12 décembre
55. Notre Dame de Guadaloupe*
Mémoire
— L’apparition de la Vierge Marie à Juan Diego.
— Notre Dame précède tout apostolat et elle prépare les âmes
— La nouvelle évangélisation. Le Seigneur compte sur nous. Profiter des occasions.
I. La dévotion à Notre Dame de Guadaloupe au Mexique a son origine à l’époque de l’évangélisation, quand les croyants étaient encore peu nombreux. Notre Dame est apparue dans les premières années à un paysan indien, Juan Diego, et elle l’a envoyé voir l’évêque pour lui transmettre son désir de voir construire un temple qui lui serait consacré sur une colline toute proche appelée Tepeyac. Lors de cette première apparition, la Vierge Marie lui a dit : « en ce sanctuaire, je donnerai aux gens tout mon amour personnel, mon regard compatissant, mon aide, mon salut ; parce que moi, je suis vraiment votre Mère compatissante, la tienne et celle de tous les hommes… J’écouterai leurs larmes et leurs tristesse pour guérir toutes leurs peines, leurs misères et leurs douleurs. 01 »
L’évêque du lieu, avant d’accéder à cette demande, a demandé un signe. Juan Diego, suivant les indications de la Dame des Cieux, est allé couper un bouquet de roses, au mois de décembre, sur colline aride, à plus de deux mille mètres d’altitude. Étonné d’avoir trouvé les roses, ils les apporta à l’évêque. Jean Diego déploya la blanche tilma où il avait gardé les fleurs. Lorsqu’elles sont tombées par terre « soudain est apparue l’image aimée de la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, telle qu’elle existe encore de nos jours 02 ». Cette image de la Vierge Marie est resté imprimée dans la rustique tilma de l’indien, tissée de fibres végétales. Elle représente la Vierge Marie comme une jeune fille, bronzée, entourée d’une lumière rayonnante.
Marie dit à Juan Diego ce qu’elle répète maintenant à tous les chrétiens : « Est-ce que je ne suis pas ici, moi qui suis ta Mère ? N’es-tu pas sous mon ombre ? N’es-tu pas par hasard dans mon sein ? » Pourquoi devrions-nous craindre si elle est la Mère de Jésus et Mère de tous les hommes ?
Après l’apparition de Marie sur la colline de Tepeyac il y a eu, dans l’ancien territoire aztèque, un nombre exceptionnel de conversions, qui s’est étendu à toute l’Amérique centrale et méridionale, et qui est arrivé jusqu’à l’archipel des Philippines. « La Vierge de Guadaloupe est encore aujourd’hui le grand signe de la proximité du Christ, en invitant tous les hommes à entrer en communion avec lui pour avoir accès au Père. En même temps Marie est la voix qui invite les hommes à la communion entre eux… 03 » La Vierge Marie a toujours précédé l’évangélisation des peuples. On ne peut pas comprendre l’apostolat sans la Vierge Marie. C’est pourquoi, lorsque le Pape, vicaire du Christ sur la terre, demande aux fidèles la rechristianisation de l’Europe et du monde, nous avons recours à elle, pour qu’elle « indique à l’Église les meilleurs chemins pour parvenir à cette étape de la nouvelle évangélisation. Nous implorons la grâce de servir cette cause sublime avec un esprit missionnaire renouvelé. 04 » Nous la supplions de nous dire comment approcher nos amis de Dieu et de préparer elle-même leurs âmes pour recevoir la grâce.
II. « Vierge de Guadaloupe, Mère des Amériques…, regarde combien est grande la moisson, et intercède auprès du Seigneur pour qu’il inspire soif de sainteté dans le Peuple de Dieu… 05 », que les fidèles « avancent sur des sentiers d’une vie chrétienne intense, d’amour et d’humble service à Dieu et aux âmes 06 ». C’est ainsi seulement, par une intense vie chrétienne, pleine d’amour et de désirs de service, que nous pourrons mener de l’avant cette évangélisation du monde, en commençant par ceux qui nous sont les plus proches. Combien de moisson n’est pas ramassée par manque de bras ! Des gens assoiffés de vérité qui n’ont personne pour le leur enseigner, des personnes de tous les milieux, qui désireraient s’approcher de Dieu et qui ne trouvent pas le chemin. Chacun de nous devrait être un guide clair, qui montre par l’exemple et par la parole, le chemin qui mène droit et, à travers la Vierge Marie, aboutit au Christ.
C’est de l’Europe qu’est partie la première flamme qui a porté la foi au continent américain. Combien de femmes et d’hommes, de races différentes, ont trouvé la porte du ciel grâce à la foi héroïque et sacrifiée de ces premiers évangélisateurs ! La Vierge Marie leur a ouvert le chemin et, malgré toutes les difficultés, avec persévérance, patience et sens surnaturel, ils ont enseigné partout les mystères les plus profonds de la foi. « Maintenant nous nous trouvons dans une Europe où l’athéisme et le scepticisme deviennent de plus en plus forts ; où il y a une pénible incertitude morale manifestée dans la désagrégation de la famille et la dégénérescence des mœurs ; où domine un dangereux conflit d’idées et de mouvements. 07 » Certains de ces pays qui ont été profondément chrétiens, donnent l’impression d’un retour au paganisme dont ils étaient sortis, souvent grâce au sang des martyres et toujours avec l’aide efficace de la Vierge Marie. Toute une civilisation fondée sur des valeurs chrétiennes semble être sans forces pour réagir. Et c’est précisément de ces mêmes nations d’où, autrefois partit la lumière de la foi pour se propager dans le monde entier, que malheureusement « on envoie partout dans le monde l’ivraie d’un nouveau paganisme 08 ».
Les chrétiens sont toujours le ferment au milieu du monde. La force du levain n’a pas perdu sa vigueur en ces vingt siècles, parce qu’elle est surnaturelle, toujours jeune, toujours nouvelle et efficace. Voilà pourquoi nous n’allons pas rester les bras croisés, comme si nous ne pouvions rien faire, ou comme si les dimensions du mal pouvaient étouffer la petite semence que nous sommes si nous suivons le Christ. Si les premiers qui ont porté la foi au monde étaient restés paralysés devant la tâche immense qui les attendait, s’ils n’avaient compté que sur leurs forces humaines, rien n’aurait été fait. Le Seigneur nous encourage constamment à ne pas rester en arrière dans cette tâche qui se présente à nous « fascinante du point de vue surnaturel et humain 09 ». Examinons aujourd’hui, devant Notre Dame de Guadaloupe, ce que nous sommes en train de faire autour de nous : l’intérêt pour approcher du Christ notre famille, nos amis…, si nous savons profiter de toutes les occasions, sans en laisser passer une seule, pour parler avec courage de la foi qui remplit notre cœur ; si nous prenons au sérieux notre formation chrétienne, condition pour la transmettre aux autres ; si nous savons donner de notre temps, toujours limité, pour nous occuper de catéchèse ou d’autres activités apostoliques ; si nous sommes généreux pour participer financièrement aussi à la promotion des activités apostoliques qui ont pour but l’amélioration humaine et surnaturelle des personnes. Ne pensons pas que nous ne pouvons faire que peu de choses, à cause d’un travail professionnel important ou des obligations familiales… Dieu multiplie ce peu de choses, et par ailleurs beaucoup de peu de choses peuvent changer un pays entier !
III. Allez partout dans le monde ; prêchez l’Évangile à toutes les créatures 10 . Ces paroles du Seigneur sont actuelles à toutes les époques et en tout temps et elles n’excluent aucun peuple, aucune civilisation : personne n’est exclu. Les Apôtres ont réalisé ce commandement de Jésus-Christ, et maintenant c’est à nous de l’accomplir. Dans un monde qui se montre souvent païen dans ses coutumes et ses modes de pensée « s’impose aux chrétiens la très douce obligation de travailler pour que le message divin de la Révélation soit connu par tous les hommes de tous les endroits de la terre. 11 » Nous pouvons compter sur l’assistance toujours efficace du Seigneur : Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles 12 .
Dieu agit directement dans l’âme de chaque personne par la grâce, mais c’est la volonté du Seigneur, affirmée dans beaucoup de passages des Évangiles, que les hommes soient des instruments de salut pour les autres hommes. Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver 13 . Saint Jean Chrysostome a écrit : « Les connaissances humaines, comme la philosophie, la carrière militaire et autres choses de ce style sont aussi des chemins. Jésus a donc dit : allez à la sortie de tous les chemins, pour qu’ils appellent tous les hommes à la foi, quelle que soit leur condition. 14 » Même les voyages d’affaires ou de loisir sont une occasion dont Dieu se sert souvent pour faire connaître le Christ. Et aussi les liens familiaux, la maladie, une visite de courtoisie chez des amis, une carte de vœux, une lettre à un journal… « Innombrables sont les occasions que les laïcs ont pour exercer l’apostolat de l’évangélisation et de la sanctification. 15 » Nous devrions dire chaque jour, comme sainte Thérèse de Lisieux : « Je ne pourrai pas me reposer jusqu’à la fin du monde, tant qu’il y aura une âme à sauver. 16 » Comment pourrions-nous nous reposer si, de plus, ces âmes se trouvent sous le même toit, dans le même bureau, la même faculté, le même quartier ? Demandons à la Vierge Marie de nous obtenir un désir plus vivant et plus efficace d’être des âmes courageuses, audacieuses, qui osent semer le bien, s’efforçant, sans respect humain, d’obtenir qu’il n’y ait aucune zone de la société où le Christ n’est pas connu. 17 Écartons le pessimisme de penser qu’on ne peut rien faire, comme s’il y avait une prédétermination au mal. Avec la grâce de Dieu, nous serons comme la pierre tombée dans le lac, qui produit une onde et celle-ci une autre plus grande 18 , jusqu’à la fin des temps. Le Seigneur donnera une efficacité surnaturelle à nos paroles et à nos actions, même si la plupart du temps nous ne nous en rendons même pas compte.
Aujourd’hui nous demandons à Notre Dame de Guadaloupe qu’elle se montre comme une Mère compatissante envers nous, qu’elle nous rende propagateurs de l’Évangile, que nous sachions comprendre tout le monde, participant à leurs joies et à leurs espérances, à tout ce qui les inquiète, pour qu’en étant très humains, nous puissions élever nos amis au plan surnaturel de la foi. « Reine des Apôtres ! Accepte notre promptitude pour servir sans réserve la cause de ton Fils, la cause de l’Évangile, la cause de la paix, fondée sur la justice et l’amour entre les hommes et les peuples. 19 »
01 Nican Mopohua, Mexique.
02 Ibidem.
03 Jean-Paul II, Angélus 13-12-1987.
04 Ibidem.
05 Cf. Idem. Prière à Notre Dame de Guadaloupe, Mexique 27-1-1979.
06 Idem.
07 Idem. Discours 6-11-1981.
08 A. del Portillo, Lettre pastorale du 25-12-1985.
09 Idem.
10 Mc 16, 1.
11 Concile Vatican II, déc. Apostolicam actuositatem, 3.
12 Mt 28, 18.
13 Mt 22, 9.
14 Saint Jean Chrysostome dans Catena aurea, vol. III, p. 63.
15 Cf. Concile Vatican II, loc. cit., 14.
16 Sainte Thérèse de Lisieux, Derniers entretiens.
17 Cf. Josémaria Escriva, Forge, n. 716.
18 Cf. Chemin, n. 831.
19 Jean-Paul II, Homélie à Guadaloupe, 27-1-1979.
* Le 9 décembre 1531, la Vierge Marie est apparue à un indien, Juan Diego, sur la colline de Tepeyac, près de la ville de Mexico. Elle lui a manifesté son désir d’y voir construire un sanctuaire. Après la guérison miraculeuse de l’indien Bernardin, oncle de Juan Diego, le 12 décembre, alors que sur l’indication de la Vierge Marie, il portait des fleurs à l’évêque , en les laissant tomber de sa tilma, l’image de Notre Dame est apparue imprimée sur le vêtement. Elle est vénérée aujourd’hui dans le Sanctuaire de Guadaloupe, à Mexico. C’était le signe que l’évêque Juan de Zumarraga avait demandé, et il a fait construire une chapelle en 1553.
Il y a plusieurs documents qui témoignent des faits. Le plus ancien est celui qui reprend la déclaration d’un témoin de l’entretien entre Zumarraga et Juan Diego. Il est conservé à la Bibliothèque Nationale du Mexique.