V/ L'homme ne vit pas seulement de pain,
R/ Mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Livre de l'Exode (Ex 5, 1-23 ; 6, 1)
Redoublement d'oppression
Les premières tentatives de Moïse et d'Aaron pour accomplir leur mission se soldent par un échec total, voir une aggravation de la situation d'Israël. Mais Dieu veille, et le salut est proche.
Moïse et Aaron vinrent dire au Pharaon : "Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Laisse partir mon peuple et qu'il fasse au désert un pèlerinage en mon honneur." Le Pharaon dit : "Qui est le Seigneur pour que j'écoute sa voix en laissant partir Israël ? J'ignore le Seigneur et je ne veux pas laisser partir Israël." Ils dirent : "Le Dieu des Hébreux s'est présenté à nous ; il nous faut aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier au Seigneur, notre Dieu, de peur qu'il ne se précipite sur nous avec la peste ou l'épée." Le roi d'Égypte leur dit : "Moïse et Aaron, pourquoi voulez-vous débaucher le peuple de ses travaux ? Allez à vos corvées !" Le Pharaon dit : "Maintenant que la population du pays est nombreuse, vous voudriez qu'ils se reposent de leurs corvées !"
En ce jour-là, le Pharaon ordonna aux chefs de corvée et aux scribes du peuple : Vous ne fournirez plus au peuple comme auparavant la paille pour fabriquer les briques. Ils iront eux-mêmes ramasser la paille. Imposez-leur de faire autant de briques que jusqu'ici, n'en réduisez rien. Ce sont des paresseux, c'est pourquoi ils crient : Allons sacrifier à notre Dieu ! Que la servitude pèse sur ces gens et qu'ils travaillent, sans rêvasser à des paroles mensongères !" Les chefs de corvée et les scribes du peuple sortirent et dirent au peuple : "Ainsi parle le Pharaon : Je ne vous fournis point de paille ! Allez vous-mêmes prendre de la paille là où vous en trouverez ! Mais votre tâche n'est réduite en rien."
Le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte pour ramasser de la paille à torchis. Les chefs de corvée les pressaient : "Achevez vos travaux ! Chaque jour, la quantité exigée ! Comme lorsqu'il y avait de la paille !" On frappa les scribes des fils d'Israël, ceux que leur avaient imposés les chefs de corvée du Pharaon : "Pourquoi n'avez-vous pas achevé, hier et aujourd'hui, votre commande de briques, comme auparavant ?"
Les scribes des fils d'Israël vinrent crier vers le Pharaon : "Pourquoi fais-tu cela à tes serviteurs ? La paille, on ne la fournit plus à tes serviteurs – et les briques, on nous dit : Faites-en ! Voici qu'on frappe tes serviteurs. Ton peuple a tort !" Il dit : "Vous êtes des paresseux, des paresseux ! C'est pourquoi vous dites : Allons sacrifier au Seigneur. Et maintenant, allez travailler. La paille ne vous sera pas fournie, mais vous fournirez autant de briques." Les scribes des fils d'Israël se virent dans un mauvais cas : "Vous ne réduirez pas le nombre de vos briques. Chaque jour, la quantité exigée..." Sortant de chez le Pharaon, ils se précipitèrent sur Moïse et Aaron, qui les attendaient. Ils leur dirent : "Que le Seigneur constate et qu'il juge : à cause de vous, le Pharaon et ses serviteurs ne peuvent plus nous sentir ; c'est leur mettre en main l'épée pour nous tuer."
Moïse retourna vers le Seigneur et dit : "Seigneur, pourquoi as-tu maltraité ce peuple ? Pourquoi donc m'as-tu envoyé ? Depuis que je suis venu vers le Pharaon pour parler en ton nom, il a maltraité ce peuple et tu n'as absolument pas délivré ton peuple."
Le Seigneur dit à Moïse : "Maintenant, tu vas voir ce que je vais faire au Pharaon : par main forte, il les laissera partir, par main forte, il les chassera de son pays !"
R/ Dresse-toi, Seigneur,
Que l'homme ne soit pas le plus fort !
Pour le pauvre que l'on opprime,
Le malheureux qui gémit,
Maintenant je me lève, dit le Seigneur.
Moi, le Seigneur ton Dieu,
Je te saisis par la main droite,
Je te dis : Ne crains pas, je viens à ton secours !
Homélie de saint Augustin sur le psaume 60
Dans le Christ, c'est nous qui sommes tentés.
Entends ma plainte, Seigneur, écoute ma prière. Qui donc parle ? Il semble que ce soit un seul homme. Regarde si c'est un seul : Des extrémités de la terre, je crie vers toi, parce que mon cœur est angoissé. Il n'est donc plus un seul désormais ; mais il est un seul parce que le Christ est unique, et pourtant nous sommes tous ses membres. Car, est-ce qu'un seul homme crie des extrémités de la terre ? Ce qui crie des extrémités de la terre ne peut être que cet héritage au sujet duquel le Père a entendu cette parole : Demande, et je te donne les nations en héritage, les extrémités de la terre pour domaine.
Ce domaine du Christ, cet héritage du Christ, ce corps du Christ, cette unique Église du Christ, cette unité que nous sommes, c'est elle qui crie des extrémités de la terre. Mais que crie-t-elle ? Ce que j'ai dit tout à l'heure : Entends ma plainte, Seigneur, écoute ma prière ; des extrémités de la terre, je crie vers toi. J'ai crié cela vers toi des extrémités de la terre, c'est-à-dire de partout.
Mais pourquoi ai-je crié cela ? Parce que mon cœur est angoissé. Le corps du Christ montre qu'il est, à travers toutes les nations, sur toute la terre, non pas dans une grande gloire, mais dans une grande épreuve.
Dans son voyage ici-bas, notre vie ne peut pas échapper à l'épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve ; personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s'il n'a pas rencontré l'ennemi et les tentations.
Il est donc angoissé, celui qui crie des extrémités de la terre, mais il n'est pas abandonné. Car le Christ a voulu nous préfigurer, nous qui sommes son corps, dans lequel il est mort, est ressuscité et monté au ciel ; c'est ainsi que la Tête a pénétré la première là où les membres sont certains pouvoir la suivre.
Il nous a donc transfigurés en lui, quand il a voulu être tenté par Satan. On lisait tout à l'heure dans l'évangile que Seigneur Jésus Christ, au désert, était tenté par le diable. Parfaitement ! Le Christ était tenté par le diable ; dans le Christ, c'est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut ; tenait de toi sa mort, pour te donner la vie ; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs ; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire.
Si c'est en lui que nous sommes tentés, c'est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu'il a vaincu ? Reconnais que c'est toi qui es tenté en lui ; et alors reconnais que c'est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable ; mais, s'il n'avait pas été tenté, il ne t'aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire.
R/ Où abonde le péché,
La grâce surabonde.
Dieu enferma tous les hommes
Dans la désobéissance
Pour faire à tous miséricorde.
Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu,
Mais Jésus Christ les a justifiés.
Oraison
Accorde-nous, Dieu tout puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. Lui qui règne.
V/ Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle,
R/ Le Règne de Dieu est là.
Livre de l'Exode (Ex 6, 2-13)
Dieu n'abandonne pas ses enfants
Dans ce second récit de la vocation de Moïse, Dieu nous est montré avant tout comme Celui qui se souvient de sa promesse. Que l'apparent silence de Dieu ne nous déconcerte pas : à son heure, son plan achèvera de se réaliser avec le retour glorieux du Christ.
Dieu adressa la parole à Moïse. Il lui dit : "C'est moi le Seigneur. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Dieu Puissant, mais sous mon nom, le Seigneur, je ne me suis pas fait connaître d'eux. Puis j'ai établi mon alliance avec eux, pour leur donner le pays de Canaan, pays de leurs migrations, où ils étaient des émigrés. Enfin, j'ai entendu la plainte des fils d'Israël, asservis par les Égyptiens, et je me suis souvenu de mon alliance. C'est pourquoi, dis aux fils d'Israël :
C'est moi le Seigneur.
Je vous ferai sortir des corvées d'Égypte,
je vous délivrerai de leur servitude,
je vous revendiquerai avec puissance et autorité,
je vous prendrai comme mon peuple à moi, et pour vous, je serai Dieu. Vous connaîtrez que c'est moi, le Seigneur, qui suis votre Dieu : celui qui vous fait sortir des corvées d'Égypte. Je vous ferai entrer dans le pays que, la main levée, j'ai donné à Abraham, à Isaac et à Jacob. Je vous le donnerai en possession. C'est moi le Seigneur."
Moïse parla ainsi aux fils d'Israël, mais ils n'écoutèrent pas Moïse, tant leur dure servitude les décourageait.
Le Seigneur dit à Moïse : Va ! Parle au Pharaon, roi d'Égypte. Qu'il laisse partir les fils d'Israël de son pays ! Mais Moïse parla ainsi devant le Seigneur : "Voici que les fils d'Israël ne m'ont pas écouté. Comment le Pharaon m'écouterait-il, moi qui suis incirconcis des lèvres ?"
Le Seigneur parla à Moïse et à Aaron et leur communiqua ses ordres pour les fils d'Israël et pour le Pharaon, roi d'Égypte, en vue de faire sortir les fils d'Israël du pays d'Égypte.
R/ Gloire au Seigneur, c'est lui notre Dieu !
Il nous a délivrés de la servitude,
Avec autorité et puissance.
Jadis vous n'étiez pas un peuple,
Vous êtes maintenant le peuple de Dieu.
Vous êtes la race élue, la nation sainte,
Le peuple que Dieu s'est acquis.
Homélie de saint Grégoire de Nazianze sur l'amour des pauvres
"Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux"
Tu dois savoir d'où vient pour toi l'existence, le souffle, l'intelligence et, ce qu'il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu ; l'espérance du Royaume des cieux, et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd'hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat. D'où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ et, j'oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D'où vient tout cela, et par qui ?
Et encore, pour parler de choses moins importantes, choses qui se voient : qui t'a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les astres innombrables et, en tout cela, l'harmonie et l'ordre, qui les conduisent ainsi, à la manière d'une lyre bien accordée ?
Qui donc t'a donné la pluie, l'agriculture, les aliments, les arts, l'administration, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ? D'où vient que, parmi les animaux, certains sont apprivoisés et domestiqués, tandis que d'autres fournissent ta nourriture ? Qui t'a établi seigneur et roi de tout ce qui vit sur la terre ? Qui donc, pour arrêter là cette énumération, t'a donné tout ce qui fait de toi un homme, supérieur à toutes les autres créatures ?
N'est-ce pas celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d'aimer les hommes ? Est-ce que nous ne serions pas méprisables si, après tout ce qu'il nous donne, de fait ou en espérance, nous ne lui apportions pas cette seule chose : aimer les hommes ? Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n'a pas honte d'être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ?
Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas les gérants malhonnêtes des biens qui nous ont été confiés. Ne risquons pas d'entendre saint Pierre nous dire : "Ayez honte, vous qui retenez le bien d'autrui. Imitez l'équité de Dieu, et il n'y aura plus de pauvre."
Ne nous donnons pas tant de peine pour amasser et conserver quand d'autres souffrent la peine de la pauvreté ; car autrement nous subirions les malédictions et menaces acerbes du prophète Amos qui commencent ainsi : Écoutez bien, vous qui dites : Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre, et le sabbat, pour que nous puissions ouvrir nos magasins ?
Pratiquons nous-mêmes cette loi sublime et primordiale de Dieu, qui fait pleuvoir pour les justes et les pécheurs et qui fait lever son soleil également pour tous. Il déploie pour tous les immenses étendues de la terre en friche, les sources, les fleuves et les forêts ; aux oiseaux il donne l'air, et l'eau à toutes les bêtes aquatiques. Il donne généreusement les ressources nécessaires à la vie de tous ; celles-ci ne sont pas confisquées par les puissants, limitées par une loi, rationnées. Elles sont communes, abondantes et par conséquent Dieu les offre sans que personne soit frustré. Car il veut honorer par cette égalité dans ses dons l'égale dignité de la nature, et montrer toute la générosité de sa bienfaisance.
R/ C'est le Seigneur : il fait ce qui lui semble bon.
En lui résident sagesse et puissance,
En lui le conseil et le discernement.
S'il détruit, nul ne peut rebâtir,
S'il ferme, qui donc ouvrira ?
Lui décide, qui le fera changer ?
Il tient en son pouvoir l'âme de tout vivant.
Oraison
Fais-nous revenir à toi, Dieu notre Sauveur, et pour que ce Carême nous soit profitable, ouvre nos esprits à l’intelligence de ta loi.
V/ C'est maintenant le jour favorable,
R/ C'est maintenant le jour du salut.
Livre de l'Exode (Ex 6, 29-30 ; 7, 1-25)
Moïse et Aaron face à Pharaon
Les premiers signes donnés par Moïse de sa mission divine semblent tourner court.
Le jour où le Seigneur parla ainsi à Moïse : "C'est moi le Seigneur, redis au Pharaon roi d'Égypte, tout ce que je te dis", Moïse dit devant le Seigneur : "Me voici incirconcis des lèvres. Comment le Pharaon m'écouterait-il ?"
Mais le Seigneur dit à Moïse : "Vois, je t'établis comme dieu pour le Pharaon, et ton frère Aaron sera ton prophète. C'est toi qui diras tout ce que je t'ordonnerai et ton frère Aaron parlera au Pharaon pour qu'il laisse partir de son pays les fils d'Israël ; mais moi, je rendrai inflexible le cœur du Pharaon. Je multiplierai mes signes et mes prodiges au pays d'Égypte, mais le Pharaon ne vous écoutera pas. Je poserai ma main sur l'Égypte et d'autorité je ferai sortir mes armées, mon peuple, les fils d'Israël, hors du pays d'Égypte. Alors les Égyptiens connaîtront que c'est moi le Seigneur, quand j'étendrai la main contre l'Égypte ; et je ferai sortir du milieu d'eux les fils d'Israël." Moïse et Aaron firent ainsi ; ils firent exactement ce que le Seigneur leur avait ordonné. Moïse avait quatre-vingts ans et Aaron quatre-vingt-trois quand ils parlèrent au Pharaon.
Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Si le Pharaon vous parle ainsi : Faites donc un prodige, – tu diras à Aaron : Prends ton bâton, jette-le devant le Pharaon, et qu'il devienne un dragon ! Moïse et Aaron vinrent chez le Pharaon et firent comme le Seigneur l'avait ordonné. Aaron jeta son bâton devant le Pharaon et devant ses serviteurs, et le bâton devint un dragon. Mais, de son côté, le Pharaon appela les sages et les enchanteurs ; et ces magiciens d'Égypte firent la même chose avec leurs sortilèges : chacun jeta son bâton, qui devint un dragon. Mais le bâton d'Aaron engloutit leurs bâtons. Cependant, le cœur du Pharaon resta endurci ; il n'écouta pas Moïse et Aaron, comme l'avait dit le Seigneur.
Le Seigneur dit à Moïse : "Le Pharaon s'obstine ; il refuse de laisser partir le peuple. Va vers le Pharaon dès le matin, quand il sortira pour se rendre près de l'eau. Attends-le au bord du Fleuve. Et le bâton qui s'est changé en serpent, prends-le en main. Dis au Pharaon : Le Seigneur, le Dieu des Hébreux, m'avait envoyé te dire : Laisse partir mon peuple pour qu'il me serve au désert ; mais jusqu'ici tu n'as pas écouté. Ainsi parle le Seigneur : À ceci tu connaîtras que c'est moi le Seigneur : je vais frapper les eaux du Fleuve avec le bâton que j'ai en main et elles se changeront en sang. Les poissons du Fleuve mourront, le Fleuve deviendra puant et les Égyptiens seront incapables de boire les eaux du Fleuve." Le Seigneur dit à Moïse : "Dis à Aaron : Prends ton bâton, étends la main sur les eaux d'Égypte – sur ses rivières, ses canaux, ses étangs, partout où il y a de l'eau ; qu'elles soient du sang ! Qu'il y ait du sang dans tout le pays d'Égypte, dans les récipients de bois comme dans les récipients de pierre !" Moïse et Aaron firent comme le Seigneur l'avait ordonné.
Il leva le bâton et frappa les eaux du Fleuve sous les yeux du Pharaon et de ses serviteurs. Toutes les eaux du Fleuve se changèrent en sang. Les poissons du Fleuve moururent, le Fleuve devint puant et les Égyptiens ne purent boire les eaux du Fleuve. Il y eut du sang dans tout le pays d'Égypte. Mais les magiciens d'Égypte firent la même chose avec leurs sortilèges. Le cœur du Pharaon resta endurci, il n'écouta pas Moïse et Aaron, comme l'avait dit le Seigneur.
Le Pharaon s'en retourna et rentra chez lui sans même prendre cela au sérieux. Tous les Égyptiens creusèrent aux abords du Fleuve pour boire de l'eau, car ils ne pouvaient boire les eaux du Fleuve. Sept jours s'accomplirent après que le Seigneur eut frappé le Fleuve.
R/ Tu es juste, Seigneur,
Toi qui es, toi qui étais, toi le Saint !
Il approche, le combat, le grand jour de Dieu :
Sur la terre s'est répandue ta colère ;
Les sources d'eau sont devenues du sang.
Par le signe où la vie se change en mort,
Tu révèles que tu es le Seigneur
À celui qui refuse de libérer tes fils.
Traité de saint Cyprien sur la prière du Seigneur
La prière que le Fils nous a enseignée.
Les préceptes de l'Évangile, frères bien-aimés, ne sont pas autre chose que les enseignements du Maître divin. Ce sont les fondements sur lesquels bâtir l'espérance, les appuis pour consolider la foi, les aliments pour réconforter le cœur, les orientations pour diriger le voyage, les sauvegardes pour obtenir le salut. Car, en formant sur la terre les esprits dociles des croyants, ils les conduisent au Royaume des cieux.
Dieu a voulu que beaucoup de choses soient entendues par l'intermédiaire des prophètes. Mais combien plus important est le message du Fils ! Le Verbe de Dieu, qui parlait jadis chez les prophètes, affirme maintenant de sa propre voix. Il ne demande plus qu'on prépare la route à celui qui vient ; c'est lui-même qui vient, qui nous ouvre et nous montre la route. C'est ainsi qu'après avoir été errants comme des indigents et des aveugles dans les ténèbres de la mort, nous sommes éclairés par la lumière de la grâce et nous gardons le chemin de la vie avec le Seigneur pour guide et pour chef.
Entre bien d'autres avertissements bienfaisants et commandements divins par lesquels il a pourvu au salut de son peuple, il lui a donné le modèle de l'oraison ; c'est lui-même qui nous a enseigné ce que nous devons demander dans la prière. Celui qui nous a fait vivre nous a enseigné aussi à prier, avec cette bonté qui l'a poussé à nous accorder tant d'autres bienfaits. Ainsi lorsque nous parlons au Père avec la prière que le Fils nous a enseignée, nous sommes plus facilement écoutés.
Déjà il avait annoncé que l'heure était venue où les vrais adorateurs adoreraient le Père en esprit et vérité. Il a réalisé ce qu'il avait jadis promis : ayant reçu l'Esprit et la vérité par la sanctification qui vient de lui, nous pourrions, grâce à son enseignement aussi, adorer selon la vérité et l'Esprit.
Quelle prière peut être plus spirituelle que celle-là, puisqu'elle nous a été donnée par le Christ, lui qui nous a envoyé l'Esprit Saint ? Quelle prière peut être plus vraie que celle-là, puisqu'elle est sortie de la bouche du Fils qui est la Vérité ? Prier autrement qu'il l'a enseigné ne serait pas seulement de l'ignorance mais un péché, comme lui-même l'affirmait quand il disait aux pharisiens : Vous rejetez le commandement de Dieu pour établir votre tradition.
Priez donc, frères bien-aimés, comme notre Maître divin nous a enseigné à le faire. Implorer Dieu par ses propres paroles, c'est lui adresser une prière qu'il trouve aimable et filiale, c'est faire parvenir à ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils lorsque nous prions. Celui qui habite au fond de notre cœur, qu'il soit aussi dans notre voix. Et puisqu'il est auprès du Père l'avocat qui intercède pour nos péchés, lorsque les pécheurs que nous sommes demandent pardon pour leurs fautes, prononçons les paroles de notre avocat qui a dit : Tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, il vous l'accordera. Or, nous obtiendrons plus efficacement ce que nous demandons au nom du Christ, si nous demandons avec sa propre prière.
R/ Le Seigneur c'est l'Esprit,
L'Esprit du Seigneur, c'est la liberté.
Nous ne sommes pas fils de servitude :
Le Christ nous a libérés.
Dieu a envoyé en nos cœurs l'Esprit de son Fils ;
Il crie : Abba ! Père !
Oraison
Regarde ta famille, Seigneur ; et fais que notre esprit, affiné par la maîtrise de nos sens, resplendisse à tes yeux du désir de te trouver.
V/ Convertissez-vous et faites pénitence,
R/ Faites-vous un cœur et un esprit nouveau.
Livre de l'Exode (Ex 10, 21-29 ; 11, 1-10)
Endurcissement de Pharaon
Après tous les signes de la puissance de Dieu, frappant de crainte les Égyptiens, on attendait la délivrance. Mais le Pharaon "endurcit son cœur".
Le Seigneur dit à Moïse : "Étends ta main vers le ciel. Qu'il y ait des ténèbres sur le pays d'Égypte, des ténèbres où l'on tâtonne !" Moïse étendit sa main vers le ciel et, pendant trois jours, il y eut des ténèbres opaques sur tout le pays d'Égypte. Pendant trois jours, personne ne vit son frère ni ne bougea de sa place. Mais tous les fils d'Israël avaient de la lumière là où ils habitaient.
Le Pharaon appela Moïse et dit : "Allez ! Servez le Seigneur. Seul votre bétail, petit et gros, doit rester. Mais vos enfants peuvent aller avec vous." Moïse dit : "Est-ce toi qui nous fourniras les sacrifices et les holocaustes que nous ferons au Seigneur, notre Dieu ? Nos troupeaux iront avec nous et pas une bête ne restera. Car c'est parmi eux que nous prendrons de quoi servir le Seigneur, notre Dieu. Nous-mêmes ne saurons pas, avant d'arriver là-bas, ce que nous devrons offrir au Seigneur."
Mais le Seigneur endurcit le cœur du Pharaon, qui ne voulut pas les laisser partir.
Le Pharaon lui dit : "Va-t'en ! Garde-toi de revoir ma face. Le jour où tu reverras ma face, tu mourras !" Moïse dit : "Comme tu l'as dit ! Je ne reverrai plus ta face !"
Le Seigneur dit à Moïse : "Je vais amener une dernière plaie sur le Pharaon et sur l'Égypte. Après cela, il vous laissera partir d'ici et même, au lieu de vous laisser partir, il vous chassera définitivement d'ici. Dis donc au peuple de demander chacun à son voisin, chacune à sa voisine, des objets d'argent et des objets d'or." Et le Seigneur accorda au peuple la faveur des Égyptiens. De plus, Moïse lui-même était très grand dans le pays d'Égypte aux yeux des serviteurs du Pharaon et aux yeux du peuple.
Moïse dit : "Ainsi parle le Seigneur : Vers minuit, je sortirai au milieu de l'Égypte. Tout premier-né mourra dans le pays d'Égypte, du premier-né du Pharaon, qui doit s'asseoir sur son trône, au premier-né de la servante qui est à la meule et à tout premier-né du bétail. Il y aura un grand cri dans tout le pays d'Égypte, tel qu'il n'y en eut jamais et qu'il n'y en aura jamais plus. Mais chez tous les fils d'Israël, pas un chien ne grognera contre homme ou bête, afin que vous connaissiez que le Seigneur fait une distinction entre l'Égypte et Israël. Alors tous tes serviteurs que voici descendront vers moi et se prosterneront devant moi en disant : Sors, toi et tout le peuple qui te suit. Et après cela, je sortirai." Et Moïse, enflammé de colère, sortit de chez le Pharaon.
Le Seigneur dit à Moïse : "Le Pharaon ne veut pas vous écouter, si bien que mes prodiges se multiplient dans le pays d'Égypte." Moïse et Aaron avaient accompli tous ces prodiges devant le Pharaon, mais le Seigneur avait endurci le cœur du Pharaon, qui ne laissa pas partir les fils d'Israël hors de son pays.
R/ Par ta lumière, Seigneur, nous voyons la lumière !
Les voici prisonniers de leur nuit,
Ceux qui retiennent captif
Le peuple à qui tu confies l'impérissable lumière.
Celui qui hait son frère marche dans les ténèbres,
Il ne sait pas où il va :
Les ténèbres ont aveuglé ses yeux.
Instruction spirituelle de saint Aphraate
"Je mettrai ma Loi dans leur cœur"
La Loi et l'Alliance ont été complètement transformées. Dieu transforma la première alliance accordée à Adam et en donna une autre à Noé ; une autre encore à Abraham, qu'il transforma pour en donner une autre à Moïse. Et comme l'alliance mosaïque n'était pas observée, il en donna une autre, dans les derniers temps, qui ne devait plus être transformée. Il avait ordonné à Adam de ne pas manger du fruit de l'arbre de vie. À Noé, il montra son arc dans les nuées du ciel ; à Abraham, déjà élu à cause de sa foi, il donna plus tard la circoncision, comme un signe distinctif et comme un sceau pour sa descendance. Moïse reçut l'agneau de la Pâque pour la délivrance du peuple.
Toutes ces alliances étaient différentes les unes des autres. Quant à la circoncision qui plaît à l'auteur de ces alliances, il s'agit de celle dont Jérémie a dit : C'est votre cœur qu'il faut circoncire. Si l'alliance que Dieu a donnée à Abraham fut solide, celle-ci également est solide et fidèle ; et le législateur ne pourra pas faire qu'elle soit détruite ni par ceux qui sont étrangers à la loi, ni par ceux qui sont soumis à la loi.
Car Dieu a donné la loi à Moïse avec ses observances et ses préceptes ; mais, comme on ne les observait pas, il a annulé la loi et les commandements ; il a promis qu'il donnerait une nouvelle alliance, en disant qu'elle serait différente de la première alors qu'il est le seul à avoir donné les deux alliances. Et voici quelle est l'alliance qu'il a promis de donner : Tous me connaîtront, du plus petit jusqu'au plus grand. Et dans cette nouvelle alliance, il n'y a plus de circoncision charnelle ni de signe pour le peuple.
Nous savons avec certitude, mes très chers, que Dieu a établi des lois selon les diverses générations, lois qui demeurèrent en vigueur aussi longtemps qu'il l'a voulu et qui ensuite furent dépassées ; ainsi que le dit saint Paul : Dans le passé, le royaume de Dieu a été établi à chaque époque par toutes sortes de comparaisons...
Mais notre Dieu est véridique, et ses préceptes très dignes de foi ; chaque alliance, en son temps, s'est montrée solide et digne de foi ; ceux qui ont pratiqué la circoncision du cœur sont vivants et sont circoncis de nouveau auprès du véritable Jourdain, lequel est le baptême qui remet les péchés.
Josué, fils de Nun, a circoncis le peuple une deuxième fois avec des couteaux de pierre, quand il a passé le Jourdain avec son peuple ; Jésus notre Sauveur a circoncis pour la deuxième fois, d'une circoncision spirituelle, les païens qui ont cru en lui, qui ont été lavés par le baptême, et qui ont été circoncis par le glaive de sa parole, plus incisive qu'un glaive à deux tranchants.
Josué, fils de Nun, a fait entrer le peuple dans la terre promise ; Jésus notre Sauveur a promis la terre des vivants à tous ceux qui passeraient le véritable Jourdain et recevraient la circoncision du cœur.
Bienheureux donc, ceux qui ont reçu cette circoncision du cœur et qui sont renés dans les eaux de la seconde circoncision ; ceux-là partageront l'héritage d'Abraham, le chef des croyants et le père de toutes les nations, car à cause de sa foi Dieu l'a déclaré juste.
R/ Le Seigneur a conclu avec nous une alliance,
Sur la montagne, il nous a parlé face à face.
Toutes les promesses de Dieu
Ont leur oui dans le Christ,
Et par lui nous disons "amen" à la gloire de Dieu.
Le Seigneur nous affermit dans le Christ,
Il nous a donné l'onction.
Le Seigneur nous a marqués de son sceau,
Il a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit.
Oraison
Regarde, Seigneur, avec bienveillance ton peuple qui cherche à mieux te servir : tandis qu’en nous imposant des privations nous maîtrisons notre corps, permets qu’en agissant selon le bien, nous obtenions un esprit nouveau.