TEMPS ORDINAIRE XXXI - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Josémaria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie 01/02/1960 in Amigos de Dios, ch. 4, pts. 65-66 (trad. Amis de Dieu, Le Laurier 2000, p. 96)
Bâtir une tour
J’aimais monter à l’une des tours de la cathédrale de Burgos [avec des jeunes] et leur faire contempler de près l’arête du toit, véritable dentelle de pierre, fruit d’un labeur patient, coûteux. Au cours de ces conversations, je leur faisais remarquer que d’en bas l’on n’apercevait pas cette merveille ; et…je faisais ce commentaire : voilà le travail de Dieu, l’œuvre de Dieu ! Achever son travail personnel à la perfection, avec la beauté et la splendeur de ces dentelles de pierre délicates. Ils comprenaient alors, devant cette réalité qui parlait d’elle-même, que tout cela était prière, magnifique dialogue avec le Seigneur. Ceux qui ont usé leurs forces à cette tâche, savaient parfaitement que leur effort ne pourrait pas être apprécié à partir des rues de la ville : il était uniquement pour Dieu…
Nous sommes convaincus que Dieu se trouve partout. Alors nous cultivons les champs en louant le Seigneur, nous sillonnons les mers et exerçons tous les autres métiers en chantant ses miséricordes. Nous demeurons ainsi unis à Dieu à tout instant... Mais n’allez pas oublier que vous vivez aussi en présence des hommes, et qu’ils attendent de vous — de toi ! — un témoignage chrétien.
Voilà pourquoi, dans notre occupation professionnelle, dans ce qui est humain, nous devons agir de telle sorte que si quelqu’un qui nous connaît et nous aime nous voit travailler, nous n’ayons pas à en rougir, et que nous ne lui donnions pas de raison d’en avoir honte… Il ne vous arrivera pas ce qui est arrivé au personnage d’une parabole qui avait décidé d’élever une tour : Après avoir posé les fondations et se trouvant ensuite incapable d’achever, tous ceux qui le voyaient se mettaient à se moquer de lui, en disant : « Voilà un homme qui a commencé de bâtir et a été incapable d’achever ! » Je vous assure que si vous ne perdez pas le point de vue surnaturel, vous couronnerez votre travail, vous terminerez votre cathédrale.
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-405), moine
Homélies spirituelles (trad. Deseille, Coll. Spi. Or. 40, Bellefontaine 1984, p. 114)
Nous livrer à lui totalement
Comment est-il possible que, malgré de tels encouragements et de telles promesses de la part du Seigneur, nous refusions de nous livrer à lui totalement et sans réserve, de renoncer à toutes choses et même à notre propre vie, conformément à l'Évangile (Lc 14, 26), pour n'aimer que lui seul, et rien d'autre avec lui ?
Considère tout ce qui a été fait pour nous : quelle gloire nous a été donnée, que de dispositions en vue de l'histoire du salut faites par le Seigneur depuis les pères et les prophètes, que de promesses, que d'exhortations, quelle compassion de la part du Maître dès les origines ! À la fin, il a manifesté son indicible bienveillance envers nous en venant demeurer lui-même avec nous et en mourant sur la croix pour nous convertir et nous ramener à la vie. Et nous, nous ne laissons pas de côté nos volontés propres, notre amour du monde, nos prédispositions et nos habitudes mauvaises, apparaissant en cela comme des hommes de peu de foi, ou même sans foi aucune.
Et cependant, vois comment, malgré tout cela, Dieu se montre plein d'une douce bonté. Il nous protège et nous soigne invisiblement ; malgré nos fautes, il ne nous livre pas définitivement à la méchanceté et aux illusions du monde ; dans sa grande patience, il nous empêche de périr et guette de loin le moment où nous nous tournerons vers lui.
ou
Saint Basile (vers 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église : Grandes Règles monastiques ; question 8 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 224 et Lèbe, Maredsous)
Ne rien préférer au Christ
Notre Seigneur Jésus Christ a dit à tous, à plusieurs reprises et en donnant diverses preuves : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive » ; et encore : « Celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qu'il a ne peut être mon disciple ». Il nous paraît donc exiger le renoncement le plus complet... « Où est ton trésor, dit-il ailleurs, là est ton cœur » (Mt 6, 21). Si donc nous nous réservons des biens terrestres ou quelque provision périssable, notre esprit y demeure enlisé comme dans de la boue. Il est alors inévitable que notre âme soit incapable de contempler Dieu, et devienne insensible aux désirs des splendeurs du ciel et des biens qui nous sont promis. Nous ne pourrons obtenir ces biens que si nous les demandons sans cesse, avec un ardent désir qui, du reste, nous rendra léger l'effort pour les atteindre.
Se renoncer, c'est donc délier les liens qui nous attachent à cette vie terrestre et passagère, se libérer des contingences humaines, afin d'être plus à même de marcher dans la voie qui conduit à Dieu. C'est se libérer des entraves afin de posséder et user de biens qui sont « beaucoup plus précieux que l'or et que l'argent » (Ps 18, 11). Et pour tout dire, se renoncer, c'est transporter le cœur humain dans la vie du ciel, en sorte qu'on puisse dire : « Notre patrie est dans les cieux » (Ph 3, 20). Et surtout, c'est commencer à devenir semblable au Christ, qui pour nous s'est fait pauvre, de riche qu'il était (2Co 8, 9). Nous devons lui ressembler si nous voulons vivre conformément à l'Évangile.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
La Vie de saint François, Legenda major, ch. 2 (trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, Eds. Franciscaines 1968, p. 576 rev.)
Saint François renonce à tout pour suivre le Christ
Le père de François voulait le faire comparaître devant l'évêque pour qu'il renonce à tous ses droits d'héritier et lui restitue tout ce qu'il possédait encore. François, en véritable amant de la pauvreté, se prête volontiers à la cérémonie, se présente au tribunal de l'évêque et, sans attendre un moment ni hésiter en quoi que ce soit, sans attendre un ordre ni demander une explication, enlève aussitôt tous ses habits et les rend à son père... Rempli de ferveur, emporté par l'ivresse spirituelle, il quitte jusqu'à ses chausses et, complètement nu devant toute l'assistance, déclare à son père : « Jusqu'ici je t'ai appelé père sur la terre ; désormais, je puis dire avec assurance : ' Notre Père qui es aux cieux ', puisque c'est à lui que j'ai confié mon trésor et donné ma foi. »
L'évêque, un homme saint et très digne, pleurait d'admiration à voir les excès où le portait son amour de Dieu ; il s'est levé, a attiré le jeune homme dans ses bras, l'a couvert de son manteau et a fait apporter de quoi l'habiller. On lui a donné le pauvre manteau de bure d'un fermier au service de l'évêque. François l'a reçu avec reconnaissance et, ramassant ensuite sur le chemin un morceau de gypse, y a tracé une croix ; ce vêtement signifiait bien cet homme crucifié, ce pauvre à moitie nu. C'est ainsi que le serviteur du Grand Roi a été laissé nu pour marcher à la suite de son Seigneur attaché nu à la croix.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Lettre 197 du 17/09/1896 (OC, Cerf DDB 1996, p. 552)
« Celui d'entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple »
Ma sœur chérie, comment pouvez-vous me demander s'il vous est possible d'aimer le Bon Dieu comme je l'aime ?... Mes désirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimitée que je sens en mon cœur. Ce sont, à vrai dire, les richesses spirituelles qui rendent injuste, lorsqu'on s'y repose avec complaisance et que l'on croit qu'ils [sic] sont quelque chose de grand... Je sens bien que...ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde. Voilà mon seul trésor...
Ô ma sœur chérie..., comprenez que pour aimer Jésus...plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant. Le seul désir d'être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force, et voilà le difficile car « Le véritable pauvre d'esprit, où le trouver ? Il faut le chercher bien loin », a dit le psalmiste. Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais « bien loin », c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant.
Restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d'esprit et Jésus viendra nous chercher ; si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d'amour. Oh, que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens ! C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour. La crainte ne conduit-elle pas à la Justice ? (À la justice sévère telle qu'on la représente aux pécheurs mais pas de cette justice que Jésus aura pour ceux qui l'aiment.) Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Oui, je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
Conférences 3, 6-7 ; CSEL 13/2, 73-75 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 437)
Renoncer à tous ses biens
Selon la tradition des Pères et l'autorité des saintes Écritures, les renoncements sont au nombre de trois... Le premier concerne ce qui est matériel ; il nous fait mépriser toutes les richesses et les biens du monde. Par le deuxième, nous répudions notre ancienne manière de vivre, avec les vices et les passions de l'âme et de la chair. Par la troisième, nous détachons notre esprit de toutes les réalités présentes et visibles pour ne contempler que les réalités futures et ne désirer que les réalités invisibles. Ces renoncements doivent être observés tous les trois, comme le Seigneur l'a ordonné à Abraham, lorsqu'il lui a dit : « Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père » (Gn 12,1).
Il a dit en premier lieu : « Quitte ton pays », c'est-à-dire les richesses de la terre. En second lieu : « Quitte ta famille », c'est-à-dire les habitudes et les vices passés qui, en s'attachant à nous depuis notre naissance, nous sont étroitement unis par une sorte de parenté. En troisième lieu : « Quitte la maison de ton père », c'est-à-dire tout attachement au monde actuel qui se présente à nos yeux...
Contemplons, comme le dit l'apôtre Paul, « non pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel » (2Co 4,18)... ; « nous, nous sommes citoyens des cieux » (Ph 3,20)... Nous sortirons ainsi de la maison de notre ancien père, celui qui était notre père selon le vieil homme, dès notre naissance, quand « nous étions par nature voués à la colère comme tous les autres » (Ep 2,3), et nous porterons toute l'attention de notre esprit aux choses célestes... Notre âme s'élèvera alors jusqu'au monde invisible par la méditation constante des choses de Dieu et la contemplation spirituelle.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 21, 4ème pour l'Ascension (trad. cf Cerf 1991, p. 155)
« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple »
Puisque notre Tête est montée aux cieux, il convient que ses membres (Col 2,19) suivent leur Chef..., passant par le chemin qu'il a pris si péniblement. Car « il fallait que le Christ souffre ainsi pour entrer dans sa gloire » (Lc 24,26). Nous devons suivre notre Chef, si digne d'amour, lui qui a porté l'étendard devant nous. Que chaque homme prenne sa croix et le suive ; et nous arriverons là où il est. On voit bien que beaucoup suivent ce monde pour des honneurs dérisoires, et pour cela renoncent au confort physique, à leur foyer, à leurs amis, s'exposant aux périls de la guerre –- tout cela pour acquérir des biens extérieurs ! Il est donc juste que nous pratiquions le plein renoncement pour acquérir le pur bien qui est Dieu, et qu'ainsi nous suivions notre Chef...
Il n'est pas rare de trouver des hommes qui désirent être les témoins du Seigneur dans la paix, c'est à dire pourvu que tout aille selon leurs désirs. Volontiers ils veulent devenir des saints, mais sans fatigue, sans ennui, sans difficulté, sans qu'il leur en coûte rien. Ils ambitionnent de connaître Dieu, de le goûter, de le sentir, mais il ne faut pas qu'il y ait d'amertume. Alors, dès qu'il faut travailler, dès que l'amertume, les ténèbres, les tentations viennent les trouver, dès qu'ils ne sentent plus Dieu et qu'ils se sentent délaissés intérieurement, ainsi qu'au dehors, leurs belles résolutions s'évanouissent. Ce ne sont pas de vrais témoins, des témoins comme il en faut pour le Sauveur... Ah, puissions-nous nous affranchir de cette recherche-là et chercher la paix en tout temps, au sein même du malheur ! C'est là seulement que naît la vraie paix, celle qui demeure.
TEMPS ORDINAIRE XXXI - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Ô éternelle beauté (Jésus Christ notre Résurrection, trad. A. Bernard, éd. du Cerf, 1980, p. 40-41 ; rev.)
Père, pourquoi t’éprendre de ta créature ?
Ô Père éternel ! Ô feu et abîme de charité ! Ô éternelle beauté, ô éternelle sagesse, ô éternelle bonté, ô éternelle clémence, ô espérance, ô refuge des pécheurs, ô largesse inestimable, ô bien éternel et infini, ô fou d’amour ! As-tu donc besoin de ta créature ? On le dirait, car tu agis comme si tu ne pouvais vivre sans elle, toi qui est la vie source de toute vie et sans laquelle tout meurt. Pourquoi donc es-tu si fou d’amour ? Pourquoi t’éprendre de ta créature, lui donner tes complaisances, prendre en elle tes délices ? Il est en toi comme une ivresse, ce désir de son salut : elle te fuit et tu pars à sa recherche ; elle s’éloigne et toi, tu te rapproches. Pouvais-tu venir plus près d’elle qu’en te revêtant de son humanité ?
Et que dirai-je ? Je ferai comme le bègue, je dirai “a, a” puisque je ne sais rien dire d’autre et que des mots finis ne sauraient exprimer le sentiment de l’âme qui infiniment ne désire que toi. Il me semble que je pourrais répéter la parole de Paul : « nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas encore monté au cœur de l’homme ; ‒ Et qu’annonces-tu ? ‒ Tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (cf. 1 Co 2,9) ‒ Que dirai-je donc ? Pas de sentiments grossiers ici. Disons seulement, ô mon âme, que tu as goûté et vu l’abîme de la souveraine et éternelle providence. Et je te rends grâces, à toi, Seigneur, Père éternel, pour la bonté sans mesure que tu m’as témoignée, à moi si misérable et indigne de toute grâce.
ou
Saint Nersès Snorhali (1102-1173), patriarche arménien
Jésus, Fils unique du Père, § 26-31 ; SC 203 (trad. SC p. 44 rev.)
« Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis »
Je me suis égaré dans le désert,
J'ai erré dans la région inhabitée,
Selon la parabole de la brebis,
Une parmi le groupe des cent.
Le méchant Ennemi l'a déchirée :
Il l'a couverte de plaies incurables ;
C'est pourquoi il n'y a pas d'autre remède à la plaie,
Sinon toi, pour la guérir.
Je te supplie tout en larmes,
J'élève mes cris vers mon Sauveur :
Toi, bon Pasteur venu du ciel,
Mets-toi à la recherche du petit troupeau.
Cherche, Seigneur, la pièce d'argent tombée
Qui est ton image perdue (Gn 1,26),
Que j'ai enfouie dans le vice du péché
Et dans la boue fétide.
Lave-moi, Seigneur, de ma souillure ;
Rends mon âme pure, telle la blancheur de neige (Is 1,18).
Veuille compléter le nombre des dix pièces,
Comme tu l'as fait pour les quarante saints [de Sébaste].
Porte-moi sur tes épaules, toi qui as porté la croix,
Veuille relever mon âme tombée ;
Réjouis l'armée céleste des anges
Pour le retour d'un seul pécheur.
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 3ème dimanche après Pentecôte, 1er sur la miséricorde
« Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit »
La conduite que Jésus Christ tenait pendant sa vie mortelle nous montre la grandeur de sa miséricorde pour les pécheurs. Nous voyons qu'ils viennent tous lui tenir compagnie ; et lui, bien loin de les rebuter ou du moins de s'éloigner d'eux, au contraire, il prend tous les moyens possibles pour se trouver parmi eux, afin de les attirer à son Père. Il va les chercher par les remords de conscience ; il les ramène par sa grâce et les gagne par ses manières amoureuses. Il les traite avec tant de bonté, qu'il prend même leur défense contre les scribes et les pharisiens qui veulent les blâmer, et qui semblent ne pas vouloir les souffrir auprès de Jésus Christ.
Il va encore plus loin : il veut se justifier de la conduite qu'il tient à leur égard par une parabole qui leur dépeint, comme l'on ne peut pas mieux, la grandeur de son amour pour les pécheurs, en leur disant : « Un bon pasteur qui avait cent brebis, en ayant perdu une, laisse toutes les autres pour courir après celle qui s'est égarée, et, l'ayant retrouvée, il la met sur ses épaules pour lui éviter la peine du chemin. Puis, l'ayant rapportée à son bercail, il invite tous ses amis à se réjouir avec lui d'avoir retrouvé la brebis qu'il croyait perdue ». Il ajoute encore cette parabole d'une femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, allume sa lampe pour la chercher dans tous les coins de sa maison, et l'ayant retrouvée, elle invite toutes ses amies pour s'en réjouir. « C'est ainsi, leur dit-il, que tout le ciel se réjouit du retour d'un pécheur qui se convertit et qui fait pénitence. Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ; ceux qui sont en santé n'ont pas besoin de médecin, mais ceux qui sont malades » (Lc 5,31-32).
Nous voyons que Jésus Christ s'applique à lui-même ces vives images de la grandeur de sa miséricorde envers les pécheurs.
Ah ! quel bonheur pour nous de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie ! Quel violent désir ne devons-nous pas sentir naître en nous d’aller nous jeter aux pieds d’un Dieu qui nous recevra avec tant de joie ! Non, si nous nous damnons, nous n’aurons point d’excuses, quand Jésus Christ nous montrera lui-même que sa miséricorde a toujours été assez grande pour nous pardonner de quelque manière que nous soyons coupables. (…) Ô mon Dieu ! comment peut-on consentir à être damné, puisqu’il en coûte si peu pour se sauver et que Jésus Christ désire tant notre salut ?...
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 35 ; 2ème dimanche de Carême (trad. SC 207, p. 259)
« Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue »
Quand le temps de la miséricorde est venu (Ps 101, 14), le Bon Pasteur est descendu d'auprès du Père..., comme cela avait été promis de toute éternité. Il est venu chercher l'unique brebis qui s'était perdue. Pour elle promis depuis toujours, pour elle il a été envoyé dans le temps ; pour elle il est né et a été donné, éternellement prédestiné pour elle. Elle est unique, tirée à la fois des juifs et des nations..., présente en tous les peuples... ; elle est unique dans son mystère, multiple dans les personnes, multiple par la chair selon la nature, unique par l'Esprit selon la grâce -- bref, une seule brebis et une foule innombrable...
Or ceux que ce berger reconnaît comme siens, « personne ne peut les lui arracher des mains » (Jn 10, 28). Car on ne peut pas forcer la vraie puissance, tromper la sagesse, détruire la charité. C'est pourquoi il parle avec assurance, en disant... : « De ceux que tu m'as donnés, Père, je n'en ai pas perdu un seul » (Jn 18, 9)...
Il a été envoyé comme vérité pour les abusés, comme route pour les égarés, comme vie pour ceux qui étaient morts, comme sagesse pour les insensés, comme remède pour les malades, comme rançon pour les captifs, et comme nourriture pour ceux qui mouraient de faim. Pour tous ceux-là, on peut dire qu'il a été envoyé « aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 15, 24), pour qu'elles ne soient pas perdues à jamais. Il a été envoyé comme une âme dans un corps inerte, pour qu'à sa venue les membres se réchauffent et revivent d'une vie nouvelle, surnaturelle et divine : c'est la première résurrection (Ap 20, 5). Il peut donc déclarer lui-même : « L'heure vient, et nous y sommes, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l'auront entendue vivront » (Jn 5, 25). Et il peut donc dire de ses brebis : « Elles entendront ma voix et elles me suivront » (Jn 10, 4-5).
ou
Saint Pierre Chrysologue (vers 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église : Sermon 168, 4-6 ; CCL 24B, 1032 (trad. Delhougne, p. 439)
Dieu à la recherche d'une seule brebis pour le salut de toutes.
Le fait de retrouver un objet que nous avions perdu nous remplit chaque fois d'une joie nouvelle. Et cette joie est plus grande que celle que nous éprouvions, avant de le perdre, quand cet objet était bien gardé. Mais la parabole de la brebis perdue parle davantage de la tendresse de Dieu que de la façon dont les hommes se comportent habituellement. Et elle exprime une vérité profonde. Délaisser ce qui a de l'importance pour l'amour de ce qu'il y a de plus humble est propre à la puissance divine, non à la convoitise humaine. Car Dieu fait même exister ce qui n'est pas ; il part à la recherche de ce qui est perdu tout en gardant ce qu'il a laissé sur place, et il retrouve ce qui était égaré sans perdre ce qu'il tient sous sa garde.
Voilà pourquoi ce berger n'est pas de la terre mais du ciel. La parabole n'est nullement la représentation d'œuvres humaines, mais elle cache des mystères divins, comme les nombres qu'elle mentionne le démontrent d'emblée : « Si l'un de vous, dit le Seigneur, a cent brebis et en perd une »... Vous le voyez, la perte d'une seule brebis a douloureusement éprouvé ce berger, comme si le troupeau tout entier, privé de sa protection, s'était engagé dans une mauvaise voie. C'est pourquoi, laissant là les quatre-vingt-dix-neuf autres, il part à la recherche d'une seule, il ne s'occupe que d'une seule, afin de les retrouver et de les sauver toutes en elle.
ou
Ludolphe de Saxe (v. 1300-1378), dominicain puis chartreux à Strasbourg
Prières à Jésus Christ, CLD (trad. Oury, p. 48-49)
Viens chercher ta brebis perdue
Seigneur Jésus Christ, pour nous enseigner le sommet des vertus, tu as gravi la montagne avec tes disciples, tu leur as enseigné les Béatitudes et les vertus sublimes, leur promettant des récompenses propres à chacune. Accorde à ma fragilité d'entendre ta voix, de m'appliquer par leur pratique à acquérir le mérite des vertus, afin que par ta miséricorde j'obtienne la récompense promise. Fais qu'en considérant le salaire, je ne refuse pas la peine du travail. Fais que l'espérance du salut éternel adoucisse pour moi l'amertume du remède, en enflammant mon âme par la splendeur de ton œuvre. Du misérable que je suis, Seigneur, fais un bienheureux ; de la béatitude d'ici-bas, par ta grâce, conduis-moi à la béatitude de la patrie.
Viens, Seigneur Jésus, à la recherche de ton serviteur, à la recherche de ta brebis errante et harassée. Viens, Époux de l'Église, à la recherche de la drachme perdue. Viens, Père de miséricorde, recevoir le fils prodigue qui revient à toi. Viens donc, Seigneur, car tu es le seul à pouvoir rappeler la brebis qui s'égare, à retrouver la drachme perdue, à réconcilier le fils fugitif. Viens, afin qu'il y ait salut sur la terre et joie au ciel ! Convertis-moi à toi et donne-moi d'accomplir une vraie et parfaite pénitence, pour que je sois occasion de joie pour les anges. Très doux Jésus, je t'en prie, par l'immensité de ton amour pour moi pécheur, que je t'aime toi seul, par dessus tout, que je ne sois consolé que par toi, mon Dieu très doux !
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Retraite à Nazareth, nov. 1897 (Seuil, Livre de Vie 1966, p. 17 s)
À la recherche de la brebis perdue
Je m'éloignais, je m'éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie, et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c'était déjà une mort à vos yeux. Et dans cet état de mort vous me conserviez encore... Toute foi avait disparu, mais le respect et l'estime étaient demeurés intacts. Vous me faisiez d'autres grâces, mon Dieu, vous me conserviez le goût de l'étude, des lectures sérieuses, des belles choses, le dégoût du vice et de la laideur. Je faisais le mal, mais je ne l'approuvais ni ne l'aimais... Vous me donniez cette inquiétude vague d'une conscience mauvaise, qui endormie qu'elle est, n'est pas tout à fait morte.
Je n'ai jamais senti cette tristesse, ce malaise, cette inquiétude qu'alors. Mon Dieu, c'était donc un don de vous ; comme j'étais loin de m'en douter ! Que vous êtes bon ! Et en même temps que vous empêchiez mon âme, par cette invention de votre amour, de se noyer irrémédiablement, vous gardiez mon corps : car si j'étais mort alors, j'aurais été en enfer... Ces dangers en voyage, si grands et si multipliés, dont vous m'avez fait sortir comme par miracle ! Cette santé inaltérable dans les lieux les plus malsains, malgré de si grandes fatigues ! Oh, mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ! Comme vous m'avez gardé ! Comme vous me couviez sous vos ailes lorsque je ne croyais même pas à votre existence ! Et pendant que vous me gardiez ainsi, le temps se passait, vous jugiez que le moment approchait de me faire rentrer au bercail.
Vous avez dénoué malgré moi toutes les liaisons mauvaises qui m'auraient tenu éloigné de vous ; vous avez dénoué même tous les liens bons qui m'auraient empêché d'être un jour tout à vous... Votre seule main a fait en cela le commencement, le milieu et la fin. Que vous êtes bon ! C'était nécessaire pour préparer mon âme à la vérité ; le démon est trop maître d'une âme qui n'est pas chaste pour y laisser entrer la vérité ; vous ne pouviez pas entrer, mon Dieu, dans une âme où le démon des passions immondes régnait en maître. Vous vouliez entrer dans la mienne, ô bon Pasteur, et vous en avez chassé vous-même votre ennemi.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 168, 4-6 ; CCL 24 B, 1032-1034 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 439)
« Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue »
Cet homme qui possède cent brebis, le Christ, est le bon pasteur, le pasteur miséricordieux qui avait établi tout le troupeau de la race humaine en une seule brebis, c'est-à-dire en Adam. Il avait placé la brebis dans le paradis enchanteur et dans la région des pâturages de vie. Mais elle, se fiant aux hurlements des loups, a oublié la voix du berger ; elle a perdu le chemin qui conduit au bercail du salut et s'est trouvée toute couverte de blessures mortelles. Le Christ est venu dans le monde chercher la brebis et l'a retrouvée dans le sein de la Vierge. Il est venu, il est né dans la chair, il a placé la brebis sur la croix, et l'a prise sur les épaules de sa passion. Puis, tout rempli de la joie de la résurrection, il l'a élevée, par son ascension, jusqu'à la demeure du ciel.
« Il réunit ses amis et ses voisins », c'est-à-dire les anges, « et il leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ». Les anges jubilent et exultent avec le Christ pour le retour de la brebis du Seigneur. Ils ne s'irritent pas de la voir siéger devant eux sur le trône de majesté. Car l'envie n'existe plus au ciel dont elle a été bannie avec le diable. Grâce à l'Agneau qui a enlevé le péché du monde, le péché d'envie ne peut plus pénétrer dans les cieux.
Frères, le Christ est venu nous chercher sur la terre ; cherchons-le dans les cieux. Il nous a emportés dans la gloire de sa divinité ; nous, portons-le dans notre corps par la sainteté de toute notre vie.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 7, 207-209 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 261 ; cf SC 54, p.87)
Les trois paraboles de la miséricorde
Ce n'est pas sans raison que saint Luc nous a présenté à la suite trois paraboles : la brebis qui s'était égarée et a été retrouvée, la drachme qu'on avait égarée et qu'on a retrouvée, le fils prodigue qui était mort et qui est revenu à la vie, pour que, sollicités par ce triple remède, nous soignions nos blessures... Qui sont ce père, ce berger, cette femme ? N'est-ce pas Dieu le Père, le Christ, l'Église ? Le Christ, qui a pris sur lui tes péchés, te porte en son corps ; l'Église te cherche ; le Père t'accueille. Comme un berger, il te rapporte ; comme une mère, elle te recherche ; comme un Père, il te revêt. D'abord la miséricorde, puis le secours, enfin la réconciliation.
Chaque détail convient à chacun : le Rédempteur vient en aide, l'Église secourt, le Père réconcilie. La miséricorde de 1'œuvre divine est la même, mais la grâce varie selon nos mérites. La brebis fatiguée est ramenée par le berger, la drachme égarée est retrouvée, le fils revient sur ses pas vers son père, et revient pleinement repentant d'un égarement qu'il rejette...
Réjouissons-nous donc de ce que cette brebis, qui s'était égarée en Adam, soit relevée dans le Christ. Les épaules du Christ, ce sont les bras de la croix : c'est là que j'ai déposé mes péchés, c'est sur le noble cou de ce gibet que j'ai reposé.
TEMPS ORDINAIRE XXXI - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du Saint curé d'Ars (J. Frossard, Eds Téqui ; chap. 4, p.23-24)
Amassons des trésors éternels
Le monde passe ; nous passons avec lui. Les rois, les empereurs, tout s'en va. On s'engouffre dans l'éternité d'où l'on ne revient plus. Il ne s'agit que d'une seule chose : sauver sa pauvre âme. Les saints n'étaient pas attachés aux biens de la terre ; ils ne songeaient qu'à ceux du ciel. Les gens du monde, au contraire, ne songent qu'au temps présent.
Il faut faire comme les rois. Quand ils vont être détrônés, ils envoient leurs trésors en avant ; ces trésors les attendent. De même un bon chrétien envoie toutes ses bonnes œuvres à la porte du ciel. [...]
La terre est un pont pour passer l'eau ; elle ne sert qu'à soutenir nos pieds... Nous sommes en ce monde mais nous ne sommes pas de ce monde, puisque nous disons tous les jours : « Notre Père qui êtes aux cieux... » Il faut donc attendre notre récompense quand nous serons « chez nous » dans la maison paternelle.
ou
Saint Josémaria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie du 19/03/63 in Es Cristo que pasa (trad. Quand le Christ passe, Le Laurier 1989, p. 98)
« Travailler de ses mains, de façon à pouvoir faire le bien » (Ep 4,28)
Il convient de ne pas oublier que la dignité du travail se fonde sur l'amour... L'homme ne peut se limiter à faire des choses, à fabriquer des objets. Le travail naît de l'amour, manifeste l'amour et s'ordonne à l'amour. Nous reconnaissons Dieu, non seulement dans le spectacle que nous offre la nature, mais aussi dans l'expérience de notre travail et de notre effort. Le travail est ainsi prière, action de grâces, parce que nous savons que c'est Dieu qui nous a placés sur terre, nous savons qu'il nous aime et que nous sommes les héritiers de ses promesses. Il est juste qu'il nous dise : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1Co 10,31).
Le travail professionnel est aussi apostolat, occasion de se donner aux autres hommes pour leur révéler le Christ et les mener vers Dieu le Père, ce qui n'est qu'une conséquence de la charité que le Saint Esprit répand dans nos âmes. Parmi les indications que Paul donne aux Éphésiens, sur la manière dont le changement de leur conversion doit se manifester..., nous trouvons celle-ci : « Que celui qui volait ne vole plus ; qu'il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, de façon à pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux » (Ep 4,28). Les hommes ont besoin du pain de la terre pour se nourrir, mais aussi du pain du ciel pour illuminer et réchauffer leur cœur. Dans votre travail, dans les initiatives qui en découlent, dans vos conversations, dans vos relations, vous pouvez et vous devez réaliser ce précepte.
Si nous travaillons dans cet esprit, notre vie, malgré toutes les limitations propres à la condition terrestre, sera une anticipation de la gloire au ciel, de cette communion avec Dieu et avec les saints où régneront seulement l'amour, la générosité, la fidélité, l'amitié et la joie. Vous trouverez, dans vos occupations professionnelles ordinaires, le matériau réel, consistant et solide, qui vous permettra de réaliser toute votre vie chrétienne, et d'actualiser la grâce qui nous vient du Christ.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 34
« Emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 28)
L'homme, créé à l'image de Dieu, a reçu la mission de soumettre la terre et tout ce qu'elle contient, de gouverner le cosmos en sainteté et justice et, en reconnaissant Dieu comme Créateur de toutes choses, de lui référer son être ainsi que l'univers : en sorte que, tout étant soumis à l'homme, le nom même de Dieu soit glorifié par toute la terre.
Cet enseignement vaut aussi pour les activités les plus quotidiennes. Car ces hommes et ces femmes qui, tout en gagnant leur vie et celle de leur famille, mènent leurs activités de manière à bien servir la société, sont fondés à voir dans leur travail un prolongement de l'œuvre du Créateur, un service de leurs frères, un apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l'histoire.
Loin d'opposer les conquêtes du génie et du courage de l'homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettre du 15/01/1544 (trad. Couturier, Cerf Foi vivante 1996, p. 34 rev.)
Vivre en bon gérant des dons de Dieu
De ces régions [l'Inde et le Sri Lanka] je ne sais que vous écrire sinon ceci : si grandes sont les consolations communiquées par Dieu notre Seigneur à ceux qui vont parmi les païens pour les convertir à la foi du Christ, que, s'il est quelque joie en cette vie, c'est bien celle-ci. Souvent il m'arrive d'entendre dire à quelqu'un qui va au milieu de ces chrétiens : « Seigneur, ne me donnez pas tant de consolations en cette vie ! Mais puisque, dans votre bonté et miséricorde infinies, vous me les donnez, emmenez-moi dans votre sainte gloire ! Il y a en effet tant de peine à vivre sans vous voir, une fois que vous vous êtes montré ainsi à votre créature. » Ah, si ceux qui cherchent le savoir dans les études se donnaient autant de peine pour chercher ces consolations de l'apostolat qu'ils se donnent jour et nuit à la poursuite du savoir ! Si les joies que cherche un étudiant dans ce qu'il apprend, il les cherchait en faisant sentir à son prochain ce qui lui est nécessaire pour connaître et servir Dieu, combien il se trouverait plus consolé et mieux préparé à rendre compte de lui-même, lorsque le Christ reviendra et lui demandera : « Rends-moi compte de ta gestion »...
Je termine en demandant à Dieu notre Seigneur...qu'il nous rassemble dans sa sainte gloire. Et pour nous obtenir ce bienfait, prenons pour intercesseurs et avocats toutes les âmes saintes des régions où je me trouve... À toutes ces saintes âmes, je demande de nous obtenir de Dieu notre Seigneur, tout au long de ce temps qui reste de notre séparation, la grâce de sentir au fond de notre âme sa très sainte volonté et de l'accomplir parfaitement.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique B, 4r°
Le bon usage des richesses
Ô Jésus, je le sais, l'amour ne se paie que par l'amour, aussi j'ai cherché, j'ai trouvé le moyen de soulager mon cœur en te rendant Amour pour Amour. « Employez les richesses qui rendent injustes à vous faire des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels » (Lc 16,9). Voilà, Seigneur, le conseil que tu donnes à tes disciples après leur avoir dit que « les enfants de ténèbres sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière ». Enfant de lumière, j'ai compris que mes désirs d'être tout, d'embrasser toutes les vocations, étaient des richesses qui pourraient bien me rendre injuste, alors je m'en suis servie à me faire des amis. Me souvenant de la prière d'Élisée à son père Élie lorsqu'il osa lui demander son « double esprit » (2R 2,9), je me suis présentée devant les anges et les saints, et je leur ai dit : « Je suis la plus petite des créatures, je connais ma misère et ma faiblesse, mais je sais aussi combien les cœurs nobles et généreux aiment à faire du bien, je vous supplie donc, ô bienheureux habitants du Ciel, je vous supplie de m'adopter pour enfant. À vous seuls sera la gloire que vous me ferez acquérir, mais daignez exaucer ma prière ; elle est téméraire, je le sais, cependant j'ose vous demander de m'obtenir votre double Amour. »
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Lettre 142
La banque de l'amour
« Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur (Is 55,8). Le mérite ne consiste pas à faire ni à donner beaucoup, mais plutôt à recevoir, à aimer beaucoup. Il est dit que c'est bien plus doux de donner que de recevoir (Ac 20,35), et c'est vrai, mais alors, quand Jésus veut prendre pour lui la douceur de donner, ce ne serait pas gracieux de refuser. Laissons-le prendre et donner tout ce qu'il voudra. La perfection consiste à faire sa volonté, et l'âme qui se livre entièrement à lui est appelée par Jésus lui-même « sa mère, sa sœur » et toute sa famille (Mt 12,50). Et ailleurs : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, c'est-à-dire il fera ma volonté et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Oh, comme c'est facile de plaire à Jésus, de ravir son cœur, il n'y a qu'à l'aimer sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts.
Ta Thérèse ne se trouve pas dans les hauteurs en ce moment, mais Jésus lui apprend à tirer profit de tout, du bien et du mal qu'elle trouve en soi. Il lui apprend à jouer à la banque de l'amour ou plutôt, non il joue pour elle sans lui dire comment il s'y prend car cela est son affaire et non pas celle de Thérèse ; ce qui la regarde c'est de s'abandonner, de se livrer sans rien réserver, pas même la jouissance de savoir combien la banque lui rapporte...
En effet les directeurs [spirituels] font avancer dans la perfection en faisant faire un grand nombre d'actes de vertus et ils ont raison, mais mon directeur qui est Jésus ne m'apprend pas à compter mes actes ; il m'enseigne à faire tout par amour, à ne lui rien refuser, à être contente quand il me donne une occasion de lui prouver que je l'aime, mais cela se fait dans la paix, dans l'abandon, c'est Jésus qui fait tout et moi je ne fais rien.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie 6, sur la richesse ; PG 31,261s
Se montrer habile
Considère, homme, celui qui t'a comblé de ses dons. Souviens-toi de toi-même. Rappelle-toi qui tu es, quelles affaires tu conduis, qui te les a confiées, pour quelle raison tu as été préféré à beaucoup. Tu es le serviteur du Dieu bon ; tu as la charge de tes compagnons de service. Ne crois pas que tous ces biens sont destinés à ton ventre. Dispose des biens que tu as entre les mains comme s'ils appartenaient à autrui ; ils te donneront du plaisir pendant quelque temps, puis s'évanouiront et disparaîtront. Mais il t'en sera demandé un compte détaillé.
« Que vais-je faire ? » La réponse était simple : Je rassasierai les affamés ; j'ouvrirai mes greniers et j'inviterai les pauvres. Vous tous qui manquez de pain, venez à moi. Que chacun prenne une part suffisante des dons que Dieu m'a accordés. Venez y puiser comme à la fontaine publique.
TEMPS ORDINAIRE XXXI - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Homélie 14, sur l'amour des pauvres, § 23-25 ; PG 35,887 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 161 rev. ; cf bréviaire 1er lundi de carême)
« Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande »
Tu dois savoir d'où vient pour toi l'existence, le souffle, l'intelligence et ce qu'il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu, d'où vient l'espérance du Royaume de cieux et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd'hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat (1Co 13,12). D'où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ (Rm 8,16-17) et, j'oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D'où vient tout cela et par qui ?
Ou encore, pour parler de choses moins importantes, celles qui se voient : qui t'a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les étoiles innombrables et, en tout cela, l'harmonie et l'ordre qui les conduisent ?... Qui t'a donné la pluie, l'agriculture, les aliments, les arts, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ?
N'est-ce pas de Celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d'aimer les hommes ?... Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n'a pas honte d'être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ? Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas des gérants malhonnêtes des biens qui nous sont confiés.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Sermon « Quel riche peut être sauvé ? », § 31 (trad. coll. Icthus, t. 6, p. 45 rev.)
« Faites-vous des amis »
« Celui qui donnera à boire à l'un de mes disciples, même un simple verre d'eau fraîche, ne perdra pas sa récompense » (Mt 10,42)... C'est le seul salaire qui ne perdra pas sa valeur un jour : « Faites-vous des amis avec le malhonnête argent, afin qu'au jour où vous disparaîtrez, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles ». Les richesses dont nous disposons ne doivent pas ne servir qu'à nous ; avec des biens injustes on peut faire une œuvre juste et salutaire, et soulager l'un de ceux que le Père a destinés à ses demeures éternelles... Qu'elle est admirable, cette parole de l'apôtre Paul : « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2Co 9,7), celui qui fait l'aumône de bon cœur, qui sème sans compter afin de moissonner aussi abondamment, et qui partage sans murmure, hésitation ou réticence... Et il est encore plus grand, ce mot que le Seigneur dit ailleurs : « Donne à quiconque te demande » (Lc 6,30)...
Réfléchis alors à la récompense magnifique promise à ta générosité : les demeures éternelles. Quel beau commerce ! Quelle affaire extraordinaire ! On achète l'immortalité pour de l'argent ; on échange les biens caducs de ce monde contre une demeure éternelle dans les cieux ! Si donc, vous les riches, vous avez de la sagesse, appliquez-vous à ce commerce... Pourquoi vous laissez fasciner par des diamants et des émeraudes, par des maisons que le feu dévore, que le temps écroule, qu'un tremblement de terre renverse ? N'aspirez qu'à vivre dans les cieux et à régner avec Dieu. Un homme, un pauvre, vous donnera ce royaume... D'ailleurs, le Seigneur n'a pas dit : « Donnez, soyez généreux et larges, secourez vos frères », mais « Faites-vous des amis ». L'amitié ne naît pas d'un seul don, mais d'une longue familiarité. Ni la foi, ni la charité, ni la patience ne sont l'œuvre d'un jour : « mais celui qui aura persévéré jusqu'au bout sera sauvé » (Mt 10,22).
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Homélie 14, sur l'amour des pauvres, 24-25 ; PL 35, 887 (trad. bréviaire 1er lun. carême rev.)
« Si vous n'avez pas été digne de confiance avec l'argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? »
Mes frères et mes amis, ne soyons pas les gérants malhonnêtes des biens qui nous ont été confiés (Lc 16,1s). Ne risquons pas d'entendre saint Pierre nous dire : « Ayez honte, vous qui retenez le bien d'autrui. Imitez l'équité de Dieu, et il n'y aura plus de pauvre ». Ne nous donnons pas tant de peine pour amasser quand d'autres souffrent de la pauvreté ; car autrement nous subirons les remontrances sévères du prophète Amos : « Prenez garde, vous qui dites : Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée pour que nous puissions vendre, et le sabbat, pour que nous puissions ouvrir nos magasins ? » (8,5)...
Pratiquons nous-mêmes cette loi sublime et primordiale de Dieu, qui fait pleuvoir pour les justes et les pécheurs et qui fait lever son soleil également pour tous (Mt 5,45). Il déploie pour tous les immenses étendues de la terre en friche, les sources, les fleuves et les forêts ; aux oiseaux il donne l'air, et l'eau à toutes les bêtes aquatiques. Il donne généreusement les ressources nécessaires à la vie de tous ; celles-ci ne sont pas confisquées par les puissants, limitées par une loi, rationnées. Elles sont communes, abondantes et par conséquent Dieu les offre sans que personne ne soit frustré. Car il veut honorer par cette égalité dans ses dons l'égale dignité de la nature, et montrer toute la générosité de sa bienfaisance.
ou
Saint Gaudence de Brescia ( ?-après 406), évêque
Sermon 18 ; PL 20, 973-975 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 442)
« Faites-vous des amis avec l'argent trompeur »
Ces amis qui obtiendront notre salut sont évidemment les pauvres, car, selon la parole du Christ, c'est lui-même, l'auteur de la récompense éternelle, qui recueillera en eux les services que notre charité leur aura procurés. Dès lors, les pauvres nous feront bon accueil, non point en leur propre nom, mais au nom de celui qui, en eux, goûte le fruit rafraîchissant de notre obéissance et de notre foi. Ceux qui accomplissent ce service de l'amour seront reçus dans les demeures éternelles du Royaume des cieux, puisque le Christ dira : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire » (Mt 25, 34)...
Le Seigneur ajoute, finalement : « Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? » En effet, rien de ce qui est dans ce monde ne nous appartient vraiment. Car nous qui attendons la récompense future, nous sommes invités à nous conduire ici-bas comme des hôtes et des pèlerins, de façon que nous puissions tous dire au Seigneur avec assurance : « Je suis un étranger, un passant comme tous mes pères » (Ps 38, 13).
Mais les biens éternels appartiennent en propre aux croyants. Ils se trouvent au ciel, là où, nous le savons, « sont notre cœur et notre trésor » (Mt 6, 21), et où -- c'est notre intime conviction -- nous habitons dès maintenant par la foi. Car, selon l'enseignement de saint Paul : « Nous sommes citoyens des cieux » (Ph 3, 20).
ou
Saint Grégoire le Grand (vers 540-604), pape, docteur de l'Église : Morales sur Job, 34 (trad. Soleil Levant 1964 rev.)
« Aucun domestique ne peut servir deux maîtres »
Vouloir mettre son espoir et sa confiance en des biens passagers, c'est vouloir poser des fondations dans une eau courante. Tout passe ; Dieu demeure. S'attacher au transitoire c'est se détacher du permanent. Qui donc, emporté par les tourbillons agités d'un rapide, peut demeurer fixe à sa place dans ce torrent bouillonnant ? Si donc on veut refuser d'être emporté par le courant, il faut fuir tout ce qui coule ; sinon l'objet de notre amour nous contraindra à en arriver à ce que l'on veut précisément éviter. Celui qui s'accroche à des biens transitoires sera sûrement entraîné là où dérivent ces choses auxquelles il s'accroche.
La première chose à faire donc est de se garder d'aimer les biens matériels ; la seconde, de ne pas mettre toute sa confiance dans ceux de ces biens qui nous sont confiés pour en user et non pour en jouir. L'âme attachée à des biens qui ne font que passer perd très vite sa propre stabilité. Le courant de la vie actuelle entraîne celui qu'il porte, et c'est une illusion folle, pour celui qu'emporte ce courant de vouloir s'y tenir debout.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent »
Il y a une richesse qui sème la mort partout où elle domine : libérez-vous-en et vous serez sauvés. Purifiez votre âme ; rendez-la pauvre pour pouvoir entendre l'appel du Sauveur qui vous redit : « Viens et suis-moi » (Mc 10,21). Il est la voie où marche celui qui a le cœur pur ; la grâce de Dieu ne se glisse pas dans une âme encombrée et déchirée par une multitude de possessions.
Celui qui regarde sa fortune, son or et son argent, ses maisons, comme des dons de Dieu, celui-là témoigne à Dieu sa reconnaissance en venant en aide aux pauvres avec ses biens. Il sait qu'il les possède plus pour ses frères que pour lui-même. Il reste maître de ses richesses au lieu d'en devenir esclave ; il ne les enferme pas en son âme pas plus qu'il n'enserre sa vie en elles, mais il poursuit sans se lasser une œuvre toute divine. Et si un jour sa fortune vient à disparaître, il accepte sa ruine d'un cœur libre. Cet homme-là, Dieu le déclare « bienheureux » ; il l'appelle « pauvre en esprit », héritier assuré du Royaume des cieux (Mt 5,3)...
À l'opposé, il y a celui qui blottit sa richesse en son cœur, au lieu du Saint Esprit. Celui-là garde en lui ses terres, il accumule sans fin sa fortune, et ne s'inquiète que d'amasser toujours davantage. Il ne lève jamais les yeux vers le ciel ; il s'enlise dans le matériel. En fait, il n'est que poussière et il retournera à la poussière (Gn 3,19). Comment peut-il éprouver le désir du Royaume, celui qui, au lieu du cœur, porte en lui un champ ou une mine, lui que la mort surprendra inévitablement au milieu de ses désirs déréglés ? « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mt 6,21)
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Sur Abraham, I, 5, 32-35 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, vol. 1, Mediaspaul 1988, p. 63)
« Faites-vous des amis avec l'argent trompeur »
« Abraham était assis à l'entrée de sa tente, nous dit l'Écriture, il y était assis au plus chaud du jour » (Gn 18,1). Les autres se reposaient ; lui guettait la venue d'hôtes éventuels. Il méritait bien que Dieu vienne à lui au chêne de Mambré, celui qui cherchait avec tant d'empressement à exercer l'hospitalité...
Oui, l'hospitalité est bonne, elle a sa récompense particulière : elle s'attire d'abord la gratitude des hommes ; elle reçoit aussi ? ; ce qui est plus important ? ; un salaire de la part de Dieu. Nous sommes tous, en cette terre d'exil, des hôtes de passage. Pour un temps, nous avons à loger sous un toit ; bientôt, il faudra en déloger. Prenons garde ! Si nous avons été durs ou négligents dans l'accueil des étrangers, une fois écoulé le cours de cette vie, les saints pourraient bien, à leur tour, refuser de nous accueillir. « Faites-vous des amis avec l'argent malhonnête, dit le Seigneur dans l'Évangile, afin qu'ils vous reçoivent dans les demeures éternelles »...
D'ailleurs, sais-tu si ce n'est pas Dieu que tu reçois, alors que tu penses n'avoir affaire qu'à des hommes ? Abraham accueille des voyageurs ; en réalité il reçoit chez lui Dieu et ses anges. Toi aussi, qui accueilles un étranger, c'est Dieu que tu reçois. Le Seigneur Jésus l'atteste dans l'Évangile : « J'étais un étranger et vous m'avez accueilli. Ce que vous avez fait à l'un de ces tout-petits, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,35. 40).
ou
Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Entretien avec Motovilov (trad. DDB 1979, 1995 p. 163)
Faire du commerce en vue du bien véritable
Obtenez la grâce de l'Esprit Saint en négociant au nom du Christ toutes les vertus possibles, faites-en spirituellement le commerce, négociez celles qui vous donnent le plus de bénéfices. Le capital, fruit des bienheureux revenus de la miséricorde divine, investissez-le à la caisse d'épargne éternelle de Dieu aux pourcentages immatériels, non seulement à 4% ou 6%, mais à 100%, et même infiniment plus. Par exemple, les prières et les veilles vous apportent-elles beaucoup de grâces ? Veillez et priez. Le jeûne vous en apporte-t-il davantage ? Jeûnez. La charité vous en apporte-t-elle plus encore ? Faites la charité. Considérez ainsi chaque bonne action faite au nom du Christ...
Comme dans le commerce le but est de réaliser le plus de bénéfices possible, ainsi dans la vie chrétienne le but doit être non seulement de prier et de faire le bien, mais d'obtenir le plus de grâces possible. Bien que l'apôtre dise : « Priez sans cesse » (1Th 5,17), il ajoute : « Il vaut mieux que cinq mots soient dits avec le concours de mon intelligence que mille mots avec la langue seulement » (1Co 14,19). Et le Seigneur nous prévient : « Ce n'est pas celui qui m'appelle : Seigneur ! Seigneur ! qui sera sauvé, mais celui qui accomplit la volonté de mon Père » (Mt 7,21), en d'autres termes, celui qui fait l'œuvre de Dieu avec zèle (Jr 48,10). Et quelle est cette œuvre, sinon de « croire en Dieu et en celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ » (Jn 6,29).
Si l'on réfléchit correctement aux commandements du Christ et à ceux des apôtres, on voit que notre activité chrétienne ne doit pas consister uniquement à accumuler les bonnes actions -- qui ne sont que des moyens pour arriver au but -- mais à en tirer le plus grand profit, autrement dit à obtenir les dons surabondants de l'Esprit Saint.