Ressources Catholiques Missel Romain

32. Saint Joseph Travailleur*

1er Mai

Mémoire

— Le travail, un don de Dieu.

— Sens humain et surnaturel du travail.

— Aimer notre travail professionnel.

I. Il jouira du travail de ses mains… 01 .

En nous présentant aujourd’hui saint Joseph comme modèle, l’Église ne se limite pas à estimer une forme de travail, mais la dignité et la valeur de tout travail humain honnête. Dans la Première lecture de la Messe 02 , nous lisons le récit de la Genèse où l’on montre l’homme comme participant de la Création. La sainte Écriture nous dit aussi que Dieu mit l’homme dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder 03 . Le travail, dès le début, est pour l’homme un commandement, une exigence de sa condition de créature et l’expression de sa dignité. Il est la façon pour l’homme de collaborer avec la Providence divine dans le monde. Avec le péché originel, la forme de cette collaboration, le comment, a souffert une altération : Le sol est maudit à cause de toi, lisons-nous aussi dans la Genèse 04  ; c’est par un travail pénible que tu mangeras, tous les jours de ta vie… À la sueur de ton front tu mangeras du pain…

Ce qui aurait dû se réaliser d’une façon paisible et agréable, devint difficile et très souvent épuisant après la chute originelle. Cependant le fait que le travail personnel est rattaché au Créateur et collabore au plan de rédemption des hommes reste inaltéré. Les conditions qui entourent le travail ont fait que certains le considèrent comme un châtiment, ou qu’il devienne, par la malice du coeur humain quand il s’éloigne de Dieu, une simple marchandise ou un « instrument d’oppression », de telle façon que parfois il devient difficile de comprendre sa grandeur et sa dignité. Pour d’autres, le travail est considéré comme un moyen exclusif de gagner de l’argent, qui se présente comme seul but, ou comme manifestation de vanité, d’affirmation de soi, d’égoïsme…, oubliant le travail en soi-même, comme oeuvre divine, parce qu’il est collaboration et offrande à Dieu, où s’exercent les vertus humaines et surnaturelles.

Pendant longtemps le travail matériel comme moyen de gagner sa vie a été méprisé, car con sidéré comme une chose sans valeur ou avilissante. Et nous observons fréquemment que la société matérialiste d’aujourd’hui divise les hommes « selon ce qu’ils gagnent », selon leur capacité d’obtenir un plus grand niveau de bien-être économique, très souvent exagéré. « Il est temps que nous, les chrétiens, nous proclamions bien haut que le travail est un don de Dieu, et qu’il n’est pas sensé de diviser les hommes en diverses catégories selon le travail qu’ils réalisent, certaines tâches étant considérées plus nobles que d’autres. Le travail, tout travail, est témoignage de la dignité de l’homme et de son emprise sur la création. C’est une occasion de perfectionner sa personnalité, c’est un lien qui nous unit aux autres êtres, une source de revenus pour assurer la subsistance de sa famille, un moyen de contribuer à l’amélioration de la société et au progrès de l’humanité tout entière. 05  » C’est ce que nous rappelle la fête d’aujourd’hui 06 , en nous proposant saint Joseph comme modèle et patron, un homme qui vécut de son métier, auquel nous devons avoir recours fréquemment pour que la tâche que nous avons entre les mains ne se dégrade ni ne s’estompe, car il n’est pas rare que, lorsqu’on oublie Dieu, « la matière sorte de l’atelier ennoblie, tandis que les hommes s’avilissent  07  ». Avec l’aide de saint Joseph, notre travail doit sortir de nos mains comme une offrande très agréable au Seigneur, transformé en prière.

II. L’Évangile de la Messe 08  nous montre, une fois de plus, qu’à Nazareth on connaît Jésus par son travail. Lorsque Jésus revient dans son village, ses voisins disaient : N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa Mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ?… Dans un autre passage, l’on dit que Jésus continua le métier de celui qui lui tenait lieu de père sur terre, comme il arrive si souvent : N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ?… 09 . Le travail devint sanctifié en étant assumé par le Fils de Dieu et, dès lors, il peut se transformer en tâche rédemptrice, en l’unissant au Christ Rédempteur du monde. La fatigue, l’effort, les conditions dures et difficiles, qui sont une conséquence du péché originel, se transforment avec le Christ en valeur surnaturelle immense pour soi-même et pour toute l’humanité. Nous savons que l’homme a été associé à l’oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ, « qui a donné au travail une dignité éminente en oeuvrant de ses propres mains à Nazareth  10  ».

Tout travail noble peut perfectionner celui qui le réalise, la société entière, et peut devenir, avec toutes ses incidences, un moyen d’aider les autres par la communion qui existe entre tous les membres du Corps Mystique du Christ qu’est l’Église. Mais pour cela il ne faut pas oublier le but surnaturel, au-delà de l’humain, que doivent avoir tous les actes de la vie, même ceux qui se présentent comme plus durs et difficiles : « Le condamné aux galères sait bien qu’il rame dans le but de faire bouger un bateau, mais pour reconnaître que cela donne un sens à son existence, il faudrait approfondir la signification que la douleur et le châtiment ont pour un chrétien ; c’est-à-dire qu’il faudrait voir sa situation comme une possibilité de s’identifier au Christ. Or si par ignorance ou par mépris il n’y arrive pas, il finira par haïr son “travail’. Un effet semblable peut arriver quand le fruit ou le résultat du travail (non pas sa rétribution économique, mais ce qui a été “travaillé’, “élaboré” ou “fait”) se perd dans le lointain de telle façon qu’on n’en a presque pas de nouvelle. 11  » Que de personnes chaque matin, malheureusement, se dirigent à leur « travail » comme si elles allaient aux galères ! Pour ramer dans un bateau dont ils ne connaissent pas le but, et ce but ne leur importe même pas. Elles se contentent d’attendre le week-end et la paye mensuelle. Ce travail, évidemment, ne dignifie pas, ne sanctifie pas, servira difficilement à développer la personnalité propre et être un bien pour la société.

Pensons aujourd’hui, près de saint Joseph, à l’amour et l’estime que nous avons pour notre tâche, au soin que nous mettons pour l’achever avec perfection, à la ponctualité, au prestige professionnel, au calme, qui ne s’oppose pas à l’urgence, avec lesquels nous le faisons, à la considération et au respect que nous avons pour tout travail, à l’application au travail… Si notre occupation est humainement bien faite, nous pourrons dire avec la liturgie de la Messe d’aujourd’hui : Seigneur, source de tout bienfait, regarde les présents déposés devant toi pour la fête de saint Joseph : permets que cette offrande devienne le secours dont nous avons besoin 12 .

III. Le travail bien fait est celui qui se fait avec amour. Apprécier sa propre profession, le métier que nous avons est, peut-être, le premier pas pour le rendre digne et l’élever au plan surnaturel. Nous devons mettre notre coeur dans ce que nous avons entre les mains, et ne pas faire notre travail « parce qu’il n’y a pas moyen de faire autrement ». « Cet homme, mon enfant, qui est venu me voir ce matin — tu sais bien ! celui au blouson couleur de terre — n’est pas un homme honnête (…). Cet homme exerce la profession de caricaturiste dans un journal. Cela lui donne de quoi vivre ; cela lui occupe les heures de la journée. Et, cependant, il parle toujours avec dégoût de son métier, et il me dit : “Ah, si je pouvais être peintre ! Mais il m’est indispensable de dessiner ces bêtises pour manger. Ne regarde pas les dessins, garçon, ne les regarde pas ! Du pur commerce…”. Il veut dire qu’il le fait uniquement pour le gain. Et qu’il a laissé son esprit aller loin du travail qui occupe ses mains. Parce qu’il considère son travail très vil. Mais je te dis, mon enfant, que si le travail de mon ami est si vil, si ses dessins peuvent être appelés des bêtises, la raison en est justement qu’il n’y a pas mis son esprit. Quand l’esprit y réside, il n’y a pas de travail qui ne devienne noble et saint. Celui du caricaturiste l’est aussi, comme celui du charpentier et celui de qui recueille les ordures (…). Il y a une façon de dessiner des caricatures, de travailler le bois (…), qui révèle que l’on met dans son activité de l’amour, un soin de perfection et d’harmonie, et une petite étincelle de feu personnel : ce que les artistes appellent style propre et qui peut fleurir dans toute oeuvre, importante ou insignifiante. Une façon de travailler qui est la bonne. L’autre, celle qui consiste à mépriser son métier, en le considérant vil, au lieu de le racheter et le transformer secrètement, est mauvaise et immorale. Le visiteur au blouson couleur de terre est donc un homme immoral, parce qu’il n’aime pas son métier. 13  »

Saint Joseph nous apprend à aimer le métier auquel nous consacrons tant d’heures : le foyer, le laboratoire, la charrue ou l’ordinateur, porter des paquets, s’occuper de la conciergerie d’un grand édifice,… La valeur d’un travail réside dans sa capacité à nous perfectionner humainement et surnaturellement, dans les possibilités qu’il nous offre pour faire aller la famille de l’avant et pour collaborer aux oeuvres bonnes en faveur des hommes, dans le fait que grâce à lui nous pouvons aider la société…

Quand il travaillait, saint Joseph avait devant lui Jésus. Il lui demandait parfois de maintenir un morceau de bois tandis qu’il le sciait et, d’autres fois, il lui apprenait à manier le ciseau ou la varlope… Lorsqu’il était fatigué il regardait son fils, qui était le Fils de Dieu, et sa tâche acquérait une nouvelle vigueur parce qu’il savait qu’avec son travail il collaborait aux plans mystérieux, mais réels, du salut. Demandons-lui aujourd’hui de nous apprendre à avoir la présence de Dieu qu’il eut tout en exerçant son métier. N’oublions pas Sainte Marie, à laquelle nous allons consacrer, avec beaucoup d’amour, ce mois de mai qui commence aujourd’hui. N’oublions pas d’offrir chaque jour une heure de travail ou d’étude, plus intense, mieux terminée, en son honneur.

01 Cf. Antienne d’ouverture. Ps 127, 1-2.
02 Gen 1, 26; 2, 3.
03 Gen 2, 15.
04 Gen 3, 17-19.
05 Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 47.
06 Jean-Paul II, Exhort. Apost.
Redemptoris custos, 15 août 1989, 22.
07 Pie XI, Enc.
Quadragesimo anno, 15 mai 1931.
08 Mt 13, 54-58.
09 Mc 6, 3.
10 Concile Vatican II, Const.
Gaudium et spes, 67.
11 P. Berglar,
l’Opus Dei et son fondateur
12 Missel Romain,
Prière sur les offrandes.
13 E. D’ors,
Apprentissage et héroïsme; grandeur et servitude de l’intelligence.

* Depuis 1955 on célèbre liturgiquement la Mémoire de saint Joseph Travailleur. L’Église rappelle ainsi, « par l’exemple de saint Joseph et avec son patronage , la valeur humaine et surnaturelle du travail. Tout travail humain est une collaboration à l’oeuvre de Dieu-Créateur, et se transforme par Jésus-Christ — selon notre amour de Dieu et notre charité envers les autres — en une vraie prière et en apostolat.