TEMPS ORDINAIRE V - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la perfection, chap. VII ; SC 54 (Conférences VIII-XVII ; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 108-109)
La perfection d’un cœur pur
En vérité, c’est tout autre chose d’avoir en haine la souillure des vices et de la chair, parce que l’on goûte le bien déjà présent, ou de réfréner les convoitises illicites en vue de la récompense future ; de craindre un dommage présent, ou de redouter des tourments à venir. C’est enfin une perfection beaucoup plus grande de ne vouloir pas s’éloigner du bien pour l’amour du bien lui-même, que de ne pas donner son consentement au mal par peur de souffrir un autre mal.
Dans le premier cas, le bien est volontaire ; dans le second, il paraît forcé, et arraché de haute lutte à un refus par la crainte du supplice ou l’appétit de la récompense. Aussi bien, celui qui ne renonce aux séductions du vice que par le motif de la crainte, retournera, dès que la crainte sera évanouie qui lui faisait obstacle, vers l’objet de ses amours. Pour lui, pas de stabilité dans le bien. Point de repos non plus du côté de la tentation, parce qu’il n’a point la paix solide et constante que donne la chasteté. Où règne le tumulte de la guerre, il est impossible d’échapper au risque d’être blessé. (…)
Celui, au contraire, qui a surmonté les assauts du vice et jouit désormais de la sécurité de la paix, entièrement transformé en l’amour de la vertu pour elle-même, demeurera constant dans le bien auquel il appartient sans partage, parce qu’il n’existe pas, à ses yeux, de plus sensible dommage qu’une atteinte portée à la chasteté intime de son âme. La pureté qu’il a présente, fait son plus cher et plus précieux trésor, comme le plus grave des châtiments serait de voir les vertus pernicieusement violées, ou d’éprouver la souillure empoisonnée du vice.
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la science spirituelle, chap. X.XIII ; SC 54 (Conférences VIII-XVII ; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 195.202)
Le vase purifié de notre cœur
Si vous voulez parvenir à la science véritable des Écritures, hâtez-vous d’abord d’acquérir une humilité de cœur inébranlable. C’est elle qui vous conduira, non à la science qui enfle, mais à celle qui illumine, par la consommation de la charité. Il est impossible que l’âme qui n’est pas pure, obtienne le don de la science spirituelle. (…)
Celui dont l’âme n’est point pure, ne saurait acquérir la science spirituelle, si assidu qu’il puisse être à la lecture. L’on ne confie point à un vase fétide et corrompu un parfum de qualité, un miel excellent, une liqueur précieuse. Le vase pénétré de senteurs repoussantes, infectera plus facilement le parfum le plus odorant, qu’il n’en recevra lui-même quelque suavité ou agrément ; car ce qui est pur, se corrompt plus vite que ce qui est corrompu ne se purifie. Ainsi le vase de notre cœur. S’il n’est d’abord entièrement purifié de la contagion fétide des vices, il ne méritera pas de recevoir ce parfum de bénédiction dont parle le prophète : « Comme l’huile précieuse qui, répandue sur la tête, coule sur la barbe d’Aaron et descend sur le bord de son vêtement » (Ps 132,2) ; non plus qu’il ne gardera sans souillure la science spirituelle ou les paroles de l’Écriture, « qui sont plus douces que le miel et que le rayon rempli de miel » (Ps 18,11).
« Car, quelle communication y a-t-il de la justice avec l’iniquité ? Quelle société de la lumière avec les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? » (2Co 6,14-15)
ou
Philothée le Sinaïte
moine et higoumène du monastère du Buisson ardent
Chapitres neptiques n° 23, 33, 36 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès)
Au-dedans du cœur, le Royaume
À toute heure et à chaque instant, gardons assurément notre cœur (cf. Pr 4,23 LXX) des pensées qui viennent obscurcir le miroir de l’âme, sur lequel Jésus Christ, la sagesse et la puissance de Dieu le Père (cf. 1 Cor 1,24), pose son empreinte et inscrit son image lumineuse, et cherchons sans relâche au-dedans du cœur le Royaume des cieux (cf. Mt 6,33). (...)
Il est impossible à celui qui se livre aux pensées mauvaises de se garder pur des péchés dans son homme extérieur. Et s’il ne déracine pas de son cœur les pensées mauvaises, il ne se peut pas non plus qu’il ne les porte pas vers des œuvres mauvaises. La cause du regard adultère est que l’œil intérieur s’est déjà livré à l’adultère et aux ténèbres. Et la cause du désir d’écouter des infamies est que nous écoutons ce que nous murmurent les démons infâmes qui sont en nous. Nous devons donc, dans le Seigneur, chacun de nous, nous purifier au-dedans et au dehors, garder nos propres sens, nous maintenir purs de toute activité inspirée par la passion et le péché. Et de même qu’auparavant adonnés à la vie du monde, dans notre ignorance et la vanité de notre intelligence, nous étions asservis par toute notre intelligence et tous nos sens au mensonge du péché, de même, nous retournant vers la vie selon Dieu, il nous faut, par toute notre intelligence et tous nos sens, nous asservir au Dieu vivant et véritable (cf. 1 Th 1,9), à sa justice et à sa volonté. (...)
Menons donc le combat de l’intelligence contre ces démons, afin de ne pas faire passer leurs volontés mauvaises dans nos œuvres comme des péchés réels. Mais si nous retranchons de nos cœurs le péché, nous trouverons en nous-mêmes le Royaume de Dieu. Par cette très belle ascèse, gardons au nom de Dieu la pureté et la continuelle componction de notre cœur.
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 04/03/1938 (trad. Cerf 2008, p. 374)
« Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 50,12)
Que les savants viennent, demandant où est Dieu. Dieu se trouve là où le savant, avec toute la science orgueilleuse, ne peut pas arriver. Dieu se trouve dans le cœur détaché, dans le silence de la prière, dans la souffrance comme sacrifice volontaire, dans le vide du monde et de ses créatures. Dieu est dans la croix et, tant que nous n’aimerons pas la croix, nous ne le verrons pas, nous ne le sentirons pas. Taisez-vous, les hommes, qui n’arrêtez pas de faire du bruit !
Ah, Seigneur, qu’est-ce que je suis heureux dans ma retraite ! Comme je t’aime, dans ma solitude ! Comme je voudrais t’offrir ce que je n’ai plus, car j’ai tout donné ! Demande-moi, Seigneur. Mais que puis-je te donner ? Mon corps, tu l’as déjà, il est à toi ; mon âme, Seigneur, vers quoi soupire-t-elle, si ce n’est vers toi, pour qu’à la fin tu finisses par la prendre ? Mon cœur est aux pieds de Marie, pleurant d’amour, et sans plus rien vouloir que toi.
Ma volonté : par hasard, Seigneur, je désire ce que tu ne désires pas ? Dis-le-moi ; dis-moi, Seigneur, quelle est ta volonté et je mettrai la mienne à l’unisson. J’aime tout ce que tu m’envoies et me donnes, aussi bien la santé que la maladie, aussi bien être ici qu’être là, aussi bien être une chose qu’une autre ; ma vie, prends-la, Seigneur, quand tu voudras. Comment ne pas être heureux ainsi ? Si le monde et les hommes savaient. Mais ils ne sauront pas, ils sont très occupés avec leurs intérêts, ils ont le cœur très plein de choses qui ne sont pas Dieu.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Homélies sur les Béatitudes, n°6 (trad. DDB 1979, p. 86 rev.)
« Crée en moi un cœur pur » (Ps 50,12)
« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8). Nous croyons facilement qu'un cœur purifié nous fera connaître la joie suprême. Mais cette purification du cœur semble aussi illusoire que la montée au ciel. Quelle échelle de Jacob (Gn 28,12), quel char de feu semblable à celui qui a emporté le prophète Élie dans le ciel (2R 2,11), trouverons-nous pour mener notre cœur vers les beautés célestes et le dégager de tout son poids terrestre ?...
Nous ne parvenons pas sans peine à la vertu : que de sueurs et d'épreuves ! Que d'efforts et de souffrances ! L'Écriture nous le rappelle souvent : « étroite et resserrée » est la voie du Royaume, tandis que le péché nous mène à notre perte par une route large, unie et inclinée (Mt 7,13-14). Et pourtant la même Écriture nous assure que l'on peut arriver à cette existence supérieure... Comment devenir pur ? Le Sermon sur la montagne nous l'enseigne presque partout. Lisez-en les commandements les uns après les autres, vous découvrirez l'art véritable de la purification du cœur...
En même temps donc que le Christ nous promet la béatitude, il nous instruit et nous forme au succès de cette promesse. Sans doute ne parvient-on pas sans peine à la béatitude. Mais compare ces peines à l'existence dont elles t'éloignent, et tu verras combien le péché est plus pénible, sinon dans l'immédiat, au moins dans la vie future... Que sont malheureux ceux dont l'esprit s'obstine dans les impuretés ! Ils ne verront que la face de l'Adversaire. L'existence d'un juste au contraire est marquée de l'effigie de Dieu... Nous savons quels traits revêt d'un côté une vie de péché et de l'autre une vie de justice, et devant l'alternative nous avons la liberté de choisir. Fuyons donc le visage du démon, arrachons son masque odieux et, revêtus de l'image divine, purifions notre cœur. Ainsi nous possèderons la joie et l'image divine brillera en nous, grâce à notre pureté dans le Christ Jésus notre Seigneur.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n°4 (trad. SC 349, p. 292 rev.)
« Ô Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 50, 12)
La pureté du cœur est une prière plus excellente que toutes les oraisons récitées à haute voix, et le silence, conjoint à une conscience sincère, surpasse la voix haute de l'homme qui crie. Maintenant donc, mon ami, donne-moi ton cœur et ton intelligence : écoute-moi te parler de la force de la prière pure, et vois comment nos pères, les justes d'autrefois, ont été rendus prestigieux par leur prière devant Dieu, et comment celle-ci est devenue pour eux une offrande pure.
C'est par la prière en effet que les offrandes ont été acceptées. C'est elle qui a fait cesser le déluge, elle qui a guéri la stérilité, elle qui a repoussé les armées, elle qui a dévoilé les mystères, elle qui a fendu la mer, elle qui a ouvert une brèche dans le Jourdain, retenu le soleil et immobilisé la lune, elle qui a exterminé les impurs et a fait tomber le feu, elle qui a retenu le ciel, elle qui a fait sortir de la fosse, a libéré du feu et a délivré de la mer. Sa force est tout à fait considérable, comme était considérable la force du jeûne pur...
En effet, c'est d'abord en raison de la pureté de son cœur que l'offrande d'Abel a été acceptée devant Dieu, alors que celle de Caïn a été rejetée (Gn 4, 4s)... Ce sont les fruits du cœur de ce dernier qui ont montré et témoigné contre lui qu'il était plein de ruse, puisqu'il a tué son frère. En effet, ce que sa pensée avait conçu, ses mains l'ont enfanté ; mais la pureté du cœur d'Abel, c'était cela sa prière.
ou
Origène (vers 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, n° 13, 3-4 ; PG 12, 233 (trad. SC 7, p. 222 rev.)
« Tu aimes la vérité, mon Dieu, au fond du cœur » (Ps 50, 8)
Le Christ nous a enseigné que Dieu n'est pas à chercher en un lieu déterminé et nous a appris qu'« un sacrifice est offert à son nom en tout endroit de la terre » (Ml 1, 11). En effet, c'est maintenant « le temps où les vrais adorateurs adorent le Père », non plus à Jérusalem ni sur le mont Garizim, « mais en esprit et en vérité » (Jn 4, 21.24). Ce n'est donc pas dans un lieu ni sur la terre que Dieu habite, mais dans le cœur. Vous cherchez alors où se trouve Dieu ? Dieu se trouve en un cœur pur. C'est là en effet qu'il fera sa demeure, selon ce qu'il a dit par le prophète : « J'habiterai et je marcherai au milieu d'eux, et ils seront mon peuple et je serai leur Dieu, dit le Seigneur » (Lv 26, 12).
Remarquez bien que chacune de nos âmes contient en quelque sorte un puits d'eau vive ; il y a en elle un certain sens céleste, une image de Dieu enfouie... Il est là, le Verbe de Dieu, et son opération actuelle est de dégager le sable de votre âme à chacun, pour faire jaillir votre source. Cette source est en vous et ne vient pas du dehors, car « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc 17, 21).
Ce n'est pas au dehors, mais chez elle que la femme qui avait perdu sa pièce d'argent l'a retrouvée. « Elle avait allumé sa lampe, elle avait balayé sa maison » (Lc 15, 8) des ordures et des saletés qui s'y étaient accumulées par sa négligence, et c'est là qu'elle a retrouvé sa pièce d'argent. Quant à vous, si vous allumez votre lampe, si vous vous servez de l'illumination du Saint Esprit, « si vous voyez la lumière dans sa lumière » (Ps 36, 10), vous trouverez la pièce d'argent en vous. Car c'est en vous que se trouve l'image du roi céleste.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Avis et maximes (161-168 in trad. Seuil 1945, p. 1202)
« Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 50,12)
La pureté du cœur correspond au degré d'amour et de grâce de Dieu ; aussi quand notre Sauveur appelle bienheureux ceux qui ont le cœur pur (Mt 5,8), il parle de ceux qui sont remplis d'amour, car la béatitude nous est donnée selon le degré de notre amour.
Celui qui aime vraiment Dieu ne rougit point devant le monde de ce qu'il fait pour Dieu, et il ne le cache pas avec confusion, alors même que le monde entier viendrait à le condamner.
Celui qui aime vraiment Dieu regarde comme un gain et une récompense la perte de toutes les choses créées, et la perte de lui-même par amour pour Dieu...
Celui qui travaille pour Dieu avec un amour pur, non seulement ne s'inquiète pas d'être vu des hommes, mais n'agit même pas pour être vu de Dieu...
C'est une grande chose que de s'exercer beaucoup dans le saint amour, car l'âme arrivée à la perfection et à la consommation de l'amour, ne tarde pas, soit en cette vie, soit en l'autre, à voir la face de Dieu.
Celui qui a le cœur pur profite également de l'élévation et de l'abaissement pour devenir toujours plus pur, tandis que le cœur impur ne s'en sert que pour produire encore des fruits d'impureté.
Le cœur puise en toutes choses une connaissance de Dieu savoureuse, chaste, pure, spirituelle, pleine de joie et d'amour.
ou
Baudouin de Ford ( ?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
Homélie 10, sur Ct 8, 6 ; PL 204, 513s (trad. bréviaire)
« Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 50,12)
« Pose-moi comme un sceau sur ton cœur..., car l'amour est fort comme la mort » (Ct 8,6). « L'amour est fort comme la mort » car l'amour du Christ est la mort de la mort... De même, l'amour dont nous aimons le Christ est fort comme la mort lui aussi puisqu'il constitue à sa manière une mort : une mort où prend fin la vie ancienne, où les vices sont abolis et les œuvres mortes abandonnées. De fait, l'amour que nous avons pour le Christ...-- même s'il est loin d'égaler celui du Christ pour nous -- est à l'image et à la ressemblance du sien. Le Christ en effet « nous a aimés le premier » (1Jn 4,19), et par l'exemple d'amour qu'il nous a proposé, il s'est fait pour nous un sceau afin que nous devenions conformes à son image...
C'est pourquoi il nous dit : « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur », comme s'il disait : « Aime-moi à la manière dont je t'aime. Garde-moi dans ton esprit, dans ta mémoire, dans ton désir, ton soupir, ton gémissement, tes sanglots. Souviens-toi, homme, avec quelle qualité je t'ai créé : de combien je t'ai préféré aux autres créatures, de quelle dignité je t'ai ennobli, de quelle gloire et de quel honneur je t'ai couronné et comment je t'ai fait de peu inférieur aux anges, comment j'ai tout placé sous tes pieds (Ps 8,6-7). Souviens-toi non seulement de tout ce que j'ai fait pour toi, mais encore de ce que j'ai supporté de ta part, en fait de peine et de mépris. Et vois si tu n'es pas injuste à mon égard en ne m'aimant pas. Qui en effet t'a aimé comme moi ? Qui t'a créé, sinon moi ? Qui t'a racheté, sinon moi ? »...
Seigneur, enlève de moi ce cœur de pierre, ce cœur figé, ce cœur incirconcis. Et donne-moi un cœur nouveau, un cœur de chair, un cœur pur (Ez 36,26). Toi qui purifies le cœur et qui aimes le cœur pur, possède mon cœur et habite en lui ; contiens-le et remplis-le, toi qui dépasses tout ce que je suis et qui m'es plus intérieur et intime que moi-même. Toi, le modèle de la beauté et le sceau de la sainteté, scelle mon cœur dans ton image, scelle mon cœur sous ta miséricorde, « Dieu de mon cœur, Dieu, ma part à jamais » (Ps 72,26).
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours spirituels, 1ère série, n° 21 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 143)
« Dieu, crée en moi un cœur pur » (Ps 50,12)
Il est dit que seule l'aide de Dieu sauve. Quand un homme sait qu'il n'a plus de secours, il prie beaucoup. Et plus il prie, plus son cœur se fait humble, car on ne peut pas prier et demander sans être humble. « Un cœur brisé et humilié, Dieu ne le méprisera pas » (Ps 50,19). Tant que le cœur ne s'est pas fait humble, il lui est impossible en effet d'échapper à la dispersion ; l'humilité recueille le cœur.
Quand l'homme s'est fait humble, aussitôt la compassion l'entoure, et son cœur sent alors le secours divin. Il découvre qu'une force monte en lui, la force de la confiance. Quand l'homme sent ainsi le secours de Dieu, quand il sent qu'il est là et qu'il vient à son aide, son cœur aussitôt est comblé de foi, et il comprend alors que la prière est le refuge du secours, la source du salut, le trésor de la confiance, le port dégagé de la tempête, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, le soutien des faibles, l'abri au temps des épreuves, l'aide au plus fort de la maladie, le bouclier qui délivre dans les combats, la flèche lancée contre l'ennemi. En un mot la multitude des biens entre en lui par la prière. Il a donc ses délices désormais dans la prière de la foi. Son cœur rayonne de confiance.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Homélie 6 sur les Béatitudes ; PG 44, 1269 (trad. bréviaire 12e sam. rev.)
« Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 51,12)
Si, par un effort de vie parfaite, tu nettoies les scories de ton cœur, la beauté divine brillera de nouveau en toi. C'est ce qui arrive avec un morceau de métal, lorsque la meule le débarrasse de sa rouille. Auparavant il était noirci, et maintenant il brille et rayonne au soleil. De même l'homme intérieur, ce que le Seigneur appelle « le cœur », lorsqu'on aura enlevé les taches de rouille qui altéraient et détérioraient sa beauté, retrouvera la ressemblance de son modèle (Gn 1,27), et il sera bon. Car ce qui devient semblable à la Bonté est nécessairement bon...
Et ainsi celui qui a le cœur pur devient heureux (Mt 5,8) parce que, en redécouvrant sa pureté, il découvre, à travers cette image, son origine. Ceux qui voient le soleil dans un miroir, même s'ils ne fixent pas le ciel, voient le soleil dans la lumière du miroir aussi bien que s'ils regardaient directement le disque solaire. De même vous, qui êtes trop faibles pour saisir la lumière, si vous vous tournez vers la grâce de l'image placée en vous dès le commencement, vous trouvez en vous-mêmes ce que vous recherchez.
En effet, la pureté, la paix de l'âme, l'éloignement de tout mal, voilà la divinité. Si tu possèdes tout cela, tu possèdes certainement Dieu. Si ton cœur est dégagé de toute inconduite, libre de toute passion, pur de toute souillure, tu es heureux, car ton regard est clair.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°61, 3 (trad. Œuvres mystiques, Seuil 1953, p. 630 rev.)
« Ô Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 50,12)
Où est-ce que notre fragilité peut trouver repos et sécurité sinon dans les plaies du Sauveur ? J'y demeure avec d'autant plus de confiance que sa force pour me sauver est plus grande. Le monde chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges : je ne tombe pas car je suis établi sur un roc solide... Ce qui me manque par ma faute, je le prends avec confiance dans les entrailles miséricordieuses du Seigneur, parce que son corps est percé d'assez d'ouvertures pour que tout son amour se répande.
Ils ont percé ses mains et ses pieds et, d'un coup de lance, son côté. Par ces trous béants, je peux goûter le miel de ce roc (Ps 80,17) et l'huile qui coule de la pierre très dure, c'est à dire voir et goûter la douceur du Seigneur (Ps 33,9). Il formait des pensées de paix et je ne le savais pas (cf Jr 29,11)... Mais le clou qui pénètre en lui est devenu pour moi une clef qui m'ouvre le mystère de ses desseins. Comment ne pas voir à travers ces ouvertures ? Les clous et les plaies crient que vraiment, en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde (2Co 5,19). Le fer a transpercé son être et touché son cœur, afin qu'il sache compatir à ma nature vulnérable. Le secret de son cœur paraît à nu dans les plaies de son corps : on voit à découvert ce mystère d'infinie bonté, cette « tendresse du cœur de notre Dieu par laquelle le Soleil est venu nous visiter d'en-haut » (Lc 1,78). Comment ce cœur ne serait-il pas manifesté par ces plaies ? Comment montrer plus clairement que par tes plaies que toi, Seigneur, tu es doux et compatissant et d'une grande miséricorde ? Car il n'y a pas de plus grande compassion que de donner sa vie pour ceux qui sont voués à la mort (cf Jn 3,13).
TEMPS ORDINAIRE V - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean de la Croix (1542-1591)
carme, docteur de l'Église
Maximes (Œuvres complètes, trad. P. Cyprien de la Nativité, éd. Desclée de Brouwer, 1959 ; p. 1300-1301)
Ne t’arrête pas aux miettes !
Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé, si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande, mon Dieu, fais en eux ta volonté, c’est ce que je désire le plus ; exerce ta bonté et ta miséricorde et tu seras connu en eux. Et si ce sont mes œuvres que tu attends pour exaucer ma prière par ce moyen, donne-les moi, toi, et fais-les moi, et aussi les peines que tu veux que j’accepte et que cela se fasse. Si ce ne sont pas mes œuvres que tu attends, qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ? Car enfin, si ce que je te demande au nom de ton Fils, doit être une grâce et une miséricorde, prends mon obole, puisque tu la désires et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.
Qui pourra se libérer de ses pauvres manières et de ses pauvres limites, si toi-même ne l’élèves à toi en pureté d’amour mon Dieu ? Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et créé dans la bassesse, si toi-même ne l’élèves, Seigneur, de ta main qui l’a fait ? Tu ne m’ôteras, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus Christ. En lui, tu m’as donné tout ce que je désire. C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tarderas plus si, moi, j’attends.
Pourquoi tardes-tu ? Pourquoi diffère-tu ? vu que tu peux dès maintenant aimer Dieu dans ton cœur ? (…) Ne te rabaisse pas à des choses moindres. Ne t’arrête pas aux miettes qui tombent de la table de ton Père. Sors au-dehors et glorifie-toi de ce qui fait ta gloire. Cache-toi en elle et sois dans la joie et tu obtiendras ce que ton cœur demande.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 9, 16 ; SC 16 (trad. cf SC p. 357 rev.)
« Jésus se rendit dans la région de Tyr »
Jésus est sorti d’Israël… : « En sortant de là, Jésus entra dans la région de Tyr » (Mt 15,21), nom qui veut dire « le rassemblement des nations. » C’était afin que, parmi les gens de ce territoire, ceux qui croyaient puissent être sauvés quand ils en seraient sortis. En effet, prête attention à ces mots : « Voici qu’une femme, une Cananéenne, sortant de ces territoires, poussa des cris en disant : ‘ Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est tourmentée par un démon ’ » (v. 22). À mon avis, si elle n’était pas sortie de ces territoires, elle n’aurait pas pu pousser vers Jésus ces cris jaillis « d’une grande foi », comme il en a témoigné lui-même (v. 28).
« Selon la proportion de notre foi » (Rm 12,6), on sort du territoire des nations païennes… Il faut sûrement croire que chacun d’entre nous, quand il est pécheur, se trouve dans le territoire de Tyr ou de Sidon, ou du Pharaon et de l’Égypte, ou bien de n’importe quel pays étranger à l’héritage de Dieu. Mais quand le pécheur quitte le mal, revenant au bien, il sort de ces territoires où règne le péché : il se hâte vers les territoires qui sont la part de Dieu…
Remarque aussi cette sorte de marche de Jésus à la rencontre de la femme de Canaan ; car il semble se diriger vers la région de Tyr et de Sidon… Les justes sont disposés au Royaume des cieux et à l’élévation dans le Royaume de Dieu, mais les pécheurs sont disposés à la déchéance de leur méchanceté… La Cananéenne, en quittant ces territoires, quittait cette disposition à la déchéance, quand elle poussait des cris et disait : « Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David »... Toutes les guérisons que Jésus a accomplies, comme les évangélistes les ont racontées, ont eu lieu alors pour que ceux qui les voient aient la foi. Mais ces événements sont le symbole de ce qui est toujours réalisé par la puissance de Jésus, car il n’y a pas d’époque où ce qui est écrit ne se réalise pas, exactement de la même façon.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°52, § 2 ; PG 58, 520
« Les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des petits enfants »
En s'approchant de Jésus, la Cananéenne ne dit que ces mots : « Aie pitié de moi » (Mt 15,22), et ses cris redoublés attirent un grand nombre de gens. C'était un spectacle touchant que de voir une femme crier avec tant d'émotion, une mère implorer pour sa fille, une enfant si durement malmenée... Elle ne dit pas « Aie pitié de ma fille », mais : « Aie pitié de moi ». « Ma fille ne se rend pas compte de son mal ; moi au contraire, j'éprouve mille souffrances, je suis malade de la sentir dans cet état, je suis presque folle de la voir ainsi »...
Jésus lui répond : « Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 15,24). Que fait la Cananéenne après avoir entendu ces paroles ? Est-ce qu'elle s'en va en gardant le silence ? Perd-elle courage ? Pas du tout ! Elle insiste davantage. Ce n'est pas ce que nous faisons : quand nous ne sommes pas exaucés, nous nous retirons découragés, alors qu'il faudrait insister avec plus d'ardeur. Qui donc, il est vrai, n'aurait pas été découragé par la réponse de Jésus ? Son silence aurait suffi à ôter tout espoir... Mais cette femme ne perd pas courage, au contraire elle s'approche de plus près et se prosterne en disant : « Seigneur, viens à mon aide (v. 25)... Si je suis un petit chien dans cette maison, alors je ne suis plus une étrangère. Je sais bien que la nourriture est nécessaire aux enfants..., mais il ne faut pas interdire de donner les miettes. On ne doit pas me les refuser..., parce que je suis le petit chien qu'on ne peut pas repousser ».
C'est parce qu'il prévoyait sa réponse que le Christ tardait à exaucer sa prière... Ses réponses n'étaient pas destinées à faire de la peine à cette femme, mais à révéler ce trésor caché.
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 33, 1er pour le 2ème dimanche de Carême (trad. cf SC 207, p. 221-227)
« Jésus se rendit dans la région de Tyr »
« Étant sorti, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon » (Mt 15, 21). Lorsque « le Verbe, la Parole de Dieu, s'est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14), il est sorti du Père pour venir dans le monde (Jn 16, 28). « Lui qui était dans la condition de Dieu » est sorti de sa patrie pour « se dépouiller lui-même, prenant la condition d'esclave » (Ph 2, 6-7), « notre condition humaine de pécheurs » (Rm 8, 3), afin d'être trouvé par ceux qui sortent de leur propre territoire pour le trouver dans la région de Tyr et de Sidon... Qu'elle sorte donc, cette femme Cananéenne, de l'intérieur de son territoire (Mt 15, 22), et qu'elle rencontre, à la frontière se son propre pays, le médecin qui vient de son plein gré, sorti par miséricorde de son territoire à lui. Avec bonté il se présente en territoire étranger, au malade qui n'aurait pas pu l'aborder s'il était resté dans le sien. Car en tant que Dieu bienheureux, juste et fort, il était en haut, et il était interdit à l'homme misérable d'y monter... Plein de compassion, il a donc réalisé ce qui convenait à la pitié : il est venu jusqu'au pécheur...
Sortons donc, frères, sortons, chacun pour notre part, du lieu de notre propre injustice... Hais le péché, et te voilà sorti du péché. Tu hais le péché, et tu as rencontré le Christ là où il se trouve... Mais tu diras que cela même est beaucoup pour toi, et que sans la grâce de Dieu, il est impossible à l'homme de haïr le péché, de désirer la justice, de ne pas vouloir pécher et de vouloir se repentir. « Que le Seigneur soit loué pour sa miséricorde, et pour ses merveilles pour les fils des hommes ! » (Ps 106, 8) En effet, si c'est par sa grâce qu'il s'est retiré visiblement dans la région de Tyr et de Sidon où la femme pouvait le rencontrer, c'est aussi par grâce qu'il a secrètement tiré cette femme de sa demeure la plus intérieure...
Cette femme symbolise l'Église, prédestinée éternellement, appelée et justifiée dans le temps, destinée à la gloire à la fin des temps (Rm 8, 30) : sans trêve elle prie pour sa fille, c'est-à-dire pour chacun des élus.
ou
Saint Bède le Vénérable (vers 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies sur les Évangiles I, 22 : CCL 122, 156-160 ; PL 94, 102-105 (trad. Orval)
La foi de la Cananéenne
« Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le souhaites » (Mt 15, 28). Oui, la Cananéenne possède une bien grande foi. Ne connaissant ni les anciens prophètes ni les récents miracles du Seigneur, ni ses commandements ni ses promesses, et de plus repoussée par lui, elle persévère dans sa demande et elle ne se lasse pas de frapper chez celui que seule la renommée lui avait indiquée comme le Sauveur. Aussi sa prière est exaucée de manière éclatante...
Lorsque l'un d'entre nous a la conscience entachée par l'égoïsme, l'orgueil, la vaine gloire, le dédain, la colère, la jalousie ou quelque autre vice, il a bel et bien, comme cette femme de Canaan, « une fille cruellement tourmentée par un démon ». Qu'il coure donc supplier le Seigneur de la guérir... Qu'il le fasse avec une humble soumission ; qu'il ne se juge pas digne de partager le sort des brebis d'Israël, c'est-à-dire des âmes pures, et qu'il se considère comme indigne des récompenses du ciel. Que le désespoir, cependant, ne le pousse pas à relâcher l'insistance de sa prière mais que son cœur ait une confiance inébranlable en l'immense bonté du Seigneur. Car celui qui a pu faire du larron un confesseur (Lc 24, 39s), du persécuteur un apôtre (Ac 9), et de simples cailloux des fils d'Abraham (Mt 3, 9), celui-là est aussi capable de transformer un petit chien en brebis d'Israël.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie « Que le Christ soit annoncé », 12-13 ; PG 51, 319-320 (in Delhougne, Les Pères commentent, p.127)
La prière humble et insistante
Une Cananéenne s'approcha de Jésus et se mit à le supplier à grands cris pour sa fille qui était possédée par le démon... Cette femme, une étrangère, une barbare, sans aucun lien avec la communauté juive, qu'était-elle sinon une chienne indigne d'obtenir ce qu'elle demandait ? « Il n'est pas bien, dit Jésus, de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Pourtant, sa persévérance lui a mérité d'être exaucée. Celle qui n'était qu'une chienne, Jésus l'a élevée à la noblesse des petits enfants ; bien plus, il l'a comblée d'éloges. Il lui dit en la renvoyant : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux » (Mt 15,28). Quand on entend le Christ dire : « Ta foi est grande », on n'a pas à chercher d'autre preuve de la grandeur d'âme de cette femme. Vois comme elle a effacé son indignité par sa persévérance. Remarque également que nous obtenons davantage du Seigneur par notre prière que par la prière des autres.
ou
Guigues le Chartreux ( ?-1188), prieur de la Grande Chartreuse
Lettre sur la vie contemplative, 6-7 (trad. Orval ; cf SC 163, p. 95)
« Aussitôt elle vint se jeter à ses pieds »
« Seigneur, que personne ne peut voir sinon les cœurs purs (Mt 5,8), je recherche, par la lecture et la méditation, ce qu'est la vraie pureté de cœur et comment on peut l'obtenir pour devenir capable, grâce à elle, de te connaître, si peu que ce soit. J'ai cherché ton visage, Seigneur, j'ai cherché ton visage (Ps 26,8). J'ai longtemps médité en mon cœur, et un feu s'est allumé dans ma méditation : le désir de te connaître davantage. Quand tu romps pour moi le pain de la sainte Écriture, tu m'es connu dans cette fraction du pain (Lc 24,30-35). Et plus je te connais, plus je désire te connaître, non seulement dans l'écorce de la lettre mais dans la saveur de l'expérience.
« Je ne demande pas cela, Seigneur, en raison de mes mérites, mais à cause de ta miséricorde. J'avoue, en effet, que je suis pécheur et indigne, mais ' les petits chiens eux-mêmes mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres '. Donne-moi donc, Seigneur, les gages de l'héritage futur, une goutte au moins de la pluie céleste pour rafraîchir ma soif, car je brûle d'amour »...
C'est par de tels discours que l'âme appelle son Époux. Et le Seigneur, qui regarde les justes et qui non seulement écoute leur prière mais est présent dans cette prière, n'attend pas la fin de celle-ci. Il l'interrompt au milieu de son cours ; il se présente tout-à-coup, il se hâte de venir à la rencontre de l'âme qui le désire, ruisselant de la douce rosée du ciel comme du parfum le plus précieux. Il recrée l'âme fatiguée, il nourrit celle qui a faim, il fortifie sa fragilité, il la vivifie en la mortifiant par un admirable oubli d'elle-même, il la rend sobre en l'enivrant.
ou
Concile Vatican II
Déclaration sur l'Église et les religions non-chrétiennes « Nostra Aetate », 1-2
« Cette femme était païenne »
À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples augmentent, l'Église examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non-chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l'unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples, elle examine ici d'abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée.
Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté ; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre, ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s'étendent à tous, jusqu'à ce que les élus soient réunis dans la Cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière.
Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd'hui, troublent profondément le cœur humain... De façons diverses, elles s'efforcent d'aller au-devant de l'inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c'est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés.
L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses.
[Références bibliques : Ac 17,26 ; Sg 8,1 ; Ac 14,17 ; 1Tm 2,4 ; Ap 21,23 ; Jn 14,6 ; 2Co 5,18-19]
TEMPS ORDINAIRE V - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle) N°12
« Sa langue se délia, et il parlait correctement »
Le Seigneur m'a rempli de paroles de vérité
pour que je puisse l'exprimer.
Comme un cours d'eau,
la vérité coule de ma bouche,
mes lèvres montrent ses fruits.
Le Seigneur a fait abonder en moi la connaissance.
Car la bouche du Seigneur
prononce le Verbe véritable ;
elle est la porte de sa lumière.
Le Très-Haut a envoyé sa Parole dans le monde :
ceux qui chantent sa beauté,
les hérauts de sa majesté,
les messagers de son dessein,
les évangélistes de sa pensée,
les apôtres de ses œuvres.
La subtilité du Verbe
est au-dessus de toute expression...
Sa marche est sans fin :
il ne tombe jamais mais se tient debout ;
personne ne connaît sa descente ni sa route...
Il est lumière et aurore de la pensée :
en lui le monde commence à s'exprimer.
En lui ceux qui d'abord étaient silence
ont trouvé la Parole,
parce que de lui viennent l'amour et l'harmonie.
Inspiré par le Verbe,
chaque être créé peut dire ce qu'il est.
Tous, ils ont connu leur Créateur
et ont trouvé en lui leur harmonie,
car la bouche du Très-Haut leur a parlé.
Le Verbe demeure dans l'homme,
et sa vérité est amour.
Heureux ceux qui par lui
ont percé tout mystère
et connaissent le Seigneur dans sa vérité. Alléluia !
ou
Pape Benoît XVI
Discours aux séminaristes 17/02/07 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? » (Ps 94, 7)
Comment pouvons-nous discerner la voix de Dieu parmi les milles voix que nous entendons chaque jour dans notre monde ? Je dirais que Dieu nous parle de très nombreuses façons. Il nous parle au moyen d'autres personnes, à travers nos amis, nos parents, le curé, les prêtres... Il parle à travers les évènements de notre vie, dans lesquels nous pouvons discerner un geste de Dieu. Il parle également à travers la nature, la création, et il parle, naturellement et surtout, dans sa parole, dans l'Écriture sainte, lue dans la communion de l'Église et lue de manière personnelle en dialogue avec Dieu.
Il est important de lire l'Écriture sainte d'une façon très personnelle, d'une part, et réellement, comme le dit saint Paul (1Th 2, 13), non pas comme la parole d'un homme ou un document du passé, comme si nous lisions Homère, Virgile, mais comme une parole de Dieu qui est toujours actuelle et qui me parle. Il est important d'apprendre à écouter un texte, historiquement du passé mais la parole vivante de Dieu, c'est-à-dire d'entrer en prière, et ainsi de faire de la lecture de l'Écriture sainte un entretien avec Dieu. Saint Augustin, dans ses homélies, dit souvent : « J'ai frappé plusieurs fois à la porte de cette parole, jusqu'à ce que je puisse entendre ce que Dieu me disait ». Il y a d'une part cette lecture très personnelle, cet entretien personnel avec Dieu, dans lequel je cherche ce que le Seigneur me dit. Mais en plus de cette lecture personnelle, il est très important d'effectuer une lecture communautaire, car le sujet vivant de l'Écriture sainte c'est le Peuple de Dieu, c'est l'Église.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur les psaumes, Ps 102,5-6 ; PL 37, 1319
« Jésus l'emmena à l'écart, loin de la foule, et lui mit les doigts dans les oreilles »
« Dieu te guérit de toute maladie. » (Ps 102,3) Toutes tes maladies seront guéries, ne crains pas. Tu diras qu'elles sont grandes ; mais le médecin est plus grand. Pour un médecin tout-puissant, il n'y a pas de maladie incurable. Laisse-toi simplement soigner, ne repousse pas sa main ; il sait ce qu'il a à faire. Ne te réjouis pas seulement lorsqu'il agit avec douceur mais supporte-le aussi quand il taille. Accepte la douleur du remède en pensant à la santé qu'il va te rendre.
Voyez, mes frères, tout ce que supportent les hommes dans leur maladies physiques pour prolonger leur vie de quelques jours... Toi du moins, tu ne souffres pas pour un résultat douteux : celui qui t'a promis la santé ne peut pas se tromper. Pourquoi est-ce que les médecins se trompent parfois ? Parce qu'ils n'ont pas créé ce corps qu'ils soignent. Mais Dieu a fait ton corps, Dieu a fait ton âme. Il sait comment recréer ce qu'il a créé ; il sait comment reformer ce qu'il a formé. Tu n'as qu'à t'abandonner entre ses mains de médecin... Supporte donc ses mains, ô âme, qui « le bénis et qui n'oublies aucun de ses bienfaits : il te guérit de toutes tes maladies » (Ps 102,2-3).
Celui qui t'avait fait pour n'être jamais malade si tu avais voulu garder ses préceptes, ne te guérira-t-il pas ? Celui qui a fait les anges et qui, en te recréant, te rendra égal aux anges, ne te guérira-t-il pas ? Celui qui a fait le ciel et la terre ne te guérira-t-il pas, après t'avoir fait à son image ? (Gn 1,26) Il te guérira, mais il faut que tu consentes à être guéri. Il guérit parfaitement tout malade, mais il ne le guérit pas malgré lui... Ta santé, c'est le Christ.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 96, 9 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 248)
« Suis-moi » (Mt 9,9)
Dans ce monde, c'est-à-dire dans l'Église, qui tout entière suit le Christ, celui-ci dit à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même ». Car cet ordre n'est pas destiné aux vierges, à l'exclusion des femmes mariées ; aux veuves, à l'exclusion des épouses ; aux moines, à l'exclusion des époux ; aux clercs, à l'exclusion des laïcs. C'est toute l'Église, tout le Corps du Christ, tous ses membres, différenciés et répartis selon leurs tâches propres, qui doivent suivre le Christ. Qu'elle le suive tout entière, elle qui est l'unique, elle qui est la colombe, elle qui est l'épouse (Ct 6,9) ; qu'elle le suive, elle qui est rachetée et dotée par le sang de l'Époux. La pureté des vierges a ici sa place ; la continence des veuves a ici sa place ; la chasteté conjugale a ici sa place...
Qu'ils suivent le Christ, ces membres qui ont ici leur place, chacun selon sa catégorie, chacun selon son rang, chacun à sa manière. Qu'ils renoncent à eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils ne s'appuient pas sur eux-mêmes ; qu'ils portent leur croix, c'est-à-dire qu'ils supportent dans le monde, pour le Christ, tout ce que le monde leur infligera. Qu'ils l'aiment, lui, le seul qui ne déçoit pas, le seul qui n'est pas trompé, le seul qui ne se trompe pas. Qu'ils l'aiment parce que ce qu'il promet est vrai. Mais parce qu'il ne le donne pas maintenant, la foi chancelle ; continue, persévère, supporte, accepte ce retard, et tu as porté ta croix.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Sermon « Sur notre Seigneur », 10-11
« Il lui mit les doigts dans les oreilles et...lui toucha la langue »
La force divine que l'homme ne peut pas toucher est descendue, elle s'est enveloppée dans un corps palpable, afin que les pauvres la touchent, et qu'en touchant l'humanité du Christ, ils perçoivent sa divinité. À travers des doigts de chair, le sourd-muet a senti qu'on touchait ses oreilles et sa langue. À travers des doigts palpables, il a perçu la divinité intouchable quand le lien de sa langue a été rompu et quand les portes closes de ses oreilles ont été ouvertes. Car l'architecte et l'artisan du corps est venu jusqu'à lui, et d'une parole douce, il a créé sans douleur des ouvertures dans des oreilles sourdes ; alors aussi, cette bouche fermée, jusqu'alors incapable de donner le jour à la parole, a mis au monde la louange de celui qui faisait ainsi porter du fruit à sa stérilité.
De même, le Seigneur a formé de la boue avec sa salive et l'a étendue sur les yeux de l'aveugle-né (Jn 9,6) pour nous faire comprendre que quelque chose lui manquait, comme au sourd-muet. Une imperfection innée de notre pâte humaine a été supprimée grâce au levain qui vient de son corps parfait... Pour combler ce qui manquait à ces corps humains, il a donné quelque chose de lui-même, tout comme il se donne à manger [dans l'eucharistie]. C'est par ce moyen qu'il fait disparaître les défauts et ressuscite les morts, pour que nous puissions reconnaître que, grâce à son corps « où habite la plénitude de la divinité » (Col 2,9), les défauts de notre humanité sont comblés et que la vraie vie est donnée aux mortels par ce corps où habite la vraie vie.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 21
Certains restent sourds aux appels de Dieu
L'aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans la vocation de l'homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse a l'homme de dialoguer avec lui commence avec l'existence humaine. Car, si l'homme existe, c'est que Dieu l'a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l'être ; et l'homme ne vit pleinement selon la vérité que s'il reconnaît librement cet amour et s'abandonne à son Créateur. Mais beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l'homme à Dieu : à tel point que l'athéisme compte parmi les faits les plus graves de ce temps...
Certains athées nient Dieu expressément, d'autres pensent que l'homme ne peut absolument rien affirmer de lui. D'autres encore traitent le problème de Dieu de telle façon que ce problème semble dénué de sens. Beaucoup, outrepassant indûment les limites des sciences positives, ou bien prétendent que la seule raison scientifique explique tout, ou bien, à l'inverse, ne reconnaissent comme définitive absolument aucune vérité... D'autres se représentent Dieu sous un jour tel que, en le repoussant, ils refusent un Dieu qui n'est en aucune façon celui de l'Évangile. D'autres n'abordent même pas le problème de Dieu : ils paraissent étrangers à toute inquiétude religieuse et ne voient pas pourquoi ils se soucieraient encore de religion. L'athéisme, en outre, naît souvent d'une protestation révoltée contre le mal dans le monde... Et parmi les formes de l'athéisme contemporain, on ne doit pas passer sous silence celle qui attend la libération de l'homme surtout de sa libération économique et sociale...
L'Église..., bien consciente de la gravité des problèmes que l'athéisme soulève et poussée par son amour pour tous les hommes, estime qu'elle doit soumettre ces motifs à un examen sérieux et approfondi. Elle tient que la reconnaissance de Dieu ne s'oppose en aucune façon à la dignité de l'homme, puisque cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l'achève. Car l'homme a été établi en société, intelligent et libre, par Dieu son Créateur. Mais surtout, comme fils, il est appelé à l'intimité même de Dieu et au partage de son propre bonheur.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
8e homélie sur la Passion
« Qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive »
Le Seigneur est livré à ceux qui le haïssent. Pour insulter sa dignité royale, on l'oblige à porter lui-même l'instrument de son supplice. Ainsi s'accomplissait l'oracle du prophète Isaïe : « Il a reçu sur ses épaules l'insigne du pouvoir » (Is 9,5). En se chargeant ainsi du bois de la croix, de ce bois qu'il allait transformer en sceptre de sa force, c'était certes aux yeux des impies un grand sujet de dérision, mais pour les fidèles un mystère étonnant : le vainqueur glorieux du démon, l'adversaire tout-puissant des puissances du mal, présentait sur ses épaules, à l'adoration de tous les peuples, avec une patience invincible, le trophée de sa victoire, le signe du salut. Et par l'image qu'il donne en ce geste, on dirait qu'il voulait fortifier tous ceux qui l'imiteront, tous ceux à qui il dit : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi » (Mt 10,38).
Comme la foule allait avec Jésus au lieu du supplice, on rencontra un certain Simon de Cyrène, et on fit passer le bois de la croix des épaules du Seigneur sur les siennes. Ce geste préfigurait la foi des nations, pour qui la croix du Christ devait devenir, non un opprobre, mais une gloire.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, 4e sur le psaume 103, §17
« Ils proclamaient : ‘Tout ce qu’il fait est admirable : il ouvre la bouche des muets’ »
« Je chanterai le Seigneur tant que je vis » (Ps 103,33). Que chantera le psalmiste ? Tout ce que Dieu est, il le chantera. Chantons la gloire du Seigneur durant toute notre vie. Notre vie actuelle n'est qu'une espérance ; notre vie à venir sera l'éternité. La vie de cette vie mortelle est l'espérance de la vie immortelle : « Je chanterai le Seigneur pendant toute ma vie ; je jouerai pour Dieu tant que je suis. » Et parce que je vivrai en lui sans fin, tant que je vivrai, je chanterai à mon Dieu.
Lorsque nous aurons commencé à chanter au Seigneur dans la cité du ciel, ne nous imaginons pas que nous devons y faire autre chose ; toute notre vie sera alors de chanter à la gloire de Dieu. Si, ici-bas, l'objet de nos louanges nous cause de l'ennui, nos chants de louange peuvent nous en causer aussi. Mais, si nous l'aimons éternellement, éternellement aussi nous le louerons : « Je chanterai pour mon Dieu tant que je vivrai ! »
TEMPS ORDINAIRE V - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735)
moine, docteur de l'Église
Homélies sur Marc, livre II, chap. 8 Cf. PL 92 (cité par saint Thomas d’Aquin in Catena Aurea, vol.4, p. 201-202, trad. abbé J.M. Péronne; éd. Librairie de Louis Vivès 1869; rev.)
« J'ai compassion de cette foule... »
Le récit de ce miracle nous donne lieu de constater les opérations distinctes de la divinité et de l’humanité dans la seule et même personne de notre Rédempteur, et par conséquent, de rejeter bien loin du symbole des chrétiens et du sein même du christianisme, l’erreur d’Eutychès, qui osait avancer qu’il n’y avait en Jésus-Christ qu’une seule opération. Qui ne voit en effet que le sentiment de pitié que Notre-Seigneur éprouve pour cette multitude, est un sentiment de compassion propre à la nature humaine ? Mais qui ne voit en même temps que rassasier quatre mille hommes avec sept pains et quelques poissons, est une œuvre de la puissance divine ?
« Et de ce qui restaient de morceaux, ils remportèrent sept corbeilles. » Cette multitude qui vient de manger et de se rassasier n’emporte pas avec elles les restes des pains, mais elle les laisse recueillir par les disciples dans des corbeilles, comme précédemment, et cette circonstance expliquée dans le sens littéral, nous apprend à être contents du nécessaire, et à ne jamais rechercher rien au-delà. L’Évangéliste nous fait ensuite connaître le nombre de ceux qui ont été rassasiés : « Or ceux qui mangeaient étaient environ quatre mille, et il les renvoya. » Considérons ici que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne veut renvoyer personne à jeun, car il veut au contraire donner à tous les hommes la nourriture de sa grâce.
Dans le sens figuré, il y a cette différence entre ce second miracle et la première multiplication des cinq pains et des deux poissons, que la première figure la lettre de l’Ancien Testament qui était comme pleine de la grâce spirituelle du nouveau, tandis que la seconde représentait la vérité et la grâce du Nouveau Testament abondamment communiquées aux fidèles. La multitude qui, au témoignage de saint Matthieu, attend trois jours la guérison de ses malades (Mt 15) représente les élus dans la foi de la sainte Trinité qui implorent le pardon de leurs péchés par une prière persévérante, ou ceux qui se convertissent au Seigneur par leurs pensées, leurs paroles et leurs actions.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 1391-1395
Le Christ se donne lui-même en nourriture
Les fruits de la communion eucharistique : Recevoir l'eucharistie dans la communion porte comme fruit principal l'union intime au Christ Jésus. Le Seigneur dit en effet : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56). La vie en Christ trouve son fondement dans le banquet eucharistique : « De même qu'envoyé par le Père, qui est vivant, moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra, lui aussi, par moi » (Jn 6,57)...
Ce que l'aliment matériel produit dans notre vie corporelle, la communion le réalise de façon admirable dans notre vie spirituelle. La communion à la chair du Christ ressuscité, « vivifiée par l'Esprit Saint et vivifiante », conserve, accroît et renouvelle la vie de grâce reçue au baptême. Cette croissance de la vie chrétienne a besoin d'être nourrie par la communion eucharistique, pain de notre pèlerinage, jusqu'au moment de la mort, où il nous sera donné comme viatique.
La communion nous sépare du péché : Le corps du Christ que nous recevons dans la communion est « livré pour nous », et le sang que nous buvons est « versé pour la multitude en rémission des péchés ». C'est pourquoi l'eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs : « Chaque fois que nous le recevons, nous annonçons la mort du Seigneur » (1Co 11,26). Si nous annonçons la mort du Seigneur, nous annonçons la rémission des péchés...
Comme la nourriture corporelle sert à restaurer la perte des forces, l'eucharistie fortifie la charité qui, dans la vie quotidienne, tend à s'affaiblir ; et cette charité vivifiée efface les péchés véniels... Par la même charité qu'elle allume en nous, l'eucharistie nous préserve des péchés mortels futurs.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, VI, 73-88 (trad. SC 45, p. 254s rev.)
« Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route »
Seigneur Jésus, je sais bien que tu ne veux pas laisser à jeun ces gens ici avec moi, mais les nourrir des aliments que tu distribues ; ainsi, fortifiés par ta nourriture, ils n'auront pas à redouter de défaillir de faim. Je sais bien que nous aussi tu ne veux pas nous renvoyer à jeun... Tu l'as dit : tu ne veux pas qu'ils défaillent en chemin, c'est-à-dire qu'ils défaillent dans le parcours de cette vie, avant de parvenir au terme de la route, avant de parvenir au Père et de comprendre que tu viens du Père...
Le Seigneur a donc pitié, pour que nul ne défaille en chemin... Comme il fait pleuvoir sur les justes autant que sur les injustes (Mt 5, 45), il nourrit aussi bien les justes que les injustes. N'est-ce pas grâce à la force de la nourriture que le saint prophète Élie, défaillant en chemin, a pu marcher quarante jours ? (1R 19, 8) Cette nourriture, c'est un ange qui la lui a donnée ; mais vous, c'est le Christ lui-même qui vous nourrit. Si vous conservez la nourriture ainsi reçue, vous marcherez non pas quarante jours et quarante nuits..., mais pendant quarante ans, depuis votre sortie des confins de l'Égypte jusqu'à votre arrivée dans la terre d'abondance, dans la terre où coulent le lait et le miel (Ex 3, 8)...
Le Christ partage donc les vivres, et il veut, sans aucun doute, donner à tous. Il ne refuse à personne, car il fournit tous. Cependant, quant il rompt les pains et qu'il les donne aux disciples, si vous ne tendez pas les mains pour recevoir votre nourriture, vous défaillirez en chemin... Ce pain que rompt Jésus, c'est le mystère de la parole de Dieu : lorsqu'elle est distribuée, elle augmente. À partir de quelques paroles seulement, Jésus a fourni à tous les peuples un aliment surabondant. Il nous a donné ses discours comme des pains, et tandis que nous les goûtons, ils se multiplient encore dans notre bouche... Alors que les foules mangent, les morceaux augmentent encore, en se multipliant, si bien que les restes, à la fin, sont encore plus abondants que les quelques pains partagés.
ou
Baudoin de Ford (?-v.1190), abbé cistercien
Le Sacrement de l'autel, II, 1 (trad. SC 93, p. 131s rev.)
« Prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit »
Jésus a rompu le pain. S'il n'avait pas rompu le pain, comment les miettes seraient-elles venues jusqu'à nous ? Mais il l'a brisé et il l'a distribué ; « il l'a dispersé et donné aux pauvres » (Ps 111, 9 Vlg). Il l'a brisé par grâce, pour briser la colère du Père et la sienne. Dieu l'avait dit : il nous aurait brisés, si son Unique, « son élu, ne s'était pas tenu devant lui, debout sur la brèche, pour détourner sa colère » (Ps 105, 23). Il s'est tenu devant Dieu et il l'a apaisé ; par sa force indéfectible, il s'est tenu debout, non brisé.
Mais lui-même, volontairement, il a brisé, a offert sa chair, rompue par la souffrance. C'est là qu'il a « brisé la puissance de l'arc » (Ps 75, 4), « brisé les têtes du dragon » (Ps 73, 14), tous nos ennemis, dans sa colère. Là, il a brisé en quelque sorte les tables de la première alliance, pour que nous ne soyons plus sous la Loi. Là, il a brisé le joug de notre captivité. Il a brisé tout ce qui nous brisait, pour réparer en nous tout ce qui était brisé, et pour « renvoyer libres ceux qui étaient opprimés » (Is 58, 6). En effet, nous étions « captifs de la misère et des chaînes » (Ps 106, 10).
Bon Jésus, aujourd'hui encore, bien que tu aies brisé la colère, brisé le pain pour nous, pauvres mendiants, nous avons encore faim... Romps donc chaque jour ce pain pour ceux qui ont faim. Car aujourd'hui et tous les jours nous recueillons quelques miettes, et chaque jour nous avons de nouveau besoin de notre pain quotidien. « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. » (Lc 11, 3) Si tu ne le donnes, qui le donnera ? Dans notre dénuement et notre besoin, il n'y a personne pour nous rompre le pain, personne pour nous nourrir, personne pour nous refaire, personne que toi, ô notre Dieu. En toute consolation que tu nous envoies, nous recueillons les miettes de ce pain que tu nous romps et nous goûtons « combien est douce ta miséricorde » (Ps 108, 21 Vlg).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur St Matthieu, n° 82 ; PG 87, 737
Notre berger se donne lui-même en nourriture
« Qui dira les prouesses du Seigneur ? Qui fera retentir toute sa louange ? » (Ps 106,2) Quel berger a jamais nourri ses brebis de son propre corps ? Mais que dis-je, un berger ? Souvent des mères confient leurs enfants à des nourrices dès la naissance. Mais Jésus Christ ne peut pas accepter cela pour ses brebis ; il nous nourrit lui-même de son propre sang, et ainsi nous fait devenir un seul corps avec lui.
Considérez, mes frères, que le Christ est né de notre propre substance humaine. Mais, direz-vous, qu'importe ? Cela ne regarde pas tous les hommes. Pardon, mon frère, c'est pour eux tous un grand avantage. S'il s'est fait homme, s'il est venu prendre notre nature humaine, cela concerne le salut de tous les hommes. Et s'il est venu pour tous, il est aussi venu pour chacun en particulier. Vous direz peut-être : Pourquoi donc est-ce que tous les hommes n'ont pas reçu le fruit qu'ils devaient obtenir de cette venue ? N'en accusez pas Jésus qui a choisi ce moyen pour le salut de tous ; la faute est à ceux qui repoussent ce bienfait. Car dans l'eucharistie Jésus Christ s'unit à chacun de ses fidèles ; il les fait renaître, les nourrit de lui-même, ne les abandonne pas à autrui et ainsi il les convainc une fois de plus qu'il a vraiment pris notre chair.
ou
Baudouin de Ford ( ?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
Le Sacrement de l'autel, II,1 (trad. SC 93, p. 131s rev.)
« Prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit »
Jésus a rompu le pain. S'il n'avait pas rompu le pain, comment les miettes seraient-elles venues jusqu'à nous ? Mais il l'a brisé et il l'a distribué ; « il l'a dispersé et donné aux pauvres » (Ps 111,9 Vulg). Il l'a brisé par grâce, pour briser la colère du Père et la sienne. Dieu l'avait dit : il nous aurait brisés, si son Unique, « son élu, ne s'était pas tenu devant lui, debout sur la brèche, pour détourner sa colère » (Ps 105,23). Il s'est tenu devant Dieu et il l'a apaisé ; par sa force indéfectible, il s'est tenu debout, non brisé.
Mais lui-même, volontairement, il a brisé, a offert sa chair, rompue par la souffrance. C'est là qu'il a « brisé la puissance de l'arc » (Ps 75,4), « brisé les têtes du dragon » (Ps 73,14), tous nos ennemis, dans sa colère. Là, il a brisé en quelque sorte les tables de la première alliance (cf Ex 32,19), pour que nous ne soyons plus sous la Loi. Là, il a brisé le joug de notre captivité. Il a brisé tout ce qui nous brisait, pour réparer en nous tout ce qui était brisé, et pour « renvoyer libres ceux qui étaient opprimés » (Is 58,6). En effet, nous étions « captifs de la misère et des chaînes » (Ps 106,10).
Bon Jésus, aujourd'hui encore, bien que tu aies brisé la colère, brisé le pain pour nous, pauvres mendiants, nous avons encore faim... Romps donc chaque jour ce pain pour ceux qui ont faim. Car aujourd'hui et tous les jours nous recueillons quelques miettes, et chaque jour nous avons de nouveau besoin de notre pain quotidien. « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (Lc 11,3). Si tu ne le donnes, qui le donnera ? Dans notre dénuement et notre besoin..., il n'y a personne pour nous rompre le pain, personne pour nous nourrir, personne pour nous refaire, personne que toi, notre Dieu. En toute consolation que tu nous envoies, nous recueillons les miettes de ce pain que tu nous romps et nous goûtons « combien est douce ta miséricorde » (Ps 108,21 Vulg).