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50. Le Cœur Immaculé de la Vierge Marie*

le samedi qui suit

le 2° dimanche après la Pentecôte

Mémoire

— Le Cœur de Marie.

— Un Cœur maternel.

— Très doux cœur de Marie, prépare-moi un chemin sûr.

I. En moi se trouve toute grâce du chemin et de vérité, en moi toute espérance de vie et de force 01 , lisons-nous dans l’Antienne d’ouverture de la Messe.

Comme nous l’avons vu dans la fête d’hier, le cœur exprime et est le symbole de l’intimité de la personne. La première fois que l’on mentionne dans l’Évangile le Cœur de Marie, c’est pour exprimer toute la richesse de la vie intérieure de la Vierge : Marie, écrit saint Luc, gardait tout cela en son cœur et y réfléchissait 02 .

La Préface de la Messe proclame que le Cœur de Marie est sage, parce qu’elle comprit plus qu’aucune créature le sens des Écritures, et conserva le souvenir des paroles et des choses rattachées au mystère du salut ; immaculé, c’est-à-dire exempt de toute tache de péché ; docile, parce qu’il s’est soumis très fidèlement à la volonté de Dieu dans tous ses désirs ; nouveau, selon l’antique prophétie d’Ezéchiel — Je vous donnerai un cœur nouveau et un esprit nouveau 03  — revêtu de la nouveauté de la grâce méritée par le Christ ; humble, imitant en cela le cœur du Christ qui a dit : Apprenez de moi qui suis doux et humble de cœur 04  ; simple, libre de toute duplicité et plein de l’Esprit de vérité ; pur, capable de voir Dieu selon la Béatitude du Seigneur 05  ; ferme dans l’acceptation de la volonté de Dieu, quand Siméon lui annonça qu’une épée de douleur traverserait son cœur 06 , quand se déchaîna la persécution contre son Fils 07  ou arriva le moment de sa Mort ; bien disposé, puisque, pendant que le Christ dormait dans le sépulcre, elle resta en veille , en imitant en cela l’épouse du Cantique des Cantiques 08 , attendant la résurrection du Christ.

Le Cœur Immaculé de Marie est appelé surtout sanctuaire du Saint-Esprit 09 , en raison de sa Maternité divine et de l’inhabitation continuelle et pleine de l’Esprit divin dans son âme. Cette maternité éminente, qui place Marie par-dessus toutes les créatures, se réalisa dans son Cœur Immaculé avant que dans ses entrailles très pures. Les saints Pères affirment 10  qu’elle conçut d’abord dans son cœur selon la foi le Verbe qu’Elle mit au monde selon la chair. Par son Cœur Immaculé, plein de foi, d’amour, humble et abandonné à la volonté de Dieu, Marie a mérité de porter dans son sein virginal le Fils de Dieu.

Elle nous protège toujours, comme la mère protège le petit enfant qui est entouré de dangers et de difficultés de toutes parts, et elle nous fait croître continuellement. Comment n’allons-nous pas avoir recours quotidiennement à elle ? « “Sancta Maria, Stella Maris” — Sainte Marie, Étoile de la Mer, conduisez-nous !

« — Oui, crie-le très fort, car il n’est pas de tempête qui puisse faire chavirer le très doux Cœur de la Vierge. Quand tu verras venir la tempête, si tu t’abrites sous ce solide refuge qu’est Marie, nul danger pour toi de sombrer ou d’être englouti. 11  » En lui nous trouvons un port sûr où il est impossible de faire naufrage.

II. Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur 12 .

Le Cœur de Marie conservait comme un trésor l’annonce de l’Ange au sujet de sa Maternité divine ; elle a retenu pour toujours toutes les choses qui eurent lieu dans la nuit de Bethléem et ce que dirent les bergers devant la crèche, et la présence, quelques jours ou quelques mois plus tard, des Mages avec leurs dons, et la prophétie du vieillard Siméon, et les angoisses du voyage en Égypte… Plus tard, la perte de son Fils à Jérusalem, à l’âge de douze ans, l’impressionna profondément, ainsi que les paroles qu’il lui dit ainsi qu’à Joseph lorsqu’enfin, angoissés, ils le trouvèrent. Ensuite il descendit avec eux à Nazareth et il leur était soumis. Mais Marie conservait toutes ces choses en son cœur 13 . Marie n’oublia jamais, tant qu’elle vécut ici sur terre, les événements qui entourèrent la mort de son Fils sur la Croix et les paroles qu’elle entendit de Jésus : Femme, voici ton fils 14 . Et en la personne de Jean, elle nous vit, nous tous, et tous les hommes. Dès ce moment elle nous aima dans son Cœur avec un amour de mère, avec le même amour qu’elle avait pour Jésus. En nous elle reconnut son Fils, selon ce que lui-même avait dit : Autant de fois que vous l’avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait 15 .

Mais Notre Dame exerça sa maternité avant que se soit consumée la rédemption sur le Calvaire, car elle est mère dès le moment où elle a prêté, par son fiat, sa collaboration au salut de tous les hommes. Dans le récit des noces de Cana, saint Jean nous révèle un trait vraiment maternel du Cœur de Marie : sa sollicitude attentive envers les autres. Un cœur maternel est toujours un cœur attentif, en veille : rien de ce qui concerne l’enfant ne passe inaperçu pour la mère. À Cana, le Cœur maternel de Marie déploie ses soins vigilants en faveur de parents ou d’amis, pour porter remède à une situation embarrassante, mais sans graves conséquences. L’Évangéliste a voulu nous montrer, par inspiration divine, que rien de ce qui est humain ne lui est étranger et que personne ne reste exclu de sa tendresse. Nos petites fautes et erreurs, comme les grandes, sont l’objet de sa préoccupation. Les oublis et les soucis l’intéressent, et aussi les grandes angoisses qui peuvent inonder l’âme. Ils n’ont pas de vin 16 , dit-elle à son Fils. Tout le monde était distrait, personne ne se rendait compte de ce manque. Et bien qu’il semble que l’heure des miracles ne soit pas encore arrivée, elle sut l’avancer.

Marie connaît bien le Cœur de son Fils et elle sait arriver jusqu’à lui ; maintenant, au Ciel, son attitude n’a pas changé. Par son intercession, nos suppliques arrivent « avant, plus et mieux » en la présence du Seigneur, c’est pourquoi nous pouvons aujourd’hui lui adresser l’ancienne prière de l’Église : Recordare, Virgo Mater Dei, dum steteris in conspectu Domini, ut loquaris pro nobis bona 17 , Vierge Mère de Dieu, vous qui êtes continuellement en sa présence, parlez à votre Fils en notre faveur. Nous en avons bien besoin !

En méditant cette invocation de Notre Dame, il ne s’agit peut-être pas de nous proposer une dévotion de plus, mais d’apprendre à la fréquenter avec plus de confiance, avec la simplicité des petits enfants qui ont recours à leur mère à tout moment : non seulement ils s’adressent à elle quand ils en ont grand besoin, mais aussi dans les petites difficultés qui se présentent à eux. Les mères les aident avec joie à résoudre les plus petits problèmes. Elles, les mères, l’ont appris de notre Mère du Ciel.

III. En considérant la splendeur et la sainteté du Cœur Immaculé de Marie, nous pouvons faire un examen de conscience sur notre propre vie intime, et nous demander si nous sommes ouverts et dociles aux grâces et aux inspirations du Saint-Esprit, si nous gardons jalousement notre cœur de tout ce qui peut le séparer de Dieu, si nous arrachons à la racine les petites rancunes, les jalousies… qui tendent à se nicher en lui. Nous savons que nos paroles et nos actions parleront de sa richesse ou sa pauvreté, car l’homme bon tire du bon trésor de son cœur de bonnes choses 18 .

De Notre Dame sortent en torrents les grâces de pardon, de miséricorde, d’aide dans le besoin… C’est pourquoi nous lui demandons aujourd’hui de nous donner un cœur pur, humain, compréhensif avec les défauts de ceux qui sont près de nous, aimable envers tout le monde, capable de prendre en charge la douleur partout où nous la trouvons, toujours disposé à aider celui qui en a besoin. « Mère du Bel Amour, prie pour nous ! Apprends-nous à aimer Dieu et nos frères comme tu les as aimés : fais que notre amour envers les autres soit toujours patient, bienveillant, respectueux (…), fais que notre joie soit toujours authentique et pleine, pour pouvoir la communiquer à tout le monde 19  », et spécialement à ceux avec qui le Seigneur a voulu que nous soyons unis par des liens plus forts.

Nous nous rappelons aujourd’hui comment, lorsque les besoins ont été urgents, l’Église et ses enfants ont eu recours au Cœur très doux de Marie pour lui consacrer le monde, les nations ou les familles 20 . Nous avons toujours eu l’intuition d’être en sécurité dans son doux Cœur. Aujourd’hui nous lui faisons le don, une fois de plus, de ce que nous sommes et de ce que nous avons. Nous laissons dans ses bras les bons jours et ceux qui semblent mauvais, les maladies, les faiblesses, le travail, la fatigue et le repos, les nobles idéaux que le Seigneur a déposés dans notre âme ; nous mettons spécialement dans ses mains notre chemin jusqu’au Christ pour qu’elle le préserve de tous les dangers et le garde avec tendresse et force, comme le font les mères. Cor Mariae dulcissimum, iter para tutum, Cœur très doux de Marie, prépare-moi…, prépare-leur un chemin sûr 21 .

Nous terminons notre prière en demandant au Seigneur, avec la liturgie de la Messe : Seigneur, notre Dieu, qui as fait du Cœur Immaculé de Marie une demeure pour ton Fils et un sanctuaire du Saint-Esprit, donne-nous un cœur pur et docile, pour que, toujours soumis à tes commandements, nous t’aimions par-dessus toutes les choses et aidions nos frères dans leurs besoins 22 .

01 Antienne d’ouverture. Messes de la Vierge Marie, I. Messe du Cœur Immaculé de la Vierge Marie, n. 28.
02 Lc 2, 19.
03 Cf. Ez 36, 26.
04 Mt 11, 29.
05 Cf. Mt 5, 8.
06 Cf. Lc 2, 35. —7. Cf. Mt 2, 13.
08 Cf. Cant 5, 2.
09 Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 53.
10 Cf. Saint Augustin, Traité sur la virginité, 3.
11 Bienheureux Josémaria Escriva, Forge, n.1055.
12 Antienne de la Communion. Lc 2, 19.
13 Lc 2, 51.
14 Jn 19, 26.
15 Mt 25, 40.
16 Cf. Jn 2, 3.
17 Missel de saint Pie V, Prière sur les offrandes de la Messe de Sainte Marie Médiatrice de toutes les grâces; cf. Jer 18, 20.
18 Mt 12, 35.
19 Jean-Paul II, Homélie, 31 mai 1979.
20 Cf. Pie XII, Allocution Benedicite Deum, 31 octobre 1942; Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982.
21 Cf. Hymne Ave Maris Stella.
22 Collecte de la Messe.

* Après la consécration du monde au très doux et maternel Cœur de la Vierge en 1942, arrivèrent de nombreuses pétitions au Pontife Romain pour qu’il étende le culte au Cœur Immaculé de Marie, qui existait déjà dans certains endroits, à toute l’Église. Pie XII accepta en 1945, « sûrs de trouver dans son Cœur très aimant… le port sûr au milieu des tempêtes qui nous pressent de toutes parts ». À travers le symbole du cœur, nous vénérons en Marie son amour très pur et parfait envers Dieu et son amour maternel envers chaque homme. En lui nous trouvons refuge au milieu de toutes les difficultés et tentations de la vie et le chemin sûr, iter para tutum, pour arriver rapidement à son Fils.