrir à l'humanité dans le Christ qui se proclame « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6)…
L'Église doit être fidèle au Christ, dont elle est le corps et dont elle poursuit la mission. Il est nécessaire qu'elle « suive la même route que le Christ, la route de la pauvreté, de l'obéissance, du service et de l'immolation de soi jusqu'à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection » (Vatican II, AG 5). L'Église doit donc tout faire pour déployer sa mission dans le monde et atteindre tous les peuples ; elle en a aussi le droit, qui lui a été donné par Dieu pour la mise en œuvre de son plan. La liberté religieuse, parfois encore limitée ou restreinte, est la condition et la garantie de toutes les libertés qui fondent le bien commun des personnes et des peuples. Il faut souhaiter que la véritable liberté religieuse soit accordée à tous en tout lieu… Il s'agit bien d'un droit inaliénable de toute personne humaine.
D'autre part, l'Église s'adresse à l'homme dans le respect entier de sa liberté ; la mission ne restreint pas la liberté, mais elle la favorise. L’Église propose, elle n'impose rien ; elle respecte les personnes et les cultures, et elle s'arrête devant l'autel de la conscience. À ceux qui s'opposent, sous les prétextes les plus variés, à son activité missionnaire, l'Église répète : « Ouvrez les portes au Christ ! »
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Christ hidden from the world », PPS vol. 4, n°16
« Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette »
L'Église est appelée le corps du Christ. Elle est maintenant ce qu'était son corps matériel lorsqu'il était visible sur terre. Elle est l'instrument de sa puissance divine. C'est d'elle que nous devons approcher pour obtenir de lui le bien. Et c'est elle qui, si quelqu'un l'insulte, fait naître sa colère. Mais qu'est-ce que l'Église, à vrai dire, sinon une entité humble qui provoque parfois l'insulte et l'impiété chez les hommes qui ne vivent pas de la foi ? Elle est un « vase d'argile » (2Co 4,7)...
Nous savons que les meilleurs de ses ministres sont imparfaits et faillibles, soumis aux tendances mauvaises comme tous leurs frères. Et pourtant c'est d'eux que le Christ a dit, en ne parlant pas seulement des apôtres mais des soixante-dix disciples (auxquels les ministres chrétiens sont sûrement égaux, quant à leurs charges) : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise méprise Celui qui m'a envoyé ».
En plus, il a fait des pauvres, des faibles et des affligés les témoins et les agents de sa présence. Et là encore, il est naturel que la même tentation nous guette de les négliger et de les traiter avec irrévérence. Ce que le Christ était, ses disciples en ce monde le sont aussi, et de même que sa condition obscure et faible portait les hommes à l'insulter et à le maltraiter, ainsi les mêmes caractéristiques chez les témoins de sa présence portent les hommes à l'insulter maintenant... En tous temps donc, le Christ est en ce monde mais non ostensiblement, pas plus maintenant qu'aux jours de sa vie corporelle.
ou
Sainte Catherine de Gênes (1447-1510), laïque, mystique
Le libre arbitre (trad. Etudes Carmélitaines 1959, p. 110-111/Orval)
Consentir à la conversion
Dieu incite l'homme à se lever du péché, puis avec la lumière de la foi il éclaire l'intelligence, ensuite par un certain goût et une certaine saveur il embrase la volonté. Tout cela, Dieu l'accomplit en un instant, quoique nous l'exprimions en beaucoup de paroles et en y introduisant un intervalle de temps.
Cette œuvre, Dieu la produit plus ou moins dans les hommes, selon le fruit qu'il prévoit. À chacun est donné lumière et grâce afin que, faisant ce qui est en son pouvoir, il puisse se sauver rien qu'en donnant son consentement. Ce consentement se fait de la manière suivante : Quand Dieu a fait son œuvre, il suffit à l'homme de dire : « Je suis content, Seigneur, fais de moi ce qui te plaît, je me décide à ne plus jamais pécher et à laisser là pour ton amour toute chose au monde ».
Ce consentement et ce mouvement de la volonté se font si rapidement que la volonté de l'homme s'unit à celle de Dieu sans que lui-même s'en aperçoive, d'autant plus que cela se fait en silence. L'homme ne voit pas le consentement, mais il lui reste une impression intérieure qui le pousse à donner suite. Dans cette opération, il se trouve si enflammé qu'il reste étourdi et stupéfait, et il ne peut pas se tourner ailleurs. Par cette union spirituelle l'homme est lié à Dieu d'un lien presque indissoluble, parce que Dieu fait presque tout, ayant pris le consentement de l'homme. Si celui-ci se laisse mener, Dieu le règle et le conduit à cette perfection à quoi il le destine.


TEMPS ORDINAIRE XXVI - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)
moine et évêque
Les petits renards (La Colombe et la Ténèbre; trad. Canévet; éd. du Cerf, 1992; p. 68-70; rev.)
« Jésus leur dit : Je vous ai donné pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi »
« Attrapez-nous les petits renards qui ravagent les vignes, car nos vignes sont en fleur » (Ct 2,15). Pouvons-nous pénétrer justement la profondeur de cette pensée ? Quelle merveille de la grandeur divine est ici enfermée, quelle transcendance de la puissance de Dieu nous est révélée dans ce texte !
Celui dont il est parlé avec des expressions si fortes, l’homicide, le puissant en malice (…) le dominateur de la puissance des ténèbres (Ep 6,12), celui qui a la puissance de la mort (He 2,14), (…) celui enfin dont le Verbe nous décrit la nature redoutable, en le montrant si grand et si puissant, chef des légions démoniaques, comment la véritable et l’unique Puissance le nomme-t-elle ? Un petit renardeau. Et toute sa suite, toute l’armée qu’il a à son service, c’est ainsi que les nomme, dans un égal mépris, celui qui encourage les chasseurs à la chasse. (…)
Peut-être peut-on dire que ces chasseurs sont les saints apôtres qu’il a envoyés chasser de telles bêtes et à qui il a dit : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4,19). En effet, ils n’auraient pu mener à bien leur pêche d’hommes et prendre les âmes des sauvés dans le filet de leur message, s’ils n’avaient auparavant chassé ces bêtes, ces petits renards, de leur tanières, je veux dire des cœurs où ils étaient tapis pur y faire une place où le Fils de Dieu puisse reposer la tête, quand la race des renards n’aurait plus de gîte dans les cœurs.(…)
Le Verbe leur dit : Toutes ces puissances de la terre contre lesquelles l’homme mène sa lutte, (…) ne sont que de petits renardeaux, rusés mais pitoyables si on les compare à votre puissance. Si vous les maîtrisez, alors notre vigne, c’est-à-dire la nature humaine, recouvrira sa beauté propre, et elle préludera à la charge des grappes par les fleurs de la vie vertueuse. « Attrapez-nous les petits renards qui ravagent les vignes, car nos vignes sont en fleur ».
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Jésus mon bien-aimé, rappelle-toi ! » ; str. 15, 23, 27-28
« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits »
Rappelle-toi que voyant la campagne
Ton Divin Cœur devançait les moissons (Jn 4,35)
Levant les yeux vers la sainte montagne
De tes élus tu murmurais les noms
Afin que ta moisson soit bientôt recueillie
Chaque jour, ô mon Dieu, je m'immole et je prie
Que mes joies et mes pleurs
Sont pour tes Moissonneurs
Rappelle-toi...
Rappelle-toi qu'abreuvé de souffrance
Un Condamné se tournant vers les Cieux
S'est écrié : « Bientôt, dans ma puissance
« Vous me verrez paraître glorieux » (Mc 14,62)
Qu'il fût le Fils de Dieu, nul ne voulait le croire (Mt 27,40s)
Car elle était cachée, son ineffable gloire.
Ô Prince de la Paix (Is 9,5)
Moi je te reconnais
Je crois en toi !...
Rappelle-toi qu'au jour de ta victoire
Tu nous disais : « Celui qui n'a pas vu
« Le Fils de Dieu tout rayonnant de gloire
« Il est heureux, si quand même il a cru ! » (Jn 20,29)
Dans l'ombre de la Foi, je t'aime et je t'adore
Ô Jésus ! pour te voir, j'attends en paix l'aurore
Que mon désir n'est pas
De te voir ici-bas
Rappelle-toi.
Rappelle-toi que montant vers Le Père
Tu ne pouvais nous laisser orphelins
Et te faisant prisonnier sur la terre
Tu sus voiler tous tes rayons divins
Mais l'ombre de ton voile est lumineuse et pure
Pain Vivant de la foi, Céleste Nourriture (Jn 6,35)
Ô mystère d'amour !
Mon Pain de chaque jour
Jésus, c'est Toi !
ou
Pape François
Homélie du 23/04/2013 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Les soixante-douze disciples que Jésus avaient envoyés revinrent tout joyeux »
« Une foule considérable s'adjoignit au Seigneur. Lorsque Barnabé arriva et qu'il vit la grâce accordée par Dieu, il s'en réjouit » (Ac 11,21.23). C’est la joie propre à l’évangélisateur. Elle est, comme disait le pape Paul VI, « la douce et réconfortante joie d’évangéliser » (Evangelii nuntiandi, n°80). Et cette joie commence par une persécution, par une grande tristesse, mais elle finit avec la joie. Et ainsi l’Église va de l’avant, comme le dit un saint, entre les persécutions du monde et les consolations du Seigneur (Augustin, La Cité de Dieu, 18,51,2). Ainsi est la vie de l’Église. Si nous voulons aller sur la voie de la mondanité, en négociant avec le monde…, nous n’aurons jamais la consolation du Seigneur. Et si nous recherchons seulement la consolation, ce sera une consolation superficielle, pas celle du Seigneur, ce sera une consolation humaine. L’Église avance toujours entre la croix et la résurrection, entre les persécutions et les consolations du Seigneur. Tel est le chemin : celui qui suit cette route ne se trompe pas.
Pensons aujourd’hui à l’action missionnaire de l’Église : ces disciples qui sont sortis d’eux-mêmes pour aller, et aussi ceux qui ont eu le courage d’annoncer Jésus aux Grecs… Pensons à l’Église Mère qui grandit ; elle grandit avec de nouveaux enfants, auxquels elle donne l’identité de la foi, car on ne peut pas croire en Jésus sans l’Église… Et demandons au Seigneur cette liberté d’esprit, cette ferveur apostolique, qui nous pousse à aller de l’avant, comme des frères, tous ensemble : en avant !
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
1ère Règle, § 17 (trad. Desbonnets, Documents, p. 70 rev. )
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange »
Dans l'amour qu'est Dieu, je supplie tous mes frères -- ceux qui prêchent, ceux qui prient, ceux qui travaillent manuellement, clercs et laïcs -- de s'appliquer à l'humilité en tout : de ne pas se glorifier, se réjouir, s'enorgueillir intérieurement des bonnes paroles et bonnes actions, ni même d'aucun bien que Dieu dit, fait ou accomplit parfois en eux ou par eux. Selon la parole du Seigneur, « ne vous réjouissez pas de ce que les esprits mauvais vous sont soumis ». Soyons-en fermement convaincus : nous n'avons à nous que le mal et les péchés... Celui qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier cette chair égoïste ; il s'applique à l'humilité et à la patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'esprit...
Tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu très-haut et souverain : reconnaissons que tout bien lui appartient ; rendons-lui grâce pour tout, puisque c'est de lui que procèdent tous les biens. Lui, le Dieu très-haut et souverain, le seul vrai Dieu, qu'on lui rende, qu'il reçoive tout honneur et respect, toutes louanges et bénédictions, toute reconnaissance et toute gloire : car tout bien est à lui qui seul est bon (Mc 10,18).
Et nous, pour notre part, quand nous voyons ou entendons maudire, bénissons ; faire le mal, faisons le bien ; blasphémer, louons le Seigneur, qui est béni pour les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 1 sur la 1ère lettre aux Thessaloniciens (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 132)
« Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint »
« Vous êtes devenus les imitateurs du divin Maître » dit Paul. Comment cela ? « En recevant la parole au milieu des épreuves, dans la joie de l'Esprit Saint » (1Th 1,6)... L'épreuve affecte la partie matérielle de notre être ; la joie brille dans les hauteurs spirituelles. Je m'explique : les accidents de la vie sont tristes et pénibles, mais les résultats en sont joyeux, l'Esprit le voulant ainsi. Il est donc possible qu'on ne se réjouisse pas quand on souffre, si l'on souffre alors pour ses péchés, mais on se laissera même flageller avec allégresse si c'est pour le Christ (cf Ac 5,41).
C'est là ce que l'apôtre nomme la « joie de l'Esprit » ; on la respire dans ce que la nature repousse avec horreur. On vous a suscité mille peines, dit-il, vous avez subi la persécution, mais l'Esprit ne vous a pas abandonné dans ces épreuves. Comme les trois enfants étaient entourés d'une douce rosée dans la fournaise (Dn 3), vous l'êtes aussi dans l'épreuve. Assurément cela ne dépendait pas de la nature du feu et ne pouvait avoir pour cause que le souffle de l'Esprit. Il n'est pas non plus dans la nature de l'épreuve de vous donner de la joie, et cette joie ne peut venir que d'une souffrance endurée pour le Christ, de la divine rosée de l'Esprit qui transforme en un lieu de repos la fournaise des épreuves. « Avec joie » dit-il, et non avec une joie quelconque, mais avec une joie intarissable ; c'est ce qu'il faut entendre, dès lors que l'Esprit Saint en est l'auteur.
ou
Hermas (2ème siècle), Le Pasteur, 10e précepte (trad. cf SC 53)
« Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint. » « Vous avez reçu en vous la marque de Saint Esprit : ne le contristez pas » (Ep 4, 30)
Quand l'homme indécis échoue dans quelque entreprise, la tristesse envahit son âme, elle afflige le Saint Esprit et le chasse... Eloigne donc de ton cœur la tristesse et n’étouffe pas l'Esprit Saint qui habite en toi (1Th 5, 19), de peur qu'il n'en appelle à Dieu contre toi et ne te quitte. Car l'Esprit de Dieu, qui a été mis dans ta chair, ne supporte ni la tristesse ni la gêne.
Revêts-toi de la gaieté et fais-en tes délices. Voilà ce qui plaît à Dieu ; voilà ce qu’il accueille favorablement. Car tout homme joyeux agit bien, pense bien et foule aux pieds la tristesse. L'homme triste, au contraire, agit toujours mal ; d'abord, il fait le mal en attristant l'Esprit Saint qui a été donné joyeux à l'homme ; ensuite, il commet une impiété en ne priant pas le Seigneur et en ne le louant pas. Car la prière de l'homme triste n'a jamais la force de monter jusqu'à l'autel de Dieu... Comme le vinaigre, mélangé au vin, lui fait perdre sa bonne saveur, de même la tristesse, mêlée au Saint Esprit, affaiblit l'efficacité de la prière. Purifie donc ton cœur de cette tristesse pernicieuse, et tu vivras pour Dieu, ainsi que tous ceux qui auront dépouillé la tristesse et revêtu la joie.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Méditations and Devotions : Part III, 2, 2 « Our Lord refuses sympathy »
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
Le partage profond des sentiments peut être appelé une loi éternelle, car elle est signifiée, ou plutôt accomplie de façon primordiale, dans l'amour mutuel et indicible de la Trinité. Dieu, infiniment un, a toujours été aussi trois. Depuis toujours, il se réjouit dans son Fils et son Esprit, et eux en lui... Quand le Fils a pris chair, il a vécu pendant trente ans avec Marie et Joseph, formant ainsi une image de la Trinité sur la terre...
Mais il convenait que celui qui allait être le véritable Grand Prêtre et exercer ce ministère envers toute la race humaine soit libre des liens des sentiments. Ainsi, autrefois, on avait dit que Melchisédech était sans père et sans mère (He 7,3)... Quitter sa mère, comme il le lui signifie à Cana (Jn 2,4), est donc le premier pas solennel vers l'accomplissement du salut du monde... Jésus a renoncé non seulement à Marie et à Joseph, mais aussi à ses amis secrets. Quand son temps est arrivé, il a dû y renoncer.
Mais nous pouvons supposer qu'il était en communion avec les saints patriarches qui avaient préparé et prophétisé sa venue. Dans une occasion solennelle, on l'a vu s'entretenir toute la nuit avec Moise et Élie au sujet de sa Passion. Quel champ de pensée nous est ainsi ouvert sur la personne de Jésus, dont nous savons si peu de chose ! Quand il passait des nuits entières en prière..., qui pouvait mieux soutenir le Seigneur et lui rendre de la force que la « foule admirable » des prophètes dont il était le modèle et l'accomplissement ? Alors il pouvait s'entretenir avec Abraham « qui avait vu son jour » (Jn 8,56), et avec Moise..., ou avec David et Jérémie, qui l'avaient préfiguré tout particulièrement, ou avec ceux qui avaient le plus parlé de lui, comme Isaïe et Daniel. Là il trouvait un fond de grande sympathie. Quand il est monté à Jérusalem pour souffrir, tous les saints prêtres de l'ancienne alliance ont dû venir invisiblement à sa rencontre, eux qui avaient offert des sacrifices préfigurant le sien.
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Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation apostolique sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino » (trad. DC n° 1677, 1/6/1975, p. 503 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« À ce moment, Jésus exulta de joie »
Par essence, la joie chrétienne est participation spirituelle à la joie insondable, conjointement divine et humaine, qui est au cœur de Jésus Christ glorifié... Contemplons-le au cours de sa vie terrestre ; en son humanité, il a fait l'expérience de nos joies. Il a manifestement connu, apprécié, célébré toute une gamme de joies humaines, de ces joies simples et quotidiennes, à la portée de tous. La profondeur de sa vie intérieure n'a pas émoussé le concret de son regard, ni sa sensibilité. Il admire les oiseaux du ciel et les lys des champs. Il rejoint d'emblée le regard de Dieu sur la création à l'aube de l'histoire. Il exalte volontiers la joie du semeur et du moissonneur, celle de l'homme qui trouve un trésor caché, celle du berger qui récupère sa brebis ou de la femme qui retrouve la pièce perdue, la joie des invités au festin, la joie des noces, celle du père qui accueille son fils au retour d'une vie de prodigue et celle de la femme qui vient de mettre au monde son enfant.
Ces joies humaines ont tant de consistance pour Jésus qu'elles sont pour lui les signes des joies spirituelles du Royaume de Dieu : joie des hommes qui entrent dans ce Royaume, y reviennent ou y travaillent, joie du Père qui les accueille. Et pour sa part, Jésus lui-même manifeste sa satisfaction et sa tendresse lorsqu'il rencontre des enfants qui désirent l'approcher, un jeune homme riche, fidèle et soucieux de faire davantage, des amis qui lui ouvrent leur maison comme Marthe, Marie, Lazare. Son bonheur est surtout de voir la Parole accueillie, les possédés délivrés, une femme pécheresse ou un publicain comme Zachée se convertir, une veuve prendre sur son indigence pour donner. Il tressaille même de joie lorsqu'il constate que les tout petits ont la révélation du Royaume qui reste caché aux sages et aux habiles. Oui, parce que le Christ « a vécu notre condition d'homme en toute chose, excepté le péché » (PE 4), il a accueilli et éprouvé les joies affectives et spirituelles, comme un don de Dieu. Et il n'a eu de cesse jusqu'à ce qu'il n'ait « annoncé aux pauvres la Bonne Nouvelle, aux affligés la joie » (PE 4 ;cf Lc 4,10).
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dominum et vivificantem », § 20-21
« Je te bénis, Père, ...tu l'as révélé aux tout-petits »
« Jésus tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et dit : ' Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. ' » Jésus exulte à cause de la paternité divine ; il exulte parce qu'il lui est donné de révéler cette paternité ; il exulte, enfin, parce qu'il y a comme un rayonnement particulier de cette paternité divine sur les « petits ». Et l'évangéliste Luc qualifie tout cela de « tressaillement de joie dans l'Esprit Saint »...
Ce qui, au cours de la théophanie trinitaire au bord du Jourdain (Lc 3,22), est venu pour ainsi dire « de l'extérieur », d'en haut, provient ici « de l'intérieur », c'est-à-dire du plus profond de ce qu'est Jésus. C'est une autre révélation du Père et du Fils, unis dans l'Esprit Saint. Jésus parle seulement de la paternité de Dieu et de sa propre filiation ; il ne parle pas explicitement de l'Esprit qui est Amour et, par là, union du Père et du Fils. Néanmoins, ce qu'il dit du Père et de lui-même comme Fils résulte de la plénitude de l'Esprit qui est en lui, qui remplit son cœur, pénètre son propre moi, inspire et vivifie en profondeur son action. De là, ce tressaillement de joie dans l'Esprit Saint. L'union du Christ avec l'Esprit Saint, dont il a une parfaite conscience, s'exprime dans ce tressaillement de joie, qui, en un sens, rend perceptible sa source secrète. Il en résulte une manifestation et une exaltation particulières qui sont propres au Fils de l'homme, au Christ-Messie dont l'humanité appartient à la personne du Fils de Dieu, substantiellement un avec l'Esprit Saint dans la divinité.
Dans sa magnifique confession de la paternité de Dieu, donc, Jésus de Nazareth se manifeste aussi lui-même, il manifeste son « moi » divin : il est en effet le Fils « de la même substance » (Credo), c'est pourquoi « nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père, ni qui est le Père si ce n'est le Fils », ce Fils qui « pour nous et pour notre salut » (Credo) s'est fait homme par l'Esprit Saint et est né d'une Vierge dont le nom était Marie.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 6,3-7 (trad. SC 100, p. 443s)
« Tout m'a été confié par mon Père »
Nul ne peut connaître le Père sans le Verbe de Dieu, c'est-à-dire si le Fils ne le révèle, ni connaître le Fils sans le bon plaisir du Père. Ce bon plaisir du Père, le Fils l'accomplit, car le Père envoie, tandis que le Fils est envoyé et vient. Le Père, tout invisible et illimité qu'il soit par rapport à nous, est connu de son propre Verbe ; et, tout inexprimable qu'il soit, il est exprimé par lui. Réciproquement, le Verbe n'est connu que du Père seul...
Déjà par la création le Verbe révèle le Dieu Créateur ; par le monde, il révèle le Seigneur qui a ordonné le monde, par l'œuvre modelée, l'Artiste qui l'a modelée, et par le Fils, le Père qui l'a engendré : beaucoup en conviennent, mais tous ne croient pas pour autant. De même, par la Loi et les prophètes, le Verbe s'est annoncé lui-même et il a annoncé le Père : le peuple entier a entendu, mais tous n'ont pas cru pour autant. Enfin, par l'entremise du Verbe devenu visible et palpable (1Jn 1,1), le Père s'est montré, et, si tous n'ont pas cru en lui, le Père n'en a pas été moins visible dans le Fils (Jn 14,9)...
Le Fils, en servant le Père, conduit donc toutes choses à leur perfection depuis le commencement jusqu'à la fin, et sans lui nul ne peut connaître Dieu... C'est depuis le commencement que le Fils, présent à l'œuvre qu'il a modelée, révèle le Père à tous ceux à qui le Père le veut, et quand il le veut, et comme il le veut. Partout et toujours, il n'y a qu'un seul Dieu Père, un seul Verbe, un seul Esprit et un seul salut pour tous ceux qui croient en lui.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
65ème Homélie sur Luc (trad. Orval rev.)
La révélation du mystère caché dès avant la création du monde
Considérons les paroles que Jésus a adressées pour nous à son Père en parlant de nous : « Tu as caché toutes ces choses aux sages et aux savants, et tu les as révélées aux tout-petits. Oui, Père, tel a été ton bon plaisir ». En effet, Dieu le Père nous a révélé le mystère caché dès avant la création du monde dans le silence de Dieu, le mystère du Fils unique fait homme, le mystère connu d'avance avant la création du monde et révélé aux hommes dans les derniers temps (Rm 16,25 ; Col 1,26). Saint Paul écrit en effet : « Moi, qui suis le dernier de tous les fidèles, j'ai reçu la grâce d'annoncer aux nations païennes la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumière le contenu du mystère tenu caché depuis toujours en Dieu, le créateur de toutes choses » (Ep 3,8-9).
Ce grand mystère de notre Sauveur, ce mystère digne d'être adoré, était donc caché dans la connaissance du Père, dès avant la création du monde. Nous aussi, nous sommes connus d'avance et prédestinés à être adoptés comme fils. Saint Paul encore nous l'enseigne quand il écrit : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis au ciel de toute bénédiction spirituelle dans le Christ. Il nous a choisis en lui avant la création du monde pour que nous soyons saints et sans tache devant lui ; dans son amour il nous a destinés par avance à l'adoption filiale, en lui, par Jésus Christ » (Ep 1,3-5). Le Père nous a donc révélé, à nous les petits, le mystère tu et caché de tous temps... « À vous, dit Jésus, il est donné de connaître le mystère du Royaume des cieux » (Lc 8,10), à vous qui avez cru, qui avez connu la révélation du Christ, qui entendez la Loi en son sens spirituel, qui êtes aptes à comprendre les prophéties, qui confessez que le Christ est Dieu et Fils de Dieu, à vous à qui le Père a trouvé bon de révéler son Fils.

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