36. La Visitation de la Vierge Marie*
31 Mai
Fête
— Servir joyeusement les autres.
— Chercher Jésus à travers Marie.
— Le Magnificat.
I. Venez, vous tous qui craignez Dieu ; écoutez, que je vous dise tout ce que le Seigneur a fait pour moi 01 , lisons-nous dans l’Antienne d’ouverture de la Messe.
Peu après l’Annonciation, Notre Dame s’en fut rendre visite à sa parente Élisabeth qui vivait dans la région de la montagne de Judée, à quatre ou cinq jours de chemin. En ces jours-là, écrit saint Luc, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée 02 . Lorsqu’elle apprend par l’Ange l’état d’Élisabeth, la Vierge s’empresse d’aller l’aider dans les charges courantes de la maison, poussée par la charité. Personne ne l’y oblige ; Dieu, à travers l’ange, n’a rien exigé d’elle en ce sens, et Élisabeth n’a pas demandé son aide. Marie aurait pu rester chez elle, pour se consacrer à préparer la venue de son Fils, le Messie. Mais elle se met en chemin avec une joyeuse promptitude, avec un plaisir ineffable, pour rendre de simples services à sa cousine 03 .
Quant à nous, nous l’accompagnons sur ces chemins dans notre prière, et nous lui disons, avec les mots que nous lisons dans la Première lecture de la Messe : Pousse des cris de joie, fille de Sion ! (…) Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! (…) Le Seigneur, ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse (…) ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête 04 .
Il est facile d’imaginer l’immense joie que Notre Dame portait en son cœur et son grand désir de la communiquer. Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils…, lui avait indiqué l’ange. Selon ce témoignage, il s’agissait d’une conception prodigieuse, et qui était reliée d’une certaine façon au Messie qui allait venir 05 . Après ce long voyage, Notre Dame entra dans la maison de Zacharie et salua sa parente. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint. Cette maison fut transformée par la présence de Jésus et de Marie. Son salut « fut efficace dans le sens qu’il remplit Élisabeth du Saint-Esprit. Avec sa langue, par la prophétie, elle fit jaillir dans sa cousine, comme d’une source, un fleuve de dons divins (…). En effet, là où celle qui est pleine de grâce arrive, tout se remplit de joie. 06 » C’est un prodige que fait Jésus à travers Marie, associée dès les débuts à la Rédemption et à la joie que le Christ apporte au monde.
La fête d’aujourd’hui, la Visitation, nous présente une facette de la vie intérieure de Marie : son attitude de service humble et d’amour désintéressé envers celui qui se trouve dans le besoin 07 . Cet événement, que nous contemplons dans le deuxième mystère joyeux du saint Rosaire, nous invite au don de nous-même prompt, joyeux et simple à ceux qui nous entourent. Très souvent le plus grand service que nous rendons sera une conséquence de la joie intérieure qui déborde et parvient aux autres. Mais cela ne sera possible que si nous nous maintenons très près du Seigneur, grâce à l’accomplissement fidèle des moments de prière que nous avons prévus tout au long du jour : « l’union à Dieu, la vie surnaturelle, comportent toujours l’exercice attrayant des vertus humaines : parce qu’elle “porte” le Christ, Marie apporte la joie chez sa cousine. 08 » « Portons-nous » en nous le Christ, et avec lui la joie, là où nous allons… au travail, en rendant visite à des voisins, à un malade… ? Sommes-nous habituellement cause de joie pour les autres ?
II. À l’arrivée de Notre Dame, Élisabeth, remplie du Saint-Esprit, proclame à haute voix : Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
Élisabeth ne se limite pas à l’appeler bénie, mais elle relie sa louange au fruit de son sein, qui est béni pour les siècles des siècles. Que de fois n’avons-nous pas répété nous aussi ces mêmes mots, en récitant le Je vous salue Marie ! : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Les prononçons-nous avec la même joie que le fit Élisabeth ? Que de fois ils peuvent nous servir d’oraison jaculatoire qui nous unit à notre Mère du Ciel, tandis que nous travaillons, en marchant dans la rue, en contemplant une de ses représentations !
Marie et Jésus seront toujours ensemble. Les plus grands prodiges de Jésus seront réalisés, comme en ce cas, en intime union avec sa Mère, Médiatrice de toutes les grâces. « Cette union de la Mère et de son Fils dans l’œuvre de la Rédemption, affirme le Concile Vatican II, se manifeste depuis le moment de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort. 09 »
Apprenons aujourd’hui, une fois de plus, que chaque rencontre avec Marie représente une nouvelle rencontre avec Jésus. « Si vous cherchez Marie, vous trouverez Jésus. Et vous apprendrez à comprendre un petit peu ce qu’il y a dans ce cœur de Dieu qui s’anéantit (…) 10 », qui se fait accessible au milieu de la simplicité des jours ordinaires. Ce don immense — de pouvoir connaître, fréquenter et aimer le Christ — eut son début dans la foi de Sainte Marie, dont Élisabeth met maintenant en évidence le parfait accomplissement : « la plénitude de grâce, annoncée par l’ange, signifie le don de Dieu lui-même ; la foi de Marie, proclamée par Élisabeth dans la Visitation, indique comment la Vierge de Nazareth a répondu à ce don. 11 » La Vierge, qui avait déjà prononcé son fiat plénier se présente sur le seuil de la maison d’Élisabeth et de Zacharie comme Mère du Fils de Dieu. C’est la joyeuse découverte d’Élisabeth 12 et aussi la nôtre, à laquelle nous ne finirons jamais de nous habituer.
III. Le climat qui entoure ce mystère que nous contemplons dans le saint Rosaire, l’atmosphère qui imbibe l’épisode de la Visitation, c’est la joie : le mystère de la Visitation est un mystère joyeux. Jean Baptiste exulte de joie dans le sein de sainte Élisabeth ; celle-ci, remplie de joie en raison du don de la maternité, éclate en bénédictions ; Marie prononce le Magnificat, un hymne débordant entièrement de la joie messianique 13 . Aux louanges d’Élisabeth, Notre Dame répond par ce chant de jubilation. Le foyer de Zacharie et d’Élisabeth est débordant de l’esprit le plus pur de l’Ancien Testament. Et Marie renferme en son sein le Mystère qui ouvre le passage au Nouveau. Le Magnificat est « le cantique des temps messianiques, dans lequel convergent l’allégresse de l’ancien et celle du nouvel Israël (…). Le cantique de la Vierge, en s’élargissant, est devenu une prière de toute l’Église dans tous les temps. 14 »
C’est dans ce climat que l’expression de ce que Marie portait en son cœur prend tout son sens. Le Magnificat est la manifestation la plus pure de son secret intime, révélé par l’ange. Il n’y a en lui ni prétention ni artifice : ces mots sont le miroir de l’âme de Notre Dame ; une âme pleine de grandeur et si proche de son Créateur : Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur.
Et avec ce chant de joie et d’humilité, la Vierge nous a laissé une prophétie : désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse. « Déjà, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est vénérée sous le vocable de Mère de Dieu, et les fidèles, en leurs prières, se réfugient sous sa protection au milieu de tous les périls et des difficultés qu’ils rencontrent. C’est surtout à partir du Concile d’Ephèse que le culte du peuple de Dieu envers Marie, à la fois vénération et amour, prière et imitation, grandit admirablement, selon la prophétie de Marie elle-même : Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. 15 »
Notre Mère Sainte Marie ne se distingua pas par des faits prodigieux ; l’Évangile ne dit pas qu’elle ait fait des miracles tant qu’elle était sur terre ; peu nombreuses, très peu nombreuses sont les paroles que le texte inspiré nous a conservées d’elle. Sa vie face aux autres fut celle d’une femme ordinaire, qui doit s’occuper de sa famille. Cependant, cette merveilleuse prophétie s’est accomplie point par point. Qui pourrait compter les louanges, les invocations, les sanctuaires en son honneur, les offrandes, les dévotions mariales… ? Tout au long de vingt siècles, des personnes de tout genre et condition l’ont appelée bienheureuse : intellectuels et illétrés, rois, guerriers, artisans, hommes et femmes, personnes d’âge avancé et enfants qui commencent à balbutier… Et nous-mêmes nous sommes en train d’accomplir cette prophétie. Je vous salue, Marie, pleine de grâces…, Vous êtes bénie entre toutes les femmes…, lui disons-nous dans l’intimité de notre cœur.
D’une façon particulière nous l’avons invoquée tout au long de ce mois de mai, « mais le mois de mai ne peut pas finir ; il doit continuer dans notre vie, parce que la vénération, l’amour, la dévotion à la Vierge ne peuvent pas disparaître de notre cœur ; plus encore, ils doivent croître et se manifester par un témoignage de vie chrétienne, modelée selon l’exemple de Marie, le nom de la belle fleur que j’invoque toujours // matin et soir, comme chante Dante Alighieri (Paradis 23, 88). 16 » En fréquentant Marie, nous découvrons Jésus. « Quelle joie dans le regard joyeux de Jésus ! la même qui luit dans les yeux de sa Mère, et qu’elle ne peut contenir — Magnificat anima mea Dominum ! — son âme glorifie le Seigneur, depuis l’instant où elle le porte en elle et à ses côtés.
« O Mère ! que notre joie soit comme la tienne : la joie d’être avec lui et de l’avoir avec nous. 17 »
01 Antienne d’ouverture. Ps 65, 16.
02 Lc 1, 39-56.
03 Cf. M. D. Philippe, Mystère de Marie.
04 Sph 3, 14; 17-18.
05 Cf. F. M. Willam, Vie de Marie, p. 85.
06 Pseudo Grégoire Thaumaturge, Homélie II sur l’Annonciation.
07 Jean-Paul II, Homélie, 31 mai 1979.
08 Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 566.
09 Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 57.
10 Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 144.
11 Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 12.
12 Cf. Idem, 13.
13 Cf. Idem, Homélie, 31 mai 1979.
14 Paul VI, Exhor. Apost. Marialis cultus, 2 février 1974, 18.
15 Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 66.
16 Jean-Paul II, Homélie, 25 mai 1979.
17 Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 95.
* La fête d’aujourd’hui, établie par Urbain VI en 1389, est située entre l’Annonciation du Seigneur et la naissance de Jean Baptiste, en harmonie avec le récit évangélique. On commémore la visite de Notre Dame à sa parente Élisabeth, déjà âgée, pour l’aider dans l’attente de sa maternité, et en même temps partager avec elle la joie des merveilles faites par Dieu dans les deux. Cette fête de la Vierge, avec laquelle nous terminons le mois qui lui est consacré, nous manifeste sa médiation, son esprit de service et sa profonde humilité. Elle nous apprend à porter la joie chrétienne là où nous allons. Comme Marie nous devons toujours être cause de joie pour les autres.