15 Août
15. Assomption de la très Sainte Vierge Marie*
Solennité
— Marie, montée corps et âme aux Cieux. Contemplation du quatrième mystère glorieux du Saint Rosaire.
— Du haut du Ciel, la Très Sainte Vierge intercède et s’occupe de ses enfants.
— L’Assomption de Notre-Dame, espérance de notre résurrection glorieuse.
I. Je mets une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité 01 . C’est ainsi qu’apparaît la Sainte Vierge Marie associée au Christ Rédempteur dans la lutte et dans le triomphe sur Satan. C’est le plan divin que la Providence avait préparé depuis l’éternité pour nous sauver. C’est l’annonce du premier livre de la Sainte Écriture, et dans le dernier nous trouvons à nouveau cette prodigieuse affirmation : Un signe grandiose apparut dans le ciel : une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles 02 . C’est la Très Sainte Vierge, qui entre corps et âme au Ciel à la fin de sa vie parmi nous. Et elle y arrive pour être couronnée comme Reine de l’Univers, car elle est Mère de Dieu. Le roi est séduit par ta beauté 03 , chante le Psaume responsoriel.
L’Apôtre saint Jean, qui fut sûrement témoin de la dormition de Marie — le Seigneur la lui avait confiée, et il n’allait pas être absent en ces moments-là...—, ne nous dit rien dans son Évangile des derniers instants de Notre Mère ici sur terre. Lui qui nous a parlé avec tant de clarté et de force de la mort de Jésus sur le Golgotha se tait lorsqu’il s’agit de celle dont il s’occupa en tant que sa mère et la Mère de Jésus et de tous les hommes 04 . Extérieurement, cela dut être comme un doux sommeil : « Elle sortit de ce monde en état de veille », dit un écrivain antique 05 , en plénitude d’amour. « Une fois terminé le cours de sa vie terrestre, elle monta en corps et en âme à la gloire céleste 06 . » Et là son Fils Jésus l’attendait, avec son corps glorieux, comme elle l’avait contemplé après la Résurrection. Avec son pouvoir divin, Dieu a pris soin de l’intégrité du corps de Marie et n’a pas permis en lui ni la plus petite altération, en le maintenant en une parfaite unité et une complète harmonie. Notre-Dame a obtenu, « comme suprême couronnement de ses prérogatives, de se voir libre de la corruption du sépulcre et, en obtenant la victoire sur la mort, comme auparavant son Fils l’avait vaincue, d’être élevée en corps et âme à la gloire céleste 07 . » C’est-à-dire que l’harmonie des privilèges mariaux réclamait son Assomption aux Cieux.
Nous avons très souvent contemplé ce privilège de Notre Dame dans le quatrième mystère glorieux du Saint Rosaire : « La Mère de Dieu s’est endormie (...). Mais Jésus désire avoir sa Mère, corps et âme, dans la gloire. Et la Cour céleste déploie toute sa splendeur pour accueillir Notre Dame. — Toi et moi — qui ne sommes, après tout, que des enfants — nous prenons la traîne du magnifique manteau bleu de Marie et ainsi nous pouvons contempler cette scène merveilleuse.
« La Très Sainte Trinité reçoit et comble d’honneurs la Fille, la Mère et l’Épouse de Dieu... -Et la majesté de Notre-Dame est si grande que les Anges s’interrogent : Qui est-ce donc ? 08 » Nous, nous nous réjouissons avec les anges, remplis aussi d’admiration, et nous la félicitons le jour de sa fête. Et nous nous sentons fiers d’être les enfants d’une si grande Dame.
Fréquemment la piété populaire et l’art marial ont représenté la Vierge, dans ce mystère, portée par les anges et auréolée de nuages. Saint Thomas voit dans ces interventions angéliques envers ceux qui ont quitté cette terre et sont déjà en chemin vers le Ciel, la manifestation de révérence que les Anges et toutes les créatures témoignent aux corps glorieux 09 . Dans le cas de Notre-Dame, tout ce que nous pouvons imaginer est bien peu. Rien, en comparaison de ce que dut être la réalité. Sainte Thérèse raconte qu’elle vit une fois la main, seulement la main, glorifiée de Notre Seigneur, et la sainte disait ensuite que, auprès d’elle, cinq cent mille soleils clairs se réfléchissant dans le plus pur miroir étaient comme une nuit triste et très obscure. Comment sera le visage du Christ, son regard... ? Un jour, si nous sommes fidèles, nous contemplerons Jésus et Sainte Marie, que nous aurons tant de fois invoqués en cette vie.
II. Aujourd’hui la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel : parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin 10 .
Regardons Notre-Dame, déjà montée aux Cieux. « Et de même que le voyageur, en faisant un écran avec sa main pour contempler un vaste panorama, cherche dans les environs une figure humaine qui lui permette de se faire une idée de ces parages, de même nous, qui regardons vers Dieu avec des yeux éblouis, nous identifions et souhaitons la bienvenue à une figure purement humaine, qui se trouve à côté de son trône. Un navire a terminé son périple, un destin s’est accompli, une perfection humaine a existé. Et en la regardant nous voyons Dieu plus clairement, plus grand, à travers ce chef-d’oeuvre de ses relations avec l’humanité 11 . »
Tous les privilèges de Marie ont une relation avec sa Maternité et, par conséquent, avec notre rédemption. Marie, montée au Ciel, est l’image et le commencement de l’Église qui se trouve encore en chemin vers la Patrie. Du Ciel, « jusqu’à l’avènement du jour du Seigneur, elle brille, devant le Peuple de Dieu en marche, comme un signe d’espérance certaine et de consolation 12 ». « Avec le mystère de l’Assomption aux cieux, ont été définitivement réalisés en Marie tous les effets de l’unique médiation du Christ Rédempteur du monde et Seigneur ressuscité (...). Dans le mystère de l’Assomption s’exprime la foi de l’Église, selon laquelle Marie «est aussi intimement unie» au Christ 13 . Elle est la sécurité et la preuve de ce que nous, ses enfants, nous serons un jour avec notre corps glorieux près du Christ glorieux. Notre désir de vie éternelle prend des ailes en méditant sur notre Mère céleste qui est là-haut, nous voit et nous contemple avec son regard plein de tendresse 14 . Et avec d’autant plus d’amour qu’elle nous voit davantage dans le besoin. « Elle réalise cette fonction, propre d’une mère, de médiatrice de clémence dans la venue définitive 15 . »
Elle est notre grande protectrice devant le Très-Haut. Il est vrai que la vie sur terre se présente à nous comme une vallée de larmes, parce que les sacrifices, les peines (surtout l’absence du Ciel) ne manquent pas. Mais, en même temps, le Seigneur nous donne de nombreuses joies et nous avons l’espérance de la Gloire pour avancer avec optimisme. Parmi ces motifs de joie se trouve Sainte Marie. Elle est notre vie, notre douceur et notre espérance : l’affection de la Mère se fait sentir dans la vie du chrétien. Tourne vers nous tes yeux miséricordieux, lui disons-nous. Les yeux de Sainte Marie, comme ceux de son Fils, sont remplis de miséricorde, de compassion. Elle ne manque jamais d’aider celui qui se met sous sa protection : On n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection... 16 . Essayons de chercher davantage l’intercession de la Vierge, de la Reine des cieux et de la terre. Ayons recours au Refuge des pécheurs ; et nous lui dirons : montre-nous Jésus, qui est celui dont nous avons le plus besoin.
Quelle sécurité possède l’âme qui en toute circonstance s’adresse à la Très Sainte Vierge avec la simplicité et la confiance d’un enfant avec sa mère ! « Comme un instrument docile dans les mains du Dieu Très-Haut, écrit un Père de l’Église, ainsi voudrais-je être assujetti à la Vierge Mère, intégralement consacré à son service. Concède-le moi, Jésus, Dieu et Fils de l’homme, Seigneur de toutes les choses et Fils de ton Esclave (...). Fais que je serve ta Mère de telle façon que tu me reconnaisses comme serviteur ; qu’elle soit ma souveraine sur la terre de telle façon que tu sois mon Seigneur pour toute l’éternité 17 . » Mais nous devons examiner comment nous la fréquentons chaque jour. « Fier d’être l’enfant de Sainte Marie... ? Si tu l’es vraiment, demande-toi : combien de fois ai-je manifesté ma dévotion à la Sainte Vierge au long de cette journée, du matin au soir ? 18 » : l’Angelus, le Saint Rosaire, les trois Ave Maria du soir...
III. Heureuse la Vierge Marie, qui a porté dans son sein le Fils du Père éternel 19 .
L’Assomption de Marie est une précieuse anticipation de notre résurrection et trouve son fondement dans la résurrection du Christ, qui réformera notre corps corruptible en le conformant à son corps glorieux 20 . C’est pourquoi saint Paul nous rappelle aussi dans la Deuxième lecture de la Messe 21 : si la mort est venue par un homme (par le péché d’Adam), c’est par un homme aussi, le Christ, qu’est venue la résurrection. C’est en lui que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père... Cette venue du Christ, dont parle l’Apôtre, « ne devait-elle peut-être pas s’accomplir, dans ce cas unique (celui de la Vierge) d’une façon exceptionnelle, pour ainsi dire, «immédiatement», c’est-à-dire, au moment de la conclusion de sa vie terrestre ? (...). Il en découle que ce final de la vie qu’est la mort pour tous les hommes, dans le cas de Marie la Tradition l’appelle plutôt dormition.
« Assumpta est Maria in caelum, gaudent Angeli ! Et gaudet Ecclesia ! Pour nous, la solennité d’aujourd’hui est comme une continuation de la Pâque, de la Résurrection et de l’Ascension du Seigneur. Et elle est, en même temps, le signe et la source de l’espérance de la vie éternelle et de la future résurrection 22 . »
La Solennité d’aujourd’hui nous remplit de confiance dans nos prières. « Notre Avocate est montée au Ciel, pour que, comme Mère du Juge et Mère de Miséricorde, elle puisse s’occuper des affaires de notre salut 23 . » Elle anime continuellement notre espérance. « Nous sommes encore pèlerins, mais notre mère nous a précédés et nous montre déjà la fin du chemin : elle nous répète qu’il est possible d’y parvenir et que, si nous sommes fidèles, nous y parviendrons. Car la Très Sainte Vierge n’est pas seulement un exemple pour nous : elle est aussi le secours des chrétiens. Et devant notre requête — Monstra te esse Matrem (Hymne liturgique Ave Maris stella) — elle ne sait ni ne veut refuser à ses enfants les soins de sa maternelle sollicitude (...).
« Cor Mariae Dulcissimum, iter para tutum : Cœur très Doux de Marie, accorde-nous la force et la sécurité tout au long de ce chemin sur la terre : sois, toi-même, notre chemin, car tu connais le sentier et le raccourci infaillible qui mènent, par ton amour, à l’amour de Jésus-Christ. 24 »
* L’Église, depuis les premiers siècles (V-VI°), a professé continûment la foi en l’Assomption de Marie Très Sainte, en corps et en âme, à la vie céleste, comme on peut le déduire de la Liturgie, des documents de piété religieuse, des écrits des Pères et des Docteurs. Cette foi multiséculaire et universelle est confirmée par tout l’Épiscopat dans la Carte Apostolique du 1º mai 1946, qui sert à illustrer les raisons de sa définition dogmatique, réalisée par Pie XII le 1º novembre 1950.
01 Gn 3, 15.
02 Antienne d’ouverture. Ap 12, 1.
03 Psaume responsoriel. Ps 44, 12.
04 Cf. M. D. Philippe, Mystère de Marie, Rialp, Madrid 1986, p. 52.
05 Saint Germain de Constantinople, Homélies sur la Vierge, I.
06 Pie XII, Const. Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950.
07 Idem.
08 Bienheureux Josémaria Escriva, Saint Rosaire, quatrième mystère glorieux.
09 Cf. Saint Thomas, Summa Theologiae, Supl., q.84, a. 1, ad 1.
10 Missel Romain, Préface de la fête de l’Assomption.
11 R. A. Knox, Sermon en la fête de l’Assomption de Notre-Dame, 15 août 1954.
12 Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 68.
13 Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, 25 mars 1987, n. 41.
14 Cf. Paul VI, Discours, 15 août 1963.
15 Jean-Paul II, loc. cit.
16 Prière de Saint Bernard.
17 Saint Ildefonse de Tolède, Livre sur la virginité perpétuelle de Sainte Marie, 12.
18 Bienheureux Josémaria Escriva, Forge, n. 433.
19 Antienne de la communion de la Messe du soir de la vigile.
20 Ph 3, 21.
21 Deuxième lecture. 1 Cor 15, 20-26.
22 Jean-Paul II, Homélie, 15 août 1980.
23 Saint Bernard, Homélie en l’Assomption de la B. Vierge Marie, I.
24 Bienheureux Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 177-178.