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12° SEMAINE. SAMEDI

54. SAINTE MARIE, CORÉDEMPTRICE AVEC LE CHRIST

— Marie est présente au sacrifice de la Croix.

— Marie est corédemptrice avec le Christ.

— Présence de Marie dans la sainte Messe.

 

I. Tout au long de sa vie terrestre sainte Marie accomplit la volonté divine sur elle, prendre soin de Jésus avec une amoureuse sollicitude : à Bethléem, en Egypte, à Nazareth... Elle lui a prodigué tous les soins ordinaires dont il avait besoin, ceux de tout enfant, mais aussi d’autres, extraordinaires, qui ont été nécessaires pour protéger sa vie. L’enfant grandit, avec Marie et Joseph, dans un milieu plein d’affection joyeuse et de sacrifice, de protection familiale et de travail. Plus tard, pendant sa vie publique, Marie le suit parfois de très près, elle savait toujours où il se trouvait, et sans doute l’écho de ses miracles et de sa prédication lui parvenait rapidement. Parfois Jésus vint à Nazareth, et il trouvait alors plus de temps pour être avec sa Mère ; la plupart de ses disciples la connaissait depuis les noces de Cana de Galilée [01]. Mis à part le miracle de la conversion de l’eau en vin, où elle eut un rôle si important, les Évangiles ne parlent pas de sa présence lors des autres miracles. Elle ne fut pas non plus présente dans les moments où il était entouré par les foules enthousiastes. “ Vous ne la verrez ni parmi les rameaux de Jérusalem, ni à l’heure des grands miracles, sauf aux prémices de Cana.

“ Mais elle ne fuit pas la honte du Golgotha : elle est là juxta crucem Jesu — sa Mère, près de la croix de Jésus. [02] ” Elle se trouve normalement à Nazareth, en parfaite union avec son Fils, méditant en son cœur tout ce qui lui arrivait. Mais à l’heure de la douleur et de l’abandon, Marie est présente.

Dieu l’aime d’une manière singulière et unique. Cependant il ne l’a pas dispensée du moment critique du Calvaire ; elle participe à la douleur comme personne d’autre, excepté son Fils, n’a jamais souffert. Elle aurait pu, peut-être, se retirer dans l’intimité de sa maison, loin du Calvaire, en compagnie des femmes de son village ; “ en fin de compte, elle ne pouvait rien faire, et sa présence n’évitait ni n’allégeait les douleurs de son Fils ni son humiliation. Et elle ne le fit pas pour la même raison pour laquelle une mère reste près du lit de son fils agonisant au lieu de s’en aller se distraire puisqu’elle ne peut rien faire pour qu’il continue à vivre ou cesse de souffrir. La Vierge se solidarisa avec son Fils ; son amour la mena à souffrir avec lui.[03] ” Elle s’approcha peu à peu de la Croix ; finalement les soldats lui permirent d’être très près lui. Elle regarde Jésus, et son Fils la regarde. Dans une très étroite union, elle offre son Fils à Dieu le Père, se montrant corédemptrice avec Jésus. En communion avec son Fils souffrant et agonisant, elle supporte la douleur et presque la mort : “ Elle renonça à ses droits de mère sur son Fils, pour obtenir le salut des hommes ; et pour apaiser la justice divine, autant que cela dépendait d’elle, elle immola son Fils, de telle manière que l’on peut affirmer avec raison qu’elle racheta avec le Christ le genre humain.[04] ”

La Vierge Marie non seulement accompagnait Jésus, mais était aussi unie activement et intimement au sacrifice qui s’offrait sur ce premier autel. Elle participait volontairement à la rédemption de l’humanité, en consumant le fiât, qu’elle avait prononcé quelques années auparavant à Nazareth. C’est pourquoi nous pouvons penser que Marie est présente dans chaque Messe, centre et cœur de l’Église. Souvent cette réalité nous aidera à mieux vivre le sacrifice eucharistique, unissant au don de soi du Christ, le don de nous-mêmes qui doit être lui aussi un holocauste, en nous plaçant sur le Calvaire, tout près de Notre Dame.

 

II. Cloué sur la Croix, Jésus confie son corps mystique, l’Église, à sainte Marie, en la personne de saint Jean. Il savait que nous aurions constamment besoin d’une Mère qui nous protège, qui nous relève lorsque nous tombons et qui intercède pour nous. À partir de ce moment, “ elle la garde (l’Église) et la gardera avec la même fidélité et la même force avec lesquelles elle prit soin de son Fils unique : depuis la crèche de Bethléem, en passant par le Calvaire, jusqu’au Cénacle de Pentecôte, où eut lieu la naissance de l’Église. Marie est présente dans toutes les vicissitudes de l’Église (...). D’une manière particulière elle est unie à l’Église dans les moments les plus difficiles de son histoire (...). Marie apparaît particulièrement proche de l’Église parce que l’Église est toujours comme son Christ, premier Né, et ensuite Crucifié et Ressuscité. [05] ”

La Vierge Marie intercède pour que Dieu accorde à l’âme des chrétiens les mêmes désirs qu’il mit dans la sienne, le désir de participer à la corédemption, pour que tous les hommes deviennent à nouveau amis de Dieu. “ La foi, l’espérance et l’ardente charité de la Vierge au sommet du Golgotha, qui la rendent corédemptrice avec le Christ d’une manière éminente, sont aussi une invitation à nous enhardir, à être forts humainement et surnaturellement devant les difficultés extérieures ; à insister, sans nous décourager, dans l’action apostolique, bien que parfois il semble qu’il n’y ait pas de fruit, ou que l’horizon apparaisse obscurci par la puissance du mal.

“ Luttons — lutte toi aussi ! — contre cette routine, contre ce laisser aller monotone, contre ce conformisme qui équivaut à l’inaction. Regarde le Christ sur la Croix, regarde Sainte Marie près de la Croix : devant son regard se frayent un chemin, avec une sécurité saisissante, la trahison, la moquerie, les insultes... ; mais le Christ, et secondant cette action rédemptrice, Marie, continuent forts, persévérants, pleins de paix, avec optimisme dans la douleur, en accomplissant la mission que la Trinité leur a confiée. C’est un coup, un avertissement, pour chacun de nous, qui nous rappelle qu’à l’heure de la douleur, de la fatigue et de la contradiction la plus affreuse, le Christ— et toi et moi nous voulons être d’autres Christs — accomplit sa mission (...). Je me décide à te conseiller de tourner tes yeux vers la Vierge, et de lui demander, pour toi et pour tous : Mère, que nous ayions une confiance absolue en l’action rédemptrice de Jésus, et que — comme Toi, Mère — nous voulions être corédempteurs... [06]” Participer à la Rédemption, coopérer à la sanctification du monde, sauver des âmes pour l’éternité : y a-t-il un idéal plus grand que celui-ci pour remplir toute une vie ? La Vierge Marie corachète maintenant près de son Fils sur le Calvaire, mais elle le fit aussi lorsqu’elle prononça son fiât en recevant le message de l’Ange, et à Bethléem, et en Egypte, et dans sa vie courante à Nazareth... Comme elle, nous pouvons être corédempteurs à toute heure du jour, en remplissant nos journées de prière, en travaillant consciencieusement, en vivant une charité aimable avec tous ceux que nous rencontrons dans nos activités, dans la famille... si, avec sérénité, nous offrons les contrariétés que chaque jour porte avec lui.

 

III. Jésus, voyant sa Mère et, auprès d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils [07]. Ce fut le dernier don de Jésus avant sa mort ; il nous donna sa Mère pour qu’elle devienne notre Mère.

Depuis lors, le disciple du Christ a quelque chose en propre : il a Marie comme Mère ; la place de Mère dans l’Église est pour toujours : À partir de ce moment, le disciple la prit chez lui[08]. C’est l’heure de Jésus, lorsqu’il inaugure par sa mort rédemptrice une nouvelle ère qui ira jusqu’à la fin des temps. À partir de ce moment, “ si nous voulons être chrétiens, nous devons être mariaux[09] ” ; l’amour envers Marie fera partie désormais du patrimoine des chrétiens. L’œuvre de Jésus peut se résumer en deux réalités merveilleuses : il nous a donné la filiation divine, en nous faisant enfants de Dieu, et il nous a fait enfants de sainte Marie.

Un auteur du troisième siècle, Origène, fait remarquer que Jésus ne dit pas à Marie “ celui-ci est aussi ton fils ”, mais “ voilà ton fils ”, et comme Marie n’eut pas d’autre fils que Jésus, ces mots reviennent à lui dire “ à partir de maintenant celui-ci sera pour toi Jésus [10] ”. La Vierge Marie voit son fils Jésus en chaque chrétien. Elle nous traite comme si le Christ lui-même était à notre place. Comment pourrait-elle nous oublier si elle nous voyait dans le besoin ? Que n’obtiendra-t-elle pas de son Fils en notre faveur ? Il ne nous est pas possible d’imaginer l’amour de Marie pour chacun de nous !

Habituons-nous à retrouver sainte Marie lorsque nous célébrons ou participons à la sainte Messe. “ Dans le sacrifice de l’Autel, la participation de Notre Dame nous évoque la silencieuse réserve avec laquelle elle accompagna la vie de son Fils, lorsqu’il marchait à travers la Palestine. La sainte Messe est une action de la Trinité ; par volonté du Père, coopérant avec le Saint-Esprit, le Fils s’offre en oblation rédemptrice. Dans cet insondable mystère, on remarque, comme s’il était voilé, le visage très pur de Marie : Fille de Dieu le Père, Mère de Dieu le Fils, Épouse de Dieu le Saint-Esprit.

“ La fréquentation de Jésus, dans le Sacrifice de l’Autel, conduit nécessairement à la fréquentation de Marie, sa Mère. Qui trouve Jésus, trouve aussi la Vierge sans tache, comme il arriva à ces saints personnages — les Rois Mages — qui vinrent adorer le Christ : entrant dans la maison, ils virent l’Enfant avec Marie, sa Mère (Mt 2, 11). [11] ” Avec elle nous pouvons offrir toute notre vie, nos pensées, nos désirs, nos peines, nos affections, nos actions, nos amours... en nous identifiant aux sentiments mêmes qui furent ceux du Christ Jésus[12] : Père Saint ! lui disons-nous dans l’intimité de notre cœur, et pouvons-nous lui répéter intérieurement pendant la sainte Messe, par le cœur immaculé de Marie, je vous offre Jésus votre Fils bien aimé et je m’offre moi-même en lui, avec lui et par lui, pour toutes ses intentions et au nom de toutes les créatures.[13]

Célébrer ou assister au saint sacrifice de l’autel est le meilleur service que nous puissions rendre à Jésus, à son corps mystique et à toute l’humanité. Près de Marie, dans la sainte Messe nous sommes particulièrement unis à toute l’Église.

 

NOTES

[01] Cf. Jn 2, 1-10.

[02] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 507.

[03] F. SUAREZ, Marie de Nazareth

[04] BENOIT XV, Ep. Inter sodalicia, 22 mai 1918.

[05] K. WOJTYLA, Signe de contradiction.

[06] A. DEL PORTlLLO, Lettre pastorale, 31 mai 1987, n. 19.

[07] Jn 19, 26.

[08] Jn 19, 27.

[09] PAUL VI, Homélie, 24 avril 1970.

[10] ORIGÈNE, Commentaire à l’Évangile de saint Jean, 1, 4, 23.

[11] SAINT J. ESCRIVA, La Vierge, dans Livre d’Aragon, Saragosse, 1976.

[12] Cf. Ph 2, 5.

[13] P. M. SULAMITIS, Prière de l’Offrande à l’Amour Miséricordieux.