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2 février - Présentation du Seigneur, fête
Commentaire de l’Évangile
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Homélie à Nazareth du 05/01/64 (bréviaire Sainte Famille)
« Ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth »
Nazareth est l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus, l'école de l'Évangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à l'imiter... Comme nous voudrions redevenir enfant et nous remettre à cette école humble et sublime de Nazareth ; comme nous voudrions près de Marie recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines !...
Une leçon de silence d'abord. Que renaisse en nous l'estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l'esprit, en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de fracas et de cris dans notre vie moderne, bruyante et hypersensibilisée. Ô silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l'intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l'étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret (Mt 6,6).
Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu'est la famille, sa communion d'amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable ; apprenons de Nazareth comment la formation qu'on y reçoit est douce et irremplaçable ; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.
Une leçon de travail. Nazareth, maison du « fils du charpentier » (Mt 13,55) : c'est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain ; ici, rétablir la conscience de la noblesse du travail ; ici, rappeler que le travail ne peut pas avoir une fin en lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent. Comme nous voudrions saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur.
ou
Adam de Perseigne ( ? -1221), abbé cistercien
Sermon 4 pour la Purification (trad. cf En Calcat)
« Voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance ; il vient illuminer  notre regard » (Is 35,4-5 ; antienne d'ouverture)
Le Père des lumières (Jc 1,17) invite les fils de la lumière (Lc 16,18) à célébrer cette fête de lumière : « Approchez-vous de lui et soyez inondés de clarté », dit le psaume (33,6). De fait, « celui qui habite une lumière inaccessible » (1Tm 6,16) a daigné se rendre accessible ; il s'est abaissé dans la nuée de la chair pour que le faible et le petit puissent monter jusqu'à lui. Quelle descente de miséricorde ! « Il a incliné les cieux », c'est-à-dire les sommets de la divinité, « et il est descendu » en devenant présent dans la chair, « et un nuage obscur était sous ses pieds » (Ps 17,10)...
Obscurité nécessaire pour nous rendre la lumière ! La lumière véritable s'est cachée sous le nuage de la chair, (cf Ex 13,21) nuage obscur par sa ressemblance avec « notre condition humaine de pécheurs » (Rm 8,3)... Puisque la vraie Lumière a fait de la chair sa cachette, nous qui sommes des êtres de chair, approchons-nous du Verbe fait chair...pour apprendre à passer peu à peu de la chair à l'esprit. Approchons-nous maintenant, car aujourd'hui un soleil nouveau brille plus qu'à l'ordinaire. Jusque-là il était enfermé à Bethléem dans l'étroitesse d'une crèche et connu de bien peu de monde, mais aujourd'hui, à Jérusalem, il est présenté devant un grand nombre dans le Temple du Seigneur... Aujourd'hui, le Soleil s'élance pour irradier le monde entier...
Si seulement mon âme pouvait brûler du désir qui enflammait Syméon, pour que je mérite d'être le porteur d'une si grande lumière ! Mais si l'âme n'a pas été d'abord purifiée de ses fautes, elle ne pourra pas aller « à la rencontre du Christ sur les nuées » de la vraie liberté (1Th 4,17)... Alors seulement elle pourra jouir avec Syméon de la lumière véritable et, comme lui, partir en paix.
ou
Origène (v. 185-253)
prêtre et théologien
Homélies sur l'évangile de Luc, n°15, 1-2 (SC 87, Homélies sur Luc; trad. H. Crouzel, F. Fournier et P. Périchon; Éd. du Cerf 1962; p. 233-235, rev.)
« S'en aller en paix »
« Une femme toucha la frange du vêtement de Jésus et elle fut guérie. » (Mt 9,20) Si cette femme, à toucher l'extrémité de son vêtement, en retira tant d'avantages, que penser de Syméon qui « reçut l'enfant dans ses bras », et, le tenant dans ses bras, s'abandonnait à la joie, voyant qu'il portait l'enfant venu pour libérer les captifs (Lc 4,18), et que lui-même allait être délivré des liens du corps ? Il savait que personne ne pouvait faire sortir quelqu'un de la prison du corps avec l'espoir de la vie future sinon celui qu'il tenait dans ses bras. Et c'est à lui qu'il s'adresse : « C'est maintenant, Seigneur, que tu laisses ton serviteur s'en aller en paix. Car aussi longtemps que je ne tenais pas le Christ, aussi longtemps que je ne le pressais pas dans mes bras, j'étais emprisonné et ne pouvais pas sortir de mes liens ».
Ces mots, d'ailleurs, ce n'est pas seulement de Syméon, mais de tout le genre humain qu'il faut les entendre. Si quelqu'un quitte le monde, si quelqu'un est libéré de la prison et de la demeure des captifs pour obtenir la royauté, qu'il prenne Jésus dans ses mains et l'entoure de ses bras, qu'il le tienne tout entier sur son cœur, et alors, bondissant de joie, il pourra se rendre où il désire.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er sermon pour la Purification (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 272 rev.)
« Soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez » (Ml 3, 1)
Aujourd'hui la Vierge Mère introduit le Seigneur du temple dans le temple du Seigneur. Joseph aussi y amène au Seigneur ce fils qui n'est pas le sien, mais le Fils bien-aimé en qui Dieu a mis toute sa faveur (Mt 3, 17). Syméon, le juste, reconnaît celui qu'il attendait ; Anne, la veuve, le loue. Une première procession est célébrée en ce jour par ces quatre personnages, une procession qui, par la suite, allait être célébrée dans la joie par l'univers entier... Ne vous étonnez pas de ce que cette procession est si petite, puisqu'il est bien petit aussi celui que le temple reçoit. Mais en ce lieu, il n'y a pas de pécheur : tous sont justes, tous sont saints, tous sont parfaits.
Ne sauveras-tu que ceux-là, Seigneur ? Ton corps va grandir, ta tendresse elle aussi grandira... Je vois maintenant une seconde procession où des foules précèdent le Seigneur, où des foules le suivent ; ce n'est plus la Vierge qui la porte, mais un petit âne. Il ne dédaigne donc personne..., si du moins il ne leur manque pas ces vêtements des apôtres (Mt 21, 7) : leur doctrine, leur mœurs, et la charité qui couvre une multitude de péchés (1P 4, 8). Mais j'irai plus loin et je dirai qu'à nous aussi, il nous a réservé une place dans cette procession-là... David, roi et prophète, s'est réjoui de voir ce jour. « Il l'a vu et s'en est réjoui » (Jn 8, 56) ; sinon aurait-il chanté : « Nous avons reçu ta miséricorde, ô Dieu, au milieu de ton temple » ? (Ps 47, 8) David a reçu cette miséricorde du Seigneur, Syméon l'a reçue, et nous aussi nous l'avons reçue, comme tous ceux qui sont prédestinés à la vie, puisque « le Christ est le même hier, aujourd'hui et pour toujours » (He 13, 8)...
Embrassons donc cette miséricorde que nous avons reçue au milieu du temple, et comme la bienheureuse Anne, ne nous en éloignons pas. Car « le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous » dit l'apôtre Paul (1Co 3, 17). Elle est proche de vous cette miséricorde ; « elle est proche de vous, la parole de Dieu, dans votre bouche et dans votre cœur » (Rm 10, 8). De fait, le Christ n'habite-t-il pas dans vos cœurs par la foi ? (Ep 3, 17) Voilà son temple, voilà son trône... Oui, c'est dans le cœur que nous recevons la miséricorde, c'est dans le cœur qu'habite le Christ, c'est dans le cœur qu'il murmure des paroles de paix à son peuple, à ses saints, à tous ceux qui rentrent dans leur cœur.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er sermon pour la Purification (trad. cf SC 166, p. 309s)
« Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu »
« Ayez en main vos lampes allumées » (Lc 12,35). Montrons ainsi, à travers ce signe visible, la joie que nous partageons avec Syméon, qui porte en ses mains la lumière du monde... Soyons ardents par notre dévotion et rayonnants par nos œuvres, et avec Syméon nous porterons le Christ en nos mains... Aujourd'hui l'Église a la coutume si belle de nous faire porter des cierges... Qui donc aujourd'hui, tenant son flambeau allumé à la main, ne se souvient pas du bienheureux vieillard ? En ce jour il a pris en ses bras Jésus, le Verbe présent dans la chair, pareil à la lumière dans la cire, témoignant que c'était lui « la lumière destinée à éclairer les nations ». Syméon était, certes, lui-même « une lampe ardente et brillante », rendant témoignage à la lumière (Jn 5,35 ; 1,7). C'est pour cela qu'il était venu au Temple, conduit par l'Esprit dont il était rempli, « pour recevoir, ô Dieu, ta miséricorde au milieu de ton Temple » (Ps 47,10) et pour proclamer qu'elle était la miséricorde et la lumière de ton peuple.
Ô vieillard rayonnant de paix, tu ne portais pas seulement la lumière en tes mains, tu en étais pénétré. Tu étais si bien illuminé par le Christ que tu voyais à l'avance comment il illuminerait les nations..., comment resplendirait aujourd'hui l'éclat de notre foi. Réjouis-toi maintenant, saint vieillard ; vois aujourd'hui ce que tu avais entrevu par avance : les ténèbres du monde se sont dissipées ; « les nations marchent à sa lumière » ; « toute la terre est remplie de sa gloire » (Is 60,3 ; 6,3).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour la Purification, 2-3 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 396 ; cf SC 166, p 311s)
« Lumière pour éclairer les nations »
Qui, en tenant aujourd'hui un cierge allumé en sa main, ne se rappelle pas aussitôt ce vieillard qui en ce jour a reçu en ses bras Jésus, Verbe dans la chair, lumière dans la cire, et a témoigné qu'il était la lumière qui éclaire tous les peuples ? Et le vieillard était lui-même flamme ardente qui éclaire, rendant témoignage à la lumière, lui qui, dans l'Esprit Saint dont il était rempli, est venu recevoir, ô Dieu, ton Amour au milieu de ton temple (Ps 47,10) et témoigner qu'il est l'Amour et la lumière de ton peuple...
Réjouis-toi, juste vieillard ; vois aujourd'hui ce que tu avais entrevu par avance : les ténèbres du monde sont dissipées, les nations marchent à sa lumière (Is 60,3). La terre entière est remplie de la gloire (Is 6,3) de cette lumière que tu cachais autrefois dans ton cœur et qui aujourd'hui illumine tes yeux... Embrasse, ô saint vieillard, la Sagesse de Dieu, et que ta jeunesse se renouvelle (Ps 102,5). Reçois sur ton cœur la miséricorde de Dieu, et ta vieillesse connaîtra la douceur de la miséricorde. « Il reposera sur mon sein », dit l'Écriture (Ct 1,12). Même quand je le rendrai à sa mère, il demeurera avec moi ; mon cœur sera enivré de sa miséricorde, plus encore le cœur de sa mère... Je rends grâces et je me réjouis pour toi, pleine de grâce, tu as mis au monde la miséricorde que j'ai reçue ; le cierge que tu as préparé, je le tiens en mes mains...
Et vous frères, voyez le cierge qui brûle entre les mains de Syméon, allumez vos cierges en lui empruntant sa lumière... Alors, non seulement vous porterez une lumière entre vos mains, mais vous serez vous-mêmes lumière. Lumière dans vos cœurs, lumière dans vos vies, lumière pour vous, lumière pour vos frères.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour la Purification, 3-5 ; SC 166 (trad. cf SC p. 313s)
« Lumière pour éclairer les nations »
Je rends grâce avec toi et je partage ta joie, Pleine-de-grâce (Lc 1,28) : tu as mis au monde la Miséricorde que j’ai reçue. C’est toi qui as préparé ce cierge que je reçois aujourd'hui dans les mains. C'est toi qui as fourni la cire à cette flamme..., lorsque tu as vêtu d'une chair immaculée le Verbe immaculé, toi sa mère immaculée.
Allons, mes frères ! Voici que ce cierge brûle aujourd'hui entre les mains de Syméon. Venez prendre de la lumière, venez allumer vos cierges, je veux dire ces lampes que le Seigneur veut vous voir tenir entre les mains (Lc 12,35) : « Approchez-vous de lui et soyez illuminés » (Ps 33,6). Ainsi, au lieu seulement de porter un flambeau, tu deviendras un flambeau, rayonnant au-dedans et au-dehors, pour toi et pour ton prochain... Jésus, qui brille entre les mains de Syméon, allumera ta foi, fera briller ton exemple, te suggérera la bonne parole, enflammera ta prière, purifiera ton intention…
Et lorsque s’éteindra la lampe de cette vie, la lumière de la vie qui ne peut pas s’éteindre se lèvera pour toi, en qui brûlent tant de lumières. Ce sera pour toi « comme l’éclat du midi qui se lève au crépuscule » (Jb 11,17). Au moment où tu croyais t’éteindre, tu te « lèveras comme l’étoile du matin » (ibid.) et « tes ténèbres seront comme le milieu du jour » (Is 58,10). Et pourtant « il n’y aura plus de soleil durant le jour et l’éclat de la lune ne t’éclairera plus ; mais le Seigneur sera pour toi lumière éternelle » (Is 60,19), car le flambeau de la nouvelle Jérusalem, c’est l’Agneau (Ap 21,23), à qui soient « bénédiction et resplendissement dans les siècles des siècles ! Amen » (Ap 7,12 Vulg).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour la fête de la Purification de la Vierge Marie, 2.3.5 ; PL 185, 64-65 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 470 ; cf SC 166, p. 315s)
« Mes yeux ont vu ton salut »
Voici, mes frères, entre les mains de Syméon, un cierge allumé. Vous aussi, allumez à ce luminaire vos cierges, je veux dire ces lampes que le Seigneur vous ordonne de tenir dans vos mains (Lc 12,35). « Approchez-vous de lui et soyez illuminés » (Ps 33,6), de manière à être vous-mêmes plus que des porteurs de lampe : des lumières qui brillent au-dedans et au-dehors pour vous et pour votre prochain.
Qu'il y ait donc une lampe dans votre cœur, dans votre main, dans votre bouche ! Que la lampe dans votre cœur brille pour vous-même, que la lampe dans votre main et dans votre bouche brille pour votre prochain. La lampe dans votre cœur est la dévotion inspirée par la foi ; la lampe dans votre main, l'exemple des bonnes œuvres ; la lampe dans votre bouche, la parole qui édifie. Car nous ne devons pas nous contenter d'être des lumières aux yeux des hommes grâce à nos actes et nos paroles, mais il nous faut encore briller devant les anges par notre prière et devant Dieu par notre intention. Notre lampe devant les anges, c'est la pureté de notre dévotion qui nous fait chanter avec recueillement ou prier avec ferveur en leur présence. Notre lampe devant Dieu, c'est la résolution sincère de plaire uniquement à celui devant qui nous avons trouvé grâce...
Afin donc d'allumer toutes ces lampes, laissez-vous illuminer, mes frères, en vous approchant de la source de la lumière, je veux dire Jésus qui brille entre les mains de Syméon. Il veut, assurément, éclairer votre foi, faire resplendir vos œuvres, vous inspirer les mots à dire aux hommes, remplir de ferveur votre prière et purifier votre intention... Et quand la lampe de cette vie s'éteindra..., vous verrez la lumière de la vie qui ne s'éteindra pas se lever et monter le soir comme la splendeur de midi.
ou
Saint Sophrone de Jérusalem ( ?-639), moine, évêque
Homélie pour la fête des lumières ; PG 87c, 3291 (trad. bréviaire rev. ; cf Orval)
« Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jn 12,46)
Allons à la rencontre du Christ, nous tous qui honorons et vénérons son mystère avec ferveur, avançons vers lui de tout notre cœur. Que tous sans exception participent à cette rencontre, que tous y portent leurs lumières. Si nos cierges donnent un tel éclat, c'est d'abord pour montrer la splendeur divine de celui qui vient, celui qui fait resplendir l'univers et l'inonde d'une lumière éternelle qui repousse les ténèbres du mal. C'est aussi et surtout pour manifester avec quelle splendeur de notre âme, nous-mêmes devons aller à la rencontre du Christ. De même, en effet, que la Mère de Dieu, la Vierge très pure, a porté dans ses bras la lumière véritable à la rencontre de « ceux qui gisaient dans les ténèbres » (Is 9,1 ;Lc 1,79), de même, illuminés par ses rayons et tenant en mains une lumière visible pour tous, hâtons-nous à la rencontre du Christ.
C'est évident : puisque « la lumière est venue dans le monde » (Jn 1,9) et l'a illuminé alors qu'il baignait dans les ténèbres, puisque « le Soleil levant qui vient d'en haut nous a visités » (Lc 1,78), ce mystère est le nôtre... Courons donc ensemble, allons tous à la rencontre de Dieu... Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants. Que nul d'entre nous ne demeure à l'écart de cette lumière, comme un étranger ; que nul ne s'obstine à rester plongé dans la nuit. Avançons plutôt vers la clarté ; marchons, illuminés, à sa rencontre et recevons avec le vieillard Syméon cette lumière glorieuse et éternelle. Avec lui, exultons de tout notre cœur et chantons une hymne d'action de grâce à Dieu, Père de la lumière (Jc 1,17), qui nous a envoyé la clarté véritable pour nous tirer des ténèbres et nous rendre resplendissants.
Le salut de Dieu, « qu'il a préparé à la face de tous les peuples » et qu'il a manifesté pour notre gloire de nouvel Israël, voilà que « nous l'avons vu » à notre tour (Lc 2,30s), grâce au Christ. Et aussitôt nous avons été délivrés de la nuit de notre péché, comme Syméon a été délivré des liens de la vie présente en voyant le Christ.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Secrecy and Suddenness of Divine Visitations » PPS t. 2, n° 10
« Mes yeux ont vu ton salut »
Aujourd'hui nous est rappelée l'action silencieuse de la Providence de Dieu. Elle accomplit tranquillement dans le cours du temps des événements prévus depuis longtemps ; en même temps, les visites du Seigneur demeurent soudaines et mystérieuses. Considérez ce qui se passe ici…
Ici, rien d'extraordinaire ni d'impressionnant. Nous savons ce que le monde pense des gens comme les parents de cet enfant, si pauvres, et ces deux vieillards : on les regarde sans intérêt et on passe. Pourtant il s'agit là de la réalisation solennelle d'une prophétie ancienne et prodigieuse. L'enfant qu'on porte sur les bras, c'est le Sauveur du monde, l'héritier authentique, qui vient sous les traits d'un inconnu visiter sa propre maison. L'Écriture avait dit : « Soudain il entrera dans son Temple, le Seigneur que vous cherchez. Qui pourra soutenir le jour de sa venue ?... » (Ml 3,2), et voilà qu'il vient en prendre possession. En plus, le vieillard qui prend l'enfant dans ses bras est comblé des dons de l'Esprit… : joie, action de grâce, espérance, mélangées mystérieusement de crainte, d'effroi et de douleur. Anne aussi…devient prophétesse, et ces témoins auxquels elle s'adresse sont l'authentique Israël qui attend avec foi la rédemption du monde selon les promesses… : « La gloire à venir de ce Temple dépassera celle de l'ancien », avait annoncé un autre prophète (Ag 2,9). La voilà, cette gloire : un petit enfant avec ses parents, deux vieillards et une assemblée sans nom et sans suite. « La venue du Royaume de Dieu ne vient pas de manière visible » (Lc 17,20).
Telle a toujours été la manière de Dieu en ses visites... : le silence, la soudaineté, la surprise au regard du monde, malgré des prédictions connues de tous, celles dont l'Église véritable saisit le sens et attend l'accomplissement... Il ne peut en être autrement. Les avertissements de Dieu sont clairs, mais le monde continue sa course ; engagés dans leurs activités, les hommes ne savent pas discerner le sens de l'histoire... À toute époque le monde reste profane et aveugle ; Dieu cache sa Providence, mais la réalise jour après jour.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon pour la Présentation, §2
« Les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur »
Offre ton fils, Vierge sainte, et présente au Seigneur le fruit béni de ton sein (Lc 1,42). Offre pour notre réconciliation à tous la victime sainte qui plaît à Dieu. Dieu acceptera sans aucun doute cette offrande nouvelle, cette victime de grand prix, dont il a dit lui-même : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour » (Mt 3,17).
Mais cette offrande, frères, semble assez douce : elle est seulement présentée au Seigneur, rachetée par des oiseaux et remportée aussitôt. Viendra le jour où ce Fils ne sera plus offert au Temple, ni dans les bras de Syméon, mais hors de la cité, dans les bras de la croix. Viendra le jour où il ne sera plus racheté par le sang d'une victime, mais où il rachètera les autres par son propre sang... Ce sera le sacrifice du soir. Celui-ci est le sacrifice du matin ; il est joyeux. Mais celui-là sera plus plénier, offert non au temps de la naissance mais dans la plénitude de l'âge. À l'un et à l'autre peut s'appliquer ce qu'avait prédit le prophète : « Il s'est offert, parce que lui-même l'a voulu » (Is 53,10). Aujourd'hui en effet, il s'est offert non parce qu'il avait besoin de l'être, non parce qu'il était sujet de la Loi, mais parce que lui-même l'a voulu. Et sur la croix de même, il s'offrira non parce qu'il avait mérité la mort, non parce que ses ennemis avaient pouvoir sur lui, mais parce que lui-même l'a voulu.
C'est donc « volontairement que je t'offrirai un sacrifice », Seigneur (Ps 53,8), parce que c'est volontairement que tu t'es offert pour mon salut... Nous aussi, frères, offrons-lui ce que nous avons de meilleur, c'est à dire nous-mêmes. Lui, il s'est offert lui-même, et toi, qui es-tu pour hésiter à t'offrir tout entier ?
ou
Saint Bernard (1091-1153)
moine cistercien et docteur de l'Église
3ème Sermon pour le Jour de la Purification de la Sainte Vierge (Lectures pour chaque jour de l’année II, Prière du Temps présent, éd. du Cerf, 1971, p. 144 ; rev.)
Offrons ce que nous avons de meilleur !
Offrez votre fils, vierge consacrée, et présentez au Seigneur le fruit béni de vos entrailles. Offrez pour notre réconciliation à tous, la victime sainte, qui plaît à Dieu. (…)
Mais cette offrande-ci, mes frères, semble assez douce ; elle est seulement présentée au Seigneur, rachetée par des oiseaux et remportée aussitôt. Viendra le jour où ce fils ne sera plus offert dans le Temple, ni dans les bras de Siméon, mais hors de la cité, dans les bras de la croix. Viendra le jour où il ne sera plus racheté par le sang d’une victime, mais rachètera les autres par son sang, parce que Dieu l’a envoyé comme rédemption pour son peuple. Ce sera le sacrifice du soir ; celui-ci est le sacrifice du matin ; celui-ci est plus joyeux, mais celui-là sera plus plénier ; car celui-ci est offert au temps de la naissance, et celui-là sera offert à la plénitude de l’âge. (…)
Mais qu’offrons-nous, mes frères, que lui rendons-nous pour tous les biens qu’il nous a donnés ? Lui, il a offert pour nous la victime la plus précieuse qu’il avait ; en réalité il ne pouvait y en avoir de plus précieuse. Nous aussi, donc, faisons ce que nous pouvons, offrons-lui ce que nous avons de meilleur, c’est-à-dire ce que nous sommes, nous-mêmes. Lui, il s’est offert lui-même : et toi, qui es-tu pour hésiter à t’offrir toi-même ?
Qui pourrait m’accorder qu’une si grande majesté daigne recevoir mon offrande ? Je n’ai que deux petites choses à offrir, Seigneur, mon corps et mon âme : puissé-je vous les offrir parfaitement en sacrifice de louange ! C’est un bien pour moi et c’est beaucoup plus glorieux et plus utile d’être offert à vous, que d’être laissé à moi-même. Car en moi-même, mon âme est troublée, mais en vous, mon esprit tressaillira de joie, s’il vous est véritablement offert.


14 février - Fête des saints Cyrille, moine, et Méthode, évêque, patrons de l'Europe
Commentaire de l’Évangile
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Audience générale du 17/06/2009 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
Les apôtres des slaves
Je voudrais parler aujourd'hui des saints Cyrille et Méthode, frères de sang et dans la foi, appelés apôtres des slaves. [Ils sont nés] à Thessalonique…, [mais] ont été envoyés en Moravie par l'empereur Michel III, à qui le prince moldave Ratislav avait adressé une requête précise : « Notre peuple, depuis qu'il a rejeté le paganisme, observe la loi chrétienne ; mais nous n'avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la foi véritable dans notre langue. » La mission a connu très vite un succès insolite…
Toutefois, cela a suscité l'hostilité du clergé franc, qui était arrivé précédemment en Moravie... Pour se justifier, en 867 les deux frères se sont rendus à Rome. Au cours du voyage, ils se sont arrêtés à Venise, où une discussion animée a eu lieu avec…ceux qui considéraient qu'il n'y avait que trois langues dans lesquelles on pouvait licitement louer Dieu : l'hébreu, le grec et le latin. Bien sûr, les deux frères se sont opposés à cela avec force. À Rome...le pape avait compris la grande importance de leur mission exceptionnelle. À partir du milieu du premier millénaire, en effet, les slaves s'étaient installés en très grand nombre sur ces territoires placés entre les deux parties de l'empire romain, orientale et occidentale, qui étaient déjà en tension entre elles. Le pape a compris que les peuples slaves auraient pu jouer le rôle de pont, contribuant ainsi à maintenir l'union entre les chrétiens de l'une et l'autre partie de l'empire. Il n'a donc pas hésité à approuver la mission des deux frères dans la Grande Moravie, en acceptant l'usage de la langue slave dans la liturgie…
En effet, Cyrille et Méthode constituent un exemple classique de ce que l'on indique aujourd'hui par le terme d’ »inculturation » : chaque peuple doit introduire dans sa propre culture le message de la révélation et exprimer la vérité du salut en sa propre langue. Cela suppose un travail de traduction exigeant, car il faut trouver les termes adaptés pour reproposer, sans la trahir, la richesse de la Parole révélée. Les deux saints frères ont laissé de cela un témoignage significatif au plus haut point, vers lequel l'Église se tourne aujourd'hui aussi, pour en tirer son inspiration et son orientation.
ou
Saint Jean-Paul II
Discours du 11/10/1985 au 6ème symposium des évêques d'Europe (trad. DC 1033)
L'Orient et l'Occident, les deux poumons du corps de l'Église
Depuis le début de l'ère apostolique, qui a semé l'Évangile sur cette terre d'Europe et l'a irriguée par le sang des martyrs, s'est développé ce processus pluri-séculaire, continu et fécond, qui a imprégné l'Europe de la sève chrétienne. Les saints patrons de l'Europe, saint Benoît et les saints Cyrille et Méthode sont, de manière particulière, des témoins de ce processus. Le charisme propre de leur œuvre évangélisatrice consiste dans le fait qu'ils ont posé des germes, qu'ils ont fait naître des formes et des styles d'incarnation de l'Évangile dans le tissu culturel et social et dans l'esprit des peuples européens qui étaient en train de se former... Ces saint patrons...restent aussi un modèle et une inspiration actuels pour nous, parce que l'œuvre d'évangélisation, dans la situation particulière où l'Europe se trouve aujourd'hui, est appelée à proposer une nouvelle synthèse créatrice entre Évangile et vie.
Il faut être conscient de l'importance de greffer l'évangélisation renouvelée sur ces racines communes de l'Europe... Ces racines chrétiennes sont particulièrement riches et inspiratrices, parce qu'elles s'appuient sur la même foi, se réfèrent à la même Église indivise... D'autre part, nous devons aussi considérer que ces racines communes sont doubles. Car elles ont pris la forme de deux courants de traditions chrétiennes théologiques, liturgiques, ascétiques, et de deux modèles de culture, divers, non pas opposés mais au contraire complémentaires et qui s'enrichissent mutuellement. Benoît a imprégné la tradition chrétienne et culturelle de l'Occident de l'esprit de la latinité, plus logique et rationnel ; Cyrille et Méthode sont les représentants de l'antique culture grecque, plus intuitive et mystique, et sont vénérés comme les pères de la tradition des peuples slaves.
Il nous appartient de recueillir l'héritage de cette pensée riche et complémentaire et de trouver les moyens et les méthodes appropriés pour son actualisation et une communication spirituelle plus intense entre l'Orient et l'Occident.
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Saint Jean Paul II : Homélie du 14/2/85 (trad. DC 1893, p. 367 copyright © Libreria Editrice Vaticana)
Saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, apôtres de l'unité
La grande mission de ces deux frères s'est terminé avec la mort de Méthode en l'an 885 ; son frère Constantin-Cyrille était mort seize ans auparavant, ici à Rome. À ces deux grands apôtres, le Pasteur éternel a confié l'œuvre de l'Évangile parmi les Slaves. Ils sont devenus les premiers évangélisateurs des peuples qui habitent la partie orientale et la partie méridionale de l'Europe. Ils sont devenus les pères de leur foi et de leur culture...
Vers la moitié du IXe siècle et au cours de la période qui a suivi immédiatement, approchait le moment de la maturité politique et culturelle du grand ensemble des peuples slaves, celui de leur entrée comme protagonistes dans la convivialité internationale, dans le système qui prenait la succession de l'ancien Empire romain. C'était aussi cependant le moment où la civilisation ancienne se rompait et se fragmentait, où les tensions entre l'Orient et l'Occident se transformaient en divisions et, bientôt, en séparations. Les Slaves sont entrés sur la scène du monde en s'insérant entre ces deux parties et, par la suite, ont fait par eux-mêmes l'expérience des effets tragiques du schisme ; eux aussi ont été divisés comme le monde européen était alors divisé.
C'est pourquoi nous devons admirer d'autant plus la clairvoyance spirituelle des deux saints frères qui ont décidé courageusement de construire un pont idéal là même où le monde de leur époque creusait au contraire des fossés de séparation et de déchirement. « Cyrille et Méthode, ai-je écrit dans la lettre apostolique du 31 décembre 1980 par laquelle je les proclamais patrons célestes de toute l'Europe, accomplirent leur service missionnaire en union tant avec l'Église de Constantinople par laquelle ils avaient été envoyés qu'avec le Siège romain de Pierre dont ils reçurent appui et soutien, manifestant ainsi l'unité de l'Église qui, à l'époque où ils vécurent et où ils déployèrent leur activité, n'était pas frappée du malheur de la division entre l'Orient et l'Occident, malgré les graves tensions qui, en ce temps, marquèrent les relations entre Rome et Constantinople. »
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Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Discours du 22/05/1970 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Saint Cyrille et l'alphabet cyrillique
Nous sommes très heureux de...commémorer le grand saint Cyrille, qui avec son frère saint Méthode est justement honoré comme apôtre des Slaves et fondateur de la littérature slave. Cyrille a été un grand apôtre qui a su réaliser d'une manière remarquable l'équilibre entre les exigences de l'unité et la légitimité de la diversité. Il s'est appuyé sur un principe traditionnel et immuable : l'Église respecte et assume toutes les virtualités, toutes les ressources, toutes les formes de vie des peuples auxquels elle annonce l'Évangile du Seigneur, en les purifiant, en les fortifiant, en les élevant. C'est ainsi que les saints Cyrille et Méthode ont pu faire en sorte que la révélation du Christ, la vie liturgique et la vie spirituelle chrétiennes se sont trouvées « chez elles » dans la culture et la vie des grands peuples slaves.
Mais que d'efforts il a fallu à Cyrille pour être capable de mener à bien une telle œuvre ! Sa pénétration de la langue et de la culture des peuples slaves étaient le fruit d'études longues et persévérantes, d'une abnégation continuelle, servie par un génie peu commun qui a su fournir à cette langue et à cette culture le premier alphabet... Ce faisant il a jeté la base d'un immense développement littéraire et culturel qui n'a jamais cessé de s'amplifier et de se diversifier jusqu'à nos jours... Que saint Cyrille, l'homme de la tradition qui reste toujours un exemple pour les hommes d'aujourd'hui dans leurs efforts de s'adapter aux changements qui se produisent, [nous] inspire dans [nos] efforts pour la concorde et la paix entre peuples de diverses cultures et traditions.
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Saint Jean-Paul II
Encyclique Slavorum apostoli, § 12-15 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Ut unum sint -- qu'ils soient un » (Jn 17,21)
La caractéristique que je désire particulièrement souligner dans l'action menée par les apôtres des Slaves, Cyrille et Méthode, c'est leur manière pacifique d'édifier l'Église, inspirés qu'ils étaient par leur conception de l'Église une, sainte et universelle... Dès leur époque, les divergences entre Constantinople et Rome avaient commencé à devenir des motifs de désunion, même si la déplorable scission entre les deux parties de la même chrétienté ne devait se produire que plus tard...
Il est singulier et admirable de voir comment les deux saints Cyrille et Méthode, œuvrant dans des situations si complexes et si précaires, n'essayèrent d'imposer aux peuples slaves à qui ils devaient prêcher ni l'indiscutable supériorité de la langue grecque et de la culture byzantine, ni les usages et les comportements de la société plus avancée dans lesquels ils avaient été formés et auxquels ils restaient évidemment attachés et habitués. Poussés par le grand désir de réunir dans le Christ les nouveaux croyants, ils adaptèrent à la langue slave les textes riches et raffinés de la liturgie byzantine et harmonisèrent à la mentalité et aux coutumes des peuples nouveaux les élaborations subtiles et complexes du droit gréco-romain...
Eux qui étaient sujets de l'Empire d'Orient et fidèles dépendant du Patriarcat de Constantinople, ils pensèrent qu'il était de leur devoir de rendre compte au Pontife romain de leur travail missionnaire et de soumettre à son jugement, pour en obtenir l'approbation, la doctrine qu'ils professaient et enseignaient, les livres liturgiques composés en langue slave et les méthodes adoptées pour l'évangélisation de ces peuples. Ayant entrepris leur mission sur le mandat de Constantinople, par la suite, ils cherchèrent, en un sens, à la faire confirmer en se tournant vers le Siège apostolique de Rome, centre visible de l'unité de l'Église...
On peut dire que l'invocation de Jésus dans sa prière sacerdotale « ut unum sint -- qu'ils soient un » (Jn 17,21) représente leur devise missionnaire, dans l'esprit des paroles du psalmiste : « Louez le Seigneur, toutes les nations, louez-le, vous tous les peuples ! » (Ps 116,1) Pour nous, les hommes d'aujourd'hui, leur apostolat exprime aussi un appel œcuménique : il invite à reconstruire, dans la paix de la réconciliation, l'unité qui a été gravement compromise après l'époque des saints Cyrille et Méthode et, en tout premier lieu, l'unité entre l'Orient et l'Occident.
Il ne paraît donc nullement anachronique de voir dans les saints Cyrille et Méthode les précurseurs authentiques de l'œcuménisme, car ils ont voulu efficacement éliminer ou diminuer toutes les divisions véritables ou seulement apparentes entre les diverses communautés appartenant à la même Église...
La sollicitude fervente que les deux frères ont montrée — et particulièrement Méthode, en raison de sa responsabilité épiscopale — pour garder l'unité de la foi et de l'amour entre les Églises dont ils faisaient partie, c'est-à-dire l'Église de Constantinople et l'Église romaine d'une part, et les Églises naissantes en terre slave d'autre part, a été et restera toujours leur grand mérite... Dans cette période agitée, marquée également par des conflits armés entre peuples chrétiens voisins, les saints frères de Thessalonique ont gardé une fidélité ferme et très vigilante à la juste doctrine et à la tradition de l'Église parfaitement unie... Méthode, en particulier, n'hésitait pas à faire face aux incompréhensions, aux oppositions et même aux diffamations et aux persécutions physiques, plutôt que de manquer à son loyalisme ecclésial exemplaire... À cause de cela, il restera toujours un maître pour tous ceux qui, à n'importe quelle époque, cherchent à atténuer les différends en respectant la plénitude multiforme de l'Église qui, conformément à la volonté de son fondateur Jésus Christ, doit être toujours une, sainte, catholique et apostolique.
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Saint Jean-Paul II
Homélie du 14/02/85 (trad. DC 1893, p. 367 © Libreria Editrice Vaticana)
Saints Cyrille et Méthode, missionnaires sachant lire « les signes des temps » (Vatican II, Gaudium et spes)
Le désir intense de l'union spirituelle entre tous les croyants dans le Christ a inspiré les deux saints frères Cyrille et Méthode dans leur mission à laquelle ils ont assigné pour but de faire des peuples évangélisés par eux, dans l'Europe naissante, un lien d'union entre l'Orient et l'Occident. Pour cela, Cyrille et Méthode ont décidé de traduire en langue slave les livres saints, « jetant ainsi les bases de toute la littérature que ces mêmes peuples devaient développer dans leur langue »... Louer Dieu dans sa propre langue, être conscients de l'identité nationale et culturelle propre, assurer l'union la plus profonde entre tous les chrétiens, soit de l'Orient soit de l'Occident : n'est-ce pas là le programme missionnaire confirmé et recommandé encore récemment par le Concile Vatican II ?
Le fait qu'un tel programme a été approuvé et encouragé par le Siège romain il y a déjà onze siècles a été certainement un des grands « signes des temps » qui annonçaient à l'avance un nouveau visage de l'Europe naissante. Malgré les hauts et les bas, et les grandes difficultés qui se sont produites au cours de l'histoire, nous pouvons reconnaître que la liturgie slave et la culture qui s'est édifiée sur les bases jetées par les deux saints frères sont encore aujourd'hui un témoignage indéniable de la continuité vivante de l'héritage de Cyrille et de Méthode. Même le désir de la pleine union des chrétiens s'est fait souvent sentir parmi les peuples slaves, spécialement dans les époques difficiles.
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Saint Jean-Paul II
« La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux »
Cyrille et Méthode ont été deux ouvriers authentiques dans le champ du Seigneur ; l'Église exalte leur action apostolique méritoire. Elle est consciente d'avoir encore plus besoin aujourd'hui de chrétiens capables de contribuer à l'annonce du message de salut du Christ Jésus par leur engagement, leur énergie, leur enthousiasme.
Mais l'Église est également consciente d'avoir besoin d'âmes totalement, exclusivement consacrées à la prédication de l'Évangile, à l'action missionnaire. Elle a besoin de prêtres, de religieux, de religieuses, d'hommes et de femmes qui renoncent généreusement et joyeusement à leur famille, leur patrie, leurs biens et leurs affections humaines, afin de consacrer leur vie entière à travailler et à souffrir pour l'Évangile.
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Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Ut unum sint », 19 (trad. copyright © Libreria Editrice Vaticana)
Saints Cyrille et Méthode, apôtres des slaves
La doctrine doit être présentée d'une manière qui la rende compréhensible à ceux auxquels Dieu lui-même la destine. Dans l'encyclique « Slavorum apostoli » j'ai rappelé que, pour ce motif même, Cyrille et Méthode se sont employés à traduire les notions de la Bible et les concepts de la théologie grecque dans le contexte d'une pensée et d'expériences historiques très différentes.
Ils voulaient que l'unique parole de Dieu soit « rendue ainsi accessible selon les moyens d'expression propres à chaque civilisation ». Ils ont compris donc qu'ils ne pouvaient pas « imposer aux peuples à qui ils devaient prêcher ni la supériorité indiscutable de la langue grecque et de la culture byzantine, ni les usages et les comportements de la société plus avancée dans laquelle ils avaient été formés ». Ils mettaient en pratique « la parfaite communion dans l'amour [qui] préserve l'Église de toute forme de particularisme et d'exclusivisme ethnique ou de préjugé racial, comme de toute arrogance nationaliste ».
Cyrille, mourant, priait ainsi : « Seigneur Dieu, fais grandir ton Église et rassemble tous les hommes dans l'unité. Établis tes élus dans la concorde de la vraie foi et la droite confession de celle-ci ; fais pénétrer tes paroles dans leur cœur afin qu'ils se consacrent à ce qui est bien et t'est agréable. »
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur la moisson abondante, 10,3 ; PG 63, 515-524 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 108)
« La moisson est abondante... Priez donc le Maître d'envoyer des ouvriers »
Quand l'agriculteur sort de chez lui pour aller faire la moisson, il déborde de joie et resplendit de bonheur. Il n'envisage ni les peines ni les difficultés qu'il pourra rencontrer. Ayant en tête la moisson qui va lui revenir, il court, il se hâte de faire la récolte annuelle. Absolument rien ne peut le retenir, l'empêcher ou le faire douter de l'avenir : ni pluie, ni grêle, ni sécheresse, ni légions de sauterelles malfaisantes. Ceux qui s'apprêtent à moissonner ne connaissent pas ces inquiétudes, si bien qu'ils se mettent au travail en dansant et en bondissant de joie.
Vous devez être comme eux et aller par toute la terre avec une joie beaucoup plus grande encore. C'est la moisson qui l'emporte. La moisson que vous avez à faire est très facile, elle vous attend sur des champs tout préparés. Le seul effort qui vous est demandé est de parler. Prêtez-moi votre langue, dit le Christ, et vous verrez le grain mûr entrer dans les greniers du roi.
C'est pourquoi il envoie ses disciples en disant : « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). C'est lui qui rendait faciles les choses difficiles. Les apôtres réalisaient d'une manière visible la parole du prophète « Moi, je marcherai devant toi et j'aplanirai les hauteurs » (Is 45,2). Le Christ marchait devant eux, et il rendait la route facile.


22 février - Chaire de saint Pierre, Apôtre, fête
Commentaire de l’Évangile
Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome (v. 345-407)
prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Sur l’apôtre Pierre et le prophète Élie (Le Saint Prophète Élie, coll. Spiritualité orientale n° 53, éd. Bellefontaine, 1992, p. 99-100 ; rev.)
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16,18)
Pierre devait recevoir en dépôt les clefs de l’Église, ou plutôt, les clefs des cieux, et il devait se voir confier le nombreux peuple. Que lui dit en effet le Seigneur ? « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16,19). Car Pierre avait un caractère quelque peu abrupt ; s’il avait été sans péché, quel pardon les disciples auraient-ils reçu de sa part ? C’est pour cette raison que la grâce divine l’a laissé tomber dans quelque faute, pour que sa propre épreuve le rende bienveillant envers les autres.
Tu vois comment Dieu peut laisser quelqu’un tomber dans le péché : ce Pierre, le coryphée des apôtres, le fondement inébranlable, le roc indestructible, le premier de l’Église, le port inexpugnable, la tour inébranlable, ce Pierre qui avait dit au Christ : « Même si je devais mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26,35), Pierre qui, par une révélation divine avait confessé la vérité : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 26,35). (…)
Mais, comme j’ai dit, Dieu en disposa ainsi et permit à Pierre de pécher, parce qu’il avait en vue de lui confier un peuple nombreux, et il craignit que sa rudesse, jointe à son impeccabilité, ne le rende impitoyable envers ses propres frères. Il succomba au péché, afin qu’au souvenir de sa propre faute, et de la bienveillance du Seigneur, il pût témoigner envers les autres d’une grâce de philanthropie, conformément au dessein divin conçu par Dieu. La chute a été permise à celui qui allait se voir confier l’Église, la colonne des Églises, le port de la foi, la chute a été permise à Pierre, le docteur de l’univers, pour que le pardon reçu demeure le fondement de l’amour des autres.
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Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église « Lumen gentium » §22
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église »
C'est par une disposition semblable que saint Pierre et les autres apôtres constituent, par ordre du Seigneur, un seul collège apostolique, et que le pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, sont unis entre eux. Déjà la règle très ancienne selon laquelle les évêques du monde entier communiaient entre eux et avec l'évêque de Rome dans le lien de l'unité, de la charité et de la paix, et aussi les conciles rassemblés pour statuer en commun, après mûre délibération, sur certains points de grande importance, indiquent le caractère et la nature collégiale de l'ordre épiscopal. D'ailleurs, les conciles œcuméniques réunis au cours des siècles le confirment jusqu'à l'évidence. C'est ce même caractère que révèle déjà l'usage, introduit très tôt, de convoquer plusieurs évêques pour les faire participer à l'élévation du nouvel élu au ministère du sacerdoce suprême. On est constitué membre du corps épiscopal en vertu de la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique avec le chef du collège et avec les membres.
Le collège ou corps épiscopal n'a cependant d'autorité que si on le conçoit comme uni à son chef, le pontife romain, successeur de Pierre, qui conserve intégralement sa primauté sur tous, tant pasteurs que fidèles. En effet, le pontife romain, en vertu de son office qui est celui de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Église, a sur celle-ci un pouvoir plénier, suprême et universel, qu'il peut toujours exercer en toute liberté. D'autre part, l'ordre des évêques, qui succède au collège des apôtres dans le magistère et le gouvernement pastoral, en qui même se perpétue le corps apostolique, uni à son chef le pontife romain et jamais sans ce chef, est également sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l'Église. Ce pouvoir ne peut être exercé qu'avec le consentement du pontife romain. C'est le seul Simon que le Seigneur a établi comme rocher et porteur des clefs de l'Église et qu'il a fait pasteur de tout son troupeau (Jn 21, 15s) ; mais la charge de lier et de délier qui a été confiée à Pierre (Mt 16, 19), on la voit également impartie au collège des apôtres uni à son chef (Mt 18, 18 ; 28, 16-20). Ce collège, en tant qu'il est composé de plusieurs membres, reflète la variété et l'universalité du Peuple de Dieu ; et en tant qu'il est rassemblé sous un seul chef, il signifie l'unité du troupeau du Christ.
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Pape Benoît XVI : Audience générale du 7/6/06 (trad. DC 2361, p.614 copyright © Libreria Editrice Vaticana)
La foi de Saint Pierre, pierre de fondement pour l'Église
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux: tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Les trois métaphores auxquelles recourt Jésus sont très claires : Pierre sera le fondement, le roc, sur lequel s'appuiera l'édifice de l'Église ; il aura les clefs du Royaume des cieux pour ouvrir ou fermer à celui qui lui semblera juste ; enfin, il pourra lier ou délier, en ce sens qu'il pourra établir ou interdire ce qu'il pensera être nécessaire à la vie de l'Église, qui est et reste l'Église du Christ...
On rencontre également, après la résurrection, cette prééminence que Jésus a voulu conférer à Pierre (Mc 16, 7; Jn 20, 2.4-6)... Pierre sera, parmi les apôtres, le premier témoin d'une apparition du Ressuscité (Lc 24, 34 ; 1Co 15, 5). Son rôle, qui est souligné avec décision (Jn 20, 3-10), marque la continuité entre la prééminence qu'il a eue dans le groupe apostolique et la prééminence qu'il continuera à avoir dans la communauté née avec les événements de Pâques... Plusieurs des textes clef qui se rapportent à Pierre peuvent être ramenés au contexte de la dernière Cène, au cours de laquelle le Christ confère à Pierre le ministère de confirmer ses frères (Lc 22, 31s)...
Cette contextualisation du primat de Pierre à le dernière Cène, au moment où est instituée l'Eucharistie, Pâque du Seigneur, indique en plus le sens ultime de ce primat : Pierre, pour tous les temps doit être le gardien de la communion avec le Christ. Il doit conduire à la communion avec le Christ. Il doit se préoccuper que le filet ne se rompe pas (Jn 21, 11) et que la communion universelle puisse ainsi perdurer. C'est seulement ensemble que nous pouvons être avec le Christ, qui est le Seigneur de tous. La responsabilité de Pierre est de garantir ainsi la communion avec le Christ par la charité du Christ en conduisant à la réalisation de cette charité dans la vie de chaque jour. Prions pour que la primauté de Pierre, confiée à de pauvres personnes humaines, puisse toujours être exercée en ce sens originel voulu par le Seigneur, et pour qu'elle puisse ainsi être toujours plus reconnue en son sens véritable par les frères qui ne sont pas encore en pleine communion avec nous.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon attribué (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 399)
« Tu t'appelleras Pierre » (Jn 1,42)
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Ce nom de Pierre lui est donné parce que, le premier, il posa parmi les nations les fondements de la foi et qu'il est le rocher indestructible sur lequel reposent les assises et l'ensemble de l'édifice de Jésus Christ. C'est pour sa fidélité qu'il est appelé Pierre, tandis que le Seigneur reçoit ce même nom pour sa puissance, selon la parole de saint Paul : « Ils buvaient l'eau de la pierre spirituelle qui les suivait, et cette pierre est Jésus Christ » (1Co 10,4). Oui, il méritait de partager un même nom avec le Christ, l'apôtre choisi pour être le coopérateur de son œuvre. Ensemble, ils ont construit le même édifice. C'est Pierre qui plante, c'est le Seigneur qui donne l'accroissement, c'est le Seigneur aussi qui envoie ceux qui devront arroser (cf 1Co 3,6s).
Vous le savez, frères très aimés, c'est à partir de ses propres fautes, au moment où souffrait son Sauveur, que le bienheureux Pierre a été élevé. C'est après qu'il a renié le Seigneur qu'il est devenu auprès de lui le premier. Rendu plus fidèle en pleurant sur la foi qu'il avait trahie, il a reçu une grâce plus grande encore que celle qu'il avait perdue. Le Christ lui a confié son troupeau pour le conduire comme le bon berger et, lui qui avait été si faible, il devenait maintenant le soutien de tous. Lui qui, interrogé sur sa foi, avait succombé, il fallait qu'il établisse les autres sur le fondement inébranlable de la foi. C'est pourquoi il est appelé la pierre fondamentale de la piété des Églises.
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Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon pour l'anniversaire de son ordination épiscopale
« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »
Frères, lorsqu'il s'agit de remplir les devoirs de ma charge épiscopale, je découvre que je suis à la fois faible et lâche, alourdi par la fragilité de ma propre condition alors que je désire agir avec générosité et courage. Cependant je puise ma force dans l'intercession inlassable du Prêtre tout-puissant et éternel qui, semblable à nous mais égal au Père, a abaissé sa divinité jusqu'au niveau de l'homme et a élevé l'humanité jusqu'au niveau de Dieu. Je trouve une joie juste et sainte dans les dispositions qu'il a prises. En effet, s'il a délégué à de nombreux pasteurs le soin de son troupeau, il n'a pas abandonné la garde de ses brebis bien aimées. Grâce à cette assistance fondamentale et éternelle, j'ai reçu à mon tour la protection et l'appui de l'apôtre Pierre qui n'abandonne pas sa fonction lui non plus. Ce fondement solide, sur lequel s'élève toute la hauteur de l'Église, ne se lasse jamais de porter la masse de l'édifice qui repose sur lui.
Elle ne défaille jamais, la fermeté de cette foi pour laquelle le premier des apôtres a été loué. De même que tout ce que Pierre a professé dans le Christ demeure, de même demeure ce que le Christ a établi en Pierre... La disposition voulue par la vérité de Dieu demeure. Saint Pierre persévère dans la solidité qu'il a reçue ; il n'a pas abandonné le gouvernail de l'Église qui a été remis entre ses mains. Voilà, mes frères, ce qu'a obtenu cette profession de foi inspirée par Dieu le Père dans le cœur de l'apôtre ; il a reçu la solidité d'une pierre qu'aucun assaut ne peut ébranler. Dans l'Église entière, Pierre dit chaque jour : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
4e sermon pour l'anniversaire de son ordination, PL 54, 14a (trad. cf SC 200, p. 269)
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Rien n'échappait à la sagesse et à la puissance du Christ : les éléments de la nature étaient à son service, les esprits lui obéissaient, les anges le servaient... Et pourtant dans tout l'univers, Pierre seul est choisi pour présider à l'appel de tous les peuples, à la direction de tous les apôtres et de tous les Pères de l'Église. Ainsi, bien qu'il y ait dans le peuple de Dieu beaucoup de prêtres et beaucoup de pasteurs, Pierre en personne les gouvernerait tous, alors que le Christ les gouverne aussi à titre de chef...
Le Seigneur demande à tous les apôtres quelle est l'opinion des hommes à son sujet. Et ils disent tous la même chose aussi longtemps qu'ils exposent les doutes venus de l'ignorance humaine. Mais lorsque le Seigneur exige de connaître le sentiment des disciples eux-mêmes, le premier à confesser le Seigneur est celui qui est le premier dans la dignité d'apôtre. Comme il avait dit : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui répond : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». C'est-à-dire : Heureux es-tu parce que c'est mon Père qui t'a enseigné ; l'opinion de la terre ne t'a pas égaré, mais c'est une inspiration du ciel qui t'a instruit ; ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont permis de me découvrir, mais celui dont je suis le Fils unique.
« Et moi, je te le déclare », c'est-à-dire : De même que mon Père t'a manifesté ma divinité, de même moi je te fais connaître ta supériorité. « Tu es Pierre », c'est-à-dire : Moi je suis le rocher inébranlable, la pierre d'angle qui de deux peuples n'en fait qu'un seul (Ep 2,14), le fondement en dehors duquel personne ne peut en poser d'autre (1Co 3,11), mais toi aussi, tu es pierre, car tu es solide par ma force, et ce que j'ai en propre par ma puissance, tu l'as en commun avec moi du fait que tu y participes. « Sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Sur la solidité de ce fondement, dit-il, je construirai un temple éternel, et mon Église, dont le sommet doit être introduit au ciel, s'élèvera sur la fermeté de cette foi.
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Catéchisme de l'Église catholique § 880-885
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Le collège épiscopal et son chef, le Pape : le Christ, en instituant les Douze, « leur donna la forme d'un collège, c'est-à-dire d'un groupe stable, et mit à leur tête Pierre, choisi parmi eux ». « De même que S. Pierre et les autres apôtres constituent de par l'institution du Seigneur un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout. »
Le Seigneur a fait du seul Simon, auquel il donna le nom de Pierre, la pierre de son Église. Il lui en a remis les clefs ; il l'a institué pasteur de tout le troupeau (Jn 21,15s). « Mais cette charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée, sans aucun doute, au collège des apôtres unis à leur chef. » Cette charge pastorale de Pierre et des autres apôtres appartient aux fondements de l'Église. Elle est continuée par les évêques sous la primauté du Pape.
Le Pape, évêque de Rome et successeur de S. Pierre, « est principe perpétuel et visible et fondement de l'unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles ». « En effet, le Pontife romain a sur l'Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu'il peut toujours librement exercer. »
« Le collège ou corps épiscopal n'a d'autorité que si on l'entend comme uni au Pontife romain, comme à son chef. » Comme tel, ce collège est « lui aussi le sujet d'un pouvoir suprême et plénier sur toute l'Église, pouvoir cependant qui ne peut s'exercer qu'avec le consentement du Pontife romain ». « Le Collège des évêques exerce le pouvoir sur l'Église tout entière de manière solennelle dans le Concile Oecuménique. » « Il n'y a pas de Concile Oecuménique s'il n'est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre. » « Par sa composition multiple, ce collège exprime la variété et l'universalité du Peuple de Dieu ; il exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l'unité du troupeau du Christ. »
(références : Vatican II : LG 22,23)
ou
Innocent III (pape de 1198 à 1216)
Sermon 21 ; PL 217, 550 (trad. Orval)
Sur cette pierre je bâtirai mon Église
« Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n'est pas la chair ni le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux », lui qui habite les cœurs purs et les illumine de la lumière de sa vérité. Cette lumière est « cachée aux sages et révélée aux petits » (Mt 11,25) parmi lesquels se trouve Pierre, éloigné de tout orgueil...
Le bonheur de Pierre est avant tout une question de connaissance et d'amour, c'est-à-dire de foi et de charité... Le Seigneur les a requises toutes les deux de Pierre : la foi lorsqu'il lui a remis les clés, la charité lorsqu'il lui a confié ses brebis. Au moment de lui remettre les clés, il l'interroge sur sa foi : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Et Pierre de répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Au moment de lui confier ses brebis, le Seigneur l'interroge sur sa charité : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Et lui de répondre : « Seigneur, tu sais bien que je t'aime » (Jn 21,15)...
En ce qui concerne la foi de Pierre..., le Seigneur ne l'a pas laissé périr dans aucune des épreuves qu'elle devait traverser. Au temps de sa Passion il dit à Pierre : « Simon, Satan a réclamé le droit de vous secouer comme le blé dans un crible, mais j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu te seras ressaisi, affermis tes frères » (Lc 22,31s). Même si à un certain moment il a hésité, ce qui lui a valu ce reproche du Seigneur : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14,31), sa foi est revenu à sa fermeté première et il a été sauvé du péril de la mer.
Cette foi véritable et sainte ne vient pas de la créature humaine mais de la révélation divine... Sur cette foi l'Église est fondée comme sur un roc... Pierre reçoit là un double honneur : il devient fondement et tête de l'Église. En effet, bien que le Christ soit le premier et principal fondement, selon cette parole de l'apôtre Paul : « Le fondement est posé ; personne ne peut en poser d'autre, et c'est le Christ » (1 Co 3,11), il y a cependant d'autres fondements, moins importants : les apôtres et les prophètes. « Car vous êtes construits, dit saint Paul, sur le fondement des apôtres et des prophètes » (Ep 2,20). Et parmi eux saint Pierre est le principal et le premier.

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