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44. Les plaies que Thomas a vues

Méditation sur la sainte Eucharistie (4)

— Foi qui se montre par les faits.

— Foi et Eucharistie.

— Fréquentation de Jésus présent dans le Tabernacle.

I. Je ne vois pas les plaies comme Thomas les a vues, mais je te confesse comme mon Dieu ; fais que je croie de plus en plus en toi, que j’espère en toi, que je t’aime.

Thomas n’était pas présent lorsque Jésus apparut à ses disciples. Et malgré le témoignage de tous, qui lui assuraient avec fermeté : Nous avons vu le Seigneur ! 01  cet Apôtre refusait de croire en la Résurrection du Maître : Si je ne vois pas dans ses mains l’empreinte des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la place des clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas 02 .

Huit jours plus tard, le Seigneur apparut de nouveau à ses disciples. Thomas était maintenant avec eux. Alors Jésus s’adressa à l’Apôtre et, sur un ton de reproche mais cependant aimable, il lui dit : Mets ici ton doigt et examine mes mains ; puis avance ta main et mets-la dans mon côté. Et ne sois plus incrédule, mais croyant. Devant tant de délicatesse de la part de Jésus, le disciple s’exclama : Mon Seigneur et mon Dieu ! 3 C’était un acte de foi et de don de soi. La réponse de Thomas ne fut pas une simple exclamation de surprise, c’était une affirmation, un profond acte de foi en la divinité de Jésus-Christ. Mon Seigneur et mon Dieu ! Ces mots peuvent servir de splendide oraison jaculatoire ; nous l’avons peut-être répétée très souvent au moment de la Consécration ou en faisant une génuflexion devant le Tabernacle. Dans cet acte de foi nous voulons nous aussi dire à Jésus que nous croyons fermement en sa présence réelle ici et qu’il peut disposer de notre vie entière.

Quant à nous, nous ne voyons pas et nous ne touchons pas les plaies très saintes de Jésus, comme le fit Thomas, mais notre foi est ferme comme celle de l’Apôtre après avoir vu le Seigneur, parce que le Saint-Esprit nous soutient avec son aide constante. Et saint Grégoire le Grand de commenter : « Ce qui suit nous réjouit beaucoup : Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. Sentence dans laquelle, sans doute, nous sommes inclus, nous qui confessons avec l’âme celui que nous n’avons pas vu dans la chair. Elle fait allusion à nous pourvu que nous vivions selon la foi ; parce que seul croit vraiment celui qui pratique ce qu’il croit. 04  »

Quand nous serons devant le Tabernacle, regardons Jésus qui s’adresse à nous pour fortifier notre foi, pour qu’elle se manifeste dans nos pensées, nos paroles et nos actions : dans la façon de juger les autres avec un esprit large, plein de charité ; dans la conversation qui encourage toujours les autres à être des personnes honnêtes, à suivre Jésus de près ; dans les actions, en étant exemplaires pour terminer avec perfection ce que l’on nous a confié, en fuyant le travail bâclé, les travaux et actions mal achevés. « Tournons à nouveau nos regards vers le Maître. Peut-être entends-tu, toi aussi, en ce moment, le reproche adressé à Thomas : Avance ton doigt ici : voici mes mains (…) ; et du fond de ton coeur tu t’écrieras avec l’Apôtre, dans un élan de contrition sincère : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jn 20, 28), Je te reconnais pour mon Maître à tout jamais et, avec ton secours, je garderai comme un trésor tes enseignements et je m’efforcerai de les suivre loyalement. 05  »

II. Jésus assura à Thomas que seront plus heureux ceux qui sans voir avec les yeux de la chair ont, cependant, cette vision aiguë de la foi. C’est pourquoi il leur annonça pendant la Dernière Cène : Mieux vaut pour vous que je parte 06 . Lorsqu’il était avec ses disciples et parcourait les chemins de Palestine, la divinité de Jésus était suffisamment cachée pour qu’ils exercent constamment leur foi. Voir, écouter, toucher signifient peu si la grâce n’agit pas dans l’âme et si l’on n’a pas le coeur pur et disposé à croire. Pas même les miracles par eux-mêmes ne déterminent la foi s’il n’y a pas de bonnes dispositions. Après la résurrection de Lazare beaucoup de Juifs ont cru en Jésus, mais d’autres s’en allèrent voir les pharisiens dans l’intention de le perdre 07 . Le résultat de la réunion du Sanhédrin qui eut lieu à la suite de ces témoignages, se concrétise en une phrase recueillie par saint Jean : Dès ce jour-là, il fut décidé par eux qu’ils le feraient mourir 08 .

Dans le fond, la chance de ceux qui ont vécu avec lui, l’ont vu, l’ont écouté et ont parlé avec lui est la même que la nôtre. C’est la foi qui décide. C’est pourquoi sainte Thérèse écrit « lorsque j’entendais dire de certaines personnes qu’elles auraient voulu vivre au temps où le Christ notre bien vivait dans le monde, je riais intérieurement, car il me semblait qu’en l’ayant aussi réellement dans le très saint Sacrement qu’alors, qu’est-ce que cela pouvait bien leur faire ?  09  ».

Et le saint Curé d’Ars indique même que nous avons plus de chance que ceux qui ont vécu avec lui pendant sa vie terrestre, car parfois ils devaient marcher des heures ou des jours entiers pour le rencontrer, tandis que nous, nous l’avons si près dans chaque Tabernacle 10 . Normalement nous avons peu d’effort à faire pour trouver Jésus lui-même.

En cette vie nous voyons le Seigneur à travers les voiles de la foi, et un jour, si nous sommes fidèles, nous le verrons glorieux, dans une vision ineffable. « Après cette vie tous les voiles disparaîtront pour que nous puissions le voir face à face. 11  » Tout oeil le verra 12 , nous dit saint Jean dans l’Apocalypse, et ses serviteurs le serviront et verront son visage 13 . En attendant, dans cette vie, nous croyons en lui et nous l’aimons sans l’avoir vu 14 . Mais un jour nous le verrons avec son corps glorifié, avec les mêmes plaies très saintes qu’il montra à Thomas. Maintenant nous le confessons comme notre Dieu et Seigneur : Mon Seigneur et mon Dieu ! lui dirons-nous tant de fois. Dans ce moment de prière nous lui demandons : Fais que je croie de plus en plus en toi, avec une foi plus ferme ; que j’espère en toi avec une espérance plus sûre et joyeuse ; que je t’aime de tout mon être.

Aujourd’hui, en considérant une fois de plus cette proximité de Jésus dans la sainte Eucharistie, nous prenons la résolution de vivre très unis au Tabernacle le plus proche. Savoir quel est le plus proche de notre lieu de travail ou de notre foyer nous aidera. Nous aurons toujours cette référence dans notre coeur : lorsque nous ferons du sport, dans nos voyages…, car « la très bonne compagnie du bon Jésus est si bonne que nous ne pouvons nous séparer ni d’elle ni de celle de sa très sainte Mère  15  » toujours près de son Fils.

« Rends-toi souvent devant le Tabernacle, de corps ou de coeur, afin de te rassurer, de trouver la sérénité : mais aussi pour te sentir aimé… et pour aimer !  16  »

III. Lorsque Jésus allait quelque part, ses amis fidèles étaient attentifs, dans l’attente de son arrivée. Il ne pouvait pas en être autrement. Saint Luc nous raconte qu’une fois, Jésus arrivait à Capharnaüm, en bateau, du rivage opposé et tout le monde l’attendait 17 . Nous imaginons chacun d’eux rempli de joie en attendant le Maître, préparant ce qu’il allait lui demander, avec son désir d’être avec lui. Là, dit l’Évangéliste, il fit deux miracles prodigieux : la guérison d’une femme qui osa toucher le bord de son manteau, et la résurrection de la fille de Jaïre. Mais tout le monde se sentit réconforté par les paroles de Jésus, par un de ses regards ou par une de ses questions sur leurs proches… L’un d’entre eux, peut-être, s’est décidé à le suivre avec plus de générosité. Les amis étaient attentifs à l’Ami.

Nous, qui ne le voyons pas physiquement, nous sommes aussi près de lui que ceux qui l’attendaient et allaient à sa rencontre lorsqu’il débarqua. Nous aussi nous devons prendre chaque fois davantage un sens plus vif de sa présence dans nos villes et villages. Nous devons le fréquenter —  c’est lui qui le veut ainsi — comme notre Dieu et Seigneur, mais aussi comme l’Ami par excellence. « Le Christ, le Christ ressuscité, c’est le compagnon, c’est l’Ami. Un compagnon qui ne se laisse voir que dans la pénombre, mais dont la réalité remplit toute notre vie et nous fait désirer sa compagnie définitive. 18  »

Nous allons chaque jour à sa rencontre. Et il nous attend. Et il a du regret si une fois — quelle peine énorme ! — nous oublions de le fréquenter avec intimité, « sans anonymat », aussi réellement que nous fréquentons d’autres personnes que nous rencontrons dans le travail, dans l’ascenseur ou dans la rue. Pour le trouver, nous ne ressentirons probablement pas grand’chose. Souvent nous nous sentirons « comme aveugles devant l’Ami  19  », et cette obscurité initiale se transformera peu à peu en une clarté que les sens n’ont jamais eue. Sainte Thérèse dit que l’humilité du bon Jésus a été telle, qu’il a voulu comme demander la permission de rester avec nous 20 . Comment ne pas le remercier de tant de bonté, de tant d’amour ?

Nous lui disons en terminant notre prière : Seigneur, « Tu nous attends dans le Ciel, dans le Paradis. Tu nous attends dans l’hostie sainte. Tu nous attends dans la prière. Tu es si bon que lorsque tu es là, caché par amour, dissimulé dans les espèces sacramentelles — je le crois de toutes mes forces — quand tu es réellement, véritablement, substantiellement, présent avec ton corps et ton sang, avec ton âme et ta divinité, la bienheureuse Trinité est aussi présente: le Père, le Fils, le Saint-Esprit. Et puis, en raison de l’inhabitation au Paraclet, Dieu se trouve au centre de nos âmes, et il nous cherche.  21  » Ne le faisons pas attendre. Notre Dame nous encourage, elle aussi, à aller à sa rencontre. Chaque jour, nous pouvons rendre visite à son Fils, caché dans le Saint-Sacrement.

01 Jn 20, 25.
02 
Idem.
03 Jn 20, 26-29.
04 Saint Grégoire le Grand,
Homélies sur les Evangiles, 26, 9.
05 Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 145.
06 Jn 16, 7.
07 Cf. Jn 11, 45-46.
08 Jn 11, 53.
09 Sainte Thérèse,
Chemin de perfection, 34, 6.
10 Cf. Saint curé d’Ars,
Sermon sur le Jeudi Saint.
11 Saint Augustin, dans
Catena Aurea, vol. VIII, p. 86.
12 Ap 1, 7.
13 Ap 22, 4.
14 Cf. 1 P 1, 8.
15 Sainte Thérèse,
Demeures, VI, 7, 13.
16 Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 837.
17 Lc 8, 40.
18 Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 116.
19 Paul VI,
Audience générale, 13 janvier 1971.
20 Cf. Sainte Thérèse,
Chemin de perfection, 33, 2.
21 Salvador Bernal,
Mgr Escriva, portrait du fondateur de l’Opus Dei.