Cœur immaculé de Marie
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Eudes (1601-1680)
prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Le Cœur admirable, livre 9, ch. 4, livre II, ch. 2; OC. 7, p. 461-462; 8, p. 114 passim (Texte n° 53, p. 86 du fichier pdf “Textes de saint Jean Eudes tirés du Lectionnaire propre à la Congrégation de Jésus et de Marie”, Éd. Cid 1977; Eudistes - Congrégation de Jésus et Marie - Province de France)
« Voici ta mère » (Jn 19,27)
Marie nous regarde et nous aime en quelque sorte comme son fils et comme ses propres enfants, qui portent cette glorieuse qualité pour deux raisons. En premier lieu, parce qu'étant mère du Chef, de la tête, elle est par conséquent mère des membres (cf Col 2,19). En second lieu, parce que notre Sauveur, en la croix, nous a donnés à sa mère en qualité d'enfants. Il nous l'a donnée, non seulement en qualité de reine et de souveraine, mais en la qualité la plus avantageuse pour nous qui puisse s'imaginer, c'est à dire en qualité de mère, en disant à chacun de nous ce qu'il dit à son disciple bien-aimé : « Voilà votre mère ». Et il nous donne à elle, non pas seulement en qualité de serviteurs ou d'esclaves, ce qui serait un grand honneur pour nous, mais en qualité d'enfants.
« Voilà votre fils », lui dit-il, parlant de chacun de nous en la personne de saint Jean, comme s'il lui disait : « Voilà tous mes membres que je vous donne pour être vos enfants ; je les mets en ma place, afin que vous les regardiez comme moi-même, et que vous les aimiez du même amour dont vous m'aimez ; aimez les aussi comme je les aime ». Mère de Jésus, vous nous regardez et nous aimez comme vos enfants, et comme les frères de votre fils Jésus, et du même cœur ; et vous nous aimez et aimerez éternellement du même amour maternel dont vous l'aimez.
C'est pourquoi, mes frères, dans toutes vos affaires, nécessités, perplexités et afflictions, ayez recours à ce cœur de notre très charitable mère. C'est un cœur qui veille toujours sur nous et sur les plus petites choses qui nous touchent. C'est un cœur si plein de bonté, de douceur, de miséricorde et de libéralité, que jamais aucun de ceux qui l'ont invoqué avec humilité et confiance, ne s'en est retourné sans consolation.
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale 4 (Mariale III, coll. Pain de Cîteaux 7; trad. R. Thomas; Chambarand, 1960, rev.), cf SC 72, p.131-135
« Sa mère gardait dans son cœur tous ces évènements »
Souvent, à notre sentiment, oubliant de manger et de boire, Marie veillait pour penser au Christ, pour voir le Christ dans sa chair, elle qui brûlait d'amour pour lui, qui aimait passionnément le servir. Souvent, elle faisait ce que chante le Cantique des Cantiques : « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5,2). Elle continuait, au cours même de son repos, de rêver à celui qui remplissait ses pensées durant tout le jour. Qu'elle veille ou qu'elle repose dans la paix, elle vivait toujours en lui, occupée de lui.
Où était son trésor, là aussi était son cœur (Mt 6,21) ; où était sa gloire, là aussi était son esprit. Son Seigneur et son Fils, elle l'aimait de tout son cœur, de tout son esprit, de toutes ses forces (Mt 22,37). Elle voyait de ses yeux, touchait de ses mains le Verbe de Vie (1Jn 1,1). Heureuse Marie à qui il a été donné d'embrasser celui qui embrasse et nourrit toutes choses ! Heureuse celle qui a porté celui qui porte l'univers (He 1,3), celle qui a allaité un Fils qui la fait vivre, un Fils qui la nourrit, elle et tous les êtres du monde (Ps 144,15).
À son cou s'est suspendu celui qui est la Sagesse du Père, sur ses bras s'est assis celui qui est la Force qui met tout en mouvement. Il s'est reposé sur son sein maternel, celui qui est le repos des âmes (Mt 11,29). Avec quelle douceur il la tenait de ses mains, la regardait tranquillement, lui que les anges désirent contempler (1P 1,12), et l'appelait doucement, lui que tout être invoque dans le besoin. Remplie de l'Esprit Saint, elle le serrait sur son cœur (...) ; elle ne se rassasiait pas de le voir ni de l'entendre, « lui que tant de rois et de prophètes ont désiré voir et n'ont pas vu » (Lc 10,24). Marie grandissait ainsi de plus en plus dans l'amour, et son esprit s'attachait sans trêve à la contemplation divine.