48. Le Sacré Cœur de Jésus*
le vendredi qui suit
le 2e dimanche après la Pentecôte
Solennité
— Origine et sens de la fête.
— L’amour de Jésus pour chacun de nous.
— Amour réparateur.
I. Voici quelles sont, d’âge en âge, les pensées de son coeur : délivrer de la mort ceux qui espèrent en son amour, les garder en vie aux jours de famine 01 , lisons-nous au début de la Messe.
Le caractère de la Solennité que nous célébrons aujourd’hui est double : d’action de grâces pour les merveilles de l’amour que Dieu a pour nous, et de réparation, parce que fréquemment les hommes répondent mal ou peu à cet amour 02 , même nous qui avons tant de raisons pour aimer et remercier. La considération de l’amour de Jésus pour tous les hommes a été depuis toujours le fondement de la piété chrétienne ; c’est pourquoi le culte au Sacré-Coeur de Jésus « naît des sources mêmes du dogme catholique 03 ». Ce culte a reçu une impulsion spéciale par la dévotion et la piété de nombreux saints à qui le Seigneur montra les secrets de son Coeur très aimant, et les poussa à diffuser la dévotion au Sacré Coeur et à susciter l’esprit de réparation.
Le vendredi de l’octave de la festivité de la Fête-Dieu, le Seigneur demanda à sainte Marguerite Marie Alacoque de promouvoir l’amour de la communion fréquente…, surtout les premiers vendredis de chaque mois, dans un esprit de réparation, et il lui promit de la faire participer, toutes les nuits de ce jeudi au vendredi, à sa souffrance au Jardin des Oliviers. Un an plus tard, Notre Seigneur lui apparut et, en lui montrant son Coeur très Sacré, il lui adressa ces mots, qui ont alimenté la piété de nombreuses âmes : Regarde ce Coeur qui a tant aimé les hommes et qui n’a rien omis jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur manifester son amour ; et en reconnaissance, je ne reçois de la plupart qu’ingratitudes par leurs irrévérences et sacrilèges et par les froideurs et mépris qu’ils ont envers moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce soient des coeurs qui me sont consacrés qui me traitent ainsi. C’est pourquoi Je te demande que le premier vendredi après l’octave du très saint Sacrement soit consacré à une fête particulière pour honorer mon Coeur, en communiant ce jour-là et en réparant par un acte de réparation…
En de nombreux endroits de l’Église existe la coutume privée de faire réparation les premiers vendredis du mois par un acte eucharistique ou la prière des litanies du Sacré-Coeur. De plus, « le mois de juin est consacré d’une façon spéciale à la vénération du Coeur divin. Non seulement un jour, la fête liturgique qui tombe d’habitude en juin, mais tous les jours 04 ».
Le cœur de Jésus est source et expression de son amour infini envers chaque homme, quelles que soient les conditions où il se trouve. Il cherche chacun de nous : Maintenant, dit un très beau texte messianique du Prophète Ezéchiel, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de brouillard et d’obscurité 05 . Chacun est une créature que le Père a confiée au Fils pour qu’elle ne périsse pas, bien qu’elle soit partie au loin.
Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, aime le monde avec « un coeur d’homme 06 », un Coeur qui sert de chemin à l’amour infini de Dieu. Personne n’a autant aimé que Jésus, personne n’aimera autant. Il m’a aimé, disait saint Paul, et s’est donné pour moi 07 , et chacun de nous peut le répéter. Son Coeur est plein de l’amour du Père : plein d’une façon à la fois divine et humaine.
II. Le Coeur de Jésus a aimé comme aucun autre, il a ressenti joie et tristesse, compassion et peine. Les Évangélistes font remarquer très fréquemment : il avait pitié du peuple 08 , il avait pitié d’eux, car ils étaient comme des brebis sans berger 09 . Le petit succès des Apôtres à leur première mission apostolique fit qu’il se sentit comme nous lorsque nous recevons une bonne nouvelle : il se remplit de joie, dit saint Luc 10 ; et il pleure quand la mort lui enlève un ami 11 .
Il ne cacha pas non plus ses déceptions : Jérusalem, toi qui tues les prophètes (…). Que de fois j’ai voulu réunir tes enfants… 12 . Que de fois ! Jésus voit l’histoire de l’Ancien Testament et de toute l’Humanité : une partie du peuple juif et des gentils de tous les temps repoussera l’amour et la miséricorde divine. D’une certaine façon, nous pouvons dire qu’en cette occasion Dieu est en train de pleurer avec des yeux humains pour la peine contenue dans son coeur d’homme. Et c’est cela la signification réelle de la dévotion au Sacré-Coeur : traduire pour nous la nature divine en des termes humains. Jésus n’est pas indifférent, (et il en est de même maintenant dans nos rapports quotidiens avec lui), au fait que des lépreux ne soient pas venus le remercier après qu’il les ait guéris, ou aux délicatesses et manifestations d’hospitalité envers un invité, comme il le dira à Simon le pharisien. Il ressentit souvent une immense joie devant celui qui se repentait de ses péchés et le suivait, devant ceux qui, avec générosité, abandonnaient tout pour aller avec lui.
Déjà avant de célébrer la Dernière Cène, pensant qu’il resterait toujours avec nous par l’institution de l’Eucharistie, il manifesta à ses intimes : J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir 13 ; émotion qui dut être beaucoup plus profonde quand il prit le pain, rendit grâces, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Ceci est mon Corps… 14 . Et qui pourra expliquer les sentiments de son Coeur très aimant lorsque sur le Calvaire il nous donna sa Mère pour Mère ?
Quand il avait déjà donné sa vie au Père, l’un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau 15 . Cette blessure ouverte nous rappelle aujourd’hui l’immense amour que Jésus a pour nous, car il nous donna volontairement jusqu’à la dernière goutte de son précieux Sang, comme si nous étions seuls au monde. Comment n’allons-nous pas nous approcher avec confiance du Christ ? Quelles misères peuvent empêcher notre amour, si nous avons le coeur grand pour demander pardon ?
III. Après l’Ascension au Ciel avec son corps glorieux, il n’a pas cessé de nous aimer, de nous appeler pour que nous vivions toujours très près de son Coeur très aimant. « Même dans la gloire du Ciel, il porte dans les blessures de ses mains, de ses pieds et de son côté les trophées resplendissants de sa triple victoire : sur le démon, sur le péché et sur la mort ; de plus il porte en son Coeur, comme dans une arche très précieuse, les immenses trésors de ses mérites, fruits de sa triple victoire, qu’il distribue maintenant largement au genre humain déjà racheté. 16 »
Aujourd’hui, dans cette Solennité, nous adorons le Cœur Sacré de Jésus « comme participation et symbole naturel, le plus expressif, de l’amour inépuisable que notre Divin Rédempteur sent encore aujourd’hui envers le genre humain. Il n’est plus soumis aux perturbations de cette vie mortelle ; et cependant il vit, bat et est uni d’une façon indissoluble à la Personne du Verbe divin, et, en elle et par elle, à sa volonté divine. Parce que le Coeur du Christ déborde d’amour divin et humain, et parce qu’il est plein des trésors de toutes les grâces que notre Rédempteur a acquises par les mérites de sa vie, ses souffrances et sa mort, il est sans doute la source perpétuelle de cet amour que son Esprit communique à tous les membres de son Corps mystique. 17 »
Méditer aujourd’hui l’amour que le Christ a pour nous nous poussera à beaucoup remercier de tant de dons et de miséricorde imméritée. Et en constatant que nombreux sont ceux qui vivent en tournant le dos à Dieu, que très souvent nous ne sommes pas totalement fidèles, que nos faiblesses personnelles sont nombreuses, nous irons à son Coeur très aimant et là nous trouverons la paix. Nous devrons très souvent avoir recours à son amour miséricordieux en cherchant la paix, qui est un fruit du Saint-Esprit : Cor Iesu sacratissimum et misericors, dona nobis pacem — Cœur sacré et miséricordieux de Jésus, donne-nous la paix.
Et en voyant Jésus si près de nos inquiétudes, de nos problèmes, de nos idéaux, nous lui disons : « Merci, ô Jésus, d’avoir voulu devenir un Homme parfait, au Coeur aimant et très aimable, et qui aime jusqu’à la mort et qui souffre ; qui se remplit de joie et de douleur ; qui s’enthousiasme pour les chemins des hommes, et nous montre celui qui mène au Ciel ; qui se soumet, héroïque, à son devoir et agit avec miséricorde ; qui veille sur les pauvres et sur les riches ; qui prend soin des pécheurs et des justes…
« — Merci ! Merci ! mon Jésus, et donne-nous un coeur à la mesure du tien ! 18 »
Très près de Jésus nous trouvons toujours sa Mère. Nous avons recours à elle à la fin de notre prière, et nous lui demandons de rendre ferme et sûr le chemin qui nous conduit jusqu’à son Fils.
01 Antienne d’ouverture. Ps 32, 11. 18. 19.
02 Cf. A. G. Martimort, L’Eglise en prière.
03 Pie XII, Enc. Haurietis aquas, 15 mai 1956, 27.
04 Jean-Paul II, Angelus, 27 juin 1982.
05 Première lecture. Année C. Ez 34, 11-16.
06 Concile Vatican II, Const. Gaudium et spes, 22.
07 Gal 2, 20.
08 Mc 8, 2.
09 Mc 6, 34.
10 Lc 10, 21.
11 Cf. Jn 11, 35.
12 Mt 23, 37.
13 Lc 22, 15.
14 Cf. Lc 22, 19-20.
15 Jn 19, 34.
16 Pie XII, loc. cit., 22.
17 Idem, 24.
18 Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 813.
* On lui rendait déjà une dévotion particulière au Moyen-Âge ; sa fête liturgique apparaît en 1675, à la suite des apparitions du Seigneur à sainte Marguerite Marie Alacoque. Dans ces révélations, la sainte a connu avec une particulière profondeur le besoin de réparer pour ses péchés personnels et ceux des autres, et de répondre avec amour à l’amour du Christ. Le Seigneur lui demanda d’étendre la pratique de la communion fréquente, spécialement les premiers vendredis de chaque mois, dans un sens de réparation, et que « le premier vendredi après l’octave de la Fête-Dieu » soit consacré à « une fête particulière pour glorifier son Coeur ». La fête se célébra pour la première fois le 21 juin 1686. Pie IX l’étendit à toute l’Église. Pie XI, en 1928, lui donna la splendeur qu’elle a aujourd’hui.
Sous le symbole du Coeur humain de Jésus, on considère avant tout l’Amour infini du Christ pour chaque homme ; c’est pourquoi le culte au Sacré-Coeur « naît des sources mêmes du dogme catholique », comme l’a dit le Pape Jean-Paul II dans son abondante catéchèse sur ce mystère si consolant.