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38. La sainte Trinité *

Dimanche après la Pentecôte (1)

Solennité

— Révélation du mystère trinitaire.

— La fréquentation de chacune des Personnes divines.

— Prière à la très sainte Trinité.

I. A Toi la louange, à Toi la gloire, à Toi l’action de grâces, dans les siècles des siècles, ô Trinité Bienheureuse ! 01 

Après avoir renouvelé les mystères du salut — depuis la Naissance du Christ à Bethléem jusqu’à la venue du Saint-Esprit à la Pentecôte, la liturgie nous propose le mystère central de notre foi : la sainte Trinité, source de tous les dons et grâces, mystère ineffable de la vie intime de Dieu.

Peu à peu, avec une pédagogie divine, Dieu a manifesté sa réalité intime, nous a révélé comment il est, en lui-même, indépendamment de toute la création. Dans l’Ancien Testament il nous fait surtout connaître l’Unité de son Être, sa complète distinction du monde et sa façon d’être en rapport avec lui, comme Créateur et Seigneur. On nous enseigne ainsi de nombreuses façons que Dieu, à la différence du monde, est incréé ; qu’il n’est pas limité à un espace (il est immense), ni au temps (il est éternel). Son pouvoir n’a pas de limites (il est tout-puissant) : Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton coeur : selon la liturgie, le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre 02 . Toi seul, Seigneur.

L’Ancien Testament proclame surtout la grandeur de Yahweh, Dieu unique, Créateur et Seigneur de tout l’Univers. Mais aussi il se révèle comme le berger qui cherche son troupeau, qui soigne les siens avec amour et tendresse, qui pardonne et oublie les fréquentes infidélités du peuple élu… En même temps, se manifestent la paternité de Dieu le Père, l’Incarnation de Dieu le Fils qui est annoncée par les Prophètes, et l’action du Saint-Esprit qui vivifie tout.

Mais c’est le Christ qui nous révèle l’intimité du mystère trinitaire et l’appel à participer d’elle. Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler 03 . Il nous révéla aussi l’existence du Saint-Esprit près du Père et il l’envoya à l’Église pour qu’il la sanctifie jusqu’à la fin des temps ; et il nous révéla la très parfaite Unité de vie entre les Personnes divines 04 .

Le mystère de la sainte Trinité est le point de départ de toute la vérité révélée et la source d’où procède la vie surnaturelle et vers où nous nous dirigeons : nous sommes fils du Père, frères et cohéritiers du Fils, sanctifiés continuellement par le Saint-Esprit pour nous identifier chaque fois plus au Christ. C’est ainsi que s’accroît le sens de notre filiation divine. Cela nous fait être temples vivants de la sainte Trinité.

Puisqu’elle est le mystère central de la vie de l’Église, la très sainte Trinité est continuellement invoquée dans toute la liturgie. Nous avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et en son nom on nous pardonne les péchés ; en commençant et en terminant de nombreuses prières, nous nous adressons au Père, par la médiation de Jésus-Christ, dans l’unité du Saint-Esprit. Très souvent tout au long du jour nous répétons, nous les chrétiens : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.

« Dieu est mon Père ! Si tu médites bien cela, tu ne voudras pas sortir d’une considération aussi consolante.

« — Jésus est mon Ami très cher (encore une autre découverte de taille) ! Il m’aime de toute la folie divine de son Coeur.

« — L’Esprit Saint est mon Consolateur ! Il guide mes pas tout au long de mon chemin.

« Penses-y bien ! Tu es à Dieu…, et Dieu est à toi. 05  »

II. La vie divine, à laquelle nous avons été appelés à participer, est très féconde. Éternellement le Père engendre le Fils, et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. La génération du Fils et la spiration du Saint-Esprit ne sont pas quelque chose qui s’est produit à un moment déterminé, donnant comme un fruit stable les Trois Personnes Divines : ces « processions » (comme disent les théologiens) sont éternelles.

Dans le cas des générations humaines, un père engendre un fils, mais ce père et ce fils durent après l’acte même d’engendrer, même si l’un des deux meurt. L’homme qui est père non seulement est « père » mais, avant et après avoir engendré, il est « homme ». En revanche, l’essence de Dieu le Père se trouve dans le fait que tout son être consiste à donner la vie au Fils. C’est ce qui le détermine comme Personne Divine, différente des autres. Dans la vie naturelle, le fils qui est engendré a une autre réalité. Mais l’essence du Fils unique de Dieu est précisément d’être Fils 06 . Et c’est à travers lui, en nous faisant semblables à lui, par une impulsion constante du Saint-Esprit, que nous atteignons et que nous croissons dans le sens de notre filiation divine. Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant Abba ! (Père !). C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ 07 .

La paternité et la filiation humaines sont quelque chose qui arrive aux personnes, mais elles n’expriment pas tout leur être. En Dieu, la paternité, la filiation et la spiration constituent tout l’Être du Père, du Fils et du Saint-Esprit 08 .

À partir du moment où l’homme est appelé à participer de la vie divine elle-même par la grâce reçue dans le Baptême, il est destiné à participer chaque fois plus à cette Vie. C’est un chemin sur lequel il faut marcher sans cesse. Nous recevons du Saint-Esprit de constantes impulsions, motions, lumières, inspirations pour aller plus vite sur ce chemin qui conduit à Dieu, pour être chaque fois plus sur une « orbite » plus proche du Seigneur. « Notre coeur a besoin alors de distinguer et d’adorer chacune des Personnes divines. L’âme fait en quelque sorte une découverte dans la vie surnaturelle, comme une créature qui ouvre peu à peu les yeux à l’existence. Et elle amorce un dialogue d’amour avec le Père, avec le Fils et avec l’Esprit Saint ; et elle se soumet avec simplicité à l’activité du Paraclet vivificateur, qui se donne à nous sans que nous le méritions : ce sont les dons et les vertus surnaturelles !

« Nous avons couru comme le cerf, qui languit après l’eau vive (Ps 41, 2) ; assoiffés, secs, la bouche en feu. Nous voulons boire à cette source d’eau vive. Sans rien faire d’extraordinaire, nous évoluons tout au long du jour dans cette abondante et limpide source aux eaux fraîches qui jaillissent jusqu’à la vie éternelle (cf. Jn 4, 14). Les mots deviennent inutiles, parce que la langue n’arrive pas à s’exprimer. Alors le raisonnement se tait, on ne discourt plus : on se regarde ! Et l’âme se met à chanter un chant nouveau, parce qu’elle se sent et se sait aussi sous le regard aimant de Dieu, à tout instant. 09  »

III. La sainte Trinité habite dans notre âme comme dans un temple. Et saint Paul nous fait savoir que l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné 10 . Et là, dans l’intimité de l’âme, nous devons nous habituer à fréquenter Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. « Toi, éternelle Trinité, Tu es une mer profonde, dans laquelle plus je pénètre, plus je découvre, et plus je découvre, plus je te cherche  11  », lui disons-nous dans l’intimité de notre âme.

« Oh mon Dieu, très sainte Trinité ! Obtenez de mon pauvre être le plus grand rendement pour votre gloire et faites de moi ce que vous voudrez dans le temps et dans l’éternité. Que je ne mette jamais plus le moindre obstacle volontaire à votre action transformatrice (…). Seconde après seconde, avec une intention toujours actuelle, je voudrais vous offrir tout ce que je suis et tout ce que j’ai ; et que ma pauvre vie soit, en union intime avec le Verbe Incarné, un sacrifice incessant de louange de gloire de la très sainte Trinité (…).

« Oh mon Dieu, que je voudrais vous glorifier ! Oh si en échange de ma complète immolation, ou de toute autre condition, il était en mon pouvoir d’enflammer le coeur de toutes vos créatures et la Création entière dans les flammes de votre amour, combien je voudrais le faire de tout coeur ! Qu’au moins mon pauvre coeur vous appartienne en entier, qu’il ne me réserve rien pour moi ni pour les créatures, ni un seul de ses battements. Qu’il aime immensément tous mes frères, mais uniquement avec vous, par vous et pour vous (…). Je voudrais, surtout, vous aimer avec le coeur de saint Joseph, avec le Coeur Immaculé de Marie, avec le Coeur adorable de Jésus. Je voudrais, enfin, m’enfoncer dans cet Océan infini, dans cet Abîme de feu que consume le Père et le Fils dans l’unité du Saint-Esprit et vous aimer avec votre amour infini lui-même (…).

« Père Éternel, Principe et Fin de toutes les choses ! Par le Coeur Immaculé de Marie je vous offre Jésus, votre Verbe Incarné, et par lui, avec lui et en lui, je veux vous répéter sans cesse ce cri arraché du plus profond de mon âme : Père, glorifiez continuellement votre Fils, pour que votre Fils vous glorifie dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles (Jn 17, 1).

« Oh, Jésus, qui avez dit : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le lui révéler (Mt 11, 27) ! : Montre-nous le Père et cela nous suffit ! (Jn 14, 8).

« Et vous, oh Esprit d’Amour ! enseignez-nous toutes les choses (Jn 14, 26) et avec Marie formez Jésus en nous (Gal 4, 19), jusqu’à ce que nous soyons consumés dans l’unité (Jn 17, 23) dans le sein du Père (Jn 1, 18). Amen. 12  »

01 Trisagium angelicum.
02 
Première lecture. Année B. Dt 4, 39.
03 Mt 11, 27.
04 
Évangile de la Messe. Année C. Jn 16, 12-15.
05 Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 2.
06 Cf. J. M. Pero-Sanz,
Le symbole athanasien.
07 
Deuxième lecture. Année B. Rom 8, 14-17.
08 Un chartreux,
la Trinité et la vie intérieure.
09 Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 306-307. —10. Deuxième lecture. Année C. Rom 5, 5.
11 Sainte Catherine de Sienne,
Dialogue, 167.
12 Soeur Isabelle de la Trinité,
Elévation à la très sainte Trinité, dans Oeuvres complètes.

* L’Église célèbre aujourd’hui le mystère central de notre foi, la très sainte Trinité, source de tous les dons et grâces, le mystère ineffable de la vie intime de Dieu. La liturgie de la Messe nous invite à fréquenter avec intimité chacune des Trois Personnes Divines : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La fête fut établie pour tout l’Occident en 1334 par le Pape Jean XXII, et resta fixée en ce dimanche après la venue du Saint-Esprit, le dernier des mystères de notre salut. Nous pouvons aujourd’hui répéter très souvent, lentement, avec une attention particulière : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.