Ressources Catholiques Missel Romain

49. L’amour de Jésus
le Sacré-Cœur de Jésus (2)

Le vendredi de la 3e semaine

après lA Pentecôte

— Amour unique et personnel envers chaque créature.

— Réparation.

— Un four ardent de charité.

I. Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous. Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui, lisons-nous dans une lecture de la Messe 01 .

La plénitude de la miséricorde divine envers les hommes s’exprime par l’envoi de la Personne de son Fils unique. Non seulement nous savons que Dieu nous aime car ce fut l’enseignement continuel de Jésus, mais aussi que sa présence parmi nous est la plus grande preuve de cet amour : il est lui-même la pleine révélation de Dieu et de son amour envers les hommes 02 . Saint Augustin enseigne que la source de toutes les grâces est l’amour que Dieu a envers nous et qu’il nous a révélé non seulement par des paroles, mais aussi par des faits. Le fait suprême de cet amour eut lieu quand son Fils unique a assumé une chair mortelle et s’est fait homme comme nous, mis à part le péché 03 .

Aujourd’hui nous devons demander de nouvelles lumières pour comprendre, plus profondément, l’amour de Dieu envers tous les hommes et chacun d’eux. Nous devons supplier le Saint-Esprit de faire en sorte qu’avec sa grâce et notre réponse, nous puissions chaque jour dire personnellement et avec plus de profondeur : je connais l’amour que Dieu a envers moi. Nous arriverons à cette sagesse, celle qui est vraiment importante, avec l’aide de la grâce, en méditant souvent sur la très sainte Humanité de Jésus : sa vie, ses actions, ce qu’il a souffert pour nous racheter de l’esclavage dans lequel nous nous trouvions et nous élever à une amitié avec lui, qui durera toute l’éternité. Le Cœur de Jésus, un cœur avec des sentiments humains, a été l’instrument uni à la Divinité pour nous exprimer son amour indicible ; le Cœur de Jésus est le cœur d’une Personne divine, c’est-à-dire du Verbe Incarné, et, « par conséquent, il représente et met devant les yeux tout l’amour qu’il a eu et a maintenant envers nous. C’est pour cela que le culte au Sacré-Cœur est considéré, dans la pratique, comme la plus complète profession de la foi chrétienne. La religion de Jésus-Christ est vraiment fondée entièrement sur l’Homme-Dieu Médiateur ; de telle façon qu’on ne peut arriver au Cœur de Dieu qu’en passant par le Cœur du Christ, selon ce qu’il a affirmé lui-même : Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne vient au Père que par moi (Jn 14, 6). 04  »

Il n’y a pas eu un seul acte de l’âme du Christ ou de sa volonté qui n’ait eu comme but notre rédemption, le fait de nous obtenir toute l’aide pour que nous ne nous séparions jamais de lui, ou pour revenir à lui si nous nous étions perdus. Il n’y a pas eu une seule partie de son corps qui n’ait souffert pour notre amour. Il accepta avec joie toute sorte de peines, injures et opprobres pour notre salut. Il n’y a pas eu une seule goutte de son Sang très précieux qui n’ait pas été répandue pour nous.

Dieu m’aime. C’est la vérité la plus consolante de toutes et celle qui doit avoir le plus de résonances pratiques dans ma vie. Qui pourra comprendre le profond abîme de la bonté de Jésus manifestée par l’appel que nous avons reçu de partager avec lui sa propre Vie, son amitié… ? Une Vie et une amitié que la mort ne pourra rompre ; bien au contraire, elle la rendra plus forte et plus sûre.

« Dieu m’aime… Et l’apôtre Jean écrit : “aimons donc Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier”. —De plus, Jésus s’adresse à chacun d’entre nous, malgré nos misères si évidentes, pour nous demander, comme à Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?…”.

— C’est alors qu’il faut répondre : “Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime !”, ajoutant humblement : “fais que je t’aime davantage, augmente mon Amour”. 05  »

II. Dans la Messe de cette Solennité nous prions ainsi : Seigneur notre Dieu, dans le cœur de ton Fils meurtri par nos péchés, tu nous prodigues les trésors infinis de ton amour ; permets qu’en lui rendant l’hommage de notre piété, nous lui rendions aussi les devoirs d’une juste réparation 06 .

Nous devons obtenir de ce moment de prière la joie immense de considérer, une fois de plus, l’amour vivant et actuel de Jésus pour chacun de nous. Un Dieu avec un cœur de chair, comme le nôtre ! Jésus de Nazareth continue de passer dans nos rues et nos places en faisant le bien 07 , comme lorsqu’il était en chair mortelle parmi les hommes : en aidant, en guérissant, en consolant, en pardonnant, en donnant la vie éternelle à travers ses sacrements… Ce sont les infinis trésors de son Cœur, qu’il continue de répandre à pleines mains. Saint Paul enseigne qu’étant monté sur les hauteurs, il a emmené captive la captivité et il a fait des dons aux hommes 08 . Chaque jour les grâces, les inspirations, les aides, spirituelles et matérielles, que nous recevons du Cœur aimant de Jésus sont incommensurables. Cependant, il « n’impose pas sa domination mais mendie un peu d’amour en nous montrant en silence les plaies de ses mains  09  ». Que de fois nous le lui avons refusé ! Que de fois il a attendu plus d’amour, plus de ferveur, dans telle visite au saint Sacrement, dans telle communion… !

Nous devons beaucoup réparer auprès du Cœur Sacré de Jésus. Pour notre vie passée, pour tant de temps perdu, pour tant de rusticité dans nos rapports avec lui, pour tant de manque d’amour… « Je te demande, lui disons-nous avec des mots écrits par saint Bernard, d’accueillir l’offrande des années qu’il me reste à vivre. Ne méprise pas, mon Dieu, ce cœur contrit et humilié, pour toutes les années que j’ai gaspillées de mauvaise manière.  10  » Donne-moi, Seigneur, le don de la contrition pour tant de maladresse dans mes rapports et mon amour envers toi, augmente l’aversion de tout péché véniel délibéré, enseigne-moi à t’offrir comme expiation les contrariétés physiques et morales de chaque jour, la fatigue, l’effort pour bien terminer mes tâches, comme tu le veux.

Face à tant de monde qui semble fuir la grâce, nous ne pouvons pas rester indifférents. « Ne demande pas seulement à Jésus le pardon de tes fautes ; ne l’aime pas seulement dans ton cœur…

« Répare toutes les offenses qu’on lui a faites, qu’on lui fait et qu’on lui fera… Aime-le de toute la force de tous les cœurs de tous les hommes qui l’ont le plus aimé.

« Sois audacieux : dis-lui que tu es plus fou de lui que Marie-Madeleine, plus que Thérèse d’Avila et que la petite Thérèse…, plus “emballé” qu’Augustin, Dominique et François, plus qu’Ignace et Xavier. 11  »

III. Les deux disciples que Jésus accompagne sur le chemin d’Emmaüs le reconnaissent enfin à la fraction du pain, après quelques heures de voyage. Et ils se dirent l’un à l’autre : N’avions-nous pas le cœur tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, nous expliquant les Écritures ? 12 . Leurs cœurs qui, peu auparavant, étaient éteints, découragés et tristes, sont maintenant pleins de ferveur et de joie. Cela aurait été une raison suffisante pour reconnaître que le Christ les accompagnait, car c’est l’effet que Jésus produit en ceux qui sont proches de son Cœur très aimable. C’est ce qui se passa alors et ce qui arrive chaque jour.

Dans cette « arche très précieuse » du Cœur de Jésus se trouve la plénitude de toute charité. Celle-ci, don par excellence « du Cœur du Christ et de son Esprit, est celle qui donna aux Apôtres et aux martyrs la force pour prêcher la vérité évangélique et lui rendre témoignage jusqu’à répandre leur sang pour elle  13  ». C’est d’elle que nous obtenons la fermeté nécessaire pour faire connaître le Christ. C’est dans la fréquentation de Jésus que s’enflamme le vrai zèle apostolique, celui qui est capable de durer par-dessus les échecs apparents, les obstacles d’un milieu qui semble parfois fuir Jésus.

L’ami fait profiter l’ami de ce qu’il a de mieux. Nous ne possédons rien que l’on puisse comparer au fait d’avoir connu Jésus. C’est pourquoi nous devons faire connaître le Christ à nos parents, amis, et collègues.

Nous devons enflammer notre zèle apostolique pour les âmes dans le Cœur de Jésus. En lui nous trouvons un fournaise ardente de charité pour les âmes, disons-nous dans les Litanies du Sacré-Cœur. « Le brasier brûle, commentait le Pape Jean-Paul II. Allumé, il brûle tout le matériel, que ce soit du bois ou toute autre substance facilement combustible.

« Le Cœur de Jésus, le Cœur humain de Jésus, brûle avec l’amour qui le remplit à ras bord. Et c’est l’amour envers le Père Éternel et l’amour envers les hommes : les filles et fils adoptifs.

« Le brasier, en brûlant, s’éteint peu à peu. Le Cœur de Jésus, en revanche, est une fournaise inextinguible. Il ressemble en cela au buisson ardent du livre de l’Exode, dans lequel Dieu se révéla à Moïse. Le buisson brûlait avec le feu, mais… ne se consumait pas (Ex 3, 2).

« Effectivement, l’amour qui brûle dans le Cœur de Jésus est surtout le Saint-Esprit, dans lequel Dieu le Fils s’unit éternellement au Père. Le Cœur de Jésus, le Cœur humain de Dieu-Homme, est embrasé par la flamme vive de l’Amour trinitaire, qui ne s’éteint jamais.

« Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité. Le brasier, tant qu’il est allumé, illumine les ténèbres de la nuit et réchauffe les corps des voyageurs transis de froid.

« Nous voulons aujourd’hui demander à la Mère du Verbe Éternel, qu’à l’horizon de la vie de chacune et chacun de nous ne cesse jamais de brûler le Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité. Pour qu’il nous révèle l’Amour qui ne s’éteint et ne se détériore jamais, l’Amour qui est éternel. Pour qu’il illumine les ténèbres de la nuit terrestre et réchauffe les cœurs.

« En lui rendant grâces pour l’unique amour capable de transformer le monde et la vie humaine, nous nous adressons avec la Vierge Immaculée, au moment de l’Annonciation, au Cœur Divin qui ne cesse pas d’être une fournaise ardente de charité. Ardente : comme le buisson que Moïse a vu au pied du mont Horeb. 14  »

01 Deuxième lecture. Année A. 1 Jn 4, 16.
02 Cf. Jn 1, 18; Heb 1, 1.
03 Cf. Saint Augustin, Traité sur la Trinité, 9, 10.
04 Pie XII, Enc. Haurietis aquas, 15 mai 1956.
05 Bienheureux Josémaria Escriva, Forge, n. 497.
06 Missel Romain, Collecte.
07 Cf. Ac 10, 38.
08 Eph 4, 8.
09 Bienheureux Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 179.
10 Saint Bernard, Sermon 20, 1.
11 Bienheureux Josémaria Escriva, Chemin, n. 402.
12 Lc 24, 32.
13 Pie XII, loc. cit., 23.
14 Jean-Paul II, Angelus, 23 juin 1985.