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Fête

— Manifestation du mystère trinitaire au Baptême du Christ.

— Notre filiation divine dans le Christ par le sacrement du Baptême.

— Projection du Baptême dans la vie quotidienne.

I. Au Baptême de Jésus, les cieux s’ouvrirent ; l’Esprit, comme une colombe, reposa sur lui, la voix du Père se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour 01 .

Il y a encore peu de jours, nous célébrions l’Épiphanie, la manifestation du Seigneur aux gentils, représentés par ces hommes sages qui arrivèrent à Jérusalem en demandant où était né le roi des Juifs. Il y avait déjà eu une première révélation aux bergers qui, dans la nuit même de Noël, se sont dirigés au lieu où était né l’Enfant, en lui portant leurs présents. La fête d’aujourd’hui est aussi une épiphanie, une manifestation de la divinité du Christ indiquée par la voix de Dieu le Père, venue du Ciel, et par la présence du Saint-Esprit sous la forme d’une colombe, qui signifie la Paix et l’Amour. Les Pères de l’Église ont l’habitude d’indiquer une troisième manifestation de la divinité de Jésus. Elle aura lieu à Cana de Galilée, où, par son premier miracle, Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui 02 .

Dans la Première lecture de la Messe 03 , Isaïe annonce la figure du Messie : Voici mon serviteur…, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon Esprit… Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit… Moi, le Seigneur, je t’ai appelé… Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. Cette description prophétique a sa pleine réalisation dans le Baptême du Seigneur. Alors l’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour 04 . Les trois Personnes divines de la Trinité interviennent dans cette grande épiphanie au bord du Jourdain : le Père fait entendre sa voix, en rendant témoignage au Fils, Jésus est baptisé par Jean, l’Esprit Saint descend visiblement sur lui. L’expression d’Isaïe, mon serviteur, est remplacée maintenant par mon Fils bien-aimé, qui indique la Personne et la nature divine du Christ.

Avec le Baptême de Jésus commence d’une façon solennelle sa mission de salut. En même temps, l’Esprit Saint commençait par l’intermédiaire du Messie son action dans les âmes, qui durera jusqu’à la fin des temps.

La liturgie propre de ce dimanche est spécialement apte à nous rappeler avec joie notre baptême et ses conséquences dans notre vie. Lorsque saint Augustin mentionne dans ses Confessions le jour où il reçut ce sacrement, il se le rappelle avec un profond plaisir : « débordant de douceur extraordinaire, ces jours-là, je ne me rassasiais pas de considérer la profondeur de son dessein pour le salut du genre humain.  05  » C’est avec cette joie que nous devons nous rappeler aujourd’hui que nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Le mystère du Baptême de Jésus nous introduit dans le mystère ineffable de chacun de nous, car c’est de sa plénitude que tous nous avons reçu, et grâce après grâce 06 . Nous avons été baptisés non seulement dans l’eau, comme faisait le Précurseur, mais dans l’Esprit Saint, qui nous communique la vie de Dieu. Rendons grâce aujourd’hui au Seigneur pour ce jour mémorable où nous avons été incorporés à la vie du Christ et destinés avec lui à la vie éternelle. Réjouissons-nous d’avoir été peut-être baptisés peu de jours après être nés, comme c’est une coutume immémoriale dans l’Église, dans le cas de néophytes enfants de parents chrétiens.

II. Nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, pour entrer en communion avec la Trinité Très sainte. D’une certaine façon les cieux se sont ouverts pour chacun de nous, afin que nous entrions dans la maison de Dieu et connaissions la filiation divine. « Si tu avais une vraie piété, enseigne saint Cyrille de Jérusalem, le Saint-Esprit descendrait aussi sur toi et tu écouterais la voix du Père qui te dirait d’en haut : celui-ci n’est pas mon Fils, mais maintenant après le Baptême il a été fait mon fils.  07  » La filiation divine est l’un des grands dons que nous avons reçus le jour où nous avons été baptisés. Saint Paul nous parle de cette filiation et, s’adressant à chaque baptisé, il n’hésite pas à prononcer ces très heureuses paroles : Ainsi tu n’es plus esclave, tu es fils ; et si tu es fils, tu es héritier 08 .

Dans le rite de ce sacrement, il est indiqué que la configuration avec le Christ a lieu par une régénération spirituelle, comme l’enseignait Jésus à Nicodème : nul, s’il ne naît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu 09 . « Le Baptême chrétien est, en effet, un mystère de mort et de résurrection : l’immersion dans l’eau baptismale symbolise et actualise la sépulture de Jésus sur la terre et la mort du vieil homme, tandis que la sortie de l’eau signifie la résurrection du Christ et la naissance de l’homme nouveau. 10  » Cette nouvelle naissance est le fondement de la filiation divine. Et ainsi, par ce sacrement, « les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui ; ils reçoivent l’esprit d’adoption des fils dans lequel nous crions : Abba Père (Rom 8, 15), et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père  11  ». Cette filiation comporte l’anéantissement de tout péché de l’âme et la réception de la grâce.

Par le Baptême le péché originel et tous les péchés personnels sont pardonnés, ainsi que la peine éternelle et temporelle due pour les péchés. Le fait d’être configuré avec le Christ ressuscité, symbolisé par la sortie de l’eau baptismale, indique que la grâce divine, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit se sont installés dans l’âme du baptisé, laquelle est devenue la demeure de la Très sainte Trinité. Les portes du Ciel s’ouvrent au chrétien, et les anges et les saints s’en réjouissent. Dans la nature humaine demeurent les conséquences du péché originel qui, bien qu’elles procèdent de lui, ne sont pas en elles-mêmes un péché, mais inclinent au péché ; l’homme baptisé est encore exposé à l’erreur, à la concupiscence et à la mort, tout cela comme conséquence du péché originel. Cependant, le Baptême a déjà semé dans le corps humain la semence d’une rénovation et résurrection glorieuses. Quelle énorme différence entre la personne qui allait, ou que l’on menait, sur le chemin de l’église pour recevoir ce sacrement, et celle qui revient déjà baptisée ! Le chrétien « sort du Baptême resplendissant comme le soleil et, ce qui est plus important, en revient transformé en fils de Dieu et cohéritier avec le Christ 12  ».

Remercions beaucoup le Seigneur pour tant de bien, que nous voudrions aujourd’hui comprendre dans toute sa grandeur. Enfin, nous te prions, Seigneur : accorde à ceux qui sauront écouter ton Fils unique de mériter le nom de fils de Dieu, et de l’être vraiment 13 . C’est notre plus grand désir et notre plus grande aspiration.

III. Dans la Deuxième lecture, saint Pierre rappelle ce commencement messianique de Jésus, qu’avait à l’esprit un grand nombre de ceux qui l’écoutaient et dont certains avaient été témoins oculaires. Vous savez, leur dit l’Apôtre, ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le Baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait il faisait le bien et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon… 14 .

Là où il passait il faisait le bien… Ce peut être un résumé de la vie du Christ ici sur terre. Ce doit être le résumé de la vie de chaque baptisé, car toute sa vie se déroule sous l’influence du Saint-Esprit : quand il travaille, dans le repos, quand il sourit ou rend l’un des innombrables services que comporte la vie familiale ou professionnelle…

Dans la fête d’aujourd’hui, on nous invite à prendre de nouveau conscience des engagements pris par nos parents ou parrains, en notre nom, le jour de notre Baptême ; à réaffirmer notre fervente adhésion au Christ et la volonté de lutter pour être chaque jour plus près de lui ; et à nous séparer de tout péché, même véniel, puisqu’en recevant ce sacrement nous avons été appelés à la sainteté, à participer de la vie divine elle-même.

C’est précisément ce Baptême qui « fait de nous des “fidèles”. Des fidèles ! Un mot, tout comme celui de “sancti”, saints, qu’employaient les premiers qui ont suivi Jésus, pour se désigner mutuellement ; un mot que l’on emploie encore aujourd’hui, puisque l’on parle des ”fidèles” de l’Église  15  ». Nous serons fidèles dans la mesure où notre vie (nous l’avons médité tant de fois !) sera édifiée sur les fondations fermes et sûres de la prière. Saint Luc a écrit dans son Évangile que Jésus, après avoir été baptisé, priait 16 . Et saint Thomas d’Aquin commente : dans cette prière, le Seigneur nous enseigne qu’« après le Baptême l’homme a besoin de la prière assidue pour obtenir l’entrée au Ciel ; car, même si les péchés sont pardonnés par le Baptême, il reste cependant l’inclination au péché, qui nous fait la guerre intérieurement, et demeurent aussi le démon et la chair qui nous combattent extérieurement  17  ».

Avec la reconnaissance et la joie pour tant de biens qui nous sont parvenus dans ce sacrement, renouvelons aujourd’hui notre fidélité au Christ et à l’Église qui, souvent, se traduira par la fidélité à notre prière quotidienne.

01 Antienne d’ouverture. Cf. Mt 3, 16-17.
02 Jn 2, 11.
03 Is 42, 1-4; 6-7.
04 Lc 3, 22.
05 Saint Augustin,
Confessions, I, 9, 6.
06 Jn 1, 16.
07 Saint Cyrille de Jérusalem,
Catéchèse III. Sur le Baptême. 14.
08 Gal 4, 7.
09 Jn 3, 5.
10 Jean-Paul II,
Angelus, 8 janvier 1989.
11 Concile Vatican II, Const.
Sacrosanctum Concilium, 6.
12 Saint Hippolite,
Sermon sur la Théophanie.
13 
Prière après la communion.
14 
Deuxième lecture. Act 10, 34-38.
15 Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 622.
16 Cf. Lc 3, 21.
17 Saint Thomas,
Summa Theologiae, III, q. 39, a. 5.

* En ce dimanche, qui suit immédiatement la Solennité de l’Épiphanie, la liturgie nous présente le Baptême du Seigneur dans le Jourdain, et nous introduit dans l’intimité du mystère de sa Personne et de sa mission. En même temps, elle nous donne l’occasion de remercier pour les innombrables dons que le Christ nous a accordés le jour où nous avons été baptisés. L’Église nous exhorte en ce jour à réaffirmer « avec une ardeur renouvelée de la foi, les engagements qu’un jour ont assumés pour nous nos parents, parrains et marraines avec les promesses baptismales » et à renouveler « notre ferme et fervente adhésion au Christ et la volonté de lutter contre le mal » (Jean-Paul II).