TEMPS ORDINAIRE XXVII - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Jérôme (347-420)
prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire de l’Épître aux Galates (Œuvres complètes de Saint Jérôme, tome 10; trad. abbé J. Bareille; Éd. Louis Vivès 1884, p. 293-294; rev.)
« Quand vous priez, dites : Père »
L’Apôtre prouve que nous sommes fils de Dieu par le fait que nous avons en nous l’Esprit Saint ( Gal 4, 4). Jamais, dit-il, nous n’oserions dire : « Notre Père qui es aux cieux… » sans la conscience de l’Esprit Saint habitant en nous et criant par la voix puissante de l’intelligence et de la foi : « Abba, Père ». (…) Il faut remarquer que, dans l’Écriture sainte, le mot ‘cri’ signifie non l’intensité de la voix, mais la force de la pensée et de la vérité exprimée. C’est ainsi que dans l’Exode, le Seigneur répond à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? » (Ex 14, 15) alors que Moïse n’avait prononcé auparavant aucune parole. L’Écriture appelle donc ‘cri’ son cœur contrit et gémissant avec larmes sur le peuple. (…)
« Ainsi tu n’es plus serviteur, mais fils. Et si tu es fils, tu es aussi héritier de par Dieu. » (Gal 4,7) En ayant, dit-il, l’Esprit du Fils de Dieu qui crie en vous « Abba, Père », vous avez cessé d’être des serviteurs pour devenir des fils. Auparavant, vous ne différiez en rien d’un serviteur, bien que vous apparteniez à la nature de Dieu ; mais vous viviez comme de tout petits, sous la puissance de tuteurs et de maîtres. Si maintenant vous êtes devenus fils, l’héritage vous est dû en conséquence. (…)
Étant passés de la servitude à la liberté, il faut que vous héritiez avec l’héritier du Père, le Christ Jésus qui, dans la nature humaine qu’Il a assumée, dit dans le psaume : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ; demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » (Ps 2, 7-8) Or ce que nous disons ici au singulier doit s’entendre de tout le genre humain, car nous tous qui croyons, nous sommes un dans le Christ Jésus, membres de son Corps et destinés à l’état d’homme parfait, nous avons le Christ pour chef, parce que le Christ est le chef de l’homme (1 Cor 11,2).
ou
Saint Maximilien Kolbe (1894-1941), franciscain, martyr
Entretien de 1924 et lettre du 1/12/1940 (Entretiens spirituels inédits, trad. J-F Villepelée, éd. Lethielleux, 1974, p. 134)
La prière est efficace
La prière et seulement la prière est une arme efficace dans la lutte pour la liberté et le bonheur des âmes. Et pourquoi ? Car à un but surnaturel correspondent seulement des moyens surnaturels. Le Paradis ou, – si l’on peut s’exprimer ainsi, la divinisation de l’âme –, est une réalité surnaturelle au sens le plus complet de ce mot. Aussi, par nos seules forces naturelles, nous ne pouvons pas atteindre ce but. Il nous faut un moyen surnaturel : la grâce de Dieu. Et cela ne s’obtient que par l’humilité et la prière confiante.
La grâce, et seulement la grâce illumine notre intelligence et fortifie notre volonté ; elle est un moyen pour obtenir la conversion, c'est-à-dire la libération de l’âme des liens du mal. (…) La conversion et la sanctification de l’âme est et sera toujours l’œuvre de la grâce divine. Sans la grâce de Dieu, on ne peut rien faire dans ce domaine, ni avec la parole vivante, ni avec la presse, ni avec un autre moyen extérieur. Demandons alors pour nous-mêmes et pour les autres la grâce par une prière humble, par la mortification et par la fidélité dans l’accomplissement de nos tâches les plus simples et les plus habituelles.
Plus l’âme elle-même est proche de Dieu, plus elle est précieuse pour Dieu, et plus elle L’aime, plus elle est aimée de Dieu ; c’est alors qu’elle peut aider les autres plus efficacement, d’autant plus que sa prière est exaucée plus facilement et plus amplement.
ou
Évagre le Pontique (345-399), moine aux déserts d’Égypte
Chapitres sur la prière n° 59, 60, 63, 81, 82 attribués à tort à Nil l’ascète (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
L’Esprit de Dieu prie en toi
Si tu veux prier, tu as besoin de Dieu qui donne la prière à celui qui prie. Invoque-le en disant : Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne (Mt 6,9-10), c'est-à-dire l’Esprit Saint et ton Fils unique, car c’est ce qu’il a enseigné quand il a dit d’adorer le Père en esprit et en vérité (cf. Jn 4,24).
Celui qui prie en esprit et en vérité ne glorifie plus le Créateur à partir des créatures, mais c’est de Dieu même qu’il loue Dieu. […] Le Saint-Esprit compatissant à notre faiblesse, nous visite même non encore purifiés ; pourvu seulement qu’il trouve notre intelligence priant avec sincérité, il survient en elle et dissipe toute la phalange des raisonnements et des pensées qui l’assiège et la porte à l’amour de la prière spirituelle. […]
Sache que les saints anges nous poussent à la prière et se tiennent alors à nos côtés, joyeux et priant pour nous. Si donc nous sommes négligents et accueillons des pensées étrangères, nous les irritons grandement de ce que, pendant qu’ils luttent si fort pour nous, nous ne voulons même pas supplier Dieu pour nous-mêmes ; méprisant leurs services, nous abandonnons Dieu leur Seigneur.
Prie comme il faut et sans trouble ; psalmodie avec attention et harmonie, et tu seras comme le petit de l’aigle planant dans les hauteurs.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)
prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Douzième rose (Le secret du Rosaire, éd. Traditions monastiques, 2003, p. 59-61, rev.)
Excellence de la prière du Notre Père
Le Pater, ou l’Oraison dominicale, tire sa première excellence de son auteur, qui n’est pas un homme ou un ange, mais le Roi des anges et des hommes, Jésus-Christ. Il était nécessaire, dit Saint Cyprien, que Celui qui venait nous donner la vie de la grâce comme Sauveur, nous enseignât la manière de prier comme Maître céleste.
La sagesse de ce divin Maître paraît bien dans l’ordre, la douceur, la force et la clarté de cette divine prière ; elle est courte, mais elle est riche en instructions, intelligible pour les simples et remplie de mystères pour les savants. Le Pater renferme tous les devoirs que nous devons rendre à Dieu, les actes de toutes les vertus, et les demandes de tous nos besoins spirituels et corporels. Elle contient, dit Tertullien, l’abrégé de l’Évangile. Elle surpasse, dit Thomas a Kempis, tous les désirs des saints ; elle contient en abrégé toutes les douces sentences des psaumes et des cantiques ; elle demande tout ce qui nous est nécessaire ; elle loue Dieu d’une manière excellente ; elle élève l’âme de la terre au ciel et l’unit étroitement avec Dieu.
Nous devons réciter l’Oraison dominicale avec certitude que le Père éternel l’exaucera, puisqu’elle est la prière de son Fils qu’il exauce toujours, et que nous sommes ses membres ; car que peut refuser un si bon Père à une requête si bien conçue et appuyée sur les mérites et la recommandation d’un si digne Fils ?
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L'union à Dieu dans le Christ d'après les lettres de direction de Dom Marmion (Dom R. Thibaut, Eds DDB, p. 8, rev.)
La confiance filiale
La considération de vos fautes est absolument vraie. Des fautes provenant de la faiblesse, et réellement détestées, n’empêchent pas Dieu de nous aimer. Elles excitent sa Compassion : « Comme un Père a compassion de ses enfants, Dieu a compassion de ceux qui Le craignent... car Il se souvient que nous sommes poussière » (Ps 102, 13.14b).
C’était la grande dévotion de saint Paul de se présenter devant le Père céleste avec toutes ses infirmités, et comme il se regardait toujours comme un membre de Jésus-Christ, ces infirmités étaient celles du Christ : « Je préfère bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la Puissance du Christ habite en moi » (2Cor 12, 9). Efforcez-vous de vous remplir de cet esprit de confiance d’enfant à l’égard de Dieu.
Il me semble que plus je suis intimement uni à notre divin Seigneur, plus Il m’attire vers son Père – plus aussi Il me veut rempli de son esprit filial. C’est tout l’esprit de la Nouvelle Loi : « Vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption en qui nous crions : Abba ! Père ! » (Rm 8, 15).
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie sur la Transfiguration, 10 ; PG 96, 545 (trad. En Calcat rev.)
« Un jour, quelque part, Jésus était en prière »
« Jésus priait à l'écart » (Lc 9,18). La prière trouve sa source dans le silence et la paix intérieure ; c'est là que se manifeste la gloire de Dieu (cf Lc 9,29). Car, lorsque nous fermerons les yeux et les oreilles, que nous nous trouverons au-dedans en présence de Dieu, lorsque libérés de l'agitation du monde extérieur nous serons à l'intérieur de nous-mêmes, alors nous verrons clairement en nos âmes le Royaume de Dieu. Car le Royaume des cieux ou, si l'on préfère, le Royaume de Dieu, est en nous-mêmes : c'est Jésus notre Seigneur qui nous l'a dit (Lc 17,21).
Pourtant, les croyants et le Seigneur prient d'une façon différente. Les serviteurs, en effet, s'approchent du Seigneur dans leur prière avec une crainte mêlée de désir, et la prière devient pour eux voyage vers Dieu et vers l'union avec lui, les nourrissant de sa propre substance et les fortifiant. Mais pour le Christ dont l'âme sainte est unie au Verbe de Dieu, comment va-t-il prier ? Comment le Maître va-t-il se présenter dans une attitude de demande ? S'il le fait, n'est-ce pas qu'après avoir revêtu notre nature, il veut nous instruire et nous montrer le chemin qui, par la prière, nous fait monter vers Dieu ? Ne veut-il pas nous apprendre que l'oraison abrite en son sein la gloire de Dieu ?
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe
Écrits (trad. Eds. Présence 1975, p. 277)
« Apprends-nous à prier »
Si tu veux prier l'esprit uni au cœur et si tu n'y parviens pas, dis la prière avec les lèvres et fixe ton esprit sur les mots de la prière, comme il est dit dans l’Echelle sainte [de St Jean Climaque]. Avec le temps, le Seigneur te donnera la « prière du cœur », sans distraction, et tu prieras avec facilité. Certains, dans l’œuvre de la prière, ayant forcé leur intelligence à descendre dans leur cœur, l'ont abîmé à tel point qu'ils ne pouvaient même plus prononcer la prière avec les lèvres. Mais, toi, connais la loi de la vie spirituelle : les dons ne sont accordés qu'à l'âme simple, humble et obéissante. À celui qui est obéissant et retenu en tout -- en nourriture, en paroles et en mouvements -- le Seigneur donnera la prière, et elle s'accomplira avec facilité dans son cœur.
La prière incessante procède de l'amour, mais on la perd par les jugements, les vaines paroles et l'intempérance. Celui qui aime Dieu peut penser à lui jour et nuit, car aucune occupation ne peut empêcher d'aimer Dieu. Les apôtres aimaient le Seigneur sans que le monde ne les dérange, et cependant ils se souvenaient du monde, ils priaient pour lui et ils s'adonnaient à la prédication. Il a été dit à saint Arsène, par contre : « Fuis les hommes », mais l'Esprit divin nous enseigne, même dans le désert, à prier pour les hommes et pour le monde entier.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken (trad. Jésus, celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, ch. 6)
« Un jour, quelque part, Jésus était en prière »
Pour devenir saint, nous avons besoin de l'humilité et de la prière. Jésus nous a enseigné à prier ; il nous a également appris à être doux et humble de cœur (Mt 11,29). Rien de tout cela ne conviendra si nous ne savons pas ce qu'est le silence. L'humilité et la prière s'approfondiront dans la mesure où l'oreille, l'esprit, et la langue auront vécu dans le silence avec Dieu, car c'est dans le silence du cœur que Dieu parle.
ou
Homélie du 5e siècle sur la prière
Attribué à tort à saint Jean Chrysostome ; PG 64, 461 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 196 rev. ; cf. bréviaire)
« Apprends-nous à prier »
Le bien suprême, c'est la prière, la conversation familière avec Dieu. Elle est relation à Dieu et union avec lui. De même que les yeux du corps sont éclairés à la vue de la lumière, ainsi l'âme tendue vers Dieu est illuminée de son ineffable lumière. La prière n'est pas l'effet d'une attitude extérieure, mais elle vient du cœur. Elle ne s'enferme pas dans des heures ou des moments déterminés, mais elle est en activité continuelle, de nuit comme de jour. Ne nous contentons pas d'orienter notre pensée vers Dieu lorsqu'elle s'applique exclusivement à la prière ; mais lorsque d'autres occupations -- comme le soin des pauvres ou quelque autre souci en vue d'une œuvre bonne et utile -- nous absorbent, il importe aussi d'y mêler le désir et le souvenir de Dieu, afin d'offrir au Seigneur de l'univers une nourriture très douce, assaisonnée au sel de l'amour de Dieu. Nous pouvons en retirer un grand avantage, tout au long de notre vie, si nous y consacrons une bonne part de notre temps.
La prière est la lumière de l'âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes. Par elle, l'âme s'élève vers le ciel et embrasse le Seigneur d'une étreinte inexprimable. Comme un nourrisson vers sa mère, elle crie vers Dieu en pleurant, assoiffée de lait divin. Elle exprime ses désirs profonds et reçoit des présents qui dépassent tout ce que l'on peut voir dans la nature. La prière, par laquelle nous nous présentons avec respect devant Dieu, est la joie du cœur et le repos de l'âme.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 80
« Apprends-nous à prier »
Croyez-vous, frères, que Dieu ignore ce qui vous est nécessaire ? Celui qui connaît notre détresse connaît d'avance aussi nos désirs. C'est pourquoi, quand il enseignait le Notre Père, le Seigneur recommandait à ses disciples d'être sobres de paroles : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé » (Mt 6,7-8). Si notre Père sait ce qui nous est nécessaire, pourquoi le lui dire, même en peu de mots ? ... Si tu le sais, Seigneur, est-il même nécessaire de te prier ?
Or celui qui nous dit ici : « Ne multipliez pas vos paroles dans vos prières » nous déclare ailleurs : « Demandez et vous recevrez », et pour qu'on ne croie pas que c'est dit en passant, il ajoute : « Cherchez et vous trouverez », et pour qu'on ne pense pas que c'est une simple manière de parler, voyez par où il termine : « Frappez, et on vous ouvrira » (Mt 7,7). Il veut donc que pour recevoir tu commences par demander, que pour trouver tu te mettes à chercher, que pour entrer enfin tu ne cesses de frapper... Pourquoi demander ? Pourquoi chercher ? Pourquoi frapper ? Pourquoi nous fatiguer à prier, à chercher, à frapper comme pour instruire celui qui sait tout déjà ? Et même nous lisons dans un autre endroit : « Il faut prier sans cesse, sans se lasser » (Lc 18,1)... Eh bien, pour éclaircir ce mystère, demande, cherche et frappe ! S'il couvre de voiles ce mystère, c'est qu'il veut t'exciter à chercher et trouver toi-même l'explication. Tous, nous devons nous encourager à prier.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Lettre 130, à Proba sur la prière, 11-12 (trad. cf bréviaire 29e mardi)
« Apprends-nous à prier »
[Dans la prière] les paroles sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander ; ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir. Ainsi, lorsque nous disons : « Que ton nom soit sanctifié », c’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c’est-à-dire qu'il ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu. Et lorsque nous disons : « Que ton règne vienne », alors qu’il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous augmentons notre désir de ce règne, afin qu’il vienne pour nous, et que nous obtenions d’y régner. Quand nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », c’est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges…
Quand nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », nous rappelons à nous-mêmes à la fois ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés… Lorsque nous disons : « Délivre-nous du Mal », nous rappelons à nous-mêmes que nous ne sommes pas encore dans cet état de bien où il n’y a plus de mal à craindre. Et ces dernières paroles de la prière du Seigneur ont une telle ampleur que, quelle que soit l’épreuve où se trouve un chrétien, quelle que soit la raison de ses gémissements et ses larmes, c’est par là qu’il doit commencer, continuer et finir sa prière.
Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire. Quelles que soient les paroles que nous prononçons..., nous ne disons rien d’autre que ce qui se trouve déjà dans cette prière du Seigneur, si nous prions de façon juste et appropriée.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Chemin de perfection, ch. 30 (trad. OC, Cerf 1995, p. 811)
La prière nous introduit déjà dans le règne de Dieu
« Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. » Admirez ici, mes filles, l'immense sagesse de notre Maître ! Que demandons-nous quand nous demandons ce royaume ? ... Notre Seigneur connaissait notre extrême faiblesse. Il savait que nous étions incapables de sanctifier, de louer, d'exalter, de glorifier le nom très saint du Père éternel d'une manière convenable, à moins qu'il n'y supplée en nous donnant dès ici-bas son royaume. C'est pour cela même que le bon Jésus a joint ici ces deux demandes...
À mon avis, l'un des grands biens que renferme le royaume du ciel, c'est qu'on y est dégagé de toutes les choses de la terre, qu'on y goûte un repos, une béatitude intimes, qu'on s'y réjouit de la joie de tous, dans une paix perpétuelle, dans un bonheur profond de voir tous les élus sanctifier et louer le Seigneur, bénir son nom, sans qu'il se trouve personne pour l'offenser. Tous l'aiment, et l'âme n'a d'autre occupation que de l'aimer, et elle ne peut cesser de l'aimer parce qu'elle le connaît.
Eh bien ! s'il nous était donné de le connaître nous l'aimerions de même ici-bas, non toutefois aussi parfaitement ni avec cette stabilité, mais enfin, nous l'aimerions tout autrement que nous ne l'aimons... Ce dont il s'agit est possible à l'âme, dès cet exil, avec la grâce de Dieu. Mais il reste vrai qu'elle ne peut pas l'atteindre parfaitement...car nous naviguons encore sur la mer de ce monde, et nous sommes toujours voyageurs. Il est des moments cependant où le Seigneur, nous voyant fatigués du chemin, met toutes nos puissances dans le calme et notre âme dans la quiétude. Il révèle alors clairement, par un certain avant-goût, quelle est la saveur de la récompense réservée à ceux qu'il introduit dans son royaume.
ou
Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Entretien avec Motovilov (trad. DDB, 1979, 1995, p. 162)
« Apprends-nous à prier »
C'est par la prière que nous devenons dignes de nous entretenir avec notre Sauveur vivifiant et miséricordieux. Mais il ne faut prier en paroles que jusqu'au moment où le Saint Esprit descend sur nous et nous accorde, dans une certaine mesure connue de lui seul, sa grâce céleste. Visité par lui, il faut s'arrêter de prier en paroles. En effet, à quoi bon l'implorer dans la liturgie : « Viens Esprit Saint, fais ta demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, toi qui es bonté » (Tropaire orthodoxe récité au début des offices), quand il est déjà venu, en réponse à nos humbles sollicitations aimantes, dans le temple de nos âmes assoiffées de son avènement ? ...
C'est pour cela qu'il a été dit : « Arrêtez et connaissez que je suis Dieu, exalté parmi les nations, exalté sur la terre » (Ps 45,11). Ce qui signifie : j'apparaîtrai et continuerai à apparaître à chaque croyant et je converserai avec lui, comme je conversais avec Adam au paradis, avec Abraham et Jacob et mes autres serviteurs, Moïse, Job et leurs semblables. Beaucoup croient que ce mot « arrêter » doit être interprété comme ayant trait aux affaires de ce monde, c'est-à-dire qu'en parlant à Dieu dans la prière il faut s'écarter de tout ce qui est terrestre. Certes. Mais moi, en Dieu, je vous dirai que malgré le fait que pendant la prière il soit nécessaire de s'en écarter, quand le Seigneur Dieu l'Esprit Saint nous visite et vient en nous dans la plénitude de son indicible bonté, il faut s'écarter des paroles de la prière aussi, supprimer les paroles de la prière même...
À la descente du Saint Esprit il convient d'être absolument silencieux, afin que l'âme puisse entendre clairement et bien comprendre les annonces de vie éternelle qu'il daigne alors apporter. L'âme et l'esprit se trouvent alors en état de sobriété complète et le corps en état de chasteté et de pureté. C'est ainsi que les choses se passèrent au Mont Horeb, lors de la descente de Dieu sur le Sinaï, car Dieu est « un feu dévorant » (He 12,29) et rien d'impur, physiquement ou spirituellement, ne peut entrer en contact avec lui.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, 9-11, PL 4, 520s ; CSEL 3,1 (trad. Hamman, DDB 1982, p. 46 rev.)
Ses enfants dans son Fils
Que les richesses de la prière du Seigneur sont nombreuses et grandes ! Elles sont ramassées en peu de mots mais d'une densité spirituelle inépuisable, au point que rien n'y manque dans ce résumé parfait de ce qui doit constituer notre prière. Il est écrit : « Priez ainsi : Notre Père, qui es dans les cieux ».
L'homme nouveau, qui est né de nouveau et rendu à son Dieu par la grâce, dit d'abord : « Père », parce qu'il est devenu son enfant. Le Verbe, la Parole de Dieu, « est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli ; mais à tous ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,11-12). Celui qui a cru en son nom et qui est devenu enfant de Dieu doit commencer par rendre grâces et proclamer qu'il est vraiment fils de Dieu... Il ne suffit pas, frères bien-aimés, de prendre conscience que nous invoquons le Père qui est dans les cieux ; nous ajoutons : « Notre Père », c'est-à-dire Père de ceux qui croient en son Fils, de ceux qui ont été sanctifiés par lui, et sont nés de nouveau par la grâce spirituelle : ceux-là ont vraiment commencé à être les enfants de Dieu...
Que la miséricorde du Seigneur est grande, que sa faveur et sa bonté sont grandes, pour nous faire ainsi prier en présence de Dieu, jusqu'à l'appeler Père ! Comme le Christ est Fils de Dieu, ainsi nous aussi nous sommes appelés fils. Personne parmi nous n'aurait jamais osé employer ce mot dans la prière : il fallait que le Seigneur lui-même nous y encourage.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, 9-11 ; PL 4, 523 (trad. bréviaire 11e lun.-mar. rev.)
La prière des enfants de Dieu
Comme les mystères de la prière du Seigneur sont nombreux et profonds ! Ils sont contenus dans de brèves paroles, mais avec quelle richesse !... « Priez ainsi, dit le Seigneur : Notre Père qui es aux cieux »… L’homme nouveau, régénéré et rendu à son Dieu par la grâce divine, commence par dire « Père », parce que désormais il est devenu fils. Le Verbe, la Parole de Dieu, « est venu chez les siens, dit l’Évangile, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,11-12). Celui qui a cru en son nom et qui est devenu enfant de Dieu doit donc commencer à rendre grâce et à proclamer qu’il est enfant de Dieu, en appelant le Dieu qui est aux cieux son Père…
Comme le Seigneur est plein de miséricorde ! Comme sa bienveillance et sa bonté envers nous sont généreuses, pour nous faire prier ainsi en présence de Dieu jusqu’à l’appeler Père ! Comme le Christ est Fils de Dieu, il a voulu que nous aussi nous portions le nom de fils de Dieu. Personne parmi nous n’aurait jamais osé employer ce mot dans la prière : il fallait que le Seigneur lui-même nous y encourage.
Nous devons donc nous rappeler, frères bien-aimés, et savoir que lorsque nous appelons Dieu notre Père, il faut que nous nous comportions comme des enfants de Dieu. Si nous nous complaisons à considérer Dieu comme notre Père, il doit pouvoir se complaire en nous aussi. Vivons donc comme des temples de Dieu (1Co 3,16), pour que les hommes puissent reconnaître que Dieu habite en nous.
TEMPS ORDINAIRE XXVII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
La Providence de la Miséricorde, chap. VII, n° 141 (Le dialogue, tome 2; trad. J. Hurtaud; éd. Téqui, 1976; p. 174-178)
Je suis cette grande providence, qui jamais ne fait défaut à mes serviteurs
[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Ma providence a tout ordonné, tout disposé avec une sagesse parfaite. J'ai donné beaucoup à l'homme, parce que je suis riche et que je le pouvais faire ; et je le puis toujours, car ma richesse est infinie.
Tout a été fait par moi, et sans moi rien ne peut être. Et donc l'homme veut-il la beauté, je suis la beauté ; veut-il la bonté, je suis la bonté, car je suis bon souverainement ; je suis la sagesse, je suis doux, je suis juste, je suis miséricordieux. Je suis généreux et non pas avare ; je suis celui qui donne à qui lui demande ; j'ouvre à celui qui frappe vraiment ; je réponds à qui m'appelle. Je ne suis pas ingrat, je reconnais mes serviteurs et j'aime à récompenser ceux qui se dépensent pour moi, pour l'honneur et la gloire de mon nom. Je suis joyeux et je conserve en constante allégresse l'âme qui s'est revêtue de ma volonté. Je suis cette grande providence, qui jamais ne fait défaut à mes serviteurs qui espèrent en elle, soit pour leur âme, soit pour leur corps. (…)
Ne te souviens-tu pas d'avoir lu, dans la vie des Pères du désert, l'histoire de ce saint homme qui avait renoncé à tout et à lui-même, pour la gloire et l'honneur de mon nom. Comme il était malade, c'est ma clémence qui veillait sur lui, et lui envoya un ange pour l'assister et pourvoir à ses besoins. Le corps était ainsi secouru dans sa misère, tandis que l'âme demeurait dans une inexprimable allégresse, en savourant la douceur de ce commerce angélique. En pareille occurrence, l'Esprit Saint est pour l'homme une mère qui le nourrit au sein de ma divine charité. (…) Mon Esprit Saint, ce serviteur que ma puissance lui a donné, le revêt lui-même, il le nourrit, il l'enivre de douceur, il le comble de richesses inestimables. (…) Oh! combien heureuse cette âme, qui, dans un corps mortel, n'en goûte pas moins le bien immortel !
ou
Jean Carpathios (VIIe s.), moine et évêque
Chapitres d’exhortation n° 45, 82 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès, rev.)
Tu enverras ton Esprit et ils seront recréés
Il est dit quelque part que le Père donnera de bonnes choses à ceux qui lui demandent (cf. Mt 7,11). Et il est dit ailleurs qu’il donnera l’Esprit Saint à ceux qui le prient (cf. Lc 11,13).
Par ces paroles nous comprenons que ceux qui supplient Dieu et sont confortés à la pensée d’une telle espérance, reçoivent non seulement la rémission des fautes, mais aussi le don des grâces célestes. Car ce n’est pas aux justes, mais aux pécheurs, que le Seigneur promet ces biens. « Si vous, (…) qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui prient » (Lc 11,13). Donc, demande, sans jamais te relâcher, sans jamais hésiter, quand bien même tu serais le dernier à pouvoir mener une vie vertueuse, quand bien même tu serais très faible, quand bien même tu serais loin de tout honneur, et tu recevras les plus grandes choses. (…)
Lutte pour garder intacte la lumière qui brille en ta raison. Si tu te mets à voir par les yeux de la passion, le Seigneur te couvre de ténèbres. Il enlève le frein qui est devant toi (cf. Jb 30,11), et la lumière de tes yeux n’est plus avec toi (cf. Ps 37(38),11 LXX). Mais quand bien même tu en serais là, ne te décourage pas, ne te relâche pas. Prie avec le saint roi David : « Envoie ta lumière et ta vérité » sur moi qui suis triste. « Tu es le salut de ma face et mon Dieu » (Ps 42(43),3.5 LXX).
Car « tu enverras ton Esprit et ils seront recréés, tu renouvelleras la face de la terre » (cf. Ps 103(104),30 LXX).
ou
Marc l'Ascète
higoumène en Asie Mineure
Chapitres « De ceux qui pensent être justifiés par les œuvres » n° 94-98, 102, 106, 108, 225 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
« Sur la nécessité de toujours prier sans se décourager » (Lc 18,1)
En toute chose, prie continuellement. Car tu ne peux rien accomplir sans le secours de Dieu.
Rien n’est plus puissant que la prière pour nous donner l’énergie divine. Et rien n’est plus utile qu’elle pour nous obtenir la bienveillance de Dieu.
Toute la pratique des commandements est dans la prière. Car rien n’est plus haut que l’amour de Dieu.
La prière sans distraction est un signe d’amour de Dieu en celui qui persévère. Mais la négligence et la distraction, quand nous prions, dénoncent l’amour du plaisir.
Celui qui sans peine veille, persévère et prie, reçoit visiblement en partage le Saint-Esprit. Mais celui qui peine en tout cela et maintient sa résolution, celui-là aussi reçoit rapidement le secours. (...)
Si tu veux en peu de mots rendre service à celui qui aime apprendre, montre-lui la prière, la foi droite, la patience dans les épreuves. C’est par ces trois vertus qu’on obtient les autres biens. (...)
Échappe à la tentation par la patience et la prière. Si tu veux la combattre sans ces vertus, elle t’attaquera toujours plus. (...)
Tout ce que nous pouvons dire ou faire sans la prière se révèle plus tard dangereux ou inutile, et nous en sommes à notre insu blâmés par les faits. (...)
Il faut chercher la maison intérieure du Christ, pour autant que nous sommes la maison de Dieu, et par la prière persévérer à y frapper (cf. Mt 7,7), afin que maintenant, ou à notre mort, le Maître nous ouvre et ne nous dise pas comme à des négligents : « Je ne sais pas d’où vous êtes » (Lc 13,25). Et nous devons non seulement demander et recevoir, mais aussi garder ce qui nous a été donné. Car il en est qui perdent après avoir reçu.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
Commentaire de l’Évangile selon S. Luc, (trad. André Ménard, Études Franciscaines 2008, p.44, rev.)
« Mon ami, prête-moi trois pains »
« Si l'un d'entre vous ayant un ami s'en va le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : “Mon ami, prête-moi trois pains, car l'un de mes amis est arrivé de voyage et je n'ai rien à lui offrir” » : Selon l'intelligence spirituelle, par cet ami, on entend le Christ. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis » (Cf. Jn 15, 15). Il faut aller vers cet ami, de nuit, c'est-à-dire dans le silence de la nuit, comme vint Nicodème au sujet duquel il est dit « qu'il vint trouver Jésus de nuit » (Cf. Jn 3,2). Et en premier lieu parce que dans le silence secret de la nuit, il faut frapper par la prière, selon Isaïe : « La nuit, mon âme te désire » (Is 26,9). Ou bien dans la nuit, c'est-à-dire dans la tribulation, selon Osée : « Dans leurs tribulations, ils se lèveront dès le matin » (Os 5,15 Septante).
En effet, l'ami qui arrive de voyage, c'est notre esprit qui revient à nous aussi souvent qu'il s'est éloigné par les biens temporels. Le plaisir fait s'éloigner cet ami, mais la tribulation le ramène, comme il est dit plus loin, en Luc , au sujet du fils prodigue qui s'est éloigné à cause de la luxure et qui est revenu à cause de la misère (Cf Lc 15,11-32). Celui qui revient rentre en lui-même, mais il se trouve vide de la consolation des nourritures spirituelles.
Pour cet ami affamé, il faut donc demander à l'ami véritable trois pains, c'est-à-dire l'intelligence de la Trinité, soit le nom des trois personnes, afin qu'il trouve sa nourriture dans la connaissance du Dieu unique. Ou bien ces trois pains sont la foi, l'espérance et la charité, par lesquelles est nommée une triple vertu dans l'âme. À leur sujet, au livre des Rois, [on lit] : « Quand tu arriveras au chêne de Tabor, tu y rencontreras trois hommes montant vers Dieu à Béthel, l'un portant trois chevreaux, l'autre trois miches de pain et le dernier portant une outre de vin » (1R 10,3 Septante =1S 10,3), afin qu'en cela soient comprises l'unité de la grâce et la trinité des vertus par lesquelles l'image de Dieu est formée dans l'âme.
ou
Pape François
Homélie du 19/05/2013, pour la Pentecôte (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Le Père céleste nous donne l’Esprit Saint, qui apporte la nouveauté
La nouveauté nous fait toujours un peu peur, parce que nous nous sentons plus rassurés si nous avons tout sous contrôle, si c’est nous-mêmes qui construisons, programmons, faisons des projets pour notre vie selon nos plans, nos sécurités, nos goûts. Et cela arrive aussi avec Dieu. Souvent, nous le suivons, nous l’accueillons, mais jusqu’à un certain point : il nous est difficile de nous abandonner à lui avec pleine confiance, laissant l’Esprit Saint être l’âme, le guide de notre vie dans tous les choix. Nous avons peur que Dieu nous fasse parcourir des chemins nouveaux, nous fasse sortir de notre horizon souvent limité, fermé, égoïste, pour nous ouvrir à ses horizons.
Mais, dans toute l’histoire du salut, quand Dieu se révèle, il apporte la nouveauté ; Dieu apporte toujours la nouveauté ; il transforme et demande de se confier totalement à lui. Noé construit une arche, raillé par tous, et il est sauvé (Gn 6-8) ; Abraham laisse sa terre avec seulement une promesse en main (Gn 12) ; Moïse affronte la puissance du pharaon et guide le peuple vers la liberté (Ex 3-14) ; les apôtres, craintifs et enfermés dans le cénacle, sortent avec courage pour annoncer l’Évangile (Ac 2).
Ce n’est pas la nouveauté pour la nouveauté, la recherche du nouveau pour dépasser l’ennui, comme il arrive souvent de nos jours. La nouveauté que Dieu apporte dans notre vie est ce qui vraiment nous réalise, ce qui nous donne la vraie joie, la vraie sérénité, parce que Dieu nous aime et veut seulement notre bien. Demandons-nous aujourd’hui : sommes-nous ouverts aux « surprises de Dieu » ? Ou bien nous fermons-nous, avec peur, à la nouveauté de l’Esprit Saint ? Sommes-nous courageux pour aller par les nouveaux chemins que la nouveauté de Dieu nous offre ou bien nous défendons-nous, enfermés dans des structures caduques qui ont perdu la capacité d’accueil ?
ou
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 6 (trad. cf Cerf 1992, p. 53)
« Cherchez : vous trouverez »
Il m'est venu à l'esprit comment nous prions d'habitude, comment par ignorance et manque d'expérience de l'amour, nous recourons à de multiples demandes. J'ai compris en vérité que Dieu est plus glorifié et prend plus de plaisir quand nous le prions par simple confiance en sa bonté... Tous les moyens que nous mettons en œuvre pour prier, c'est trop peu ; ce n'est pas rendre pleinement gloire à Dieu. Car tout est inclus en sa bonté ; absolument rien n'y fait défaut...
La prière la plus haute c'est la connaissance de la bonté de Dieu, qui s'abaisse jusqu'à nos besoins les plus bas. C'est elle, l'étincelle de notre âme ; elle la vivifie ; elle la fait croître en grâce et en vertu. Elle est l'attribut divin le plus proche de notre pauvre nature, le plus prompt en grâce. C'est cette grâce même que notre âme cherche et cherchera toujours, jusqu'à ce que nous connaissions vraiment que notre Dieu nous a tous enclos en lui...
Lui, le Très-Haut, aime notre âme si précieusement qu'un tel amour dépasse la connaissance de toute créature ; aucune créature ne peut savoir avec quelle intensité, quelle douceur, quelle tendresse notre créateur nous aime. Cependant nous pouvons, avec sa grâce et son secours, contempler spirituellement, dans l'émerveillement continuel, cet amour haut, débordant, sans mesure, que notre Seigneur a pour nous en sa bonté. Et c'est pourquoi nous pouvons demander avec une humble confiance tout ce que nous voulons, car notre volonté naturelle est de posséder Dieu et le bon vouloir de Dieu est de nous posséder. Jamais nous ne cesserons de vouloir et de désirer ainsi, jusqu'à ce que nous possédions Dieu dans la plénitude de la joie.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 17, pour le lundi avant l'Ascension (trad. Cerf 1991, p. 126)
« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (Mt 6,11)
Nous devons considérer pour quoi et comment nous devons prier. Lorsque l'homme veut se livrer à la prière, il doit avant tout ramener son cœur à l'intérieur, le rappeler du vagabondage et des dissipations où il s'égarait, et alors tomber en grande humilité aux pieds de Dieu, lui demander généreusement aumône, frapper à la porte du cœur du Père et mendier son pain, c'est-à-dire la charité... Nous devons ensuite demander que Dieu nous accorde et nous apprenne à demander ce qui lui plaît le plus dans notre prière et ce qui nous sera le plus utile...
Tous les hommes ne peuvent pas prier en esprit, mais il en est qui doivent recourir à la prière vocale. En ce cas, tu t'adresseras à notre Seigneur avec les paroles les plus aimables, les plus amicales et les plus affectueuses que tu puisses imaginer, et cela excitera aussi ta charité et ton cœur. Demande au Père céleste que, par son Fils unique, il se donne lui-même à toi comme objet de ta prière, de la façon la plus agréable. Et lorsque tu auras trouvé une forme de prière qui, plus que toute autre, te plaise et excite ta dévotion..., garde cette manière de prier et donne-lui tes préférences... Il faut frapper à la porte avec une diligence persévérante, car « celui qui persévère obtiendra la couronne » (cf Mt 10,22 ; 2Tm 2,5)... « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient ! »
ou
Attribué à saint Macaire (? - 405), moine en Égypte : Homélie n° 16, 3ème collection (trad. SC 275, p.205)
« Combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint ? »
Pour obtenir le pain du corps, le mendiant n'éprouve aucune gêne à frapper à la porte et à réclamer ; et s'il ne reçoit pas, il entre plus avant et demande avec plus de sans-gêne du pain, un vêtement ou des sandales pour le soulagement de son corps. Tant qu'il n'a rien reçu, il ne s'en va pas, même si on le chasse. Nous qui cherchons à recevoir le pain céleste et véritable pour fortifier notre âme, nous qui désirons revêtir les vêtements célestes de lumière et aspirons à chausser les sandales immatérielles de l'Esprit pour le soulagement de l'âme immortelle, combien plus devons-nous, inlassablement et résolument, avec foi et amour, patienter toujours, frapper à la porte spirituelle de Dieu et demander avec une parfaite constance d'être jugés dignes de la vie éternelle.
C'est ainsi que le Seigneur « prononçait une parabole sur ce qu'il faut toujours prier sans se lasser » (Lc 18, 1), puis ajoutait ces mots : Combien plus notre Père céleste « rendra-t-il justice à ceux qui crient vers lui nuit et jour » (v.6). Et encore, au sujet de l'ami : « Même si ce n'est pas en qualité d'ami qu'il lui donne, il se lèvera à cause de son sans-gêne et lui donnera tout ce dont il a besoin ». Il ajoute alors : « Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car celui qui demande reçoit, celui qui cherche trouve, et à celui qui frappe on ouvrira. » Et il poursuit : « Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient ! » C'est pour cela que le Seigneur nous exhorte à demander toujours, inlassablement et avec ténacité, à chercher et à frapper continuellement : car il a promis de donner à ceux qui demandent, cherchent et frappent, non à ceux qui ne demandent pas. C'est en étant prié, supplié et aimé qu'il veut nous donner la vie éternelle.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Hymnes, n°29 (trad. SC 174, p. 315s)
« Combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? »
D'où viens-tu ? Comment pénètres-tu,
je veux dire : à l'intérieur de ma cellule,
fermée de toute part ?
Ceci est en effet étrange,
dépasse parole et pensée.
Mais que tu viennes en moi,
soudain tout entier et que tu brilles,
que tu te laisses voir sous forme lumineuse,
comme la lune dans sa pleine lumière,
cela me laisse sans pensée
et sans voix, mon Dieu !
Je sais bien que tu es
celui qui est venu pour illuminer
ceux qui sont assis dans les ténèbres (Lc 1,79),
et je suis stupéfait, je deviens
privé de sens et de paroles,
à voir une merveille étrange
qui dépasse toute la création,
toute la nature et tous les mots...
Comment Dieu est-il hors de l'univers
par son essence et sa nature,
par sa puissance et par sa gloire,
et comment aussi habite-t-il partout et en tous,
mais d'une manière spéciale dans ses saints ?
Comment dresse-t-il sa tente en eux
d'une manière consciente et substantiellement,
lui qui est totalement au-delà de la substance ?
Comment est-il contenu dans leurs entrailles,
lui qui contient toute la création ?
Comment brille-t-il dans leur cœur,
ce cœur charnel et épais ?
Comment est-il à l'intérieur de celui-ci,
comment est-il en dehors de tout,
et remplit-il lui-même toute chose ?
Comment, la nuit et le jour,
brille-t-il sans être vu ?
Dis-moi, est-ce que l'esprit de l'homme
concevra tous ces mystères
ou pourra te les exprimer ?
Certes non ! un ange ne pourrait,
ni un archange, te l'expliquer ;
ils seraient incapables
de t'exposer cela avec des mots.
C'est donc l'Esprit de Dieu, parce qu'il est divin,
qui seul connaît ces mystères
et qui les sait parce que lui seul
partage la nature, le trône et l'éternité
avec le Fils et le Père.
C'est donc à ceux pour qui cet Esprit resplendira
et à qui il sera uni libéralement
qu'il montre tout d'une manière inexprimable...
C'est comme un aveugle : s'il voit,
il voit tout d'abord la lumière
et ensuite aussi toute la création
qui est dans la lumière, oh merveille !
De même, celui qui a été éclairé
par le divin Esprit dans son âme,
aussitôt entre en communion de la lumière
et contemple la lumière,
la lumière de Dieu, Dieu vraiment,
qui aussi lui montre tout,
ou plutôt tout ce que Dieu décide,
tout ce qu'il désire et ce qu'il veut.
À ceux qu'il éclairera par son illumination
il accorde de voir ce qui se trouve dans la lumière divine.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, I, 37-38
« Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez »
Je le sais bien, ô Dieu, Père tout-puissant : m'offrir à toi pour que tout en moi...parle de toi, c'est le devoir principal de ma vie. Tu m'as accordé le don de la parole, et il ne peut m'apporter de plus grande récompense que l'honneur de te servir et de montrer au monde qui l'ignore, à l'hérétique qui le nie, qui tu es, toi, le Père du Fils unique de Dieu. Oui, vraiment, c'est là mon seul désir ! Mais j'ai grand besoin d'implorer le secours de ta miséricorde afin que, du souffle de ton Esprit, tu gonfles les voiles de ma foi, tendues pour toi, et que tu me pousses à prêcher partout ton saint nom. Car tu n'as pas fait en vain cette promesse : « Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira ».
Pauvres, nous implorons ce qui nous manque. Nous nous appliquerons avec zèle à l'étude de tes prophètes et de tes apôtres ; nous frapperons à toutes les portes que notre intelligence trouvera fermées. Mais toi seul peux exaucer notre prière... ; toi seul tu peux ouvrir cette porte où nous frapperons. Tu encourageras les débuts difficiles ; tu affermiras nos progrès ; et tu nous appelleras à participer à l'Esprit qui a guidé tes prophètes et tes apôtres. Ainsi nous ne donnerons pas à leurs paroles un sens différent que celui qu'ils avaient en vue.
Donne-nous donc le vrai sens des mots, la lumière de l'intelligence, la beauté de l'expression, la foi dans la vérité. Donne-nous de dire ce que nous croyons... : qu'il n'y a qu'un Dieu, le Père, et un seul Seigneur, Jésus Christ.
ou
Raban Maur (v. 784-856), abbé bénédictin et évêque
Trois livres à Bonose, livre 3,4 ; PL 112, 1306 (trad. Orval)
« Il lui donnera tout ce qu'il lui faut »
Tu ne dois pas manquer de confiance en Dieu ni désespérer de sa miséricorde... Chante au Seigneur ces paroles du prophète : « Comme les yeux des serviteurs vers les mains de leurs maîtres, comme les yeux d'une servante vers les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié. Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous, car nous sommes saturés de mépris » (Ps 122,2-3)... Si nous sommes saturés de mépris à cause du grand nombre de nos péchés, nos yeux doivent cependant rester tournés vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié, et nous ne devons pas cesser de le supplier jusqu'à ce qu'il nous donne le pardon de nos fautes. En effet, il appartient à l'âme constante et tenace de ne jamais se détourner de la persévérance dans la prière par désespoir d'être exaucée, mais de persister inlassablement dans cette prière jusqu'à ce que Dieu lui fasse miséricorde.
Pour que tu n'en viennes pas à penser que tu offenses le Seigneur en persistant par tes prières alors que tu ne mérites pas d'être écouté, rappelle-toi la parabole de l'Évangile. Tu y découvriras que ceux qui prient Dieu avec une persévérance importune ne lui sont pas désagréables, car il est dit : « Si ce n'est pas par amitié qu'il donne à son ami, il se lèvera cependant à cause de son importunité, et il lui donnera ce dont il a besoin ». Comprends donc que c'est le diable qui nous suggère de désespérer d'être exaucés, afin que nous soit retirée cette espérance en la bonté de Dieu, qui est l'ancre de notre salut, le fondement de notre vie, le guide sur le chemin qui mène au ciel. L'apôtre Paul le dit : « Nous sommes sauvés par l'espérance » (Rm 8,24).
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymnes 42, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p 81-87.95 ; rev.)
« Le Père du ciel donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Le Créateur ‒ prends garde à ce que je vais t’expliquer ! ‒ enverra l’Esprit divin, je ne dis pas une autre âme telle que celle que tu avais, mais l’Esprit, je veux dire celui qui vient de Dieu, qui soufflera, qui habitera, qui fixera son séjour substantiellement en toi, qui t’illuminera, te fera briller et te recréera tout entier, qui, de corruptible, te rendra incorruptible et remettre à neuf la maison décrépite, je veux dire la maison de ton âme : et avec elle, il rendra incorruptible, ton corps tout entier, et il te fera dieu par grâce, semblable à ton Modèle.
Ô merveille ! ô mystère inconnu à tous (…), ‒ inconnu à ceux qui ne se sont pas donné un cœur pur, inconnu à ceux qui ne demandent pas, d’un cœur fervent, à recevoir l’Esprit divin, inconnu à ceux qui ne croient pas que, maintenant encore, Dieu accorde l’Esprit divin à ceux qui le cherchent. Car l’incrédulité écarte et chasse l’Esprit divin : quiconque ne croit pas ne demande pas ; ne demandant pas, il ne reçoit pas non plus. (…) [Le Maître de tous les êtres célestes et terrestres] nous a donné l’Esprit divin, (…) et cet Esprit, étant Dieu, nous procure tous les biens.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Catéchèse 33 (trad. SC 113, p.257)
« Pour celui qui frappe, la porte s'ouvre »
Le Christ dit aux docteurs de la Loi : « Malheureux êtes-vous parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance »(Lc 11,52). Qu'est-ce que la clef de la connaissance sinon la grâce du Saint Esprit donnée par la foi, qui par l'illumination produit la pleine connaissance, et qui ouvre notre esprit fermé et voilé ? ... Et je dirai encore : la porte, c'est le Fils : « Je suis la porte, » dit-il. La clef de la porte, l'Esprit Saint : « Recevez l'Esprit Saint, dit-il ; ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur sont remis, ceux à qui vous les retenez, ils sont retenus ». La maison, c'est le Père : « Car dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ». Fais donc soigneusement attention au sens spirituel de ces paroles... Si la porte ne s'ouvre pas, personne n'entre dans la maison du Père, comme dit le Christ : « Personne ne vient au Père, sinon par moi ».
Or, que l'Esprit Saint le premier ouvre notre esprit et nous enseigne ce qui concerne le Père et le Fils, c'est encore lui qui l'a dit : « Quand viendra l'Esprit de vérité qui procède du Père, il témoignera à mon sujet, et il vous guidera dans la vérité tout entière ». Tu vois comment, par l'Esprit ou plutôt dans l'Esprit, le Père et le Fils se donnent à connaître inséparablement...
En effet, si on appelle clef le Saint Esprit, c'est que par lui et en lui d'abord nous avons l'esprit éclairé et, purifiés, nous sommes illuminés de la lumière de la connaissance et baptisés d'en-haut, régénérés et rendus enfants de Dieu, comme dit Paul : « L'Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables », et encore : « Dieu a donné son Esprit en nos cœurs, qui crie : ' Abba, Père ' ». C'est donc lui qui nous montre la porte, porte qui est lumière, et la porte nous apprend que celui qui habite dans la maison est lui aussi lumière inaccessible.
(Références bibliques : Lc 11,52 ; Jn 10,7.9 ; 20,22-23 ; 14,2 ; 10,3 ; 14,6 ; 15,26 ; 6,13 ; Rm 8,26 ; Ga 4,6)
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Invocation au Saint Esprit, introduction aux Hymnes (trad. Cerf 1979, p.114)
« Combien plus le Père céleste ne donnera-t-il l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent ? »
Viens, Esprit Saint. Viens, lumière véritable. Viens, vie éternelle. Viens, mystère caché. Viens, trésor sans nom. Viens, réalité ineffable. Viens, félicité sans fin. Viens, lumière sans couchant. Viens, réveil de ceux qui se sont endormis. Viens, résurrection des morts. Viens, ô Puissant, qui toujours fais et refais et transformes tout par ton seul vouloir. Viens, toi qui toujours demeures immobile et pourtant à chaque instant te mets tout entier en mouvement pour venir à nous, couchés parmi les morts, ô toi qui es au-dessus de tous les cieux.
Viens, joie éternelle. Viens, toi qu'a désiré et que désire mon âme misérable. Viens, toi le Seul, au seul, puisque, tu le vois, je suis seul. Viens, toi qui m'as séparé de tout et m'as fait solitaire en ce monde. Viens, toi devenu toi-même en moi désir, qui m'as fait te désirer, toi l'absolument inaccessible. Viens, mon souffle et ma vie. Viens, consolation de ma pauvre âme. Viens, ma joie, ma gloire, mes délices sans fin.
Je te rends grâces d'être devenu un seul esprit avec moi (Rm 8,16), sans confusion, sans changement, sans transformation, toi le Dieu au-dessus de tout, et d'être pour moi devenu tout en tous (1Co 15,28)... Je te rends grâces d'être pour moi devenu lumière sans couchant, soleil sans déclin ; car tu n'as pas où te cacher, toi qui de ta gloire emplis l'univers. Non, jamais à personne tu ne t'es caché mais c'est nous qui toujours nous cachons de toi, en refusant d'aller à toi...
Viens donc, ô Maître, aujourd'hui dresse en moi ta tente (Jn 1,14) ; fais ta maison et demeure continuellement, inséparablement, jusqu'au bout, en moi ton serviteur, ô très bon, et que moi aussi, à ma sortie de ce monde, je me retrouve en toi, ô très bon, et règne avec toi, Dieu qui es au-dessus de tout.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Invocation du Saint Esprit, introduction aux Hymnes ; SC 156 (trad. SC p. 163 rev.)
« Combien plus le Père céleste ne donnera-t-il l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent ? »
Viens, lumière véritable. Viens, vie éternelle. Viens, mystère caché. Viens, trésor sans nom. Viens, réalité inexprimable. Viens, personne inconcevable. Viens, bonheur sans fin. Viens, lumière sans couchant. Viens, attente infaillible de tous ceux qui doivent être sauvés. Viens, réveil de ceux qui se sont endormis. Viens, résurrection des morts. Viens, Puissant, qui toujours fais et refais et transformes tout par ton seul vouloir… Viens, toi qui demeures toujours immobile et pourtant à chaque instant te mets tout entier en mouvement pour venir à nous, couchés parmi les morts, toi qui es au-dessus de tous les cieux… Viens, joie éternelle. Viens, couronne impérissable (1Co 9,25). Viens, pourpre du grand roi notre Dieu... Viens, toi qu'a désiré et que désire mon âme misérable. Toi le Seul, viens au seul, puisque, tu le vois, je suis seul… Viens, toi devenu toi-même en moi désir, qui m'as fait te désirer, toi l'absolument inaccessible. Viens, mon souffle et ma vie. Viens, consolation de ma pauvre âme. Viens, ma joie, ma gloire, mon allégresse sans fin.
Je te rends grâce d'être devenu un seul esprit avec moi (Rm 8,16), sans confusion, sans changement, sans transformation, toi le Dieu au-dessus de tout, et d'être pour moi devenu tout en tous (1Co 15,28)... Je te rends grâce d'être pour moi devenu lumière sans couchant, soleil sans déclin, car tu n’as pas d’endroit où te cacher, toi qui emplis l'univers de ta gloire. Non, jamais à personne tu ne t'es caché, mais c'est nous qui toujours nous cachons de toi, en refusant d'aller à toi…
Viens donc, Maître, aujourd'hui dresse en moi ta tente (Jn 1,14) ; fais ta maison et demeure en moi ton serviteur continuellement, inséparablement, jusqu'au bout, toi qui es très bon. Et que moi aussi, à ma sortie de ce monde, je me retrouve en toi, ô très bon, et règne avec toi, Dieu qui es au-dessus de tout.
ou
Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), théologien, fondateur de l'Oratoire de Jésus
Lettre 143, 1-2 ; Opuscules de piété, Grandeurs de Jésus 238
« Celui qui cherche trouve »
Nous devons toujours chercher le Fils de Dieu, et nous devons toujours le trouver, car qui le cherche le trouve. Il y a trois demeures principales dans lesquelles nous le devons chercher et nous le devons trouver. La première est dans le sein du Père. Oh ! quelle demeure, quel séjour ! La deuxième est en l'humanité en laquelle il a voulu habiter. La troisième est le cœur et le sein de la Vierge. Voilà trois demeures très grandes, très dignes, mais elles sont toutes intérieures, toutes spirituelles, toutes divines.
Il y en a d'autres plus sensibles [plus tangibles] ; car comme le Fils de Dieu, prenant notre humanité, s'est rendu sensible, aussi a-t-il, en cette qualité, des demeures sensibles. Entre ces demeures, il y en a trois principales et particulières : la première c'est Bethléem, lieu de sa naissance ; la deuxième c'est Nazareth, où il a été conçu et élevé ; la troisième c'est le Calvaire, où il est souffrant et expirant. Toute notre vie doit être employée à chercher le Fils de Dieu, et toute notre année à le considérer, adorer et imiter en ces trois demeures, où le Fils de Dieu a opéré la plupart de ses mystères. En ce mystère, je le dois chercher non dans les palais, mais dans une étable...
Puisque Dieu cherche la terre, aime la terre, je veux me convertir maintenant non au ciel, mais à la terre, et y chercher Jésus Christ.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Compendium theologiae, II, ch. 1 (trad. Orval)
Il convient à l'homme de prier
Selon le dessein providentiel de Dieu, il est donné à tout ce qui existe le moyen de parvenir à sa fin comme il convient à sa nature. Les hommes aussi ont reçu, pour obtenir ce qu'ils espèrent de Dieu, un moyen adapté à la condition humaine. Cette condition veut que l'homme se serve de la prière pour obtenir d'autrui ce qu'il espère, surtout si celui à qui il s'adresse lui est supérieur. C'est pourquoi il est recommandé aux hommes de prier pour obtenir de Dieu ce qu'ils espèrent recevoir de lui. Mais la nécessité de la prière est différente selon qu'il s'agit d'obtenir quelque chose d'un homme ou de Dieu.
Quand la prière s'adresse à un homme, elle doit d'abord exprimer le désir et le besoin de celui qui prie. Il faut aussi qu'elle fléchisse, jusqu'à le faire céder, le cœur de celui qu'on implore. Or ces deux éléments n'ont plus de place dans la prière faite à Dieu. En priant, nous n'avons pas à nous inquiéter de manifester nos désirs ou nos besoins à Dieu qui connaît tout. C'est ainsi que le psalmiste dit au Seigneur : « Tout mon désir est devant toi » (Ps 37,10). Et nous lisons dans l'Évangile : « Votre Père sait que vous avez besoin de tout cela » (Mt 6,8). Il ne s'agit pas non plus d'infléchir, par des paroles humaines, la volonté divine à vouloir ce que d'abord elle ne voulait pas, car il est dit au livre des Nombres : « Dieu n'est pas comme un homme, pour qu'il mente, ni fils d'Adam, pour qu'il change » (23,29).
TEMPS ORDINAIRE XXVII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
Des principautés, chap. II-X ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery; éd. du Cerf, 1958; p. 10-18; rev.)
D’où viennent les puissance ennemies ?
D’où vient une si grande variété et cette diversité de puissances ennemies, dressées contre l’homme, que le bienheureux Apôtre énumère comme il suit : « Nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les chefs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air » (Eph 6,12) (…). D’où ont surgi pour nous ces adversaires jaloux et d’une si grande malice ? Faut-il croire que le Seigneur ait créé ces puissances, à dessein précisément qu’elles fissent la guerre aux hommes, avec cette diversité dans la dignité et le rang ? (…)
Dieu nous garde de professer jamais qu’il ait rien créé de substantiellement mauvais, lorsque l’Écriture nous dit : « Tout ce que Dieu avait fait était très bon ! » (Gn 1,31) (…) Avant qu’il fondât le monde visible, Dieu fit les vertus spirituelles et célestes, afin que, connaissant qu’elles avaient été produites de rien pour une telle gloire et béatitude par un pur bienfait du créateur, elles lui en rendissent de perpétuelles action de grâces et fussent adonnées sans cesse à le louer. Ceci ne fait doute pour personne parmi les chrétiens. (…)
De leur nombre plusieurs tombèrent qui avaient tenu les premiers rangs : (…) « Cependant, vous mourrez comme de hommes, et vous tomberez comme l’un des princes » (Ps 81(82),7). (…) La jalousie du démon, qui le poussa à tromper l’homme par ses artifices, a sa cause dans sa chute : il voyait appelé à la gloire qui avait été la sienne, lorsqu’il il était l’un des princes, et dont il se souvenait d’être déchu, l’homme qui venait d’être formé du limon de la terre. Sa première faute a donc été une faute d’orgueil, et c’est elle qui lui a valu sa déchéance et le nom de serpent.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
Catéchèse 23 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 254-256 ; rev.)
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11,23)
Mes frères, pères et enfants, que la parole de mon humble personne ne vous accable pas ! Croyez bien que mes interventions perpétuelles proviennent de l’amour que je vous porte et du pressant souci que j’ai de vous (…). Nettoyez devant les yeux de votre âme le sentier des commandements de Dieu, les épines, les obstacles, (…) suivez la route droite et « trouvez » comme il est écrit « le repos pour vos âmes » (Mt 11,29). (…)
Trouvez-bon, mes frères, d’être une phalange militante du Christ, une armée levée par Dieu. L’ennemi frappera de toutes manières ; mais si vous serrez les rangs, en vérité, chaque fois, il se retirera en se lamentant et en protestant : « Je n’ai pas d’endroit où aller », – il l’a dit en quelque endroit par une révélation faite au bienheureux Macaire –, « tous me repoussent ». Voilà ce qu’il dira, mes enfants, et à cause de vous peut-être. Et qu’il ne trouve personne tournant à tout vent et prompt à lui obéir.
Vous avez le Christ pour guide, ses anges pour défenseurs et pour protecteurs. « Ne laissez pas broncher vos pieds et voici qu’il ne s’assoupira, ni ne s’endormira celui qui garde Israël », a dit l’Écriture (Ps 120,3-4 LXX). (…) Il faut se protéger de tous côtés et observer les lois, les coutumes et les règles. Et qu’en toutes choses, Christ, notre Dieu, la droite du Très-Haut (cf. Ps 76,11), vienne à notre secours, qu’il nous guide, qu’il nous garde, qu’il nous sauve jusqu’à la fin de notre vie, car à lui convient la gloire pour les siècles des siècles.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 39 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 322-325 ; rev.)
Le propre du Saint-Esprit et de l’Adversaire
Mes pères, frères, enfants, sans cesse dans sa fureur, l’ennemi s’élance sur nous, mais, sans cesse, il est écarté par les puissances divines (…). Lorsque quelqu’un lui fait place après avoir rejeté le Saint-Esprit et introduit chez lui l’étranger qui lui apprend à faire et à dire tout ce qu’il aime, c’est alors que celui-là trouve une proie. Eh bien, examinons les propriétés des deux forces en action et prêtons, si vous le voulez bien, quelque attention à ce qui va suivre (…).
Qui a le Saint-Esprit possède joie, paix, longanimité, charité. Il profère des paroles plus douces que miel et cire, car « c’est du trop plein du cœur », comme l’a dit notre Seigneur, « que celles-ci jaillissent » (cf. Mt 12,34 ; Gal 5,22), devenues illumination et consolation pour ceux qui les reçoivent. (…) Voulez-vous entendre ce qui est propre de l’adversaire ? (…) Que produit ce cœur-là si ce n’est colère, ressentiment, médisance, reproche, infidélité, animosité, haine et suffisance, indocilité, contestation et désobéissance ? Cette âme-là, illumination, sanctification et piété l’ont réellement fuie ; abaissement, componction et patience l’ont désertée ; gémissements, larmes et lamentations y ont été asséchées (cf. Is 35,10 ; 51,11 LXX) (…) ; oubliée la jouissance des biens que l’on ne peut dire, ni contempler, ni concevoir, ces biens qui nous sont réservés dans le royaume des cieux. (…)
Puisse tout ce qui est détestable s’écarter de vous et tout ce qui est souhaitable arriver et vous advenir dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 691-693 ; 699-700
Le doigt de Dieu
Le nom, les appellations et les symboles de l’Esprit Saint : « Saint Esprit », tel est le nom propre de celui que nous adorons et glorifions avec le Père et le Fils. L’Église l’a reçu du Seigneur et le professe dans le baptême de ses nouveaux enfants (Mt 28,19). Le terme « Esprit » traduit le terme hébreu « ruah » qui, dans son sens premier, signifie souffle, air, vent. Jésus utilise justement l’image sensible du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de celui qui est personnellement le Souffle de Dieu, l’Esprit divin (Jn 3,5-8). D’autre part, Esprit et Saint sont des attributs divins communs aux Trois Personnes divines…
Jésus, lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme le « Paraclet », littéralement : « celui qui est appelé auprès ». « Paraclet » est traduit habituellement par « Consolateur », Jésus étant le premier consolateur. Le Seigneur lui-même appelle l’Esprit Saint « l’Esprit de Vérité »… On trouve chez saint Paul les appellations : l’Esprit de la promesse, l’Esprit d’adoption, l’Esprit du Christ, l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de Dieu, et chez saint Pierre, l’Esprit de gloire.
Les symboles de l’Esprit Saint : [L’eau. L’onction. Le feu. La nuée et la lumière. Le sceau. La colombe.]
La main. C’est en imposant les mains que Jésus guérit les malades et bénit les petits enfants. En son nom, les apôtres feront de même. Mieux encore, c’est par l’imposition des mains des apôtres que l’Esprit Saint est donné. L’Épître aux Hébreux met l’imposition des mains au nombre des articles fondamentaux de son enseignement. Ce signe de l’effusion toute-puissante de l’Esprit Saint, l’Église l’a gardé dans ses épiclèses sacramentelles.
Le doigt. « C’est par le doigt de Dieu que [Jésus] expulse les démons ». Si la Loi de Dieu a été écrite sur des tables de pierre « par le doigt de Dieu » (Ex 31,18), « la lettre du Christ », remise aux soins des apôtres, « est écrite avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs » (2Co 3,3). L’hymne « Veni, Creator Spiritus » invoque l’Esprit Saint comme « le doigt de la droite du Père ».
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de saint François, Legenda major, ch. 12 (trad. Vorreux, Éds franciscaines 1951, p. 675)
« Si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le règne de Dieu est survenu pour vous » (Mt 12,28)
Dans chacune de ses démarches, François était assisté par « l'Esprit du Seigneur », dont il avait reçu « l'onction et la mission » (Is 61,1) et par « le Christ, puissance et sagesse de Dieu » (1Co 1,24)... Sa parole était un feu ardent, pénétrant jusqu'au fond des cœurs, et remplissait d'admiration tous ses auditeurs, car elle ne faisait pas étalage d'ornements inventés par une intelligence humaine, mais ne répandait que le parfum de vérités révélées par Dieu.
On s'en aperçut bien un jour où, devant prêcher en présence du pape et de ses cardinaux..., il avait appris par cœur un sermon soigneusement composé ; mais une fois debout au milieu de l'assemblée..., il l'oublia entièrement sans en pouvoir retrouver un seul mot. Il avoua le fait humblement, se recueillit pour invoquer la grâce de l'Esprit Saint et trouva aussitôt une éloquence si persuasive, si puissante sur l'âme de ses auditeurs illustres, que cette évidence éclatait à tous les yeux : ce n'était plus lui qui parlait, mais l'Esprit du Seigneur...
Il n'avait pas pour habitude de caresser les vices des grands, mais d'y porter le fer ; ni de traiter avec ménagements la vie des pécheurs, mais de leur asséner des admonestations sévères. Il s'en prenait aux grands et aux petits avec la même vigueur et trouvait la même joie à s'adresser à de petits groupes qu'à des auditoires immenses. Hommes et femmes, jeunes et vieux, couraient voir et entendre cet homme nouveau envoyé du ciel ; il parcourait les provinces, annonçant avec ardeur la bonne nouvelle, « avec l'aide du Seigneur qui, à renfort de miracles, confirmait sa doctrine » (Mc 16,20). « Au nom du Seigneur », en effet, ce héraut de la vérité « chassait les démons et guérissait les malades » (Mc 1,34)).
ou
Saint Irénée de Lyon (vers 130-vers 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, V, 5, 2 (trad. SC 153, p. 63s rev.)
« Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Règne de Dieu est survenu »
Énoch, pour avoir plu à Dieu, a été transféré au ciel en son corps, préfigurant ainsi le transfert des justes. Élie aussi a été enlevé tel qu'il se trouvait dans la substance de sa chair modelée (2R 2, 11), prophétisant par là l'enlèvement des hommes spirituels. Leurs corps n’a en rien fait obstacle à ce transfert et à cet enlèvement : c'est par les mêmes mains par lesquelles ils avaient été modelés à l'origine (Gn 2, 7) qu'ils ont été transférés et enlevés. Car, en Adam, les mains de Dieu s'étaient accoutumées à diriger, à tenir et à porter l'ouvrage modelé par elles, à le transporter et à le placer où elles voulaient. Où donc a été placé le premier homme ? Dans le paradis, sans aucun doute, selon ce que dit l'Écriture : « Et Dieu planta un paradis en Eden, du côté de l'Orient, et il y plaça l'homme qu'il avait modelé » (v.8). Et c'est de là qu'il a été expulsé en ce monde, pour avoir désobéi…
Est-ce que quelqu'un croit que c’est impossible que des hommes demeurent vivants aussi longtemps que les premiers patriarches ? Ou croit-il qu'Élie n'a pas été enlevé en sa chair, mais que sa chair a été consumée sur le char de feu ? Qu'il considère que Jonas, après avoir été précipité au fond de la mer et englouti dans le ventre du poisson, a été rejeté sain et sauf sur le rivage par l'ordre de Dieu. Ananias, Azarias et Misaël, jetés dans une fournaise de feu chauffée au septuple, n'ont éprouvé aucun mal et l'odeur même du feu ne s’est pas trouvé en eux (Dn 3, 27). Si la main de Dieu les a assistés et a accompli en eux des choses extraordinaires et impossibles à la nature humaine, qu'y a-t-il d'étonnant si, en ceux qui ont été transférés, cette même main a aussi réalisé une chose extraordinaire, en exécutant la volonté du Père ? Or cette Main c'est le Fils de Dieu. (cf Dn 3, 25)
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies IV, Pr 4 ; 39, 2 (trad. SC 100 rev.)
Le doigt de Dieu
L'homme est un mélange d'âme et de chair, une chair formée selon la ressemblance de Dieu et modelée par ses deux Mains, c'est-à-dire le Fils et l'Esprit. C'est à eux qu'il a dit : « Faisons l'homme » (Gn 1,26)...
Mais comment seras-tu divinisé un jour si tu n'as pas encore été fait homme ? Comment seras-tu parfait, alors que tu viens à peine d'être créé ? Comment seras-tu immortel, alors que, dans une nature mortelle, tu n'as pas obéi à ton Créateur ? ... Puisque tu es l'ouvrage de Dieu, attends patiemment la Main de ton Artiste, qui fait toutes choses en temps opportun. Présente-lui un cœur souple et docile et garde la forme que t'a donnée cet Artiste, ayant en toi l'eau qui vient de lui et sans quoi, en t'endurcissant, tu rejetterais l'empreinte de ses doigts.
En te laissant former par lui, tu monteras à la perfection, car par cet art de Dieu va être cachée l'argile qui est en toi ; sa Main a créé ta substance... Mais si, en t'endurcissant, tu repousses son art et te montres mécontent de ce qu'il t'a fait homme, tu auras rejeté par ton ingratitude envers Dieu non seulement son art mais la vie elle-même ; car former est le propre de la bonté de Dieu et être formé est le propre de la nature de l'homme. Si donc tu te livres à lui en lui donnant ta foi en lui et la soumission, tu recevras le bénéfice de son art et tu seras le parfait ouvrage de Dieu. Si, au contraire, tu lui résistes et si tu fuis ses Mains, la cause de ton inachèvement résidera en toi qui n'as pas obéi, non en lui.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
CE 33 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p. 56)
Le lieu du combat spirituel
Le lieu du combat entre Dieu et Satan, c'est l'âme humaine, à chaque instant de la vie. Il est donc nécessaire que l'âme laisse libre accès au Seigneur pour qu'il la fortifie de tout côté et par toutes sortes d'armes. Ainsi sa lumière peut venir l'illuminer pour mieux combattre les ténèbres de l'erreur. Revêtue du Christ (Ga 3,27), de sa vérité et de sa justice, protégée par le bouclier de la foi et par la parole de Dieu, elle vaincra ses ennemis, aussi puissants soient-ils (Ep 6,13s). Mais pour être revêtu du Christ, encore faut-il mourir à soi-même.
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-405), moine
Homélie 33 ; PG 34, 741-743 (trad. coll. Icthus, t. 11, p. 155 rev.)
« Sa maison, c'est nous » (He 3,6)
Le Seigneur se pose dans une âme fervente, il en fait son trône de gloire, il s'y assied et y demeure... Cette maison qu'habite son maître est toute grâce, ordre et beauté, comme l'âme avec qui et en qui le Seigneur demeure n'est qu'ordre et beauté. Elle possède le Seigneur et tous ses trésors spirituels. Il en est l'habitant, il en est le chef.
Mais qu'elle est affreuse la maison dont le maître est absent, dont le Seigneur est au loin ! Elle se délabre, tombe en ruines, s'emplit de souillures et de désordre. Elle devient, selon le mot d'un prophète, un repaire de serpents et de démons (Is 34,14). La maison abandonnée s'emplit de chats, de chiens, d'ordures. Et qu'elle est malheureuse l'âme qui ne peut se relever de sa chute funeste, qui se laisse entraîner et en vient à haïr son époux et à arracher ses pensées de Jésus Christ !
Mais quand le Seigneur la voit se recueillir et chercher nuit et jour son Seigneur, crier vers lui ainsi qu'il l'y invite : « Priez sans cesse », alors « Dieu lui fera justice » (Lc 18,1.7) -- il l'a promis -- et il la purifiera de toute méchanceté. Il s'en fera « une épouse sans tache ni ride » (Ep 5,27). Crois en sa promesse ; elle est vérité. Regarde si ton âme a trouvé la lumière qui éclairera ses pas et la nourriture et la boisson véritables que sont le Seigneur. Te manquent-elles encore ? Cherche nuit et jour, tu les trouveras.
ou
Diadoque de Photicé (v. 400- ?), évêque
Cent chapitres sur la connaissance, 6, 26s ; PG 65, 1169s (trad. Orval)
Le Saint Esprit triomphe en nous des esprits du mal
C'est une lumière de vraie connaissance que de discerner sans erreur le bien du mal... En effet, ceux qui combattent doivent garder sans cesse le calme de la pensée ; ainsi l'esprit pourra discerner les suggestions qui la traversent et il déposera celles qui sont bonnes et viennent de Dieu dans le trésor de la mémoire, tandis qu'il rejettera celles qui sont mauvaises et diaboliques. Lorsque la mer est calme, les pêcheurs aperçoivent le mouvement de ses profondeurs à tel point que presque aucun des êtres qui en parcourent les sentiers ne leur échappe ; mais quand elle est agitée par les vents, elle cache dans sa sombre agitation ce qu'elle montre volontiers dans sa tranquillité...
C'est seulement au Saint Esprit qu'il appartient de purifier l'esprit, car à moins qu'un plus fort n'entre pour dépouiller le voleur, le butin ne sera pas du tout repris. Il faut donc par tous les moyens, et spécialement par la paix de l'âme, offrir un gîte au Saint Esprit, afin d'avoir la lampe de la connaissance toujours brillante en nous. Car si elle rayonne sans cesse dans les replis de l'âme, non seulement toutes les insinuations dures et sombres des démons deviennent évidentes, mais encore elles s'affaiblissent considérablement, déjouées par cette sainte et glorieuse lumière. C'est pourquoi l'apôtre Paul dit : « N'éteignez pas l'Esprit » (1Th 5,19).
TEMPS ORDINAIRE XXVII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la science spirituelle, chap. IX ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958; p. 200-201; rev.)
Les paroles salutaires qui réjouissent le cœur de l’homme
L’esprit humain ne saurait demeurer vide de pensées. S’il ne s’occupe des choses de Dieu, il reste fatalement engagé dans ce qu’il a précédemment appris ; tant qu’il n’a pas où revenir à tout moment et exercer son infatigable activité, une pente irrésistible l’entraîne vers les sujets dont il fut imbu dès la première enfance. (…)
Recueillies avec empressement, soigneusement déposées et étiquetées dans les retraites de l’âme, munies du cachet du silence, il en sera des paroles salutaires comme de vins au parfum suave, qui réjouissent le cœur de l’homme. Mûries par de longues réflexions et dans les lenteurs de la patience, vous les verserez du réceptacle de votre poitrine avec des flots de senteurs embaumés ; telle une fontaine sans cesse jaillissante, elles surabonderont des conduits de l’expérience et des canaux inondants des vertus ; elles sourdront de votre cœur, comme d’un abîme, en fleuves intarissables.
Il arrivera de vous, en effet, ce qui est dit dans les Proverbes à l’homme pour qui toutes ces choses sont devenues des réalités : « Bois l’eau de tes citernes et de la source de tes puits. » (Pr 5, 15 LXX) Selon la parole du prophète Isaïe, « vous serez comme un jardin bien arrosé, comme une source d’eau qui jamais ne tarit. Les lieux déserts depuis des siècles seront pour vous bâtis ; vous relèverez les fondements posés de génération en génération. » (Is 58, 11-12) La béatitude promise par le même prophète vous sera donnée en partage : « Le Seigneur ne fera plus s’éloigner de toi ton maître, et tes yeux verront ton précepteur. Tes oreilles entendront la voix de celui qui t’avertira, criant derrière toi : Voici le chemin ; marchez-y ; ne vous en détournez ni à droite ni à gauche. » (Is 30, 20-21)
Et, de la sorte, il se fera que non seulement toute la direction de votre cœur et son étude, mais les écarts mêmes de vos pensées et leur vagabondage incertain ne seront plus qu’une sainte et incessante méditation de la loi divine.
ou
Cardinal Charles Journet (1891-1975)
théologien
Conférences données à Genève de 1972 à 1974 sur l’Évangile selon Saint Jean. (Texte publié par la Fondation Cardinal Journet, pp.181-182, rev.)
Heureuse celle qui a été ta Mère
Jésus parlait à la foule ; certains ne comprenaient pas, discutaient, et une femme a dit : « Heureuse celle qui a été ta mère et qui t'a enfanté ! » Une femme qui crie cela, c'est splendide, ces choses-là ! Le peuple, dans ce qu'il a d'authentique, profond ! À ce moment-là, Jésus dira : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la pratiquent » – il veut échapper à cet encerclement de la famille, on dirait aujourd'hui « l'encerclement des équipes» ; dans les pays de montagnes ou de campagne, les liens familiaux sont très serrés, cela fait comme des espèces de petites tribus. Jésus s'écarte.
On lui dit : « Ta mère et tes frères sont à la porte. — Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Ceux qui font la parole de Dieu » (Cf. Lc 8,20-21) — il fonde une société qui est transnaturelle ; elle n'est pas fondée sur le rapprochement des sensibilités, des conditions sociales de classe et d'origine. Non, autre chose. Il dira de cette femme : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la pratiquent ». Mais cette femme, elle avait entendu la parole de Dieu, puisqu'elle lui avait dit : « Heureuse celle qui a été ta mère ! » (Lc 8, 19-21 ; 11, 27-28). Ce n'est pas un blâme que Jésus lui adresse, c'est au contraire une confirmation, disant : — Heureuse es-tu d'avoir compris qu'il y a quelque chose de plus grand que les relations familiales, quelque chose qui donne aux relations familiales, quand elles sont acceptées, ce qu'elles peuvent avoir de lumière, mais qui est d'un autre ordre.
Eh bien ! voilà les choses qui nous sont annoncées, que les saints ont comprises et dont ils ont vécu.
ou
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 288 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Heureuse celle qui a cru » (Lc 1,45)
Vierge et Mère Marie,
toi qui, mue par l’Esprit,
as accueilli le Verbe de la vie
dans la profondeur de ta foi humble,
totalement abandonnée à l’Éternel,
aide-nous à dire notre « oui »
dans l’urgence, plus que jamais pressante,
de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.
Toi, remplie de la présence du Christ,
tu as porté la joie à Jean Baptiste,
le faisant exulter dans le sein de sa mère (Lc 1,41).
Toi, tressaillant de joie,
tu as chanté les merveilles du Seigneur (Lc 1,46s).
Toi, qui es restée ferme près de la croix
avec une foi inébranlable (Jn 19,25)
et as reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
afin que naisse l’Église évangélisatrice (Ac 1,14).
Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités
pour porter à tous l’Évangile de la vie
qui triomphe de la mort.
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
pour que parvienne à tous
le don de la beauté qui ne se ternit pas.
Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation (Lc 2,19),
mère du bel amour (Si 24,24 Vulg),
épouse des noces éternelles (Ap 19,7),
intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,
afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais ne s’arrête
dans sa passion pour instaurer le Royaume.
Étoile de la nouvelle évangélisation,
aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,
du service, de la foi ardente et généreuse,
de la justice et de l’amour pour les pauvres,
pour que la joie de l’Évangile
parvienne jusqu’aux confins de la terre
et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.
Mère de l’Évangile vivant,
source de joie pour les petits,
prie pour nous.
Amen. Alléluia !
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
5e Sermon pour l’Avent 1-3 (Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame; © AELF Paris 1976; 1er mercredi de l' Avent; p. 14-15, rev.)
« Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Lc 2,51)
« Si quelqu'un m'aime, il gardera mes paroles, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui » (Jn 14,23). Ailleurs, j'ai lu : « Qui craint Dieu fera le bien » (Si 15,1). Mais je perçois qu'ici Jésus exprime quelque chose de plus en disant de celui qui l'aime : « Il gardera mes paroles ». Mais où les gardera-t-il ? Dans son cœur, sans aucun doute. Comme dit le prophète : « Dans mon cœur je conserve tes ordres pour ne point faillir envers toi » (Ps 118,11). (...)
Voici comment il te faut garder la parole de Dieu : en effet, « Heureux ceux qui la gardent » (Lc 11,28). Qu'on la fasse donc entrer dans ce qu'on peut appeler les entrailles de l'âme ; qu'elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. Consomme ce qui est bien, et ton âme y trouvera avec joie de quoi s'y nourrir largement. N'oublie pas de manger ton pain pour ne pas laisser ton cœur se dessécher ; de bonne et grasse nourriture rassasie ton âme . Si de la sorte tu t'es mis à garder en toi la parole de Dieu, sans nul doute qu'elle ne te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père ; il viendra, le grand prophète qui rétablira Jérusalem et « qui fera toutes choses nouvelles » (Ac 3,22; Jl 4,1; Ap 21,5).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon sur l'évangile de Matthieu, n° 25, 7-8 ; PL 46, 937 (trad. bréviaire 21/11)
« Heureuse la mère qui t'a porté dans ses entrailles »
Faites attention à ce que dit le Christ Seigneur, étendant la main vers ses disciples : « Voici ma mère et mes frères ». Et ensuite : « Celui qui fait la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, c'est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12,49-50). Est-ce que la Vierge Marie n'a pas fait la volonté du Père, elle qui a cru par la foi, qui a conçu par la foi ?... Sainte Marie a fait, oui, elle a fait la volonté du Père, et par conséquent...Marie était bienheureuse, parce que, avant même d'enfanter le Maître, elle l'a porté dans son sein.
Voyez si ce que je dis n'est pas vrai. Comme le Seigneur passait, suivi par les foules et accomplissant des miracles divins, une femme se mit à dire : « Heureux, bienheureux, le sein qui t'a porté ! » Et qu'est-ce que le Seigneur a répliqué, pour éviter qu'on ne place le bonheur dans la chair ? « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et la gardent ! » Donc, Marie est bienheureuse aussi parce qu'elle a entendu la parole de Dieu et l'a gardée : son âme a gardé la vérité plus que son sein n'a gardé la chair. La Vérité, c'est le Christ ; la chair, c'est le Christ. La vérité, c'est le Christ dans l'âme de Marie ; la chair, c'est le Christ dans le sein de Marie. Ce qui est dans l'âme est davantage que ce qui est dans le sein. Sainte Marie, heureuse Marie !...
Mais vous, mes très chers, regardez vous-mêmes : vous êtes les membres du Christ, et vous êtes le corps du Christ (1Co 12,27)... « Celui qui entend, celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère »... Car il n'y a qu'un seul héritage. C'est pourquoi le Christ, alors qu'il était le Fils unique, n'a pas voulu être seul ; dans sa miséricorde, il a voulu que nous soyons héritiers du Père, que nous soyons héritiers avec lui (Rm 8,17).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
« Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent »
Marie était très réservée ; nous en trouvons la preuve dans l'Évangile. Quand voyez-vous qu'elle ait été loquace ou pleine de présomption ? Un jour, elle se tenait à la porte, désirant parler à son fils, mais elle n'a pas usé de son autorité maternelle ni pour interrompre sa prédication, ni pour entrer dans la maison où il prêchait. (Mc 3, 31)
Si j'ai bonne mémoire, les évangélistes ne font entendre que quatre fois les paroles de Marie. La première, quand elle s'adresse à l'ange ; encore n'est-ce qu'une réponse. La seconde, dans sa visite à Élisabeth, lorsque, magnifiée par sa cousine, Marie voulut plus encore magnifier le Seigneur. La troisième, quand elle se plaignit à son fils, alors âgé de douze ans, que son père et elle-même l'avaient cherché dans l'inquiétude. La quatrième, aux noces de Cana, quand elle interpella son fils et les serviteurs.
Dans toutes les autres circonstances, Marie se montre lente à parler, prompte à écouter, car « elle conservait toutes ces paroles, les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19.51). Non, vous ne trouverez nulle part qu'elle ait parlé, même du mystère de l'Incarnation. Malheur à nous qui avons le souffle aux narines ! Malheur à nous qui répandons toute notre âme, comme un récipient qui serait percé !
Que de fois Marie a entendu son fils, non seulement parler en paraboles à la foule, mais dans l'intimité, révéler aux disciples les secrets du Royaume des cieux. Elle l'a vu faire des miracles, puis suspendu à la croix, expirant, ressuscité, et montant au ciel. Combien de fois nous dit-on qu'en toutes ces circonstances la voix de la Vierge se soit faite entendre ?... Plus Marie est grande, plus elle s'humilie non seulement en tout, mais plus que tous.
ou
Saint Sophrone de Jérusalem ( ?-639), moine, évêque
Homélie pour l'Annonciation, 2 ; PG 87, 3, 3241 (trad. bréviaire )
« Heureuse la mère qui t'a porté »
« Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1,28) Et que peut-il y avoir de supérieur à cette joie, ô Vierge Mère ? Que peut-il y avoir au-dessus de cette grâce ?... Vraiment « tu es bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42), parce que tu as transformé la malédiction d'Ève en bénédiction ; parce que Adam, qui auparavant était maudit, a obtenu d'être béni à cause de toi.
Vraiment « tu es bénie entre toutes les femmes », parce que, grâce à toi, la bénédiction du Père s'est levée sur les hommes et les a délivrés de l'antique malédiction.
Vraiment « tu es bénie entre toutes les femmes », parce que, grâce à toi, tes ancêtres sont sauvés, car c'est toi qui vas engendrer le Sauveur qui leur procurera le salut.
Vraiment, « tu es bénie entre toutes les femmes », parce que, sans avoir reçu de semence, tu as porté ce fruit qui fait don à la terre entière de la bénédiction, et la rachète de la malédiction d'où naissent les épines.
Vraiment, « tu es bénie entre toutes les femmes », parce que, étant femme par nature, tu deviens effectivement Mère de Dieu. Car si celui que tu dois enfanter est en vérité Dieu incarné, tu es appelée Mère de Dieu à très juste titre, puisque c'est Dieu que tu enfantes en toute vérité.
ou
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église
Sermon 45, PL 144, 747 (trad. Orval)
Heureux ceux qui accueillent la Parole de Dieu, son Verbe
Il appartient à la Vierge Marie d'avoir conçu le Christ en son sein, mais c'est le partage de tous les élus de le porter avec amour dans leur cœur. Heureuse, oui, très heureuse la femme qui a porté Jésus en elle durant neuf mois (Lc 11,27). Heureux, nous aussi, lorsque nous veillons à le porter sans cesse en notre cœur. Certes, la conception du Christ dans le sein de Marie a été une grande merveille, mais ce n'est pas une moindre merveille que de le voir devenir l'hôte de notre poitrine. C'est le sens de ce témoignage de Jean : « Me voici à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20)... Ici encore, mes frères, considérons quelle est notre dignité et notre ressemblance avec Marie. La Vierge a conçu le Christ dans ses entrailles de chair, et nous le portons dans celles de notre cœur. Marie a nourri le Christ en donnant à ses lèvres le lait de son sein, et nous pouvons lui offrir le repas varié des bonnes actions qui font ses délices.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 31 sur le Cantique des Cantiques (trad. Émery rev.)
« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1,45)
Les hommes de l'ancienne alliance étaient sous le régime des symboles. Pour nous, par la grâce du Christ présent dans la chair, la vérité elle-même s'est mise à resplendir. Et pourtant, par rapport au monde à venir, nous vivons encore d'une certaine manière dans l'ombre de la vérité. L'apôtre Paul écrit : « Partielle est notre connaissance, partielle notre prophétie » (1Co 13,9) et « Non, je n'estime pas avoir déjà saisi » (Ph 3,13). En effet, comment ne pas faire de différence entre celui qui marche par la foi et celui qui se trouve dans la claire vision ? Ainsi « le juste vit de la foi » (Ha 2,4 ;Rm 1,17) -- c'est le bienheureux qui exulte dans la vision de la vérité ; maintenant l'homme saint vit encore à l'ombre du Christ... Et elle est bonne, cette ombre de la foi ; elle filtre la lumière aveuglante pour notre regard encore enténébré et prépare notre œil à supporter la lumière. Il est écrit en effet : « Dieu a purifié leurs cœurs par la foi » (Ac 15,9). La foi donc n'a pas pour effet d'éteindre la lumière, mais de la conserver. Tout ce que les anges contemplent à découvert, l'ombre de la foi le garde pour moi ; elle le fait reposer dans son sein pour le révéler au moment voulu. N'est-ce pas une bonne chose qu'elle tienne enveloppé ce que tu ne peux pas encore saisir sans voile ?
D'ailleurs la mère du Seigneur vivait elle aussi dans l'ombre de la foi, puisqu'on lui a dit : « Heureuse es tu, toi qui as cru » (Lc 1,45). Et du corps du Christ elle a aussi reçu une ombre, selon le message de l'ange : « La puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1,35). Cette ombre n'a donc rien de méprisable puisque c'est la puissance du Très-Haut qui la projette. Oui vraiment, il y avait dans la chair du Christ une force qui couvrait la Vierge de son ombre, afin que l'écran de ce corps vivifiant lui permette de supporter la présence divine, de soutenir l'éclat de la lumière inaccessible, chose impossible à une femme mortelle. Cette puissance a dompté toute force adverse ; la force de cette ombre chasse les démons et protège les hommes. Puissance vraiment vivifiante et ombre vraiment rafraîchissante ! Et nous, c'est bien dans l'ombre du Christ que nous vivons, puisque nous marchons par la foi et que nous recevons la vie en étant nourris de sa chair.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélie sur St Luc ; L. IV, 49 (trad. rev. Tournay)
« Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent »
« Heureuse la mère qui t'a porté et qui t'a nourri de son lait. » Grande est la dévotion, grande est la foi qui s'expriment dans cette parole de la femme de l'évangile. Tandis que les scribes et les pharisiens mettent le Seigneur à l'épreuve et le blasphèment, devant tous cette femme reconnaît son incarnation avec une telle loyauté, elle la confesse avec une telle assurance, qu'elle déjoue la calomnie de ses contemporains et la fausse foi des hérétiques à venir. Offensant les œuvres de l'Esprit Saint, les contemporains de Jésus niaient qu'il soit vraiment Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Dans la suite, des hommes ont aussi nié que Marie toujours vierge ait, par l'opération de l'Esprit Saint, fourni la substance de sa chair au Fils de Dieu qui devait naître avec un vrai corps humain ; ils ont nié qu'il soit vraiment Fils de l'homme, de même nature que sa mère. Mais l'apôtre Paul dément cette opinion lorsqu'il dit de Jésus qu'il est « né d'une femme, soumis à la Loi » (Ga 4,4). Car, conçu du sein de la Vierge, il a tiré sa chair non du néant, ni d'ailleurs, mais du corps de sa mère. Autrement il ne serait pas exact de l'appeler vraiment Fils de l'homme...
Heureuse mère en vérité qui, selon l'expression du poète, « a enfanté le Roi qui régit ciel et terre à travers tous les siècles. Elle a les joies de la maternité et l'honneur de la virginité. Avant elle on n'a pas vu de femme pareille, et on n'en verra pas après elle » (Sedulius).Et pourtant le Seigneur ajoute : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Le Sauveur donne au témoignage de cette femme une confirmation magnifique. Non seulement il déclare bienheureuse celle à qui il a été donné d'enfanter corporellement le Verbe de Dieu, mais bienheureux aussi tous ceux qui s'appliqueront à concevoir spirituellement le même Verbe par l'écoute de la foi, à l'enfanter et à le nourrir soit dans leur cœur, soit dans celui des autres, le gardant présent en pratiquant le bien.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Prière de l'Église (cf Source Cachée, Ad Solem/Cerf 1999, p. 65)
« Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent »
C'est dans le silence éternel de la vie intérieure de Dieu que la décision de la rédemption a été prise. Et c'est dans l'obscurité d'une maison silencieuse de Nazareth que la force de l'Esprit Saint est descendue sur la Vierge, seule et en prière, et que l'incarnation du Sauveur s'est réalisée. Ensuite, réunie autour de la Vierge silencieuse en prière (Ac 1,14), l'Église naissante espérait la nouvelle effusion de l'Esprit, qui avait été promise pour lui donner vie, lui donner sa clarté intérieure, sa fécondité et son efficacité...
Dans ce dialogue silencieux entre les êtres bénis de Dieu et leur Seigneur se préparent les événements de l'histoire de l'Église, visibles de loin et qui renouvellent la face de la terre (Ps 103,30). La Vierge, qui gardait dans son cœur chaque parole dite de la part du Seigneur (Lc 2,19 ; 1,45), préfigure les êtres attentifs en qui la prière sacerdotale de Jésus renaît sans cesse à la vie.