Ressources Catholiques Missel Romain

40. La Fête-Dieu*

Jeudi après la sainte Trinité

Solennité

— Amour et vénération de Jésus dans le Saint-Sacrement.

— Aliment pour la vie éternelle.

— La procession de la Fête-Dieu.

I. Lauda, Sion, Salvatorem… Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants 01 . Nous célébrons aujourd’hui cette grande Solennité en l’honneur du mystère eucharistique. En elle s’unissent la liturgie et la piété populaire, qui n’ont pas épargné ingéniosité et beauté pour chanter à l’Amour des amours. Saint Thomas a composé pour ce jour les très beaux textes de la Messe et de l’Office divin. Nous devons aujourd’hui remercier beaucoup le Seigneur d’être resté parmi nous, réparer et lui montrer notre joie pour l’avoir si près de nous : Adoro te, devote, latens Deitas…, je t’adore avec dévotion, Dieu caché…, lui dirons-nous très souvent aujourd’hui dans l’intimité de notre coeur.

Dans la Visite au Saint-Sacrement nous pourrons dire lentement au Seigneur, avec amour : plagas, sicut Thomas, non intueor…, je ne vois pas les plaies, comme Thomas les vit, mais je confesse que tu es mon Dieu ; fais que je croie chaque fois plus en toi, que j’espère en toi, que je t’aime.

La foi en la présence réelle du Christ dans la sainte Eucharistie a conduit la dévotion envers Jésus dans le Saint-Sacrement également en dehors de la Messe. La raison pour laquelle les saintes Espèces étaient conservées dans les premiers siècles de l’Église était de pouvoir porter la communion aux malades et à ceux qui se trouvaient en prison pour avoir confessé leur foi et qui étaient sur le point de souffrir le martyre. Au fur et à mesure que le temps a passé, la foi et l’amour des fidèles ont enrichi la dévotion publique et privée à la sainte Eucharistie. Cette foi a conduit à traiter avec la plus grande révérence le Corps du Seigneur et à lui rendre un culte public. Nous avons de nombreux témoignages de cette vénération dans les plus anciens documents de l’Église. Et elle donna lieu à la fête que nous célébrons aujourd’hui.

Notre Dieu et Seigneur se trouve dans le Tabernacle. C’est là qu’est le Christ, et c’est là que doivent être présents notre adoration et notre amour. Cette vénération à Jésus dans le Saint-Sacrement s’exprime de nombreuses façons : salut au Saint-Sacrement, processions, prière devant le Saint-Sacrement, génuflexions qui sont de vrais actes de foi et d’adoration… Parmi ces dévotions et formes de culte, « la solennité de la Fête-Dieu mérite une mention particulière, comme acte public témoigné au Christ présent dans l’Eucharistie (…). L’Église et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l’Amour. Ne lésinons pas sur le temps pour aller le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et ouverte, à réparer les fautes et délits graves du monde. Que notre adoration ne cesse jamais. 02  » Aujourd’hui doit être tout spécialement un jour rempli d’actes de foi et d’amour envers Jésus dans le Saint-Sacrement.

Si nous assistons à la procession, en accompagnant Jésus, nous le ferons comme ce peuple simple qui, plein de joie, suivait le Maître pendant sa vie sur terre, en lui manifestant avec naturel ses multiples besoins et souffrances, mais aussi le bonheur et la joie d’être avec lui. Si nous le voyons passer dans la rue, exposé dans l’Ostensoir, nous lui ferons savoir, depuis l’intimité de notre coeur, qu’il représente énormément pour nous… « Adorez-le avec révérence et dévotion ; renouvelez en sa présence l’offrande sincère de votre amour ; dites-lui sans peur que vous l’aimez ; remerciez-le de cette preuve quotidienne de miséricorde si pleine de tendresse, et augmentez votre désir de vous approcher de lui avec confiance dans la communion. Moi, je m’émerveille devant ce mystère d’Amour : le Seigneur veut faire de mon pauvre coeur son trône, pour ne pas m’abandonner si je ne me sépare pas de lui. 03  » Sur ce trône de notre coeur, Jésus est plus joyeux que dans l’Ostensoir le plus splendide.

II. Le Seigneur a nourri son peuple de la fleur du froment, il l’a rassasié du miel du rocher 04 , nous rappelle l’Antienne d’ouverture de la Messe.

Pendant des années le Seigneur a alimenté avec la manne le peuple d’Israël errant dans le désert. C’était l’image et le symbole de l’Église pèlerine et de chaque homme qui chemine vers sa patrie définitive, le Ciel ; cet aliment du désert est la figure de l’aliment véritable, la sainte Eucharistie. « C’est le sacrement de la pérégrination humaine (…). Précisément pour cela, la fête annuelle de l’Eucharistie que l’Église célèbre aujourd’hui contient dans sa liturgie tant de références à la pérégrination du peuple de l’Alliance dans le désert. 05  » Moïse rappellera fréquemment aux israélites ces actes prodigieux de Dieu envers son Peuple : N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage… 06 .

Aujourd’hui est un jour d’actions de grâces et de joie parce que le Seigneur a voulu rester avec nous pour nous alimenter, pour nous fortifier, pour que nous ne nous sentions jamais seuls. La sainte Eucharistie est le viatique, l’aliment pour le long chemin de la vie vers la vraie Vie. Jésus nous accompagne et nous fortifie ici sur terre, qui est une ombre en comparaison avec la réalité qui nous attend ; et l’aliment terrestre est une pâle image de l’aliment que nous recevons dans la Communion. La sainte Eucharistie ouvre notre coeur à une réalité totalement nouvelle 07 .

Bien que nous célébrions une fois par an cette fête, c’est en réalité chaque jour que l’Église proclame cette très joyeuse vérité : il se donne à nous quotidiennement comme aliment et reste dans nos Tabernacles pour être la force et l’espérance d’une vie nouvelle, sans fin et sans terme. C’est un mystère toujours vivant et actuel.

Seigneur, merci d’être resté. Que nous serait-il arrivé sans toi ? Où serions-nous allés restaurer nos forces, demander le soulagement ? Du Tabernacle, combien tu nous rends facile le chemin !

III. Un jour Jésus quittait la ville de Jéricho pour aller vers Jérusalem ; il passa près d’un aveugle qui mendiait à côté du chemin. Et celui-ci, lorsqu’il entendit le bruit du petit cortège qui accompagnait le Maître, demanda ce qui se passait. Et ceux qui l’entouraient lui répondirent : C’est Jésus de Nazareth qui passe 08 .

Si aujourd’hui, dans tant de villes et de villages où l’on a cette très ancienne coutume de porter en procession le Saint-Sacrement, quelqu’un demandait en entendant le bruit de la foule : « qu’est-ce que c’est ? », on pourrait lui répondre avec les mêmes mots que l’on dit à Bartimée : C’est Jésus de Nazareth qui passe. C’est lui-même, qui parcourt les rues en recevant l’hommage de notre foi et de notre amour. C’est lui-même ! Et, comme dans le cas de Bartimée, notre coeur devrait lui aussi s’enflammer pour crier : Jésus, Fils de David, prends pitié de moi ! Et le Seigneur, qui passe en bénissant et en faisant le bien 09 , aura pitié de notre cécité et de tant de maux qui pèsent parfois sur l’âme. Car la fête que nous célébrons aujourd’hui, avec une exubérance de foi et d’amour, « veut rompre le silence mystérieux qui entoure l’Eucharistie et lui témoigner un triomphe qui dépasse le mur des églises pour envahir les rues des villes et communiquer dans toute communauté humaine le sens et la joie de la présence du Christ, silencieux et vivant, qui accompagne l’homme pèlerin sur les sentiers du temps et de la terre  10  ». Et cela remplit notre coeur de joie. Il est logique que les chants qui accompagnent Jésus dans le Saint-Sacrement, spécialement en ce jour, soient des chants d’adoration, d’amour, de joie profonde. Chantons à l’Amour des amours, chantons au Seigneur ; Dieu est ici, venez, adorons le Christ Rédempteur… Chante, ma langue, le mystère du Corps glorieux du Christ…

La procession solennelle qui se célèbre en tant de villages et de villes de tradition chrétienne a son origine dans les temps anciens et constitue une expression par laquelle le peuple chrétien rend un témoignage public de sa piété envers le très Saint-Sacrement 11 . En ce jour, le Seigneur prend possession de nos rues et de nos places qu’en de nombreux lieux la piété décore de fleurs et de rameaux ; pour cette fête ont été élaborés de magnifiques Ostensoirs qui sont d’autant plus riches que les éléments décoratifs sont d’autant plus proches de l’Hostie consacrée. Nombreux seront les chrétiens qui accompagneront aujourd’hui en procession le Seigneur, qui vient à la rencontre de ceux qui veulent le voir, « en se plaçant sur le chemin de ceux qui ne le cherchent pas. Jésus apparaît ainsi, une fois de plus, au milieu des siens. Comment réagissons-nous devant cet appel du Maître ? (…).

« La procession de la Fête-Dieu rend le Christ présent dans les villages et les villes du monde. Mais cette présence (…) ne doit pas être l’affaire d’un jour, un bruit que l’on écoute et qui s’oublie. Ce passage de Jésus nous rappelle que nous devons aussi le découvrir dans nos occupations habituelles. A côté de la procession solennelle de ce jeudi, il doit y avoir la procession silencieuse et simple de la vie courante de chaque chrétien, homme parmi les hommes, mais qui a reçu la grâce de la foi et la mission divine d’avoir à actualiser le message du Christ sur la terre (…).

« Demandons donc au Seigneur la grâce d’être des âmes eucharistiques, de nous aider à ce que nos rapports personnels avec lui se traduisent par la joie, la sérénité, le désir de justice. Nous aiderons alors les autres à reconnaître le Christ, nous contribuerons à le mettre au faîte de toutes les activités humaines. Ainsi se réalisera la promesse de Jésus : et Moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à Moi (Jn 12, 32). 12  »

01 Séquence Lauda, Sion, Salvatorem.
02 Jean-Paul II, Lettre
Dominicae Cenae, 24 février 1980, 3.
03 Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 161.
04 
Antienne d’ouverture. Ps 80, 17.
05 Jean-Paul II,
Homélie, 4 juin 1988.
06 
Première lecture. Année A. Cf. Dt 8, 2-3; 14-16.
07 Cf.
Évangile de la Messe. Année C. Lc 9, 11-17.
08 Lc 18, 37.
09 Cf. Ac 10, 38.
10 Paul VI,
Homélie, 11 août 1964.
11 Cf. J. Abad et M. Garrido,
Initiation à la liturgie de l’Église.
12 Saint Josémaria Escriva,
o. c., 156.

* Cette Solennité remonte au treizième siècle. Elle fut d’abord établie pour le diocèse de Liège, et le Pape Urbain IV l’institua en 1264 pour toute l’Église. Le sens de cette fête est la considération et le culte de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le centre de la fête devait être, selon ce qu’écrivait déjà le Pape Urbain IV, un culte populaire reflété par les hymnes et la joie. Saint Thomas d’Aquin, à la demande du Pape, composa pour ce jour deux offices en 1264, qui ont alimenté la piété de nombreux chrétiens tout au long des siècles. La procession de l’Ostensoir dans les rues décorées en de nombreux lieux témoigne de la foi et de l’amour du peuple chrétien envers le Christ qui passe à nouveau dans nos villes et villages. La procession est née en même temps que la fête.

Dans les lieux où cette Solennité n’est pas de précepte, on la célèbre, comme jour propre, le dimanche suivant la très sainte Trinité.