22 Juillet
4. Sainte Marie Madeleine*
Mémoire
— Elle nous apprend à chercher Jésus en toute circonstance.
— Elle reconnaît Jésus lorsqu’il l’appelle par son nom. Sa joie devant le Christ ressuscité.
— Le Seigneur l’envoie aux Apôtres. La joie de tout apostolat.
I. Dieu, tu es mon Dieu, // je te cherche dès l’aube : // mon âme a soif de toi ; // après toi languit ma chair, // terre aride, altérée, sans eau 01 , lisons-nous dans le Psaume de la Messe.
Au bout de vingt siècles la délicatesse, la fidélité et l’amour de Marie-Madeleine envers Jésus sont émouvants. Saint Jean nous raconte dans l’Évangile de la Messe 02 comment cette femme se dirigea vers le tombeau de Jésus dès que le repos sabbatique le lui permit, de grand matin, alors qu’il faisait encore sombre, à la recherche du corps mort de son Seigneur. Il l’avait libérée du démon 03 et la grâce fructifia en son cœur. Elle suivit fidèlement le Maître dans ses voyages apostoliques et le servit généreusement de ses biens. Aux moments terribles de la crucifixion elle resta sur le Calvaire 04 , près de celui qui l’avait guérie de ses maux. Plus encore, quand on déposa Jésus dans le tombeau, elle resta tout près pour lui tenir compagnie, comme nous l’avons peut-être fait près du cadavre d’une personne aimée. Saint Mathieu le dit : Étaient là, assises en face de la tombe, Marie de Magdala et l’autre Marie 05 .
Une fois passé le samedi, à l’aube du premier jour de la semaine 06 , elle se dirigea, avec d’autres saintes femmes, à l’endroit où se trouvait le Corps de Jésus, pour l’embaumer. Mais le Seigneur n’est plus là : il est ressuscité ! Elle voit la pierre enlevée et le tombeau vide ; alors elle courut et s’en fut trouver Simon-Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis 07 . Pierre et Jean coururent jusqu’au tombeau vide. Saint Jean nous conte que ce moment fut décisif dans sa vie : il vit et il crut 08 . Les deux Apôtres s’en retournèrent chez eux 09 , mais Marie resta là, en pleurant l’absence du Corps du Maître. Avec une tristesse indéfinissable, sans croire encore en la Résurrection, elle persévère, elle ne veut pas se séparer de l’endroit où elle vit pour la dernière fois le Corps adorable du Maître.
Quant à nous, nous considérons aujourd’hui « avec quelle force l’amour avait embrasé l’âme de cette femme, qui ne s’éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l’avaient quitté. Elle recherchait celui qu’elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu’elle croyait enlevé. C’est pour cela qu’elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l’efficacité d’une oeuvre bonne tient à la persévérance 10 . » Et nous, ne manquons pas de toujours chercher Jésus ; aussi dans les moments où, si le Seigneur le permet, le découragement ou l’obscurité pénètrent dans l’âme. N’oublions jamais qu’il est toujours très près de nous, bien que nous ne le voyons pas. Il est toujours tout près, parce que, comme le dit l’Apôtre, « Dominus prope est ! » — Le Seigneur me suit de près. Je marcherai donc avec lui, en toute sécurité puisque le Seigneur est mon Père..., et avec son aide, je ferai jusqu’au bout son aimable volonté, même s’il m’en coûte 11 . »
II. Grâce à sa persévérance à le chercher, grâce à son grand amour, Marie-Madeleine reçut le don d’être la première personne à laquelle Jésus apparut 12 . Au début, Marie ne reconnaît pas Jésus, bien qu’il soit à ses côtés. Saint Jean nous dit qu’elle se retourne et aperçoit Jésus qui était là, mais elle ne savait pas que c’était lui 13 . Bien qu’il lui ait parlé, elle ne se rend pas compte que c’est le Christ — vivant ! — qui est à ses côtés : Femme, lui dit le Seigneur, pourquoi pleures-tu ? Que cherches-tu ? 14 Les larmes ne lui laissent pas voir le Maître, lui que nous devinons souriant, heureux de la rencontre, comme lorsqu’il s’adresse à nous qui le cherchons sans cesse, parce qu’il est le même alors et maintenant. Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le reprendre 15 . Alors Jésus l’appela par son nom, avec l’intonation propre que le Maître employait quand il s’adressait à elle. Jésus lui dit alors : Marie ! 16 Tous les gros nuages emmagasinés dans son cœur depuis les trois derniers jours, disparaissent d’un seul coup. « Que de peines intérieures, que de tourments de l’esprit causés par un grand amour et qui semblaient sans solution, se sont défaits comme de l’écume devant un seul mot de Jésus ! 17 » Tant de fois ! Et comme un fleuve irrépressible, comme si tout avait été un cauchemar, Marie le regarde et lui dit : Rabonni ! Maître ! 18 Saint Jean a voulu nous laisser, comme si c’était une réalité intraduisible, le mot hébreu, familier, par lequel elle l’avait si souvent appelé.
« Elle le cherchait mort, commente saint Augustin, et il se présenta vivant. Comment vivant ? Il l’appelle par son nom : Marie, et elle répond tout de suite, dès qu’elle entend son nom : Rabonni. Le jardinier aurait pu avoir dit : ‘Qui cherches-tu ? Pourquoi pleures-tu ?’ ; Marie, en revanche, seul le Christ pouvait l’avoir dit. L’appela par son nom celui-là même qui l’avait appelée au règne des Cieux. Il prononça le nom qui était écrit dans son livre : Marie. Et elle : Rabonni, ce qui veut dire Maître. Elle avait enfin reconnu celui qui l’illuminait pour qu’elle le reconnaisse ; elle voyait enfin le Christ qu’elle avait pris avant pour le jardinier. Et le Seigneur lui dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père (Jn 20, 17) 19 . »
Comme disparaissent nos peines quand nous découvrons Jésus vivant, glorieux, qui est à nos côtés et qui nous appelle par notre nom ! Quelle joie de le trouver si près de nous, si familier, de pouvoir l’appeler avec notre accent particulier, qu’il connaît bien ! Notre prière est notre plus profond bonheur. Et aussi le support de la vie entière. Ne manquons pas de le chercher si une fois nous ne le voyons pas ; si nous persévérons, lui s’approchera de nous et nous appellera par notre nom familier, et nous retrouverons la paix et la joie, si nous les avions perdues. Un seul mot de Jésus nous rend l’espérance et le désir de recommencer. N’oublions pas, en aucune circonstance, que « le jour de la victoire du Seigneur, lors de sa Résurrection est définitif. Où sont-ils, les soldats que les autorités avaient placés là ? Où sont-ils, les scellés qu’elles avaient apposés sur la pierre du sépulcre ? Où sont-ils, ceux qui avaient condamné le maître ? Et ceux qui ont crucifié Jésus ?... Son triomphe entraîne la débandade de ces pauvres misérables.
« Alors, remplis-toi d’espérance : Jésus-Christ est toujours vainqueur 20 . » Il est aussi vainqueur dans notre vie, il triomphe des défauts et faiblesses qui pourraient sembler inamovibles.
III. Après avoir consolé Marie, Jésus lui donne un message pour les Apôtres, qu’il appelle par le nom affectueux de frères. Et Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : J’ai vu le Seigneur !, et elle leur raconte ensuite tout ce qui s’était passé 21 . Nous nous imaginons la joie de Marie en prononçant ces mots : J’ai vu le Seigneur ! C’est le plaisir et la joie de tout apostolat dans lequel nous annonçons aux autres, de mille façons différentes, que Jésus vit. Et saint Thomas d’Aquin de commenter : « En cette femme, qui fut la plus empressée à reconnaître le sépulcre du Christ, on désigne toute personne qui désire connaître la vérité divine et, par conséquent, est digne d’annoncer aux autres la connaissance de telle grâce, comme Marie l’annonça aux disciples, pour ne pas être réprimandée d’avoir caché le talent ». Et le saint Docteur conclut : « On ne vous a pas concédé cette joie pour que vous la cachiez dans le secret de votre cœur, mais pour la montrer à ceux qui aiment 22 » pour la publier aux quatre vents. Celui qui rencontre le Christ dans sa vie, le rencontre pour tout le monde. La nouvelle de la Résurrection s’est propagée comme un incendie dans les premiers siècles ; les chrétiens étaient conscients d’être des porteurs de la Bonne Nouvelle, les disciples joyeux de celui qui est mort pour tout le monde et est ressuscité le troisième jour, comme cela avait été prophétisé. Ils étaient un peuple heureux au milieu d’un monde triste ; et leur joie, comme la nôtre, provenait du fait d’être près du Christ vivant. L’apostolat est toujours la communication d’un message joyeux, le plus joyeux de tous.
Nous demandons aujourd’hui à sainte Marie-Madeleine de nous obtenir du Seigneur son amour et sa persévérance à le chercher. Et puisqu’il lui a été confiée la première annonce de la joie pascale, nous lui demandons aussi de nous concéder, à nous, la joie d’annoncer le Christ ressuscité et de le contempler un jour dans la gloire 23 . Nous le contemplerons dans le Ciel, ainsi que Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, qui ne se sépare jamais de nous. Et nous verrons avec une joie particulière tous ceux à qui nous annonçons, si souvent à travers l’amitié, que le Christ ressuscité reste parmi nous.
* Elle était originaire de Magdala, petite ville de Galilée au nord-ouest du lac de Tibériade. Elle faisait partie du groupe de femmes qui suivait Jésus et prenait soin de lui avec leurs biens. Elle fut présente au Calvaire et, à l’aube du jour de Pâques, elle eut le privilège d’être la première, après la Vierge, à voir le Rédempteur ressuscité, qu’elle reconnut quand il l’appela par son nom. Son culte s’est étendu considérablement dans l’Église d’occident au Moyen Age. Il ne semble pas probable qu’elle soit la même femme que celle qui répandit sur les pieds de Jésus un flacon d’albâtre chez Simon le pharisien.
01 Psaume Reponsoriel. Ps 62, 2.22 juillet.
02 Jn 20, 1-2 ; 11-18.
03 Lc 8, 2.
04 Cf. Mt 27, 56.
05 Mt 27, 61.
06 Cf. Mt 28, 1.
07 Jn 20, 2.
08 Cf. Jn 20, 8.
09 Jn 20, 10.
10 Liturgie des Heures, Deuxième lecture. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, 25, 1-2.
11 Cf. Bienheureux Josémaria Escriva, Sillon, n. 53.
12 Mc 16, 9.
13 Jn 20, 14.
14 Jn 20, 15.
15 Jn 20, 15.
16 Jn 20, 16.
17 M. J. Indart, Jésus en son monde, Herder, Barcelone 1963, p. 124.
18 Jn 20, 16.
19 Saint Augustin, Sermon 246, 3-4.
20 Bienheureux Josémaria Escriva, Forge, n. 660.
21 Cf. Jn 20, 18.
22 Saint Thomas, dans Catena Aurea, vol. VIII, p. 400.
23 Cf. Collecte de la Messe.