LETTRE DE S. FRANÇOIS DE PAULE
Que notre Seigneur Jésus, lui qui récompense magnifiquement, vous donne le salaire de votre peine.
Fuyez le mal, repoussez les occasions dangereuses. Nous et tous nos frères, quoiqu’indignes, prions continuellement Dieu le Père, son Fils Jésus Christ et la Vierge Marie, pour qu'ils ne cessent de vous assister dans la recherche du salut de vos âmes et de vos corps.
Quant à vous, mes frères, je vous exhorte vivement à travailler avec prudence et ardeur au salut de vos âmes. La mort est certaine, la vie est brève : elle s'évanouit comme la fumée.
Fixez donc votre esprit sur la passion de notre Seigneur Jésus Christ : par amour pour nous, il est descendu du ciel pour nous racheter ; pour nous, il a subi tous les tourments l'âme et du corps, et n'a évité aucun supplice. Il nous a donné l'exemple de la parfaite patience et de l'amour. Nous devons donc être patients devant tout ce qui s'oppose à nous.
Abandonnez les haines et les inimitiés ; veillez à éviter les paroles dures ; Si elles se sont échappées de votre bouche, ne répugnez pas à procurer le remède par cette bouche qui a causé les blessures ; ainsi pardonnez-vous mutuellement pour ensuite ne plus vous souvenir de vos torts. Garder le souvenir du mal, c'est un tort, c'est le chef-d’œuvre de la colère, le maintien du péché, la haine de la justice ; c'est une flèche à la pointe rouillée, le poison de l'âme, la disparition des vertus, le ver rongeur de l'esprit, le trouble de la prière, l'annulation des demandes que l'on adresse à Dieu, la perte de la charité, l'iniquité toujours en éveil, le péché toujours présent et la mort quotidienne.
Aimez la paix, le plus précieux trésor que l'on puisse désirer. Vous savez déjà que nos péchés excitent la colère de Dieu : il faut donc que vous les regrettiez pour que Dieu, dans sa miséricorde, vous pardonne. Ce que nous cachons aux hommes, Dieu le connaît ; il faut donc vous convertir d'un cœur sincère. Vivez de façon à recueillir la bénédiction du Seigneur ; et que la paix de Dieu notre Père soit toujours avec vous.
R/ L'abondance de la grâce
fait abonder l'action de grâce à la gloire de Dieu.
Nous portons en notre corps la mort de Jésus,
afin que sa vie
soit aussi manifestée dans notre corps.
Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus
nous ressuscitera, nous aussi,
et nous placera près de lui.
Oraison
Dieu qui relèves les humbles, tu as donné la gloire des élus à saint François de Paule ; fais qu'en lui ressemblant, et avec son aide, nous obtenions le bonheur promis aux humbles.
DU LIVRE DES « SENTENCES », DE S. ISIDORE
La prière nous purifie ; la lecture nous instruit. Si nous pouvons faire les deux, c'est bien. Si nous ne le pouvons pas, la prière vaut mieux que la lecture.
Celui qui veut être toujours avec Dieu doit prier fréquemment et lire fréquemment. Car lorsque nous prions, c'est nous qui parlons avec Dieu ; et lorsque nous lisons, c'est Dieu qui parle avec nous.
Tout progrès vient de la lecture et de la méditation. Ce que nous ignorions, nous l'apprenons par la lecture ; ce que nous avons appris, nous - servons par la méditation. La lecture des saintes Écritures procure un double don : d'une part elle forme l'intelligence, d'autre part elle détache l'homme des vanités du monde et le conduit à aimer Dieu.
La lecture comporte une double recherche : d'abord comment comprendre les Écritures ? Ensuite, quelle utilité ou quelle dignité fait leur valeur ? En effet, il faut d'abord vouloir comprendre ce qu'on lit ; c'est ensuite qu'on est capable d'exprimer ce qu'on a appris.
Le lecteur courageux sera beaucoup plus disposé à accomplir ce qu'il lit qu'à rechercher la science. Il est en effet moins pénible d'ignorer ce que l'on désire savoir que de ne pas accomplir ce que l'on connaît. De même qu'en lisant nous désirons savoir, de même en connaissant devons-nous accomplir ce que nous avons appris de bien.
Personne ne peut connaître le sens de l'Écriture sainte sans en avoir acquis la familiarité par une lecture fréquente, selon ce qui est écrit : Aime la sagesse et elle t'élèvera ; elle te glorifiera si tu l'embrasses. Plus on fréquente assidûment la parole divine, plus on en comprend les richesses, de même que la terre, plus on la cultive, plus elle porte de riches récoltes.
Certains sont doués d'intelligence, mais négligent la lecture studieuse, et ce qu'ils auraient pu apprendre par la lecture, ils le laissent perdre par leur négligence. D'autres ont l'amour de la science mais sont retardés par leur lenteur d'esprit ; cependant, grâce à une lecture assidue, ils finissent par savourer ce que de mieux doués ignorent par suite de leur paresse.
De même que celui dont l'intelligence est lente reçoit cependant la récompense de son effort méritoire, de même celui qui néglige le don naturel de l'intelligence donnée par Dieu est condamnable parce qu'il a méprisé le don reçu : la paresse est un péché.
Sans le secours de la grâce, l'enseignement a beau entrer dans les oreilles, il ne descend jamais jusque dans le cœur ; il fait du bruit à l'extérieur mais sans aucun profit à l'intérieur. La parole de Dieu entrée par les oreilles parvient au fond du cœur lorsque la grâce de Dieu touche intérieurement l'esprit pour qu'il comprenne.
R/ Louange au Père
qui nous révèle
les secrets du Royaume !
La Sagesse a mis ses délices
à fréquenter les enfants des hommes.
Heureux ceux qui gardent ses voies,
heureux ceux qui écoutent la Parole !
Oraison
Daigne exaucer, Seigneur, les prières que nous t'adressons en la fête de saint Isidore de Séville : que ton Église trouve en lui un défenseur après l'avoir écouté comme un maître spirituel.
TRAITÉ DE LA VIE SPIRITUELLE DE S. VINCENT FERRIER
Dans les prédications et les exhortations, emploie un langage simple, celui d'un entretien familier, pour expliquer en détail ce qu'il faut faire. Autant que possible, donne des exemples, afin que le pécheur, chargé de tel péché, se sente atteint comme si tu prêchais pour lui seul. Mais parle de telle sorte que tes paroles apparaissent bien comme ne venant pas d'un esprit orgueilleux ou irrité, mais plutôt de la tendresse d'une charité et d'une bonté paternelle. Sois pareil à un père qui s'afflige de voir ses enfants coupables, Ou gravement malades, jetés dans un fossé profond : il essaie de les ramener, de les délivrer, il veut les caresser comme une mère, comme quelqu'un qui se réjouit de voir leur progrès et de pouvoir espérer pour eux la gloire du paradis.
C'est ainsi qu'on fait ordinairement du bien à ses auditeurs. Car un exposé général sur les vertus et les vices ne les touche guère.
De même dans les confessions : que tu encourages aimablement les timides, ou que tu menaces sévèrement les endurcis, montre toujours la tendresse de la charité. Que le pécheur comprenne toujours que tes paroles sont inspirées par la charité pure. C'est pourquoi les paroles charitables et douces doivent toujours précéder les paroles mordantes.
Toi qui désires être utile aux âmes qui t'approchent, commence par recourir à Dieu de tout ton cœur. Fais-lui simplement cette demande : qu'il daigne répandre en toi cette charité qui est l'essentiel des vertus et qui te permettra d'accomplir ce que tu souhaites.
R/ Seigneur, qui habitera sur ta montagne sainte ?
Celui qui juge avec justice
en écoutant le petit comme le grand.
Celui qui ne craint pas l'homme,
sachant que le jugement relève de Dieu.
Celui qui refuse d'être acheté
pour accabler un innocent.
Oraison
Dieu qui as choisi saint Vincent Ferrier pour la prédication de l'Évangile, donne-nous le bonheur de voir un jour dans le Royaume des cieux celui dont il annonçait ici-bas la venue comme juge, Jésus, le Christ, notre Seigneur.
MÉDITATION DE S. JEAN BAPTISTE DE LA SALLE
Pour le temps de la retraite.
Faites réflexion à ce que dit saint Paul que Dieu a établi dans l'Église des Apôtres, des Prophètes et des Docteurs, et vous serez persuadés que c'est lui aussi qui vous a établis dans votre emploi ; une des marques que vous en donne le même saint est qu'il y a divers ministères mais qu'il y a différentes opérations, et que le Saint-Esprit ne se manifeste en chacun de ces dons que pour l'utilité commune, c'est-à-dire pour l'utilité de l'Église.
Vous ne devez pas douter que ce ne soit un grand don de Dieu, que la grâce qu'il vous fait de vous charger d'instruire les enfants, de leur annoncer l'Évangile, et de les élever dans l'esprit de religion, lui qui vous a appelés pour ce saint ministère.
Faites donc connaître, dans toute votre conduite à l'égard des enfants qui vous sont confiés, que vous vous regardez comme les ministres de Dieu, en l'exerçant avec une chanté et un zèle véritables.
Ce qui vous doit encore engager à avoir un grand zèle dans votre état, c'est que non seulement vous êtes les ministres de Dieu, mais que vous l'êtes même de Jésus Christ et de l'Église. C'est ce que dit saint Paul qui veut que chacun considère ceux qui annoncent l'Évangile comme les ministres de Jésus Christ, qui écrivent la lettre qu'il leur a dictée, non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant ; non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair qui sont les cœurs des enfants.
C'est pourquoi vous devez en cette qualité avoir uniquement pour fin, en les instruisant, l'amour et la gloire de Dieu ; car l'amour de Dieu vous doit presser, parce que Jésus Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux ; c'est ce que votre zèle vous doit faire inspirer à vos disciples, comme si Dieu même les exhortait par vous, puisque vous êtes les ambassadeurs de Jésus Christ.
Il faut aussi que vous fassiez voir à l'Église quelle charité vous avez pour elle, et que vous lui donniez des preuves de votre zèle, car c'est pour l'Église (comme étant le corps de Jésus Christ) que vous travaillez.
Faites en sorte, par votre zèle, de donner des marques sensibles que vous aimez ceux que Dieu vous a confiés, comme Jésus Christ a aimé son Église ; faites-les entrer véritablement dans la structure de cet édifice et qu'ils soient en état de paraître un jour devant Jésus Christ pleins de gloire, sans tache, sans rides et sans souillures, pour faire connaître aux siècles à venir les richesses abondantes de la grâce qu'il leur a faite en leur procurant le secours de l'instruction ; et à vous de les instruire et de les élever, pour être un jour les héritiers du royaume de Dieu et de Jésus Christ Notre Seigneur.
R/ Rendons grâce à Dieu :
dans le Christ il nous donne part à son triomphe.
Telle est notre assurance devant Dieu :
il fait de nous les ministres de l'Alliance nouvelle.
Vous êtes une lettre du Christ,
écrite par l'Esprit de Dieu sur vos cœurs.
Oraison
Dieu qui as choisi saint Jean-Baptiste de la Salle pour former les jeunes à la vie chrétienne, suscite encore dans ton Église des éducateurs qui se dévoueront tout entiers à cette œuvre de formation humaine et religieuse.
LETTRE DE S. CYPRIEN
Lorsque nous livrons bataille, lorsque nous soutenons le combat de la foi, Dieu nous regarde, ses anges nous regardent, le Christ nous regarde. Quelle gloire, quelle chance d'avoir Dieu comme président de l'épreuve lorsque nous combattons, et le Christ pour juge lorsque nous sommes couronnés !
Armons-nous, frères très chers, de toutes nos forces, et préparons-nous à la lutte avec une âme sans tache, une foi entière, un courage généreux. Que l'armée de Dieu rejoigne les positions qui nous sont assignées.
Le bienheureux Apôtre nous invite à nous armer et à nous préparer : Ayons la vérité pour ceinturon, dit-il, la justice pour cuirasse, et, comme chaussures, l'élan pour annoncer l'Évangile de la Paix. Prenez le bouclier de la foi, qui vous permettra d'éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Prenez le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c est-à-dire la parole de Dieu.
Prenons ces armes, munissons-nous de ces protections spirituelles et célestes, afin que nous puissions, au jour mauvais, résister aux menaces du diable et le repousser.
Revêtons la cuirasse de la justice, pour que notre poitrine soit couverte et protégée contre les projectiles de l'ennemi. Que nos pieds soient chaussés et armés par l'enseignement évangélique, afin que le serpent, lorsque nous entreprendrons de le fouler et de l'écraser, soit incapable de nous mordre et de nous faire tomber.
Portons courageusement le bouclier de la foi, afin que sa protection puisse éteindre tout ce que l'ennemi jettera contre nous.
Prenons aussi, pour nous couvrir la tête, le casque de l'Esprit afin de protéger nos oreilles pour qu'elles n'entendent pas des édits de mort ; nos yeux pour qu'ils ne regardent pas des idoles détestables ; notre front pour qu'il garde intact le signe de Dieu ; notre bouche pour que notre langue confesse victorieusement le Christ, son Seigneur.
Armons aussi notre main droite du glaive de l'Esprit afin qu'elle rejette courageusement des sacrifices funestes, et que, se souvenant de l'Eucharistie qui nous donne le Corps du Seigneur, elle lui demeure attachée, pour recevoir ensuite la récompense des couronnes célestes.
Ayez tout cela bien à cœur, frères très chers. Si nous sommes en train d'y penser et de le méditer, quand survient le jour de la persécution, le soldat du Christ, instruit par ses enseignements et ses avis, ne redoute pas le combat : il est prêt pour la couronne.
R/ Prenons en mains le bouclier de la foi
et le glaive de la Parole de Dieu.
Pour la cause de Dieu, les armes de notre combat
ont pouvoir de renverser les forteresses.
Pour détruire toute puissance
qui se dresse contre Dieu.
Oraison
Seigneur, c'est pour te rendre gloire que l'évêque saint Stanislas est tombé sous les coups de ses persécuteurs ; accorde-nous de rester jusqu'à la mort fermes dans la foi.
LETTRE DE S. MARTIN Ier À UN CORRESPONDANT DE CONSTANTINOPLE.
Nous avons toujours un grand désir de vous écrire pour réconforter votre charité et pour alléger le souci que nous vous donnons, à vous et aussi à tous les saints nos frères qui se préoccupent de nous au nom du Seigneur. Je vous écris donc maintenant ce qui fait notre tourment. Je dis la vérité, au nom du Christ notre Dieu.
En effet, nous avons beau être éloignés de toute agitation mondaine et dépouillés de nos péchés, nous manquons de ce qui est essentiel à la vie. Les habitants de cette région sont tous païens, et tous ceux qu'on y rencontre ont adopté les mœurs païennes ; ils n'ont absolument aucune charité, même pas celle que la nature humaine fait voir habituellement chez les barbares eux-mêmes, qui montrent souvent de la compassion.
J'ai été étonné, et je le suis encore, de l'indifférence et de l'insensibilité de tous ceux qui jadis étaient en relation avec moi, de mes amis et de mes proches : ils ont complètement oublié mon malheur et ne veulent même pas savoir où je me trouve, si je suis encore sur terre ou si je n'y suis plus.
Avec quelle conscience, à votre avis, pourrons-nous nous présenter au tribunal du Christ, alors que tous les hommes seront accusateurs et devront rendre des comptes, car ils sont tous tirés du même limon et de la même masse ? Quelle est cette terreur qui est tombée sur les hommes, pour les empêcher d'accomplir les commandements de Dieu ? Quelle est cette crainte, là où il n'y a rien à craindre ? Sommes-nous abandonnés au point que les esprits mauvais nous dominent ? Suis-je donc apparu comme nuisant à l'Église entière, et comme un adversaire pour eux ?
Mais Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, puisse-t-il, par l'intercession de saint Pierre, établir leurs cœurs dans la foi orthodoxe, les fortifier contre tout hérétique et tout personnage qui s'oppose à notre Église ; qu'il les garde inébranlables, surtout le pasteur qui maintenant se montre leur chef ; qu'ils ne se permettent aucune déchéance, aucune déviation, aucun abandon, même pas sur le plus petit point, à l'égard de ce qu'ils ont professé par écrit en présence du Seigneur et des saints anges. Avec le pauvre homme que je suis, qu'ils reçoivent de la main de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ la couronne de justice qui récompensera la foi orthodoxe.
De ce pauvre corps qui est le mien, le Seigneur lui-même prendra soin, comme il lui plaira d'en disposer, soit que mes épreuves ne cessent pas, soit qu'il m'accorde un peu de soulagement. Le Seigneur est proche : de quoi puis-je me tourmenter ? J'espère en ses miséricordes, et qu'il ne tardera pas à ordonner la fin de ma course.
Saluez les vôtres, au nom du Seigneur, et tous ceux qui pour l’amour de Dieu ont pitié de ma captivité. Que Dieu vous protège de sa main puissante contre toute tentation, et vous sauve en vous prenant dans son royaume.
R/ Pour aller à Jésus, sortons hors du camp
En portant son opprobre.
Jésus, pour sanctifier le peuple par son sang,
A souffert hors de la ville.
Ils sauront que le Seigneur les a dispersés
Dans les pays étrangers.
Nous n'avons pas sur la terre de cité permanente,
mais nous cherchons celle de l'avenir.
Oraison
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, une force d’âme invincible pour soutenir les combats de ce monde, toi qui as voulu que le pape saint Martin résiste aux menaces et aux tortures.
PRIÈRE DE SAINT ANSELME
Mon âme, as-tu trouvé ce que tu cherchais ? Tu cherchais Dieu, et tu as trouvé qu'il était supérieur à tous les êtres et tel qu'on ne peut rien penser de meilleur que lui ; qu'il était la vie même, la lumière, la sagesse, la bonté, l'éternelle béatitude et la bienheureuse éternité ; et qu'il l'était toujours et partout.
Seigneur mon Dieu, qui m'as créé et racheté, réponds au désir de mon âme, en lui déclarant ce qui diffère en toi de ce qu'elle a vu, afin qu'elle contemple à découvert l'objet de son désir. Elle s'applique à mieux voir et elle ne voit que ténèbres au-delà de ce qu'elle a vu ; ou plutôt elle ne voit pas de ténèbres, car il n'y en a pas en toi, mais elle voit qu'elle ne peut voir davantage, bornée qu'elle est par ses propres ténèbres.
Vraiment, Seigneur, elle est inaccessible, la lumière où tu habites. Nul autre que toi, vraiment, ne peut pénétrer en cette lumière, et là te contempler à découvert. C'est pour cela, en vérité, que je ne peux la voir : elle est trop éclatante pour ma vue. Et pourtant, tout ce que je vois, c'est grâce à elle que je le distingue, comme un œil trop fragile voit, grâce au soleil, tout ce qu'il aperçoit, sans pouvoir cependant regarder le soleil lui-même.
Mon intelligence demeure impuissante devant ta lumière ; elle est trop éclatante. L'œil de mon âme est incapable de la recevoir, et il ne supporte même pas de rester longtemps fixé sur elle. Mon regard est blessé par son éclat, dépassé par son étendue ; il se perd dans son immensité et reste confondu devant sa profondeur.
Ô lumière souveraine et inaccessible ! O vérité totale et bienheureuse ! Que tu es donc loin de moi, et pourtant je suis si près de toi ! Tu échappes presque entièrement à ma vue, tandis que je suis, moi, tout entier sous ton regard.
En tout lieu rayonne la plénitude de ta présence, et je ne te vois pas. C'est en toi que j'agis et que j'ai l'existence, pourtant je ne puis atteindre jusqu'à toi. Tu es en moi, tu es tout alentour de moi, et je ne puis te percevoir.
Je t'en prie, mon Dieu, fais que je te connaisse, fais que je t'aime pour que ma joie soit en toi. Et si je ne le peux pleinement en cette vie, puissé-je du moins y progresser tous les jours, jusqu'à parvenir à la plénitude. Qu'en cette vie ta connaissance croisse en moi, et qu'elle soit achevée au dernier jour ; que grandisse en moi ton amour et qu'il soit parfait dans la vie à venir, pour que ma joie, déjà grande ici-bas en espérance, soit alors achevée dans la réalité.
Seigneur Dieu, par ton Fils tu nous as donné l'ordre, ou mieux, le conseil, de demander ; et tu as promis que nous serions exaucés, afin que notre joie soit parfaite. Je te fais, Seigneur, la prière que tu nous suggères par celui qui est notre Conseiller admirable. Puissé-je recevoir ce que tu as promis par ta Vérité, pour que ma joie soit parfaite. Dieu vrai, je te fais cette prière ; exauce-moi pour que ma joie soit parfaite.
Que désormais ce soit la méditation de mon esprit et la parole de mes lèvres. Que ce soit l'amour de mon cœur et le discours de ma bouche, que ce soit la faim de mon âme, la soif de ma chair et le désir de tout mon être, jusqu'à ce que j'entre dans la joie du Seigneur, Dieu unique en trois Personnes, béni pour les siècles. Amen.
R/ Joie pour qui cherche en Dieu son refuge,
éternels cris de joie !
Dès le matin je suis tendu vers toi
et je reste en éveil.
Oui, tu bénis le juste, Seigneur,
tu l'entoures du rempart de ta grâce.
Ouvre mes lèvres
et ma bouche annoncera ta louange !
Oraison
Dieu qui as donné à l'évêque saint Anselme de pénétrer et d'enseigner les profondeurs de ta sagesse, fais que la foi vienne au secours de notre intelligence, et rende savoureuse à notre cœur la vérité que tu nous dis de croire.
HOMÉLIE DE S. PIERRE DAMIEN POUR LA FÊTE DE S. GEORGES
La fête de ce jour, mes bien-aimés, ajoute à notre joie de la gloire pascale ; comme une pierre précieuse incrustée dans de l'or, elle la rehausse par la beauté de son propre éclat.
Certes, saint Georges a été transféré d'une armée à une autre armée, puisqu'il a échangé la fonction de tribun militaire, qu'il exerçait sur terre, pour l'engagement dans l'armée chrétienne. Et vraiment, comme un courageux soldat, il commença par distribuer tous ses biens aux pauvres, il rejeta le fardeau des richesses terrestres ; ainsi, libre de ses mouvements, armé à la légère et portant la cuirasse de la foi, il se plongea au plus fort de la mêlée, en bouillant guerrier du Christ. De telles paroles nous enseignent à l'évidence qu'on est incapable de combattre courageusement et utilement pour la foi, si l'on craint encore de rejeter les ressources terrestres.
Mais saint Georges, embrasé par le feu du Saint-Esprit et protégé invinciblement par l'étendard de la croix, s'est attaqué si vaillamment au roi criminel, qu'il a vaincu, en la personne de ce lieutenant, le grand chef de tous les criminels, et qu'il a excité les chœurs des soldats du Christ à combattre avec courage.
L'arbitre suprême et invisible assistait au combat ; selon les plans de sa libre volonté, s'il permettait aux impies de déployer leur violence, s'il a livré les membres de son martyr aux mains des bourreaux, il a cependant gardé sous sa protection incessante l'âme qui se confiait en la citadelle inexpugnable de la foi.
Ce guerrier de l'armée du ciel, frères très chers, ne nous contentons pas de l'admirer : imitons-le. Dès maintenant, que notre esprit s'élève vers la récompense de la gloire céleste. Alors, en fixant notre cœur dans la contemplation de celle-ci, nous serons inébranlables, soit que le monde nous cajole et nous sourie, soit qu'il fasse entendre les grondements menaçants de ses contradictions.
Selon le précepte de saint Paul, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l'esprit, afin de pouvoir un jour entrer dans ce temple de la béatitude vers lequel nous portons maintenant l'attention de notre intelligence. Quelqu'un veut-il s'offrir lui-même à Dieu en sacrifice, dans le tabernacle du Christ, qui est l'Église ? Il est nécessaire qu'après s'être purifié dans le bain du baptême, il revête la parure des diverses vertus, selon qu'il est écrit : Que tes prêtres se revêtent de la justice. Ainsi, celui qui par le baptême renaît dans le Christ comme un homme nouveau ne doit pas reprendre les insignes de la mortalité ; il doit déposer l'homme ancien pour revêtir l'homme nouveau ; renouvelé par sa recherche d'une conduite pure, il continuera à vivre dans cette nouveauté.
Ainsi donc, lavés de la crasse du vieux péché et transfigurés par l'éclat de la vie nouvelle, célébrons dignement le mystère pascal et suivons en vérité l'exemple des bienheureux martyrs.
R/ Prenons en main le bouclier de la foi
et le glaive de la parole de Dieu.
Pour la cause de Dieu,
les armes de notre combat
ont le pouvoir de renverser les forteresses.
Pour détruire toute puissance
qui se dresse contre Dieu.
Pour rendre toute pensée captive
dans l'obéissance au Christ.
Oraison
Seigneur, nous célébrons ta puissance et nous te supplions humblement : que saint Georges soit aussi généreux pour secourir notre faiblesse qu'il le fut pour imiter la Passion de ton Fils. Lui qui règne.
ÉLOGE DE S. FIDÈLE PAR LE PAPE BENOÎT XIV
Il a déployé la plénitude de sa charité en soulageant et en secourant extérieurement son prochain ; ouvrant à tous les malheureux des bras paternels, il faisait vivre de véritables troupes de pauvres par les aumônes qu'il recueillait de partout. Il remédiait à l'abandon des orphelins et des veuves en leur procurant du secours auprès des puissants et des princes. Sans relâche il apportait aux prisonniers tout le réconfort, spirituel et corporel, dont il était capable ; il visitait assidûment tous les malades, leur apportait de la joie et, après les avoir réconciliés avec Dieu, les fortifiait pour le dernier combat.
En ce genre, il n'a jamais moissonné plus de mérites que lorsque l'armée autrichienne, cantonnée dans les Grisons, presque tout entière frappée par une épidémie, s'offrait à la maladie et à la mort comme une proie digne de pitié.
Cet homme de foi, Fidèle par son nom et par sa vie, se distingua, en même temps que par sa charité, par son ardeur pour défendre la foi. Il la prêcha inlassablement, et peu de jours avant de la confirmer par son sang, dans son dernier sermon, il laissa comme son testament en prononçant ces paroles :
« Ô foi catholique, comme tu es ferme, comme tu es inébranlable, bien enracinée, bien fondée sur la pierre solide ! Le ciel et la terre disparaîtront, mais tu ne pourras jamais disparaître. Dès le commencement, le monde entier t'a contredite, mais tu as triomphé de tous par ta grande puissance. La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. Elle a fait plier des rois très puissants sous le joug du Christ, elle a conduit les peuples à obéir au Christ.
Qu'est-ce qui a fait que les saints Apôtres et martyrs ont subi de durs combats et de cruels supplices, sinon la foi, principalement la foi en la résurrection ? Qu'est-ce qui a conduit les anciens moines à dédaigner les plaisirs, à mépriser les honneurs, à piétiner les richesses pour mener au désert une vie céleste, sinon la foi vive ? De nos jours, qu'est-ce qui entraîne les chrétiens à rejeter la facilité, à renoncer au confort, à supporter les épreuves, à souffrir une vie pénible ? C'est la foi vive, qui agit par la charité. C'est elle qui a fait abandonner les biens présents par l'espérance des biens futurs et, en échange des biens présents, recevoir les biens du monde à venir. »
R/ En Dieu notre confiance :
il nous pourvoit de tout avec générosité.
Combats le bon combat,
conquiers la vie éternelle
à laquelle tu as été appelé.
N'amassez pas de trésors sur la terre
mais dans le ciel,
et débordez d'action de grâce.
Oraison
Seigneur, tu as donné la victoire du martyre à saint Fidèle de Sigmaringen, alors que, brûlant de ton amour, il travaillait à répandre la foi ; à sa prière, accorde-nous la grâce d'être enracinés dans la charité et de connaître avec lui la puissance de résurrection du Christ. Lui qui règne.