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TEMPS ORDINAIRE IV - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
La pauvreté (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p.275-276 ; rev.)
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5,3)
Quels sont ceux que Notre-Seigneur appelle les pauvres en esprit (Mt 5,3) ? Ceux qui ne sont propriétaires ni en esprit, ni dans le cœur, ni dans la volonté ; mais qui ne veulent rien tenir que de Dieu. Chaque jour, ils déposent au pieds du Christ, jugement, manière de voir, volonté, tout. Ils lui disent : « Je ne veux rien avoir de moi ; je ne veux posséder que ce qui vient de vous ; je ne veux faire que ce que de toute éternité vous avez, comme Verbe, décidé pour moi : réaliser l’idéal divin qui est en vous à mon sujet ». (…)
Tâchons de faire en sorte, par la prière et par un regard toujours fixé sur notre modèle, que le surnaturel fournisse tous nos mobiles pour que le nom du Père soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté se fasse : alors toute notre vie sera vraiment divinisée. Alors aussi toute notre vie, retournant à Dieu, sera devenue comme une louange incessante, extrêmement agréable à notre Père céleste. Éclairés, inspirés, mûs par son Verbe et son Esprit, nous pourrons dire : « Le Seigneur me dirige » (cf. Rm 8,14). Et aussitôt nous ajouterons avec le psalmiste : « Rien ne me manquera » (Ps 22,1).
Car le Père, n’apercevant en nous que ce qui vient de lui, de la grâce de son Fils, de l’inspiration de son Esprit, nous voyant selon son désir, unis en toute chose à son Fils, nous embrasse de la complaisance même qu’il porte à son propre Fils et nous comble des richesses inépuisables de son Royaume. Notre œuvre à nous a été de nous dépouiller de nous-même pour nous laisser mener à Dieu par le Christ. (…) Toutes les bénédictions dont est comblé le Fils deviennent notre part et notre héritage. Dieu abandonne au néant de leur prétendues richesses ceux qui, croyant posséder, se reposent en eux-mêmes ; mais sa miséricorde infinie comble des biens d’en haut la misère qui n’espère qu’en lui (cf. Lc 1,53).
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 71, pour la Toussaint (trad. Cerf 1991, p. 573 rev.)
« Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés »
« Voyant les foules, il gravit la montagne... et prenant la parole, il enseignait. » La montagne où Jésus est monté, c'était sa propre félicité et son essence en laquelle il est un avec son Père. Et il était suivi d'une grande foule : c'est là la foule des saints dont on célèbre aujourd'hui la fête ; tous l'ont suivi, chacun selon la vocation où Dieu l'avait appelé. En cela nous devons les imiter, chacun prêtant avant tout attention à sa vocation, pour s'assurer de celle à laquelle Dieu l'appelle et suivre alors cet appel...
Arrivé sur la montagne, Jésus a ouvert la bouche pour proclamer les huit béatitudes... « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux leur appartient. » Il est question en premier lieu de cette vertu de pauvreté spirituelle parce qu'elle est le commencement et la base de toute perfection. Retournez la question sous toutes ses faces, toujours il faudra que le fond de l'homme soit dépouillé, détaché, libre, pauvre et dégagé de toute propriété, si Dieu doit réellement y accomplir son œuvre. Il doit être débarrassé de toute attache propre ; alors seulement Dieu pourra y être chez lui...
« Bienheureux les doux, car ils posséderont la terre » dans toute l'éternité. On fait ici un pas de plus en avant, car, par la véritable pauvreté, on se dégage des entraves, mais avec la douceur on pénètre plus dans le tréfonds, on en expulse toute amertume, toute irritabilité et toute imprudence... Pour celui qui est doux rien n'est amer. Que pour ceux qui sont bons, tout soit ainsi bon ; cela vient de leur fond bon et pur... Celui qui est doux possède la terre, en demeurant dans la paix quoi qu'il lui advienne. Mais si tu n'agis pas ainsi, tu perdras cette vertu et ta paix en même temps, et on pourra dire de toi que tu es un grognon et te comparer à un chien hargneux.
« Bienheureux ceux qui pleurent... » Quels sont donc ces gens qui pleurent ? En un sens, ce sont ceux qui souffrent ; en un autre sens, ceux qui pleurent leurs péchés. Mais les nobles amis de Dieu, qui sous ce rapport sont les plus heureux de tous, ont fini de pleurer leurs péchés... ; et cependant ils ne sont pas sans pleurer : ils pleurent les péchés et les fautes de leur prochain... C'est ainsi que les vrais amis de Dieu pleurent à cause de l'aveuglement et de la misère des péchés du monde.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (vers 1080-1157), abbé cistercien
Sermon pour la Toussaint; PL 85, 205 (trad. Année en fêtes, Migne 2000, p. 526 rev.)
« Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu »
« Heureux les pauvres de cœur puisque le Royaume des cieux est à eux ». Le début du Nouveau Testament est tout à fait joyeux et plein de la grâce nouvelle ; il provoque même un peu l'incroyant ou le paresseux à écouter, et plus encore à agir, en promettant le bonheur aux malheureux et le Royaume des cieux aux exilés, à ceux qui sont dans la détresse. Le début de la Loi nouvelle est agréable à entendre et commence sous d'heureux auspices, puisque, dès ce début, le législateur donne tant de bonnes paroles de béatitude. Ainsi ceux qu'elles ont attirés marcheront de vertu en vertu, en montant ces huit marches que l'Évangile a construites et mises en place dans notre cœur... Car il s'agit, c'est clair, de la montée des cœurs et du progrès des mérites par huit degrés de vertu, qui conduisent graduellement l'homme du plus bas aux plus hauts niveaux de la perfection évangélique. De la sorte il entrera enfin pour voir le Dieu des dieux dans Sion (Ps 83, 8), dans son Temple, dont le prophète a dit : « On y accédait par huit marches » (Ez 40, 37).
La première vertu des débutants est le renoncement au monde, par lequel nous devenons pauvres de cœur ; la deuxième est la douceur, par laquelle nous nous soumettons à l'obéissance et nous y habituons ; puis la douleur avec laquelle nous déplorons nos péchés ou, dans les pleurs, demandons les vertus. Nous les goûtons, bien sûr, là où nous avions le plus faim et soif de justice, tant pour nous que pour les autres, et nous commençons à être animés de zèle contre les pécheurs. Mais pour qu'une ardeur immodérée ne se change pas en faute, la miséricorde la suit, par laquelle elle est tempérée. En s'appliquant et en s'exerçant, quand on aura appris à être juste et miséricordieux, on sera peut-être capable d'entrer dans la contemplation et de s'adonner à purifier son cœur afin de voir Dieu.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
Sermon pour la Toussaint, 3.5-6 (trad. cf SC 202, p. 503s)
« Le Royaume des cieux est à eux »
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! » Oui, heureux ceux qui rejettent les fardeaux sans valeur, mais bien pesants, de ce monde ; ceux qui ne veulent plus devenir riches, si ce n'est en possédant le Créateur du monde, et lui seul, pour lui-même ; ceux qui sont comme des gens qui n'ont rien mais qui par lui possèdent tout (2Co 6,10). Est-ce qu'ils ne possèdent pas tout, ceux qui possèdent celui qui contient tout et dispose tout, ceux dont Dieu est « la part et l'héritage » ? (Nb 18,20) »Rien ne manque à ceux qui le craignent » (Ps 33,10). Dieu leur donne tout ce qu'il sait leur être nécessaire ; il se donnera lui-même à eux un jour, pour qu'ils soient dans la joie... Glorifions-nous donc, mes frères, d'être pauvres pour le Christ, et efforçons-nous d'être humbles avec le Christ. Il n'y a rien de plus détestable qu'un pauvre orgueilleux et rien de plus misérable...
« Le Royaume de Dieu n'est pas nourriture et boisson, mais justice, paix et joie dans l'Esprit Saint » (Rm 14,17). Si nous sentons que nous avons tout cela en nous, pourquoi ne pas proclamer avec assurance que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous ? (Lc 17,21) Or ce qui est en nous est véritablement à nous ; personne ne peut nous l'arracher. C'est pourquoi, quand il proclame le bonheur des pauvres, le Seigneur a raison de dire, non pas : « Le Royaume des cieux sera à eux », mais « est à eux ». Il l'est non seulement à cause d'un droit fermement établi, mais aussi à cause d'un gage absolument sûr, une expérience déjà du bonheur parfait. Non seulement parce que le Royaume est préparé pour eux depuis le début du monde (Mt 25,34), mais aussi parce qu'ils ont déjà commencé à entrer en sa possession. Ils possèdent déjà le trésor céleste dans des vases d'argile (2Co 4,7) ; ils portent déjà Dieu dans leur corps et dans leur cœur.


TEMPS ORDINAIRE IV - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'Évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 49)
« Voilà un enseignement nouveau »
« Le secouant avec violence, l'esprit impur sortit de lui en poussant un grand cri. » C'est là sa façon d'exprimer sa douleur : en le secouant avec violence. Puisqu'il ne pouvait pas altérer l'âme de l'homme, le démon a exercé sa violence sur son corps. Ces manifestations physiques étaient d'ailleurs le seul moyen à sa disposition pour signifier qu'il était en train de sortir. L'esprit pur ayant manifesté sa présence, l'esprit impur bat en retraite...
« Tous furent saisis de frayeur et s'interrogeaient : ' Qu'est-ce que cela veut dire ? ' » Regardons les Actes des Apôtres et les signes que les premiers prophètes ont donnés. Que disent les magiciens du Pharaon face aux prodiges de Moïse ? « C'est le doigt de Dieu » (Ex 8, 15). C'est Moïse qui les accomplit, mais ils reconnaissent la puissance d'un autre. Plus tard, les apôtres ont fait d'autres prodiges : « Au nom de Jésus, lève-toi et marche ! » (Ac 3, 6) ; « Et Paul ordonna à l'esprit de sortir de cette femme au nom de Jésus Christ » (Ac 16, 18). Le nom de Jésus est toujours cité. Mais ici, que dit-il lui-même ? « Sors de cet homme », sans autre précision. C'est en son nom propre qu'il donne l'ordre à l'esprit de sortir. « Tous furent saisis de frayeur et s'interrogeaient : ‘Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau.’ » L'expulsion du démon n'avait en soi rien de nouveau : les exorcistes des Hébreux le faisaient couramment. Mais que dit Jésus ? Quel est cet enseignement nouveau ? Où donc est la nouveauté ? C'est qu'il commande par sa propre autorité aux esprits impurs. Il ne cite personne d'autre : il donne lui-même les ordres ; il ne parle pas au nom d'un autre, mais de sa propre autorité.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Sermon 'Christus unus omnium magister' (trad. coll. Maîtres spirituels, Seuil 1963, p. 72)
« Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! »
« Vous avez un seul maître, le Christ » (Mt 23,10)... Le Christ est en effet « le reflet de la gloire du Père, l'empreinte de sa substance, qui soutient toute chose par sa parole puissante » (He 1,3). C'est lui l'origine de toute sagesse ; le Verbe de Dieu dans les hauteurs est la source de la sagesse. Le Christ est la source de toute connaissance vraie ; il est, en effet, « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6)... En tant que voie, le Christ est maître et principe de la connaissance selon la foi... C'est pourquoi Pierre enseigne dans sa deuxième lettre : « Nous tenons pour très certaine la parole prophétique à laquelle vous faites bien de prêter votre attention comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur » (1,19)... Car le Christ est le principe de toute révélation par son avènement dans l'esprit, et l'affermissement de toute autorité par son avènement dans la chair.
Il vient d'abord dans l'esprit comme lumière révélatrice de toute vision prophétique. Selon Daniel : « Il révèle ce qui est profond et caché ; il connaît ce que couvrent les ténèbres, et la lumière est avec lui » (2,22) ; il s'agit de la lumière de la divine sagesse qui est le Christ. Selon Jean, il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres » (8,12), et « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir enfants de lumière » (12,36)... Sans cette lumière qui est le Christ, personne ne peut pénétrer les secrets de la foi. Et c'est pourquoi, au livre de la Sagesse, nous lisons : « Ô Dieu, envoie cette Sagesse de ton saint ciel et du trône de ta majesté, afin qu'elle soit avec moi et travaille à mes côtés. Je saurai ainsi ce qui te plaît... En effet, quel homme peut connaître le dessein de Dieu, et qui peut concevoir la volonté de Dieu ? » (9,10-13) Personne ne peut parvenir à la certitude de foi révélée, sinon par l'avènement du Christ dans l'esprit et dans la chair.


TEMPS ORDINAIRE IV - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon Delbeau 61, 14-18 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 343 rev.)
« Passant au milieu d'eux, il allait son chemin »
Un médecin est venu parmi nous pour nous rendre la santé : notre Seigneur Jésus Christ. Il a trouvé la cécité dans notre cœur, et il a promis la lumière « que personne n'a vue de ses yeux, que personne n'a entendue de ses oreilles, que le cœur de l'homme n'a pas imaginée » (1Co 2,9).
L'humilité de Jésus Christ est le remède à ton orgueil. Ne te moque pas de ce qui te donnera la guérison ; sois humble, toi pour qui Dieu s'est fait humble. En effet, il savait que le remède de l'humilité te guérirait, lui qui connaît bien ta maladie et sait comment la guérir. Tandis que tu ne pouvais pas courir chez le médecin, le médecin en personne est venu chez toi... Il vient, il veut te secourir, il sait ce dont tu as besoin.
Dieu est venu avec l'humilité pour que l'homme puisse justement l'imiter ; s'il était resté au-dessus de toi, comment aurais-tu pu l'imiter ? Et, sans l'imiter, comment pourrais-tu être guéri ? Il est venu avec humilité, car il connaissait la nature du médicament qu'il devait t'administrer : un peu amère, certes, mais salutaire. Et toi, tu continues à te moquer de lui, lui qui te tend la coupe, et tu te dis : « Mais quel genre de Dieu est-il, mon Dieu ? Il est né, il a souffert, il a été couvert de crachats, couronné d'épines, cloué sur la croix ! » Âme malheureuse ! Tu vois l'humilité du médecin et tu ne vois pas le cancer de ton orgueil, c'est pourquoi l'humilité ne te plaît pas...
Il arrive souvent que les malades mentaux finissent par battre leur médecin. Dans ce cas, le médecin miséricordieux non seulement ne se fâche pas contre celui qui l'a frappé, mais il tente de le soigner... Notre médecin, lui, n'a pas craint d'être tué par des malades atteints de folie : il a fait de sa propre mort un remède pour eux. En effet, il est mort et ressuscité.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque, docteur de l'Église
Sur le prophète Isaïe, 5, 5; PG 70, 1352 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 394)
« Mais lui, passant au milieux d'eux, allait son chemin »
Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre... Les gens venus du paganisme, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié du divin trésor de la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités inexprimables (Ep 2, 19.3, 6)... Le Christ promet la guérison et le pardon des péchés à ceux qui ont le cœur brisé, et il rend la vue aux aveugles. Comment ne seraient-ils pas aveugles ceux qui ne reconnaissent pas celui qui est le Dieu véritable ? Leur cœur n'est-il pas privé de la lumière divine et spirituelle ? À eux, le Père envoie la lumière de la vraie connaissance de Dieu. Appelés par la foi, ils l'ont connu ; plus encore, ils ont été connus par lui. Alors qu'ils étaient fils de la nuit et des ténèbres, ils sont devenus enfants de la lumière (Ep 5, 8), car le jour les a illuminés, le Soleil de justice s'est levé pour eux (Ml 3, 20), et l'étoile du matin leur est apparue dans tout son éclat (Ap 22, 16).
Rien pourtant ne s'oppose à ce que nous appliquions tout ce que nous venons de dire aux descendants d'Israël. Eux aussi, en effet, avaient le cœur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres... Mais le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement, précisément aux descendants d'Israël avant les autres, et proclamer en même temps l'année de grâce du Seigneur (Lc 4, 19) et le jour de la récompense.
L'année de grâce, c'est celle où le Christ a été crucifié pour nous. Car c'est alors que nous sommes devenus agréables à Dieu le Père. Et nous portons du fruit par le Christ, comme lui-même nous l'a enseigné : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne un fruit plus abondant » (Jn 12, 24). Il a dit encore : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). En vérité, il a repris vie le troisième jour, après avoir foulé aux pieds la puissance de la mort. Puis il a dit aux saints disciples : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 18-19).
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sur le prophète Isaïe, 5, 5 ; PG 70, 1352-1353 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 394)
Pour « renouveler la face de la terre » (Ps 103,30)
Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre. Il a voulu rétablir toutes choses dans un état meilleur et renouveler, pour ainsi dire, la face de la terre. Voilà pourquoi, bien qu'il soit le Seigneur de l'univers, « il a pris la condition de serviteur » (Ph 2,7). Il a donc annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, affirmant qu'il avait été envoyé dans ce but (Lc 4,18).
Les pauvres, ou plutôt les gens que nous pouvons considérer comme pauvres, sont ceux qui souffrent d'être privés de tout bien, ceux qui « n'ont pas d'espérance et sont sans Dieu dans le monde » (Ep 2,12), comme dit l'Écriture. Ce sont, nous semble-t-il, les gens venus du paganisme et qui, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié de ce divin trésor : la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités que l'homme ne peut comprendre ni exprimer -- « ce que, d'après l'apôtre Paul, l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1Co 2,9)...
Et les descendants d'Israël eux aussi avaient le cœur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres... Le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement précisément aux descendants d'Israël avant les autres, et proclamer en même temps l'année de grâce du Seigneur (Lc 4,19) et le jour de la récompense.


TEMPS ORDINAIRE IV - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur les évangiles, n°194 (Œuvres Spirituelles, Seuil 1958, p. 214)
« Comme Jésus remontait dans la barque, le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui. Il n'y consentit pas »
La vraie, la seule perfection, ce n'est pas de mener tel ou tel genre de vie, c'est de faire la volonté de Dieu ; c'est de mener le genre de vie que Dieu veut, où il veut, et de le mener comme il l'aurait mené lui-même. Lorsqu'il nous laisse le choix à nous-mêmes, alors oui, cherchons à le suivre pas à pas le plus exactement possible, à partager sa vie telle qu'elle a été, comme l'ont fait ses apôtres pendant sa vie et après sa mort : l'amour nous pousse à cette imitation. Si Dieu nous laisse ce choix, cette liberté, c'est précisément parce qu'il veut que nous tendions nos voiles au vent du pur amour et que, poussés par lui, nous « courions à sa suite à l'odeur de ses parfums » (Ct 1,4 LXX) dans une exacte imitation, comme saint Pierre et saint Paul...
Et si un jour Dieu veut nous tirer, ou pour un temps ou pour toujours, de cette voie si belle et si parfaite, ne nous troublons ni ne nous étonnons pas. Ses desseins sont impénétrables : il peut faire pour nous, au milieu ou à la fin de la carrière, ce qu'il a fait pour le Gérasénien aux débuts. Obéissons, faisons sa volonté..., allons où il voudra, menons le genre de vie que sa volonté nous désignera. Mais partout rapprochons-nous de lui de toutes nos forces et soyons dans tous les états, dans toutes les conditions, comme lui-même y aurait été, s'y serait conduit, si la volonté de son Père l'y avait mis comme elle nous y met.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p.26)
« Le possédé suppliait Jésus de pouvoir être avec lui... Mais il lui dit : ' Rentre auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi ' »
Nous sommes appelés à aimer le monde. Et Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné Jésus (Jn 3, 16). Aujourd'hui, il aime tellement le monde qu'il nous donne au monde, toi et moi, pour que nous soyons son amour, sa compassion et sa présence par une vie de prière, de sacrifices, d'abandon. La réponse que Dieu attend de toi est que tu deviennes contemplatif, que tu sois contemplatif.
Prenons Jésus au mot, et soyons des contemplatifs au cœur du monde car, si nous avons la foi, nous sommes en sa présence perpétuelle. Par la contemplation, l'âme puise directement dans le cœur de Dieu les grâces que la vie active a la charge de distribuer. Nos existences doivent être liées au Christ vivant qui est en nous. Si nous ne vivons pas en présence de Dieu, nous ne pouvons pas persévérer.
Qu'est-ce-que la contemplation ? Vivre la vie de Jésus. C'est ainsi que je la comprends. Aimer Jésus, vivre sa vie au sein de la nôtre, vivre la nôtre au sein de la sienne... La contemplation ne revient pas à s'enfermer dans un cabinet obscur, mais à permettre à Jésus de vivre sa Passion, son amour, son humilité en nous, de prier avec nous, d'être avec nous, et de sanctifier à travers nous. Notre vie et notre contemplation sont une. Ce n'est pas là une question de faire mais d'être. Il s'agit en fait de la pleine jouissance de notre esprit par l'Esprit Saint qui insuffle en nous la plénitude de Dieu et nous envoie dans toute la création comme son message personnel d'amour (Mc 16, 15).
ou
Saint Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditation 194 sur les Évangiles, (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p. 212-215)
« Rentre chez toi, auprès des tiens ; annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi »
Lorsque nous désirons suivre Jésus, ne nous étonnons pas s'il ne nous le permet pas tout de suite, ou même s'il ne nous le permet jamais... En effet ses vues portent plus loin que les nôtres ; il veut non seulement notre bien, mais celui de tous...
Assurément, partager sa vie, avec et comme les apôtres, est un bien et une grâce, et on doit toujours tâcher de se rapprocher de cette imitation de sa vie. Mais ce n'est là qu'une grâce extérieure ; Dieu peut, en nous comblant intérieurement de grâce, nous rendre bien plus saints sans cette parfaite imitation...qu'avec elle. Il peut, en augmentant en nous la foi, l'espérance, la charité, nous rendre bien plus parfaits dans le monde, ou dans un ordre [religieux] mitigé, que nous le serions dans le désert ou dans un ordre austère... Si Dieu ne nous permet pas de le suivre, il ne faut ni nous en étonner, ni nous en effrayer, ni nous en attrister, mais nous dire qu'il nous traite comme le Gérasien et qu'il a pour cela des raisons très sages et très cachées. Ce qu'il faut, c'est lui obéir et nous jeter dans sa volonté. D'ailleurs..., peut-être Jésus permit-il quelques mois, quelques années plus tard, au Gérasien de se joindre aux apôtres.
Espérons toujours, autant qu'il y en a lieu, mener la vie en soi la plus parfaite -– et pour le moment, menons parfaitement la vie que Jésus nous fait, celle où il nous veut. Vivons-y comme il y vivrait lui-même, si la volonté de son Père l'y mettait ; faisons-y toutes choses comme il le ferait, si son Père le mettait à cette place... La vraie, la seule perfection, ce n'est pas de mener tel ou tel genre de vie, c'est de faire la volonté de Dieu ; c'est de mener le genre de vie que Dieu veut, où il veut, et de le mener comme il l'aurait mené lui-même...
Lorsqu'il nous laisse le choix à nous-mêmes, alors oui, cherchons à le suivre pas à pas le plus exactement possible, à partager sa vie telle qu'elle fut, comme le firent ses apôtres pendant sa vie et après sa mort : l'amour nous pousse à cette imitation... Quand sa volonté nous voudra ailleurs, allons où il voudra, menons le genre de vie que sa volonté nous désignera, mais partout rapprochons-nous de lui de toutes nos forces et soyons dans tous les états, dans toutes les conditions, comme lui-même y aurait été, s'y serait conduit, si la volonté de son Père l'y avait mis comme elle nous y met.
ou
Benoît XVI
pape de 2005 à 2013
Audience générale du 03/12/08 (trad. © Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana)
« Esprit mauvais, sors de cet homme ! »
Le fait du pouvoir du mal dans le cœur humain et dans l'histoire humaine est indéniable. La question est : comment ce mal s'explique-t-il ? (...) La foi nous dit : il existe deux mystères de lumière et un mystère de nuit, lequel est toutefois enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci : la foi nous dit qu'il n'y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. C'est pourquoi l'être non plus n'est pas un mélange de bien et de mal : l'être comme tel est bon, et donc il est bon d'être, il est bon de vivre. Telle est l'heureuse annonce de la foi : il n'y a qu'une source, bonne, le Créateur. (...)
S'ensuit un mystère d'obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l'être lui-même, il n'est pas également originel. Le mal vient d'une liberté créée, d'une liberté dont on a abusé. Comment cela a-t-il été possible ? Comment est-ce arrivé ? Cela demeure obscur. Le mal n'est pas logique. Seul Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal demeure mystérieux. (...) Nous pouvons deviner, pas expliquer ; nous ne pouvons pas même le raconter comme un fait détaché d'un autre, parce qu'il s'agit d'une réalité plus profonde. Cela demeure un mystère d'obscurité, de nuit.
Mais un mystère de lumière vient immédiatement s'y ajouter. Le mal vient d'une source subordonnée. Dieu avec sa lumière est plus fort. Et c'est pourquoi le mal peut-être surmonté. C'est pourquoi, la créature, l'homme, peut être guéri. (...) Et enfin, dernier point, l'homme non seulement peut être guéri, mais il est guéri de fait. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l'histoire. À la source constante du mal il a opposé une source de bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve sale du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l'histoire : nous voyons les saints, les grands saints mais aussi les humbles saints, les simples fidèles. Nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, il est fort.
ou
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
Sur l’Évangile (Œuvre spirituelle, anthologie ; Éd. du Seuil, 1958 ; p. 212-213)
Être là où Jésus veut que nous soyons
Lorsque nous désirons suivre Jésus, ne nous étonnons pas s’Il ne nous le permet pas tout de suite, ou même s’Il ne nous le permet jamais : et cela, tout légitime, tout conforme à ses propres conseils, tout agréable que soit à son Cœur, tout inspiré de Lui que soit ce désir. En effet ses vues portent plus loin que les nôtres ; Il veut, non seulement notre bien, mais celui de tous : en Le suivant pas à pas, nous ne procurerions peut-être que notre bien ou celui d’un petit nombre ; en allant où Il nous envoie et en faisant sa volonté, et en ne Lui étant uni que d’âme, sans avoir la consolation de Le suivre d’aussi près dans notre vie extérieure, nous procurons peut-être le bien d’un grand nombre. Il préfère le bien général au bien particulier : d’autant plus que le bien particulier sera produit par ce moyen, non seulement aussi bien, mais mieux qu’en Le suivant : car ce bien particulier ne provient que de sa grâce, et il dépend de Lui de prévenir de grâces deux fois plus, et de rendre deux fois plus saint en cette vie et dans l’autre, le Gérasénien prêchant loin de Lui que le même Gérasénien marchant à sa suite et partageant sa vie… (…)
D’ailleurs, il n’est pas nécessaire de croire que c’est pour toujours qu’Il nous refuse de Le suivre… Peut-être Jésus permet-il quelques mois, quelques années plus tard, au Gérasénien de se joindre aux apôtres… Espérons toujours, autant qu’il y a lieu, mener la vie en soi la plus parfaite et pour le moment, menons parfaitement la vie que Jésus nous fait, celle où Il nous veut, vivons-y comme Il y vivrait Lui-même, si la volonté de son Père l’y mettait ; faisons-y toutes choses comme Il le ferait, si son Père l’y mettait ; faisons-y toutes choses comme Il le ferait, si son Père le mettait à cette place, comme Il nous y met. La vraie perfection, d’ailleurs, est de faire la volonté de Dieu…
ou
Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Eds. Présence 1973, p. 385)
« Auprès de Jésus, ils voient le possédé assis, habillé et devenu raisonnable, lui qui avait eu la légion de démons »
Le but de tout notre combat, c'est de trouver l'humilité. Nos ennemis les démons sont tombés par l'orgueil et ils nous attirent dans leur chute. Mais nous, frères, soyons humbles, et alors nous verrons la gloire du Seigneur déjà ici sur terre (Mt 16,28), car aux humbles le Seigneur se fait connaître par le Saint Esprit. L'âme qui a goûté la douceur de l'amour divin est entièrement régénérée et devient toute différente ; elle aime son Seigneur et tend de toutes ses forces à lui, jour et nuit.
Jusqu'à un certain moment, elle reste paisible en Dieu, puis elle commence à souffrir pour le monde. Le Seigneur miséricordieux donne à l'âme tantôt le repos en Dieu, tantôt un cœur douloureux pour le monde entier, afin que tous les hommes se repentent et parviennent au paradis.
L'âme qui a connu la douceur du Saint Esprit désire pour tous la même connaissance, car la douceur du Seigneur ne permet pas à l'âme d'être égoïste, mais lui donne l'amour qui jaillit du cœur.
ou
Concile Vatican II, Constitution dogmatique Sur l'Église, Lumen Gentium, 17
« Rentre auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde »
Comme le Fils a été envoyé par le Père, il a lui-même envoyé les apôtres (Jn 20,21) en disant : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,19s). Ce commandement solennel du Christ d'annoncer la vérité qui sauve, l'Église l'a reçu des apôtres pour qu'elle l'accomplisse « jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l'apôtre Paul : « Malheur à moi, si je n'évangélise pas » (1Co 9,16), et elle continue donc sans répit à envoyer des missionnaires jusqu'à ce que les jeunes Églises soient pleinement établies et qu'elles poursuivent à leur tour l’œuvre de l'évangélisation.
En effet l'Esprit Saint la pousse à travailler à la pleine réalisation du dessein de Dieu, qui a établi le Christ comme principe de salut pour le monde entier. En proclamant l'Évangile, l'Église attire à la foi ceux qui l'écoutent, elle les incite à professer cette foi, elle les dispose au baptême, les arrache à l'esclavage de l'erreur et les incorpore au Christ, pour qu’ils grandissent en lui par la charité jusqu'à atteindre la pleine stature. Son activité fait que toute trace de bien, quelle qu'elle soit, présente dans le cœur et la pensée des hommes, dans leurs rites et leurs cultures, non seulement ne périsse pas, mais soit purifiée, élevée et portée à la perfection pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l'homme.
À chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de jeter la semence de la foi. Mais si tout homme peut baptiser les croyants, il appartient cependant au prêtre de parfaire l'édification du Corps par le sacrifice eucharistique, accomplissant ainsi ce que Dieu a dit par le prophète : « Du levant au couchant du soleil mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu un sacrifice et une offrande pure sont offerts à mon nom » (Ml 1,11). C'est ainsi que l'Église à la fois prie et travaille, afin que le monde tout entier devienne le Peuple de Dieu, le Corps du Seigneur et le Temple de l'Esprit Saint.


TEMPS ORDINAIRE IV - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 5ème dimanche après Pâques (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 71-72)
Prier avec foi et confiance
Il faut que nos prières soient faites avec confiance, et avec une espérance ferme que le bon Dieu peut et veut nous accorder ce que nous lui demandons, si nous le demandons comme il faut. Dans tous les endroits où Jésus-Christ nous promet de tout accorder à la prière, il met toujours cette condition : « Si vous la faites avec foi. » Quand quelqu’un lui demandait sa guérison ou autre chose, il ne manquait jamais de leur dire : « Qu’il vous soit fait selon votre foi. » (Mt 9, 29) D’ailleurs, mes frères, qui pourrait nous porter à douter, puisque notre confiance est appuyée sur la toute-puissance de Dieu qui est infinie, et sur sa miséricorde qui est sans bornes, et sur les mérites infinis de Jésus-Christ au nom duquel nous prions. Quand nous prions au nom de Jésus-Christ, ce n’est pas nous qui prions mais c’est Jésus-Christ lui-même qui prie son Père pour nous.
L’Évangile nous donne un bel exemple de la foi que nous devons avoir en priant, dans la personne de cette femme qui était atteinte d’une perte de sang. Elle se disait en elle-même : « Si je peux seulement toucher le bord de son manteau, je suis sûre d’être guérie. » (Mt 9,21) Vous voyez qu’elle croyait fermement que Jésus-Christ pouvait la guérir ; elle attendait avec une grande confiance une guérison qu’elle désirait ardemment. En effet, le Sauveur passant près d’elle, elle se jette aux pieds de Jésus-Christ, lui touche son manteau, et aussitôt elle est guérie. Jésus-Christ voyant sa foi, la regarde avec bonté, en lui disant : « Allez, votre foi vous a sauvée. » (Mt 9, 22) Oui, mes frères, c’est à cette foi et à cette confiance que tout est promis.
ou
Pape Benoît XVI
Lectio divina au séminaire pontifical de Rome, mercredi 8 février 2013
« Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
En parlant de la foi, je pense toujours à la femme souffrant d'hémorragie qui, dans la masse, trouve l'accès à Jésus et le touche pour être guéri, et elle est guérie. Et Jésus dit : Qui m'a touché ? Mais Seigneur - lui disent-ils - tout le monde te touche... mais le Seigneur sait qu'il y a une façon superficielle de le toucher, qui n'a rien à voir avec une véritable rencontre avec lui, et il y a une façon de le toucher profondément. Et cette femme l'a vraiment touché, non seulement avec sa main, mais avec son cœur et ainsi, elle a reçu la force de guérison du Christ, le touchant par la foi. Telle est la foi, toucher avec la main de la foi, avec notre cœur, le Christ et ainsi entrer dans la force de sa vie, dans la force de guérison du Seigneur. Prions le Seigneur afin que de plus en plus nous puissions le toucher et être guéri, prions qu'il ne nous laisse pas tomber, que toujours plus la foi nous tienne la main et nous garde ainsi pour la vraie vie.
ou
Saint Jean-Paul II
Discours aux jeunes du Chili, 02/04/1987 (trad. DC n°1939, p. 481)
« L'enfant n'est pas morte : elle dort »
Chers jeunes, l'avenir dépend de vous ; de vous dépendent l'achèvement de ce millénaire et le commencement du nouveau. Ne soyez donc pas passifs : assumez vos responsabilités dans tous les domaines qui s'ouvrent à vous dans notre monde... Prenez vos responsabilités ! « Soyez prêts », animés par la foi dans le Seigneur, « à rendre compte de l'espérance qui est en vous » (1P 3,15)... Quel est le motif de votre confiance ? Votre foi, la reconnaissance et l'acceptation de l'immense amour que Dieu montre continuellement pour les hommes... Jésus Christ « le même hier et aujourd'hui et pour l'éternité » (He 13,8) continue à montrer aux jeunes le même amour que décrit l'Évangile quand il rencontre un ou une jeune.
Ainsi nous pouvons contempler la résurrection de la fille de Jaïre, qui « avait douze ans »... Jaïre expose sa peine au Maître avec franchise ; avec insistance, il supplie son cœur : « Ma fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu'elle guérisse et qu'elle vive ». « Jésus s'en alla avec lui. » Le cœur du Christ, qui s'émeut devant la douleur humaine de cet homme et de sa fille, ne demeure pas indifférent devant nos souffrances. Le Christ nous écoute toujours, mais il nous demande de recourir à lui avec foi... Tous les gestes et toutes les paroles du Seigneur expriment cet amour.
Je voudrais m'arrêter particulièrement sur les paroles recueillies des lèvres mêmes de Jésus : « L'enfant n'est pas morte : elle dort ». Ces paroles profondément révélatrices m'incitent à penser à la mystérieuse présence du Seigneur de la vie dans un monde qui semble avoir succombé à l'impulsion éhontée de la haine, de la violence et de l'injustice. Mais non, ce monde, qui est le vôtre, n'est pas mort, mais il dort. Dans votre cœur, chers jeunes, on perçoit le battement fort de la vie, de l'amour de Dieu. La jeunesse n'est pas morte quand elle est proche du Maître. Oui, quand elle est proche de Jésus : vous êtes tous proches de Jésus. Écoutez toutes ses paroles, toutes les paroles, tout. Jeune, aime Jésus, cherche Jésus. Rencontre Jésus.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Discours du 02/04/1987 aux jeunes du Chili (trad. DC 1939, p. 481)
« Lève-toi »
Chers jeunes, seul le Christ peut donner la vraie réponse à toutes vos difficultés ! Le monde a besoin de votre réponse personnelle aux paroles de vie du maître : « Je te le dis, lève-toi ! » Nous voyons comment Jésus vient à la rencontre de l’humanité dans les situations les plus difficiles et les plus pénibles. Le miracle accompli dans la maison de Jaïre nous montre son pouvoir sur le mal. Il est le Seigneur de la vie, le vainqueur de la mort… Cherchez le Christ ! Regardez vers le Christ ! Vivez en Christ ! Tel est mon message : « Que Jésus soit la pierre angulaire (Ep 2,20) de vos vies et de la nouvelle civilisation que vous aurez à construire dans un esprit de solidarité généreuse et de partage. Il ne peut pas y avoir d’authentique croissance humaine dans la paix et la justice, dans la vérité et la liberté, sans la présence du Christ et de sa force salvatrice. »
Que signifie construire votre vie sur le Christ ? Cela signifie se laisser prendre par son amour. Un amour qui demande cohérence dans le comportement, qui exige que l’on adapte sa conduite à la doctrine et aux commandements de Jésus Christ et de son Église, un amour qui remplit nos vies d’un bonheur et d’une paix que le monde ne peut pas donner (Jn 14,27), même s’il en a tant besoin. N’ayez pas peur des exigences de l’amour du Christ. Craignez, au contraire, la pusillanimité, la légèreté, la recherche de vos intérêts propres, l’égoïsme, tout ce que veut faire taire la voix du Christ qui, s’adressant à chacun d’entre nous, répète : « Je te le dis, lève-toi. »
Regardez vers le Christ avec courage, contemplant sa vie à travers une calme lecture de l’Évangile ; en vous entretenant avec lui avec confiance dans l’intimité de la prière, dans les sacrements, spécialement dans la sainte eucharistie… Si vous vous entretenez avec le Christ, vous entendrez vous aussi au plus intime de votre âme les exigences du Seigneur, ses continuels encouragements. Jésus continue à s’adresser à vous et à vous répéter : « Je te le dis, lève-toi. »
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°3 (trad. SC 494, p. 129 rev.)
« Lève-toi »
« Il saisit la main de l'enfant et lui dit : ' Talitha koum ', ce qui signifie : ' Jeune fille..., lève-toi '. » « Puisque tu es née une deuxième fois, tu seras appelée ' jeune fille '. Jeune fille, lève-toi pour moi, non pas en raison de ton mérite, mais par l'action de ma grâce. Lève-toi donc pour moi : ta guérison ne provient pas de ta force. » « Et aussitôt, la jeune fille se leva et elle marchait. » Que Jésus nous touche nous aussi et aussitôt nous marcherons. Bien que nous soyons paralysés, bien que nos œuvres soient mauvaises et que nous ne puissions pas marcher, bien que nous soyons couchés sur le lit de nos péchés..., si Jésus nous touche, aussitôt nous serons guéris. La belle-mère de Pierre était tourmentée par la fièvre : Jésus lui a touché la main, elle s'est levée et aussitôt elle le servait (Mc 1, 31)...
« Et ils furent frappés d'une grande stupeur, et il leur commanda avec force de se taire et de ne le dire à personne. » Voyez-vous pourquoi il avait mis dehors la foule alors qu'il allait faire un miracle ? Il a commandé et non seulement il a commandé mais il a commandé avec force que personne ne le sache. Il a commandé aux trois apôtres, il a commandé aussi aux parents que personne ne le sache. Le Seigneur a commandé à tous, mais la jeune fille ne peut pas se taire, elle qui s'est relevée.
« Et il dit de lui donner à manger » : pour que sa résurrection ne soit pas considérée comme l'apparition d'un fantôme. Et lui-même, après la résurrection, a mangé du poisson et du gâteau de miel (Lc 24, 42)... Je t'en supplie Seigneur, à nous aussi qui sommes couchés, touche-nous la main ; relève-nous du lit de nos péchés et fais-nous marcher. Quand nous aurons marché, fais-nous donner à manger. Couchés, nous ne pouvons pas manger ; si nous ne sommes pas debout, nous ne sommes pas capables de recevoir le Corps du Christ.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 55)
« Je te le dis, lève-toi »
« Il ne laissa personne l'accompagner, si ce n'est Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques ». On pourrait se demander pourquoi Jésus emmène toujours ces disciples-là et pourquoi il laisse les autres. Ainsi, lorsqu'il a été transfiguré sur la montagne, ces trois-là l'accompagnaient déjà... Sont choisis Pierre, sur qui l'Église a été bâtie, ainsi que Jacques, le premier apôtre qui ait reçu la palme du martyre, et Jean, le premier à prôner la virginité...
« Et il pénètre là où était l'enfant, et tenant l'enfant par la main, il lui dit : Talitha koum. Et aussitôt, la fillette se tint debout, et elle marchait. » Souhaitons que Jésus nous touche nous aussi, et aussitôt nous marcherons. Que nous soyons paralytiques ou que nous commettions de mauvaises actions, nous ne pouvons pas marcher ; nous sommes peut-être couchés sur le lit de nos péchés comme sur notre lit véritable. Dès que Jésus nous aura touchés, nous serons aussitôt guéris. La belle-mère de Pierre souffrait de fortes fièvres ; Jésus lui a pris la main, elle s'est relevée et aussitôt elle les servait (Mc 1, 31)... « Et il leur dit de lui donner à manger. » De grâce, Seigneur, touche-nous la main, à nous qui sommes couchés, relève-nous du lit de nos péchés, fais-nous marcher. Lorsque nous aurons marché, ordonne qu'on nous donne à manger. Gisants, nous ne pouvons pas marcher, et si nous ne sommes pas debout, nous ne pouvons pas recevoir le corps du Christ, à qui appartient la gloire, avec le Père et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu n°31, 1-3 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 155-156)
« Pourquoi ces pleurs ? ... Elle dort »
« Parvenu à la maison du chef et voyant les joueurs de flûte et la foule en tumulte, Jésus dit : ' Retirez-vous, la fillette n'est pas morte : elle dort. ' Et ils se moquaient de lui. » Jésus nous apprend ainsi à ne pas craindre la mort, car la mort n'est plus la mort : elle n'est plus désormais qu'un sommeil. Et comme il allait mourir lui-même, il prépare ses disciples, en ressuscitant les autres, à lui faire confiance et à ne pas s'alarmer de sa mort. Car depuis la venue du Christ, la mort n'est plus qu'un sommeil.
Cependant, ils se moquaient de lui ; mais il ne s'est pas indigné de ce refus de confiance au miracle qu'il allait opérer ; il n'a pas blâmé ces sourires, afin que ces sourires mêmes, avec les flûtes et le reste des préparatifs, rendent bien certaine la mort de la fillette. Apercevant donc les musiciens et la foule, Jésus les a fait tous sortir ; il a accompli le miracle en présence des parents...comme s'il la réveillait de son sommeil...
Il est évident que maintenant la mort n'est plus qu'un sommeil ; c'est une vérité aujourd'hui plus éclatante que le soleil. « Mais, dis-tu, le Christ n'a pas ressuscité mon enfant ! » Oui, mais il le ressuscitera, et avec beaucoup plus de gloire. Car cette fillette, qu'il a rendue à la vie, est morte de nouveau, alors que ton enfant, quand il le ressuscitera, restera immortel. Que personne donc ne pleure plus, que personne ne gémisse, que personne ne critique l'œuvre du Christ. Car il a vaincu la mort. Pourquoi verses-tu des larmes inutiles ? La mort est devenue un sommeil : pourquoi gémir et pleurer ?
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélie 4 sur le Lévitique, PG 12,442-443 (trad. cf SC 286)
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée »
À propos de l'offrande des premiers fruits de la terre, la Loi disait : « Tout ce qui y touche se trouvera consacré » (Lv 6,11). Le Christ immolé est le sacrifice unique et parfait, dont tous les sacrifices de l'ancienne Loi étaient le symbole et la préfiguration. Celui qui touche la chair de ce sacrifice est immédiatement sanctifié : s'il est impur, il est purifié ; s'il est blessé, sa blessure est guérie. C'est bien ainsi que l'a compris la femme qui souffrait d'un flux de sang... Parce qu'elle a compris qu'il y avait là en vérité la chair du Saint des Saints, elle s'est approchée. Elle n'ose pas toucher la chair même, car elle n'avait pas encore saisi ce qui est parfait ; mais elle a touché la frange du vêtement qui touchait cette chair très sainte. Et parce qu'elle touchait avec foi, « une force est sortie » de l'humanité du Christ, pour la purifier de son impureté et la guérir de sa maladie...
Ne crois-tu pas donc que ce texte de la Loi doit s'entendre ainsi : Si quelqu'un touche la chair de Jésus avec les dispositions que nous venons de dire, si avec toute sa foi, toute son obéissance, il s'approche de Jésus comme du Verbe fait chair, celui-là a touché la vraie chair du sacrifice et il est sanctifié.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur saint Jean, IV
« Il saisit la main de l'enfant et lui dit... : 'Lève-toi' »
Même pour ressusciter des morts, le Sauveur ne se contente pas d'agir par sa parole, qui est pourtant porteuse des ordres divins. Comme coopératrice, si l'on peut dire, pour cette œuvre si magnifique, il prend sa propre chair, afin de montrer qu'elle a le pouvoir de donner la vie, et pour faire voir qu'elle ne fait qu'un avec lui ; elle est bien en effet sa chair à lui, et non pas un corps étranger. C'est ce qui est arrivé quand il a ressuscité la fille du chef de la synagogue ; en lui disant : « Mon enfant, lève-toi », il l'a prise par la main. Comme Dieu, il lui a donné la vie par un commandement tout-puissant, et il lui a donné la vie aussi par le contact de sa sainte chair, témoignant ainsi que, dans son corps comme dans sa parole, une même puissance divine était à l'œuvre. De même encore, quand il est arrivé dans une ville nommée Naïm, où l'on enterrait le fils unique de la veuve, il a touché le cercueil en disant : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! » (Lc 7,13-17).
Ainsi, non seulement il confère à sa parole le pouvoir de ressusciter les morts, mais encore, pour montrer que son corps est vivifiant, il touche les morts, et par sa chair il fait passer la vie dans leurs cadavres. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à un corps qui se décompose, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante eucharistie quand nous ferons d'elle notre nourriture ? Elle transformera totalement en son bien propre, c'est à dire en l'immortalité, ceux qui y auront participé.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur S. Luc, 6, 57-59 (trad. SC 45, p. 248)
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée »
C'est la foi qui touche le Christ ; c'est la foi qui le voit. Ce n'est pas notre corps qui le touche ; les yeux de notre nature ne le saisissent pas. Car voir sans percevoir, ce n'est pas voir ; entendre sans comprendre, ce n'est pas entendre, ni toucher si on ne touche pas avec foi...
Si nous considérons la taille de notre foi et si nous comprenons la grandeur du Fils de Dieu, nous voyons que par rapport à lui nous ne touchons que la frange ; le haut de son vêtement, nous ne pouvons pas l'atteindre. Si donc nous voulons nous aussi être guéris, touchons par la foi la frange du Christ. Il n'ignore pas tous ceux qui touchent sa frange, qui la touchent quand il est tourné. Car Dieu n'a pas besoin d'yeux pour voir ; il n'a pas de sens corporels, mais possède en lui la connaissance de toutes choses. Heureux donc qui touche au moins l'extrémité du Verbe : car qui peut le saisir tout entier ?
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Traité sur saint Luc 6, 58-61 (SC 45, p.249)
« Je te le dis, lève-toi »
Avant de ressusciter une morte, pour amener à la foi Jésus commence par guérir la femme atteinte de pertes de sang. Ce flux s'est arrêté pour notre instruction : quand Jésus s'approche de l'une, l'autre est déjà guérie. De même, pour croire en notre vie éternelle nous célébrons la résurrection temporelle du Seigneur qui a suivi sa Passion...
Les serviteurs de Jaïre qui lui disent : « Ne dérange pas le Maître » ne croient pas dans la résurrection prédite dans la Loi et accomplie dans l'Évangile. Aussi Jésus ne prend-il avec lui que peu de témoins de la résurrection qui va se produire : ce n'est pas le grand nombre qui a cru de prime abord à la résurrection. La foule, elle, se moque de Jésus quand il déclare : « L'enfant n'est pas morte, elle dort ». Ceux qui ne croient pas se moquent. Qu'ils pleurent donc leurs morts, ceux qui les croient morts. Quand on a la foi à la résurrection, ce n'est pas une fin que l'on voit dans la mort mais un repos...
Et Jésus, prenant la main de l'enfant, la guérit ; puis il lui fait donner à manger. C'est là une attestation de la vie afin qu'on ne puisse croire à une illusion mais à la réalité. Heureuse celle dont la Sagesse tient ainsi la main ! Plaise à Dieu qu'elle tienne aussi la nôtre, dans nos actions. Que la Justice tienne ma main ; que le Verbe de Dieu la tienne, qu'il m'introduise dans sa retraite et détourne mon esprit de l'erreur, ramenant celui qu'il sauve ! Qu'il ordonne de me donner à manger : le pain du ciel, c'est le Verbe de Dieu. Cette Sagesse qui a déposé sur l'autel les aliments du Corps et du Sang du Fils de Dieu a déclaré : « Venez manger mon pain, venez boire le vin que je vous ai préparé ! » (Pr 9,5)
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 6, 60-63 ; SC 45 (trad. cf SC p. 249)
« Je te le dis, lève-toi »
Avant de ressusciter une jeune fille morte, c'est pour amener à la foi que Jésus commence par guérir la femme atteinte de pertes de sang. C'est pour t'instruire qu'il a fait arrêter ce saignement et a guéri cette femme alors qu'il se rendait auprès de la fille.
De la même façon, c'est pour croire en notre résurrection éternelle que nous célébrons la résurrection historique du Seigneur qui a suivi sa Passion... « Les serviteurs du chef arrivent et disent : ' Ne dérange plus le maître '« : ils ne croient pas encore en la résurrection de Jésus prédite dans la Loi et accomplie dans l'Évangile. C'est pourquoi, en arrivant à la maison, Jésus ne prend avec lui que peu de témoins de la résurrection qui va se produire : ce n'est pas le grand nombre qui a cru tout de suite à la résurrection. Quand Jésus déclare : « L'enfant n'est pas morte, elle dort », la foule « se moque de lui », car ceux qui ne croient pas se moquent. Qu'ils pleurent donc leurs morts, ceux qui les croient morts : quand on a la foi en la résurrection, ce n'est pas une fin que l'on voit dans la mort mais un repos...
Prenant donc la main de l'enfant, Jésus la guérit et il lui fait donner à manger. C'est là une attestation de la vie, afin qu'on ne puisse pas croire à une illusion mais à la réalité. Heureuse celle dont la Sagesse tient ainsi la main ! Plaise à Dieu qu'elle tienne aussi mes actions, que la justice tienne ma main, que le Verbe, la Parole de Dieu, tienne ma main, et qu'il me conduise dans le lieu caché où il demeure. Qu'il détourne mon esprit de l'erreur, qu'il ramène celui qu'il sauve, et qu'il ordonne de me donner à manger, car le Verbe de Dieu c'est le pain du ciel (Jn 6,32). C'est pourquoi cette Sagesse, qui a déposé sur l'autel saint les aliments divins de son Corps et de son Sang, déclare : « Venez manger mon pain, venez boire le vin que je vous ai préparé » (Pr 9,5).

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