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5 Août

11. Sainte Marie des Neiges*

Dédicace de la Basilique de Sainte Marie Majeure

Mémoire libre

— Origine du temple consacré à la Mère de Dieu, à Rome.

— Mère de Dieu et Notre Mère.

— Marie est l’Aqueduc par lequel nous arrivent toutes les grâces.

I. Nous célébrons aujourd’hui la Dédicace de la Basilique de Sainte Marie Majeure de Rome, la plus ancienne église consacrée en Occident à la Vierge Marie, et où ont eu lieu tant d’événements de l’histoire de l’Église. Cette Basilique mariale a une étroite relation avec la définition dogmatique de la Maternité divine de Marie, proclamée au Concile d'Éphèse. Ce temple a été construit sous cette invocation au quatrième siècle, peu de temps après la fin du Concile, au-dessus d’un autre qui existait déjà au même endroit. Le peuple de la ville d'Éphèse célébra avec un enthousiasme énorme la déclaration dogmatique de cette vérité qui, d’ailleurs, avait toujours été crue dans l’Église. Cette joie s’étendit à toute l’Église, et à Rome on éleva sous cette invocation, avec grande ferveur, une Basilique grandiose. Cette joie nous remplit, nous aussi, en la fête d’aujourd’hui, dans laquelle nous devons louer Sainte Marie comme Mère de Dieu, et aussi comme notre Mère.

Selon une pieuse légende, un patricien romain, appelé Jean, en commun accord avec son épouse, décida de consacrer ses biens à honorer la Mère de Dieu, mais sans savoir exactement comment. C’est alors qu’il eut un songe, ainsi que le Pape, grâce auquel ils surent que la Vierge désirait que l’on édifie un beau temple en son honneur sur le mont Esquilin, qui apparut couvert de neige le 5 août, chose insolite. Bien que la légende soit postérieure à la construction de la Basilique, elle a servi pour que la fête d’aujourd’hui soit connue en de nombreux endroits comme celle de la Vierge des Neiges, et pour que beaucoup d’amoureux des cimes l’aient comme Patronne.

À Rome, depuis toujours, le peuple fidèle honore Notre Mère dans ce temple sous l’invocation de Salus Populi Romani. On y vient demander des faveurs et des grâces, comme à l’endroit où l’on est toujours écouté. Le Pape Jean-Paul II a lui aussi rendu visite à Notre Dame dans ce temple romain, peu de temps après son élection au Pontificat. « Marie, disait-il alors, est appelée à conduire tout le monde au Rédempteur. Rendre témoignage de Lui, même sans parole, seulement avec l’amour dans lequel se manifeste la nature d’une mère. À approcher même ceux qui opposent le plus de résistance, pour qui il est plus difficile de croire en l’amour (...). Elle est appelée pour approcher tout le monde, c’est-à-dire chacun, à son Fils. Et à ses pieds il fit cette consécration de toute sa vie et de tous ses désirs à la Mère de Dieu, que nous, en l’imitant fidèlement, nous pouvons faire nôtre : « Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio te in mea omnia (Je suis tout à toi, et tout ce qui est à moi est à toi. Sois, toi, mon guide en tout) 01 . » Sous sa protection nous serons en toute sécurité.

II. Le mystère de l’Incarnation a permis à l’Église de pénétrer et éclaircir chaque fois mieux le mystère de la Mère du Verbe incarné. Le Concile d’Éphèse (431) eut une importance particulière dans cet approfondissement 02 . Saint Cyrille raconte comment la proclamation de ce dogme marial émut tous les chrétiens d’Éphèse, et il nous émeut nous aussi maintenant quand nous méditons que la Mère de Dieu est aussi notre Mère. Ce Père de l’Église décrivait ainsi ces événements : « le peuple tout entier de la ville d’Éphèse, dès les premières heures du matin jusqu’à la nuit, demeura anxieux dans l’attente de la résolution... Quand il sut que l’auteur des blasphèmes (Nestor) avait été déposé, nous commençâmes tous à l’unisson à glorifier Dieu et à acclamer le Synode, parce que l’ennemi de la foi était tombé. À peine sortis de l’église, nous fûmes accompagnés avec des torches jusqu’à nos demeures. C’était de nuit : toute la ville était joyeuse et illuminée 03 . » Combien ces chrétiens des premiers temps vibraient par leur foi ! Combien nous devons vibrer nous aussi !

Le même saint Cyrille, dans une homélie prononcée dans ce Concile, louait de cette façon la Maternité de Notre Dame : « Je te salue, Marie, Mère de Dieu, Vierge Mère, Étoile du matin... Je te salue, Marie, le bijou le plus précieux de tout l’univers... 04 . » Parce qu’« elle est Mère de Dieu, elle a une dignité d’une certaine façon infinie, à cause du bien infini qu’est Dieu. Et de cette façon, on ne peut pas imaginer une dignité plus grande, comme l’on ne peut pas imaginer quelque chose de plus grand que Dieu 05 »  affirme saint Thomas d’Aquin. Elle se trouve au-dessus de tous les anges et tous les saints. Après l’Humanité très sainte de son Fils, elle est le reflet le plus pur de la gloire de Dieu. En elle brille comme en aucune autre créature la participation des dons divins : la Sagesse, la Beauté, la Bonté... Rien de souillé ne peut s’insinuer en elle. Car elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache des opérations de Dieu et l’image de sa bonté 06 .

Ne manquons pas aujourd’hui de lui rappeler très souvent cette Maternité divine, d’où procède toutes les grâces, vertus et perfections qui la parent et l’embellissent : Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous... Ne nous laisse pas, prend soin de nous comme les mères protègent leurs enfants les plus faibles et ceux qui sont le plus dans le besoin.

III. Saint Bernard affirme que Sainte Marie est pour nous l’aqueduc par lequel nous arrivent toutes les grâces dont nous avons besoin chaque jour. Nous devons toujours avoir recours à elle, « parce que c’est la volonté du Seigneur qui a voulu que nous recevions tout par Marie 07  » et d’une façon particulière quand nous nous trouvons plus faibles, dans les difficultés, dans les tentations... et aussi bien dans les besoins de notre âme que dans ceux de notre corps.

Au Calvaire, près de son Fils, la maternité spirituelle de Marie a culminé. Lorsque tout le monde déserta, la Vierge se trouvait près de la croix de Jésus 08 , en parfaite conformité avec la volonté divine, souffrant avec son Fils, corachetant. Elle « ne fut pas un instrument purement passif dans les mains de Dieu, mais elle coopéra au salut de l’homme dans la liberté de sa foi et de son obéissance ». Cette maternité de la Vierge dure sans cesse, et maintenant, du haut du Ciel, « Elle n’a pas déposé cette fonction salvifique, mais elle continue, par son instante intercession, à nous obtenir des grâces en vue de notre salut éternel 09  ».

Nous devons beaucoup remercier le Seigneur d’avoir voulu nous donner une Mère à qui avoir recours dans la Vie de la grâce. Et le remercier pour le fait qu’elle soit sa propre Mère. Marie est notre Mère non seulement parce qu’elle nous aime comme une mère, ou parce qu’elle nous tient lieu de mère. La maternité spirituelle de Notre Dame est très supérieure, plus effective que toute maternité naturelle ou de sentiment. Elle est Mère parce qu’elle nous a engendrés réellement dans l’ordre surnaturel. Si nous avons pu être enfants de Dieu, participer à la nature divine 10 , c’est grâce à l’action rédemptrice du Christ qui nous rend semblables à lui. Mais cette influence passe à travers Marie. Et ainsi, de la même façon que Dieu le Père a un seul Fils selon la nature, et d’innombrables selon la grâce, ainsi par Marie, Mère du Christ, nous avons pu être enfants de Dieu. Nous recevons de ses mains tout l’aliment spirituel, la défense contre nos ennemis, la consolation au milieu des afflictions.

Pour notre Mère du Ciel, « nous ne cessons jamais d’être petits, parce qu’elle ouvre le chemin du Royaume des Cieux, qui sera donné à ceux qui se font enfants (cf. Mt 19, 14). Nous ne devons jamais nous éloigner de Notre-Dame. Comment lui rendrons-nous hommage ? En la fréquentant, en lui parlant, en lui prouvant notre affection, en considérant attentivement dans notre cœur les scènes de sa vie sur la terre, en lui racontant nos luttes, nos succès et nos échecs.

« Nous découvrons ainsi, comme si nous les récitions pour la première fois, le sens des prières mariales que l’on a toujours récitées dans l’Église. Que sont l’Ave Maria et l’Angelus, sinon des louanges enflammées à la Maternité divine ? Et dans le saint Rosaire (...) les mystères de la conduite admirable de Marie, qui sont les mystères fondamentaux de notre foi, défilent dans notre tête et dans notre cœur (...).

« Dans les fêtes de Notre-Dame, ne rechignons pas à lui démontrer notre affection ; élevons plus souvent notre cœur vers elle pour lui demander ce dont nous avons besoin, en la remerciant de sa sollicitude maternelle et constante, et en lui recommandant les personnes que nous aimons. Mais si nous prétendons nous comporter en fils, chaque jour sera une occasion propice pour aimer Marie, comme le sont tous les jours pour ceux qui s’aiment vraiment 11 . »

Nous nous adressons aujourd’hui à elle et nous lui disons avec un ancien hymne de l’Église : monstra te esse matrem ! montre que tu es Mère et que celui qui prit son sang dans tes veines pour nous racheter, se préoccupe par toi de nous 12 .

* Après la proclamation du dogme de la Maternité divine de Marie au Concile d’Ephèse (431), le Pape Sixte III consacra à Rome une Basilique en l’honneur de la Vierge, appelée par la suite Sainte Marie Majeure. C’est la plus ancienne église consacrée à Notre- Dame.

La fête d’aujourd’hui est aussi connue sous le nom de Notre-Dame des Neiges, à cause d’une ancienne légende qui raconte qu’un ménage romain, qui demandait à la Vierge sa lumière pour voir le moyen d’employer leur fortune, reçut en songe le désir de Sainte Marie que lui soit érigé un temple précisément où le mont Esquilin apparaîtrait couvert de neige. Cela eut lieu dans la nuit du 4 au 5 août. Le jour suivant, d’une façon surprenante, on trouva couvert de neige le terrain où s’élève aujourd’hui la Basilique.

01 Jean-Paul II, Homélie à Sainte-Marie Majeure, 8 décembre 1978.
02 Idem, Enc.
Redemptoris Mater, 25 mars 1987, n. 4.
03 Saint Cyrille d’Alexandrie,
Epistolae, 24.
04 Idem,
Eloge en honneur de Sainte Marie Mère de Dieu.
05 Saint Thomas d’Aquin,
Summa Theologiae I, q. 25, a. 6, ad 3.
06 Cf. Sag 7, 25-26.
07 Saint Bernard,
Sermon sur la Nativité de Sainte Marie, 4-7.
08 Jn 19, 25.
09 
Idem, 62.
10 Cf. 2 P 1, 4.
11 Bienheureux Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 290-291.
12 Hymne
Ave Maris Stella.