Livre d'Ezékiel (Ez 1, 3-14.22-28a)
Vision d'Ezéchiel
Exilé à Babylone, le prophète contemple en vision la gloire de Dieu. C'est la première fois que le Seigneur se manifeste loin du Temple ou du Sinaï. Israël prend conscience que son Dieu est partout chez lui : bientôt tous les peuples seront appelés à la reconnaître.
Il y eut une parole du Seigneur pour Ézéchiel, fils du prêtre Bouzi, au pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar. Là-bas, la main du Seigneur fut sur lui.
Je regardai : un vent de tempête venait du nord, une grande nuée et un feu fulgurant et, autour, une clarté ; en son milieu, la ressemblance de quatre êtres vivants ; tel était leur aspect : ils ressemblaient à des hommes. Chacun avait quatre visages et chacun d'eux quatre ailes. Leurs jambes étaient droites ; leurs pieds : comme les sabots d'un veau, scintillants comme étincelle l'airain poli. Des mains d'homme, sous leurs ailes, étaient tournées dans les quatre directions, ainsi que leurs visages et leurs ailes, à tous les quatre ; leurs ailes se joignaient l'une à l'autre. Ils n'avançaient pas de biais, mais chacun droit devant soi. Leurs visages ressemblaient à un visage d'homme ; tous les quatre avaient, à droite une face de lion, à gauche une face de taureau, et tous les quatre avaient une face d'aigle : c'étaient leurs faces. Quant à leurs ailes, déployées vers le haut, deux se rejoignaient l'une l'autre et deux couvraient leurs corps. Chacun avançait droit devant soi ; ils allaient dans la direction où l'esprit le voulait. Ils n'avançaient pas de biais. Ils ressemblaient à des êtres vivants. Leur aspect était celui de brandons enflammés ; c'était comme une vision de torches ; entre les vivants c'était comme un va-et-vient ; et puis il y avait la clarté du feu, et sortant du feu, des éclairs. Et les vivants s'élançaient en tous sens : une vision de foudre.
Au-dessus de la tête des vivants, la ressemblance d'un firmament, étincelant comme un cristal resplendissant ; il s'étendait sur leurs têtes, bien au-dessus. En dessous du firmament, leurs ailes étaient tendues l'une vers l'autre. Chacun en avait deux qui le couvraient, chacun en avait deux qui lui couvraient le corps. Et j'entendis le bruit que faisaient leurs ailes quand ils avançaient : c'était le bruit des grandes eaux, la voix du Puissant ; bruit d'une multitude, bruit d'une armée. Quand ils s'arrêtaient, ils laissaient pendre leurs ailes. Il vint une voix depuis le firmament qui était au-dessus de leurs têtes. Et par-dessus le firmament qui était sur leurs têtes, telle une pierre de lazulite, il y avait la ressemblance d'un trône ; et au-dessus de cette ressemblance de trône, c'était la ressemblance, comme l'aspect d'un homme, au-dessus, tout en haut. Puis je vis comme l'étincellement du vermeil, comme l'aspect d'un feu qui l'enveloppait tout autour, à partir et au-dessus de ce qui semblait être ses reins ; et à partir et au-dessous de ce qui semblait être ses reins, je vis comme l'aspect d'un feu et d'une clarté, tout autour de lui. C'était comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée un jour de pluie : tel était l'aspect de la clarté environnante. C'était l'aspect, la ressemblance de la gloire du Seigneur.
R/ Gloire à Dieu au plus haut des cieux.
Sur un trône qui semblait de saphir,
Je vis un être d'apparence humaine.
Il avait l'éclat du vermeil
Et paraissait entouré de feu.
À celui qui siège sur le trône, et à l'Agneau,
Gloire et puissance pour les siècles des siècles.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES PASTEURS
La charge du pasteur.
Toute notre espérance est dans le Christ, et toute notre gloire véritable et salutaire, c'est lui-même : ce n'est pas la première fois que votre charité reçoit cet enseignement. Car vous êtes dans le troupeau de celui qui veille sur Israël comme son berger. Mais, parce qu'il y a des pasteurs qui veulent recevoir ce nom alors qu'ils ne veulent pas remplir l'office de pasteurs, rappelons ce qui leur est dit par le prophète Ézéchiel. Écoutez avec attention ; quant à nous, écoutons avec crainte.
La parole du Seigneur me fut adressée : Fils d'homme, prophétise sur les pasteurs d'Israël et parle-leur. Vous avez entendu faire cette lecture tout à l'heure ; c'est pourquoi nous avons décidé d'en parler avec vous. Dieu nous aidera à dire des choses vraies, du moment que nous ne disons pas des choses tirées de nous-mêmes. Car si ce que nous disons est tiré de nous-mêmes, nous serons pasteur pour nous-mêmes et non pour les brebis ; au contraire, si ce que nous disons vient de lui, c'est lui qui est notre pasteur, quel que soit l'intermédiaire.
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Malheureux : pasteurs d'Israël, qui sont pasteurs pour eux seuls ! Ne sont- ils pas les bergers des brebis ? C'est-à-dire que les vrais bergers ne cherchent pas à assurer leur propre nourriture, mais celle des brebis. Le premier motif de reproche adressé a ces mauvais pasteurs, c'est qu'ils nourrissent eux-mêmes, et non pas les brebis. Qui sont-ils' ? Ceux dont l'Apôtre a dit : Tous cherchent leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ.
Quant à nous, nous occupons cette fonction qui oblige à une dangereuse reddition de comptes, parce que le Seigneur nous y a placés non pas selon notre mérite, mais par condescendance. Et nous devons faire une distinction nette entre deux choses : l'une, c'est que nous sommes chrétiens ; l'autre, c'est que nous sommes évêque. Que nous soyons chrétiens, c'est pour nous ; que nous soyons évêque, c'est pour vous. En tant que chrétien, nous devons veiller à notre propre avantage ; en tant qu'évêque, à votre avantage uniquement.
Beaucoup sont chrétiens sans être évêques ; ils arrivent à Dieu par un chemin peut-être plus facile et ils marchent sans doute avec une allure d'autant plus dégagée qu'ils portent un moindre fardeau. Quant à nous, nous sommes chrétiens, et nous devrons donc rendre compte à Dieu de notre propre vie ; mais nous sommes en outre évêque, et nous devrons donc rendre compte à Dieu de notre gestion.
Le bon Pasteur s'est livré lui-même
Pour que vous ayez la vie.
Laissez-vous conduire à sa voix
Et suivez-le en chantant :
R/ Tu es la porte du Royaume, alléluia,
Tu es la route vers le Père, alléluia !
Le Seigneur a les yeux sur ses fidèles,
Sur ceux qui espèrent son amour.
Pour nous préserver de la mort,
Nous garder en vie au temps de la famine.
Oraison 24
Dieu créateur et maître de toutes choses, regarde-nous, et pour que nous ressentions l'effet de ton amour, accorde-nous de te servir avec un cœur sans partage.
Livre d'Ezékiel (Ez 2, 8-10 ; 3, 11.16-21)
Vocation d'Ezéchiel
Austère mission que celle de l'homme de Dieu, chargé d'avertir contre vents et marées un peuple présumé infidèle, des desseins de ruine et de renouveau du cœur de Dieu. Pour y arriver sans faiblir, une seconde méthode : s'être tout d'abord nourri soi-même de ce message au point de ne faire plus qu'un avec lui.
J’entendis une voix qui parlait, elle me dit : « Fils d'homme, écoute ce que je te dis : ne sois pas rebelle, comme cette engeance de rebelles ; ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner." Je regardai : une main était tendue vers moi, tenant un livre enroulé. Elle le déploya devant moi ; il était écrit des deux côtés ; on y avait écrit des plaintes, des gémissements, des cris.
Il me dit : « Fils d'homme, mange-le, mange ce rouleau ; ensuite tu iras parler à la maison d'Israël ». J'ouvris la bouche et il me fit manger ce rouleau. Il me dit : « Fils d'homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne ». Je le mangeai : il fut dans ma bouche d'une douceur de miel.
Il me dit : « Fils d'homme, va ; rends-toi auprès de la maison d'Israël et parle leur avec mes paroles. Car ce n'est pas vers un peuple au parler impénétrable et à la langue épaisse que tu es envoyé ; c'est à la maison d'Israël. Ce n'est pas à des peuples nombreux au parler impénétrable et à la langue épaisse, dont tu ne comprendrais pas les paroles si je t'envoyais vers eux, est-ce qu'ils ne t'écouteraient pas ? Mais la maison d'Israël ne voudra pas t'écouter, car ils ne veulent pas m'écouter ; c'est que toute la maison d'Israël a le front endurci et le cœur obstiné. Vois : je rends ton visage aussi dur que leur visage, et ton front aussi dur que leur front. Je rends ton front dur comme le diamant, plus dur que le caillou ; tu ne les craindras pas et tu ne t'effrayeras pas devant eux, car ils sont une engeance de rebelles ». Il me dit : « Fils d'homme, reçois dans ton cœur, écoute de tes oreilles toutes les paroles que je te dis. Va, rends-toi auprès des déportés, auprès des fils de ton peuple ; tu leur parleras ; qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, tu leur diras : "Ainsi parle le Seigneur DIEU" ».
À la fin des sept jours, il y eut une parole du Seigneur pour moi. « Fils d'homme, je t'établis guetteur pour la maison d'Israël ; quand tu entendras une parole venant de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : Tu vas mourir, et si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas au méchant pour le mettre en garde contre sa mauvaise conduite, afin qu'il vive, il mourra de son péché mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Par contre, si tu avertis le méchant et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise conduite, lui mourra de son péché alors que toi, tu auras la vie sauve. Si un juste se détourne de sa justice et commet l'injustice, je le ferai trébucher : il mourra – c'est parce que tu ne l'auras pas averti qu'il mourra de son péché – ; on ne se souviendra plus de la justice qu'il avait pratiquée ; mais c'est à toi que je demanderai compte de son sang. Par contre, si tu avertis un juste pour que ce juste ne pèche pas, et qu'effectivement il ne pèche pas, il vivra car il a été averti, et toi, tu auras la vie sauve. »
R/ Vivante est la Parole de Dieu,
Plus pénétrante qu'un glaive.
Fils d'homme, je t'ai fait sentinelle :
De ma part, tu avertiras mon peuple.
Fils d'homme, porte-leur mes paroles,
Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES PASTEURS
Le pasteur doit-il vivre du troupeau ?
Voyons maintenant ce que dit la parole divine, qui ne ménage personne, aux pasteurs qui cherchent leur nourriture et non celle de leurs brebis : Vous avez bu leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous avez égorgé les brebis grasses, vous n'étiez pas des bergers pour mon troupeau. Vous n'avez pas rendu des forces à la brebis chétive, guéri celle qui était faible, soigné celle qui était blessée. Vous n'avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue ; celle qui était forte, vous l'avez accablée. Mes brebis se sont dispersées parce qu'il n'y a pas de berger.
On dit aux pasteurs qui s'occupent d'eux-mêmes et non des brebis ce qu'ils aiment et ce qu'ils négligent. Ce qu'ils aiment ? Vous avez bu leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine. Ce qui fait dire à l'Apôtre : Est-ce qu'on plante une vigne sans en manger le fruit ? Est-ce qu’on est berger d'un troupeau sans boire son lait ? Nous comprenons alors que "le lait du troupeau", c'est tout ce que le peuple de Dieu verse aux supérieurs pour leur soutien temporel. C'est en ce sens que l'Apôtre parle dans le texte que je viens de citer.
Bien qu'il ait préféré vivre du travail de ses mains et ne pas demander de lait à ses brebis, cependant il affirme bien qu'il peut percevoir ce lait ; et que le Seigneur en avait disposé ainsi : Ceux qui annoncent l'Évangile doivent vivre de l'Évangile. Il affirme que d'autres collègues dans l'apostolat ont usé de ce pouvoir : celui-ci leur avait été donné, ils ne l'ont pas usurpé. Lui-même a fait davantage : il n'a pas pris ce qui lui était dû. Lui-même a fait don de ce qui lui était dû, mais si un autre l'a exigé, ce n'était pas quelque chose d'indu. C'est lui, Paul, qui a fait davantage. Peut-être est-ce à lui que faisait allusion le Samaritain qui disait, en amenant le blessé à l'hôtellerie : S'il dépense davantage, je te rembourserai à mon retour.
Que dire encore de ceux qui ne réclament pas le lait du troupeau ? Ils sont pleins de miséricorde, ou plutôt ils accomplissent plus généreusement leur office qui est justement celui de la miséricorde. Il faut louer ceux-là, sans critiquer les autres. Car l'Apôtre lui-même ne demande pas de cadeaux. Cependant il désirait la fécondité du troupeau, et non pas une stérilité qui l'aurait privé de lait.
Le Berger a été frappé ;
Les brebis ont été dispersées dans les ténèbres,
Mais le Dieu de la paix
A ramené des morts le grand Pasteur du troupeau.
Reconnaissons sa voix :
« Venez, les bénis de mon Père ! »
R/ Conduis-nous, Seigneur, aux sources de la vie.
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
La nation qu'il s'est choisie en héritage.
Le Seigneur a les yeux sur ses fidèles,
Sur ceux qui espèrent son amour.
Notre âme attend le Seigneur,
Notre secours et bouclier, c'est lui.
Sur nous, Seigneur, soit ton amour,
Ainsi qu'en toi fut notre espoir.
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, dirige notre vie selon ton amour, afin qu'au nom de ton Fils bien-aimé, nous portions des fruits en abondance.
Livre d'Ezékiel (Ez 8, 1-6.16-18 ; 9, 1-11)
Pratiques abominables d'Israël
Le Temple, en qui les Judéens mettaient une superstitieuse confiance, n'est plus, aux derniers temps d'avant l'exil, qu'un repaire d'idolâtrie qu'Ezéchiel découvre avec horreur. L'honneur de Dieu ne lui permet pas de rester indifférent ; mais dans sa colère, il saura épargner les fidèles.
La sixième année, le sixième mois, le cinq de ce mois, comme j'étais assis dans ma maison et que les anciens de Juda étaient assis devant moi, la main du Seigneur Dieu s'abattit sur moi.
Je regardai ; et voici : une ressemblance, comme l'aspect d'un homme ; à partir et au-dessous de ce qui semblait être ses reins, du feu ; à partir et au-dessus de ses reins, une sorte d'éclat, comme l'étincellement du vermeil. Il étendit une forme de main et me saisit par une mèche de cheveux ; puis l'Esprit me souleva entre ciel et terre ; en visions divines, il m'emmena à Jérusalem, à l'entrée de la porte intérieure, celle qui est tournée vers le nord, là où se trouve l'idole de la jalousie – qui excite la jalousie. Il y avait là la gloire du Dieu d'Israël, semblable à la vision que j'avais vue dans la vallée. Il me dit : "Fils d'homme, lève donc les yeux vers le nord." Je levai les yeux vers le nord, et voici : au nord de la porte, il y avait un autel ; cette idole de jalousie se trouvait dans le passage. Il me dit : "Fils d'homme, vois-tu ce qu'ils font ? Vois-tu les grandes abominations que la maison d'Israël commet ici, pour que je m'éloigne de mon sanctuaire ? Tu vas voir encore d'autres grandes abominations."
Il m'emmena vers le parvis intérieur de la Maison du Seigneur ; voici qu'à l'entrée du Temple du Seigneur, entre le vestibule et l'autel, il y avait environ vingt-cinq hommes, le dos tourné au Temple du Seigneur, et le visage vers l'orient ; ils se prosternaient vers l'orient, devant le soleil. Il me dit : "As-tu vu, fils d'homme ? Est-ce trop peu pour la maison de Juda de commettre les abominations qu'ils commettent ici ? Ils remplissent le pays de violence et ils recommencent à m'offenser ; ils manifestent leur force avec colère. À mon tour d'agir avec fureur ; mon œil n'aura pas compassion et je serai sans pitié ; ils pousseront de grands cris à mes oreilles, mais je ne les écouterai pas."
Il cria à mes oreilles d'une voix forte : "Le châtiment de la ville est proche ; que chacun ait en main son instrument d'extermination." Voilà que six hommes venaient de la porte supérieure qui est tournée vers le nord ; chacun avait en main son instrument d'extermination. Au milieu d'eux il y avait un homme vêtu de lin, avec une écritoire de scribe à la ceinture. Ils vinrent et se tinrent à côté de l'autel de bronze. La gloire du Dieu d'Israël s'éleva au-dessus du chérubin sur lequel elle se trouvait et se dirigea vers le seuil de la Maison ; alors il appela l'homme vêtu de lin et portant une écritoire à la ceinture. Le Seigneur lui dit : "Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem ; fais une marque sur le front des hommes qui gémissent et se plaignent à cause de toutes les abominations qui se commettent au milieu d'elle." Puis je l'entendis dire aux autres : "Passez dans la ville à sa suite et frappez ; que vos yeux soient sans compassion et vous sans pitié. Vieillards, jeunes hommes et jeunes filles, enfants et femmes, vous les tuerez jusqu'à l'extermination ; mais ne vous approchez de personne qui portera la marque. Vous commencerez par le sanctuaire." Ils commencèrent alors par les anciens qui étaient devant la Maison. Il leur dit : "Souillez la Maison et remplissez de morts les parvis... Allez !" Ils sortirent et frappèrent dans la ville.
Or, pendant qu'ils frappaient, j'étais resté seul ; je me jetai face contre terre et criai : "Ah, Seigneur Dieu ! Vas-tu exterminer tout le reste d'Israël en déversant ta fureur sur Jérusalem ?" Il me dit : "Le péché de la maison d'Israël et de Juda est grand, immense ; le pays est rempli de sang et la ville remplie de perversion ; car ils ont dit : Le Seigneur a abandonné le pays ; le Seigneur ne peut rien voir. Ainsi mon œil sera sans compassion, et je serai sans pitié ; je les chargerai du poids de leur conduite." Et voici que l'homme vêtu de lin et portant une écritoire à la ceinture rendit compte en disant : "J'ai fait comme tu me l'avais ordonné."
R/ Toi, mon secours et mon Sauveur,
Seigneur, ne tarde pas !
Vous verrez l'abomination installée dans le lieu saint,
Alors fuyez dans les montagnes.
Si ces jours n'avaient pas été abrégés,
Nul n'aurait la vie sauve.
On attendra pour juger la terre et le ciel
D'avoir marqué au front les serviteurs de notre Dieu.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES PASTEURS
"Ce que je cherche, c'est que vous portiez du fruit".
À une époque où Paul était dans une grande indigence, enchaîné pour avoir proclamé la vérité, les frères lui envoyèrent de quoi pourvoir à ses besoins et alléger sa pauvreté. Il leur répondît en les remerciant : Vous avez bien fait de m'aider tous ensemble quand j'étais dans la gêne. Je sais vivre de peu, je sais aussi avoir tout. Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force. Pourtant, vous avez bien fait de venir à mon aide.
Mais il a voulu leur montrer ce qu'il recherchait, à l'occasion du bien qu'ils venaient de lui faire, afin de ne pas être classé parmi les bergers qui cherchent à se nourrir eux-mêmes et non leurs brebis. Il ne se réjouit pas tellement d'avoir été secouru par eux dans ses nécessités, qu'il ne se félicite de leur générosité. Qu'est-ce qu'il cherchait donc ? Ce n'est pas que je cherche à recevoir des cadeaux, ce que je cherche, c'est que vous portiez du fruit. Non pas à être comblé moi-même, mais que vous ne demeuriez pas stériles.
Ceux qui ne peuvent pas faire comme Paul : vivre du travail de leurs mains, peuvent donc recevoir du lait de leurs brebis, subvenir à leurs nécessités, mais sans négliger la faiblesse des brebis, Ils ne doivent pas rechercher leur avantage ce qui ferait croire qu'ils annoncent l'Évangile pour subvenir à leurs besoins, alors qu'ils doivent éclairer les hommes en leur apportant la lumière de la parole de vérité. Ils sont en effet comparables à des lampes, ainsi qu’il est écrit : Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées. Et aussi : On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux.
Si on allumait une lampe pour toi, dans ta maison, est-ce que tu n'y remettrais pas de l'huile, pour l'empêcher de s'éteindre ? Évidemment, si la lampe, après qu'on y a mis de l'huile, ne brillait pas, elle ne mériterait pas d'être mise sur le lampadaire, mais d'être aussitôt brisée. Donc, là où l'on vit, il faut que la nécessité reçoive, et que la charité donne. Non pas que l'Évangile soit à vendre, comme s'il servait à payer la nourriture de ceux qui l'annoncent comme étant leur vie. Car s'ils le vendent ainsi, ils vendent à vil prix une grande chose. Qu'ils reçoivent du peuple un soutien nécessaire, mas qu'ils reçoivent du Seigneur le salaire de leur gestion. Car ce n'est pas au peuple de payer leur salaire à ceux qui les servent par charité, en leur apportant l'Évangile. Ceux-ci n'attendent leur salaire que de Dieu, qui donne à ceux-là le salut.
Alors, pourquoi cette algarade aux bergers, pourquoi leur faire des reproches ? Parce que, tout en buvant le lait et en s'habillant avec la laine des brebis, ils négligeaient celles-ci : Ils cherchaient leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ.
Il n'est pas de plus grand amour,
Que de mourir pour celui qu'on aime.
R/ Qui perd sa vie la trouvera !
Christ a donné sa vie pour nous ;
Donnons-la, nous aussi, pour nos frères.
Nous sommes passés de la mort à la vie,
Puisque nous aimons nos frères.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, de pouvoir t'adorer sans partage, et d'avoir pour tout homme une vraie charité.
Livre d'Ezékiel (Ez 10, 18-22 ; 11, 14-25)
La gloire du Seigneur quitte le Temple
Scandale inouï : Dieu, chassé en quelque sorte par l'infidélité de son peuple, abandonne son Temple, laissant ainsi prévoir sa ruine toute proche. Mais Dieu n'est pas lié à un lieu : déjà il est lui-même le sanctuaire des juifs en exil, et il les transforme par l'envoi de son Esprit. Et il reviendra plus tard dans une Ville-Église purifiée par sa grâce.
La gloire du Seigneur s'éleva du seuil de la Maison et se tint au-dessus des chérubins. Alors les chérubins déployèrent leurs ailes et s'élevèrent de terre ; sous mes yeux, ils sortirent en même temps que les roues. La Gloire s'arrêta à l'entrée de la porte orientale de la Maison du Seigneur ; la gloire du Dieu d'Israël était sur les chérubins, tout au-dessus. C'était les vivants que j'avais vus, sous le Dieu d'Israël, près du fleuve Kebar ; et je sus que c'était des chérubins. Les quatre chérubins avaient chacun quatre faces et quatre ailes ; sous leurs ailes il y avait la ressemblance d'une main d'homme. Leurs visages ressemblaient à ces mêmes visages que j'avais vus près du fleuve Kebar – c'était leur aspect. Chacun avançait droit devant lui.
Il y eut une parole du Seigneur pour moi : Fils d'homme, tous tes frères, les gens de ta parenté, toute la maison d'Israël, dans sa totalité, auxquels les habitants de Jérusalem disent : Restez loin du Seigneur ; c'est à nous que cette terre a été donnée en possession ! Dis-leur donc : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Même si je les ai éloignés parmi les nations et les ai dispersés dans les pays, j'ai été un peu pour eux un sanctuaire dans les pays où ils sont allés. Dis-leur donc : Ainsi parle le Seigneur Dieu : je vous rassemblerai du milieu des peuples et je vous réunirai des pays où vous avez été dispersés ; puis je vous donnerai la terre d'Israël. Ils y viendront et en ôteront toutes les horreurs et toutes les abominations.
Je leur donnerai un cœur loyal ; je mettrai en vous un esprit neuf ; je leur enlèverai du corps leur cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent selon mes lois, qu'ils gardent mes coutumes et qu'ils les accomplissent. Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu. Mais ceux dont le cœur se plaît aux horreurs et aux abominations, je chargerai leur tête de leur conduite, oracle du Seigneur Dieu."
Alors les chérubins déployèrent leurs ailes ; les roues étaient avec eux. La gloire du Dieu d'Israël était au-dessus d'eux, tout au-dessus. La gloire du Seigneur s'éleva du milieu de la ville et se tint sur la montagne qui est à l'orient. L'Esprit me souleva et m'emmena en Chaldée, vers les déportés ; cela se passait en vision, sous l'effet de l'esprit de Dieu. La vision que j'avais contemplée s'éleva au-dessus de moi. Je parlai aux déportés de toutes les choses que le Seigneur m'avait fait voir.
R/ Le Seigneur Dieu, Maître de tout,
Sera notre temple, ainsi que l'Agneau.
Parole du Seigneur : Je les rassemblerai
De tous les pays où ils sont dispersés.
Je mettrai en eux un esprit nouveau,
Je leur donnerai un cœur de chair.
Qu'ils marchent selon mes lois,
Ils seront mon peuple, et moi leur Dieu.
SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES PASTEURS
"Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau ?"
Puisque nous avons dit ce que c'était que boire le lait des brebis, recherchons ce que signifie s'habiller de leur laine. Fournir du lait, c'est fournir de la nourriture. Fournir de la laine, c'est fournir de l'honneur. Ce sont deux choses que demandent au peuple ceux qui se nourrissent eux-mêmes, au lieu de nourrir leurs brebis, l'avantage de subvenir à leurs besoins, et l'agrément de recevoir honneur et louanges.
En effet, on comprend bien que le vêtement est un honneur, puisqu'il couvre la nudité. Car tout homme est faible. Et si je parle de celui qui est votre évêque, n'est-il pas comme vous ? Il a un corps, il est mortel, il mange, il dort et il se lève ; il est né et il doit mourir. Si tu te demandes ce qu'il est en lui-même, c'est un homme. En l'honorant davantage, c'est comme si tu couvrais sa faiblesse.
Voyez comment saint Paul avait reçu un vêtement du bon peuple de Dieu, lorsqu'il disait : Vous m'avez accueilli comme un ange de Dieu. Car je vous rends ce témoignage : Si vous l'avez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Mais puisqu'on l'avait tellement honoré, est-ce qu'il a pardonné à ceux qui s'égaraient, afin d'obtenir cet honneur, de crainte qu'on le lui refuse et que ses reproches ne lui procurent moins de louanges ? Car, s'il avait agi ainsi, il aurait été de ceux qui se nourrissent eux-mêmes au lieu de nourrir leur brebis. En ce cas il aurait dit en lui-même "Qu'est-ce que cela me fait ? Que chacun agisse comme il veut ; ma nourriture est assurée, mon honneur est assuré : le lait et la laine, cela me suffit ; que chacun aille où il peut." Donc, pour toi, tout est parfait, si chacun va où il peut ? En ce cas, je ne veux pas faire de toi un évêque, je vois en loi un simple membre du peuple : Si un seul membre souffre, tous souffrent avec lui.
Donc l'Apôtre, lorsqu'il rappelle comment ils se sont comportés envers lui, ne veut pas paraître oublier les honneurs qu'ils lui ont rendus, et témoigne qu'ils l'ont accueilli comme un ange de Dieu ; que, si cela avait été possible, ils se seraient arraché les yeux pour les lui donner. Et pourtant, il envisage de trancher dans la blessure de la brebis malade, de la brebis gangrenée, non de pardonner à la gangrène. Et maintenant, suis-je devenu votre ennemi parce que je vous dis la vérité ? Ainsi, il a pris du lait des brebis, comme nous venons de le rappeler, il s'est habillé de leur laine, et pourtant il n'a pas négligé les brebis, car il ne cherchait pas ses propres intérêts, mais ceux de Jésus Christ.
Il n'est pas de plus grand amour,
Que de mourir pour celui qu'on aime.
R/ Qui perd sa vie la trouvera !
Christ a donné sa vie pour nous ;
Donnons-la, nous aussi, pour nos frères.
Nous sommes passés de la mort à la vie,
Puisque nous aimons nos frères.
Oraison
Dans ton amour inlassable, Seigneur, veille sur ta famille ; et puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection.