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IIème  DIMANCHE T.O. – C
L’Église, qui est Mère, nous éduque de plus en plus à l’intérêt, à la passion pour le Christ. Après la manifestation de sa gloire aux nations, à travers le témoignage des Mages, après qu’Il se soit manifesté au Peuple d’Israël, sur les rives du Jourdain, par la voix, tout d’abord, du Baptiste, et encore davantage par la voix de Dieu le Père, aujourd’hui, en ce premier dimanche du Temps Ordinaire, c’est l’œuvre du Christ aux Noces de Cana qui témoigne de Lui, marquant ainsi le début de son ministère public. En observant la dynamique de ce premier grand signe public du Christ, nous nous arrêterons sur deux aspects seulement.
Tout d’abord, après être venu au monde pour notre salut, ce n’est pas Jésus qui, paradoxalement, prend l’initiative, mais sa Mère. Selon les paroles que nous avons écoutées, le Christ semble avoir toujours ’’conscience’’ du moment de la passion, il semble qu’Il porte toujours en son coeur le moment de son ’’heure’’, l’heure à laquelle tout sera accompli : sa mission, son amour pour nous, notre salut, la volonté du Père. Ce moment est tellement présent en Lui qu’à la requête sa Mère, Il répond en s’exclamant : » Femme, que veux-tu de moi ? Mon heure n’est pas encore arrivée » (Jean 2,3). Cependant son respect pour nous est tel qu’il attend que ce soit notre humanité à demander son intervention, et c’est à travers la Bienheureuse Vierge Marie que parvient au Christ la prière de l’humanité : » Ils n’ont plus de vin ! » (Jean 2,3).
Le Christ veut intervenir dans l’existence de l’homme, Il veut entrer dans notre vie pour la racheter, il est venu porter le ’’feu’’ sur la terre, et combien Il voudrait qu’il soit déjà allumé ! (Luc 12,49). Toutefois Il attend un signe de notre liberté, l’invitation d’une prière affligée, sentie, authentique. Le Christ attend que nous demandions son intervention, afin que notre cœur, rendu plus attentif par le désir, puisse l’accueillir avec davantage de disponibilité.
C’est pour cela que nous ne devons pas craindre de ’’prier’’ le Christ ni nous préoccuper de l’importuner, car Il attend notre invocation afin d’entrer de cette manière dans le monde et dans la vie à travers la porte de notre prière. Prions Jésus, mes très chers frères et sœurs, implorons son intervention en ayant toujours recours, sans hésiter, à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, notre Avocate, qui a toujours accès à Son fils et est toujours soucieuse de ce dont nous avons besoin.
Considérons, ensuite, le miracle en tant que tel. Tout d’abord, par la transformation de l’eau en vin, le pouvoir que le Christ Dieu exerce sur la matière apparaît ici, au point qu’il Lui est possible de changer l’essence des choses. Cela annonce, en quelque sorte et de manière évidente, le Sacrement de l’Eucharistie dans lequel ce n’est pas l’eau qui se transforme en vin, mais le pain et le vin, qui grâce à la prière de consécration que prononce le prêtre, deviennent par transsubstantiation corps et sang du Christ Seigneur.
Dans ce merveilleux tableau eucharistique, une autre grande vérité nous est suggérée : pour apprécier le vin nouveau, qui est le Christ, il n’est pas nécessaire d’être ignare en dégustation. Aux serviteurs qui avaient rempli les jarres, Jésus dit : « Puisez maintenant et portez-en à l’ordonnateur du repas » (Jean 2,8). Le vin nouveau dont le Christ nous fait don – ce vin nouveau qui est le Christ même – ne craint aucune comparaison, bien au contraire, il est immédiatement soumis au jugement du maître de la table, lequel, demandant l’attention de tous les convives, ne peut qu’en chanter les louanges !
Il n’est pas nécessaire d’être intellectuellement pauvre, socialement et économiquement fragile, humainement tiède pour accueillir le Christ avec joie, ainsi que voudraient le laisser entendre certains penseurs de tous temps, réduisant le Christianisme à un vague sentiment ou à un moralisme mortifiant. Non !
Bien au contraire, les plus ‘’’experts’’, ceux dont le cœur reste vigilant, ceux qui sont intellectuellement vifs, humainement attentifs – et même exigeants – ne peuvent que sursauter de joie dans leur rencontre avec le Christ et avec l’Église, qui en est le véritable Corps. Ils ne peuvent que reconnaître, en outre, combien face à toute ’’offre’’ du monde – même excellente – le vin du Christ est le seul, le vrai ’’bon vin’’ qui ait été gardé jusqu’à présent (cf. Jean 2,10).
Implorons la Bienheureuse Vierge Marie, devenue la voix de l’humanité lors du ’’oui’’ de l’Annonciation pour accueillir le Fils de Dieu, et lors de cette invocation, à la fois ferme et confiante, des noces de Cana, pour obtenir son intervention : qu’elle continue, avec son amour maternel, à nous indiquer Jésus et à nous répéter, ainsi qu’elle le fit aux serviteurs « Faites ce qu’Il vous dira » (Jean 2,5). Amen !
IIIème Dimanche du Temps Pascal
Nous vivons pleinement la joie du Temps Pascal, la nouvelle saison de grâce dont Dieu a fait don à l’homme à travers le Christ.
En effet, l’ayant ressuscité des morts, Dieu le Père a pleinement accompli son dessein de salut et manifesté en même temps son amour infini à l’égard des hommes.
En réponse à cela, le chrétien doit vivre ce temps liturgique en louant le Seigneur, conscient que tout nous est offert par Dieu par l’intercession de Celui qui a été crucifié et qui est ressuscité.
En ce troisième dimanche du Temps de Pâques nous réaliserons ainsi le message que l’Église veut transmettre à tous les hommes de bonne volonté en relevant que Jésus est toujours présent parmi nous avec la même sollicitude, la même force prodigieuse de sa Parole.
Cette caractéristique est d’autant plus évidente dans le passage de l’Évangile où Jésus apparaît pour la troisième fois à ses disciples, non plus à l’intérieur du Cénacle comme les deux premières fois, mais au bord de la mer de Tibériade, en plein air, afin de signifier que sa Parole est désormais destinée à se répandre au-delà des frontières du vieil Israël, sur toutes les routes du monde.
Jésus s’approche des apôtres avec des gestes d’affection et de sollicitude ; il entre dans le contexte de la vie quotidienne de ses disciples avec simplicité, affabilité. Il intervient dans leurs problèmes pour souligner que toute œuvre ne naît pas d’initiatives personnelles, mais de l’obéissance à la Parole du Seigneur ressuscité. Ainsi, ayant remarqué qu’ils n’avaient rien pêché pendant cette nuit, il leur ordonna de jeter à nouveau leurs filets.
C’est la présence de Jésus qui donne un sens à la vie que nous vivons ; qui donne de la valeur à la fatigue de notre labeur quotidien, à nos activités habituelles, de sorte que sans Lui cette fatigue est inutile.
Jésus est toujours parmi nous, surtout quand nous nous apprêtons à être dociles à sa Parole ; c’est Lui qui intervient pour aplanir toutes nos difficultés : l’Évangile nous le confirme en nous racontant qu’Il s’activa lui-même pour préparer le repas et qu’ensuite, après avoir invité les disciples, il les bénit avec ces gestes dont ils se souvenaient bien parce qu’il les avait accomplis au cours de la dernière Cène.
Et de même qu’à cette occasion il avait indiqué celui qui allait le trahir, de même à présent il proclame publiquement celui qui allait conduire son Église, unique voie de salut pour ceux qui croient dans le Christ.
Le dialogue de Jésus avec Pierre est à la fois riche de signification et dense de pathos avec la question trois fois posée : ’’M’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ?’’.
Ce dialogue, dans sa triple forme, est certainement un rappel de la triple négation de Pierre et c’est pourquoi Jésus a voulu une triple profession de foi.
Jésus a répété à plusieurs reprises qu’il était le seul vrai Pasteur : il ne pouvait donc pas confier à quiconque la garde de son troupeau, mais seulement à celui qui pouvait l’aimer de nouveau plus que tous, et qui était prêt à le suivre jusqu’à la mort.
Nous pouvons relever une progression d’une extrême délicatesse dans les questions de Jésus et une profonde humilité dans les réponses de Pierre, de sorte qu’à chaque témoignage d’amour de Pierre, Jésus lui confie la mission de conduire le troupeau que le Père lui a accordé en commençant par les plus petits, qu’il appelle les agneaux parce qu’ils ont davantage besoin des soins et des préférences de son Vicaire.
Jésus ne pouvait confier son peuple qu’à une personne digne de sa confiance, et Pierre a justifié l’estime de Jésus en conformant sa vie à celle du Christ, partageant même sa mort.
Au cours des siècles, cette mission a été confiée à son successeur, le Pape. Nous lui devons obéissance, nous devons nous laisser guider par son enseignement parce que c’est la seule voie qui nous conduira au salut que Jésus veut pour nous tous.
Troisième  Dimanche du Temps Ordinaire
La page du prophète Isaïe présente un avenir de libération, et donc de grande joie pour toute la Galilée, à travers l'image de la lumière qui déchire les ténèbres dans lequel le peuple marche. Ainsi l'Évangile, en citant textuellement le même passage du prophète Isaïe, présente Jésus comme la lumière qui réalise cette prophétie : Il est la lumière promise, venue pour déchirer les ténèbres du péché et libérer l'homme de l'obscurité dans laquelle il s'est enfermé.
La lumière devient un véhicule efficace pour exprimer l'implication de Dieu dans l'histoire de l'homme. Dieu se manifeste comme « La Lumière » qui dissout les ténèbres. La lumière illumine et éclaircit, elle donne du contour, elle définit les choses, elle rend évidentes les couleurs, elle donne du volume aux espaces. La lumière, en outre, rassérène et rend courage : se trouver dans un lieu éclairé permet d'accueillir la réalité pour ce qu'elle est, cela donne une sensation de plus grande joie et, sûrement, de sécurité.
L'initiative que Dieu prend envers les hommes leur permet de prendre un rapport renouvelé avec la réalité : dans la lumière de Dieu tout revêt  un nouveau profil, le profil authentique et définitif. Une lumière qui rassérène, qui rend fort, qui permet au cosmos et à l'homme de se dévoiler. Voilà pourquoi, après avoir dit : « Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi », le texte ajoute : « Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie ».
Une allégresse et une joie qui deviennent réels en présence de Jésus. Il est cette lumière promise depuis toujours, venue habiter au milieu de nous, et c’est sa présence physique qui exprime l'avènement définitif de la lumière.
La lumière qui resplendit marque l'initiative de Dieu : c’est lui qui fait le premier pas, miséricordieux et gratuit, vers l'humanité blessée.
Cette dynamique s'exprime à travers l'appel des premiers Apôtres par Jésus. C’est Lui qui les choisit, avec une invitation qui ne laisse pas place à équivoque : « Suivez-moi ! ». Devant la soudaine « irruption » de Dieu dans leur existence, ils sont invités à abandonner leurs filets, c'est-à-dire à se confier totalement au Seigneur, pour une nouvelle « pêche », pour un nouvel horizon définitif. C’est justement à l'épilogue de son histoire terrestre, dans le Cénacle, que Jésus rappellera à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais je vous ai choisi ».
La Parole de Dieu nous invite donc ce dimanche à nous rappeler que notre vocation personnelle se fonde sur un choix originaire et absolument gratuit de la part de Dieu. L'invitation qu’il nous adresse est par conséquent de nous décider à nous laisser conquérir ou reconquérir par Lui, pour un tournant définitif de notre existence.
Demandons donc au Seigneur, pour nous et pour toute l'Église, le don d'une vraie conversion du coeur, qui sache accueillir le Christ comme l'unique Lumière à suivre, l'unique qui dissout réellement les ténèbres, en nous et autour de nous.
IIIÈME DIMANCHE DE L’AVENT
« Pousse des cris d’allégresse, Israël ! Réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem ! » (Sophonie 3,14). L’appel à la joie est si puissant en ce jour que ce Troisième Dimanche du Temps de l’Avent s’appelle le Dimanche de ’’Gaudete’’ : et cet appel traverse les siècles, avec une force grandissante, et arrive jusqu’à nous qui aujourd’hui sommes réunis ici : « Pousse des cris d’allégresse, ô Église du Christ, réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur ! » Et nous avons encore entendu les paroles de Saint Paul : » Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous » (Épître aux Philippiens 4,4).
Mais pourquoi donc l’Église nous invite-t-elle à une si grande joie ? Comment l’Église ose-t-elle appeler à la joie tous les hommes qui peuplent la terre ? En effet, toute l’Église présente sur notre globe et qui vit en Europe, en Amérique, en Afrique, en Asie et en Océanie célèbre la même Liturgie, écoute la même parole de Dieu, adore et se nourrit du même Seigneur Jésus, Présent dans l’Eucharistie.
« Pousse des cris de joie, […] réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur » ! Nous, qui vivons en Occident, nous pourrions, à juste titre, objecter immédiatement à cet appel en présentant les difficultés à caractère politique et économique qui tenaillent une grand partie de la population. Comment peut-on se réjouir alors que de tout côté, on déplore le manque de travail, pour certains la perte d’un toit où s’abriter, sans parler du manque de ressources de première nécessité, tandis qu’il semble impossible d’espérer un avenir serein pour nos jeunes ?
« Pousse des cris de joie, […] réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur ! » Nos frères de l’Église de Dieu qui est en Afrique ou en Asie pourraient objecter encore davantage à cet appel : la persécution chaque jour, à chaque seconde même, frappe des dizaines de chrétiens en leur demandant de sacrifier leurs vies physiques dans le martyre ! Et tous ceux qui se voient refuser l’exercice des droits de l’homme les plus élémentaires : la liberté religieuse, le droit à la vie et à la famille, la liberté d’expression, ils pourraient, eux aussi, objecter à cet appel à la joie !
« Pousse des cris de joie, ô Église du Christ, réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur ! » Pourquoi donc crier de joie ? Pourquoi se réjouir et triompher de tout cœur ? Pourquoi faut-il être toujours joyeux ?
Saint Paul nous répond : parce que « le Seigneur est proche ! » (Philippiens 4,5). « Car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël » (Isaïe 12). « Le Roi d’Israël, l’Éternel est au milieu de Toi » (Sophonie 3,15). Et écoutons enfin la voix de Saint Jean Baptiste : » Il vient, Celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers » (Luc 3,16).
Nous pouvons non seulement nous réjouir, mais aussi ’’pousser des cris ’’ de joie, parce que le Seigneur arrive, Il est proche. Et ce Fait, par sa grandeur, son caractère imprévisible, sa beauté ne peut qu’inonder nos cœurs de joie, d’une joie débordante qui se transforme naturellement en un chant d’exultation !
Le Seigneur est proche, le Très-Haut, l’Éternel, l’Incommensurable, qui est à l’Origine de tout ce que nous sommes et de tout ce qui nous entoure, et vers Lequel nous sommes tous orientés, Il est proche ! Il nous visite ! Il visite son peuple !
Dieu, dans le Christ, dans l’Enfant qui naîtra à Bethléem, s’est fait ’’proche’’, c’est-à-dire ’’accessible’’, ’’visible’’, ’’audible’’ et ’’tangible’’ pour chaque homme. Dieu S’est approché de nous, Il s’est fait proche de la vie de chacun de nous !
Et une telle proximité, inespérée et inattendue, entre le Mystère et notre vie, ne saurait nous ’’distraire’’ ni nous ’’anesthésier’’ face aux problèmes et aux difficultés qui touchent immanquablement la vie de chacun. Au contraire, elle nous permet de les considérer avec une liberté impensable auparavant : » Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute circonstance faites connaître vos besoins à Dieu, par des prières et des supplications, avec des actions de grâce » (Philippiens 4,6), nous a dit Saint Paul. Il est proche, donc Il nous écoute et nous pouvons faire recours à Lui, qui est notre Tout, Tout ce que nous avons toujours désiré et même bien davantage, et qui prête attention à la moindre de nos prières, à chacun de nos soupirs.
Et si, face à une telle Nouveauté, il nous arrivait de nous poser la question que la foule, les publicains et les soldats posèrent au Baptiste – « Que devons-nous donc faire ? » -, écoutons encore ces paroles : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même. […] N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. […] Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde » (Luc 3,11.15).
Autant dire, attendons cette personne, le Christ, en priant et sans chercher à satisfaire dans les choses les besoins insatiables de nos cœurs. Attendons Jésus, avec Marie qui pour la première fois entonna, dans le Magnificat, le chant de l’exultation ; attendons Jésus, unis à Elle, Marie, la Source de toute notre joie ! Amen.
IIIème Dimanche du Temps Ordinaire – C
« Tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi » (8,9).
Tout le peuple d’Israël pleure, en entendant les paroles de la loi ! Il pleure d’émotion, il pleure de douleur. Mais, dans les deux cas, les pleurs sont salutaires ; ils sont un don de Dieu, qui irrigue la sécheresse des cœurs et les ouvre à l’œuvre de son amour.
« Tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi » ! Pourquoi ? Pourquoi en entendant ces paroles le peuple est-il étreint par l’émotion, au point que – nous l’avons entendu - Esdras et Néhémie, les guides du peuple, doivent lui recommander de ne pas pleurer et de ne pas prendre le deuil ?
Parce qu’en entendant ces paroles, les cœurs étaient comme gonflés de joie et de douleur en même temps.
Avant tout, Israël pleure de joie ! Oui, le peuple pleure de joie en entendant ces paroles, parce que la loi, c’est-à-dire la volonté que Dieu avait voulu révéler à la nation qu’il s’était choisie, la loi incarne le signe le plus grand de la proximité et de la prédilection de Dieu. Une proximité et une prédilection qui plongent leurs racines dans la seule volonté souveraine de Dieu, dont la Providence avait réuni Israël dans la terre promise afin de lui adresser une fois encore son attention, sa parole. Cette proximité et cette prédilection ne se fondent pas sur une supériorité démographique, militaire ou économique d’Israël face aux autres nations – en effet le peuple venait de retourner de l’exil de Babylone, durant lequel il avait vécu toute la fragilité et le poids de son péché. Le peuple pleure donc d’émotion parce ce que Dieu est fidèle à ses promesses et parce qu’l ne s’est pas éloigné, même face au péché.
Le peuple, ensuite, pleure de douleur. Pourquoi ? Parce que la lecture du livre de la loi rappelle au peuple de quelle dignité il est déchu et quelle est la grandeur de son infidélité. Une infidélité faite de trahisons innombrables, une infidélité qui semble inéluctable, invincible. Une infidélité que seule la puissance de l’amour fort, infatigable et tenace de Dieu pourra vaincre.
Ainsi le livre de la loi est un livre de bénédiction, parce qu’il révèle la proximité de Dieu ; mais c’est aussi un livre de malédiction, car, à la lumière de la loi, tout le monde est reconnu coupable devant Dieu (Cf. Rm 3,19).
Ce double aspect de la loi, qui bénit et maudit en même temps, qui révèle l’amour et l’attention de Dieu pour l’homme et la culpabilité de l’homme qui ne répond pas à l’amour de Dieu, se prolonge dans l’histoire jusqu’à ce que se produise un événement nouveau, celui dont parle Saint Luc dans la page de l’Évangile que nous avons entendue : » Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la Parole, il m’a semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses, de te les exposer par écrit d’une manière suivie » (Lc 1,1-4).
De quel événement s’agit-il ? Que nous ont transmis ceux qui furent des témoins oculaires ? Que nous est-il arrivé ?
Mes chers frères et sœurs, il s’est passé que la Miséricorde de Dieu s’est faite chair ! Il s’est passé que « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi » (Gal 4,4). Il s’est passé que Jésus Christ a été crucifié, qu’Il est mort et qu’Il est ressuscité ! Il nous dit, ainsi qu’Il le fit à la synagogue de Nazareth, : » Aujourd’hui – c’est-à-dire maintenant, pendant que tu me regardes, mais pas seulement ; ‘’’aujourd’hui’’, c’est-à-dire en moi, en ma personne, dans ma chair – s’est accomplie l’Écriture que vous venez d’écouter ».
C’est dans le Christ, vrai homme et vrai Dieu, que la loi trouve son parfait accomplissement ; c’est dans sa chair que la volonté de l’homme adhère parfaitement et définitivement avec la volonté de Dieu ; c’est dans sa chair que, par le Mystère de l’Incarnation, la communion de l’homme avec Dieu nous est donnée et c’est toujours en Lui que cette communion s’accomplit parfaitement, dans l’obéissance parfaite, « jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Ph 2,8).
Dans le Christ, la loi s’accomplit parfaitement, mais elle est aussi dépassée ! En effet, Dieu ne demande plus seulement à l’homme un amour de créature, un amour humain. Dieu prétend de lui, maintenant, un amour divin, cet amour éternel du Fils envers le Père, dans lequel le Christ nous a introduits en nous ouvrant son cœur, en nous faisant don de son Esprit par le Saint Baptême et en faisant de nous les membres de Son Corps.
Désormais notre loi est le Christ Lui-même, une loi de grâce, une loi gravée dans nos cœurs par le feu de l’Esprit, une loi vivante qui, tandis qu’elle nous communique l’amour de Dieu par pure miséricorde, nous rend aussi capables de l’aimer en retour, « chacun pour sa part » (1Cor 12,27).
Demandons à la Très Sainte Vierge Marie, qui est l’icône parfaite de ce Corps, d’illuminer les yeux de notre esprit, de montrer à tous la proximité inouïe du Mystère qui s’est fait homme en son sein, et d’accueillir de plus en plus la communion vivante avec le Christ, pour embrasser avec une gratitude infinie la place qu’Il nous a donnée au sein de l’Église, et pouvoir ainsi Le servir de tout notre cœur. Amen !
IV Dimanche du Temps Ordinaire
Les lectures que la liturgie de la Parole nous offre en ce dimanche sont reliées par le thème commun du pauvre, entendu pas simplement au sens de l’indigent, mais, d'abord, comme celui qui fonde toute son assurance et son espoir en Dieu seul.
La première lecture présente le pauvre comme celui qui, tout en étant écrasé par les iniquités des puissants et les injustices, ne perd pas son espérance, regarde vers Dieu avec confiance, et fait reposer sur Lui seul sa persévérance.
Dans la seconde lecture S. Paul réaffirme avec force que les choix accomplis par Dieu ne suivent pas les logiques du monde : Dieu ne mise pas sur les hommes de succès, mais il choisit les plus petits, les pauvres ; Dieu préfère davantage les faibles, ceux qui aux yeux du monde n'ont apparemment aucune sorte de valeur ni de pouvoir, pour que, dit l'Apôtre : « Aucun homme ne puisse se glorifier devant Dieu » et qu’il soit donc clair que ce qui a été fait, ne vient pas de pouvoirs et de vertus humaines, mais seulement et exclusivement du Seigneur. C’est le scandale permanent du monde, appelé à la conversion devant l'apparent illogisme de la logique divine ! C’est le scandale, c'est-à-dire l'obstacle, de chaque chrétien qui n'a pas encore pleinement compris le mystère et le drame de l'incarnation du Verbe !
Enfin, dans l'Évangile des Béatitudes, le pauvre apparaît comme l’acteur privilégié du discours, en définitive le vrai protagoniste de l'histoire.
Les premiers destinataires des Béatitudes sont en effet les « pauvres en esprit », une expression qui veut indiquer ceux qui ont le coeur et la conscience intimement orientés vers le Seigneur. Ils sont l’expression du juste éprouvé par des moments de souffrance et de difficulté. Toutefois, ils sont déclarés bienheureux, heureux, parce que c’est justement sur eux que se pose avec satisfaction le regard compatissant et miséricordieux de Dieu.
Voilà le pauvre tel que l'entend réellement le texte biblique ! Les pauvres dans la Bible sont les « prostrés », les `anawîm’, ceux qui portent un poids sur les épaules. Ils sont rejoints par la faveur de Dieu et c’est pourquoi la parole les désigne aussi en tant que justes, doux, humbles. Toutes ces catégories sont comprises à l'intérieur des huit béatitudes évangéliques.
Apparaît ainsi la vraie signification du pauvre juste : il est avant tout celui qui ne se confie pas principalement en lui-même, mais en Dieu ; il se détache concrètement et intérieurement de la possession des personnes et des choses et, surtout, de lui-même ; il est celui qui ne fonde pas ses assurances sur des biens du monde, sur le succès, sur le pouvoir ou sur l'orgueil.
Pour cette raison il devient motif de scandale pour le monde, parce qu'il témoigne qu'on peut fonder la vie sur Dieu, avec la certitude assurée de sa présence constante, et il affirme ainsi que Dieu existe et qu’il est à l’oeuvre.
Chacun de nous est invité à vérifier sur quoi il fait réellement reposer ses certitudes ; vérifier combien notre existence quotidienne proclame, dans les faits, la présence efficace de Dieu dans le monde.
IVème Dimanche de l’Avent – C
« Comment m’est-il accordé que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (Lc 1,43). La Sainte Nuit approche, il semble qu’on entende déjà le chant des anges qui appelle vers la grotte les bergers de Bethléem, et l’Église, en ce Quatrième Dimanche de l’Avent, dans un extraordinaire crescendo de grâce et de stupeur, après nous avoir fait rencontrer Saint Jean Baptiste, le Précurseur du Verbe Incarné, nous met face à Marie, Celle qui porte en son sein Celui que notre cœur attend !
À quoi devons-nous cette rencontre extraordinaire ? Pourquoi cette visite si inattendue, si imméritée avant Noël ? De quoi l’Église veut-Elle nous faire don aujourd’hui ? Que nous dit aujourd’hui Marie ?
Avant tout notre attente, notre désir et notre gratitude sont alimentés de manière formidable !
Notre attente est nourrie parce que Marie Très Sainte porte en son sein le Fruit que Dieu attend de l’humanité, le Fruit que nous n’aurions jamais pu offrir, le Fils qui a été engendré en Elle par le Saint Esprit, Celui qui en venant au monde dit : » Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit :’’Voici, je viens – dans le rouleau du Livre il est question de moi – pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Épître aux Hébreux 10,6-7).
Notre désir est nourri parce si la Vierge Immaculée qui vient nous visiter est si belle, si sa voix remplit de joie le sein de Sainte Élisabeth et inonde d’amour notre cœur, combien doit être extraordinairement beau, aimant et grand Celui qu’Elle porte en Elle. Si la Demeure royale est si majestueuse, combien sera fort et majestueux le Roi qui l’habite ! Si le premier fruit est si doux, combien sera luxuriant l’Arbre qui Lui a donné vie ! Nous attendons dans le désir la naissance du Seigneur et nous nourrissons ce désir en tournant nos regards vers Marie et en répétant : » Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni ! » (Luc 1,42).
Notre gratitude, encore, est nourrie. Oui, parce que si la voix qui monte à ses lèvres est source de joie, puisqu’elle est l’écho de cette Joie sans déclin qu’elle porte en son sein, nous le devons à sa sainte liberté ! Oui, parce qu’Elle « a cru – exulte Élisabeth – dans l’accomplissement de ce que le Seigneur lui a dit » (Luc 1,45), Elle a dit ’’oui’’ à l’annonciation de l’Ange et nous a permis ainsi de prononcer tous nos ’’oui’’ ! Sur son ’’oui’’, se fondent tous les ’’oui ’’ !
C’est sur son ’’oui’’ que l’éternel ’’oui’’ de Dieu à notre Salut a voulu se soutenir ! Grâce à son ’’oui’’, le Salut est devenu ’’réalité’’. Grâce à son ’’oui’’, nous pouvons nous aussi adhérer, nous pouvons ’’croire’’ aux paroles que le Seigneur nous adresse et ainsi devenir bienheureux !
Et que nous dit le Seigneur ? À quoi somme-nous appelés à croire en cette Année de la Foi, d’une foi ferme, en obéissant par notre volonté et par notre intelligence ?
Nous sommes appelés à croire, d’une foi ferme, avant tout, à ceci : le Pasteur d’Israël, celui qui resplendit assis sur les chérubins, est venu nous visiter, nous qui sommes sa Vigne, et puisqu’il nous a rejoint en prenant notre chair en Marie et de Marie, jamais nous ne nous éloignerons plus de Lui (cfr. Psaume 79, 2.15.19).
Ensuite, nous sommes appelés à croire d’une foi ferme qu’Il ne prend pas seulement notre chair, mais qu’Il se fait ’’porter’’ par notre chair. C’est dans le sein de Marie que le Christ visite Sainte Élisabeth et bénit Son Précurseur. C’est de Marie qu’Il naîtra à Bethléem. C’est par Marie qu’Il sera présenté au Père et à l’humanité au Temple de Jérusalem. C’est par la chair humaine, la chair immaculée de Marie et la chair ’’sauvée’’ de l’Église, qu’Il se fait porter. C’est à travers la chair de l’Église, à travers notre chair – cette chair qu’Il a fait participer à Sa gloire divine même -, qu’Il veut rester avec nous et rejoindre tout homme, aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps !
Exultons donc, avec une joie indicible et glorieuse, en entonnant avec Celle que toutes les générations appelleront ’’Bienheureuse’’ : » Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur » (Luc, 1,46). Amen !
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