Livre d'Esther (Est 1,1-22 ; 2, 1-17)
Esther occupe la place de Vasti
Un simple incident de la vie de cour – la reine a perdu la confiance du monarque perse – prépare lointainement, alors que nul encore ne peut le prévoir, le salut du peuple menacé. La Juive Esther, devenu reine, sera l'instrument de la délivrance. Aucun événement n'est indifférent aux yeux de Dieu, qui peut tout faire tourner au profit de ses amis.
C'était au temps de Xerxès. Ce Xerxès régna sur cent vingt-sept provinces depuis l'Inde jusqu'à la Nubie. À cette époque-là, lorsque le roi Xerxès vint prendre place sur son trône royal de Suse-la-citadelle, la troisième année de son règne, il organisa un banquet pour tous ses ministres et serviteurs. L'armée de Perse et de Médie, les nobles et les ministres des provinces vinrent devant lui.
Vasti, la reine, avait également organisé un banquet pour les femmes dans le palais royal du roi Xerxès.
Le septième jour, le roi était gai, à cause du vin. Il dit à Mehoumân, Bizta, Harbona, Bigta et Avagta, Zétar et Karkas – les sept eunuques au service du roi Xerxès – de faire venir Vasti la reine, devant le roi, avec le diadème royal, pour montrer aux peuples et aux ministres sa beauté : c'est qu'elle était belle à regarder ! Mais la reine Vasti refusa de venir selon l'ordre du roi transmis par les eunuques. Alors le roi se mit dans une grande colère et s'enflamma de fureur. Or toute affaire royale devait aller devant tous les spécialistes de la loi et du droit ; et il y avait près du roi Karshena, Shétar, Admata, Tarshish, Mèrès, Marsena, Memoukân – les sept ministres de Perse et de Médie –, admis à voir le roi et siégeant au premier rang dans le royaume. Donc, le roi dit aux astrologues : "D'après la loi, que faire à la reine Vasti, attendu qu'elle n'a pas exécuté la parole du roi Xerxès transmise par les eunuques ?"
Memoukân prit alors la parole en présence du roi et des ministres : "Ce n'est pas seulement le roi que Vasti, la reine, a bafoué, mais tous les ministres et tous les peuples de toutes les provinces du roi Xerxès. Car la conduite de la reine filtrera jusqu'à toutes les femmes, les poussant à mépriser leurs maris, en disant : Le roi Xerxès avait dit de faire venir devant lui Vasti, la reine, mais elle n'est pas venue ! Et dès aujourd'hui les femmes des ministres de Perse et de Médie, qui ont entendu parler de la conduite de la reine, vont se mettre à répliquer à tous les ministres du roi. Et à ce mépris correspondra la colère. S'il plaît au roi, que sorte de sa part une ordonnance royale, qui sera inscrite dans les lois de Perse et de Médie et sera irrévocable, selon laquelle Vasti ne viendra plus en présence du roi Xerxès, qui donnera son titre de reine à une autre meilleure qu'elle.
Il y avait à Suse-la-citadelle un Juif nommé Mardochée descendant de Yaïr, de Shiméï, de Qish, un Benjaminite qui avait fait partie de ceux que, de Jérusalem, Nabuchodonosor le roi de Babylone avait déportés avec Yoyakîn, le roi de Juda. Or il était tuteur de Myrte – c'est Esther – sa cousine, car elle n'avait ni père, ni mère. La jeune fille avait un corps splendide et elle était belle à regarder. À la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'avait adoptée pour fille.
Après la proclamation de l'ordonnance du roi et de son décret, et le ramassage de nombreuses jeunes filles à Suse-la-citadelle sous l'autorité d'Hégué, Esther fut emmenée au palais, sous l'autorité d'Hégué, le gardien des femmes. La jeune fille lui plut et gagna sa faveur. Il se dépêcha de lui donner ses crèmes de beauté et son régime, et de lui donner les sept filles les plus remarquables du palais. Puis il la transféra, elle et ses filles, dans le meilleur appartement du harem. Esther n'avait révélé ni son peuple ni sa parenté, car Mardochée lui avait interdit de le faire.
Esther fut donc emmenée près du roi Xerxès, à son palais royal, le dixième mois, c'est-à-dire au mois de téveth, la septième année du règne. Et le roi tomba amoureux d'Esther plus que de toutes les femmes, et elle gagna sa bienveillance et sa faveur plus que toutes les jeunes filles. Il mit alors le diadème royal sur sa tête et il la fit reine à la place de Vasti.
R/ Le plan du Seigneur demeure pour toujours,
Les projets de son cœur subsistent d'âge en âge.
Du ciel le Seigneur regarde,
Il voit la race des hommes.
Du lieu où il se tient, il observe
Tous les habitants de la terre.
Le Seigneur veille sur ceux qui l'adorent,
Sur ceux qui espèrent son amour,
Pour les préserver de la mort,
Les garder en vie aux jours de famine.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE
Le désir est l'âme de la prière.
À quoi bon nous disperser de tous côtés et chercher ce que devons demander dans la prière ? Disons plutôt avec le psaume : La seule chose que je demande au Seigneur, que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur les jours de ma vie, pour savourer la douceur du Seigneur et fréquenter son temple. Là, en effet, tous les désirs ne passent pas en arrivant et en disparaissant, et l'un commence pas quand l'autre finit : ils existent tous ensemble, ils n'ont pas de fin, car la vie elle-même, dont sont les jours, n'a pas de fin.
Pour nous faire obtenir cette vie bienheureuse, celui qui en personne est la Vie véritable nous a enseigné à prier, non pas avec un flot de paroles comme si nous devions être exaucés du fait de notre bavardage : en effet, comme dit le Seigneur lui-même, nous prions celui qui sait, avant que nous le lui demandions, ce qui nous est nécessaire.
Il sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Alors, pourquoi nous exhorte-t-il à la prière continuelle ? Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu'il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir s'excite par la prière, afin que nous soyons capables d'accueillir ce qu'il s'apprête à nous donner. Car cela est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité ! C'est pourquoi on nous dit : Ouvrez tout grand votre cœur. Ne formez pas d'attelage disparate avec les incrédules.
Certes, c'est quelque chose de très grand : l'œil ne l'a pas vu, car ce n'est pas une couleur ; l'oreille ne l'a pas entendu, car ce n'est pas un son ; et ce n'est pas monté au cœur de l'homme, car le cœur de l'homme doit y monter. Nous serons d'autant plus capables de le recevoir que nous y croyons avec plus de foi, nous l'espérons avec plus d'assurance, nous le désirons avec plus d'ardeur.
C'est donc dans la foi, l'espérance et l'amour, par la continuité du désir, que nous prions toujours. Mais nous adressons aussi nos demandes à Dieu par des paroles, à intervalles déterminés selon les heures et les époques : c'est pour nous avertir nous-mêmes par ces signes concrets, pour faire connaître à nous-mêmes combien nous avons progressé dans ce désir, afin de nous stimuler nous-mêmes à l'accroître encore. Un sentiment plus vif est suivi d'un progrès plus marqué. Ainsi, l'ordre de l'Apôtre : Priez sans cesse, signifie tout simplement : La vie bienheureuse, qui n'est autre que la vie éternelle auprès de Celui qui est seul à pouvoir la donner, désirez-la sans cesse.
R/ Justifiés par la foi,
Nous avons la paix avec Dieu,
En Jésus, notre Seigneur.
Mon dessein pour vous, oracle du Seigneur,
Est un dessein de paix,
Un avenir d'espérance.
Quand vous me chercherez,
Vous me trouverez,
Pour m'avoir cherché de tout votre cœur.
Oraison 29
Dieu éternel et tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d'un cœur sans partage.
Livre d'Esther (Est 3, 1-15)
Nuages sur le peuple juif
L'orgueil blessé d'Haman est la vraie cause du projet de massacre des Juifs. Mais le prétexte mis en avant est celui de toujours : ils ne sont pas comme les autres. Le monde vous hait, dira Jésus, parce que vous n'êtes pas du monde. Ce fut pour l'Église, comme pour les Juifs, le point de départ d'innombrables persécutions.
Après ces événements, le roi Xerxès donna une haute situation à Haman, le fils de Hammedata, un Agaguite ; il l'éleva et le fit siéger au-dessus de tous les ministres qui étaient avec lui. Tous les serviteurs du roi présents à la porte royale s'agenouillaient et se prosternaient devant Haman, comme le roi l'avait commandé à son sujet. Mais Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas. Les serviteurs du roi présents à la porte royale dirent alors à Mardochée : "Pourquoi transgresses-tu le commandement du roi ?" Ils lui en parlaient chaque jour, mais lui ne les écoutait pas. Alors ils informèrent Haman, pour voir si les affirmations de Mardochée tiendraient : en effet il leur avait révélé qu'il était juif. Voyant que Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas devant lui, Haman fut rempli de fureur. Mais il dédaigna de porter la main sur Mardochée seulement, car on lui avait révélé quel était le peuple de Mardochée. Haman chercha à exterminer le peuple de Mardochée, à savoir tous les Juifs présents dans tout le royaume de Xerxès. Le premier mois, c'est-à-dire au mois de nisan, la douzième année du roi Xerxès, on tira au Destin, c'est-à-dire au sort, devant Haman, en passant d'un jour à l'autre et d'un mois à l'autre : douzième mois ! C'est-à-dire le mois d' » adar ».
Alors Haman dit au roi Xerxès : "Il y a un peuple particulier, dispersé et séparé au milieu des peuples dans toutes les provinces de ton royaume. Leurs lois sont différentes de celles de tout peuple, et ils n'exécutent pas les lois royales. Le roi n'a pas intérêt à les laisser tranquilles. S'il plaît au roi, on écrira pour les anéantir. Et je compterai dix mille pièces d'argent entre les mains des fonctionnaires pour les faire rentrer au Trésor." Alors le roi enleva son anneau de son doigt et le donna à Haman, le fils de Hammedata, l'Agaguite, oppresseur des Juifs. Puis le roi dit à Haman : "L'argent, on te l'abandonne, et aussi le peuple pour lui faire ce qu'il te plaira." Les secrétaires royaux furent alors convoqués au premier mois, le treize, et l'on écrivit, en conformité totale avec les ordres de Haman, aux préfets royaux, aux gouverneurs de chaque province et aux chefs de chaque peuple, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue. On écrivit au nom du roi Xerxès et on cacheta avec l'anneau royal. Puis par des courriers on expédia les lettres à toutes les provinces royales pour exterminer, tuer et anéantir tous les Juifs, jeunes et vieux, enfants et femmes, en un seul jour, le treize du douzième mois, c'est-à-dire le mois d'adar, et pour piller leurs biens. Copie de l'écrit serait promulguée comme décret dans chaque province et communiquée à tous les peuples, pour qu'ils soient prêts au jour dit. Sur l'ordre du roi, les courriers sortirent à toute vitesse, et le décret fut promulgué à Suse-la-citadelle. Le roi et Haman s'assirent pour boire ; et la ville de Suse fut désemparée.
R/ Seigneur, Maître de l'univers,
Tu as résolu de sauver ton peuple.
Ne délaisse pas, Seigneur,
Cette part qui est la tienne,
Que tu as rachetée de la terre d'Égypte.
Change notre deuil en joie, Seigneur,
Que nous vivions pour chanter ton nom.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE
"Prier sans cesse".
Désirons toujours la vie bienheureuse auprès du Seigneur Dieu, et prions toujours. Mais les soucis étrangers et les affaires affaiblissent jusqu'au désir de prier ; c'est pourquoi, à heures fixes, nous les écartons pour ramener notre esprit à l'affaire de l'oraison. Les mots de la prière nous rappellent au but de notre désir, de peur que l'attiédissement n'aboutisse à la froideur et à l'extinction totale, si la flamme n'est pas ranimée assez fréquemment.
C'est pourquoi, lorsque l'Apôtre dit : Faites connaître vos demandes auprès de Dieu, on ne doit pas l'entendre en ce sens qu'on les fait connaître à Dieu, car il les connaissait avant même qu'elles existent ; mais qu'elles doivent demeurer connues de nous auprès de Dieu par la patience, et non auprès des hommes par l'indiscrétion.
Cela étant, il n'est pas défendu ni inutile de prier longtemps, lorsqu'on en a le loisir, c'est-à-dire lorsque cela n'empêche pas d'autres occupations bonnes et nécessaires, bien que, en accomplissant celles-ci, on doive toujours prier, comme je l'ai dit, par le désir. Car si l'on prie un peu longtemps, ce n'est pas, comme certains le pensent, une prière de bavardage. Parler abondamment est une chose, aimer longuement en est une autre. Car il est écrit du Seigneur lui-même qu'il passa la nuit en prière et qu'il priait avec plus d'insistance : faisait-il alors autre chose que nous donner l'exemple en priant dans le temps au moment voulu, lui qui, avec le Père, exauce dans l'éternité ?
On dit que les moines d'Égypte ont des prières fréquentes, mais très courtes et comme lancées à la dérobée, pour éviter que se détende et se dissipe, en se prolongeant trop, cette attention vigilante et soutenue si nécessaire à l'homme qui prie. Ils montrent par là que l'on ne doit pas accabler cette attention, quand elle ne peut se maintenir ; mais de même, si elle se maintient, il ne faut pas l'interrompre trop tôt.
La prière ne doit pas comporter beaucoup de paroles, mais beaucoup de supplication, si elle persiste dans une fervente attention. Car beaucoup parler lorsqu'on prie, c'est traiter une affaire indispensable avec des paroles superflues. Beaucoup prier, c'est frapper à la porte de celui que nous prions par l'activité insistante et religieuse du cœur. Le plus souvent, cette affaire avance par les gémissements plus que par les discours, par les larmes plus que par les phrases. Dieu met nos larmes devant lui et notre gémissement n'échappe pas à Celui qui a tout créé par sa Parole et qui ne recherche pas les paroles humaines.
R/ Seigneur Jésus,
Enseigne-nous à prier.
Pleine de force,
La supplication fervente du juste.
Tout ce que vous demanderez en mon nom,
Mon Père vous l'accordera.
Demandez et vous recevrez ;
Parfaite alors sera votre joie.
Oraison
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien.
Livre d'Esther (Est 4, 1-17)
Haman projette la perte des juifs
Pour sauver son peuple, Esther devra risquer sa vie. Elle le fera appuyée sur la prière et le jeûne, et avec le soutien de tous ses frères de race. La fidélité au Seigneur, la confiance en son secours, la pénitence restent les grands moyens qui concilient à son peuple le cœur de Dieu.
Apprenant tout ce qui s'était passé, Mardochée déchira ses habits ; il se revêtit d'un sac et de cendre, il sortit au milieu de la ville, il poussa un grand cri amer. Puis il alla jusque devant la porte royale, car revêtu d'un sac, personne ne pouvait franchir la porte royale.
Or, en chaque province où l'ordonnance du roi et son décret étaient parvenus, c'était un grand deuil pour les Juifs : jeûne, larmes, lamentations ; sac et cendre étaient le lit de beaucoup.
Les filles d'Esther et ses eunuques vinrent la mettre au courant. La reine eut une crise de désespoir. Puis elle envoya des vêtements pour que Mardochée s'habille et enlève son sac. Mais il n'accepta pas. Alors Esther appela Hatak, l'un des eunuques du roi qu'il avait mis à sa disposition, et elle le manda vers Mardochée pour savoir ce qui se passait et pourquoi. Hatak sortit pour rencontrer Mardochée, sur la place de la ville qui était en face de la porte royale. Alors Mardochée lui révéla tout ce qui lui était arrivé, et combien d'argent Haman avait proposé de compter pour le trésor royal, en échange de l'anéantissement des Juifs. Il lui remit aussi une copie du texte du décret promulgué à Suse pour leur extermination, afin qu'il le montre à Esther, la mette au courant et lui commande d'aller près du roi, de lui demander grâce et de le supplier en face pour son peuple. « Rappelle-toi les jours de ton humble condition, comment tu as été nourrie de ma main ; car Haman, qui est le second personnage, a parlé au Roi contre nous pour nous faire mourir. Invoque le Seigneur ! Parle au roi à notre sujet ! Arrache-nous à la mort ! »
Hatak vint mettre Esther au courant des paroles de Mardochée. Alors Esther manda Hatak vers Mardochée en lui disant : Tous les serviteurs du roi et le peuple des provinces royales savent bien que quiconque, homme ou femme, va près du roi dans la cour intérieure sans être appelé, il n'y a pour lui qu'une loi : la mise à mort – sauf si le roi lui tend le sceptre d'or, auquel cas il peut vivre. Quant à moi, cela fait trente jours que je n'ai pas été appelée à aller près du roi... On mit Mardochée au courant des paroles d'Esther.
Alors, pour rétorquer à Esther, Mardochée dit : "Ne t'imagine pas qu'étant dans le palais, à la différence de tous les Juifs tu en réchapperas. Car si en cette occasion tu persistes à te taire, soulagement et délivrance surgiront pour les Juifs d'un autre endroit, tandis que toi et ta famille vous serez anéantis. Or, qui sait ? Si c'était pour une occasion comme celle-ci que tu es arrivée à la royauté... ?" Pour rétorquer à Mardochée, Esther dit : Va réunir tous les Juifs qui se trouvent à Suse et jeûnez pour moi : ne mangez pas, ne buvez pas pendant trois jours, ni jour ni nuit. Moi de même, avec mes filles, je jeûnerai ainsi. Sur ce, en dépit de la loi, j'irai près du roi ; et si je dois périr, je périrai. Mardochée s'écarta, et il fit tout comme Esther le lui avait commandé.
R/ Maintenant que puis-je attendre, Seigneur ?
En toi tout mon espoir.
C'est ton peuple, Seigneur, qu'on piétine,
Ton héritage qu'on opprime.
L'impie, dans son orgueil, poursuit les malheureux,
Ils se font prendre aux ruses qu'il invente.
Rappelle-toi : l'ennemi a profané ton nom,
Un peuple de fous a blasphémé le Seigneur.
Ne livre pas à la Bête le sort de la tourterelle,
N'oublie pas plus longtemps les malheurs des tiens.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE
La prière du Seigneur.
Les paroles nous sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander. Ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir.
Aussi, lorsque nous disons : Que ton nom soit sanctifié, c'est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c'est-à-dire ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu.
Et lorsque nous disons : Que ton règne vienne, alors qu'il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous excitons notre désir de ce règne, afin qu'il vienne pour nous, et que nous obtenions d'y régner.
Quand nous disons : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, c'est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges.
Quand nous disons : Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour, aujourd'hui signifie "dans le temps présent", nous demandons d'avoir ce qu'il nous faut en désignant le tout par la partie la meilleure, qui est le pain ; ou nous demandons le sacrement des croyants qui nous est nécessaire dans le temps présent pour obtenir non pas bonheur dans ce temps, mais le bonheur éternel.
Quand nous disons : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, nous rappelons à nous-mêmes et ce que nous demandons et ce nous devons faire pour être exaucés.
Quand nous disons : Ne nous soumets pas à la tentation, nous rappelons à nous-mêmes ce qu'il faut demander : que nous ne consentions pas à une tentation trompeuse, ou que nous ne fléchissions pas sous une tentation accablante, parce que nous serions privés du secours divin.
Lorsque nous disons : Délivre-nous du Mal, nous rappelons à nous-mêmes qu'il ne faut pas nous croire établis dans ce lieu où nous n'aurons plus à souffrir aucun mal. Et cette demande placée en dernier lieu dans la prière du Seigneur a une telle ampleur que le chrétien soumis à n'importe quelle épreuve exprime sa plainte par elle, verse des larmes par elle, commence par elle, s'y attarde, et termine par elle sa prière. Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire.
Car lorsque nous disons n'importe quelles autres paroles, soit que le cœur de l'homme en prière les forme d'abord pour voir clair en lui, soit qu'il s'y attache en conclusion pour s'épancher, nous ne disons rien d'autre que ce qui se trouve déjà dans cette prière du Seigneur, du moins si nous prions de façon juste et appropriée. Si l'on dit quelque chose qui ne puisse pas se rattacher à cette prière évangélique, même si la prière n'est pas illicite, elle est charnelle. Et je ne sais pas comment on pourrait ne pas l'appeler illicite, puisque la prière spirituelle est la seule qui convienne à des hommes qui ont reçu du Saint-Esprit la nouvelle naissance.
R/ L'Esprit de Dieu témoigne dans nos cœurs
Que nous sommes ses enfants.
L'Esprit du Fils qui s'écrie :
Abba, notre Père, alléluia, alléluia !
Dieu ne donne pas un esprit de crainte,
Mais l'Esprit de force et d'amour.
Oraison
Réveille, Seigneur, le courage de tes fidèles : qu’ils soient plus ardents à profiter de tes grâces, pour obtenir de toi de plus puissants secours.
Esther (CP) 14, 1-9 (version latin)
"O mon souverain roi, me voici devant toi !"
Dans les écrits d'après l'exil, les justes qui prient ont toujours une vive conscience du péché de leur peuple, dont ils sont solidaires.
Esther la reine, en proie à un combat mortel, chercha refuge auprès du Seigneur. Après avoir enlevé ses habits d'apparat, elle revêtit des habits de détresse et de deuil ; à la place des parfums de luxe, elle se couvrit la tête de cendre et de saletés ; elle humilia durement son corps et, tout ce qu'elle parait joyeusement, elle le recouvrit de ses cheveux emmêlés.
Elle priait le Seigneur Dieu d'Israël en disant : « Mon Seigneur, notre Roi, toi, tu es le Seul ! Porte-moi secours, à moi qui suis seule et n'ai d'autre secours que toi ; car je vais jouer avec le danger.
Moi, dès ma naissance, j'ai entendu dire dans la tribu de mes pères que toi, Seigneur, tu as pris Israël d'entre toutes les nations et nos pères d'entre tous leurs ancêtres pour qu'ils deviennent un patrimoine perpétuel, que tu as réalisé aussi pour eux tout ce que tu avais dit.
Et maintenant, nous avons péché devant toi et tu nous as livrés aux mains de nos ennemis parce que nous avons glorifié leurs dieux. Tu es juste, Seigneur !
Mais maintenant, l'âpreté de notre esclavage ne leur a pas suffi ; au contraire, ils ont fait un pacte avec leurs idoles pour abolir ce que ta bouche a décrété, faire disparaître ton patrimoine, fermer la bouche de ceux qui te louent, éteindre la gloire de ta Maison ainsi que ton Autel, ouvrir la bouche des nations pour vanter du vide et admirer à perpétuité un roi mortel.
Ne livre pas ton sceptre, Seigneur, à ceux qui n'existent pas ; qu'ils ne se moquent pas de notre chute. Mais retourne contre eux leur projet et, celui qui a pris la tête des opérations contre nous, inflige-lui un châtiment exemplaire.
Rappelle-toi, Seigneur ; fais-toi connaître au moment de notre détresse. Quant à moi, donne-moi du courage, Roi des dieux et Maître de toute autorité.
Mets dans ma bouche un langage mélodieux en présence du lion et change son cœur pour qu'il déteste celui qui nous fait la guerre, pour qu'il achève celui-ci ainsi que ses partisans.
Arrache-nous à eux par ta main et porte-moi secours, moi qui suis seule et qui n'ai que toi, Seigneur. Tu as connaissance de tout :
tu sais que j'ai détesté la gloire des sans-Loi, que le lit des païens et de tout étranger me dégoûte.
Toi, tu sais la contrainte que je subis : il me dégoûte, l'insigne orgueilleux que j'ai sur la tête les jours où je suis en représentation ; il me dégoûte comme une serviette périodique et je ne le porte pas les jours où je suis au repos.
Ta servante n'a pas mangé à la table de Haman et je n'ai pas honoré le banquet du roi, ni bu le vin des libations.
Ta servante n'a pas trouvé le bonheur depuis que j'ai changé de condition jusqu'à maintenant, sauf auprès de toi, Seigneur, Dieu d'Abraham.
Dieu, qui as puissance sur tous, écoute la voix des désespérés, arrache-nous à la main des pervers et arrache-moi à ma peur ».
R/ Jette les yeux, Seigneur,
Sur l'humilité de ta servante.
Seigneur, mon Roi, tu es l'Unique :
Viens à mon secours, car je suis seule
Et n'ai rien à part toi.
Tu es juste, Seigneur,
Et nous avons péché contre toi,
Mais n'abandonne pas ton héritage.
Écoute la voix des désespérés,
Tire-nous de la main des méchants,
Et libère-moi de la peur.
LETTRE DE SAINT AUGUSTIN À PROBA SUR LA PRIÈRE
La prière du Seigneur contient et achève toute prière.
Celui qui dit, par exemple : Sois glorifié dans toutes les nations comme tu as été glorifié en nous, et : Que tes prophètes soient trouvés fidèles, ne dit-il pas ainsi : Que ton nom soit sanctifié ?
Celui qui dit : Seigneur de l'univers, fais-nous revenir, fais briller ta face et nous serons sauvés, ne dit-il pas : Que ton règne vienne ?
Celui qui dit : Dirige mes pas selon ta promesse, et que le mal ne l'emporte pas sur moi, ne dit-il pas : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ?
Celui qui dit : Ne me donne ni la pauvreté ni la richesse, ne dit-il pas : Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ?
Celui qui dit : Souviens-toi, Seigneur, de David et de toute sa douceur, ou bien : Seigneur, si j'ai fait cela, si le mal est sur mes mains, si j'ai rendu le mal à mes bienfaiteurs, ne dit-il pas : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ?
Celui qui dit : Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu, de agresseurs délivre-moi, dit-il autre chose que : Délivre-nous du Mal ?
Et si tu parcours toutes les formules des prières sacrées, tu ne trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n'y trouve sa conclusion. On est donc libre, lorsque l'on prie, de dire les mêmes choses avec des paroles diverses, mais on n'est pas libre de dire autre chose.
Voilà ce qu'il faut demander dans la prière, pour nous, pour les nôtres, pour les étrangers et même pour nos ennemis, sans la moindre hésitation. Cependant, une intention différente peut s'élever et même prédominer dans le cœur de celui qui prie, pour celui-ci, ou pour celui-là, lorsque nous sommes avec lui dans une relation plus proche ou plus lointaine.
Tu sais, à mon avis, non seulement ce que tu dois être pour prier, mais encore quel doit être l'objet de la prière. Ce n'est pas moi qui l'enseigne, mais Celui qui a bien voulu nous instruire tous.
Il faut rechercher la vie bienheureuse, c'est elle qu'il faut demander au Seigneur Dieu. En quoi consiste la béatitude, beaucoup ont écrit et ont discuté, dans des sens différents. Mais nous, pourquoi irions-nous vers tous ces gens et dans tous ces sens ? La parole de Dieu nous l'a dit brièvement et avec sérénité : Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu ! Pour faire partie de ce peuple, et pour que nous puissions parvenir à contempler Dieu et à vivre avec lui pour toujours, le but du précepte, c'est l'amour qui vient d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère.
Dans cette triple énumération, c'est l'espérance qui correspond à la bonne conscience. Donc la foi, l'espérance et l'amour conduisent à Dieu l'homme qui prie, c'est-à-dire qui croit, qui espère, qui désire et qui découvre dans la prière du Seigneur ce qu'il doit demander au Seigneur.
Notre Père, ...
Oraison
Aux appels de ton peuple en prière, réponds, Seigneur, en ta bonté : donne à chacun la claire vision de ce qu'il doit faire et la force de l'accomplir.