TEMPS DE PÂQUES VI - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
abbesse bénédictine et docteur de l'Église
Le Livre des Œuvres divines, chap. 6 (in “Hildegarde de Bingen, Prophète et docteur pour le troisième millénaire” ; trad. P. Dumoulin ; Éditions des Béatitudes ; 2012 ; p. 188)
« Votre peine se changera en joie » (Jn 16, 20)
[Sainte Hildegarde présente une vision où vice et vertu se répondent :]
– Tristesse : « Hélas, pourquoi ai-je été créée, pourquoi suis-je en vie ? Qui m’aidera ? Qui me libèrera ? Si Dieu me connaissait, je ne courrais pas tant de dangers. J’ai beau me fier à Dieu, il ne m’a pas donné le bonheur. J’ai beau me réjouir avec lui, il n’éloigne pas de nous le malheur… S’il est mon Dieu, pourquoi me prive-t-il de sa grâce ? S’il me donnait quelque bien, je le saurais. Or, je ne sais ce que je suis. Créé dans le malheur, née dans le malheur, je vis sans aucune consolation. Ah ! À quoi sert une vie sans joie ? »
– Joie céleste : « Dieu a créé l’homme plein de lumière… Considère quelle prospérité Dieu a donné à l’homme ! Qui te donne ce que tu as, si ce n’est Dieu ? Quand le salut est là pour toi, tu dis que c’est une malédiction et quand tout va bien pour toi, tu dis que tout va mal. Je loue toutes les œuvres de Dieu qui sont pour toi source de chagrin. Alors que toi, tu es triste en toutes tes actions, moi, je confie toutes mes actions à Dieu car dans une certaine tristesse, il y a de la joie et dans une certaine joie, il n’y a aucun profit…
(…) Sans le souffle spirituel, toutes les forces vives se dessèchent. Une âme triste reçoit tout avec tristesse et ne désire y trouver aucune joie, elle n’appelle pas un ami avec joie, ne calme pas un ennemi, mais se cache dans le trou du chagrin parce qu’elle a peur de tous ceux qui passent. Elle est comme morte puisqu’elle n’aspire pas au ciel.
ou
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Lettres aux moines de l’Inde (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès, p. 334-335)
« Votre peine se changera en joie » (Jn 16,20)
À quoi donc, est-il dit, nous a servi de tomber dans les afflictions, nous qui ne cessons de prier et de chanter, quand ceux qui ne prient pas, ceux qui ne veillent pas, sont dans la joie, se réjouissent, prospèrent et passent gaiement leur vie ? Comme dit le Prophète : « Voici, des maisons étrangères se sont bâties, et nous les trouvons bienheureuses ». Il ajoute : « Telles sont les choses que dénonçaient les serviteurs de Dieu » (Ml 3,15-16 LXX), eux qui ont la connaissance.
Il faut cependant savoir que ceux qui sont affligés, ceux qui sont durement tourmentés, ceux qui par tant d’épreuves portent sur eux le témoignage de leur maître, ne souffrent rien qui puisse les surprendre. Car ils l’ont entendu annoncer dans les Évangiles : « Amen, je vous le dis, vous qui êtes près de moi, vous pleurerez, vous vous lamenterez, et le monde se réjouira » (Jn 16,20). Mais encore un peu de temps, et je vous visiterai par le Consolateur, je dissiperai votre découragement, je vous ranimerai par les pensées de la vie et du repos célestes, et par les larmes douces qui vous ont manqué durant les quelques jours où vous avez été éprouvés. Je vous donnerai le sein de ma grâce, comme la mère donne son sein au petit enfant qui pleure. Vous qu’ont épuisés les combats, je vous fortifierai par la puissance d’en-haut. Vous qui avez été couverts d’amertume, je vous comblerai de douceur, comme dit Jérémie dans les Lamentations, quand il parle de la Jérusalem caché en toi. Mais je viendrai vous voir, et votre cœur se réjouira de cette visite secrète. Votre affliction sera changée en joie, et nul ne pourra vous enlever votre joie (cf. Jn 16,22).
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire sur Jean, tome II § 2134 p.276 (Ed. du Cerf, trad. sous la direction du Père Philippe ; rev.)
Joie de la vision du Seigneur ressuscité, joie de la vision de gloire
Après avoir appliqué la comparaison (de la femme qui enfante) à la tristesse des Apôtres ; le Seigneur l’applique à leur joie future.
Il leur promet premièrement qu’ils le reverront, lorsqu’il dit : ‘Mais de nouveau je vous verrai’. Toutefois il ne dit pas : ‘vous me verrez’, mais ‘je vous verrai’, parce que le fait de se montrer lui-même provient de sa miséricorde, signifiée par son regard. Il dit donc : ‘Mais de nouveau je vous verrai’, à l’heure de la Résurrection et dans la gloire future : « Tes yeux verront le roi dans sa beauté » (Is 33,17).
Il leur promet ensuite la joie du cœur et l’exultation, en disant : ‘et votre cœur sera dans la joie’ à savoir celle de me voir à la Résurrection. Aussi l’Église chante-t-elle : « Voici le jour que le Seigneur a fait, exultons et soyons dans l’allégresse » (Ps 117, 24). ‘Et votre cœur sera dans la joie’ également à cause de la vision de la gloire. « Tu m’empliras d’allégresse près de ta face » (Ps 15, 11) Pour tout être, en effet, il est naturel de trouver sa joie dans la contemplation de la réalité aimée. Or personne ne peut voir l’essence divine sans l’aimer. La joie accompagne donc nécessairement cette vision : Vous « le verrez », en le connaissant par l’intelligence, « et votre cœur se réjouira » (Is, 60,5) ; et cette joie elle-même rejaillira jusque sur le corps, lorsqu’il sera glorifié ; aussi Isaïe enchaîne-t-il : « et vos os seront florissants » (Is 66, 14). « Entre dans la joie de ton Seigneur ». (Mt 25, 21)
Enfin le Seigneur promet une joie qui durera toujours, lorsqu’il dit : ‘et votre joie’, celle que vous aurez à cause de moi à la Résurrection - « Je me réjouirai d’une grande joie dans le Seigneur » (Is 61,10) - ‘nul ne vous l’enlèvera’ puisque « ressuscitant des morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus sur lui d’empire (Rm 6,9). Ou encore, ‘votre joie’, la joie de jouir de la gloire, ‘nul ne vous l’enlèvera’ puisqu’elle ne peut être perdue et qu’elle est perpétuelle - « Une allégresse éternelle sera sur leur tête » (Is 35,10).
Cette joie, en effet nul ne se l’enlèvera lui-même par le péché, puisque là, la volonté de chacun aura été confirmée dans le bien ; et personne non plus n’enlèvera cette joie à un autre, puisqu’il n’y aura là aucune violence et que nul ne portera préjudice à un autre.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 171, sur la lettre aux Philippiens (trad. bréviaire 26/05)
« Votre joie, personne ne vous l'enlèvera »
« Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie » (Ph 4,4). L'apôtre Paul nous ordonne d'être joyeux, mais dans le Seigneur, non selon le monde. Comme dit l'Écriture : « Celui qui veut aimer les choses de ce monde se pose en ennemi de Dieu » (Jc 4,4). De même que l'on ne peut pas servir deux maîtres (Mt 6,24), c'est ainsi qu'on ne peut pas être joyeux à la fois selon le monde et dans le Seigneur. Que la joie dans le Seigneur l'emporte donc, jusqu'à ce que disparaisse la joie selon le monde ; que la joie dans le Seigneur augmente toujours... Je ne dis pas cela parce que, vivant en ce monde, nous ne devons jamais nous réjouir, mais afin que, même vivant en ce monde, nous soyons joyeux dans le Seigneur.
Mais quelqu'un dira : « Je suis dans le monde ; si je suis joyeux, je suis joyeux là où je suis. » Et alors ? Parce que tu es dans le monde, tu n'es pas dans le Seigneur ? Écoute encore Saint Paul...au sujet de Dieu et du Seigneur, notre Créateur : « C'est en lui qu'il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d'exister » (Ac 17,28). Car celui qui est partout, en quel lieu n'est-il pas ? N'est-ce pas à cela qu'il nous exhortait ? « Le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien » (Ph 4,5-6).
C'est là un grand mystère : il est monté au-dessus des cieux, et il est tout proche de ceux qui habitent sur terre. Qui donc est à la fois lointain et tout proche, sinon celui qui s'est tellement rapproché de nous par miséricorde ?
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 1 sur la 1ère lettre aux Thessaloniciens (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 132)
« Maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai..., et votre joie, personne ne vous l'enlèvera »
« Vous êtes devenus les imitateurs du divin Maître », dit Paul. Comment cela ? « En recevant la parole au milieu des épreuves, dans la joie de l'Esprit Saint » (1Th 1, 6). Ce n'est pas seulement dans l'épreuve, c'est au milieu des épreuves, parmi des souffrances sans nombre. Vous pouvez le constater dans les Actes des Apôtres. On y voit de quelle façon la persécution a été excitée contre eux, comment leurs ennemis les ont dénoncés aux magistrats et ont soulevé la ville. Ils étaient dans l'épreuve, et on ne peut pas dire qu'ils sont restés fidèles avec peine, en gémissant ; non, ils l'étaient avec une grande joie. Les apôtres leur avaient donné l'exemple : « Se réjouissant d'avoir été jugés dignes de subir les affronts pour le nom du Christ » (Ac 5, 41).
Voilà ce qu'il y a de vraiment admirable ! C'est déjà beaucoup de souffrir l'épreuve avec patience ; mais s'en réjouir, c'est se montrer supérieur à la nature humaine et n'avoir plus, pour ainsi dire, qu'un corps impassible. Mais comment ont-ils été les imitateurs du Christ ? En ce que lui-même a souffert sans pousser une plainte, avec joie ; car c'est de sa propre volonté qu'il se trouvait en de pareilles épreuves. C'est pour nous qu'il s'est anéanti, allant au devant des crachats, des soufflets, de la croix même ; et il s'en réjouissait tellement qu'il appelait cela sa gloire : « Père, disait-il, glorifie-moi » (Jn 17, 5).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église : Homélies sur le Cantique des cantiques, n° 37 (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 435 rev.)
« Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie »
« Ils s’en vont en pleurant, ils jettent la semence. » Vont-ils donc pleurer toujours ? Certainement pas : « Ils reviendront dans la joie, rapportant les gerbes » (Ps 125, 8). Et ils auront raison de se réjouir, puisqu'ils porteront des gerbes de gloire. Mais, direz-vous, cela n'arrivera qu'au dernier jour, au temps de la résurrection, et l'attente est bien longue. Ne perdez pas courage, ne cédez pas à ces enfantillages. En attendant, vous recevrez, « des prémices de l'Esprit » (2Co 1, 22), assez pour moissonner dès aujourd'hui dans la joie. Semez dans la justice, dit le Seigneur, et récoltez l'espérance de la vie. Il ne vous renvoie plus au dernier jour, où tout vous sera donné réellement et non plus en espérance. Il parle du présent. Bien sûr, notre joie sera grande, notre allégresse infinie, lorsque commencera la vraie vie. Mais l’espérance d’une si grande joie ne peut pas être sans joie dès maintenant.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n° 101 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 199)
« Je vous reverrai et votre cœur se réjouira »
Le Seigneur a dit : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et puis un peu encore et vous me verrez » (Jn 16,16). Ce qu'il appelle un peu de temps, c'est tout l'espace de notre temps actuel, dont l'évangéliste Jean dit dans son épître : « C'est maintenant la dernière heure » (1Jn 2,18). Cette promesse...s'adresse à toute l'Église, comme cette autre promesse : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Le Seigneur ne saurait tarder d'accomplir sa promesse : encore un peu de temps et nous le verrons et nous n'aurons plus aucune supplication à lui faire, aucune question à lui adresser, parce que nous n'aurons plus rien à désirer, plus rien à chercher.
Ce peu de temps nous paraît long parce qu'il est encore en train de s'écouler ; lorsqu'il sera fini, alors nous sentirons combien il a été court. Que notre joie soit donc différente de celle du monde dont il est dit : « Le monde se réjouira ». Dans l'enfantement de ce désir, ne soyons pas sans joie, mais comme dit l'apôtre Paul : « Réjouissons-nous dans l'espérance, soyons patients dans l'épreuve » (Rm 12,12). Car la femme qui enfante, à laquelle le Seigneur nous compare, se réjouit beaucoup plus de l'enfant qu'elle va mettre au monde qu'elle ne s'attriste de sa souffrance.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean, n° 101 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 199)
« Votre joie, personne ne vous l'enlèvera »
Ces paroles du Sauveur : « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira et cette joie, personne ne pourra vous l'enlever » ne doivent pas être rapportées à ce temps où, après sa résurrection, il s'est montré à ses disciples dans sa chair et leur a dit de le toucher, mais à cet autre temps dont il avait déjà dit : « Celui qui m'aime, mon Père l'aimera et je me manifesterai à lui » (Jn 14,21). Cette vision n'est pas pour cette vie, mais pour celle du monde à venir. Elle n'est pas pour un temps, mais n'aura jamais de fin. « La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus Christ » (Jn 17,3). De cette vision et connaissance, l'apôtre Paul dit : « Nous voyons maintenant dans un miroir et en énigme, alors nous le verrons face à face. Je ne connais maintenant qu'en partie, alors je connaîtrai comme je suis connu » (1Co 13,12).
Ce fruit de son labeur, l'Église l'enfante maintenant dans le désir, alors elle l'enfantera dans la vision ; maintenant elle l'enfante dans la peine, alors elle l'enfantera dans la joie ; maintenant elle l'enfante dans la supplication, alors elle l'enfantera dans la louange. Ce fruit sera sans fin, car rien ne saurait nous combler sinon ce qui est infini. C'est ce qui faisait dire à Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14,8).
ou
Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque
Sermon 166 (trad. Riché, OC, p. 107 ; cf AELF)
« Le Règne de Dieu...est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint » (Rm 14,17)
Quelle est la vraie joie, frères, si ce n'est le Royaume des cieux ? Et quel est le Royaume des cieux, si ce n'est le Christ notre Seigneur ? Je sais que tous les hommes veulent avoir une vraie joie. Mais il s'abuse, celui qui veut être heureux des récoltes sans cultiver son champ ; il se trompe, celui qui veut récolter des fruits sans planter d'arbres. On ne possède pas la vraie joie sans la justice et la paix... À présent, en respectant la justice et en possédant la paix, nous peinons pendant un court délai comme penchés sur un bon travail. Mais ensuite, nous nous réjouirons sans fin du fruit de ce travail.
Écoute l'apôtre Paul qui dit du Christ : « Il est notre paix » (Ep 2,14)... Et le Seigneur, parlant à ses disciples, leur dit : « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne pourra vous l’enlever ». Qu'est-ce que cette joie que personne ne pourra vous enlever si ce n'est lui-même, votre Seigneur, que personne ne peut vous enlever ?
Examinez donc votre conscience, frères ; s'il y règne la justice, si vous voulez, désirez et souhaitez à tous la même chose qu'à vous-mêmes, si la paix est en vous, non seulement avec vos amis, mais également avec vos ennemis, sachez que le Royaume des cieux, c'est-à-dire le Christ Seigneur, demeure en vous.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Contre Eunome, 4 ; PG 45, 633-638 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 372 rev.)
« La création tout entière...passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore » (Rm 8,22)
L'apôtre Paul...témoigne au sujet du Fils unique que ce n'est pas seulement la création des êtres qui a été faite par lui, mais encore que, l'ancienne création ayant vieilli et étant devenue caduque, c'est lui qui a opéré une nouvelle création. Et ainsi le Christ lui-même est le Premier-Né de toute la création (Col 1,15) par l'Évangile annoncé aux hommes...
Comment le Christ devient-il « premier-né d'une multitude de frères » ? (Rm 8,29)... Pour nous il s'est fait comme nous, ayant participé à la chair et au sang pour nous transformer de corruptibles en incorruptibles par la naissance d'en haut de l'eau et de l'Esprit (Jn 3,5). Il nous a montré le chemin d'une telle naissance lorsqu'il a attiré par son propre baptême le Saint Esprit sur l'eau. Il est devenu ainsi le premier-né de tous ceux qui sont régénérés spirituellement, et tous ceux qui ont part à cette régénération par l'eau et par l'Esprit sont appelés frères.
Ayant déposé dans notre nature la puissance de la résurrection d'entre les morts, le Christ devient aussi prémices de ceux qui se sont endormis et premier-né d'entre les morts (Col 1,18). Le premier, il nous a ouvert le chemin de la libération de la mort. Par sa Résurrection, il a détruit les liens de la mort qui nous tenaient captifs. Ainsi, par cette double régénération, du saint baptême et de la résurrection d'entre les morts, il devient le premier-né de la nouvelle création.
Ce premier-né a des frères. Il dit à Marie Madeleine : « Va et dis à mes frères : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,19). C'est pourquoi le médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5), ouvrant le cortège de toute la nature humaine, envoie à ses frères ce message et leur dit : « Par les prémices que j'ai assumées, en moi je ramène à notre Dieu et Père tout ce qui est humain. »
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Premier discours sur la Résurrection : PG 46, 603 (trad. Orval rev.)
L'enfantement de la nouvelle création (Rm 8,22)
Voici venu le règne de la vie et le pouvoir de la mort renversé. Une autre naissance est apparue ainsi qu'une autre vie, une autre manière d'être, une transformation de notre nature elle-même. Cette naissance-là n'est le fait « ni du désir de l'homme ni du désir de la chair, mais de Dieu » (Jn 1,13)...
« Voici le jour que le Seigneur a fait » (Ps 117,24). Jour bien différent de ceux du commencement, car en ce jour Dieu fait un ciel nouveau et une terre nouvelle, comme dit le prophète (Is 65,17). Quel ciel ? Le firmament de la foi au Christ. Quelle terre ? Le cœur bon, comme dit le Seigneur, cette terre qui s'imprègne de la pluie qui descend sur elle et qui produit une moisson abondante (Lc 8,15). Dans cette création, le soleil, c'est la vie pure ; les étoiles, ce sont les vertus ; l'air, c'est une conduite limpide ; la mer, c'est la riche profondeur de la sagesse et de la connaissance ; l'herbe et le feuillage, c'est la bonne doctrine et les enseignements de Dieu dont se nourrit le troupeau des pâturages, c'est-à-dire le peuple de Dieu ; les arbres portant du fruit, c'est la pratique des commandements. En ce jour est créé l'homme véritable, celui qui est fait à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,27).
N'est-ce pas tout un monde qui est inauguré pour toi en « ce jour que le Seigneur a fait » ?... Le plus grand privilège de ce jour de grâce, c'est qu'il a détruit les souffrances de la mort et donné naissance au premier-né d'entre les morts (Col 1,18)..., lui qui dit : « Je vais vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Quelle belle et bonne nouvelle ! Celui qui pour nous est devenu comme nous, pour faire de nous ses frères, amène sa propre humanité vers le Père afin d'y entraîner avec lui tout le genre humain.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église.
Catéchèses baptismales, n° 4, 12-15 ; SC 50 bis
L'enfantement de la nouvelle création (Rm 8,22)
Saint Paul a écrit cette parole : « Si quelqu'un est dans le Christ, il est une création nouvelle » (2Co 5,17)... Mais dites-moi, lequel des deux est le plus étonnant : de voir le ciel ou tout autre élément créé se renouveler, ou bien de voir un homme passer de la malice à la vertu et renoncer à l'erreur pour s'attacher à la vérité ? Car c'est bien cela que saint Paul a appelé « une création nouvelle »... De fait, ceux qui ont donné leur foi au Christ ont déposé le fardeau de leurs péchés comme on dépose un vieux vêtement. Dès qu'ils sont affranchis de l'erreur, ils ont été illuminés par le Soleil de justice (Ml 3,20), comme on revêt un habit neuf et éclatant, un vêtement royal... : « les choses anciennes sont passées, voici que toutes choses sont devenues nouvelles » (ibid.)... La grâce de Dieu a fait irruption : elle a remodelé et retourné les âmes, elle les a transformées...
As-tu observé comment chaque jour le Maître réalise cette création nouvelle ? Car l'homme, bien souvent, a passé sa vie entière dans les plaisirs de ce monde ; en outre, il a adoré les créatures, les prenant pour des dieux. Qui donc, sinon le Seigneur, pourrait persuader l'homme de s'élever tout à coup jusqu'à un si haut degré de vertu, méprisant désormais toutes ces idoles et adorant le créateur de l'univers, mettant sa foi en lui bien au-dessus de toutes les choses de cette vie ?...
Je vous invite donc tous — ceux qui ont été baptisés autrefois comme ceux qui viennent de recevoir cette grâce du Maître — à écouter cette exhortation de l'apôtre : « Les choses anciennes sont passées, voici que toutes choses sont devenues nouvelles ». Oublions tout notre passé ; réformons notre vie comme des citoyens appelés à une vie nouvelle. Dans tout ce que nous disons, dans tout ce que nous faisons, considérons la dignité de celui qui demeure en nous.
TEMPS DE PÂQUES VI - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 5ème dimanche après Pâques (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 56.59)
La prière est la source de notre bonheur
Non, mes frères, rien de plus consolant pour nous que les promesses que Jésus-Christ nous fait dans l’Évangile, en nous disant que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom, il nous l’accordera (cf. Jn 16, 23). Non content de cela, mes frères, non seulement il nous permet de lui demander ce que nous désirons ; mais il va jusqu’à nous le commander, il nous en prie. Il disait à ses Apôtres : « Voilà bien trois ans que je suis avec vous et vous ne me demandez rien. Demandez-moi donc, afin que votre joie soit pleine et parfaite. » (cf. Jn 16, 24) Ce qui nous montre que la prière est la source de tous les biens et de tout le bonheur que nous pouvons espérer sur la terre.
D’après cela, mes frères, si nous sommes si pauvres, si dénués de lumières et des biens de la grâce ; c’est que nous ne prions pas ou que nous prions mal. (…) Ne soyons pas étonnés de ce que le démon fait tout ce qu’il peut pour nous faire manquer nos prières, et nous les faire faire mal ; c’est qu’il comprend bien mieux que nous combien la prière est redoutable à l’enfer, et qu’il est impossible que le bon Dieu puisse nous refuser ce que nous lui demandons par la prière. Oh ! que de pécheurs sortiraient du péché, s’ils avaient le bonheur d’avoir recours à la prière ! (…) Une prière bien faite est une huile embaumée qui se répand dans toute notre âme, qui semble déjà lui faire sentir le bonheur dont jouissent les bienheureux dans le ciel.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)
abbé
L’Opus Dei, moyen d’union à Dieu (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 435-436 ; rev.)
Nous sommes les ambassadeurs de l’Église
Nous sommes les ambassadeurs de l’Église. Or, quelle est la qualité la plus fondamentale pour un ambassadeur ? d’être habile ? puissant ? de disposer d’une grande fortune ? d’avoir du crédit ? de briller par ses talents personnels ? d’être “persona grata” auprès du souverain auquel il est envoyé ? Tout cela est utile, nécessaire ; toutes ces qualités contribueront sans aucun doute au succès de son action, mais elles seront insuffisantes et stériles, elles dévieront même de la fin poursuivie, si l’ambassadeur ne s’identifie pas d’abord, le plus parfaitement possible, avec les intentions et les sentiments du souverain qui l’envoie, avec les intérêts du pays qu’il représente.
Or, l’Église nous députe auprès du Roi des rois, auprès du trône de Dieu. Nous devons donc nous identifier avec ses vues et ses volontés ; l’Église nous confie ses intérêts, qui sont ceux des âmes, ceux de l’éternité. Ce n’est pas là chose banale ! Prenons donc dans notre cœur tous les besoins, toutes les nécessités de sang, les angoisses des âmes qui sont dans la peine, les périls de celles qui sont en ce moment aux prises avec le démon, les sollicitudes de ceux qui doivent nous diriger ; afin que tous reçoivent le secours de Dieu. (…)
Pensez, en effet, à ce que dit Notre-Seigneur lui-même : « En vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera » (Jn 16,23). Appuyez-vous sur cette promesse, demandez beaucoup, demandez en toute confiance, et le Père, « d’où descend tout don parfait » (cf. Jc 1, 17), ouvrira ses mains pour remplir toute âme de bénédictions. Car ce n’est pas nous qui prions, qui intercédons en ce moment ; c’est l’Église, c’est le Christ, notre chef, le Pontife suprême qui prie en nous, et qui est devant son Père pour plaider la cause des âmes qu’il a rachetées (He 9,24 ; 7,25).
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, § 26-28 (trad. Hamman, La Prière en Afrique, DDB 1982, p. 58 rev.)
« Si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera »
« Ne permets pas que nous entrions en tentation » (Mt 6,13)... Quand nous prions pour ne pas entrer en tentation, nous nous souvenons de notre faiblesse, afin que personne ne se regarde avec complaisance, que personne ne s'élève avec insolence, que personne ne s'attribue la gloire de sa fidélité ou de son épreuve, alors que le Seigneur lui-même nous enseigne l'humilité quand il dit : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. L'esprit est ardent mais la chair est faible » (Mc 14,38). Si nous faisons profession d'humilité d'abord, nous rendons à Dieu tout ce que nous demandons avec crainte et révérence, et nous pouvons être assurés que sa bonté nous l'accordera.
Cette prière s'achève avec une conclusion qui ramasse brièvement toutes les demandes. À la fin nous disons : « Mais délivre-nous du mal ». Nous comprenons par là ce que l'ennemi peut machiner contre nous en ce monde, mais nous sommes assurés d'avoir un appui puissant si Dieu nous délivre, s'il accorde son secours à ceux qui l'implorent. Quand donc nous disons : « Délivre-nous du mal », il ne nous reste plus rien à demander... Nous sommes affermis contre toutes les machinations du démon et du monde. Qui peut redouter le monde, si Dieu est son protecteur en ce monde ?
Pourquoi s'étonner que Dieu nous ait appris ainsi à prier, en nous enseignant en une formule brève tout ce que nous devons demander pour notre salut ?... Quand la Parole de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, est venu à tous les hommes, il a rassemblé les savants et les ignorants, il a fourni les préceptes de salut pour tout sexe et tout âge. Il a fait un condensé concis de ses préceptes... Ainsi quand il a voulu enseigner en quoi consiste la vie éternelle, il a ramassé tout le mystère de la vie en une formule d'une merveilleuse concision : « La vie éternelle est qu'ils te connaissent, toi le seul et vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3).
ou
Saint Fulgence de Ruspe (467-532)
évêque en Afrique du Nord
Lettre 14,36 ; CCL 91, 429 (trad. Orval)
« En ce jour-là, vous demanderez en invoquant mon nom »
En conclusion de nos prières, nous disons : « Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur » et non « par le Saint Esprit ». Cette pratique de l'Église universelle n'est pas sans raison. Elle a pour cause le mystère selon lequel l'homme Jésus Christ est le médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5), prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech, lui qui par son propre sang est entré dans le Saint des saints, non dans celui qui n'était qu'une copie, mais dans le ciel où il est à la droite de Dieu et intercède pour nous (He 6,20; 9,24).
C'est en contemplant le sacerdoce du Christ que l'apôtre dit : « Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, le fruit de nos lèvres qui célèbrent son nom » (He 13,15). C'est par lui que nous offrons le sacrifice de la louange et de la prière, parce que c'est sa mort qui nous a réconciliés alors que nous étions des ennemis (Rm 5,10). Il a voulu s'offrir en sacrifice pour nous ; c'est dès lors par lui que notre offrande peut être agréable aux yeux de Dieu. Voilà pourquoi saint Pierre nous avertit en ces termes : « Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus » (1P 2,5). C'est pour cette raison que nous disons à Dieu le Père : « Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur ».
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Catéchisme sur la prière (éd. Monnin ; bréviaire : 04/08)
« Si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera »
Voyez, mes enfants : le trésor d'un chrétien n'est pas sur la terre, il est dans le ciel (Mt 6,20). Eh bien ! notre pensée doit aller où est notre trésor. L'homme a une belle fonction, celle de prier et d'aimer. Vous priez, vous aimez : voilà le bonheur de l'homme sur la terre.
La prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l'âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble ; on ne peut plus les séparer. C'est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C'est un bonheur qu'on ne peut pas comprendre. Nous avions mérité de ne pas prier ; mais Dieu, dans sa bonté, nous a permis de lui parler. Notre prière est un encens qu'il reçoit avec un extrême plaisir.
Mes enfants, vous avez un petit cœur, mais la prière l'élargit et le rend capable d'aimer Dieu. La prière est un avant-goût du ciel, un écoulement du paradis. Elle ne nous laisse jamais sans douceur. C'est un miel qui descend dans l'âme et adoucit tout. Les peines se fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil. La prière fait passer le temps avec une grande rapidité, et si agréablement, qu'on ne s'aperçoit pas de sa durée...
On en voit qui se perdent dans la prière comme le poisson dans l'eau, parce qu'ils sont tout au bon Dieu. Dans leur cœur, il n'y a pas d'entre-deux. Oh, que j'aime ces âmes généreuses ! Saint François d'Assise et sainte Colette voyaient notre Seigneur et lui parlaient comme nous nous parlons. Tandis que nous, que de fois nous venons à l'église sans savoir ce que nous venons faire et ce que nous voulons demander ! Et pourtant, quand on va chez quelqu'un, on sait bien pourquoi on y va. Il y en a qui ont l'air de dire au bon Dieu : « Je m'en vais vous dire deux mots pour me débarrasser de vous ». Je pense souvent que, lorsque nous venons adorer notre Seigneur, nous obtiendrions tout ce que nous voudrions, si nous le lui demandions avec une foi bien vive et un cœur bien pur.
ou
Clément d'Alexandrie (150-vers 215), théologien : Stromates 7, 7 ; PG 9, 450s (trad. Orval)
« Demandez et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie »
Vénérer et honorer celui que nous croyons être le Verbe, notre Sauveur et notre chef, et par lui le Père, tel est notre devoir, et non pas à certains jours particuliers comme d'autres le font, mais continuellement, pendant toute la vie, et de toutes les manières. « Sept fois le jour j'ai chanté ta louange » (Ps 118, 164) s'écrie le peuple élu... Ce n'est donc pas en un lieu déterminé, ni dans un temple choisi, ni à certaines fêtes ou à certains jours fixes, mais c'est durant toute la vie, en tous lieux, que le vrai spirituel honore Dieu, c'est-à-dire proclame son action de grâces de connaître la vraie vie.
La présence d'un homme de bien, par le respect qu'il inspire, rend toujours meilleurs ceux qui le fréquentent. Combien plus celui qui est continuellement en présence de Dieu par la connaissance, la manière de vivre et l'action de grâces n'en deviendrait-il pas chaque jour meilleur en tout : actions, paroles et dispositions ?... Vivant donc toute notre vie comme une fête, dans la certitude que Dieu est totalement présent partout, nous labourons en chantant, nous naviguons au son des hymnes, nous nous comportons à la manière de « citoyens des cieux » (Ph 3, 20).
La prière est, si j'ose dire, un entretien intime avec Dieu. Même si nous murmurons doucement et que, sans remuer les lèvres, nous parlons en silence, nous crions intérieurement. Et Dieu prête constamment l'oreille à cette voix intérieure... Oui, le vrai spirituel prie durant toute sa vie, car prier est pour lui effort d'union à Dieu et il rejette tout ce qui est inutile parce qu'il est parvenu à cet état où il a déjà reçu, en quelque sorte, la perfection qui consiste à agir par amour... Toute sa vie est une liturgie sacrée.
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Proslogion, 26 (trad. Rousseau, Aubier, p. 199 / Tournay rev.)
« Ainsi vous serez comblés de joie »
Mon Dieu et mon Seigneur, mon espoir et la joie de mon cœur, dis à mon âme si sa joie est celle dont tu nous dis par ton Fils : « Demandez et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie ». J'ai trouvé, en effet, une joie pleine et plus que pleine, car le cœur, l'esprit, l'âme, tout mon être étant rempli de cette joie, elle abondera encore sans mesure. Ce n'est pas elle qui entrera en ceux qui se réjouissent ; ce seront plutôt eux qui entreront de tout leur être en elle.
Parle, Seigneur ! Dis à ton serviteur, au fond de son cœur, si ce que j'éprouve est bien la joie dans laquelle entreront ceux qui goûteront la joie même de leur maître (Mt 25,21). Mais cette joie dont jouiront tes serviteurs, « nul œil ne l'a vue, nulle oreille ne l'a entendue, le cœur de l'homme ne l'a pas sentie s'élever en lui » (1Co 2,9)... Je te prie donc, mon Dieu, de me donner de te connaître, de t'aimer, pour qu'en toi je sois dans la joie.
Et si je ne le peux pas pleinement en cette vie, fais-moi avancer maintenant jusqu'à ce que j'y entre pleinement un jour. Que ma connaissance de toi ici-bas grandisse, pour qu'elle puisse arriver à la plénitude où tu es. Que mon amour pour toi croisse ici pour être total là-haut. Que maintenant ma joie soit immense en espérance, pour être alors totale en réalité. Seigneur, tu ordonnes par ton Fils que nous demandions, et tu promets que nous recevrons, afin que notre joie soit parfaite... Fais grandir ma faim de cette joie, afin que j'y entre !
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons de Carême n°5, 5
« Si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera »
Chaque fois que je parle de la prière, il me semble entendre dans votre cœur certaines réflexions humaines que j'ai entendues souvent, même dans mon propre cœur. Alors que nous ne cessons jamais de prier, comment se fait-il que si rarement nous paraissions expérimenter le fruit de la prière ? Nous avons l'impression de ressortir de la prière comme nous y sommes entrés ; personne ne nous répond un mot, ne nous donne quoi que ce soit, nous avons l'impression d'avoir peiné en vain. Mais que dit le Seigneur dans l'évangile ? « Ne jugez pas sur l'apparence, mais portez un jugement juste » (Jn 7,24). Qu'est-ce qu'un jugement juste sinon un jugement de foi ? Car « le juste vit de la foi » (Ga 3,11). Suis donc le jugement de la foi plutôt que ton expérience, car la foi ne trompe pas alors que l'expérience peut nous induire en erreur.
Et quelle est la vérité de la foi, sinon ce que le Fils de Dieu lui-même promet : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevrez, et cela vous sera accordé » (Mc 11,24). Que donc aucun d'entre vous, frères, ne tienne pour peu de chose sa prière ! Car, je vous l'affirme, celui à qui elle s'adresse ne la tient pas pour peu de chose ; avant même qu'elle ne soit sortie de notre bouche, il la fait écrire dans son livre. Sans le moindre doute nous pouvons être sûrs que soit Dieu nous accorde ce que nous lui demandons, soit il nous donnera quelque chose qu'il sait être plus avantageux. Car « nous ne savons que demander pour prier comme il faut » (Rm 8,26) mais Dieu a compassion de notre ignorance et il reçoit notre prière avec bonté... Alors « mets ta joie dans le Seigneur, et il accordera les désirs de ton cœur » (Ps 36,4).