TEMPS ORDINAIRE VI - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 52
« Est-ce que tu vois quelque chose ? »
J’ai vu que Dieu se réjouit d’être notre père, Dieu se réjouit d’être notre mère, Dieu se réjouit d’être notre véritable époux et d’avoir notre âme pour épouse bien-aimée. Le Christ se réjouit d’être notre frère, Jésus se réjouit d’être notre Sauveur…
Durant le temps de notre existence, nous qui allons être sauvés, nous connaissons un mélange étonnant de bien et de mal. Nous avons en nous notre Seigneur Jésus Christ ressuscité, et nous avons en nous la misère et la malice de la chute et de la mort d’Adam…Par la chute d’Adam nous sommes si brisés que, par le péché et par diverses souffrances, nous avons le sentiment d’être dans les ténèbres ; aveugles, nous pouvons à peine éprouver le moindre réconfort. Mais par notre volonté, notre désir, nous demeurons en Dieu et croyons avec confiance en sa miséricorde et en sa grâce ; c’est ainsi qu’il œuvre en nous. Par sa bonté il ouvre l’œil de notre entendement, qui nous fait voir parfois plus, parfois moins, suivant la capacité qu’il nous donne. Tantôt il nous élève, tantôt il permet que nous tombions.
Ce mélange est si déroutant qu’il nous est difficile de savoir, pour ce qui est de nous-mêmes ou de nos semblables dans le Christ, sur quel chemin nous sommes, tellement ce que nous ressentons est changeant. Mais ce qui compte c’est de dire un saint « oui » à Dieu quand nous le sentons, voulant être vraiment avec lui, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces (Mc 12,30) ; alors nous haïssons et méprisons notre impulsion au mal… Nous demeurons dans cet enchevêtrement tous les jours de notre vie.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Les Exercices, n°6 ; SC 127 (trad. SC p. 239 rev.)
« Alors tu verras, tu seras radieuse » (Is 60,5)
Quelle sera ma joie, mon Dieu, quelle sera mon allégresse, quelle sera ma jubilation, lorsque tu me dévoileras la beauté de ta divinité et que mon âme te verra face à face ?... Alors, toi mon âme, « tu verras et tu seras dans l'abondance, ton cœur sera dans l'émerveillement et se dilatera, lorsque tu recevras la multitude des richesses », des délices, et la magnificence de la gloire « de cette mer » immense de la Trinité digne à jamais d'adoration ; lorsque « viendra à toi la puissance des nations » que « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (Is 60,5 ; 1Tm 6,15), par la force de son bras, a repris pour lui de la main de l'ennemi ; lorsque l'inondation de la miséricorde et de la charité divine te couvrira...
Alors la coupe de la vision te sera présentée et tu t'enivreras (Ps 22,5 Vulg) -– c'est la coupe enivrante et sublime de la gloire du visage divin. Tu boiras « au torrent des délices » (Ps 35,9) de Dieu quand la source même de la lumière te comblera éternellement de sa plénitude. Alors tu verras les cieux tout remplis de la gloire du Dieu qui les habite, et cet Astre virginal qui, après Dieu, illumine tout le ciel de sa très pure lumière [Marie], et les œuvres admirables des doigts de Dieu [les saints : Gn 2,7] et « ces étoiles du matin » qui toujours se tiennent devant la face de Dieu avec tant de joie et qui le servent [les anges : Jb 38,7 ; Tb 12,15].
Dieu de mon cœur et mon héritage de choix (Ps 72,26), hélas, combien de temps encore mon âme sera-t-elle frustrée de la présence de ton très doux visage ?... De grâce, fais-moi vite parvenir à toi, Dieu « source de vie » (Ps 36,10), afin qu'en toi je puise la vie éternelle pour toujours. Bien vite « fais luire sur moi ta face » (Ps 30,17) afin que dans la joie je te voie face à face. Vite, oh, vite, montre-toi toi-même à moi, afin que je me réjouisse de toi, dans le bonheur, éternellement.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°8, 235 (trad. SC 494, p. 143)
« Ouvre mes yeux...aux merveilles de ta Loi » (Ps 118, 18)
« Jésus lui a mis de la salive sur les yeux, lui a imposé les mains et lui a demandé s'il voyait quelque chose. » La connaissance est toujours progressive... Ce n'est qu'au prix de beaucoup de temps et d'un long apprentissage qu'on peut parvenir à la connaissance parfaite. D'abord les saletés s'en vont, la cécité s'en va, et c'est ainsi que la lumière vient. La salive du Seigneur est un enseignement parfait : pour enseigner de façon parfaite, elle provient de la bouche du Seigneur. La salive du Seigneur, qui provient pour ainsi dire de sa substance, est la connaissance, comme sa parole qui provient de sa bouche est un remède...
« Je vois des hommes, comme des arbres qui marchent » ; je vois toujours l'ombre, pas encore la vérité. Voici le sens de cette parole : je vois quelque chose dans la Loi, mais je n'aperçois pas encore la lumière éclatante de l'Évangile... « Et il lui posa à nouveau les mains sur les yeux et il commença à voir si bien qu'il voyait tout clairement. » Il voyait, dis-je, tout ce que nous voyons : il voyait le mystère de la Trinité, il voyait tous les mystères sacrés qui sont dans l'Évangile... Nous aussi nous les voyons, car nous croyons en Christ qui est la vraie lumière.
ou
Homélie attribuée à Saint Fulgence de Ruspe (467-532), évêque
(trad. in Kephas, Fayard, t. 2, p. 172 rev.)
« Jésus imposa les mains sur les yeux de l'homme aveugle »
Le miroir passe ; le miroir efface. En effet, celui qui « éclaire tout homme en venant en ce monde » (Jn 1, 19) est le vrai miroir du Père. Le Christ passe en tant que miroir du Père (He 1, 3) et écarte la cécité des yeux de ceux qui ne voient pas. Le Christ qui vient du ciel passe, afin que toute chair le voie, selon la parole prophétique du saint vieillard Syméon, qui a reçu dans ses bras le Verbe nouveau-né et l'a contemplé avec allégresse, en disant : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser aller ton serviteur en paix, puisque mes yeux ont vu ton salut » (Lc 2, 29-30).
Seul, l'aveugle ne pouvait pas voir le Christ, miroir du Père. Quelle était alors la fidélité de ce qu'avaient annoncé les prophètes : « Les yeux des aveugles s'ouvriront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux bondira comme le cerf et la langue des muets se déliera » ? (Is 35, 5-6) Le Christ a dessillé les yeux de l'aveugle, qui a vu dans le Christ le miroir du Père. Merveilleux remède contre la nature !...
Le premier homme avait été créé lumineux, il s'est trouvé aveugle quand il a quitté le serpent : cet aveugle s'est remis à renaître quand il s'est mis à croire. Car son corps était infirme, mais sa nature aussi était corrompue. Il avait doublement besoin de lumière... L'artisan, son Créateur, est passé et a reflété dans le miroir cette image de l'homme déchu, voyant la misère de l'aveugle. Miracle de la force de Dieu, qui guérit ce qu'elle voit et illumine ce qu'elle visite.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Homélies sur les Béatitudes, 6,1 (trad. coll. Pères dans la foi, DDB 1979, p. 80 ; cf bréviaire 12e vendr.)
« Ils verront Dieu » (Mt 5,8)
L'impression que l'on éprouve lorsqu'on jette les yeux sur l'immensité de la mer, mon esprit la ressent quand, du haut des paroles escarpées du Seigneur, comme du sommet d'une falaise, je contemple son abîme infini... Mon âme éprouve le vertige devant cette parole du Seigneur : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Mt 5,8). Dieu s'offre aux regards de ceux qui ont le cœur pur. Or « nul n'a jamais vu Dieu » (Jn 1,18), dit saint Jean. Et saint Paul confirme cette idée en parlant de celui que « nul d'entre les hommes n'a vu ni ne peut voir » (1Tm 6,16). Dieu est ce rocher abrupt et effilé, qui n'offre pas la moindre prise à notre imagination. Moïse aussi l'appelait l'Inaccessible... ; « Personne, dit-il, ne peut voir le Seigneur et vivre » (Ex 33,20). Mais quoi ? La vie éternelle est la vision de Dieu, et ces piliers de la foi nous certifient qu'elle est impossible ? Quel abîme ! ... Si Dieu est la vie, celui qui ne le voit pas, ne voit pas non plus la vie...
Or le Seigneur stimule cette espérance. N'en a-t-il pas donné la preuve à l'égard de Pierre ? Sous les pieds de ce disciple tout près de se noyer, il a affermi et durci les flots (Mt 4,30). La main du Verbe s'étendra-t-elle aussi sur nous, qui sommes submergés en ces abîmes, nous affermira-t-elle ? Alors nous serons rassurés, parce que fermement dirigés par la main du Verbe.
« Heureux ceux qui ont le cœur pur, ils verront Dieu. » Une telle promesse surpasse nos joies les plus grandes ; après ce bonheur, quel autre pourrions-nous désirer ? ... Celui qui voit Dieu possède par cette vision tous les biens imaginables : une vie sans fin, une incorruptibilité perpétuelle, une joie inépuisable, une puissance invincible, des délices éternels, une lumière véritable, les douces paroles de l'esprit, une gloire incomparable, une allégresse jamais interrompue, tous les biens, enfin. Que cette béatitude nous offre donc de grandes et de belles espérances !
ou
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
La contemplation de Dieu, 2-3 (SC 61, p.61s)
« De toi, mon cœur a dit " Cherche sa face "... Ne me cache point ta face » (Ps 27,8-9)
Je suis impudent et téméraire, ô mon secours et mon soutien de toujours, toi qui jamais ne te lasses ! Vois, c'est l'amour de ton amour qui me pousse à chercher ta face. Toi, tu me vois ; et moi, je ne puis te voir ; mais tu m'as donné le désir de toi, et de tout ce qui peut te plaire en moi. Et tu pardonnes tout de suite à cet aveugle qui court vers toi ; tu lui donnes la main dès que tu le vois trébucher.
Mais voici que, tout au fond de mon âme, la voix de ton témoignage se fait entendre et répond à mon désir. Elle gronde, elle secoue tout ce qui est au-dedans de moi, et mes yeux intérieurs sont aveuglés par l'éclat fulgurant de ta vérité. Elle me rappelle que l'homme ne peut te voir et vivre encore (Ex 33,20). Pour moi, abîmé dans le péché, je n'ai pas réussi jusqu'à ce jour à mourir à moi-même afin de vivre uniquement pour toi (2Co 5,15). Cependant, selon ta parole et par ta grâce, je reste là, en attente, sur le rocher de ma foi, en ce lieu qui est vraiment proche de toi (Ex 33,21). Appuyé sur cette foi, je prends patience, autant qu'il m'est possible, en attendant ; et j'embrasse ta droite qui m'enserre et me garde (Sg 5,16).
Parfois, lorsque je contemple et m'applique à voir -- de dos (Ex 33,23) -- celui qui me voit, à voir l'humilité de la vie humaine du Christ ton Fils, je m'arrête pour contempler... Le peu que j'ai pu sentir et percevoir de lui a attisé la flamme de mon désir intérieur. À peine je patiente, attendant que tu retires enfin ta main (Ex 33,22), et que tu répandes en moi ta grâce qui illumine pour que, selon la réponse de ta vérité, mort à moi-même et vivant pour toi, je commence à contempler à découvert ton visage.
ou
Saint Théophile d'Antioche ( ?-v. 186), évêque
Premier discours à Autolycus, 2, 7 ; PG 6, 1026s (trad. Orval rev.)
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8)
Tel un miroir brillant, l'homme doit avoir une âme pure. Une fois la rouille au miroir, l'homme ne peut plus y voir le reflet de son visage. De même, tant qu'il y a le péché dans l'homme, il n'est pas possible à cet homme de voir Dieu...
Mais si tu veux, tu peux guérir. Confie-toi au médecin, il ouvrira les yeux de ton âme et de ton cœur. Qui est le médecin ? C'est Dieu qui guérit et vivifie par le Verbe et la Sagesse. C'est par sa Parole, son Verbe, et sa Sagesse que Dieu a fait l'univers : « Par sa Parole les cieux ont été faits, et par son souffle, son Esprit, toute leur puissance » (Ps 32,6). Sa Sagesse est toute-puissante : « Dieu par la Sagesse a fondé la terre, il a établi les cieux avec intelligence » (Pr 3,19)...
Si tu sais cela, homme, et si tu mènes une vie pure, sainte et juste, tu peux voir Dieu. Qu'avant tout la foi et la crainte de Dieu prennent place en ton cœur, et tu comprendras cela. Quand tu auras déposé la condition mortelle et revêtu une nature impérissable, alors tu seras digne de voir Dieu. Car Dieu aura ressuscité ta chair devenue immortelle avec ton âme. Et alors, devenu immortel, tu verras l'Immortel, si maintenant tu lui donnes ta foi.
TEMPS ORDINAIRE VI - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels 07/04/1938 (trad. Cerf 2008, p. 400)
« Pour la première fois il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup »
Jésus béni, que m’ont enseigné les hommes que tu ne m’aies enseigné depuis ta croix ? Hier j’ai clairement vu qu’on apprend seulement en accourant à toi, et que toi seul tu donnes des forces dans les épreuves et tentations ; que seulement au pied de ta croix, te voyant cloué sur elle, on apprend le pardon, on apprend l’humilité, la charité, la bonté. Ne m’oublie pas, Seigneur, regarde-moi prostré devant toi et accorde-moi ce que je te demande. Que viennent ensuite les mépris, que viennent les humiliations…, que m’importe ! Avec toi à mes côtés je peux tout. La prodigieuse, l’admirable, l’inexprimable leçon que tu m’apprends depuis ta croix me donne des forces pour tout.
On t’a craché dessus, on t’a insulté, on t’a flagellé, on t’a cloué sur une croix et, étant Dieu, tu pardonnais, tu te taisais humblement, et tu t’offrais même. Que pourrais-je dire de ta Passion ? Il vaut mieux ne rien dire, et que, au fond de mon cœur, je médite ce que l’homme ne peut jamais arriver à comprendre ; que je me contente d’aimer profondément, passionnément, le mystère de ta Passion…
Qu’elle est douce la croix de Jésus ! Qu’il est doux de souffrir en pardonnant !... Comment ne pas devenir fou ? Il me montre son cœur ouvert aux hommes et méprisé. Où a-t-on jamais vu, et qui a jamais rêvé d’une douleur pareille ? Comme on vit bien dans le cœur du Christ !
ou
Liturgie latine des heures
Hymne de la Passion : Vexilla regis, par Venance Fortunat (530 ?-600 ?) (trad. et adapt. Liturgie Chorale du Peuple de Dieu)
« Pour la première fois il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup..., qu'il soit tué..., et qu'il ressuscite »
Voici que les étendards de notre Roi s'avancent ;
Sur nous la croix resplendit dans son mystère,
Où, dans sa chair, le Créateur du monde
Fut pendu comme un brigand au gibet des esclaves.
Les mains percés de clous, les pieds et les entrailles,
C'est là qu'il vient s'immoler pour tous les hommes ;
Blessé aussi par le pointe d'une lance,
Il répand l'eau et le sang pour laver nos offenses.
Alors les chants de David pour lui se révélèrent ;
Alors les psaumes vraiment s'accomplirent,
Quand le prophète annonçait à tous les peuples :
« Il a régné par le bois, le Sauveur notre Maître ».
Bel arbre resplendissant, éclatant de lumière,
Tu es paré de la pourpre royale ;
Tu fus élu comme l'arbre le plus digne
De porter ce corps très saint, de toucher à ses membres.
Heureuse croix où pèse la rançon du monde,
Par qui l'enfer a tremblé en son empire ;
Heureuse es-tu de porter ce fruit de vie,
Et les peuples rassemblés applaudissent ton triomphe.
Salut, Sainte Croix, salut, notre unique espérance !
Salut, autel qui portas l'Agneau sans tache.
De par la grâce de sa Passion très sainte
La vie a enduré la mort et la mort rendu la Vie.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°54
« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Pierre considère les souffrances et la mort du Christ d'un point de vue purement naturel et humain, et cette mort lui paraît indigne de Dieu, honteuse pour sa gloire. Le Christ le reprend et semble lui dire : « Mais non, la souffrance et la mort ne sont pas indignes de moi. Des idées terre à terre troublent et égarent ton jugement. Écarte toute idée humaine ; écoute mes paroles du point de vue des desseins de mon Père, et tu comprendras que cette mort est la seule qui convienne à ma gloire. Tu crois que c'est une honte pour moi de souffrir ? Sache que c'est la volonté du diable que je n'accomplis pas ainsi le plan du salut »...
Que personne donc ne rougisse des signes de notre salut, qui sont si dignes de vénération et d'adoration ; la croix du Christ est la source de tout bien. C'est par elle que nous vivons, que nous sommes régénérés et sauvés. Portons donc la croix comme une couronne de gloire. Elle met son sceau à tout ce qui nos conduit au salut : quand nous sommes régénérés par les eaux du baptême, la croix est là ; quand nous nous approchons de la table sainte pour y recevoir le Corps et le Sang du Sauveur, elle est là ; quand nous imposons les mains sur les élus du Seigneur, elle est là. Quoi que nous fassions, elle se dresse là, signe de victoire pour nous. C'est pourquoi nous la mettons dans nos maisons, sur nos murs, sur nos portes ; nous la traçons sur notre front et notre poitrine ; nous la portons dans notre cœur. Car elle est le symbole de notre rédemption et de notre libération et de la miséricorde infinie de notre Seigneur.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n° 13, 3.6.23 (trad. bréviaire)
« Pierre, prenant Jésus à part, se mit à lui faire de vifs reproches »
Nous ne devons pas avoir honte de la croix du Sauveur, mais plutôt en tirer gloire. « Le langage de la croix est scandale pour les juifs, folie pour les païens », mais pour nous elle est le salut. Pour ceux qui se perdent, elle est folie ; pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu (1Co 1, 18-24). Car ce n'était pas un homme sans plus qui mourait, mais le Fils de Dieu, Dieu fait homme. L'agneau, du temps de Moïse, éloignait l'ange exterminateur (Ex 12, 23) ; est-ce que « l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29) ne nous a pas bien davantage libérés de nos péchés ?...
Ce n'est pas par contrainte qu'il a quitté la vie, ce n'est pas par force qu'il a été immolé, mais par sa propre volonté. Écoutez ce qu'il dit : « J'ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la recevoir à nouveau » (Jn 10, 18)... Il est venu délibérément à sa Passion, heureux de son exploit, souriant à son triomphe, content de sauver les hommes. Il n'a pas eu honte de la croix, car il sauvait toute la terre. Ce n'était pas un pauvre homme qui souffrait, mais Dieu fait homme qui allait combattre pour obtenir le prix de la patience...
Ne te réjouis pas de la croix en temps de paix seulement ; garde la même foi en temps de persécution ; ne sois pas l'ami de Jésus seulement en temps de paix, pour devenir son ennemi en temps de guerre. Tu reçois maintenant le pardon de tes péchés et les dons spirituels prodigués par ton roi ; lorsque la guerre éclatera, combats vaillamment pour ton roi. Jésus a été crucifié pour toi, lui qui était sans péché... Ce n'est pas toi qui lui as fait cette grâce, car tu l'as reçue le premier. Mais tu rends grâce à celui qui a payé ta dette en étant crucifié pour toi sur le Golgotha.
ou
Liturgie latine
Hymne des matines du temps de la Passion : « Pange, lingua, gloriosi »
« Pour la première fois il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre »
Ma voix, chante la victoire
Dont le trophée est la croix ;
Dis le triomphe et la gloire
Qui rayonnent de ce bois ;
Raconte la noble histoire
De l'Agneau vainqueur et roi.
Dieu, dès qu'il eut créé l'homme,
Pleura la faute d'Adam ;
Mais si l'arbre a fait la pomme
Qui tua nos deux parents,
L'arbre portera le baume
Qui guérira nos tourments.
Pour sauver toute justice,
Il fallait au Créateur
Que le perfide artifice
Prenne au piège le menteur,
Et que la sève du vice
Devienne source de bonheur.
Au temps voulu par le Père,
Quittant le château du ciel,
Le Fils, qui créa la terre,
Vient dans un sein maternel,
Abri d'un chaste mystère,
Et revêt son corps mortel.
Couché dans la crèche austère,
Il est frêle et vagissant.
De langes la Vierge Mère
Habille le Dieu naissant ;
Dans les bandeaux elle enserre
Les mains, les pieds de l'Enfant.
Qu'une louange éternelle
Monte vers la Trinité ;
Honneur et gloire immortelle
Aux Trois dans leur Unité ;
Que la terre universelle
Célèbre leur royauté. Amen.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Homélie à Manille, 29/11/70 (trad. DC 1576, p.1115 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Je dois proclamer son nom : Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,6). C'est lui qui nous a révélé le Dieu invisible, c'est lui qui est « le premier-né de toute créature », c'est « en lui que tout subsiste » (Col 1,15.17). Il est le maître de l'humanité et son rédempteur, il est né, il est mort, il est ressuscité pour nous.
Il est le centre de l'histoire du monde ; il nous connaît et nous aime ; il est le compagnon et l'ami de notre vie, « l'homme de la douleur » (Is 53,3) et de l'espérance ; c'est lui qui doit venir, qui sera finalement notre juge et aussi, nous en avons la confiance, notre vie plénière et notre béatitude.
Je n'en finirais jamais de parler de lui ; il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Il est le pain, la source d'eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. Comme nous, et plus que nous, il a été petit, pauvre, humilié, travailleur, opprimé, souffrant.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Cantique spirituel, 36-37 (trad. Mame 1936)
« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu »
La profondeur de la sagesse et de la science de Dieu est immense, à tel point que l'âme, bien qu'elle en connaisse les merveilles dans une certaine mesure, peut toujours pénétrer plus avant encore. À la vue de ces richesses incalculables, saint Paul jetait ce cri d'admiration : « Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ! » (Rm 11,33) L'âme souhaite ardemment s'enfoncer chaque jour davantage dans ces divines profondeurs, dans cet abîme inscrutable des jugements et des voies de Dieu ; les connaître est une jouissance inestimable et qui surpasse tout sentiment... Oh ! si l'on comprenait combien il est impossible de...posséder ces immenses trésors sans passer par des souffrances. Avec quelle ardeur l'âme désirerait la grâce de souffrir des croix ; avec quelle consolation, quelle joie elle les accueillerait pour pouvoir entrer dans les secrets de cette sagesse divine ! ... Car la porte qui introduit dans les trésors de la sagesse est d'autant plus étroite (Mt 7,13) qu'elle n'est autre que la croix elle-même. Un grand nombre d'âmes, il est vrai, aspirent à jouir des délices qu'elle procure ; mais il y en a bien peu qui désirent passer par la seule porte qui y conduise.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèses baptismales, n°13, 3-4 ; PG 33, 771-778 (trad. cf Bouvet, Soleil Levant 1962, p. 260s)
« Pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup. »
Ne rougissons pas de la croix du Christ ; soyons-en plutôt fiers. La croix évoque « pour les juifs un scandale, pour les païens une folie », mais pour nous le salut. Pour ceux qui vont à leur perte, elle est aussi vraiment une folie, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est « force de Dieu » (1Co 1,23-24). Car ce n'est pas seulement un homme qui mourait pour nous, mais le Fils de Dieu, Dieu fait homme. En outre, au temps de Moïse, l'agneau pascal a chassé bien loin l'exterminateur (Ex 12,23) ; et « l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), ne nous libérerait pas bien mieux de nos fautes ?
Oui, Jésus a réellement souffert pour tous les hommes. La croix n'était pas un simulacre, sinon la rédemption, elle aussi, serait un simulacre. La mort n'était pas une illusion... ; la Passion a été réelle. Le Christ a été réellement crucifié ; nous n'avons pas à en rougir. Il a été crucifié, nous n'avons pas à le nier. C'est bien plutôt avec fierté que je le dis... Je reconnais la croix parce que je connais la résurrection. Si le crucifié était resté dans la mort, sans doute n'aurais-je pas reconnu la croix et l'aurais-je peut-être cachée, ainsi que mon Maître. Mais la résurrection a suivi la croix ; alors je ne rougis par de parler d'elle.
TEMPS ORDINAIRE VI - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
Quelques lettres (Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ermite au Sahara, apôtre des touaregs ; Éd. J. de Gigord, 1964 ; p. 178-179)
« Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive »
Tâchons de ne faire qu’un avec Jésus, de reproduire Sa vie dans la nôtre, de crier Sa doctrine sur les toits par nos pensées, nos paroles et nos actions, de Le faire régner en nous, vivre en nous ! Il entre en nous si souvent dans la Sainte Eucharistie ! qu’Il établisse en nous Son royaume !...
S’Il nous donne des joies, acceptons-les avec reconnaissance ; le Bon Pasteur nous donne ces douces herbes pour nous fortifier et nous rendre capables de Le suivre ensuite dans des chemins arides… S’Il nous donne des croix, baisons-les : « bona Crux » c’est la grâce des grâces, c’est marcher plus que jamais la main dans la main de Jésus, c’est Le soulager en portant Sa croix comme Simon le Cyrénéen ; c’est notre Bien-Aimé qui nous invite à Lui déclarer et à Lui prouver notre amour… Peines de l’âme, souffrances du corps, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » (Lc 6,23) : Jésus nous appelle, nous dit de Lui dire que nous L’aimons, et de le Lui répéter aussi longtemps que dure notre souffrance… Toute croix, grande ou petite, toute contrariété même, c’est un appel du Bien-Aimé, Il nous demande une déclaration d’amour, et une déclaration durant aussi longtemps que la croix… (…)
Votre Volonté, mon frère Jésus, et non la nôtre… Nous, nous ne voulons pas plus penser à nous que si nous n’existions pas : nous ne penserons qu’à Vous, notre Époux Bien-Aimé. Nous ne demandons rien pour nous, nous Vous demandons Votre gloire : « Que Votre Nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite » en tous Vos enfants, en tous les hommes ; qu’elle le soit en nous ; que nous Vous glorifions le plus possible pendant notre vie… que nous fassions Votre volonté… que nous consolions le plus possible Votre Cœur… C’est tout ce que nous voulons, c’est tout ce qu’il nous faut…
ou
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 1580.1582 (Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme ; trad. Apostolat de la Miséricorde divine ; Parole et Dialogue, 2002, p. 523-524 ; rev.)
De Ta croix vient la force !
Mon Jésus, voici que je vois que je suis passée par toutes les étapes de la vie en Te suivant : enfance, jeunesse, vocation, travaux apostoliques, Thabor, Jardin des Oliviers, et me voici maintenant déjà avec Toi au Calvaire. Je me suis laissée crucifier de mon plein gré et je suis déjà crucifiée, bien que je marche encore un peu, mais je suis écartelée sur la croix et je sens nettement que de Ta croix me vient la force, que Toi seul est ma persévérance.
Plus d’une fois j’ai entendu la voix de la tentation me criant « Descends de la croix ! », cependant la force de Dieu me fortifie ; l’abandon, l’obscurité et diverses souffrances frappent mon cœur, pourtant la grâce mystérieuse de Dieu me soutient et m’affermit. Je désire boire le calice jusqu’à la dernière goutte. Je crois fermement que si Ta grâce m’a soutenue au Jardin des Oliviers, elle me viendra en aide maintenant que je suis au Calvaire.
Ô mon Jésus, Maître, j’unis mes désirs aux désirs que Tu as eus sur la croix : je désire accomplir Ta sainte volonté ; je désire la conversion des âmes ; je désire que Ta miséricorde soit glorifiée ; je désire que soit hâté le triomphe de l’Église… (…) Ô mon Jésus, maintenant j’embrasse le monde entier et j’implore pour Lui Ta miséricorde.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Exercices VII, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 283, rev.)
Celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera.
Ô mort très chère, toi, tu es mon très heureux partage. De grâce, qu’en toi mon âme trouve donc un nid pour elle, que tes flots de vie m’enveloppent tout entière. Ô mort, vie éternelle, de grâce que j’espère toujours sous tes ailes. Ô mort salutaire, de grâce, que mon âme trouve sa demeure salutaire en tes biens excellents. Ô mort très précieuse, tu es ma richesse la plus chère. Oh ! toi, absorbe en toi toute ma vie, et engloutis en toi ma propre mort.
Ô mort qui apportes la vie, de grâce, puissé-je me fondre sous tes ailes. Ô mort d’où découle la vie, fais qu’une très douce étincelle de ton action vivifiante brûle en moi à jamais. Ô mort cordialement aimée, tu es de mon cœur la confiance spirituelle. Ô mort très aimante, en toi sont contenus pour moi tous les biens ; prends-moi, je t’en prie, sous ta bienveillante protection, afin qu’à ma mort, doucement, je repose sous ton ombre.
Ô mort très miséricordieuse, toi tu es ma vie très heureuse. Toi, tu es mon meilleur partage. Toi, tu es ma rédemption surabondante. Toi, tu es mon très précieux héritage. De grâce, enveloppe-moi en toi tout entière, cache toute ma vie en toi, et en toi ensevelis ma mort. Ô mort cordialement aimée, toi alors, garde-moi en toi à jamais, dans ta charité paternelle, comme une acquisition et une possession éternelles.
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels 07/04/1938 (trad. Cerf 2008, p. 401 rev.)
« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive »
Comme on vit bien dans le cœur du Christ ! Qui pourrait se plaindre de souffrir ? L’insensé seul, qui n’adore pas la Passion du Christ, la croix du Christ, le cœur du Christ, peut désespérer dans ses propres souffrances… Comme on vit bien auprès de la croix de Jésus !
Christ Jésus..., montre-moi ce savoir qui consiste à aimer le mépris, les injures, l’abjection ; enseigne-moi à souffrir avec la joie humble et sans cris des saints ; enseigne-moi à être doux avec ceux qui ne m’aiment pas ou qui me méprisent ; montre-moi cette connaissance que toi, du haut du Calvaire, tu montres au monde entier.
Je sais : une voix intérieure, très douce, m’explique tout ; je sens en moi quelque chose, qui vient de toi et que je ne sais pas définir, qui me déchiffre tant de mystères que l’homme ne peut pas comprendre. Moi, Seigneur, à ma manière, je comprends tout. C’est l’amour. Tout est là. Je le vois, Seigneur, je n’ai besoin de plus rien. C’est l’amour ! Qui peut expliquer l’amour du Christ ? Que les hommes et les créatures se taisent ; taisons-nous, pour que, dans le silence, nous entendions les chuchotements de l’amour, de l’amour humble, de l’amour patient, de l’amour immense, infini, que Jésus nous offre, cloué sur sa croix, les bras grands ouverts. Le monde, dans sa folie, ne l’écoute pas.
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Deus caritas est », 5-6 (trad. © Liberia Editrice Vaticana)
« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera »
La façon d'exalter le corps à laquelle nous assistons aujourd'hui est trompeuse... Cela n'est pas vraiment le grand oui de l'homme à son corps. Au contraire, l'homme considère maintenant le corps et la sexualité comme la part seulement matérielle de lui-même, qu'il utilise et exploite de manière calculée... La foi chrétienne a toujours considéré l'homme comme un être un et duel, dans lequel esprit et matière s'interpénètrent l'un l'autre et font ainsi tous deux l'expérience d'une nouvelle noblesse. Oui, l'eros veut nous élever « en extase » vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c'est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons.
Comment devons-nous nous représenter concrètement ce chemin de montée et de purification ? Comment doit être vécu l'amour, pour que se réalise pleinement sa promesse humaine et divine ?... Le mot « agapè » est devenu l'expression caractéristique de la conception biblique de l'amour... Ce terme exprime l'expérience de l'amour qui devient une véritable découverte de l'autre... L'amour devient maintenant soin de l'autre et pour l'autre. Il ne se cherche plus lui-même –- l'immersion dans l'ivresse du bonheur -– il cherche au contraire le bien de l'être aimé. Il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même...
Oui, l'amour est « extase », mais extase non pas dans le sens d'un moment d'ivresse, mais extase comme chemin, comme exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi..., vers la découverte de soi-même -- plus encore vers la découverte de Dieu. « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera », dit Jésus... (Mt 10,39 ; 16,25 ; Mc 8,35 ; Lc 9,24 ; 17,33). Jésus décrit ainsi son chemin personnel, qui le conduit par la croix jusqu'à la résurrection ; c'est le chemin du grain de blé tombé en terre qui meurt et qui porte ainsi beaucoup de fruit (Jn 12,25). Mais il décrit aussi par ces paroles l'essence de l'amour et de l'existence humaine en général, partant du centre de son sacrifice personnel et de l'amour qui parvient en lui à son accomplissement.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 96, 9 (trad. Brésard, 2000 ans B, p.248)
« Suis-moi » (Mt 9, 9)
Dans ce monde, c'est-à-dire dans l'Église, qui tout entière suit le Christ, celui-ci dit à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même ». Car cet ordre n'est pas destiné aux vierges, à l'exclusion des femmes mariées ; aux veuves, à l'exclusion des épouses ; aux moines, à l'exclusion des époux ; aux clercs, à l'exclusion des laïcs. C'est toute l'Église, tout le Corps du Christ, tous ses membres, différenciés et répartis selon leurs tâches propres, qui doivent suivre le Christ. Qu'elle le suive tout entière, elle qui est l'unique, elle qui est la colombe, elle qui est l'épouse (Ct 6, 9) ; qu'elle le suive, elle qui est rachetée et dotée par le sang de l'Époux. La pureté des vierges a ici sa place ; la continence des veuves a ici sa place ; la chasteté conjugale a ici sa place...
Qu'ils suivent le Christ, ces membres qui ont ici leur place, chacun selon sa catégorie, chacun selon son rang, chacun à sa manière. Qu'ils renoncent à eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils ne s'appuient pas sur eux-mêmes ; qu'ils portent leur croix, c'est-à-dire qu'ils supportent dans le monde, pour le Christ, tout ce que le monde leur infligera. Qu'ils l'aiment, lui, le seul qui ne déçoit pas, le seul qui n'est pas trompé, le seul qui ne se trompe pas. Qu'ils l'aiment parce que ce qu'il promet est vrai. Mais parce qu'il ne le donne pas maintenant, la foi chancelle ; continue, persévère, supporte, accepte ce retard, et tu as porté ta croix.
ou
Saint Isaac le Syrien (7ème siècle), moine à Ninive, près de Mossoul dans l'actuel Irak
Discours ascétiques, 1ère série, n° 4 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 75)
« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera »
La voie de Dieu est une croix quotidienne. Nul n'est jamais monté au ciel confortablement ; nous savons où mène cette voie du confort. Dieu ne laisse jamais sans souci celui qui se consacre à lui de tout son cœur ; il lui donne d'avoir le souci de la vérité. C'est d'ailleurs à cela qu'on connaît que Dieu veille sur un tel homme : il le conduit à travers des afflictions.
La Providence ne laisse jamais tomber dans les mains des démons ceux qui passent leur vie dans les épreuves. Et surtout s'ils embrassent les pieds de leurs frères, s'ils couvrent leurs fautes (1P 4, 8) et les cachent comme si elles étaient leurs propres fautes. Celui qui veut être sans souci dans le monde, celui qui a ce désir et qui en même temps cherche à marcher sur le chemin de la vertu, a quitté le chemin. Car les justes non seulement combattent de toute leur volonté pour accomplir les œuvres bonnes, mais ils luttent malgré eux dans les tentations ; ainsi est éprouvée leur patience.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Poésie : « En la cruz está la vida »
« Qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive »
Dans la croix est la vie
Et la consolation.
Elle seule est le chemin
Qui mène au ciel.
Sur la croix est « le Seigneur
Du ciel et de la terre » (Ac 17,24).
En elle on jouit d'une grande paix
Même au milieu de la guerre ;
Elle bannit tous les maux
D'ici-bas.
Et elle seule est le chemin
Qui mène au ciel.
De la croix, l'Épouse dit
À son Bien-Aimé
Qu'elle est « le palmier précieux »
Sur lequel il est monté (Ct 7,9)
Dont le fruit fut savouré
Par le Dieu du ciel.
Et elle seule est le chemin
Qui mène au ciel.
Elle est un « olivier précieux » (Si 24,14)
La sainte croix
Qui nous oint de son huile
Et nous donne la lumière.
Ô mon âme, prends la croix
Pour ta grande consolation,
Car elle seule est le chemin
Qui mène au ciel.
La croix est « l'arbre verdoyant
Et désiré » (Ct 2,3)
De l'Épouse qui, à son ombre,
S'est assise
Pour jouir de son Bien-Aimé,
Le Roi du ciel.
Elle seule est le chemin
Qui mène au ciel.
Pour l'âme qui toute à Dieu
S'est soumise
Et du monde
S'est vraiment détachée,
La croix est « arbre de vie » (Gn 2,9)
Et de consolation,
Et un chemin de délices
Qui mène au ciel.
Depuis que sur la croix s'est couché
Le Sauveur,
Dans la croix est « la gloire
Et l'honneur » (Ap 4,11),
Et dans la douleur
Vie et bonheur,
Et le plus sûr chemin
Qui mène au ciel.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Meditationen zur Karwoche, 1969 (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 118)
« Qu'il me suive »
Les sacrements de l'Église sont, comme l'Église elle-même, le fruit du grain de blé mourant (Jn 12,24). Pour les recevoir, nous devons entrer dans le mouvement d'où ils proviennent eux-mêmes. Ce mouvement consiste à se perdre soi-même, sans quoi l'on ne peut se trouver : « Celui qui veut garder sa vie la perdra ; mais celui qui la perd à cause de moi et de l'Évangile, celui-là la gardera. » Cette parole du Seigneur est la formule fondamentale d'une vie chrétienne. Croire, en définitive, c'est dire « oui » à cette sainte aventure de la « perte de soi-même » ; dans sa quintessence, la foi n'est pas autre chose que le véritable amour. Ainsi la forme caractéristique de la vie chrétienne lui vient de la croix. L'ouverture chrétienne au monde, tant prônée aujourd'hui, ne peut trouver son vrai modèle que dans le côté ouvert du Seigneur (Jn 19,34), expression de cet amour radical, seul capable de sauver.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettre du 10 mai 1546 (trad. coll. Foi vivante Cerf, 1996, p. 58 rev.)
Un grand missionnaire prêt à perdre sa vie
Ce pays… est très dangereux, car ses habitants, pleins de perfidie, mêlent souvent le poison à la nourriture et à la boisson. Voilà pourquoi il ne se trouve personne pour y aller s'occuper des chrétiens. Mais ceux-ci ont besoin d'un enseignement spirituel et de quelqu'un qui les baptise pour sauver leur âme ; c'est pourquoi je ressens l'obligation de perdre ma vie corporelle pour porter secours à la vie spirituelle du prochain… Je place mon espérance et ma confiance en Dieu notre Seigneur, avec le désir de me conformer, selon mes pauvres petits moyens, à la parole du Christ, notre Rédempteur et Seigneur : « Qui veut sauver sa vie, la perdra ; qui la perdra à cause de moi, la sauvegardera »…
Il est facile, bien sûr, ce comprendre les mots et le sens général de cette parole du Seigneur ; cependant quand on veut la mettre en pratique et se disposer à décider de perdre sa vie pour Dieu afin de la retrouver en lui, quand on s'expose aux périls où l'on pressent la probabilité d'y laisser sa vie..., tout devient si obscur que les mots, pourtant si clairs, viennent à s'obscurcir eux aussi. En pareil cas, me semble-t-il, seul arrive à comprendre celui — si savant soit-il — à qui Dieu notre Seigneur, dans son infinie miséricorde, daigne l'expliquer dans ses circonstances particulières. C'est alors que l'on reconnaît la condition de notre chair, c'est-à-dire combien elle est faible et infirme.
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 12, 4-6, SC 130, p. 252-254
« Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive »
Heureuse l'âme, frères très chers, qui peut suivre en tout le Seigneur Jésus... »partout où il va » (Ap 14,4). Elle monte dans le repos de la contemplation, paisiblement occupée à voir « qu'il est Dieu » (Ps 45,11), et elle descend par l'exercice de la charité, le suivant lui-même jusqu'à s'abaisser dans le service, aimer la pauvreté, supporter la faim, la soif, la fatigue, le travail, les pleurs, la prière, la compassion et enfin la Passion. Car le Christ est venu obéir jusqu'à la mort, servir et non pas être servi, donner, non de l'or ou de l'argent, mais son enseignement et son assistance à la multitude, et sa vie pour la multitude (Mc 10,45)...
Que tel soit donc, frères, le modèle de votre vie, car telle est la règle d'une sainte conduite : avec le Christ, par la pensée et le désir, vivre dans la patrie éternelle ; pour le Christ, ne se refuser à aucun service de la charité dans ce dur exil terrestre. À la suite du Christ montant vers le Père se laisser réduire, simplifier, unifier dans le repos de la méditation ; suivre le Christ en descendant vers notre frère, se laisser distendre, partager, diviser, « se faire tout à tous » (1Co 9,22). Ne rien mépriser de ce qui touche le Christ, ne s'occuper de rien de ce qui n'est pas pour le Christ ; avoir soif de lui seul, vaquer à lui seul, là où il n'y a que le Christ seul ; se mettre volontiers au service de tous là où sa présence est multipliée (cf Mt 25,35).
TEMPS ORDINAIRE VI - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Pierre le Vénérable (1092-1156), abbé de Cluny
Sermon 1 pour la Transfiguration ; PL 189, 959 (trad. cf Orval et Brésard, 2000 ans B, p. 292)
« Il est heureux que nous soyons ici »
« Son visage resplendit comme le soleil » (Mt 17,2)... Revêtue de la nuée de la chair, aujourd'hui la lumière qui éclaire tout homme (Jn 1,9) a resplendi. Aujourd'hui elle glorifie cette même chair, elle la montre déifiée aux apôtres pour que les apôtres la révèlent au monde. Et toi, cité bienheureuse, tu jouiras éternellement de la contemplation de ce Soleil, quand tu « descendras du ciel, parée par Dieu comme l'épouse pour son époux » (Ap 21,2). Jamais plus ce Soleil ne se couchera pour toi ; éternellement lui-même, il fera rayonner un matin éternel. Ce Soleil ne sera plus jamais voilé d'aucun nuage, mais brillant sans cesse, il te réjouira d'une lumière sans déclin. Ce Soleil n'éblouira plus tes yeux mais te donnera la force de le regarder et t'enchantera de sa splendeur divine... « Il n'y aura plus ni mort ni deuil, ni cri ni peine » (Ap 21,4) qui puisse assombrir l'éclat que Dieu t'a donné car, comme il a été dit à Jean : « L'ancien monde s'en est allé ».
Voilà le Soleil dont parle le prophète : « Tu n'auras plus besoin du soleil pour t'éclairer ni de la lune pour t'illuminer, mais le Seigneur ton Dieu sera ta lumière pour toujours » (Is 60,19). Voilà cette lumière éternelle qui resplendit pour toi sur le visage du Seigneur. Tu entends la voix du Seigneur, tu contemples son visage resplendissant, et tu deviens comme le soleil. Car c'est à son visage qu'on reconnaît quelqu'un, et le reconnaître, c'est comme en être illuminé. Ici-bas tu crois dans la foi ; là tu reconnaîtras. Ici tu saisis par l'intelligence ; là tu seras saisie. Ici tu vois « comme dans un miroir » ; là tu verras « face à face » (1Co 13,12)... Alors s'accomplira ce désir du prophète : « Qu'il fasse resplendir sur nous son visage » (Ps 66,2)... Dans cette lumière tu te réjouiras sans fin ; dans cette lumière, tu marcheras sans fatigue. Dans cette lumière, tu verras la lumière éternelle.
ou
Un auteur syrien anonyme
Homélie attribuée à tort à saint Ephrem (trad. L'Année en fêtes, Migne 2000, p. 475 rev.)
« Celui-ci est mon fils bien-aimé »
Jésus a emmené Pierre, Jacques et Jean sur la montagne et leur a montré, avant sa résurrection, la gloire de sa divinité ; ainsi, lorsqu'il ressusciterait des morts dans la gloire de sa nature divine, ils reconnaîtraient qu'il n'avait pas reçu cette gloire comme récompense de sa peine, comme s'il en avait besoin, mais qu'elle lui appartenait bien avant les siècles, auprès du Père et avec le Père. C'est ce qu'il dit lui-même à l'approche de sa Passion volontaire : « Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde soit créé » (Jn 17, 5). C'est cette gloire de sa divinité, mystérieusement enfouie dans son humanité, qu'il a montré à ses apôtres sur la montagne. Ceux-ci...virent deux soleils, un qui resplendissait au ciel comme d'habitude, et un autre qui resplendissait de façon inhabituelle ; un qui illuminait le monde du haut du firmament, et un autre qui brillait pour eux seuls, le visage tourné vers eux...
Alors Moïse et Élie sont apparus...et lui rendaient grâce de ce que leurs paroles, comme celles de tous les prophètes, avaient été accomplies par sa venue. Ils lui offraient l'adoration pour le salut qu'il opérait en faveur du monde entier et pour l'accomplissement du mystère qu'ils avaient été chargés d'annoncer. Ainsi, les apôtres et les prophètes ont été remplis de joie sur cette montagne. Les prophètes se sont réjouis de voir son humanité, qu'ils n'avaient pas pu connaître d'avance ; les apôtres se sont réjouis de voir la gloire de sa divinité qu'ils ne connaissaient pas encore, et d'entendre la voix du Père rendre témoignage à son Fils. Par elle et par la gloire de sa divinité qui resplendissait de son corps ils ont appris son incarnation qui leur était restée inconnue jusque-là.
ou
Saint Ambroise (vers 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Sur le psaume 45, 2; CSEL 64, 6, 330-331 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 186 rev.)
Le témoignage des prophètes conduit au témoignage des apôtres
Le Seigneur Jésus a voulu que Moïse gravît seul la montagne, mais il a été rejoint par Josué (Ex 24, 13). Dans l'Évangile aussi, c'est à Pierre, Jacques et Jean, seuls de tous les disciples, qu'il a révélé la gloire de sa résurrection. Ainsi voulait-il que son mystère demeure caché, et il les avertissait fréquemment de ne pas annoncer facilement ce qu'ils avaient vu à n'importe qui, pour qu'un auditeur trop faible ne trouve là un obstacle qui empêcherait son esprit inconstant de recevoir ces mystères dans toute leur force. Car Pierre lui-même « ne savait pas ce qu'il disait », puisqu'il croyait qu'il fallait dresser trois tentes pour le Seigneur et ses compagnons. Ensuite, il n'a pas pu supporter l'éclat de gloire du Seigneur qui se transfigurait, mais il est tombé sur le sol (Mt 17, 6), comme sont tombés aussi « les fils du tonnerre » (Mc 3, 17), Jacques et Jean, quand la nuée les a recouverts...
Ils sont entrés donc dans la nuée pour connaître ce qui est secret et caché, et c'est là qu'ils ont entendu la voix de Dieu disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour : écoutez-le ». Que signifie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ? Cela veut dire –- Simon Pierre, ne t'y trompe pas ! -- que tu ne dois pas placer le Fils de Dieu sur le même rang que les serviteurs. « Celui-ci est mon Fils : Moïse n'est pas mon Fils, Élie n'est pas mon Fils, bien que l'un ait ouvert le ciel, et que l'autre ait fermé le ciel ». En effet, l'un et l'autre, à la parole du Seigneur, ont vaincu un élément de la nature (Ex 14 ; 1R 17, 1), mais ils n'ont fait que prêter leur ministère à celui qui a affermi les eaux et fermé par la sécheresse le ciel, qu'il a fait fondre en pluie dès qu'il l'a voulu.
Là où il s'agit d'une simple annonce de la résurrection, on fait appel au ministère des serviteurs, mais là où se montre la gloire du Seigneur qui ressuscite, la gloire des serviteurs tombe dans l'obscurité. Car, en se levant, le soleil obscurcit les étoiles, et toutes leurs lumières disparaissent devant l'éclat de l'éternel Soleil de justice (Ml 3, 20).
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie sur la Transfiguration du Seigneur, 18 ; PG 96, 573 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 504 rev.)
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé »
« Une voix sortit de la nuée, qui disait : ' Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! ' » (Mt 17,5) Tels sont les mots du Père sortis de la nuée de l'Esprit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, lui qui est homme et qui a l'apparence d'un homme. Hier il s'est fait homme, il a vécu humblement parmi vous ; maintenant son visage resplendit. Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; il est avant les siècles. Il est le Fils unique du Dieu unique. Hors du temps et éternellement il est engendré de moi, le Père. Il n'a pas accédé après moi à l'existence, mais de toute éternité il est de moi, en moi et avec moi »...
C'est par la bienveillance du Père que son Fils unique, son Verbe, s'est fait chair. C'est par sa bienveillance que le Père a accompli, dans son Fils unique, le salut du monde entier. C'est la bienveillance du Père qui a fait l'union de toutes choses en son Fils unique... Vraiment, il a plu au Maître de toutes choses, au Créateur qui gouverne l'univers, d'unir en son Fils unique la divinité et l'humanité et, par celle-ci, toute créature, « pour que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28).
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, ' le resplendissement de ma gloire, l'empreinte de ma substance ' par qui aussi j'ai créé les anges, par qui le ciel a été affermi et la terre établie. Il ' porte l'univers par sa parole toute-puissante ' (He 1,3) et par le souffle de sa bouche, c'est-à-dire l'Esprit qui guide et donne la vie. Écoutez-le, car celui qui le reçoit, me reçoit (Mc 9,37), moi qui l'ai envoyé, non en vertu de mon pouvoir souverain, mais à la façon d'un père. En tant qu'homme, en effet, il est envoyé, mais en tant que Dieu, il demeure en moi et moi en lui... Écoutez-le, car il a les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68).
ou
Anastase du Sinaï ( ?-après 700), moine
Homélie pour la fête de la Transfiguration (trad. cf bréviaire 06/08 et coll. Spi. Or. n°39, Bellefontaine, p. 153)
Le mystère de la crucifixion et la beauté du Règne de Dieu
« Qu'il est redoutable ce lieu ; ce n'est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du ciel » (Gn 28,17) -- la porte de laquelle le Père a rendu son témoignage céleste et où a resplendi le Christ, Soleil de justice (Ml 3,20)... Cette montagne est l'endroit des mystères, le lieu des réalités ineffables, le rocher des secrets cachés, le sommet des cieux. Ici ont été dévoilés les symboles du Royaume à venir : le mystère de la crucifixion, la beauté du Règne de Dieu, la descente du Christ lors de son deuxième avènement dans la gloire. Sur cette montagne la nuée lumineuse recouvre la splendeur des justes ; les biens à venir se réalisent déjà. La nuée qui enveloppe cette montagne préfigure l'enlèvement des justes sur les nuées (1Th 4,17) ; elle nous montre dès aujourd'hui notre aspect futur, notre configuration au Christ...
Tandis qu'il cheminait au milieu de ses disciples, Jésus les avait entretenus de son règne et de son deuxième avènement dans la gloire. Mais parce qu'ils n'étaient peut-être pas suffisamment certains de ce qu'il leur avait annoncé au sujet de son règne, il a voulu qu'ils finissent par être très fermement convaincus au fond de leur cœur, et que les évènements présents les aident à croire aux événements à venir. C'est pourquoi, sur le Mont Thabor, il leur a fait voir cette merveilleuse manifestation divine, comme une image préfigurative du Royaume des cieux. C'est comme s'il leur disait : « Pour que le retard n'engendre pas en vous l'incrédulité, bientôt, même maintenant, ' je vous le dis en vérité, il y en a parmi ceux qui sont ici ' et qui m'écoutent ' qui ne connaîtront pas la mort avant qu'ils ne voient venir le Fils de l'homme dans la gloire de son Père ' (Mt 16,28) »... « Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux »...
« Qu'il est redoutable ce lieu ; ce n'est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du ciel. » C'est vers elle que nous devons nous hâter.
ou
Saint Jean-Paul II
Vita consecrata, 75
Contempler et suivre le Transfiguré
Sans cesse, le Christ appelle à lui de nouveaux disciples, hommes et femmes, pour leur communiquer, grâce à l'effusion de l'Esprit (cf Rm 5,5), l'agapê divine, sa façon d'aimer, et pour les pousser ainsi à servir les autres dans l'humble don d'eux-mêmes, loin des calculs intéressés. Pierre qui, en extase devant la lumière de la Transfiguration, s'écrie : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici » (Mt 17,4), est invité à revenir sur les routes du monde, pour continuer à servir le Royaume de Dieu.
« Descends, Pierre ! Tu voulais te reposer sur la montagne ; descends, proclame la Parole, interviens à temps et à contre-temps, reproche, exhorte, encourage avec grande bonté et par toute sorte d'enseignement. Travaille, prends de la peine, souffre des tortures, pour posséder ce que signifient les vêtements blancs du Seigneur, par la blancheur et par la beauté de ton action droite inspirée par la charité » (S. Augustin. Sermon 78,6).
S'il garde son regard fixé sur le visage du Seigneur, l'apôtre n'en diminue pas pour autant son engagement en faveur de l'homme ; au contraire, il le renforce, en lui donnant une nouvelle capacité d'agir sur l'histoire, pour la libérer de ce qui la corrompt.