Livre de Jérémie (Jr 37, 21 ; 38, 14-28)
De sa prison, Jérémie conseille le roi
Conseiller des rois, comme Isaïe l'avait été d'Ezékias, Jérémie n'a plus à galvaniser les énergies, mais à vaincre les répugnances qui refusent d'admettre que le salut passe désormais par la défaite. Pour n'avoir pas cru à cette parole, Sédécias mourra en exil.
Le roi Sédécias donna l'ordre de détenir Jérémie dans la cour de garde et de lui accorder quotidiennement une galette de pain, de la ruelle des boulangers, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de pain dans la ville. Ainsi, Jérémie resta dans la cour de garde.
Le roi Sédécias envoya chercher le prophète Jérémie pour qu'on le lui amène à la troisième entrée du Temple. Le roi dit à Jérémie : "Je vais te poser une question ; ne me cache rien !" Jérémie répondit à Sédécias : "Si je te dis la vérité, tu me tueras ; et si je te donne un conseil, tu ne le suivras pas !" Alors le roi Sédécias prit en secret cet engagement solennel envers Jérémie : "Vivant est le Seigneur qui nous donne cette vie ! Je ne te tuerai point et je ne te livrerai pas au pouvoir de ces hommes qui en veulent à ta vie." Jérémie dit alors à Sédécias : "Ainsi parle le Seigneur, le Dieu des puissances, le Dieu d'Israël : Si tu acceptes d'aller rejoindre l'état-major du roi de Babylone, tu auras la vie sauve et cette ville ne sera pas incendiée : tu survivras ainsi que ta famille. Mais si tu ne rejoins pas l'état-major du roi de Babylone, cette ville sera livrée au pouvoir des Chaldéens, qui l'incendieront ; et toi, tu ne leur échapperas pas." Le roi Sédécias répondit à Jérémie : "Moi, ce qui m'inquiète, ce sont les Judéens passés aux Chaldéens : il se pourrait que je leur sois livré pour qu'ils se jouent de moi." Jérémie dit : "On ne te livrera pas. Écoute la voix du Seigneur dans ce que je te dis, et tout ira bien, tu auras la vie sauve. Par contre, si tu refuses de te rendre, voici la scène que le Seigneur me fait voir : Toutes les femmes qui se trouvent encore dans le palais du roi de Juda sont conduites vers l'état-major du roi de Babylone, et elles disent : Ils t'ont séduit, ils sont arrivés à leurs fins, tes intimes ; tes pieds s'enfoncent dans la boue, eux, ils s'éclipsent. Toutes tes femmes et tes enfants, on les conduit aux Chaldéens. Toi-même, tu ne leur échappes pas : le roi de Babylone se saisit de toi, et la ville est incendiée."
Sédécias dit à Jérémie : "Que personne n'ait connaissance des paroles que nous avons échangées ; autrement, tu es un homme mort. Et si les ministres, apprenant que j'ai eu un entretien avec toi, viennent te dire : Fais-nous part de ce que tu as déclaré au roi ! Sous peine de mort, ne nous cache rien ! Qu'est-ce que le roi t'a déclaré ?, tu leur répondras : Suppliant, j'ai voulu toucher le roi pour qu'il ne me renvoie pas mourir dans la maison de Yehonatân. De fait, tous les ministres vinrent interroger Jérémie, et, dans sa réponse, il s'en tint aux instructions du roi ; ils n'insistèrent pas, et l'affaire ne fut donc pas ébruitée. Jérémie demeura dans la cour de garde jusqu'à la prise de Jérusalem.
R/ Tous ceux qui veulent plaire à Dieu
Connaîtront la souffrance.
Nous nous affirmons en tout
Comme des ministres de Dieu,
Constants dans les tribulations,
Les détresses, les angoisses.
On nous tient pour affligés,
Et nous sommes toujours joyeux,
Pour gens qui n'ont rien,
Et nous possédons tout.
SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND SUR LES BÉATITUDES
"Heureux ceux qui ont faim et soif de justice".
Le Seigneur a dit : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Cette faim n'a rien de corporel, cette soif ne désire rien de terrestre. Elles aspirent à être rassasiées de justice et, lorsqu'elles ont été introduites dans le secret de tous les mystères, elles souhaitent être comblées du Seigneur lui-même.
Heureuse l'âme qui convoite cette nourriture et qui brûle de désir pour une telle boisson : elle n'y aspirerait pas si elle n'avait déjà goûté quelque chose de sa douceur. Elle a entendu l'Esprit qui fait parler les prophètes, quand il lui disait : Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux ! Alors elle a reçu comme une parcelle de la douceur d'en haut, elle s'est enflammée d'amour pour cette volupté très pure. Aussi, méprisant tous les biens corporels, elle a brûlé de toute son ardeur pour cette nourriture et cette boisson de la justice, et elle a saisi la vérité de ce premier commandement qui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force. Car aimer Dieu n'est rien d'autre que désirer la justice.
Enfin, de même que le souci du prochain se rattache à l'amour de Dieu, ainsi la vertu de miséricorde s'unit à ce désir de la justice, si bien qu'il est dit : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Reconnais, chrétien, la valeur de ta sagesse ; comprends à quelles récompenses tu es appelé, et par la pratique de quels enseignements tu les obtiendras. La Miséricorde veut que tu sois miséricordieux ; la Justice, que lu sois juste, afin que le Créateur apparaisse dans sa créature et que, dans le miroir du cœur humain, resplendisse l'image de Dieu exprimée par les traits qui la reproduisent. Ta foi peut être assurée, si elle s'accompagne de la pratique : tout ce que tu désires viendra à ta rencontre, et tu posséderas sans fin ce que tu aimes.
Et parce que tout est pur pour toi grâce à ton aumône, lu parviendras aussi à la béatitude que le Seigneur promet ensuite lorsqu'il dit : Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! Quelle grande félicité, mes bien-aimés, pour laquelle est préparée une telle récompense ! Qu'est-ce donc qu'avoir le cœur pur, sinon s'appliquer aux vertus qui viennent d'être énumérées ? Voir Dieu, quel esprit peut concevoir, quelle langue peut exprimer une telle béatitude ? C'est cependant ce qu'on obtiendra lorsque la nature humaine sera transformée : ce ne sera plus comme une image obscure, dans un miroir, mais face à face, qu'elle verra, telle qu'elle est, la divinité que nul être humain n'a jamais pu voir. Et alors, ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l'homme n'avait pas imaginé, elle le possédera dans la joie indicible d'une éternelle contemplation.
R/ Heureux les cœurs purs :
Ils verront Dieu.
Nous tous, à visage découvert,
Réfléchissons comme un miroir la gloire de Dieu.
Laissons-nous transformer
En l'image du Seigneur, toujours plus glorieuse.
Oraison 23
Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et faire de nous tes enfants d'adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle.
Livre de Jérémie (Jr 42, 1-16 ; 43, 4-7)
Après la prise de Jérusalem
Dans un dernier effort d'indépendance, les Juifs (qui viennent de tuer le gouverneur imposé par les Chaldéens vainqueurs) passent à l'étranger. Jusqu'au dernier moment, Jérémie aura échoué à leur montrer les vraies voies du salut. Peut-être connaîtrons-nous un jour l'échec ?
Tous les commandants des quatre troupes – notamment Yohanân, fils de Qaréah, et Azarya, fils de Hoshaya – et tout le peuple, petits et grands, approchèrent du prophète Jérémie et lui dirent : "Laisse-toi toucher par notre supplication ! Intercède auprès du Seigneur ton Dieu pour ce petit reste que nous sommes ; oui, nous ne sommes plus que quelques survivants, après avoir été si nombreux ! Tu le sais bien. Que le Seigneur ton Dieu nous indique quel chemin prendre, quoi faire." Le prophète Jérémie leur dit : "Entendu ! je vais intercéder auprès du Seigneur votre Dieu comme vous me le demandez, et je vous communiquerai toute parole que le Seigneur vous répondra, sans en rien garder pour moi." Eux alors affirmèrent à Jérémie : "Que le Seigneur soit contre nous un témoin véridique et sûr : nous agirons exactement selon la parole que le Seigneur ton Dieu t'adressera pour nous. Que cela nous plaise ou nous répugne, nous écouterons la voix du Seigneur notre Dieu auprès de qui nous te députons ; et tout ira bien, car nous écouterons la voix du Seigneur notre Dieu."
Au bout de dix jours, la parole du Seigneur s'adressa à Jérémie. Celui-ci appela Yohanân, fils de Qaréah, ainsi que tous les commandants des troupes qui l'entouraient et tout le peuple, petits et grands, et il leur dit : "Ainsi parle le Seigneur le Dieu d'Israël, auprès duquel vous m'avez député pour que j'essaie de le toucher par votre supplication : Si vous acceptez de rester dans ce pays, alors je vous bâtirai, je ne vous démolirai plus ; je vous planterai, sans plus jamais vous déraciner : je réparerai le mal que je vous ai fait. N'ayez plus peur du roi de Babylone, que vous redoutez ! N'ayez plus peur de lui – oracle du Seigneur –, car je suis avec vous pour vous sauver, vous délivrer de sa main. Je vous fais prendre en pitié : vous prenant en pitié, il vous laissera sur votre terre. Mais si vous dites : Nous ne voulons pas rester dans ce pays ! – refusant ainsi d'écouter la voix du Seigneur votre Dieu –, et si vous dites : Non ! nous voulons nous rendre en Égypte, où nous ne connaîtrons plus la guerre, où nous n'entendrons plus l'alerte du cor, où nous ne souffrirons plus du manque de pain ; c'est là que nous voulons nous établir !, eh bien ! Alors, écoutez la parole du Seigneur, vous les survivants de Juda. Ainsi parle le Seigneur le tout-puissant, le Dieu d'Israël : Si vraiment vous vous mettez en route pour vous rendre en Égypte, et que vous allez vous y réfugier, l'épée dont vous avez peur vous atteindra là-bas, dans le pays d'Égypte ; la famine qui vous inquiète, vous l'aurez à vos trousses jusqu'en Égypte, et c'est là que vous mourrez.
Ni Yohanân, fils de Qaréah, ni les commandants des troupes, ni personne d'autre n'écoutèrent la voix du Seigneur qui les invitait à rester dans le pays de Juda. Yohanân, fils de Qaréah, et tous les commandants des troupes prirent en charge tous les survivants de Juda, ceux qui étaient revenus séjourner en Juda, après avoir été dispersés parmi les nations voisines : les hommes, les femmes, les enfants, les princesses – toutes les personnes que Nebouzaradân, chef de la garde personnelle, avait confiées à Guedalias, fils d'Ahiqam, fils de Shafân –, ainsi que le prophète Jérémie et Baruch, fils de Nériya ; refusant d'écouter la voix du Seigneur, ils se rendirent en Égypte et ils allèrent jusqu'à Daphné.
R/ Écoutons ce que dit le Seigneur.
Ah ! Si mon peuple m'écoutait !
Israël, s'il suivait mes chemins !
Aussitôt j'humilierais ses ennemis.
Sois sans crainte, petit troupeau,
Car il a plu à votre Père
De vous donner le Royaume.
SERMON DE SAINT LÉON LE GRAND SUR LES BÉATITUDES
La pureté du cœur et la paix.
C'est à juste titre que la béatitude de voir Dieu est promise à la pureté du cœur. En effet, un regard souillé ne pourra pas voir la splendeur de la vraie lumière et ce qui sera la joie des âmes limpides sera le châtiment des âmes boueuses. Il faut donc détourner ses yeux des vanités terrestres qui les obscurcissent et nettoyer notre œil intérieur de toute souillure d'iniquité ; c'est ainsi qu'un regard paisible se rassasiera de l'incomparable vision de Dieu.
Nous avons compris que la béatitude suivante nous enseigne comment mériter cela : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Cette béatitude, mes bien-aimés, ne vient pas d'une entente banale ou d'une concorde quelconque, mais de celle dont l'Apôtre dit : Soyez en paix avec Dieu. Et le prophète David : Grande est la paix des amis de ta loi ; pour eux, plus d'obstacle.
Même une amitié très étroite, même une parfaite unité d'esprit ne peuvent véritablement prétendre à cette paix, s'il n'y a pas accord avec la volonté de Dieu. On ne peut reconnaître la dignité de cette paix à une communauté de désirs malhonnêtes, à des complicités criminelles ou à des pactes conclus pour le vice. L'amour du monde n'est pas compatible avec l'amour de Dieu, et il ne peut entrer dans la société des fils de Dieu, celui qui ne brise pas avec son origine charnelle. Mais ceux dont l'âme est toujours unie à Dieu ont à cœur de garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix ; ils ne s'écartent jamais de la loi éternelle, disant dans une prière pleine de foi : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Les voilà, les pacifiques ; les voilà, ceux qui sont unanimes dans le bien, qui ont un même cœur dans la sainteté, qui doivent être appelés éternellement fils de Dieu, héritiers avec le Christ. L'amour de Dieu et l'amour du prochain leur obtiendra de ne plus ressentir aucune opposition, de ne craindre aucun scandale ; mais, une fois terminé le combat de toutes les tentations, de se reposer dans la paix infiniment tranquille, la paix de Dieu, par notre Seigneur qui, avec le Père et l'Esprit Saint, vit et règne pour les siècles des siècles. Amen.
R/ L'Esprit venu d'en haut
Sera répandu sur nous !
Mon peuple habitera un séjour de paix ;
Heureux seront-ils :
Ils seront appelés fils de Dieu.
Je vous laisse la paix, dit le Seigneur,
Je vous donne ma joie.
Que votre cœur cesse de se troubler.
Oraison
Dieu de puissance et de miséricorde, c'est ta grâce qui donne à tes fidèles de pouvoir dignement te servir ; aide-nous de progresser, sans que rien ne nous arrête, vers les biens que tu promets.
Livre d'Habaquc (Ha 1, 1-17 ; 2, 1-4)
Prière au temps de la détresse
Pour un fidèle de l'Alliance, l'invasion victorieuse des Chaldéens ne pouvait signifier que le triomphe du mal, l'échec du plan de Dieu. Le Seigneur révèle à son prophète le vraie sens de l'épreuve : que son peuple tienne bon dans la fidélité à son Dieu et il verra le retour de sa faveur.
La proclamation dont fut chargé le prophète Habaquq dans une vision.
Jusqu'où, Seigneur, mon appel au secours ne s'est-il pas élevé ? Tu n'écoutes pas. Je te crie à la violence, tu ne sauves pas.
Pourquoi me fais-tu voir la fatalité ? Acceptes-tu le spectacle de l'oppression ? En face de moi, il n'y a que ravage et violence ; lorsqu'il y a procès, l'invective l'emporte. Alors, la loi est engourdie, et le droit ne voit plus jamais le jour. Quand un méchant peut garrotter le juste, alors, le droit qui vient au jour est perverti.
Voyez le spectacle parmi les nations, soyez pris de saisissement ! Car, dès maintenant, quelqu'un passe aux actes, et vous n'y prêtez pas foi quand on vous le rapporte ! Car me voici ! Je fais surgir les Chaldéens, ce peuple impitoyable et impétueux qui parcourt des étendues de pays pour s'approprier des demeures qui ne sont pas à lui.
Il est épouvantable et terrible, c'est lui-même qui fonde son droit et sa suprématie. Ses chevaux sont plus lestes que des léopards, ils ont plus de mordant que les loups du soir. Ses cavaliers se déploient, ses cavaliers viennent de loin, ils volent comme l'aigle qui fond sur sa proie.
Tout à la violence, le voilà qui vient, le visage tendu vers l'avant ; il a entassé des captifs comme du sable. C'est lui qui se moque des rois, les princes sont un jouet pour lui. C'est lui qui se joue de toute forteresse : pour la prendre, il fait une levée de terre. C'est alors que l'esprit a changé. Il a passé outre et s'est rendu coupable ; celui-là, sa force est son dieu !
N'est-ce pas toi qui, dès l'origine, es le Seigneur, mon Dieu, mon Saint ? Nous ne mourrons pas ! Seigneur, tu l'as établi pour le jugement ; Rocher, tu l'as affermi pour un rappel à l'ordre.
Tu as les yeux trop purs pour voir le mal, tu ne peux accepter le spectacle de l'oppression ; pourquoi donc acceptes-tu le spectacle des traîtres, gardes-tu le silence quand un méchant engloutit plus juste que lui ?
Tu fais désormais les hommes à l'image des poissons de la mer, de ce qui grouille sans maître : celui-là les tire tous à l'hameçon, il les drague au filet, les ramasse au chalut. Alors, il est joyeux, il exulte, alors, il offre un sacrifice à son filet, de l'encens à son chalut, car ils sont gonflés pour lui d'une part abondante, d'une nourriture copieuse. Alors, videra-t-il son filet pour encore assassiner des nations sans trêve ni pitié ? Je tiendrai bon à mon poste de garde, je resterai debout sur les retranchements. Je guetterai pour voir ce qu'il dira contre moi et ce que je répondrai au rappel à l'ordre.
Le Seigneur m'a répondu, il m'a dit : Écris une vision, donnes-en l'explication sur les tables afin qu'on la lise couramment, car c'est encore une vision concernant l'échéance. Elle aspire à sa fin, elle ne mentira pas ; si elle paraît tarder, attends-la, car elle viendra à coup sûr, sans différer. Le voici plein d'orgueil, il ignore la droiture, mais un juste vit par sa fidélité.
R/ Le juste vivra par sa fidélité.
Je vais me tenir à mon poste de garde
Et guetter pour voir ce que Dieu me dira.
Encore un peu, bien peu de temps,
Celui qui vient arrivera sans tarder.
Ne soyons pas des hommes
Qui se dérobent et se perdent,
Mais des hommes de foi pour notre salut.
SERMON DE SAINT BERNARD
"Cette parole est dure".
Nous le lisons dans l'Évangile : lorsque le Seigneur s'est mis à prêcher et, sous le mystère de son corps donné en nourriture, à instruire ses disciples sur la nécessité de participer à ses souffrances, certains ont dit : Cette parole est dure, et dès lors ils cessèrent de l'accompagner. Mais comme Jésus demandait à ses disciples si eux aussi voulaient le quitter, ils répondirent : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
De même, je vous le dis, frères, jusqu'aujourd'hui il est manifeste pour certains que les paroles de Jésus sont esprit et vie ; aussi marchent-ils à sa suite. Mais à d'autres elles paraissent dures, si bien qu'ils cherchent ailleurs une misérable consolation. C'est qu'en effet la Sagesse élève la voix sur les places ; et plus précisément sur la route large et spacieuse qui conduit à la mort, pour rappeler ceux qui s'y sont engagés.
Par ailleurs, quarante ans, dit le psaume, je me suis tenu proche de cette génération, et j'ai dit : ce peuple a toujours le cœur égaré. Et dans un autre psaume : Une fois Dieu a parlé. Une fois, oui, parce que toujours. Sa Parole est unique, en effet, parce qu'elle est sans interruption, continue et perpétuelle.
Il rappelle les pécheurs à leur cœur, il les reprend sur l'égarement de leur cœur, puisque c'est là qu'il habite, lui, là qu'il parle. Et c'est ainsi qu'il accomplit ce qu'il a annoncé par le prophète : Parlez au cœur de Jérusalem.
Vous voyez, frères, combien l'avertissement du prophète concerne notre salut, afin que si aujourd'hui nous entendons sa voix, nous n'endurcissions pas nos cœurs. Et dans l'Évangile vous lisez presque les mêmes paroles que chez le prophète. Dans l'Évangile le Seigneur dit : Mes brebis entendent ma voix. Et David dans le psaume : Vous, son peuple (c'est-à-dire assurément celui du Seigneur), vous, les brebis de son pâturage, si aujourd'hui vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs.
Écoute encore comment le prophète Habaquq, loin de négliger la réprimande du Seigneur, s'en préoccupe au contraire avec grand soin. Il dit en effet : Je tiendrai bon à mon poste de garde, je resterai debout sur les retranchements. Je guetterai pour voir ce qu'il dira contre moi et ce que je répondrai au rappel à l'ordre. Nous aussi, frères, je vous en supplie, tenons-nous à notre poste de garde, car c'est l'heure du combat.
Dans notre cœur, là où le Christ fait sa demeure, conduisons-nous avec jugement et intelligence, de manière à ne pas mettre notre confiance dans notre propre vie et à ne pas prendre appui sur un fragile rempart.
R/ Qui pourrait enchaîner la Parole ?
À ses serviteurs les prophètes,
Dieu révèle ses desseins.
Dieu a parlé autrefois par les prophètes,
Il nous parle maintenant par son Fils.
Oraison
Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d'esprit corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté.
Livre d'Habaquc (Ha 2, 5-20)
Malédictions
L'oppresseur peut bien jouer, dans la main de Dieu, le rôle de justicier de son peuple coupable : il n'échappe pas lui-même au jugement. Telle est la certitude qui fonde l'espérance du prophète et la nôtre, quand tout semble crouler autour de nous.
Assurément le vin est traître : cet homme présomptueux ne reste pas à sa place, lui qui élargit sa gorge comme la Fosse, insatiable comme la mort. Il a entassé près de lui toutes les nations, attiré à lui tous les peuples. Mais ceux-ci, tous ensemble, ne lanceront-ils pas contre lui des formules d'une ironie mordante ? On dira :
Malheur ! Il accumule ce qui n'est pas à lui ! Jusques à quand ? Il se charge d'une dette de plus en plus lourde. Ne vont-ils pas se dresser tout à coup, tes créanciers, se réveiller, ceux qui te secoueront ? Tu deviendras une bonne prise pour eux ! Comme tu as pillé des nations en nombre, tout le reste des peuples te pillera, à cause du sang humain, à cause de la violence faite au pays, à la cité et à tous ses habitants.
Malheur ! Il se taille une part malhonnête pour sa maison, afin de faire son nid tout en haut pour esquiver la main du malheur. C'est la honte de ta maison que tu as décidée : causer la fin de peuples en nombre est une atteinte à ta propre vie. Oui, la pierre du mur criera, et la poutre de la charpente lui répondra.
Malheur ! Il construit une ville sur le sang, il fonde une cité sur le crime ! Ceci ne vient-il pas du Seigneur, le tout-puissant : Les peuples peinent pour du feu, les nations s'éreintent en vain ; car le pays sera rempli de la connaissance de la gloire du Seigneur, comme les eaux comblent la mer ?
Malheur ! Il fait boire son prochain ! Tu mêles ton poison jusqu'à l'ivresse pour qu'on jouisse du spectacle de sa nudité. Tu es gorgé d'infamie et non de gloire ! À ton tour de boire et d'exhiber ton prépuce : la coupe de la droite du Seigneur se renverse sur toi, et après la gloire, c'est la déconvenue ! Oui, la violence faite au Liban te submergera, et les bêtes qui ravageaient seront écrasées à cause du sang humain, à cause de la violence faite au pays, à la cité et à tous ses habitants. À quoi bon une statue, sculptée par l'artisan, ou fondue pour enseigner la fausseté, si l'artisan de cet ouvrage se confie en lui pour en faire des idoles muettes ?
Malheur ! Il dit à un morceau de bois : "Lève-toi !" ou : "Réveille-toi !" à une pierre silencieuse, et annonce : "Elle va enseigner !" La voici plaquée d'or et d'argent, mais aucun souffle ne l'anime. En revanche, le Seigneur est dans son temple saint : Silence devant lui, terre entière !
R/ Où abonde le péché,
La grâce surabonde.
Dieu enferma tous les hommes
Dans la désobéissance
Pour faire à tous miséricorde.
Tous ont péché
Et sont privés de la gloire de Dieu,
Mais Jésus Christ les a justifiés.
SERMON DE SAINT BERNARD
Les degrés de la contemplation.
Fixons-nous solidement au rempart ; appuyons-nous de toutes nos forces sur le roc inébranlable qu'est le Christ, selon cette parole de l'Écriture : Il m'a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas. Ainsi établis et réconfortés, mettons-nous à contempler : nous verrons ce qu'il nous dit et ce que nous répondrons à qui nous fait reproche.
Le premier degré de la contemplation en effet, mes bien-aimés, c'est que sans cesse nous considérions ce que veut le Seigneur, ce qui lui plaît, ce qui lui est agréable. En beaucoup de choses nous l'offensons tous, notre manque de simplicité heurte la droiture de sa volonté, et cela nous empêche de nous unir, de nous attacher à lui. Humilions-nous donc sous la main puissante du Dieu très-haut et hâtons-nous d'exposer toute notre misère devant les yeux de sa miséricorde en disant : Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri, sauve-moi et je serai sauvé, et encore : Prends pitié de moi, Seigneur, guéris mon âme, car j'ai péché contre toi.
Lorsque l'œil du cœur est purifié par ce genre de pensées, nous ne vivons plus le cœur plein d'amertume mais dans les délices qui se trouvent en l'Esprit de Dieu. Déjà nous ne considérons plus quelle est la volonté de Dieu sur nous, mais quelle est cette volonté en elle-même. Car c'est dans sa volonté qu'est la vie, et absolument rien n'est plus utile et plus avantageux que de s'accorder à sa volonté. Et c'est pourquoi l'empressement que nous mettons à vouloir conserver notre vie, mettons-le aussi, dans la mesure du possible, à ne point dévier du chemin qui y mène.
Ensuite, lorsque nous aurons progressé quelque peu dans l'ascèse spirituelle en suivant comme guide l'Esprit Saint qui scrute les profondeurs mêmes de Dieu, représentons-nous combien le Seigneur est tendresse, combien il est bon en lui-même. Demandons avec le prophète de voir la volonté du Seigneur, demandons-lui de nous faire visiter non plus notre cœur mais son temple. Et avec lui nous dirons encore : Mon âme en moi s'est troublée, c'est pourquoi je me souviendrai de toi.
Ces deux choses résument le contenu de toute la vie spirituelle : au spectacle de nous-mêmes, nous sommes troublés et contrits pour notre salut, tandis que, dans la contemplation de Dieu, nous respirons et la joie du Saint-Esprit nous procure la consolation. D'une part, crainte et humilité ; d'autre part, espérance et charité.
R/ Mets ta joie dans le Seigneur ;
Il comblera les désirs de ton cœur !
La bouche du juste murmure la Sagesse,
La loi de Dieu dans son cœur,
Ses pas ne chancellent jamais.
Heureux l'homme qui adore le Seigneur
Et s'attache à tout ce qu'il commande :
Confiant, il s'appuie sur son Dieu.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien.