3e SEMAINE DE L’AVENT. MERCREDI
18. LES SIGNES
— Le Seigneur se fait connaître par des signes suffisamment clairs lorsqu’on adopte de bonnes dispositions intérieures.
— La vision surnaturelle éclaire les événements de la vie.
— Conversion de l’âme pour rencontrer Jésus dans ses occupations quotidiennes.
I. L’Évangile de la messe[01] d’aujourd’hui nous présente deux disciples du Baptiste qui demandent à Jésus : Es-tu le Messie qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
Et à cette occasion Jésus guérit beaucoup de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais, et il rendit la vue à beaucoup d’aveugles. Ensuite il répond aux envoyés : Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent… Il n’y en a pas un autre à attendre : Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre[02]. C’est ce que déclare aussi la première lecture : Il est arrivé, celui qui apporte le bonheur que nous attendons, celui qui peut satisfaire toutes les aspirations de l’âme. « Celui qui trouve Jésus trouve un trésor… Et celui qui perd Jésus perd beaucoup, beaucoup plus que le monde entier. Celui qui vit sans Jésus est pauvre et celui qui est avec Jésus est riche.[03] » Qu’y a-t-il de plus élevé à chercher ? Il vient comme un trésor caché[04], comme une perle précieuse[05], celle qu’on apprécie à sa juste valeur.
Caché aux yeux des hommes qui l’attendaient, il naît dans une crèche, et des bergers, des hommes à l’âme simple, seront ses premiers adorateurs. Leur simplicité leur permettra de voir l’Enfant qu’on leur a annoncé, de se rendre auprès de lui, de l’adorer. Les mages le rencontrent aussi tout comme le vieillard Siméon, qui attendait la consolation d’Israël, de même que la prophétesse Anne. Jean-Baptiste lui-même le désigne : Voici l’Agneau de Dieu…, permettant ainsi à un bon nombre de ses disciples, et à tant d’autres au long des siècles, de faire de lui le centre de leur être et de leur action. Beaucoup donnent leur vie pour lui ! Et nous ? Nous aussi, nous l’avons rencontré ! N’est-ce pas la chose la plus extraordinaire de notre existence ? Sans le Seigneur, que vaudrait notre vie ? Il se fait connaître par des signes tellement clairs… avons-nous vraiment besoin de davantage de preuves pour le voir ?
Oui, Dieu donne toujours des signes suffisants pour qu’on puisse le découvrir. Mais il faut de bonnes dispositions intérieures pour voir le Seigneur qui passe à côté de nous. Sans l’humilité et sans la pureté de cœur il est très difficile de le reconnaître, même s’il est proche.
Demandons à Jésus, dans cette prière personnelle, de bonnes dispositions et la vision surnaturelle qui permettent de le rencontrer dans ce qui nous entoure, dans la nature même, dans la douleur, dans le travail, dans l’échec apparent… Notre propre histoire est déjà marquée par tant de signes pour ne pas nous tromper de chemin… Nous aussi nous pouvons dire à nos frères, à nos amis, que nous avons trouvé le Messie, avec autant de certitude et de conviction qu’André quand il le dit à son frère Simon.
II. Qu’est-ce donc qu’avoir une vision surnaturelle ? La théologie ascétique et mystique dira : c’est voir les choses comme Dieu les voit, apprendre à interpréter et juger les événements à la lumière de la foi, comprendre notre vie et le monde où nous sommes dans leurs vraies perspectives.
« Ah ! si Dieu faisait un miracle, alors je croirais ! je le prendrais au sérieux… ! Ah ! Si Dieu me donnait des preuves décisives, si j’avais une preuve de ma vocation, je me donnerais à lui sans réserves ! » Peut-on douter que le Seigneur ne nous donne la lumière suffisante pour suivre le chemin ? Il est la source de la lumière dans l’âme, et de la lumière qui vient aussi à travers les personnes placées à côté de nous. Mais la volonté parfois, si elle n’est pas humble, tend à demander toujours plus, d’autres signes, d’autres faveurs, dont elle veut juger seule la valeur. Derrière ce désir apparemment sincère de preuves irréfutables à l’heure de prendre la décision d’un don plus complet, se cache parfois une faute… La paresse ? le manque de correspondance à la grâce ?
Regardons les choses en face : à l’origine de la foi (ou d’une vocation), Dieu allume habituellement une petite lumière qui éclaire les premiers pas. Au-delà de ces premiers pas, il y a encore de l’obscurité. Ainsi l’âme persévérera-t-elle de son propre mouvement, dans sa liberté, inspirée par l’amour, même s’il est encore mêlé de crainte. Dans la mesure où elle répond par des actes, la lumière et la sécurité deviennent plus grandes. Car devant une âme sincère et humble qui cherche la vérité, il y a toujours le Seigneur aimant qui se manifeste avec une clarté croissante : Allez dire à Jean ce que vous avez vu…
Le Seigneur trouve-t-il aujourd’hui en nous cette disposition humble et authentique qui exclut les préjugés et sait écouter ? Ce langage de Dieu, adapté à notre manière d’être, est parfois difficile à accepter quand il contrarie nos projets ou nos caprices, ou quand ses paroles ne sont pas précisément celles que nous attendions ou désirions entendre… L’ambiance matérialiste qui nous entoure peut offrir de fausses raisons, des objections au langage avec lequel Dieu se manifeste. Deux langages s’affrontent toujours : celui de Dieu et celui du monde, celui des raisons « plus humaines ». voilà pourquoi l’Église nous invite à prier : Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie[06].
III. Il n’y en a pas un autre en qui espérer. Jésus-Christ est parmi nous et il nous appelle… Il a laissé sur cette terre les traces nettes de ses pas, des signes indélébiles que ni l’usure des ans ni la perfidie de ses adversaires n’ont réussi à effacer. « Iesus Christus heri et hodie ; ipse et in sæcula (Heb 13,8). Comme j’aime à le rappeler ! Jésus-Christ, tel qu’il fut hier pour les apôtres et ceux qui le cherchaient, vit aujourd’hui pour nous, et vivra dans les siècles des siècles. C’est nous les hommes qui, parfois, ne parvenons pas à découvrir son visage, perpétuellement actuel, parce que nous regardons avec des yeux fatigués ou troubles. »[07]
Ce regard trouble et incrédule, déjà ses compatriotes le jetèrent sur Jésus, la première fois qu’il retourna à Nazareth. Ces juifs pieux, certes, ne virent en Jésus que le fils de Joseph[08], et ils finirent par le repousser, par ne pas voir plus loin, ne pas découvrir le Messie qui les visitait.
Aujourd’hui, nous voulons voir le Seigneur, le fréquenter, l’aimer et le servir, ne mettre aucun objectif au-dessus de celui-là. Quelle erreur si l’on était mesquin, si l’on manquait de générosité dans ce qui touche à Dieu ! « Ouvrez complètement les portes au Christ — nous encourage son vicaire ici sur la terre —. Ayez confiance en lui. Risquez-vous à le suivre. Cela exige évidemment que vous sortiez de vous-mêmes, de vos raisonnements, de votre prudence, de votre indifférence, de votre suffisance, des habitudes non chrétiennes que vous avez peut-être acquises. Oui, cela demande des renoncements, une conversion, que vous devez d’abord oser demander dans la prière et commencer à pratiquer. Laissez le Christ être pour vous le chemin, la vérité, la vie. Laissez-le être votre salut et votre bonheur. Laissez-le occuper toute votre vie pour qu’elle atteigne avec lui toutes ses dimensions, pour que toutes vos relations, vos activités, vos sentiments, vos pensées soient intégrés en lui ou, pour ainsi dire, soient christifiés. Je souhaite, disait le Pape, qu’avec le Christ vous reconnaissiez Dieu comme principe et fin de votre existence.[09] »
Quoi de plus naturel à Noël que ce désir de conversion, de retour au Seigneur pour le contempler avec un regard plus pur, et non « avec des yeux fatigués ou troubles ». Demandons avec l’Église : Accorde-nous, Seigneur, d’attendre sans faiblir la venue de ton Fils, pour qu’au jour où il viendra frapper à notre porte, il nous trouve vigilants dans la prière, heureux de chanter sa louange[10].
La vierge Marie va nous aider à nous éloigner de tout ce qui nous écarte de Dieu, à préparer notre âme pour ces fêtes, à mieux veiller sur nos sens qui sont comme les portes de l’âme. Nunc cœpi ! Oui, Seigneur, je commence à nouveau, avec l’aide de ta Mère, sous sa protection « parce que Dieu veut que nous n’ayons rien qui ne passe par les mains de Marie[11] ».
Prenons une résolution durant ce moment de prière. Offrir au Seigneur notre désir d’accomplir avec fidélité le plan mis au point, peut-être avec le conseil de notre directeur spirituel, même s’il paraît parfois difficile. La force de notre Mère la vierge aidera la faiblesse humaine et elle nous donnera la preuve de ce que pour Dieu rien n’est impossible[12].
[01] Lc 7, 19-23.
[02] Is 45,7.
[03] T. Kempis, Imitation de Jésus-Christ, II.
[04] Mt 13, 44.
[05] Mt 13, 45-46.
[06] Oraison du 2° dimanche de l’Avent.
[07] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 127.
[08] Lc 4,22.
[09] Jean-Paul II, à Montmartre, 1-6-1980.
[10]Oraison du lundi de la 1ère semaine d’Avent.
[11] Saint Bernard, Sermon 3, à la vigile de Noël, 10.
[12] Lc 1, 37.
3e SEMAINE DE L’AVENT. JEUDI
19. L’ARRIVÉE DU SEIGNEUR !
— Le Seigneur invite à veiller, car veiller c’est aimer. « Viens, Seigneur Jésus. »
— La vigilance se manifeste dans les petites choses de chaque jour.
— La purification est affaire de toute la vie.
I. Voici que le Seigneur viendra. Dans la lumière il vient pour visiter son peuple, pour lui donner la paix et la vie éternelle[01].
Oui, le Seigneur vient nous visiter pour nous apporter la paix et nous donner la vie éternelle promise ! Il désire nous trouver éveillés, comme le serviteur diligent[02] qui ne s’est pas endormi en l’absence de son maître, mais que celui-ci trouve à son poste, adonné à sa tâche.
Ce que je vous dis, je le dis à tous : veillez[03]. Paroles adressées à tous les hommes de tous les temps. Paroles du Seigneur adressées à chacun de nous parce que nous avons tous plus ou moins tendance à la somnolence et à l’embourgeoisement. Nous ne pouvons permettre que nos cœurs s’aveuglent par la gloutonnerie et l’ivresse, et les soucis de cette vie[04], et qu’ils finissent par perdre le sens surnaturel qui anime tout ce que l’on fait.
Le Seigneur vient à nous. Attendons son arrivée avec un esprit vigilant, sans être des esprits craintifs, comme ceux qui sont surpris en flagrant délit, ni des esprits distraits comme ceux qui ont le cœur plongé uniquement dans les biens de la terre. Soyons attentifs, joyeux, vifs, comme celui qui attend une personne aimée, longtemps désirée.
Veiller, c’est surtout aimer. Il peut y avoir des difficultés à maintenir l’amour éveillé, car l’égoïsme, le manque de mortification et de tempérance menacent toujours la flamme que le Seigneur allume un jour ou l’autre dans le cœur. La flamme a besoin d’être ravivée, purifiée de la routine, ranimée par la lutte. Saint Paul ne compare-t-il pas cette veille à la garde que fait le soldat bien armé qui ne se laisse jamais surprendre[05] ?
Les premiers chrétiens la répétaient souvent, cette ardente oraison jaculatoire : Viens, Seigneur Jésus[06]. En exerçant ainsi la foi et l’amour, ils trouvaient la force intérieure et l’optimisme nécessaires pour accomplir leurs devoirs familiaux et sociaux, détachés intérieurement des biens de la terre, avec la maîtrise que donne l’espérance de la vie éternelle.
Pour celui qui reste en état de veille, cette rencontre avec le Seigneur n’arrivera pas à l’improviste, comme le voleur dans la nuit[07]. Elle ne surprendra pas : tous les jours, d’innombrables rencontres avec lui se sont déjà produites, toutes pleines d’amour et de confiance, dans les Sacrements et dans les événements ordinaires de la journée ! Et l’Église de prier : Écoute avec bonté, Seigneur, la prière de ton peuple qui se réjouit de la venue de ton Fils en notre chair ; puissions-nous, quand il viendra dans sa gloire, obtenir le bonheur de la vie éternelle[08].
II. Il est inévitable de devoir faire preuve de vigilance contre ce qui s’oppose à Dieu, mais il faut aussi compter sur la complicité qu’offrent en nous les mauvais penchants : veillez et priez pour ne pas tomber dans la tentation parce que l’esprit est ardent mais la chair est faible[09].
Restez éveillés, conseille le Seigneur lui-même ! Ainsi vit-on quand on ne ménage pas ses efforts pour mieux faire son oraison, ce dialogue qui accroît le désir de sainteté et évite la tiédeur, ou bien quand on accepte une mortification pour rester sensible à tout ce qui touche à Dieu. Ou encore quand on renforce sa vigilance à l’aide d’un examen de conscience délicat. Ainsi n’arrivera-t-il pas ce que saint Augustin dit de la part du Seigneur : « Maintenant, alors que tu t’adonnes au mal, tu en arrives à te trouver bon, parce que tu ne prends pas la peine de te regarder. Tu reprends les autres et tu ne t’arrêtes pas sur toi-même. Tu accuses les autres et tu ne t’examines pas. Tu les places sous tes yeux et tu te tournes le dos. Eh bien quand viendra mon tour de te juger, je ferai tout le contraire : je te rendrai la pareille et je te mettrai devant toi-même. Alors tu te verras et tu pleureras.[10] »
Ta vigilance s’attachera donc d’abord aux petites choses qui remplissent ta journée. « Cette manière surnaturelle d’agir est une vraie tactique militaire. — Tu fais la guerre — celle des luttes quotidiennes de ta vie intérieure— sur des positions que tu as portées bien au-delà des remparts de ta forteresse.
« Et c’est là justement que l’ennemi attaque : sur ta petite mortification, sur ta prière habituelle, sur l’ordre dans ton travail, sur ton plan de vie. Il lui est difficile d’arriver jusqu’aux tours de la citadelle, vulnérables à l’assaut. — Et s’il y parvient, c’est à bout de forces.[11] » Pas de doute ! Si tu considères dans ton examen de conscience les petites choses de chaque jour, tu trouveras le vrai chemin et les racines des défaillances dans l’amour de Dieu. Les petites choses sont habituellement l’antichambre des grandes.
La méditation quotidienne maintient vigilant face à cet adversaire qui ne dort pas, elle rend fort pour surmonter les tentations et les difficultés, puisqu’elle offre les moyens de combattre le vieil homme, et ses tendances moins droites qui sont latentes chez tout le monde… Certes, cette purification intérieure n’est pas possible sans la mortification de la mémoire et de l’imagination, pour éliminer de l’intelligence les obstacles qui empêchent d’accomplir en plénitude la volonté de Dieu. Affinons la pureté intérieure pendant ces jours d’attente de Noël, pour recevoir le Christ avec un esprit pur qui élimine les obstacles sur le chemin où il se trouve, et ne laisse plus rien qui n’appartienne au Seigneur. « Ce bon mot, cette blague qui n’est pas sortie de ta bouche ; le sourire aimable pour qui t’agace ; ce silence devant l’accusation injuste ; une conversation bienveillante avec les « raseurs » et les importuns ; le fait de passer, chaque jour, sur les détails ennuyeux et impertinents de ton entourage… : tout cela avec persévérance, voilà de bonnes mortifications intérieures.[12] »
III. Cette purification de l’âme par la mortification intérieure n’est pas du tout quelque chose de négatif, qui éviterait seulement ce qui est à la frontière du péché. Au contraire, elle sait se priver parfois, par amour de Dieu, de ce dont il serait licite de ne pas se priver. C’est là sa finesse et sa délicatesse : la mortification, elle, purifie l’esprit de tout ce qui n’est pas Dieu, libère la mémoire des souvenirs qui vont à l’encontre du chemin qui conduit au Ciel. Beaucoup de ces souvenirs inutiles, frivoles ou troubles, nous assaillent à n’importe quel moment, quand on travaille, quand on prie même. Alors, sans violence mais sans retard, on les écarte, avec l’effort nécessaire pour que l’esprit se remplisse de nouveau de l’amour et du désir de faire plaisir à Dieu, ce qui doit orienter toute la journée.
L’imagination un peu folle nous gêne parfois en inventant des romans à sensations, en ourdissant des histoires fantastiques qui ne servent pas à grand chose.
« Éloigne de toi ces pensées inutiles qui, pour le moins, te font perdre du temps.[13] » Du calme ! Réagis rapidement, retourne sereinement à ton travail.
Non, la purification intérieure ne se limite pas à vider l’intelligence de pensées inutiles, elle va plus loin : la mortification des puissances ouvre le chemin à la vie contemplative, dans les diverses situations où Dieu nous place. Le silence intérieur envers tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu dispose l’âme au dialogue continuel et intime avec Jésus-Christ. Là, l’imagination aide la contemplation — elle la mène vers l’Évangile ou les mystères du Rosaire —, la mémoire rappelle les merveilles que Dieu fait pour nous et sa bonté, et cela enflammera le cœur de gratitude, cela rendra l’amour beaucoup plus ardent.
La liturgie de l’Avent rappelle souvent cette annonce pressante que le Seigneur arrive, qu’il mérite un chemin large, un cœur pur. Crée en moi, ô Dieu, un cœur pur[14], lui demandons-nous. Notre prière choisit des résolutions concrètes : débarrasser le cœur de tout ce qui ne plaît pas au Seigneur, le purifier, le remplir de l’amour de Dieu et de marques d’affection, comme le firent la très sainte Vierge et saint Joseph, avec des oraisons jaculatoires, des actes d’amour, de réparation, des communions spirituelles… Combien d’âmes peuvent bénéficier aussi de cet effort pour préparer au Seigneur une demeure digne ! Comme il sera facile de dire à beaucoup de ceux qui nous accompagnent cet ancien refrain populaire : je connais un chemin simple / par où l’on arrive à Dieu / de la main de la Vierge…
Surtout si nous lui demandons que notre vie soit toujours cette voie d’amour[15], que proposait saint Paul aux chrétiens d’Éphèse.
[01] Antienne d’entrée. Vendredi de la 3e semaine de l’Avent : Cf. Mc 13, 34-37.
[02] Mc 13, 37.
[03] Lc 21, 34.
[04] Cf I Thes 5, 4-11.
[05] I Cor 16.
[06] Cf. Saints Évangiles, Évangile de saint Marc, Le Laurier, note Mc 13.
[07] I Thes. 5, 2.
[08] Collecte du 21 décembre.
[09] Mt 26, 41.
[10] Saint Augustin, Sermon 17.
[11]Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 307.
[12] Idem, n. 173.
[13] Idem, n. 13.
[14] Ps 50, 12.
[15] Cf. Eph. 5, 2.
3e SEMAINE DE L’AVENT. VENDREDI
20. LA SECONDE VENUE DU SEIGNEUR
— Les signes qui accompagneront la seconde venue du Seigneur. Le signe de la Croix.
— Le jugement dernier. Jésus, un ami.
— Préparer ce jugement dans l’examen de conscience et la confession fréquente.
I. Nous attendons notre Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux[01].
Le temps de l’Avent prépare aussi les âmes à attendre la seconde venue du Christ à la fin des temps, car le monde alors verra le Fils de l’homme venir dans une nuée avec puissance et gloire[02] pour juger les vivants et les morts. Avant que n’arrivent des cieux nouveaux et une terre nouvelle où habitera la justice[03]. « L’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions la figure du siècle qui passe ; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu (Cf. Rom. 8, 19-22).[04] »
Jésus-Christ viendra comme le Rédempteur du monde, le Roi, le Juge et le Seigneur de tout l’Univers. Cette venue surprendra les hommes occupés à leurs affaires sans qu’ils soient prévenus de l’imminence de cette arrivée : comme l’éclair sort de l’Orient et brille jusqu’à l’Occident, ainsi sera la venue du Fils de l’Homme[05].
Bons ou mauvais, les hommes se réuniront autour de lui, les vivants et les morts. Tous les hommes se tourneront irrésistiblement vers le Christ triomphant, les uns attirés par l’amour, les autres contraints par la justice[06].
Le Signe du Fils de l’homme[07], la Sainte Croix, apparaîtra dans le ciel. Cette Croix, souvent méprisée, abandonnée, scandale pour les juifs, folie pour les gentils[08], considérée parfois comme absurde, apparaîtra au regard stupéfait des hommes comme le signe du salut.
Jésus-Christ se montrera dans sa gloire à ceux qui ne crurent pas en lui ou en son Église, à ceux qui le persécutèrent, et également à ceux qui vécurent en l’ignorant. Il se montrera aussi à ceux qui l’ont aimé par leurs œuvres, et l’humanité se rendra compte que Dieu l’a exalté et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père[09].
Alors tous nos efforts apparaîtront enfin comme bien employés, toutes ces œuvres faites pour Dieu, même si personne ne s’en est peut-être aperçu en ce monde. Quelle joie ne ressentirons-nous pas en voyant cette croix, celle que nous cherchions dans cette vie, que nous voulions mettre au sommet des activités humaines ! Cette joie d’avoir collaboré comme des serviteurs fidèles au royaume de ce Roi, ce sera Jésus-Christ lui-même, qui apparaîtra dans toute la gloire de sa majesté.
II. Oui, le Seigneur enverra ses anges qui réuniront ses élus des quatre extrémités, d’un bout à l’autre des cieux[10], tous les hommes depuis Adam. Et ceux-ci comprendront enfin la valeur de l’abnégation, du sacrifice, du don de soi à Dieu et aux autres.
Lors de cette seconde venue du Christ l’honneur et la gloire des saints se manifesteront publiquement, puisque nombre d’entre eux sont morts ignorés, méprisés, incompris. Ceux qui auront propagé l’hérésie recevront ce qu’ils auront mérité, alourdis par le poids des siècles et des âmes perdues, celles qui n’auront pas trouvé par leur faute le chemin du salut. Ceux qui auront apporté la foi à d’autres âmes et les auront enflammées d’amour recevront la récompense du fruit de leur prière et de leur sacrifice à travers les siècles, car ils verront le résultat de chaque prière, de chaque sacrifice, de tout leur dévouement.
Elle apparaîtra elle aussi, la vraie valeur d’hommes considérés comme des sages, alors qu’ils furent des maîtres d’erreur, entourés de louange et de considération, tandis que d’autres étaient condamnés au silence ou laissés dans l’oubli alors qu’ils auraient dû être admirés et honorés. Ceux-là recevront le prix de leurs travaux, ce prix que le monde leur aura refusé.
Et ce jugement du monde servira la glorification de Dieu[11], car sa sagesse pour le gouverner, sa bonté, sa patience envers les pécheurs, et surtout sa justice apparaîtront en pleine lumière. La glorification du Dieu-Homme, Jésus-Christ, atteindra aussi son point culminant dans ce pouvoir de jugement.
Les jugements particuliers n’auront besoin d’aucune révision ni correction, le jugement universel les confirmera seulement et les publiera. Tout homme y sera jugé devant l’humanité, en tant que membre de la société humaine, et la récompense — ou le châtiment — seront complétés et appliqués au corps ressuscité[12].
III. Tout ce panorama des vérités révélées ne nous conduit-il pas logiquement à méditer sur la seconde venue glorieuse de Notre Seigneur, avant ce jugement particulier qui attend tout homme après la mort ?
« La plus grande énigme de la vie humaine est la mort. L’homme souffre de la douleur et de la dissolution progressive de son corps. Mais son plus grand tourment est la crainte de la disparition perpétuelle. C’est avec un instinct sûr qu’il refuse d’accepter la perspective de la ruine totale et de l’adieu définitif. La semence d’éternité qu’il porte en lui, irréductible à la matière seule, s’élève contre la mort.[13] » Heureusement la Révélation nous apprend que la mort n’est qu’un passage, un transit vers la vie éternelle. Entre la vie ici, sur terre, et la vie éternelle a lieu le jugement particulier que Jésus-Christ fait lui-même, où chacun sera jugé selon ses œuvres. Car il faut que nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ pour que chacun retrouve ce qu’il aura fait pendant qu’il était en son corps, soit en bien, soit en mal[14].
Tout passera, devant le tribunal divin : les pensées, les désirs, les paroles, les actions, même les omissions. Chaque acte humain trouvera sa vraie dimension : celle qu’elle a devant Dieu, non celle qu’elle a eue aux yeux des hommes.
Là seront exposés les pensées, les imaginations, les désirs… tout ce qu’il y aura eu de noble, de droit, de positif, et aussi toutes ces faiblesses intérieures qu’il nous coûte peut-être de reconnaître aujourd’hui. Jésus-Christ éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs[15]. Jésus-Christ mettra en lumière les paroles choisies, celles qu’on a parfois mises au service de sa propre excellence ou du mensonge ; et les manques de compréhension, de charité ou de justice, les actions aussi. Là-dessus nous serons jugés, parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger…[16]. Le Christ regardera toute notre vie, il verra comment nous nous sommes comportés avec lui et avec ses frères les hommes.
Toutes les occasions que nous avons eues de faire quelque chose pour les autres seront aussi dévoilées, puisque chaque journée est pleine de possibilités de faire le bien, dans quelque circonstance où nous nous trouvions. Ne serait-il pas triste que notre vie ait été comme une grande avenue d’occasions perdues, ou gaspillées parce que la négligence, la paresse, la commodité, l’égoïsme, le manque d’amour auraient pénétré en nous ?
Mais pour celui qui le fréquente de plus en plus, Jésus ne sera pas un juge inconnu. Nous pouvons devenir des amis intimes de celui qui doit nous juger, d’une amitié de plus en plus grande chaque jour. « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera Notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien.[17] »
Il est utile de méditer souvent le jugement personnel vers lequel nous nous acheminons jusqu’à voir le regard du Christ — juge et ami— sur notre vie. Cela nous encourage à la remplir de petites choses qui ne passent pas inaperçues, même si souvent les hommes ne les perçoivent pas, ou ne les valorisent pas beaucoup !
C’est dans l’examen de conscience quotidien et la pratique de la confession fréquente que l’on prépare le mieux chaque jour cette rencontre définitive avec le Seigneur qui aura peut-être lieu bientôt… Ce sont aussi des moyens excellents pour préparer Noël qui s’approche déjà : Seigneur Jésus, hâte-toi, ne tarde plus, que ta venue réconforte et relève ceux qui ont foi dans ton amour[18] !
[01] Antienne de la Communion. Phil 3, 20-21.
[02] Lc 21, 27.
[03] 2 P 3, 13.
[04] Conc. Vat. II, Const. Lumen gentium, 48.
[05] Mt 24, 27.
[06] Cf. Saints Évangiles, Évangile de saint Matthieu, Le Laurier, note Mt 24, 23-28.
[07] Mt 24, 30.
[08] I Cor 1, 23.
[09] Phil 2, 9-11.
[10] Mt 24, 31.
[11] Cf Thes 1, 10.
[12] Cf Saint Thomas, Somme Théologique, Supl. 88, 1.
[13] Conc vat. II, Const. Gaudium et spes, 18.
[14] 2 Cor 5, 10.
[15] I Cor 4, 5.
[16]Cf. Mt 25, 35.
[17] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 168.
[18] Oraison du 24 décembre.