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1er Janvier

1. Sainte Marie, Mère de Dieu *

Solennité

— Dieu a choisi sa Mère et l’a comblée de tous les dons et de toutes les grâces.

— Marie et la Très sainte Trinité.

— Notre Mère.

I. Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme… 01 .

Il y a quelques jours nous méditions sa naissance pleine de simplicité dans une grotte de Bethléem. Nous l’avons vu petit, un enfant sans défense, dans les mains de sa Mère qui nous le présentait pour que, pleins de confiance et de piété, nous l’adorions comme notre Rédempteur et Seigneur. Dieu avait tenu compte de toutes les circonstances qui entourèrent sa naissance : l’édit de César Auguste, le recensement, la pauvreté de Bethléem… Mais, surtout, il avait prévu la Mère qui lui donnerait le jour. Cette Femme, mentionnée en diverses occasions dans la sainte Écriture, avait été prédestinée de toute éternité. Dans aucune autre œuvre de la création Dieu n’a pris autant de soin, d’amour et de sagesse que dans celle qui, avec son libre consentement, serait sa Mère.

Notre-Dame fut annoncée déjà dès les débuts comme celle qui triompherait du serpent, symbole de l’entrée du mal dans le monde 02 , comme la Vierge qui donnerait le jour à l’Emmanuel, au Dieu avec nous 03  ; et elle a été préfigurée dans l’arche d’Alliance, dans la maison d’or, par la tour d’ivoire… Dieu l’a choisie entre toutes les femmes avant les siècles, il l’aima plus que l’ensemble des créatures, avec un amour tel qu’il mit en elle, d’une façon unique, toutes ses complaisances, il la remplit de toutes les grâces et dons, plus que les anges et les saints, il la préserva de toute tache de péché ou d’imperfection, de telle façon qu’on ne peut concevoir une créature si belle et si sainte que celle qui a été choisie pour être Mère du Sauveur 04 . C’est avec raison que les théologiens et les saints ont dit que Dieu peut faire un monde meilleur, mais pas une mère plus parfaite que sa Mère 05 . Et saint Bernard commente : « Pourquoi devons-nous nous étonner si Dieu, dont nous contemplons des œuvres merveilleuses dans l’Écriture et parmi ses saints, a voulu se montrer encore plus merveilleux avec sa Mère ?  06  »

La maternité divine de Marie, enseigne saint Thomas d’Aquin 07 , surpasse toutes les grâces ou charismes, comme le don de prophétie, le don de langues, de faire des miracles… « Parce qu’il est Tout-Puissant, Omniscient, Dieu se devait de choisir sa Mère.

« Et toi, qu’aurais-tu fait si tu avais dû la choisir ? Je pense que toi et moi, nous aurions choisi celle que nous avons, en la comblant de toutes les grâces. Et c’est ce que Dieu a fait. C’est pourquoi, tout de suite après la très sainte Trinité, vient Marie.

« — Les théologiens font un raisonnement logique à propos de cette accumulation de grâces, du fait qu’elle n’ait pas été assujettie à Satan : cela convenait, Dieu pouvait le faire ; donc il l’a fait. Telle est la grande preuve. La preuve la plus claire que Dieu a entouré sa Mère de tous les privilèges, dès le premier instant. Et la voilà belle, et pure, et limpide en son âme et en son corps !  08  »

En regardant aujourd’hui Notre-Dame, Mère de Dieu, qui nous offre son Fils dans les bras, nous devons rendre grâces au Seigneur, car « l’une des plus grandes faveurs que Dieu nous a faites, en plus de nous avoir créés et rachetés, fut de vouloir avoir une Mère, parce qu’en la prenant lui comme la sienne, il nous l’a donnée comme la nôtre  09  ».

II. Saint Thomas d’Aquin enseigne que Marie « est la seule qui avec Dieu le Père peut dire au Fils divin : Tu es mon Fils  10  ». Notre-Dame, écrit saint Bernard, « appelle “mon enfant” celui du Dieu et Seigneur des anges lorsqu’avec grand naturel elle lui demande : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? (Lc 2, 48). Quel ange a-t-il pu avoir l’audace de le lui dire (…) ? Mais Marie, consciente d’être sa Mère, appelle familièrement son enfant cette même souveraine majesté devant laquelle les anges se prosternent. Et Dieu ne s’offense pas parce qu’on l’appelle ce qu’il voulut être.  11  » Il est vraiment le Fils de Marie.

Dans le Christ on peut distinguer la génération éternelle (sa condition divine, la préexistence du Verbe) de sa naissance temporelle. En tant que Dieu, il est mystérieusement engendré, non pas créé, par le Père ab æterno, depuis toujours ; en tant qu’homme, il est né, il a été fait, de la Sainte Vierge Marie. Lorsqu’arriva la plénitude des temps le Fils Unique de Dieu, la Seconde Personne de la Très sainte Trinité, a assumé la nature humaine, c’est-à-dire l’âme raisonnable et le corps formé dans le sein très pur de Marie. La nature humaine (âme et corps) et la nature divine se sont unies dans l’unique Personne du Verbe. Dès ce moment, lorsqu’elle donna son consentement à ce que Dieu voulait, Notre-Dame s’est convertie en Mère du Fils de Dieu incarné, car « de même que toutes les mères, dans le sein desquelles est engendré notre corps, mais non pas l’âme raisonnable, s’appellent et sont vraiment mères, de même aussi Marie, par l’unité de la Personne de son Fils, est vraiment Mère de Dieu  12  ».

Dans le Ciel, les anges et les saints contemplent avec étonnement le très haut degré de gloire de Marie et savent bien que cette dignité lui vient de ce qu’elle a été et continue d’être pour toujours la Mère de Dieu, Mère du Créateur, Mère du Sauveur 13 . C’est pourquoi, dans les litanies, le premier titre de gloire que l’on donne à Notre-Dame est celui de Sainte Mère de Dieu, et les titres qui suivent sont ceux qui conviennent à la maternité divine. Sainte Vierge des vierges, Mère de la divine grâce, Mère Très Pure, Mère très chaste…

Parce que Marie est la vraie Mère du Fils de Dieu fait homme, elle se situe dans une très étroite relation avec la Très sainte Trinité. Elle est Fille du Père, comme l’appelèrent les Pères de l’Église et le Magistère ancien et récent 14 . Avec le Fils, la Très Sainte Vierge a un lien strict de consanguinité, « par lequel elle acquiert un pouvoir et une autorité naturelle sur Jésus… Et Jésus contracte avec Marie les devoirs de justice qu’ont les enfants envers leurs parents  15  ». En relation avec le Saint-Esprit, Marie est, selon la pensée des Pères, Temple et Tabernacle, expression que recueille aussi le Pape Jean-Paul II dans son Magistère 16 . Elle est « le chef-d’œuvre de la Trinité  17  ».

Ce chef-d’œuvre n’est pas une chose accidentelle dans la vie du chrétien. « Elle n’est même pas seulement une personne ornée par Dieu de tant de dons pour que nous l’admirions. Ce chef-d’œuvre de la Trinité est Mère de Dieu Rédempteur et, pour cela, aussi ma Mère, Mère de ce pauvre être humain que je suis, qu’est chacun des mortels. 18  » Et nous lui avons dit si souvent : Ma Mère !

Aujourd’hui, pleins de joie et de louanges… et d’un saint orgueil, nous dirigeons notre pensée vers elle. « Il plaît tellement aux hommes qu’on leur rappelle leur parenté avec des personnages célèbres de la littérature, de la politique, de l’armée, de l’Église !…

« — Chante cet hymne aux pieds de la Vierge immaculée : « Je vous salue Marie, fille de Dieu le Père ; je vous salue Marie, mère de Dieu le Fils ; je vous salue Marie, épouse de Dieu le Saint-Esprit… Dieu seul est au-dessus de vous ! 19  »

III. Salve, Mère de miséricorde, Mère de l’espérance et du pardon, Mère de Dieu et de la grâce, Mère débordante de la sainte joie 20 , disons-nous aujourd’hui à Notre Mère du Ciel dans l’hymne antique.

Avec sa préoccupation de Mère, Notre-Dame continue de donner à son Fils les soins qu’elle offrit ici sur terre. Maintenant elle le fait envers nous, car nous sommes membres du Corps Mystique du Christ : elle voit Jésus en chaque chrétien, en tout homme. Et comme Corédemptrice, elle ressent l’urgence de nous incorporer définitivement à la vie divine. Elle sera toujours la grande aide pour vaincre difficultés et tentations et la grande alliée dans l’apostolat qu’en tant que chrétiens au milieu du monde, nous devons mener à bien dans le lieu où nous nous trouvons : « Invoque la Très Sainte Vierge. Ne manque pas de lui demander d’être toujours envers toi comme une Mère : Monstra te esse Matrem ! Et, par la grâce de son Fils, obtiens d’elle la clarté de la bonne doctrine dans ton intelligence, l’amour et la pureté dans ton cœur, afin que tu saches aller vers Dieu et lui amener de nombreuses âmes 21 . » Cette oraison jaculatoire, Monstra te esse Matrem !, tirée de la liturgie  22 , peut nous servir pour être unis à elle spécialement aujourd’hui : ma Mère ! montrez que vous êtes Mère !… dans tel besoin et dans tel autre…, avec cet ami… qui tarde à s’approcher de votre Fils…

Profitons du début d’une nouvelle année pour prendre la ferme résolution de la parcourir la main dans la main de la Vierge. Jamais nous ne serons plus sûrs de nous. Faisons comme l’Apôtre saint Jean, lorsque Jésus lui donna, représentant chacun de nous, Marie comme Mère : Dès ce moment, écrit l’Évangéliste, le disciple la reçut chez lui 23 . Quel amour, quelle délicatesse il aura montré envers elle ! C’est ainsi que nous devons faire chaque jour de ce nouvel an et toujours.

01 Gal 4, 4.
02 Gen 3, 15.
03 Is 7, 14.
04 Cf. Pie IX, Bulle
Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854.
05 Cf. Saint Bonaventure,
Speculum, dans Œuvres complètes.
06 Saint Bernard,
Homélies à la louange de la Vierge Mère, II, 9.
07 Cf. Saint Thomas,
Summa Theologiae, I-II, q. 3, a. 5.
08 Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 482.
09 Bienheureux Alonso d’Orozco,
Traité des sept paroles de Marie Très Sainte.
10 Saint Thomas,
o. c., III, q. 30, a. 1.
11 Saint Bernard,
o. c., I, 7.
12 Pie XI, Enc.
Lux veritatis, 25 décembre 1931.
13 Cf. R. Garrigou-Lagrange,
La Mère du Sauveur, p. 43.
14 Cf. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 53.
15 E. Hugon,
Marie, pleine de grâce, cité par R. Garrigou-Lagrange, o. c., p. 40.
16 Jean-Paul II, Enc.
Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 9.
17 M. M. Philipon,
Les dons du Saint-Esprit.
18 J. Polo Carrasco,
Marie et la Très Sainte Trinité.
19 Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 496.
20 Liturgie des Heures, Hymne de l’
Office des lectures, dans la Présentation de la Très Sainte Vierge Marie.
21 Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 986.
22 Hymne
Ave Maris Stella.
23 Jn 19, 27.

* C’est cette Solennité de la Vierge qui conclut l’Octave de Noël. Bien que Sainte Marie fût vénérée comme Mère de Dieu dès les débuts de l’Église, la fête s’établit à partir de la proclamation dogmatique de cette vérité de foi au quatrième siècle. En 1931, Pie XI décida qu’elle se célébrerait dans toute l’Église le 11 octobre. Paul VI détermina sa proximité à Noël, précisément le jour de l’Octave qui coïncide avec le début de l’année. La prière après la communion est tirée d’une très antique liturgie qui remonte au septième siècle, avec une belle modification dans laquelle on invoque Marie comme Mère de l’Église : c’est la première fois qu’est apparu ce titre marial dans la liturgie.

En vénérant la Vierge Très sainte comme Mère de Dieu, nous la proclamons en même temps notre Mère. Elle s’occupe avec un soin maternel infini de ses enfants, d’autant plus s’ils sont davantage dans le besoin.