Ressources Catholiques Missel Romain

2 Novembre

38. Tous les fidèles défunts*

— Le Purgatoire, lieu de purification et antichambre du Ciel.

— Nous pouvons aider beaucoup et de plusieurs façons les âmes du Purgatoire. Les suffrages à leur intention.

— Notre propre purification dans cette vie. Désirer aller au Ciel sans passer par le Purgatoire.

I. En ce mois de novembre, l’Eglise nous invite avec plus d’insistance à prier et à offrir des suffrages pour les fidèles défunts du Purgatoire. À ces frères que nous avons au Purgatoire, qui « ont aussi participé de la fragilité propre à tout être humain, nous sentons le devoir — qui est en même temps un besoin du cœur — d’offrir l’aide affectueuse de notre prière, afin que tout résidu éventuel de faiblesse humaine qui pourrait encore retarder leur rencontre heureuse avec Dieu soit définitivement effacé. 01  »

Rien de souillé ne peut entrer au Ciel, ni personne qui commette abomination et mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits sur le Livre de vie 02 . L’âme enlaidie par des fautes et des péchés véniels ne peut pas entrer dans la demeure de Dieu : pour arriver à la béatitude éternelle, il faut être sans tache. « Le paradis n’a pas de portes, écrit sainte Catherine de Gênes, et peut y entrer qui veut, car Dieu est toute miséricorde et ses bras sont toujours ouverts pour nous recevoir dans la gloire. Mais la divine essence est si pure que l’âme, trouvant en elle-même la plus légère imperfection et sachant que le purgatoire est institué pour la purifier, elle s’y précipite d’elle-même et y trouve cette grande miséricorde : la destruction de ses fautes. » La plus grande souffrance de ces âmes est d’avoir péché contre la bonté divine et de ne pas avoir purifié leur âme en cette vie 03 . Le Purgatoire n’est pas un enfer plus petit, mais l’antichambre du Ciel, où l’âme se nettoie et s’éclaircit.

Et si l’on n’a pas expié sur terre, l’âme a besoin de beaucoup se nettoyer ensuite : péchés véniels, qui retardent tellement l’union avec Dieu ; manques d’amour et de délicatesse envers le Seigneur ; et aussi l’inclination au péché, acquise dans la première chute puis augmentée par nos péchés personnels... De plus, les péchés et fautes déjà pardonnés dans la Confession laissent dans l’âme une dette insatisfaite, un équilibre rompu, qui exige d’être réparé en cette vie ou dans l’autre. Et il est possible que les dispositions des péchés déjà pardonnés continuent d’être enracinées dans l’âme à l’heure de la mort, si elles n’ont pas été éliminées par une purification constante et généreuse en cette vie. Quand on meurt, l’âme les perçoit avec une clarté absolue, et aura, par son désir d’être avec Dieu, une soif immense de se libérer de ces mauvaises dispositions. Le Purgatoire se présente en cet instant comme l’unique opportunité pour y arriver.

En ce lieu de purification, l’âme ressent une douleur et une souffrance très intenses : un feu « plus douloureux que toute chose qu’un homme puisse souffrir en cette vie 04  ». Mais il y a aussi une grande joie, parce que l’on sait qu’en définitive on a gagné la bataille et on attend la rencontre plus ou moins rapide avec Dieu.

L’âme qui doit aller au Purgatoire est semblable à un aventurier au bord du désert. Le soleil brûle, la chaleur est suffocante, il dispose de peu d’eau ; il entrevoit dans le lointain, au-delà du grand désert, la montagne où se trouve son trésor, la montagne où soufflent des brises fraîches et où il pourra se reposer éternellement. Et il se met en route, disposé à parcourir à pied cette longue distance, et la chaleur asphyxiante le fait tomber sans arrêt.

La différence avec le Purgatoire, c’est que celui qui s’y trouve, contrairement à l’aventurier, sait à coup sûr qu’il arrivera à la montagne qui l’attend au loin : pour suffocants qu’ils soient, le soleil et le sable ne pourront pas le séparer de Dieu 05 .

Quant à nous, ici sur terre, nous pouvons aider ces âmes à passer plus rapidement ce long désert qui les sépare de Dieu. Et, par l’expiation de nos fautes et péchés, nous rendrons plus court notre propre passage par ce lieu de purification. Si, avec l’aide de la grâce, nous sommes généreux dans la pratique de la pénitence, dans l’offrande de la douleur et dans l’amour envers le sacrement de réconciliation, nous pouvons aller directement au Ciel. C’est ce que firent les saints. Et ils nous invitent à les imiter.

II. Nous pouvons aider beaucoup et de façons différentes les âmes qui se préparent à entrer au Ciel et sont encore au Purgatoire au milieu de peines et souffrances indicibles. Nous savons que « l’union de ceux qui sont en route avec les frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, loin d’être rompue, se trouve au contraire renforcée par la communication de biens spirituels 06 . » Soyons maintenant plus unis à ceux qui nous ont précédés !

La Deuxième lecture de la Messe nous rappelle que Judas Machabée, ayant fait une collecte, envoya mille drachmes d’argent à Jérusalem, pour que l’on y offre un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts pendant la bataille, car il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent dans la foi. Et l’auteur sacré ajoute : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés 07 . Depuis toujours l’Église a offert des suffrages et des prières pour les fidèles défunts. Saint Isidore de Séville affirmait déjà en son temps qu’offrir des sacrifices et des prières pour le repos des défunts était une coutume observée dans toute l’Église. C’est pourquoi, dit le saint, on pense qu’il s’agit d’une coutume enseignée par les Apôtres eux-mêmes 08 .

La sainte Messe, qui a une valeur infinie, est ce que nous avons de plus important à offrir pour les âmes du Purgatoire 09 . Nous pouvons aussi offrir pour elles les indulgences que nous gagnons sur terre 10  ; nos prières, d’une façon spéciale le saint Rosaire ; le travail, la douleur, les contrariétés, etc. Ces suffrages sont la meilleure façon de manifester notre amour envers ceux qui nous ont précédés et attendent leur rencontre avec Dieu ; nous devons prier d’une façon spéciale pour nos parents et amis. Nos parents occuperont toujours une place d’honneur dans ces prières. Eux aussi nous aident beaucoup dans cet échange de biens spirituels de la Communion des Saints. « Les âmes bénies du purgatoire. — Par charité, par justice et par un égoïsme bien pardonnable — elles peuvent tant auprès de Dieu —, tiens-en bien compte dans tes sacrifices et dans ta prière.

Ah! si tu pouvais dire, en parlant d’elles : “Mes bonnes amies, les âmes du purgatoire…” 11 . »

III. Efforçons-nous de faire pénitence en cette vie, nous encourage sainte Thérèse : « Quelle sera douce la mort de qui a fait pénitence de tous ses péchés et ne doit pas aller au Purgatoire ! 12  »

Les âmes du Purgatoire n’acquièrent aucun mérite en se purifiant. Leur tâche est beaucoup plus âpre, plus difficile et douloureuse que toute autre qui existe sur terre : elles souffrent toutes les horreurs de l’homme qui meurt dans le désert... et, cependant, cela ne les fait pas croître en charité, comme ce serait arrivé sur terre en acceptant la douleur par amour de Dieu. Mais au Purgatoire il n’y a pas de révolte : même si elles devaient y rester jusqu’à la fin des temps, elles le feraient de bon gré, car tel est leur désir de purification.

Nous, en plus de les soulager et raccourcir le temps de leur purification, nous pouvons mériter et, par conséquent, purifier avec plus de promptitude et d’efficacité nos propres tendances désordonnées.

La douleur, la maladie, la souffrance, sont une grâce extraordinaire du Seigneur pour réparer nos fautes et nos péchés. Notre passage sur terre, tandis que nous espérons contempler Dieu, devrait être un temps de purification. Avec la pénitence l’âme rajeunit et se dispose pour la Vie. « Après la mort, ne l’oubliez jamais, l’Amour viendra à votre rencontre. Et dans l’Amour de Dieu vous trouverez par surcroît toutes les amours nobles que vous aurez connues sur terre. Le Seigneur a disposé que nous passions à travailler cette courte étape qu’est notre existence ; à travailler, comme son Fils Premier-Né, en faisant le bien (Ac 10, 38). C’est pourquoi nous devons nous tenir en éveil, à l’écoute des appels que saint Ignace d’Antioche percevait dans son âme à l’approche de l’heure de son martyre : viens au Père (Saint Ignace d’Antioche, Epistola ad Romanos, VII : PG 5, 694), reviens vers ton Père, Il t’attend avec impatience. 13  »

Qu’il est bon et grand, le désir d’arriver au Ciel sans passer par le Purgatoire! Mais ce doit être un désir efficace qui nous conduise à purifier notre vie, avec l’aide de la grâce. Notre Mère, qui est le Refuge des pécheurs — notre refuge — nous obtiendra les grâces nécessaires si nous sommes vraiment décidés à convertir notre vie en un spatium veræ paenitentiæ, un temps de réparation pour tant de choses mauvaises et inutiles.

* Après la mort les liens avec ceux qui ont été nos compagnons du chemin de la vie ne sont pas rompus. Aujourd’hui nous consacrons nos prières à tous ceux qui se purifient encore au Purgatoire des traces que les péchés ont laissées dans leur âmes. Aujourd’hui les prêtres peuvent célébrer trois fois la sainte Messe en suffrage pour ceux qui nous ont précédés. Les fidèles peuvent gagner des indulgences et les appliquer aussi pour les défunts.

01 Jean-Paul II, Au cimetière de la Almudena, Madrid, 2 novembre 1982.
02 Cf. Ap 21, 27.
03 Cf. Sainte Catherine de Gênes,
Traité du Purgatoire, 12.
04 Saint Augustin,
Commentaire aux Psaumes, 37, 3.
05 Cf. W. Macken,
Le purgatoire, dans la Revue Palabra, n. 244.
06 Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 49.
07 Missel Romain,
Lecture de la 2º Messe du jour des défunts ; 2 Mac 12, 43-44.
08 Cf. Saint Isidore de Séville,
Sur les offices ecclésiastiques, 1.
09 Cf. Concile de Trente,
Session 25.
10 Cf. Paul VI, Const. Apost.
Sacrarum indulgentiarum recognitio, 1° janvier 1967, 5.
11 Bienheureux Josémaria Escriva,
Chemin, n. 571.
12 Sainte Thérèse,
Chemin de perfection, 40, 9.
13 Bienheureux Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 221.