TEMPS ORDINAIRE XXXII - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 46 aux seigneurs Bannerets, n° 196 (Lettres, tome 1; trad. Cartier; Éd. P. Téqui, 1976; p. 386-390; rev.)
Soyez reconnaissants !
Très chers Frères et Seigneurs de la terre dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir reconnaissants de tous les bienfaits que vous avez reçus de Dieu, afin qu'ils augmentent et nourrissent en vous la source de l'amour divin dans vos âmes. La reconnaissance est très agréable à Dieu, et nous est très utile ; mais l'ingratitude lui déplaît beaucoup et nous fait grand tort : elle tarit la source de la piété, et nous invitons Dieu à ne plus augmenter ses grâces et à nous priver de celles qu'il nous a faites. Il faut donc s'appliquer avec un grand zèle à voir les bienfaits de Dieu, car en les voyant nous les reconnaîtrons et en les reconnaissant nous rendrons gloire et louange à son nom.
Et comment montrerons-nous notre reconnaissance et notre ingratitude ? Je vais vous le dire : nous montrerons notre ingratitude en offensant la bonté de Dieu et notre prochain, en les offensant de mille manières et par mille injustices, en ne leur rendant pas ce que nous sommes obligés de leur rendre, c'est-à-dire, en n'aimant pas Dieu par-dessus toutes choses, et le prochain comme nous-mêmes. (…) Tout le contraire arrive pour l'homme fidèle et reconnaissant à l'égard de son Créateur il lui rend justice en lui rendant ce qui est dû, c’est-à-dire la louange et l'honneur que Dieu demande ; il le fait en l'aimant par-dessus toutes choses, et en aimant le prochain comme lui-même. Il contemple l'humilité de Dieu pour abaisser son orgueil (…) ; il élargit son cœur dans la charité, et il se purifie de toute souillure dans la pureté du Christ, dans l'abondance de son sang précieux. (…)
Je veux donc, mes très chers Frères, que vous soyez reconnaissants des grâces que vous a faites et que vous fait notre Créateur, pour qu'elles augmentent.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
De quoi faut-il s’entretenir avec Dieu ? (Manière de converser avec Dieu, trad. de l'italien, coll. du Laurier, pub. sous la dir. de P. Richard, éd. Le Laurier, 1988, p. 14-15 ; rev.)
Placez en Dieu votre joie !
Certaines âmes recourent bien à Dieu dans l’affliction, mais viennent la prospérité, elles l’oublient et l’abandonnent. C’est là trop d’infidélité et d’ingratitude. N’agissez pas ainsi.
Quand vous recevez quelque nouvelle agréable, usez-en avec Dieu comme avec un ami dévoué et qui s’intéresse à votre bonheur. Vite, faites-lui part de votre joie, reconnaissez qu’elle est un don de sa main ; louez-le, remerciez-le. Que le meilleur pour vous, dans cette joie, soit d’y trouver son bon plaisir. C’est ainsi que vous placerez en Dieu toute votre allégresse, toute votre consolation : « Je tressaillirai de joie en Dieu mon Sauveur. Je chanterai au Seigneur qui m’a comblé de biens » (Ps 12,6 Vg).
Parlez ainsi à Jésus : « Je vous bénis et toujours je vous bénirai : vous me faites tant de grâces ! Et ce ne sont pas des grâces mais des châtiments que je mériterais, moi qui vous ai tant offensé. » Dites-lui encore, avec l’Épouse sacrée : « Toutes les sortes de fruits, anciens et nouveaux, ô mon Bien-Aimé, je vous les ai gardés » (Ct 7,14). Ces fruits, ce sont vos faveurs, dont je vous remercie ; anciennes et nouvelles, j’en garde le souvenir pour vous rendre gloire éternellement.
ou
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit Journal, § 1286 (trad. Parole et dialogue 2002, p. 433)
« Il se jeta aux pieds de Jésus en lui rendant grâce »
Je te remercie, mon Dieu, pour toutes les grâces,
Dont tu me combles sans cesse,
Et qui m'éclairent, comme la lumière du soleil,
Par elles tu me montres le chemin sûr.
Merci, mon Dieu, de m'avoir créée,
De m'avoir appelée du néant à l'existence,
D'y avoir marqué ta divine empreinte,
Et de ne l'avoir fait que par amour.
Merci, mon Dieu, pour le saint baptême,
Qui m'a incorporée à la famille divine ;
C'est un don inconcevable et grand,
Qui transforme nos âmes.
Merci, Seigneur, pour la sainte confession
Pour cette source de grande miséricorde,
Qui est intarissable,
Pour cette source inconcevable de grâces,
Qui rend la blancheur aux âmes souillées par le péché.
Je te remercie, Jésus, pour la sainte Communion,
Par laquelle toi-même tu te donnes à nous ;
Je sens comme ton cœur bat en ma poitrine,
Comme toi-même tu épanouis la vie divine en moi.
Je te remercie, Saint Esprit, pour le sacrement de la confirmation,
Qui m'a armée chevalier à ton service,
Et donne force à l'âme à chaque instant,
Et me protège du mal…
Je te remercie, Seigneur, pour le sacrement de l'extrême-onction
Qui me fortifiera pour la lutte dans mes derniers moments,
Et m'aidera à parvenir au salut,
Et donnera force à mon âme,
Afin que nous nous réjouissions éternellement.
Merci, mon Dieu, pour toutes les inspirations,
Dont ta bonté me comble,
Pour ces illuminations intérieures de l'âme,
Qu'on ne peut pas exprimer, mais que le cœur ressent.
Merci, Sainte Trinité, pour cette foule de grâces,
Dont tu me combles à chaque instant, ma vie durant.
Ma gratitude croîtra à mon entrée dans l'aube éternelle,
Lorsque j'entonnerai pour la première fois un chant à ta gloire.
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Première règle, 23 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 78)
« Revenir pour rendre grâce à Dieu »
Tout puissant, très saint, très haut et souverain Dieu,
Père saint et juste, Seigneur, roi du ciel et de la terre,
nous te rendons grâces à cause de toi-même,
parce que, par ta sainte volonté,
et par ton Fils unique avec le Saint Esprit,
tu as créé toutes choses, spirituelles et corporelles.
Tu nous as faits à ton image et ressemblance,
tu nous as placés dans le paradis ;
et nous, par notre faute, nous sommes tombés.
Nous te rendons grâces parce que,
de même que tu nous as créés par ton Fils,
de même, par le saint amour dont tu nous as aimés,
tu as fait naître ton Fils, vrai Dieu et vrai homme,
de la glorieuse Vierge sainte Marie,
et, par sa croix, son sang et sa mort,
tu as voulu nous racheter de notre captivité.
Et nous te rendons grâce parce que ce même Fils
reviendra dans la gloire de sa majesté,
pour envoyer au feu éternel les maudits
qui ont refusé de se convertir et de te reconnaître
et pour dire à tous ceux qui t'auront reconnu,
adoré et servi dans la pénitence :
« Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde » (Mt 25, 34).
Indigents et pécheurs que nous sommes tous,
nous ne sommes pas dignes de te nommer ;
accepte donc, nous t'en prions,
que notre Seigneur Jésus Christ,
ton Fils bien-aimé en qui tu te complais,
avec le Saint Esprit Paraclet,
te rende grâces lui-même pour tout,
comme il te plaît et comme il lui plaît,
lui qui toujours te suffit en tout,
lui par qui tu as tant fait pour nous. Alleluia !
ou
Vie de St François d'Assise dite « Compilation de Pérouse » (vers 1311), § 43 (trad. Debonnets et Vorreux, Documents, 1968, p. 924)
« Rendre gloire à Dieu »
Deux ans avant sa mort, le bienheureux François était déjà bien malade, souffrant surtout des yeux... Il a été cinquante jours et plus sans pouvoir supporter pendant la journée la lumière du soleil, ni pendant la nuit la clarté du feu. Il demeurait constamment dans l'obscurité à l'intérieur de la maison, dans sa cellule... Une nuit, comme il réfléchissait à toutes les tribulations qu'il endurait, il a eu pitié de lui-même et a dit intérieurement : « Seigneur, secours-moi dans mes infirmités, pour que j'aie la force de les supporter patiemment ! » Et soudain il a entendu en esprit une voix : « Dis-moi, frère : si, en compensation de tes souffrances et tribulations, on te donnait un immense et précieux trésor..., ne te réjouirais-tu pas ?... Réjouis-toi et sois dans l'allégresse au milieu de tes infirmités et tribulations : dès maintenant vis en paix comme si tu partageais déjà mon Royaume. »
Le lendemain il a dit à ses compagnons... : « Dieu m'a donné une telle grâce et bénédiction que, dans sa miséricorde, il a daigné m'assurer, à moi son pauvre et indigne serviteur vivant encore ici-bas, que je partagerais son Royaume. C'est pourquoi, pour sa gloire, pour ma consolation et l'édification du prochain, je veux composer une nouvelle « Louange du Seigneur » pour ses créatures. Chaque jour, celles-ci servent à nos besoins, sans elles nous ne pourrions pas vivre, et par elles le genre humain offense beaucoup le Créateur. Chaque jour aussi nous méconnaissons un si grand bienfait en ne louant pas comme nous le devrions le Créateur et Dispensateur de tous ces dons »...
Ces « Louanges du Seigneur » qui commencent par : « Très haut, tout puissant et bon Seigneur », il les appela « Cantique de frère Soleil ». C'est, en effet, la plus belle de toutes les créatures, celle que l'on peut, mieux que toute autre, comparer à Dieu. Et il disait : « Au lever du soleil, tout homme devrait louer Dieu d'avoir créé cet astre qui pendant le jour donne aux yeux leur lumière ; le soir, quand vient la nuit, tout homme devrait louer Dieu pour cette autre créature, notre frère le feu qui, dans les ténèbres, permet à nos yeux de voir clair. Nous sommes tous comme des aveugles, et c'est par ces deux créatures que Dieu nous donne la lumière. C'est pourquoi, pour ces créatures et pour les autres qui nous servent chaque jour, nous devons louer tout particulièrement leur glorieux Créateur. »
Lui-même le faisait de tout son cœur, qu'il soit malade ou bien portant, et volontiers il conviait les autres à chanter la gloire du Seigneur. Quand il a été terrassé par la maladie, il entonnait souvent ce cantique et le faisait continuer par ses compagnons ; il oubliait ainsi, en considérant la gloire du Seigneur, la violence de ses douleurs et de ses maux. Il a agi ainsi jusqu'au jour de sa mort.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons divers, n°27
« Il n'y a que cet étranger ! »
Il est heureux, ce lépreux samaritain qui reconnaissait qu'il « n'avait rien qu'il n'ait reçu » (1Co 4,7). Il a « sauvegardé ce qui lui avait été confié » (2Tm 1,12) et il est revenu vers le Seigneur en lui rendant grâces. Heureux celui qui, à chaque don de la grâce, revient à celui en qui se trouve la plénitude de toutes les grâces, car si nous nous montrons reconnaissants à son égard pour tout ce que nous avons reçu, nous préparons en nous la place à la grâce...en plus grande abondance. En effet, il n'y a que notre ingratitude qui arrête nos progrès après notre conversion...
Heureux donc celui qui se regarde comme un étranger, et qui rend de grandes actions de grâces même pour les moindres bienfaits, dans la pensée que tout ce qu'on donne à un étranger et à un inconnu est un don purement gratuit. Au contraire, que nous sommes malheureux et misérables lorsque, après nous être montrés d'abord timorés, humbles et dévots, nous oublions ensuite combien était gratuit ce que nous avons reçu...
Je vous en prie donc, mes frères, tenons-nous de plus en plus humblement sous la main puissante de Dieu (1P 5,6)... Tenons-nous avec une grande dévotion dans l'action de grâces, et il nous accordera la grâce qui seule peut sauver nos âmes. Montrons notre reconnaissance, non seulement en paroles et du bout des lèvres, mais par les œuvres et en vérité.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons divers, n° 27
« Les neuf autres, où sont-ils ? »
De nos jours, on voit beaucoup de gens qui prient, mais hélas, on n'en voit pas qui reviennent sur leurs pas et rendent grâce à Dieu... « N'ont-ils pas été guéris tous les dix ? Où sont donc les neuf autres ? » Vous vous rappelez, je pense, que c'est en ces termes que le Sauveur se plaignait de l'ingratitude des neuf autres lépreux. Nous lisons qu'ils savaient bien « prier, supplier et demander », car ils ont élevé la voix pour s'écrier : « Jésus, fils de David, ayez pitié de nous ». Mais il leur a manqué une quatrième chose que réclame l'apôtre Paul : « l'action de grâce » (1Tm 2, 1), car ils ne sont pas revenus sur leurs pas et n'ont pas rendu grâce à Dieu.
Nous voyons bien encore de nos jours un certain nombre de personnes qui demandent à Dieu avec instance ce qui leur manque, mais on n'en voit qu'un petit nombre qui semblent reconnaissants des bienfaits qu'ils ont reçus. Il n'y a pas de mal à demander avec instance, mais ce qui fait que Dieu ne nous exauce pas, c'est qu'il trouve que nous manquons de gratitude. Après tout, peut-être est-ce encore un acte de clémence de sa part de refuser aux ingrats ce qu'ils demandent, pour qu'ils ne soient pas jugés d'autant plus rigoureusement à cause de leur ingratitude... C'est donc par miséricorde que Dieu retient parfois sa miséricorde...
Vous voyez donc que tous ceux qui se trouvent guéris de la lèpre du monde, je veux dire des désordres évidents, ne profitent pas de leur guérison. Plusieurs, en effet, sont atteints secrètement d'un ulcère pire que la lèpre, d'autant plus dangereux qu'il est plus intérieur. C'est pourquoi c'est avec raison que le Sauveur du monde demande où sont les neuf autres lépreux, car les pécheurs s'éloignent du salut. C'est ainsi qu'après son péché, Dieu a demandé au premier homme : « Où es-tu ? » (Gn 3,9)
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N°2 ( trad. cf DDB 1981, p.18)
« Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce »
Le Christ est auprès de moi :
j'y adhère et il m'étreint.
Je n'aurais pas su aimer le Seigneur
si lui-même ne m'avait aimé le premier.
Qui peut comprendre l'amour,
si ce n'est celui qui est aimé ?
J'étreins l'aimé et mon âme l'accueille
et là où il se repose, là je me tiens.
Je ne serai plus un étranger pour lui
car il n'y a pas de haine dans le Seigneur.
Je suis lié à lui comme l'amante
qui a trouvé celui qu'elle aime.
Parce que j'aime le Fils,
je deviendrai fils.
Oui, celui qui adhère à celui qui ne meurt pas,
ne mourra pas.
Celui qui se complaît en la Vie,
à son tour sera vivant.
Tel est l'Esprit du Seigneur sans mensonge
qui apprend aux hommes à connaître ses voies.
ou
Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123), évêque
Commentaire sur l'évangile de Luc, 2, 40 ; PL 165, 428 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 450)
Purifiés de la lèpre du péché
« En cours de route, ils furent purifiés. » Il faut que les pécheurs entendent cette parole et fassent l'effort de la comprendre. Il est facile au Seigneur de remettre les péchés. Souvent, en effet, le pécheur est pardonné avant de venir trouver le prêtre. En réalité, il est guéri à l'instant même où il se repent. Quel que soit, en effet, le moment où il se convertit, il passe de la mort à la vie... Qu'il se rappelle cependant de quelle conversion il s'agit. Qu'il écoute ce que dit le Seigneur : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2,12). Toute conversion doit donc s'opérer dans le cœur, au-dedans.
« L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. » En réalité, cet homme représente tous ceux qui ont été purifiés dans l'eau du baptême ou guéris par le sacrement de pénitence. Ils ne suivent plus le démon, mais imitent le Christ, ils marchent à sa suite en le glorifiant et en lui rendant grâce, et ils n'abandonnent pas son service... « Jésus lui dit : Relève-toi et va ; ta foi t'a sauvé. » Grande est donc la puissance de la foi, car « sans elle, selon la parole de l'apôtre, il est impossible d'être agréable à Dieu » (He 11,6). « Abraham eut foi en Dieu, et, de ce fait, Dieu estima qu'il était juste » (Rm 4,3). C'est donc la foi qui sauve, la foi qui justifie, la foi qui guérit l'homme dans son âme et dans son corps.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Grandes Règles monastiques, § 2 (trad. Lèbe, Maredsous 1969, p. 52-54)
« Et les neuf autres, où sont-ils ? »
Après avoir offensé notre bienfaiteur par notre indifférence devant les marques de sa bienveillance, nous n'avons cependant pas été abandonnés par la bonté du Seigneur ni retranchés de son amour, mais nous avons été tirés de la mort et rendus à la vie par notre Seigneur Jésus Christ. Et la manière dont nous avons été sauvés est digne d'une admiration plus grande encore. « Bien qu'il soit Dieu, il n'a pas estimé devoir garder jalousement son égalité avec Dieu, mais il s'est abaissé lui-même jusqu'à prendre la condition d'esclave » (Ph 2,6-7).
Il a pris nos faiblesses, il a porté nos souffrances, il a été meurtri pour nous afin de nous sauver par ses blessures, il nous a rachetés de la malédiction en se faisant malédiction pour nous (Is 53,4-5 ; Ga 3,13) ; il a souffert la mort la plus infamante pour nous conduire à la vie de la gloire. Et il ne lui a pas suffi de rendre à la vie ceux qui étaient dans la mort, il les a revêtus de la dignité divine et leur a préparé dans le repos éternel un bonheur qui dépasse toute imagination humaine.
Que rendrons-nous donc au Seigneur pour tout ce qu'il nous a donné ? Il est si bon qu'il ne demande rien en compensation de ses bienfaits : il se contente d'être aimé.
TEMPS ORDINAIRE XXXII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°15,10. 19 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 239.245)
Accueillons et attendons le Seigneur !
Le vrai Christ, le Fils unique de Dieu, ne reviendra plus sur la terre. Si quelqu’un vient dans les déserts, comme une apparition, ne sors pas le voir. « Si l’on dit : voici le Christ ici, le voilà là, ne le crois pas » (Mc 13,21). Ne regarde plus désormais en bas et vers la terre. Car le Maître descendra des cieux. Non pas seul comme auparavant, mais avec une nombreuse compagnie, escorté de myriades d’anges ; non pas mystérieusement, comme la pluie sur la toison, mais comme l’éclair qui brille avec éclat. Lui-même dit en effet : « Comme l’éclair sort de l’Orient et brille jusqu’à l’Occident, ainsi en sera-t-il du Fils de l’homme » (Mt 24,27). Et à nouveau : « Ils verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire ; et il enverra ses anges avec la grande trompette » (Mt 24, 30.31). (…)
Accueillons et attendons le Seigneur qui vient des cieux sur les nuées. Alors retentiront les trompettes angéliques ; ceux qui reposent dans le Christ ressusciteront les premiers ; parmi les vivants, ceux qui pratiquent la piété seront enlevés dans les nuées et recevront le prix de leurs épreuves, un hommage plus qu’humain puisqu’ils auront supporté des combats surhumains. Ainsi l’écrit l’apôtre Paul en ces mots : « Le Seigneur lui-même, à un signal, à la voix de l’archange et à la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et d’abord, les morts dans le Christ ressusciteront ; ensuite nous, les vivants, les laissés pour compte, nous seront en même temps qu’eux et avec eux enlevés dans les nuées à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Th 4,16.17).
ou
Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
Livre II, ch. 1,1-2
« Au milieu de vous et au-dedans de vous »
« Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » dit le Seigneur. Tourne-toi donc de tout ton cœur vers Dieu, oublie ce monde, et ton âme trouvera le repos. Apprends à te tourner avant tout vers l'intérieur et tu verras venir à toi le Royaume de Dieu. Car le Royaume de Dieu, « c'est la paix et la joie dans l'Esprit Saint » (Rm 14,17).
Cette joie n'est pas donnée aux hommes sans foi. Le Christ viendra à toi et te fera sentir sa consolation si tu lui as préparé au-dedans de toi une demeure digne de lui. « Toute sa gloire et sa beauté viennent de l'intérieur. » (Ps 44,14) C'est là qu'il se plaît à habiter. À l'homme intérieur, Dieu réserve de fréquentes visites, son entretien et sa consolation, une grande paix et une familiarité qui confond. Allons, prépare-toi, afin qu'il daigne venir habiter en toi. Car « si quelqu'un m'aime, a-t-il dit, il gardera mes commandements, alors nous viendrons en lui et nous établirons en lui notre demeure » (Jn 14,23).
ou
Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
Livre II, ch.1, 2-3
Demeurer dans le Royaume de Dieu
« Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » dit le Seigneur... Hâte-toi donc de préparer ton cœur pour cet Époux afin qu'il daigne venir et habiter en toi. Car il a dit : « Si quelqu'un m'aime il gardera ma parole, alors nous viendrons en lui et nous établirons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Fais donc place au Christ et ferme la porte à tout autre que lui. En possédant le Christ, tu es riche et lui seul te suffit. Il veillera sur toi, pourvoira à tout, en sorte que tu n'auras pas à recourir toujours aux hommes. Car les hommes changent souvent et manquent tout d'un coup, tandis que « le Christ demeure éternellement » (Jn 12,34) ; il reste notre soutien inébranlable jusqu'à la fin.
Ne place donc pas ta confiance d'une manière trop absolue dans l'homme, qui est fragile et mortel, même quand quelqu'un nous est utile et très cher. Ne t'attriste pas beaucoup s'il te déçoit ou s'il te contredit. Ceux qui sont pour toi aujourd'hui pourront être contre toi demain et inversement, car les hommes changent comme le vent. Toi donc mets ta confiance en Dieu. Qu'il soit ta crainte et ton amour. Il répondra pour toi et il fera ce qui est le mieux.
« Tu n'as pas ici-bas de demeure durable » (He 13,14). Où que tu sois, tu es « étranger et voyageur » (He 11,13). Ta paix viendra de ton union intime avec le Christ.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien Sermon « The Invisible World », PPS vol. 4, n°13
« Le règne de Dieu est au milieu de vous »
Est-il difficile à la foi d'admettre les paroles de l'Écriture concernant nos relations avec un monde qui nous est supérieur ?... Ce monde spirituel est présent, quoique invisible ; il est présent et non pas futur, non pas distant. Il n'est pas au-dessus du ciel, il n'est pas par-delà la tombe ; il est maintenant et ici : « Le royaume de Dieu est parmi nous ». C'est de cela que parle saint Paul : « Nous regardons non pas les choses visibles, mais les invisibles, car les choses visibles n'ont qu'un temps, mais les choses invisibles sont éternelles » (2Co 4, 18)...
Tel est le royaume caché de Dieu ; et de même qu'il est maintenant caché, ainsi sera-t-il révélé au moment voulu. Les hommes croient être les seigneurs du monde et pouvoir en faire ce qu'ils veulent. Ils croient en être les propriétaires et détenir un pouvoir sur son cours... Mais ce monde est habité par les humbles du Christ qu'ils méprisent et par ses anges en qui ils ne croient pas. À la fin ce sont eux qui en prendront possession, quand ils seront manifestés. Maintenant « toutes choses », en apparence, « continuent comme elles étaient depuis le commencement de la création » et les railleurs demandent : « Où est la promesse de sa venue ? » (2P 3, 4) Mais au temps marqué, il y aura une « manifestation des enfants de Dieu » et les saints cachés « resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (Rm 8, 19 ; Mt 13, 43).
Quand les anges sont apparus aux bergers, ce fut une apparition soudaine : « Soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable » (Lc 2, 13). Auparavant, la nuit ressemblait à tout autre nuit -- les bergers veillaient sur leurs troupeaux ; ils observaient le cours de la nuit : les étoiles suivaient leur course ; il était minuit ; ils ne pensaient pas du tout à une chose pareille lorsque l'ange est apparu. Telles sont la puissance et la force cachées dans les choses visibles. Elles sont manifestées quand Dieu le veut.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours ascétiques, 1ère série (trad. DDB 1981 rev.)
« Le règne de Dieu est au milieu de vous »
Les démons redoutent, mais Dieu et ses anges désirent l'homme qui cherche Dieu dans son cœur jour et nuit avec ferveur, et qui repousse loin de lui les agressions de l'ennemi. Le pays spirituel de cet homme pur en son âme est au-dedans de lui : le soleil qui brille en lui est la lumière de la Sainte Trinité ; l'air que respirent les pensées qui l'habitent est le Saint Esprit consolateur. Et les saints anges demeurent avec lui. Leur vie, leur joie, leur réjouissance sont le Christ, lumière de la lumière du Père. Un tel homme se réjouit à toute heure de la contemplation de son âme, et il s'émerveille de la beauté qu'il y voit, cent fois plus lumineuse que la splendeur du soleil.
C'est Jérusalem. Et c'est « le Royaume de Dieu caché au-dedans de nous », selon la parole du Seigneur. Ce pays est la nuée de la gloire de Dieu, où seuls entrerons les cœurs purs pour contempler la face de leur Maître (Mt 5,8), et leur entendement sera illuminé par les rayons de sa lumière.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul
Discours, 1ère série, n°30 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 188 rev.)
« Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et au dedans de vous »
L'action de grâce, la gratitude de celui qui reçoit incite celui qui donne à donner toujours davantage. Mais celui qui ne rend pas grâce pour les plus petites choses ne peut être que menteur et injuste dans les grandes. Celui qui est malade et qui connaît sa maladie peut demander la guérison ; celui qui reconnaît sa souffrance est proche de sa guérison, et il la trouvera facilement…
Souviens-toi de la chute de ceux qui se croyaient forts, et sois humble en tes vertus… Chasse-toi toi-même, et ton ennemi sera chassé loin de toi. Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix. Efforce-toi d'entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l'un et l'autre sont le même. Entrant dans l'un, tu contemples les deux. L'échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché : c'est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t'élever… : « Le Royaume des cieux est en vous. »
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 38
« Le Règne de Dieu est au milieu de vous »
Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, il est entré dans l'histoire du monde, l'assumant et la récapitulant en lui. C'est lui qui nous révèle que « Dieu est amour » (1Jn 4,8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l'amour... En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend par son exemple que nous aussi nous devons porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui cherchent la justice et la paix.
Constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre (Ac 2,36 ; Mt 28,18), agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit. Il n’y suscite pas seulement le désir du monde à venir, mais par là même anime, purifie et fortifie aussi ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière. Mais les dons de l’Esprit sont variés : tandis qu’il appelle certains à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine, il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du Royaume des cieux. Mais de tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres au service de la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu (Rm 15,16).
***
« Fais fructifier en nous, Seigneur, l’eucharistie qui nous a rassemblés : c’est par elle que tu formes dès maintenant, à travers la vie de ce monde, l’amour dont nous t’aimerons éternellement. » (Missel romain : Postcommunion, 1er dimanche de l’Avent)
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Traité sur la prière, 25 ; GCS 3, 356 (trad. bréviaire)
« Le règne de Dieu au milieu de nous et au-dedans de nous »
Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur : « Le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous ». Et en effet, « elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur » (Dt 30,14). En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s'accomplisse en lui-même. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses lois spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : « Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » (Jn 14,23)
Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole de l'apôtre Paul s'accomplira : le Christ « après avoir soumis » tous ses ennemis, « remettra son pouvoir royal à Dieu le Père pour que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28). C'est pourquoi, priant sans relâche, avec des dispositions divinisées par le Verbe, disons : « Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne » (Mt 6,9).
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique A, 84 r°
« Le règne de Dieu est au milieu de vous »
C'est par-dessus tout l'Évangile qui m'entretient pendant mes oraisons, en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme. J'y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux...
Je comprends et je sais par expérience que « le Royaume de Dieu est au-dedans de nous ». Jésus n'a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes, lui le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles. Jamais je ne l'ai entendu parler, mais je sens qu'il est en moi ; à chaque instant, il me guide, m'inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j'en ai besoin des lumières que je n'avais pas encore vues ; ce n'est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu'elles sont le plus abondantes, c'est plutôt au milieu des occupations de ma journée.
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
Conférences, n°1 (trad. SC 42, p. 90 rev.)
Le Règne de Dieu au milieu de nous et au-dedans de nous
À mon avis, ce serait indigne de nous éloigner de la contemplation du Christ ne serait-ce qu'un moment. Lorsque notre vue a commencé à dévier de ce but divin, tournons vers lui les yeux de notre cœur et ramenons-y comme une ligne droite le regard de notre esprit. Tout repose dans le sanctuaire profond de l'âme ; lorsque le diable en a été chassé et que le mal n'y règne plus, alors le règne de Dieu s'établit en nous. Mais « le Règne de Dieu, écrit l'évangéliste, ne viendra pas d'une manière visible... En vérité, le règne de Dieu est au-dedans de vous ».
Or en nous, il ne peut y avoir que la connaissance ou l'ignorance de la vérité, l'amour du vice ou de la vertu, par quoi nous donnons la royauté de notre cœur, soit au diable, soit au Christ.
L'apôtre Paul à son tour décrit ainsi la nature de ce règne : « Le règne de Dieu n'est pas dans le boire et le manger ; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint » (Rm 14,17). Si donc le règne de Dieu est au-dedans de nous, et qu'il consiste en la justice, la paix et la joie, quiconque demeure en ces vertus est sans aucun doute dans le royaume de Dieu... Élevons le regard de notre âme vers ce royaume, qui est joie sans fin.
TEMPS ORDINAIRE XXXII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°15,22-23 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54; trad. J. Bouvet; éd. Migne 1993; p. 247-248)
Aie confiance aux jours du Fils de l’homme, car rien de toi ne périra
Il ne dédaignera pas ses propres serviteurs, ce glorieux roi qu’entoure la garde des anges et qui siège sur le même trône que le Père. Car pour que les élus ne soient pas confondus avec les ennemis : « Il enverra ses anges avec la grande trompette, et des quatre vents ils rassembleront les élus » (Mt 24,31). Il n’a pas dédaigné Lot et son isolement : comment donc dédaignerait-il la foule des justes ? « Venez les bénis de mon Père » (Mt 25,34), dira-t-il à ceux qui seront transportés sur les chars des nuées et que les anges auront rassemblés.
Mais, dira un assistant : « Je suis pauvre ; au surplus peut-être alors serai-je surpris sans force sur mon lit (Lc 17,34) ; ou « je suis une pauvre femme et je serai prise à la meule. Ne serons-nous donc pas dédaignés ? » Aie confiance, homme, le juge ne fait pas acception de personnes. « Il ne jugera pas selon la gloire ni ne condamnera sur une simple parole » (Is 11,3). Il ne met pas les gens instruits avant les simples, ni les riches avant les pauvres. Même si tu es aux champs, les anges te prendront. Ne crois pas qu’il prend ceux qui possèdent la terre et laisse ceux qui travaillent. Même si tu es esclave, même si tu es pauvre, ne t’inquiète nullement. Celui qui a pris la forme de l’esclave ne méprise pas les esclaves. Même si tu gis malade sur un lit, il est écrit : « Alors, de deux personnes qui se trouveront dans un même lit, l’une sera prise et l’autre laissée » (Lc 17,34). (…)
Aie seulement confiance, œuvre seulement, combats seulement avec courage ; car rien de toi ne périra.
ou
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 1230 (trad. Parole et dialogue 2002, p. 102)
« Qui perdra sa vie la sauvegardera »
Ô jour éternel, jour tant désiré,
Je te guette avec nostalgie et impatience,
Et très bientôt l'amour déchirera les voiles,
Et tu deviendras mon salut.
Jour merveilleux, moment incomparable,
Où pour la première fois je verrai mon Dieu,
L'époux de mon âme et le Seigneur des Seigneurs,
Je sens que l'épouvante n'étreindra point mon âme.
Jour très solennel, jour de clarté,
Où l'âme connaîtra son Dieu dans sa puissance,
Et tout entière sombrera dans son amour,
Et connaîtra que les misères de l'exil sont passées.
Jour bienheureux, jour béni
Où pour toi mon cœur flambera d'un feu éternel :
Car je te pressens déjà même si ce n'est qu'à travers des voiles,
Toi Jésus, dans la vie et la mort, tu m'es ravissement et enchantement.
Jour que j'espère toute ma vie durant :
Et je t'attends avec impatience, Seigneur,
Car toi tu es le seul que je désire,
Toi, l'Unique en mon cœur ; le reste ne m'est rien.
Jour de délice, d'infinies douceurs :
Mon époux, Dieu de grande majesté,
Tu sais que rien ne saurait contenter le cœur d'une vierge,
Sur ton doux Cœur j'appuie mon front.
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne de Noé, str. 11s (trad. SC 99, p.117s rev.)
« Comme dans les jours de Noé »
Le sage Noé... s'embarqua dans l'arche sur l'ordre de Dieu, avec ses fils et leurs femmes, en tout huit âmes seulement. Sans cesser de gémir, ce serviteur priait ainsi : « Ne me fais pas périr avec les pécheurs, mon Sauveur, car je vois déjà le chaos s'emparer de la création et les éléments sont ébranlés par la peur... Les nuages sont tout prêts, le ciel est brouillé, les anges accourent en avant-garde de ta colère ». Sur ces mots, Dieu ferma l'arche et la scella, pendant que son fidèle criait : « Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous gardes, rédempteur de l'univers ».
Du haut du ciel le juge alors donne un ordre ; aussitôt s'ouvrent les écluses, précipitant pluies, torrents d'eau et grêle, d'un bout du monde à l'autre ; et la peur fit jaillir les sources de l'abîme, inondant la terre en tout lieu... Tel fut l'effet de la colère de Dieu, parce que les humains avaient persévéré dans leur endurcissement et ne s'étaient pas empressés de lui crier avec foi : « Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous gardes, rédempteur de l'univers »...
Ensuite le chœur des anges, voyant détruits les hommes charnels, s'écria : « Maintenant, que les justes possèdent toute l'étendue de la terre ! » Car le Créateur aime voir ceux qu'il a faits à son image (Gn 1, 26) ; c'est pourquoi il met à part ses saints pour les sauver. Noé... lâche la colombe et elle revient vers le soir avec un rameau d'olivier dans le bec, qui annonçait symboliquement la miséricorde de Dieu. Alors Noé sort de l'arche, comme de sa tombe, selon l'ordre qu'il avait reçu..., non comme jadis Adam, qui avait mangé d'un arbre qui donne la mort, car Noé avait produit un fruit de pénitence en disant : « Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous gardes, rédempteur de l'univers ».
Mortes sont la corruption et l'iniquité ; l'homme au cœur droit triomphe par sa foi, car il a trouvé grâce... Alors le juste (Gn 6, 9) offrit au Seigneur un sacrifice sans tache... ; le Créateur en respira l'agréable parfum et... déclara : « Jamais plus l'univers ne périra dans un déluge, même si tous les hommes mènent une vie mauvaise. Aujourd'hui je conclus avec eux une alliance irrévocable. Je montre mon arc à tous les aux habitants de la terre pour leur servir de signe, afin qu'ils m'invoquent ainsi : ' Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous gardes, rédempteur de l'univers ' ».
ou
Saint Romanos le Mélode (?-vers 560), compositeur d'hymnes : Hymne de Noé (trad. cf Sr. Isabelle de la Source, Lire la Bible, Médiaspaul 1988, t. 1, p. 37 et SC 99, p. 105)
Dieu attend le temps de notre conversion
Quand je contemple la menace suspendue sur les coupables au temps de Noé, je tremble, moi qui suis coupable aussi de péchés abominables... Les hommes d'alors, le Créateur les menaça d'avance, car il attendait le temps de leur conversion. Pour nous aussi, il y aura l'heure de la fin, inconnue de nous et même cachée aux anges (Mt 24, 36). En ce dernier jour, le Christ, le Seigneur d'avant les siècles, viendra, chevauchant les nuées, pour juger la terre, comme l'a vu Daniel (7, 13). Avant que cette heure dernière ne tombe sur nous, supplions le Christ en lui criant : « Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous portes, Rédempteur de l'univers »...
L'Ami des hommes, en voyant la méchanceté qui régnait alors, dit à Noé : « La fin de tout homme est venue devant moi (Gn 6, 13) car la terre est remplie d'injustices. Parmi cette génération, tu es vraiment le seul juste (Gn 7, 1)... Prends donc du bois imputrescible et fabrique-toi une arche...; comme une matrice elle portera les semences des espèces futures. Tu la feras comme une maison, à l'image de l'Église... En elle je te garderai, toi qui me cries avec foi : ' Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous portes, Rédempteur de l'univers. ' »
Avec intelligence, l'élu accomplit son ouvrage..., et il criait avec foi aux hommes sans foi : « Vite ! Sortez de votre péché, rejetez votre méchanceté, repentez-vous ! Lavez la souillure de vos âmes dans les larmes, conciliez-vous par la foi la puissance de notre Dieu...» Mais ces fils de rébellion ne se convertirent pas. À leur perversité, ils ajoutèrent encore leur endurcissement. Dès lors Noé implora Dieu avec des larmes : « Tu m'as fait sortir autrefois du sein de ma mère ; sauve-moi encore dans cette arche secourable. Car je vais m'enfermer dans cette sorte de tombeau, mais quand tu m'appelleras, j'en sortirai par ta puissance ! En elle, je vais préfigurer dès maintenant la résurrection de tous les hommes, quand tu sauveras tes justes du feu, comme tu me sauveras dans les flots du mal en m'arrachant du milieu des impies, moi qui te crie avec foi, à toi le Juge compatissant : ' Sauve tous les hommes de la colère, par l'amour que tu nous portes, Rédempteur de l'univers. ' »
ou
Saint Benoît (480-547), moine, copatron de l'Europe
Règle, Prologue, 8-22
« Éveille-toi, toi qui dors » (Ep 5,14)
Levons-nous donc enfin ; l'Écriture ne cesse de nous éveiller en disant : « L'heure est venue de nous lever du sommeil » (Rm 13,11). Ouvrons les yeux à la lumière divine. Écoutons d'une oreille attentive la voix puissante de Dieu qui chaque jour nous presse en disant : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur » (Ps 94,8). Et encore : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il écoute ce que l'Esprit dit aux Églises » (Ap 2,7). Et que dit-il ? « Venez, fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » (Ps 33,12) « Courez tant que vous avez la lumière de la vie, pour que les ténèbres de la mort ne vous enveloppent pas. » (Jn 12,35)
Cherchant son ouvrier dans la foule du peuple à qui il lance cet appel, le Seigneur dit encore : « Quel est l'homme qui aime la vie et désire voir des jours heureux ? » (Ps 33,13) Entendant cela, si tu réponds : Moi, Dieu te dit : Veux-tu avoir la vraie vie, l'éternelle ? Alors « garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses : détourne-toi du mal et fais le bien, cherche la paix et poursuis-la » (Ps 33,14-15). Quand vous aurez fait cela, je poserai les yeux sur vous et prêterai l'oreille à vos prières et « avant même que vous ne m'appeliez, je vous dirai : Me voici » (Is 58,9).
Quoi de plus doux, frères bien-aimés, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa tendresse, le Seigneur nous indique le chemin de la vie. Ceints de la foi et de la pratique des bonnes actions, et guidés par l'Évangile, allons donc par les voies qu'il nous trace pour être admis à voir celui qui nous a appelés dans son royaume (1Th 2,12). Si nous voulons habiter dans la demeure de son royaume, hâtons-nous par de bonnes actions, sinon nous n'y parviendrons jamais.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, II, 3 (trad. cf SC 7 bis, p. 89)
L'arche de l'Église
Autant que la petitesse de mon esprit me le permet, je pense que le déluge, qui a mis alors presque un terme au monde, est le symbole de la fin du monde, fin qui doit véritablement arriver. Le Seigneur lui-même l'a déclaré quand il a dit : « Aux jours de Noé, les hommes achetaient, vendaient, bâtissaient, se mariaient, donnaient leurs filles en mariage, et le déluge arriva, qui les fit tous périr. Ainsi sera également l'avènement du Fils de l'homme. » Dans ce texte, il semble bien que le Seigneur décrit d'une seule et même façon le déluge qui a déjà eu lieu et la fin du monde qu'il annonce pour l'avenir.
Ainsi donc, jadis il a été dit à Noé de faire une arche et d'y introduire avec lui non seulement ses fils et ses proches mais des animaux de toute espèce. De même, à la consommation des âges, il a été dit par le Père au Seigneur Jésus Christ, notre nouveau Noé, le seul Juste et le seul Parfait (Gn 6,9), de se faire une arche de bois équarri et de lui donner des mesures qui sont pleines de mystères divins (cf Gn 6,15). Cela est indiqué dans un psaume qui dit : « Demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour domaine les extrémités de la terre » (2,8). Il a construit donc une arche avec toutes sortes d'abris pour recevoir les animaux divers. Un prophète parle de ces demeures quand il écrit : « Va, mon peuple, entre dans tes abris, cache-toi pour quelques instants, jusqu'à ce que la colère ait passé » (Is 26,20). Il y a en effet une correspondance mystérieuse entre ce peuple qui est sauvé dans l'Église, et tous ces êtres, hommes et animaux, qui ont été sauvés du déluge dans l'arche.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale 15, 1-3 ; PG 33, 870-871 (trad. Orval)
Les deux avènements du Christ
Nous annonçons la venue du Christ : non seulement son premier avènement, mais encore un second beaucoup plus éclatant. Le premier en effet a été marqué du signe de la patience, tandis que l'autre portera le diadème de la royauté divine... Lors du premier avènement, il a été emmailloté et couché dans la crèche ; lors du second, il sera « drapé de lumière comme d'un manteau » (Ps 103,2). Lors du premier, il a subi la croix et méprisé la honte ; lors du second, il s'avancera dans la gloire escorté d'une armée d'anges.
Il ne nous suffit pas de nous appuyer maintenant sur le premier avènement ; nous attendons encore le second. Et après avoir dit, lors du premier : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Mt 21,9), nous le redirons encore au moment du second, quand nous viendrons avec les anges à la rencontre du Seigneur pour l'adorer. Le Sauveur viendra non pour être à nouveau jugé, mais pour juger ceux qui ont porté jugement... Il était venu alors pour réaliser le salut et enseigner les hommes par la persuasion ; mais ce jour-là, il soumettra tout à sa royauté.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°11, 1 (trad. Canevet, Cerf 1992, p.141 rev.)
« On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait »
Le Seigneur a fait à ses disciples de grandes recommandations pour que leur esprit secoue comme une poussière tout ce qui est terrestre dans la nature et s'élève au désir des réalités surnaturelles. C'est qu'il faut, quand on se tourne vers la vie d'en haut, être plus forts que le sommeil et garder toujours l'esprit vigilant… Je parle de cet assoupissement de ceux qui sont enfoncés dans le mensonge de la vie par ces rêves illusoires que sont les honneurs, les richesses, le pouvoir, le faste, la fascination des plaisirs, l'ambition, la soif de jouissance, la vanité et tout ce que l'imagination entraîne les hommes superficiels à poursuivre follement. Toutes ces choses s'écoulent avec la nature éphémère du temps ; elles sont du domaine du paraître… ; à peine ont-elles paru exister, elles disparaissent comme les vagues sur la mer…
C'est pour que notre esprit soit dégagé de ces illusions que le Verbe, la Parole de Dieu, nous invite à secouer des yeux de l'âme ce sommeil profond, afin que nous ne glissions pas loin des réalités véritables en nous attachant à ce qui n'a pas de consistance. C'est pourquoi il nous propose la vigilance, en nous disant : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées » (Lc 12,35). Car la lumière, en brillant devant les yeux, chasse le sommeil, et les reins serrés par la ceinture empêchent le corps d'y succomber… Celui qui est ceint par la tempérance vit dans la lumière d'une conscience pure ; la confiance filiale illumine sa vie comme une lampe… Si nous vivons comme cela, nous entrerons dans une vie semblable à celle des anges.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Incarnation », PPS, vol. 2 n°3
« Le jour où le Fils de l'homme se révèlera »
Notre Seigneur et Sauveur a accepté de vivre dans un monde qui l'a désavoué ; il y a vécu pour mourir pour lui au moment fixé. Il y est venu comme le prêtre désigné pour offrir le sacrifice pour ceux qui ne prenaient part à aucun acte d'adoration... Il est mort, et il est ressuscité le troisième jour, Soleil de justice (Ml 3,20), montrant toute la splendeur qui avait été cachée par les nuages du matin. Il est ressuscité et est monté à la droite de Dieu, pour plaider par ses blessures sacrées en faveur de notre pardon, pour régner et conduire son peuple racheté, et pour déverser sur lui de son côté transpercé les plus grandes bénédictions. Il y est monté pour descendre au moment fixé et juger le monde qu'il a racheté... Il a élevé avec lui la nature humaine..., car un homme nous a rachetés, un homme a été exalté par-dessus toute créature, faisant un avec notre Créateur, et un homme jugera les hommes au dernier jour (Ac 17,31).
Cette terre est si privilégiée que notre juge ne sera pas un étranger, mais celui qui est notre semblable, qui soutiendra nos intérêts et sympathisera pleinement avec toutes nos imperfections. Lui qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous est miséricordieusement désigné pour fixer la mesure et la valeur finales de son propre ouvrage. Celui qui a appris par sa propre faiblesse à prendre la défense du faible, celui qui veut récolter tout le fruit de sa Passion, séparera le froment de la paille, en sorte qu'il ne tombera pas un grain à terre (cf Mt 3,12). Celui qui nous a fait participer à sa propre nature spirituelle, de qui nous avons tiré le sang vital de nos âmes, celui qui est notre frère, décidera de ses frères. En ce second avènement, puisse-t-il se souvenir de nous dans sa miséricorde et sa tendre pitié, lui, notre seul espoir, lui, notre seul salut !
TEMPS ORDINAIRE XXXII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la prière, chap. X ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 91 ; rev.)
Je suis pauvre, mendiant, mais Dieu est mon soutien !
« Le pauvre et l’indigent loueront le nom du Seigneur. » (Ps 73,21) De fait, quelle pauvreté ou plus grande ou plus sainte, que celle d’un homme qui se sait dépourvu de tout moyen et sans force aucune, et sollicite de la largesse d’autrui le secours dont il a besoin chaque jour ; qui voit que sa vie et son être ne se soutiennent à tout instant qui passe que par la divine assistance, et se proclame à juste titre le vrai mendiant du Seigneur, en criant vers lui tous les jours d’une voix suppliante : « Pour moi, je suis un pauvre, un mendiant ; mais Dieu est mon soutien » ? Aussi Dieu lui-même l’éclairera-t-il de sa lumière, pour le faire monter à la science multiforme de son Être ; et il se rassasiera de la vue des mystères les plus sublimes et les plus cachés, selon ce que dit le prophète : « Les hérissons trouvent un refuge au creux des rochers. » (Ps 103,18 Vg)
Ce texte convient bien à l’idée que nous exprimons. Quiconque persévère dans l’innocence et la simplicité, ne nuit et n’est à charge à personne. Content de sa simplicité et d’elle seule, il ne désire rien de plus qu’un abri qui le préserve de devenir la proie de ses ennemis. Il est devenu comme un hérisson spirituel, qui trouve asile et protection sous la pierre dont parle l’Évangile ; c’est-à dire que, protégé par le souvenir de la passion du Seigneur et la méditation incessante (…), il échappe à toutes les embûches et à toutes les attaques de l’ennemi. Ce sont ces hérissons spirituels dont il est dit au livre des Proverbes : « Les hérissons espèces faibles, font leur nids dans les rochers. » (Pr 30,26 LXX) Qu’y a-t-il, en effet, de moins fort qu’un chrétien, quoi de plus infirme qu’un moine ?
ou
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Discours du 17 janv. 1943 à des représentants de centres de l'apostolat de la prière en Italie (La prière dans l’enseignement des Papes, vol. 3; Éd. Solesmes, 1981; p. 217.220-221)
« Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? » (Lc 18,7)
En vous contemplant ici réunis autour de nous, il nous semble faire nôtre en la revivant cette scène grandiose et émouvante que nous présente la Sainte Écriture : nous y voyons, tandis que le peuple de Dieu combat dans la plaine, Moïse, monté sur la cime du Mont Horeb, priant les bras et les mains élevés, image prophétique et inconsciente du grand Médiateur aux mains étendues sur la Croix. Aux côtés du chef en prière, de crainte que les forces ne viennent à lui manquer en cet acte éprouvant d’imploration, voici deux de ses plus fidèles, lui soutenant les bras avec une sollicitude filiale, pleins de foi dans l’efficacité de la prière de leur chef (Ex 17, 8).
Nous aussi, du haut de cette colline du Vatican, nous assistons à un grand conflit incomparablement plus vaste et plus important que celui-là, conflit vraiment immense, qui met aux prises, les uns avec les autres, les peuples de la terre ; conflit spirituel, qui n’est qu’un épisode de la lutte permanente et intense du mal contre le bien, de Satan contre le Christ. Nous, les mains étendues vers le ciel, nous sentons peser sur nos épaules le poids d’une indicible responsabilité, et une douleur profonde étreindre notre cœur, qui trouve un réconfort en vous, si fidèles à vous tenir tout près de nous, unissant votre prière à la nôtre, vos sacrifices à nos souffrances, vos travaux à nos fatigues. (…)
La vraie prière du chrétien, enseignée à tous par Jésus, mais qui, à un titre spécial, est la vôtre, est une prière essentiellement apostolique. Elle inclut en elle la sanctification du Nom de Dieu, la venue et l’extension de son Règne, la fidèle adhésion aux dispositions de son amoureuse Providence et à sa volonté rédemptrice et béatifiante ; ainsi que tous les intérêts spirituels et matériels des hommes, le pain quotidien, le pardon des péchés, l’union fraternelle qui ne connaît ni haine ni rancune, les secours nécessaires pour ne pas succomber à la tentation, la délivrance de tout mal. (...) Immense dans sa brièveté l’oraison dominicale comprend et embrasse l’universalité des besoins du monde ; et tous ces besoins, le Sauveur les prend en considération et les recommande à son Père céleste dans les moindres détails, car chacun lui est particulièrement présent. (…) Tel est votre modèle.
ou
Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650), moine au Mont Sinaï
L'Échelle sainte (trad. Bellefontaine 1993, coll. Spiritualité orientale n°24, pp. 290.299-300 rev.)
Dieu, seul maître de prière
La prière est, quant à sa nature, la conversation et l'union de l'homme avec Dieu, et quant à son efficacité, la conservation du monde et sa réconciliation avec Dieu, un pont élevé par dessus les tentations, un rempart contre les tribulations, l'extinction des guerres, la joie future, l'activité qui ne cesse jamais, la source des grâces, le pourvoyeur des charismes, un progrès invisible, l'aliment de l'âme, l'illumination de l'esprit, la hache qui retranche le désespoir, le bannissement de la tristesse, la réduction de la colère, le miroir du progrès, la manifestation de notre mesure, le test de l'état de notre âme, la révélation des choses futures, la sûre annonce de la gloire.
Aie un grand courage, et tu auras Dieu lui-même pour maître de prière. Il est impossible d'apprendre à voir au moyen de paroles, parce que voir est un effet de la nature. Il est tout aussi impossible d'apprendre la beauté de la prière par l'enseignement d'autrui. La prière ne s'apprend que dans la prière et elle a Dieu pour maître, lui qui enseigne à l'homme la science..., qui accorde le don de la prière à celui qui prie, et qui bénit les années des justes.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours ascétiques, 1ère série, §21 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 143)
« Toujours prier sans se décourager »
Bienheureux l'homme qui connaît sa propre faiblesse. Car cette connaissance est en lui le fondement, la racine, le principe de toute bonté... Quand un homme sait qu'il est dénué de secours divin, il prie d'abondance. Et plus il prie, plus son cœur se fait humble... Quand il a compris tout cela, il possède la prière dans son âme comme un trésor. Et tant sa joie est grande, il fait de sa prière une action de grâce... Porté ainsi par cette connaissance et admirant la grâce de Dieu, il élève la voix, il loue et glorifie Dieu, il lui dit sa gratitude et parle au comble de l'émerveillement.
Celui qui est parvenu en vérité, et non en imagination, à porter de tels signes et à connaître une telle expérience, celui-là sait ce que je dis, et que rien ne peut aller contre. Mais qu'il cesse désormais de désirer les choses vaines. Qu'il persévère en Dieu par la prière continuelle, dans la crainte d'être privé de l'abondance du secours divin.
Tous ces biens sont donnés à l'homme dès lors qu'il connaît sa faiblesse. Par son grand désir du secours de Dieu, il approche Dieu en demeurant dans la prière. Et autant il approche Dieu par sa résolution, autant Dieu l'approche de ses dons, et il ne lui enlève pas sa grâce, à cause de sa grande humilité. Car un tel homme est comme la veuve qui ne cesse d'en appeler au juge pour qu'il lui rende justice contre son adversaire. Dans sa compassion Dieu retarde ses grâces pour que cette réserve incite l'homme à l'approcher et à demeurer auprès de celui d'où coule son bien, tant il a besoin de lui.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 115, 1 ; PL 38, 655 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 447)
« Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »
Y a-t-il un moyen plus efficace de nous encourager à la prière que la parabole du juge injuste qui nous a été racontée par le Seigneur ? Le juge injuste, évidemment, ne craignait pas Dieu ni ne respectait les hommes. Il n'éprouvait aucune bienveillance pour la veuve qui recourait à lui et cependant, vaincu par l'ennui, il finit par l'écouter. Si donc il exauça cette femme qui l'importunait par ses prières, comment ne serions-nous pas exaucés par celui qui nous encourage à lui présenter nos prières ? C'est pourquoi le Seigneur nous a proposé cette comparaison tirée des contraires pour nous faire comprendre « qu'il faut toujours prier sans se décourager ». Puis il a ajouté : « Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Si la foi disparaît, la prière s'éteint. Qui pourrait, en effet, prier pour demander ce qu'il ne croit pas ? Voici donc ce que l'apôtre Paul dit en exhortant à prier : « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés ». Puis, pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couleur si la source est à sec, il ajoute : « Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d'abord cru en lui ? » (Rm 10, 13-14) Croyons donc pour pouvoir prier et prions pour que la foi, qui est au principe de notre prière, ne nous fasse pas défaut. La foi répand la prière, et la prière, en se répandant, obtient à son tour l'affermissement de la foi.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, ch. 1
« Toujours prier »
Ce n'est que par l'oraison et la lecture spirituelle que l'on peut cultiver le don de la prière. L'oraison mentale grandit en même temps que la simplicité, c'est-à-dire dans l'oubli de soi, le dépassement du corps et des sens, et le renouvellement des aspirations qui nourrissent notre prière. Il s'agit, ainsi que le dit saint Jean Vianney, de « fermer nos yeux, fermer notre bouche et ouvrir notre cœur ». Dans la prière vocale, nous parlons à Dieu ; dans l'oraison, il nous parle. C'est à ce moment-là qu'il se déverse en nous.
Nos prières devraient être faites de mots brûlants, jaillissant de la fournaise de nos cœurs remplis d'amour. Dans tes prières, adresse-toi à Dieu avec grande vénération et grande confiance. Ne traîne pas, ne te précipite pas ; ne crie pas, ne t'abandonne pas au mutisme ; mais avec dévotion, avec une grande douceur, en toute simplicité, sans aucune affectation, offre ta louange à Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.
Une fois enfin, laisse l'amour de Dieu prendre entièrement et absolument possession de ton cœur, et laisse cet amour devenir dans ton cœur sa seconde nature ; ne permets pas à ton cœur que rien de contraire à cela ne pénètre en lui ; laisse-le s'appliquer continuellement à la croissance de cet amour en cherchant à plaire à Dieu en toute chose, en ne lui refusant rien ; laisse-le accepter tout ce qui lui arrive comme venant de la main de Dieu ; fais qu'il soit fermement déterminé à ne jamais commettre volontairement ou consciemment aucune faute –- ou, s'il y échoue, laisse-le s'humilier et apprendre à se relever dans l'instant. Alors, un tel cœur priera continuellement.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité : A Simple Path (trad. Un chemin, Plon Mame 1995, p. 44)
« Toujours prier sans se décourager »
Si vous souhaitez partir à la recherche de Dieu sans savoir comment vous y prendre, apprenez à prier, astreignez-vous tout simplement à prier chaque jour. Vous pouvez prier n'importe où, à n'importe quel moment. Point n'est besoin d'être dans une chapelle ou une église. Vous pouvez prier en travaillant : le travail n'arrête pas la prière, ni la prière le travail. Si vous ressentez le besoin d'une aide, vous pouvez demander conseil à un prêtre ou un pasteur.
Essayez de vous adresser directement à Dieu. Parlez-lui, dites-lui tout, spontanément, directement, comme ça vient. Il est notre Père à tous. Quelle que soit notre religion, nous sommes tous créés par lui et sommes ses enfants. Nous pouvons avoir confiance en lui, l'aimer, croire en lui, travailler pour lui. Quand nous prions, nos problèmes sont résolus dans la mesure de ce qui est bon pour nous.
Sans la prière, je ne pourrais pas accomplir le travail qui est le mien, ne serait-ce qu'une demi-heure. Je tire ma force de Dieu par la prière.
ou
Saint Josémaria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie du 26/03/67 in Es Cristo que pasa (trad. Quand le Christ passe, Le Laurier 1989, p. 209)
Toujours prier
« Priez sans cesse » ordonne l'apôtre Paul (1Th 5,17). Rappelant ce précepte, Clément d'Alexandrie écrit : « Il nous est commandé de louer et d'honorer le Verbe, dont nous savons qu'il est le Sauveur et le Roi, et par lui, le Père, non pas en des jours choisis, comme d'autres le font, mais constamment tout au long de notre vie, et de toutes les façons possibles ».
Au milieu des occupations de la journée, à l'instant de vaincre la tendance à l'égoïsme, lorsque nous éprouvons la joie de l'amitié envers les autres hommes, dans tous ces moments-là, le chrétien doit retrouver Dieu. Par le Christ et dans l'Esprit Saint, le chrétien accède à l'intimité de Dieu le Père, et il parcourt son chemin en cherchant ce royaume qui, bien que n'étant pas de ce monde (Jn 18,36), se prépare et commence dans ce monde.
Il faut fréquenter le Christ, dans la Parole et dans le Pain, dans l'eucharistie et dans la prière. Et le fréquenter comme on fréquente un ami, un être réel et vivant comme l'est le Christ, puisqu'il est ressuscité... Le Christ, le Christ ressuscité, c'est le compagnon, c'est l'Ami. Un compagnon qui ne se laisse voir que dans la pénombre, mais dont la réalité remplit toute notre vie et nous fait désirer sa compagnie définitive. « L'Esprit et l'Épouse disent : Viens ! Que celui qui écoute dise : Viens ! Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement... Le garant de ces révélations l'affirme : Oui, mon retour est proche ! Oh oui, viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,17.20)
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie 5 (trad. Eds. Ouvrières rev.)
« Jésus disait...qu'il faut toujours prier »
Il ne faut pas restreindre ta prière à la seule demande en paroles. Dieu, en effet, n'a pas besoin qu'on lui tienne de discours ; il sait, même si nous ne demandons rien, ce qui nous est utile. Qu'est-ce à dire ? La prière ne consiste pas en formules ; elle englobe toute la vie. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, dit l'apôtre Paul, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1Co 10,31). Es-tu à table ? Prie : en prenant ton pain, remercie celui qui te l'accorde ; en buvant ton vin, souviens-toi de celui qui t'a fait ce don pour te réjouir le cœur et soulager tes misères. Le repas terminé, n'oublie pas pour autant le souvenir de ton bienfaiteur. Quand tu mets ta tunique, remercie celui qui te la donne ; quand tu mets ton manteau, témoigne de l'affection à Dieu qui nous fournit des vêtements appropriés pour l'hiver et l'été, et pour protéger notre vie.
Le jour terminé, remercie celui qui t'a donné le soleil pour les travaux de la journée et le feu pour éclairer la nuit et pour pourvoir à nos besoins. La nuit te fournit des motifs d'actions de grâces ; en regardant le ciel et en contemplant la beauté des étoiles, prie le Maître de l'univers qui a fait toutes choses avec tant de sagesse. Lorsque tu vois toute la nature endormie, adore encore celui qui nous soulage par le sommeil de toutes nos fatigues et nous rend par un peu de repos la vigueur de nos forces.
Ainsi tu prieras sans relâche, si ta prière ne se contente pas de formules et si au contraire tu te tiens uni à Dieu tout au long de ton existence, de manière à faire de ta vie une prière incessante.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Ms C, 25 r°
Toujours prier sans se décourager
Qu'elle est grande la puissance de la prière ! On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu'elle demande. Il n'est point nécessaire pour être exaucée de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s'il en était ainsi, hélas ! que je serais à plaindre ! En dehors de l'Office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n'ai pas le courage de m'astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant ! Et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Je ne saurais les réciter toutes, et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours il me comprend.
Pour moi, la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie ; enfin c'est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus.
ou
Maître Eckhart (vers 1260-1327), théologien dominicain
Entretiens spirituels (trad. Traités, Aubier, p.32/AELF)
« Il faut toujours prier sans se décourager »
On m'a posé cette question : Bien des gens aimeraient se retirer complètement du monde et vivre dans la solitude pour y trouver la paix, ou encore rester à l'église ; serait-ce ce qu'il y a de mieux à faire ? Je réponds : Non ! Et voici pourquoi.
Celui dont l'attitude est droite se trouve bien en tous lieux et avec tout le monde ; mais celui qui manque de rectitude se trouve mal en tous lieux et avec tout le monde. Celui qui possède Dieu seul n'a en vue que Dieu seul, et toutes choses deviennent pour lui Dieu seul. Un tel homme porte Dieu dans toutes ses œuvres et en tous lieux, et toute l'activité de cet homme revêt un caractère divin...
Certes, pour cela il faut du zèle et de l'amour, une surveillance attentive de sa conscience, une intelligence vigilante, vraie et effective, qui oriente toute notre attitude spirituelle à l'égard des choses et des hommes. On ne peut pas acquérir cette intelligence par une attitude évasive, en prenant la fuite devant les choses pour se réfugier loin du monde extérieur, dans la solitude. Il faut, au contraire, faire l'apprentissage d'une solitude intérieure, où qu'on se trouve et en quelque compagnie que ce soit. Il faut apprendre à pénétrer au fond des choses pour y saisir Dieu... C'est ainsi que nous devons être imprégnés de la présence de Dieu, remodelé selon la forme du Dieu d'amour et ne faire qu'un avec lui, pour que la présence de Dieu nous illumine sans le moindre effort.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Compendium theologiae, 2ème partie, ch. 1 (trad. Orval)
Prier avec confiance et avec insistance
Une différence distingue la prière faite à Dieu de celle qu'on adresse à un homme. La prière adressée à un homme exige au préalable un certain degré de familiarité grâce à laquelle on aura accès auprès de celui qu'on implore. Tandis que la prière à Dieu nous rend par elle-même familiers de Dieu. Notre âme s'y élève vers lui, s'entretient affectueusement avec lui et l'adore en esprit et en vérité.
Cette intimité acquise en priant incite l'homme à se remettre en prière avec confiance. C'est pourquoi il est dit dans le psaume : « J'ai crié », c'est-à-dire j'ai prié avec confiance, « parce que tu m'as exaucé, mon Dieu » (16,6). Reçu dans l'intimité de Dieu par une première prière, le psalmiste prie ensuite avec une confiance accrue. Ainsi, dans la prière à Dieu, l'assiduité ou l'insistance dans la demande n'est-elle pas importune, mais bien plutôt agréable à Dieu. Car « il faut toujours prier, dit l'Évangile, et ne jamais se lasser » ; et ailleurs le Seigneur nous invite à demander : « Demandez et vous recevrez, dit-il, frappez et l'on vous ouvrira » (Mt 7,7).
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
Conférences, n°9 (trad. SC 34, p. 40s rev.)
« Il faut toujours prier sans se décourager. »
Toute la fin du moine et la perfection du cœur consistent en une persévérance ininterrompue dans la prière. Autant qu'il est donné à la fragilité humaine, il s'agit d'un effort vers une tranquillité d'âme absolue, et vers une pureté de cœur parfaite. Telle est la raison qui nous fait affronter le labeur corporel et rechercher par tous les moyens la vraie contrition du cœur, avec une constance que rien ne lasse.
Pour avoir la ferveur et la pureté qu'elle doit, la prière réclame une fidélité entière sur les points suivants. Tout d'abord, une libération complète de toute inquiétude vis-à-vis de ce monde. Il n'y a nulle affaire, nul intérêt dont le souci ne doive être absolument exclu. Renoncer pareillement à la médisance, aux bavardages, à toute parole vaine et à toute bouffonnerie. Avant tout, supprimer à fond le trouble de la colère et de la tristesse. Faire mourir en soi le foyer de tout désir charnel et de l'attachement à l'argent... Après cette purification qui assure la pureté et la simplicité, il faut jeter le fondement inébranlable d'une humilité profonde, capable de soutenir la tour spirituelle qui doit rejoindre le ciel. Enfin, pour que repose là-dessus l'édifice spirituel des vertus, il faut interdire à son âme toute dispersion en divagations et en pensées futiles. Alors, commence à s'élever peu à peu un cœur purifié et libre, jusqu'à la contemplation de Dieu et l'intuition des réalités spirituelles.
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
De la prière, XXI-XXIV ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 66-68)
Persistons à prier !
Je dirai ce que l’expérience m’a révélé des marques auxquelles on reconnaît qu’une prière est exaucée du Seigneur. Si nulle hésitation n’est venue traverser notre prière, et que nulle pensée de doute n’en ait brisé le confiant élan ; si, au contraire, nous avons le sentiment intime d’avoir obtenu ce que nous demandions dans l’effusion même de notre prière ; celle-ci, n’en doutons pas, a été efficace auprès de Dieu. Car ce qui nous vaut d’être exaucés et d’obtenir satisfaction, c’est la foi au regard de Dieu sur nous, et la confiance qu’il a le pouvoir d’accorder ce qu’on lui demande. Notre Seigneur ne peut reprendre sa parole : « Tout ce que vous demanderez dans la prière, dit-il, croyez que vous l’obtiendrez, et il vous sera donné. » (Mc 11,24) (…)
Arrière donc toute hésitation, qui trahirait un manque de foi, et persistons à prier ! Notre persévérance nous méritera de voir exaucer toute demande qui sera selon Dieu, il n’en faut point douter. C’est le Seigneur lui-même qui, dans son désir de nous accorder les biens célestes et éternels, nous exhorte à lui faire violence en quelque sorte par notre importunité. Et loin de repousser avec mépris les importuns, il les encourage, il les loue, il leur fait la douce promesse de leur accorder tout ce qu’ils auront espéré avec constance : « Demandez, dit-il, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira : car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe, on ouvre ; » (Lc 11, 9-10) et encore : « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l’obtiendrez, et rien ne vous sera impossible. » (Mt 21,22 ; 17,20)