21 Août
16. Saint Pie X*
Mémoire
— Besoin d’enseigner la doctrine. Employer tous les moyens à notre portée.
— Sérénité et bonne humeur devant les difficultés.
— Amour de l’Église et du Pape.
I. Le Seigneur a conclu avec saint Pie X une alliance de paix, il en a fait un chef qui possède à jamais la dignité du sacerdoce 01 .
Les années du Pontificat de saint Pie X furent particulièrement difficiles à cause des transformations internes de nombreuses nations, qui eurent de sérieuses répercussions sur les fidèles chrétiens. Néanmoins, le vrai vent violent qui s’abattit fortement sur l’Église fut de caractère idéologique et doctrinal : les essais de concilier la foi avec une philosophie qui était, dans ses principes mêmes, très éloignée d’elle, débouchèrent sur de nombreuses erreurs de large diffusion. Ces idéologies attaquaient les fondements mêmes de la doctrine catholique et conduisaient directement à la renier 02 .
Saint Pie X a fait devenir réalité la devise de son Pontificat — tout instaurer dans le Christ 03 — dans sa profonde préoccupation pour enrayer ces maux, qui arrivaient sous mille formes au peuple fidèle 04 . Il insistait fréquemment sur le mal que produit l’ignorance de la foi : « il est inutile d’attendre, avait-il l’habitude de dire, que quelqu’un qui n’a pas de formation puisse accomplir ses devoirs de chrétiens. » Il exhortait très souvent sur le besoin d’enseigner le Catéchisme. De cette inquiétude pour la formation chrétienne a surgi ce qu’on appelle le Catéchisme de saint Pie X, qui a fait tant de bien dans l’Église. Ce désir de donner la doctrine à un monde qui en avait un tel besoin et qui en était si affamé se reflète dans tout son Magistère. Lui-même, étant Pape, ne voulut pas abandonner les moyens traditionnels de la Catéchèse. Jusqu’en 1911 il avait l’habitude d’enseigner le Catéchisme dans le cortile de san Damaso et dans celui de la Miche de pain, au Vatican. De plus, chaque dimanche il invitait les fidèles d’une paroisse romaine, il célébrait la sainte Messe pour eux et leur expliquait l’Évangile.
Une bonne partie des erreurs que saint Pie X a combattues semblent avoir pris droit de cité de nos jours. Et dans des pays évangélisés il y a presque vingt siècles nombreux sont ceux qui ne connaissent pas les vérités les plus élémentaires de la foi. Nombreux sont ceux qui se trouvent sans défense et se laissent entraîner par ces erreurs diffusées par un petit groupe de personnes, avec la complicité de leurs passions 05 . Cet appel que saint Pie X fit à son époque pour conserver et faire connaître la bonne doctrine continue d’être pleinement actuel. Il est spécialement urgent que nous, les chrétiens, avec les moyens à notre portée, nous fassions connaître les enseignements de l’Église sur le sens de la vie, la finalité de l’homme et son destin éternel, le mariage, la générosité pour le nombre d’enfants, le droit et le devoir des parents à choisir l’éducation que leurs enfants doivent recevoir, la doctrine sociale de l’Église, l’amour du Pape et de ses enseignements, la malice du crime de l’avortement... Et pour cela nous devons utiliser tous les moyens à notre portée : les catéchèses familiales, la diffusion de bons livres, les conversations qui surgissent tous les jours sur des sujets qui concernent la foi ou la morale... N’oublions pas aussi, comme l’a rappelé le Pape Jean-Paul II, que « la foi se fortifie en la donnant ! 06 »
II. Saint Pie X s’est distingué par sa grande fermeté pour faire face à un climat social qui lui fut très souvent adverse, et, en même temps, il fut rempli d’une profonde humilité et d’une grande simplicité. Dans la Première lecture de la Messe 07 , l’on recueille des mots de saint Paul aux chrétiens de Thessalonique, que le saint Pontife aurait bien pu écrire : Nous avons puisé en notre Dieu la hardiesse de vous annoncer l’Évangile de Dieu au prix de bien des combats. Cependant, saint Pie X, tout comme saint Paul, resta serein et joyeux au milieu des difficultés, parce que sa vie était fortement enracinée dans la prière. La bonne humeur ne lui manqua pas non plus.
Un soldat de la garde suisse se rappelle qu’une nuit il devait monter la garde dans une cour qui donnait sur la fenêtre de la chambre à coucher du Pape. Avec sa hallebarde sur l’épaule, le soldat allait d’un point à l’autre. Ses pas résonnaient sur les dalles. Dans le courant de la nuit la fenêtre s’ouvrit et le visage du Pape apparut : — « Benêt, que fais-tu ici ? » Le soldat expliqua sa mission. Et saint Pie X, bienveillant, lui dit : « Va te reposer, ce sera mieux. Ainsi nous pourrons dormir toi et moi 08 . »
Saint Pie X avait la réputation de faire des miracles pendant sa vie. Un jour ses anciens paroissiens vinrent le voir au Vatican. Et avec la simplicité et la confiance qu’ils avaient toujours eues avec lui, et aussi avec un total manque de tact, ils lui demandèrent : « Don Beppo (c’est ainsi qu’on l’appelait quand il était curé de paroisse), est-il vrai que vous faites des miracles ? » Et le Pape, avec simplicité et bonne humeur, leur répondit : « Écoutez..., ici au Vatican il faut faire un peu de tout 09 . » Cependant un évêque brésilien, qui avait entendu parler de la réputation de sainteté du Souverain Pontife, vint à Rome dans les premiers mois de 1914 pour implorer du saint la guérison de sa mère, malade de la lèpre. Devant son insistance, saint Pie X l’exhorta à prier Notre Dame et un autre saint. Mais l’Évêque, avec insistance, lui demanda : « Daignez au moins répéter les mots de Notre Seigneur devant le lépreux : Volo, mundare ! (je le veux, sois guéri). Et le Pape, avec un sourire, et affable, répéta : « Volo, mundare ! ». Quand l’évêque rentra dans sa patrie, il trouva sa mère guérie de la lèpre 10 .
Parmi les graves responsabilités et la dureté de tant d’événements que saint Pie X dut supporter, le Seigneur lui concéda de ne pas perdre la simplicité et la bonne humeur. Pour nous, qui avons pris notre foi au sérieux, vécue au milieu du monde, ce sont deux vertus humaines que nous pouvons demander aujourd’hui au Seigneur par l’intercession de ce saint Pontife. Elles nous aideront à nous sentir enfants de Dieu, à être sereins et joyeux face à toute difficulté.
III. Saint Pie X aima l’Église et l’a servie avec une très grande fidélité. Dès le début de son Pontificat, il fit une série de profondes réformes. D’une façon particulière il consacra une attention toute spéciale aux prêtres, dont il attendait tout. Il dit très souvent et de façons différentes, que de leur sainteté dépendait en grande mesure la sainteté du peuple chrétien. Lors du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale il consacra aux prêtres une exhortation 11 qui avait comme sujet : Comment doivent être les prêtres dont l’Église a besoin. Il demandait, avant tout, des prêtres saints, s’adonnant tout entiers aux âmes.
Beaucoup des problèmes, des besoins et des conditions des onze années du Pontificat de saint Pie X, continuent d’êtres actuels. C’est pourquoi nous pouvons profiter de la fête d’aujourd’hui pour faire un examen de conscience et voir quel est notre amour de l’Église, s’il se manifeste par des faits ; si, au milieu des occupations temporelles, chacun de nous a « une vive conscience d’être un membre de l’Église, à qui l’on a confié une tâche originale, irremplaçable et impossible à déléguer, qu’il doit mener à bien pour le bien de tout le monde 12 » : donner la bonne doctrine, en profitant de toute occasion opportune, ou en la créant ; aider les autres à trouver le chemin de leur réconciliation avec Dieu, par la confession sacramentelle ; prier chaque jour et offrir des heures de travail bien achevé pour la sainteté des prêtres ; aider, avec générosité, au soutien de l’Église et de bonnes oeuvres ; contribuer à la diffusion du Magistère du Pape et des évêques, principalement dans des affaires qui concernent la justice sociale, la moralité publique, l’enseignement, la famille... « Quelle joie de pouvoir dire de toute mon âme : j’aime ma Mère, la sainte Église ! 13 ». Un amour qui se traduit chaque jour par des faits concrets.
Faisons aussi un examen de conscience pour voir quel est notre amour filial envers le Pape, qui doit être pour tous les chrétiens « une passion merveilleuse, parce que nous voyons le Christ en lui 14 ». Demandons-nous près du Seigneur si nous prions tous les jours pour la personne du Pontife Romain, pour que le Seigneur le garde et le vivifie et le rende heureux sur terre..., si nous sommes unis à ses intentions, si nous prions pour elles...
Seigneur — demandons-nous à Jésus avec une prière de la Messe — pour défendre la foi catholique, et fonder toutes choses dans le Christ, tu as comblé le Pape saint Pie X de sagesse divine et de courage apostolique ; permets que, dociles à ses instructions et à ses exemples, nous obtenions l’éternelle récompense.
* Saint Pie X est né dans le petit village de Rieuse, au Nord de l’Italie, le 2 juin 1835. Enfant, il connut la gêne d’une famille pauvre de dix enfants ; son père était le gendarme du village. Il s’est distingué par son continuel service de l’Église et des âmes comme curé de paroisse, Patriarche-Archevêque de Venise et Souverain Pontife. Il démontra une sainte énergie pour défendre la pureté de la doctrine, revaloriser et faire croître en dignité la sainte Liturgie et il étendit la pratique de la communion fréquente. Il adopta comme devise de son pontificat : Instaurare omnia in Christo. Il mourut le 21 août 1914.
01 Antienne d’ouverture du Commun des pasteurs. Cf. Ecli 45, 24.
02 Cf. R. Garcia de Haro, Histoire théologique du Modernisme, EUNSA, Pampelune 1972.
03 Saint Pie X, Lettre Apost. Bene nostis, 14 février 1905.
04 Cf. Idem, Decr. Lamentabili, 3 juillet 1907 ; Enc. Pascendi, 8 septembre 1907.
05 Cf. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Christifideles laici, 30 décembre 1988, 34.
06 Idem, Enc. Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 2.
07 1 Th 2, 2-8.
08 Cf. J. M. Javierre, Pie X, Juan Flors, 5º éd., Barcelone 1961, p. 180.
09 Cf. L. Ferrari, Pío X : Dalle mie memorie, Vicenza 1922, p. 1528.
10 G. Dal-Gal, Pie X, le Pape saint.
11 Saint Pie X, Enc. Haerent animo, 4 août 1908.
12 Jean-Paul II, Exhort. Apost. Christifideles laici, cit., 28.
13 Bienheureux Josémaria Escriva, Chemin, n. 518.
14 Idem, Aimer l’Église, p. 76.