Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (Ga 1, 1-12)
L'Évangile annoncé par Paul. Des chrétiens, d'origine juive sont passée après Paul, en Galatie, pour prêcher un autre Évangile. Il sait que l'Évangile qu'il prêche vient de Dieu : personne n'a le droit de le modifier.
Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père qui l'a ressuscité d'entre les morts, et tous les frères qui sont avec moi, aux Églises de Galatie : à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ, qui s'est livré pour nos péchés, afin de nous arracher à ce monde du mal, conformément à la volonté de Dieu, qui est notre Père. À lui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
J'admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un autre évangile. Non pas qu'il y en ait un autre ; il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent renverser l'Évangile du Christ. Mais si quelqu'un, même nous ou un ange du ciel, vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème ! Nous l'avons déjà dit, et je le redis maintenant : si quelqu'un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ! Car, maintenant, est-ce que je cherche la faveur des hommes ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si j'en étais encore à plaire aux hommes, je ne serais plus serviteur de Christ.
Car, je vous le déclare, frères : cet Évangile que je vous ai annoncé n'est pas de l'homme ; et d'ailleurs, ce n'est pas par un homme qu'il m'a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus Christ.
R/ La grâce de Dieu est apparue,
Apportant le salut à tous les hommes.
À vous, grâce et paix de par Dieu notre Père
Et le Seigneur Jésus Christ.
Le Christ s'est livré pour nos péchés,
Afin de nous arracher à ce monde du mal.
COMMENTAIRE DE SAINT AUGUSTIN SUR LA LETTRE AUX GALATES
"Vous n'êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce"
L'Apôtre écrit aux Galates afin de leur faire comprendre que la grâce a pour effet de les soustraire à la Loi. En effet, alors qu'on leur avait annoncé la grâce de l'Évangile, il y eut des hommes venus de la circoncision, quoique portant le nom de chrétiens, qui ne saisissaient pas encore l'efficacité bienfaisante de la grâce, et qui voulaient demeurer sous les obligations de la Loi. Cette Loi, Dieu l'avait imposée aux serviteurs non pas de la justice, mais du péché ; c'est-à-dire qu'il donnait une loi juste aux hommes injustes pour signaler leurs péchés, non pour les enlever.
En effet, les péchés ne sont enlevés que par la grâce de la foi agissant par la charité. Ces judaïsants voulaient soumettre aux obligations de la Loi les Galates déjà établis sous le régime de la grâce. Ils affirmaient que l'Évangile ne leur servirait de rien s'ils ne se faisaient pas circoncire et s'ils n'acceptaient pas les autres observances charnelles de la religion judaïque.
C'est pourquoi les Galates commençaient à suspecter l'Apôtre Paul, qui leur avait prêché l'Évangile, comme n'observant pas la discipline des autres Apôtres, qui obligeaient les païens à vivre selon la manière juive. L'Apôtre Pierre avait reculé devant le scandale suscité par de tels hommes, et il avait été conduit à simuler, comme s'il avait pensé lui aussi que l'Évangile ne servirait de rien aux païens, s'ils n'accomplissaient pas les obligations de la Loi. L'Apôtre Paul le détourne de cette simulation, comme il le dit dans cette lettre justement. Le même problème est abordé dans la lettre aux Romains. Cependant il semble que quelque chose intervient alors, qui règle cette dispute et apaise ce litige soulevé entre les croyants venus du judaïsme et les croyants originaires du paganisme.
Mais, dans la lettre aux Galates, Paul s'adresse à ceux qui avaient déjà été ébranlés par l'autorité des hommes venus du judaïsme, qui les contraignaient aux observances légales. Car les Galates avaient commencé à faire confiance aux judaïsants, comme si Paul n'avait pas prêché la vérité en refusant de les faire circoncire. Et c'est pourquoi il commence ainsi son exposé : Je trouve vraiment étonnant que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés à la gloire du Christ, et que vous passiez à un autre Évangile.
Par cette entrée en matière, il a brièvement présenté le problème en cause. Déjà, dans la salutation où il se dit Apôtre envoyé non par les hommes ni par un intermédiaire humain, – affirmation qu'on ne trouve dans aucune autre lettre –, il montre suffisamment que ses contradicteurs ne viennent pas de Dieu, mais des hommes. Il montre aussi qu’il ne doit pas être considéré comme inférieur aux autres Apôtres en ce qui concerne l'autorité du témoignage évangélique. Car il sait qu'il est Apôtre envoyé non par les hommes ou par un intermédiaire humain, mais par Jésus Christ et Dieu le Père.
R/ La grâce de Dieu est apparue,
Apportant le salut à tous les hommes.
À vous, grâce et paix de par Dieu notre Père
Et le Seigneur Jésus Christ livré pour nos péchés.
Le Christ s'est livré pour nos péchés,
Afin de nous arracher à ce monde du mal.
Oraison 5
Dans ton amour inlassable, Seigneur, veille sur ta famille ; et puisque ta grâce est notre unique espoir, garde-nous sous ta constante protection.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (Ga 1, 13-24 ; 2, 1-10)
La mission de Paul
Dans cette première partie de la lettre, Paul défend d'abord son autorité apostolique. Il insiste avec force sur le fait qu'il ne la tient pas des hommes, mais immédiatement de Dieu lui-même. Plus encore, il défend son Évangile, attestant qu'il le tient également de Dieu et soulignant en outre que l'originalité de sa mission auprès des païens et l'authenticité de sa doctrine ont été reconnus par les Apôtres de Jérusalem.
Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l'Église de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. Mais, lorsque celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l'annonce parmi les païens, aussitôt, loin de recourir à aucun conseil humain ou de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie, puis je suis revenu à Damas. Ensuite, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas et je suis resté quinze jours auprès de lui, sans voir cependant aucun autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur. Ce que je vous écris, je le dis devant Dieu, ce n'est pas un mensonge. Ensuite, je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie. Mais mon visage était inconnu aux Églises du Christ en Judée ; simplement, elles avaient entendu dire : "celui qui nous persécutait naguère annonce maintenant la foi qu'il détruisait alors", et elles glorifiaient Dieu à mon sujet.
Ensuite, au bout de quatorze ans, je suis monté de nouveau à Jérusalem avec Barnabé ; j'emmenai aussi Tite avec moi. Or, j'y montai à la suite d'une révélation et je leur exposai l'Évangile que je prêche parmi les païens ; je l'exposai aussi dans un entretien particulier aux personnes les plus considérées, de peur de courir ou d'avoir couru en vain. Mais on ne contraignit même pas Tite, mon compagnon, un Grec, à la circoncision ; c’aurait été à cause des faux frères, intrus qui, s'étant insinués, épiaient notre liberté, celle qui nous vient de Jésus Christ, afin de nous réduire en servitude. À ces gens-là nous ne nous sommes pas soumis, même pour une concession momentanée, afin que la vérité de l'Évangile fût maintenue pour vous. Mais, en ce qui concerne les personnalités – ce qu'ils étaient alors, peu m'importe : Dieu ne regarde pas à la situation des hommes – ces personnages ne m'ont rien imposé de plus. Au contraire, ils virent que l'évangélisation des incirconcis m'avait été confiée, comme à Pierre celle des circoncis, – car celui qui avait agi en Pierre pour l'apostolat des circoncis avait aussi agi en moi en faveur des païens – et, reconnaissant la grâce qui m'a été donnée, Jacques, Céphas et Jean, considérés comme des colonnes, nous donnèrent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion, afin que nous allions, nous vers les païens, eux vers les circoncis. Simplement, nous aurions à nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu bien soin de faire.
R/ La grâce de Dieu est apparue,
Apportant le salut à tous les hommes.
Celui qui mena Pierre vers les juifs
Celui-là me conduisit aux païens.
Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis,
Et sa grâce envers moi n'a pas été vaine.
"BREVILOQUIUM", DE SAINT BONAVENTURE
De la connaissance de Jésus Christ découle l'intelligence de toute l'Écriture.
L'origine de l'Écriture ne se situe pas dans la recherche humaine, mais dans la divine révélation qui provient du Père des lumières, de qui toute paternité au ciel et sur terre tire son nom. De lui, par son Fils Jésus Christ, s'écoule en nous l'Esprit Saint. Par l'Esprit Saint, partageant et distribuant ses dons à chacun de nous selon sa volonté, la foi nous est donnée et, par la foi, le Christ habite en nos cœurs. Telle est la connaissance de Jésus Christ de laquelle découle, comme de sa source, la fermeté et l'intelligence de toute la sainte Écriture.
Il est donc impossible d'entrer dans la connaissance de l'Écriture sans posséder d'abord, insérée en soi, la foi du Christ, comme la lumière, la porte et le fondement de toute l'Écriture. Car, aussi longtemps que nous vivons en exil loin du Seigneur, la foi est elle-même le fondement stable, la lumière directrice et la porte d'entrée dans toutes les illuminations surnaturelles. Selon la mesure de cette foi, doit être mesurée la sagesse qui nous est donnée par Dieu, afin de ne pas goûter plus qu'on ne doit, mais de goûter avec sobriété et selon la mesure de foi que Dieu départit à chacun.
L'aboutissement ou le fruit de la sainte Écriture n'est pas n'importe quoi, c'est la plénitude de l'éternelle félicité. Car elle est l'Écriture dans laquelle sont les paroles de la vie éternelle ; elle est donc écrite, non seulement pour que nous croyions, mais aussi pour que nous possédions la vie éternelle dans laquelle nous verrons, nous aimerons et où nos désirs seront universellement comblés. Alors, nos désirs étant comblés, nous connaîtrons vraiment la charité qui surpasse la connaissance et ainsi nous serons remplis de toute la plénitude de Dieu. C'est à cette plénitude que la divine Écriture s'efforce de nous introduire selon la vérité du passage de l'Apôtre Paul qui vient d'être cité. C'est donc en vue de cette fin, c'est dans cette intention que la sainte Écriture doit être étudiée, enseignée et entendue.
Pour que nous parvenions à ce fruit et à ce terme directement en progressant par la route droite des Écritures, il faut commencer par le commencement, c'est-à-dire accéder d'une foi pure au Père des lumières en fléchissant les genoux de notre cœur, afin que par son Fils, dans son Esprit Saint, il nous donne la vraie connaissance de Jésus Christ et, avec sa connaissance, son amour. Le connaissant et l'aimant et comme consolidés dans la foi et enracinés dans la charité, il nous sera alors possible de connaître la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la sainte Écriture et, par cette connaissance, de parvenir à la connaissance entière et à l'amour extatique de la bienheureuse Trinité. Là tendent les désirs des saints, là se trouvent l'aboutissement et l'achèvement de toute vérité et de tout bien.
R/ Ô abîme de la sagesse
Et de la science de Dieu,
Insondables, ses décrets,
Incompréhensibles, ses voies !
Mystère de Dieu, mystère du Christ,
Où se trouvent cachés tous les trésors
De la sagesse et de la connaissance.
Dieu a voulu nous faire connaître
La gloire de ce mystère au milieu des nations :
Le Christ parmi nous, espérance de la gloire.
Oraison
Seigneur, tu as voulu que toute la loi consiste à t'aimer et à aimer son prochain : donne-nous de garder tes commandements, et de parvenir ainsi à la vie éternelle.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (Ga 2, 11-21 ; 3, 1-14)
La vérité de l'Évangile et la grâce de la foi
Dans la seconde partie (3,1-5,12), qui constitue le cœur de la lettre, Paul tente de montrer comment la croix du Christ à mis fin au régime de la Loi qui ne pouvait que dénoncer le péché et le multiplier, et lui a substitué celui de la foi et, en conséquence, de la liberté.
Lorsque Céphas vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s'était mis dans son tort. En effet, avant que soient venus des gens envoyés par Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais, après leur arrivée, il se mit à se dérober et se tint à l'écart, par crainte des circoncis ; et les autres Juifs entrèrent dans son jeu, de sorte que Barnabé lui-même fut entraîné dans ce double jeu. Mais, quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : "Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à se comporter en Juifs ?" Nous sommes, nous, des Juifs de naissance et non pas des païens, ces pécheurs. Nous savons cependant que l'homme n'est pas justifié par les œuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus Christ ; nous avons cru, nous aussi, en Jésus Christ, afin d'être justifiés par la foi du Christ et non par les œuvres de la loi, parce que, par les œuvres de la loi, personne ne sera justifié. Mais si, en cherchant à être justifiés en Christ, nous avons été trouvés pécheurs nous aussi, Christ serait-il ministre du péché ? Certes non. En effet, si je rebâtis ce que j'ai détruit, c'est moi qui me constitue transgresseur. Car moi, c'est par la loi que je suis mort à la loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis un crucifié ; je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi. Je ne rends pas inutile la grâce de Dieu ; car si, par la loi, on atteint la justice, c'est donc pour rien que Christ est mort.
O Galates stupides, qui vous a envoûtés alors que, sous vos yeux, a été exposé Jésus Christ crucifié ? Éclairez-moi simplement sur ce point : Est-ce en raison de la pratique de la loi que vous avez reçu l'Esprit, ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? Êtes-vous stupides à ce point ? Vous qui d'abord avez commencé par l'Esprit, est-ce la chair maintenant qui vous mène à la perfection ? Avoir fait tant d'expériences en vain ! Et encore, si c'était en vain ! Celui qui vous dispense l'Esprit et opère parmi vous des miracles, le fait-il donc en raison de la pratique de la loi ou parce que vous avez écouté le message de la foi ?
Puisque Abraham eut foi en Dieu et que cela lui fut compté comme justice, comprenez-le donc : ce sont les croyants qui sont fils d'Abraham. D'ailleurs l'Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a annoncé d'avance à Abraham cette bonne nouvelle : Toutes les nations seront bénies en toi. Ainsi donc, ceux qui sont croyants sont bénis avec Abraham, le croyant. Car les pratiquants de la loi sont tous sous le coup de la malédiction, puisqu'il est écrit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l'accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. Il est d'ailleurs évident que, par la loi, nul n'est justifié devant Dieu, puisque celui qui est juste par la foi vivra.
Or le régime de la loi ne procède pas de la foi ; pour elle, celui qui accomplira les prescriptions de cette loi en vivra. Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi, en devenant lui-même malédiction pour nous, puisqu'il est écrit : Maudit quiconque est pendu au bois. Cela pour que la bénédiction d'Abraham parvienne aux païens en Jésus Christ, et qu'ainsi nous recevions, par la foi, l'Esprit, objet de la promesse.
R/ Tout homme qui croit en Jésus Christ
Aura la vie éternelle.
Je n'ai rien voulu savoir parmi vous,
Sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
Nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus,
Afin d'être justifiés par la foi au Christ.
HOMÉLIE D'ORIGENE SUR LA GENÈSE
Le Sacrifice d'Abraham.
Abraham prit le bois pour le sacrifice et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s'en allèrent ensemble.
Isaac porte lui-même le bois de l'holocauste, parce qu'il est une figure du Christ qui porte lui-même sa croix, bien que porter le bois de l'holocauste soit l'office du prêtre. Mais le Christ est à la fois la victime et le prêtre. Ce qui suit : et tous deux s'en allèrent ensemble se rapporte au même mystère. En effet, tandis qu'Abraham, s'apprêtant à sacrifier, porte le feu et le couteau, Isaac ne marche pas derrière lui mais avec lui, montrant par là qu'il s'acquitte pareillement avec lui de la fonction sacerdotale.
Quelle est la suite ? Isaac, dit l'Écriture, interrogea son père Abraham : " Mon Père" ! À ce moment, la voix du fils est celle de la tentation. Imaginez-vous à quel point cette voix du fils qui va être immolé bouleverse les entrailles paternelles ? Aussi, malgré la rigueur de sa foi, Abraham répond à son tour par une parole d'affection : "Eh bien, mon fils ?" Isaac reprit : "Voilà le feu et le bois, mais où est l'agneau pour l'holocauste ?" Abraham répondit : "Dieu saura bien trouver l'agneau pour l'holocauste, mon fils".
Je suis frappé par cette réponse d'Abraham, à la fois exacte et prudente. Je ne sais ce qu'il voyait en esprit ; en effet, il ne s'agit pas du présent, mais de l'avenir, quand il dit : Dieu saura bien trouver l'agneau. À son fils qui l'interroge sur le présent, il répond en disant l'avenir. C'est que le Seigneur lui-même devait trouver l'agneau dans la personne du Christ.
Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l'Ange du Seigneur l'appela du haut du ciel et dit : " Abraham ! Abraham !" Il répondit : "Me voici !" L'Ange lui dit : "Ne porte pas la main sur l'enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu."
Rapprochons de cela les paroles de l'Apôtre, où il dit de Dieu : Il n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous tous. Voyez avec quelle magnifique générosité Dieu rivalise avec les hommes : Abraham a offert à Dieu un fils mortel qui ne devait pas mourir. Dieu a livré à la mort pour tous les hommes un Fils immortel.
Abraham leva les yeux et vit un bélier qui s'était pris les cornes dans un buisson. Nous avons dit plus haut, je crois, qu'Isaac figurait le Christ ; néanmoins, ici, c'est le bélier qui semble figurer le Christ. Il est intéressant de savoir comment l'une et l'autre figure – Isaac qui n'est pas égorgé et le bélier qui est égorgé – conviennent également au Christ.
Le Christ est le Verbe de Dieu. Mais le Verbe s'est fait chair. Donc le Christ souffre, mais c'est dans sa chair ; il subit la mort, mais c'est sa chair qui la subit, sa chair dont le bélier est ici la figure. Comme le disait Jean Baptiste : Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Le Verbe, au contraire, c'est-à-dire le Christ selon l'Esprit, dont Isaac est l'image, est demeuré dans l'incorruptibilité. C'est pourquoi il est à la fois victime et grand prêtre. Car, selon l'esprit, il offre la victime à son Père, et, selon la chair, lui-même est offert sur l'autel de la croix.
R/ Dans ton sang, Seigneur Jésus,
Tu nous as rachetés pour Dieu !
Comme un agneau sans défaut et sans tache,
Jésus s'est offert lui-même à Dieu.
Son sang nous purifie des œuvres de mort :
Nous servirons le Dieu vivant !
Oraison
Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde nous ta grâce : en nous hâtant vers les biens que tu promets, nous parviendrons au bonheur du ciel.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (Ga 3, 15-29 ; 4, 1-7)
De l'esclavage à la liberté
Le chrétien ne vit plus sous la Loi, il est libre à son égard, désormais il vit dans le Christ, sous la grâce. L'argumentation de Paul est souvent difficile. La lettre aux Romains, qui la reprend en l'explicitant, permet de la mieux saisir.
Frères, partons des usages humains : un simple testament humain, s'il est en règle, personne ne l'annule ni ne le complète. Eh bien, c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa descendance. Il n'est pas dit : "et aux descendances", comme s'il s'agissait de plusieurs, mais c'est d'une seule qu'il s'agit : et à ta descendance, c'est-à-dire Christ. Voici donc ma pensée : un testament en règle a d'abord été établi par Dieu. La loi, venue quatre cent trente ans plus tard, ne l'abroge pas, ce qui rendrait vaine la promesse. Car, si c'est par la loi que s'obtient l'héritage, ce n'est plus par la promesse. Or, c'est au moyen d'une promesse que Dieu a accordé sa grâce à Abraham. Dès lors, que vient faire la loi ? Elle vient s'ajouter pour que se manifestent les transgressions, en attendant la venue de la descendance à laquelle était destinée la promesse : elle a été promulguée par les anges par la main d'un médiateur. Or, ce médiateur n'est pas médiateur d'un seul. Et Dieu est unique. La loi va-t-elle donc à l'encontre des promesses de Dieu ? Certes non. Si en effet une loi avait été donnée, qui ait le pouvoir de faire vivre, alors c'est de la loi qu'effectivement viendrait la justice. Mais l'Écriture a tout soumis au péché dans une commune captivité afin que, par la foi en Jésus Christ, la promesse fût accomplie pour les croyants.
Avant la venue de la foi, nous étions gardés en captivité sous la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi donc, la loi a été notre surveillant, en attendant le Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. Mais, après la venue de la foi, nous ne sommes plus soumis à ce surveillant. Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ. Et si vous appartenez au Christ, c'est donc que vous êtes la descendance d'Abraham ; selon la promesse, vous êtes héritiers.
Telle est donc ma pensée : aussi longtemps que l'héritier est un enfant, il ne diffère en rien d'un esclave, lui qui est maître de tout ; mais il est soumis à des tuteurs et à des régisseurs jusqu'à la date fixée par son père. Et nous, de même, quand nous étions des enfants soumis aux éléments du monde, nous étions esclaves. Mais, quand est venu l'accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme et assujetti à la loi, pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu'il nous soit donné d'être fils adoptifs. Fils, vous l'êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba – Père ! Tu n'es donc plus esclave, mais fils ; et, comme fils, tu es aussi héritier : c'est l'œuvre de Dieu.
R/ Ressuscités avec le Christ,
Cherchons les choses d'en haut.
Vous qui êtes baptisés dans le Christ,
Vous avez revêtu le Christ.
Revêtez l'homme nouveau, créé selon Dieu,
Dans la justice et la sainteté de la vérité.
LETTRE DE SAINT AMBROISE À ORONTIEN
"Nous sommes héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ"
Dans cette lettre Ambroise répond aux questions que pose à Orontien le chapitre 8 de la lettre aux Romains.
D'après saint Paul, celui qui, par l'Esprit, fait mourir le comportement charnel, celui-là vivra. Ce n'est pas étonnant qu'il vive, puisqu'il devient fils de Dieu, ayant l'Esprit de Dieu. Il est fils de Dieu à tel point qu'il ne reçoit pas un esprit d'esclavage mais l'esprit des enfants d'adoption ; et à tel point que le Saint-Esprit de Dieu rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Ce témoignage est bien celui de l'Esprit Saint puisque c'est lui qui crie dans nos cœurs : Abba, Père, comme c'est écrit dans la lettre aux Galates. Mais ce qui témoigne hautement que nous sommes fils de Dieu, c'est que nous sommes héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ. Est héritier avec lui celui qui est glorifié avec lui ; et il est glorifié avec lui, celui qui, en souffrant pour lui, souffre avec lui.
Pour nous encourager à souffrir, saint Paul ajoute que tout ce que nous souffrons est peu de choses, sans proportion avec les biens à venir de cette grande récompense qui rétribuera nos labeurs : récompense qui se révélera en nous lorsque nous serons recréés à l'image de Dieu et que nous pourrons regarder sa gloire en face.
Pour mettre en valeur la grandeur de cette révélation à venir, l'Apôtre ajoute que la création elle-même attend cette révélation des fils de Dieu. Cette création est maintenant livrée malgré elle au pouvoir du néant ; mais elle est dans l'espérance. Car elle espère que le Christ l'aidera par sa grâce à se libérer de l'esclavage de la dégradation inévitable, et à recevoir la liberté glorieuse des fils de Dieu. Ainsi y aura-t-il une seule liberté, pour la création et pour les fils de Dieu, lorsque la gloire de ceux-ci se révélera. Mais maintenant, tant que cette révélation se fait désirer, toute la création gémit en attendant de partager la gloire de notre adoption et de notre rédemption. Elle enfante déjà cet esprit qui la sauve, et elle veut être délivrée de l'esclavage du néant.
Il est clair que les créatures qui gémissent en attendant l'adoption des fils ont en elles les premiers dons de l'Esprit. Cette adoption des fils, c'est la rédemption du corps tout entier, lorsque celui-ci, en qualité de fils adoptif de Dieu, verra en face ce bien éternel et divin. Il y a déjà adoption filiale dans l'Église du Seigneur lorsque l'Esprit s'écrie : Abba, Père, selon la lettre aux Galates. Mais cette adoption sera parfaite lorsque ceux qui seront admis à voir la face de Dieu ressusciteront tous dans l'immortalité, l'honneur et la gloire. Alors la condition humaine s'estimera vraiment rachetée. C'est pourquoi l'Apôtre ose dire : Nous avons été sauvés en espérance. L'espérance sauve en effet, comme la foi, dont il est dit : Ta foi t'a sauvé.
R/ Le Seigneur c'est l'Esprit ;
L'Esprit du Seigneur, c'est la liberté.
Nous ne sommes pas fils de servitude :
Le Christ nous a libérés.
Dieu a envoyé en nos cœurs l'Esprit de son Fils ;
Il crie : Abba ! Père !
Oraison
Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t'implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l'inquiète et en donnant plus que nous n'osons demander.