Notes de la station n° 1
1. Jésus prie dans le jardin : Pater mi (Mt 26, 39), Abba, Pater ! (Mc 14, 36). Dieu est mon Père, même s'Il m'envoie des souffrances. Il m'aime tendrement, alors même qu'Il me blesse. Jésus souffre, pour accomplir la Volonté du Père... Et moi qui veux aussi accomplir la très sainte Volonté de Dieu en marchant dans les traces du Maître, pourrais-je me plaindre si je rencontre lai souffrance comme compagne de route ?
Elle sera le meilleur signe de ma filiation, puisqu'Il me traite comme son Divin Fils. Et alors, comme Lui, je pourrai gémir et pleurer, tout seul, dans mon Gethsémani ; mais, prostré la face contre terre et reconnaissant mon néant, je ferai monter vers le Seigneur un cri sorti du fond de mon âme : Pater mi, Abba, Pater, ... fiat !
2. La capture : ... venit hora: ecce Filius hominis tradetur in manus peccatorum (Mc -14, 41). Le pécheur a donc son heure ? Oui, et Dieu son éternité !
Ô chaînes de Jésus ! Chaînes auxquelles Il s'est volontairement laissé attacher, attachez-moi, faites-moi souffrir avec mon Seigneur, afin que ce corps de mort s'humilie... Car il n'y a pas de moyen terme : ou c'est moi qui l'anéantis ou c'est lui qui m'avilit. Mieux vaut être esclave de mon Dieu qu'esclave de ma chair.
3. Pendant le simulacre de procès, le Seigneur se tait. Iesus autem tacebat (Mc 26, 63). Après quoi, Il répond aux questions de Caïphe et de Pilate... Pour Hérode, ce velléitaire, cet impur, pas un seul mot (cf. Lc 23, 9): le péché de luxure déprave à tel point qu'il rend même sourd à la voix du Sauveur.
Si tu vois que dans bien des milieux on s'oppose à la vérité, tais-toi et prie, mortifie-toi... et attends. Même dans les âmes qui paraissent les plus perdues subsiste, jusqu'au dernier instant, le pouvoir de revenir à l'amour de Dieu.
4. La sentence est sur le point de tomber. Pilate se moque : ecce rex vester! (Jn 19, 14). Hors d'eux-mêmes, les pontifes répondent : nous n'avons d'autre roi que César (Jn 19, 15).
— Seigneur ! où sont tes amis ? où sont tes sujets ? Ils t'ont abandonné. Cette débandade qui dure depuis vingt siècles... Nous fuyons tous la Croix, ta Sainte Croix.
Sang, angoisse, solitude, et une soif insatiable d'âmes... tel est le cortège de la royauté.
5. Ecce homo! (Jn 19, 5). Le cour se serre à la vue de la très Sainte Humanité du Seigneur, qui n'est plus qu'une plaie
On lui demandera alors : quelles sont ces blessures dans tes mains ? Et Il répondra : J'ai reçu des coups dans la maison de ceux qui m'aiment (Za 13, 6).
Regarde Jésus. Chaque déchirure est un reproche ; chaque coup de fouet une occasion de douleur, pour tes offenses et pour les miennes.
Notes de la station n° 2
1. Le cortège se prépare... Jésus, bafoué, est abreuvé des moqueries de tous ceux qui l'entourent. Lui ! Lui qui est passé sur terre en faisant le bien et guérissant chacun de ses infirmités (cf. Ac 10, 38).
C'est le bon Maître qu'ils vont mener au gibet, ce Jésus qui est venu au-devant de nous, nous qui nous étions éloignés.
2. Comme s'il s'agissait d'une fête, ils ont préparé un cortège, une longue procession. Les juges veulent savourer leur victoire en infligeant un supplice lent et inhumain.
Jésus ne trouvera pas la mort en un clin d'oeil... Il a tout le temps nécessaire pour que sa douleur et son amour s'identifient une fois de plus à la Volonté très aimable de son Père. Ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei (Ps 39, 9): à faire ta volonté, mon Dieu, je me complais, et ta loi est dans mon cœur.
3. Plus tu seras au Christ, plus tu obtiendras de grâce pour ton efficacité terrestre et ton bonheur éternel.
Mais tu dois te décider à suivre le chemin du don de soi : la Croix sur tes épaules, le sourire sur tes lèvres et, dans ton âme, une grande lumière.
4. Tu entends en toi une voix : "Qu'il est pesant ce joug dont tu t'es chargé librement !" ... C'est la voix du diable, le fardeau... de ton orgueil.
Demande l'humilité au Seigneur, et toi aussi tu comprendras ces paroles de Jésus : Iugum enim meum suave est, et onus meum leve (Mt 11, 30), que j'aime à traduire librement ainsi : mon joug est la liberté, mon joug est l'amour, mon joug est l'unité, mon joug est la vie, mon joug est l'efficacité.
5. Souvent autour de nous règne comme une sorte de peur de la Croix, de la Croix du Seigneur. Et c'est que l'on a commencé à appeler croix tous les événements désagréables qui surgissent au cours de la vie et qu'on ne sait pas assumer comme un enfant de Dieu, contempler dans une perspective surnaturelle. Ne va-t-on pas jusqu'à enlever les croix qu'ont plantées nos aïeux au bord des chemins...!
Dans la Passion, la Croix a cessé d'être symbole de châtiment : elle est devenue un signe de victoire. La Croix est l'emblème du Rédempteur : in quo est salus, vita et resurrectio nostra, en elle se trouvent notre salut, notre vie et notre résurrection.
Notes de la station n° 3
1. Tu es triste ?... Parce que tu as perdu cette petite bataille ?
Non ! sois joyeux ! car, lors de la prochaine, avec la grâce de Dieu et, précisément en raison de ton humiliation présente, tu vaincras.
2. Tant qu'il y a lutte, lutte ascétique, il y a vie intérieure. C'est cela que nous demande le Seigneur : la volonté de vouloir L'aimer par des œuvres, dans les petites choses de chaque jour.
Si tu as été vainqueur dans les petites choses, tu vaincras dans les grandes.
3. "Cet homme se meurt. Il n'y a plus rien à faire..."
C'était il y a bien des années, dans un hôpital de Madrid.
Après s'être confessé, tandis que le prêtre lui donnait son crucifix à baiser, ce gitan s'exclamait à grands cris, sans qu'on parvînt à le faire taire :
— Avec cette bouche pourrie, je ne peux pas embrasser le Seigneur !
— Mais puisque tu vas l'étreindre et l'embrasser très fort, tout de suite, au Ciel !
... Connais-tu une manière plus belle, et terrible à la fois, de manifester sa contrition ?
4. Tu parles, et ils ne t'écoutent pas. Et s'ils t'écoutent, ils ne te comprennent pas. Tu es un incompris !... D'accord. En tout cas, si tu veux que ta croix soit à la hauteur de celle du Christ, tu dois, pour l'instant, travailler ainsi, sans que l'on fasse attention à toi. D'autres te comprendront.
5. Comme ils sont nombreux ceux qui, jouets de leur orgueil et de leur imagination, s'immolent sur des calvaires qui ne sont pas ceux du Christ.
La Croix que tu dois porter est divine. Refuse-toi absolument d'en porter une qui soit humaine. Et si tu devais un jour tomber dans ce piège, rectifie aussitôt : il te suffira de penser qu'Il a souffert infiniment plus, par amour pour nous.
Notes de la station n° 4
1. Quel homme ne fondrait en larmes s'il voyait la Mère du Christ en un tel tourment ?
Son Fils blessé... Et nous, loin, lâches, rebelles à la Volonté divine.
Ô ma Mère et ma Souveraine, apprends-moi à prononcer un oui qui, comme le tien, s'identifie au cri que Jésus adressa à son Père : non mea voluntas... (Lc 22, 42): que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais celle de Dieu.
2. Que de misère ! Que d'offenses ! Les miennes, les tiennes, celles de l'humanité tout entière...
Et in peccatis concepit me mater mea! (Ps 50, 7). Comme tous les hommes, je suis né souillé par la faute de nos premiers parents. Ensuite..., mes péchés personnels : rébellions réfléchies, désirées, commises...
Afin de nous purifier de cette pourriture, Jésus a voulu s'humilier et prendre la condition d'esclave (cf. Ph 2, 7), s'incarnant dans les entrailles sans tache de Notre Dame, sa Mère, qui est aussi ta Mère et la mienne. Comme un parmi d'autres, Il a vécu trente années dans l'obscurité, travaillant aux côtés de Joseph. Il a prêché, fait des miracles... Et nous, nous le payons avec une Croix.
As-tu besoin d'autres motifs de contrition ?
3. Jésus a espéré cette rencontre avec sa Mère. Que de souvenirs d'enfance ! Bethléem, la lointaine Egypte, le village de Nazareth. Maintenant encore Il la veut près de Lui, sur le Calvaire.
Nous avons besoin d'elle !... Lorsqu'un petit enfant prend peur dans l'obscurité de la nuit, il crie : Maman !
De la même manière, je ressens la nécessité de crier, dans mon cœur, souvent : Mère ! Maman ! ne m'abandonne pas !
4. Pour parvenir à l'abandon, il est nécessaire de parcourir encore un petit bout de chemin. Si tu n'y es pas encore arrivé, ne t'inquiète pas : poursuis ton effort. Viendra le jour où tu ne verras d'autre chemin que Lui — Jésus —, sa très Sainte Mère, et les moyens surnaturels que le Maître nous a laissés.
5. Si nous sommes des âmes de foi comme les saints, nous n'accorderons qu'une importance très relative aux événements d'ici-bas... Le Seigneur et sa Mère ne nous abandonnent pas et, chaque fois que cela sera nécessaire, ils se manifesteront pour remplir de paix et d'assurance le cœur de leurs enfants.
Notes de la station n° 5
1. Veux-tu savoir comment remercier le Seigneur de ce qu'Il fit pour nous ?... Avec ton amour ! Il n'y a pas d'autre chemin.
L'amour se paie avec de l'amour. Mais c'est le sacrifice qui témoigne de l'amour véritable. Courage, donc ! renonce à toi-même et prends ta croix. Tu seras sûr alors de Lui rendre amour pour Amour.
2. Il n'est pas trop tard et tout n'est pas perdu... En dépit de ce que tu penses. Bien que des milliers de voix de malheur le répètent. Bien que des regards moqueurs et incrédules te harcèlent... C'est un bon moment pour prendre la Croix sur tes épaules : la Rédemption est en train de se faire — maintenant ! —, et Jésus a besoin de beaucoup de Cyrénéens.
3. S'il veut rendre heureuse la personne qu'il aime, un cœur noble ne recule pas devant le sacrifice. Pour soulager un visage qui souffre, les grandes âmes savent vaincre la répugnance et se donner sans compter... Et Dieu mériterait-Il moins qu'un morceau de chair, qu'une poignée d'argile ?
Apprends à mortifier tes caprices. Accepte la contrariété sans l'exagérer, sans simagrées, sans... hystérie. Et tu rendras plus légère la Croix du Christ.
4. Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d'Abraham. Car le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 13, 9-10).
Zachée, Simon de Cyrène, Dimas, le centurion...
Maintenant tu sais pourquoi le Seigneur t'a cherché ! Remercie-le !... Mais opere et veritate, par des œuvres, et en vérité.
5. Comment aimer pour de bon la Croix Sainte de Jésus ?... Désire-la !... Demande au Seigneur des forces pour la faire pénétrer dans tous les cœurs, et aux quatre coins de ce monde ! Ensuite... répare, avec joie ; et cherche à L'aimer également, uni au battement de tous les cœurs qui ne L'aiment pas encore.
Notes de la station n° 6
1. Nos péchés furent la cause de la Passion — de cette torture qui déformait le visage très aimable de Jésus, perfectus Deus, perfectus homo. Et ce sont aussi nos misères qui, maintenant encore, nous empêchent de contempler le Seigneur, nous présentant de Lui une image opaque et difforme.
Lorsque notre regard est brouillé et que nos yeux se troublent, nous avons besoin d'aller vers la lumière. Et le Christ a dit : ego sum lux mundi! (Jn 8, 12), Je suis la lumière du monde. Et Il ajoute : celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
2. Fréquente assidûment la très Sainte Humanité de Jésus... Et Il fera naître en ton âme une faim insatiable, un désir "incroyable" de contempler sa Face.
Dans ce désir — que rien sur terre ne peut assouvir — tu trouveras très souvent ton réconfort.
3. Saint Pierre écrit : Par Jésus-Christ, Dieu nous a fait don des précieuses et magnifiques promesses afin que grâce à elles vous deveniez participants de la nature divine (2 P 1, 4).
Cette divinisation qui s'opère en nous ne signifie pas que nous cessions d'être humains... Hommes, nous le sommes, mais des hommes qui ont horreur du péché grave. Des hommes qui abominent les fautes vénielles et qui, faisant chaque jour l'expérience de leur propre faiblesse, découvrent également la force de Dieu.
Ainsi, rien ne pourra nous arrêter : ni le respect humain, ni les passions, ni cette chair qui se révolte — parce que nous sommes moins que rien — ni l'orgueil, ni... la solitude.
Un chrétien n'est jamais seul. Si tu te sens abandonné, c'est parce que tu ne veux pas regarder ce Christ qui passe si près de toi... avec la Croix, peut-être.
4. Ut in gratiarum semper actione maneamus! Mon Dieu, merci, merci pour tout : pour ce qui me contrarie, pour ce que je ne comprends pas, pour ce qui me fait souffrir.
Les coups sont nécessaires, pour arracher du bloc de marbre ce qui est superflu. C'est ainsi que Dieu sculpte dans les âmes l'image de son Fils. Remercie le Seigneur de ces délicatesses !
5. Lorsque nous, les chrétiens, passons de mauvais moments, c'est que nous ne donnons pas à cette vie tout son sens divin.
Là où la main ressent la piqûre des épines, les yeux découvrent un bouquet de roses splendides, riches de parfum.
Notes de la station n° 7
1. Jésus tombe sous le poids de la Croix... Nous, par attraction vers les choses de la terre
Il préfère s'écrouler plutôt que de lâcher la Croix. C'est ainsi que le Christ guérit le manque d'amour qui nous jette à terre.
2. Pourquoi ce découragement ? À cause de tes misères ? À cause de tes défaites, parfois continuelles ? À cause d'un mauvais, très mauvais moment, que tu n'attendais pas ?
Sois simple. Ouvre ton cœur. Vois, rien n'est encore perdu. Tu peux encore aller de l'avant, et avec plus d'amour, plus d'affection, plus de force.
Réfugie-toi dans la filiation divine : Dieu est ton Père très aimant. Voilà ta sécurité, le mouillage où tu peux jeter l'ancre, quoi qu'il arrive, à la surface de cette mer qu'est la vie. Et tu y trouveras la joie, la vigueur, l'optimisme, la victoire !
3. Tu m'as dit : Père, je traverse un très mauvais moment. Et je t'ai répondu, à l'oreille : Prends sur tes épaules une petite partie de cette croix, rien qu'une petite partie. Et si même alors tu n'en as pas la force,... laisse-la tout entière sur les épaules robustes du Christ. Et maintenant, répète avec moi :
Seigneur, mon Dieu, j'abandonne entre tes mains le passé, le présent et l'avenir, ce qui est petit et ce qui est grand, ce qui est peu et ce qui est beaucoup, ce qui est temporel et ce qui est éternel.
Et sois tranquille.
4. Je me suis parfois demandé quel est le plus grand des martyrs : celui qui meurt pour sa foi des mains des ennemis de Dieu ou celui qui consume sa vie, année après année, travaillant sans rien chercher d'autre qu'à servir l'Eglise et les âmes, vieillissant en souriant, inaperçu...
Pour moi, le martyre sans spectacle est plus héroïque... Voilà ton chemin.
5. Pour suivre le Seigneur, pour Le fréquenter intimement, nous devons laisser l'humilité nous piétiner, comme on foule le raisin dans le pressoir.
Si nous foulons aux pieds notre misère — la misère dont nous sommes faits —, alors Il s'installera à son aise dans notre âme. Comme à Béthanie, Il nous parle et nous Lui parlons, — conversation confiante, entre amis.
Notes de la station n° 8
1. Les saints — me dis-tu — fondaient en larmes de douleur en pensant à la Passion de Notre Seigneur. Moi, en revanche...
Peut-être est-ce parce que toi et moi assistons à ces scènes, mais que nous ne les "vivons" pas.
2. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu (Jn 1, 11). Plus encore, ils le traînent hors de la ville pour le crucifier.
Jésus répond par une invitation au repentir, maintenant, alors que l'âme est en chemin et qu'il en est encore temps.
Contrition profonde de nos fautes. Douleur pour la malice inépuisable des hommes, qui va bientôt être la cause de la mort du Seigneur. Réparation pour ceux qui s'obstinent encore à rendre vain le sacrifice du Christ sur la Croix.
3. Il faut unir, il faut comprendre, il faut pardonner.
Ne dresse jamais une croix, uniquement pour rappeler que certains hommes en ont tué d'autres. Ce serait l'étendard du diable.
La Croix du Christ consiste à se taire, à pardonner et à prier pour les uns et pour les autres, afin que tous obtiennent la paix.
4. Le Maître passe et repasse à maintes reprises, très près de nous. Il nous regarde... Et si tu le regardes, si tu l'écoutes, si tu ne le repousses pas, Il t'apprendra à donner un sens surnaturel à chacune de tes actions... Et alors, toi aussi, où que tu te trouves, tu sèmeras la consolation, la paix et la joie.
5. Tu auras beau aimer beaucoup, tu n'aimeras jamais assez.
Le coefficient de dilatation du cœur humain est énorme. Lorsqu'il aime, il s'élargit dans un crescendo d'affection qui surmonte tous les obstacles.
Si tu aimes le Seigneur, il n'y aura pas une seule créature qui ne puisse trouver refuge dans ton cœur.
Notes de la station n° 9
1. Cette fois le Seigneur ne peut plus se relever : le poids de notre misère est trop pesant. Comme un sac, il est porté jusqu'au gibet. Lui, laisse faire en silence.
Humilité de Jésus. Anéantissement de Dieu qui nous élève et nous exalte. Comprends-tu maintenant pourquoi je t'ai conseillé de poser ton cœur à même sur le sol, afin que les autres puissent le fouler à leur aise ?
2. Comme il en coûte d'atteindre le Calvaire ! Toi aussi, tu dois te vaincre pour ne pas abandonner le chemin... Ce combat est une merveille, preuve authentique de l'amour de Dieu qui veut que nous soyons forts, car virtus in infirmitate perficitur (2 Co 12, 9), la vertu se fortifie dans la faiblesse.
Le Seigneur sait que, lorsque nous nous sentons faibles, nous nous approchons de Lui, nous prions mieux, nous nous mortifions davantage, nous intensifions notre amour du prochain. C'est ainsi que nous nous sanctifions.
Remercie beaucoup le Seigneur de permettre qu'existent les tentations,... et que tu luttes.
3. Veux-tu suivre Jésus de près, de très près ?... Ouvre le saint Evangile et lis la Passion du Seigneur. Non seulement pour la lire, mais pour la vivre. La différence est grande. Lire, c'est se rappeler un événement passé ; vivre, c'est se trouver là quand quelque chose arrive, c'est être un personnage parmi d'autres dans la scène.
Alors, laisse ton cœur s'épancher et se blottir près du Seigneur. Et lorsque tu sentiras que ton cœur t'échappe — que tu es lâche, comme les autres —, demande pardon pour tes lâchetés, et pour les miennes.
4. Il te semble que le monde s'écroule.
Autour de toi nulle issue. Impossible, cette fois, de surmonter les difficultés.
Mais aurais-tu oublié, une fois de plus, que Dieu est ton Père ? Tout-puissant, infiniment sage, miséricordieux. Il ne peut rien t'envoyer de mauvais. Cela même qui te préoccupe te convient, même si pour le moment, tes yeux de chair sont aveugles.
Omnia in bonum! Seigneur, que ta Volonté très sage s'accomplisse une fois encore, et toujours !
5. Tu comprends maintenant à quel point tu as fait souffrir Jésus, et tu te remplis de douleur : comme il est facile de Lui demander pardon et de pleurer tes trahisons passées ! Ton cœur est trop petit pour contenir tous tes désirs de réparation !
Bien. Mais n'oublie pas que l'esprit de pénitence consiste surtout à accomplir, quoi qu'il puisse t'en coûter, le devoir de chaque instant.
Notes de la station n° 10
1. Du prétoire au Calvaire, ont plu sur Jésus les insultes de la populace en furie, se sont abattues sur Lui la rigueur des soldats, les railleries du Sanhédrin... Outrages et blasphèmes... Pas une plainte, pas le moindre mot de protestation. Pas même quand, sans ménagement, ils arrachent les vêtements collés à sa peau.
Je comprends maintenant que je suis un insensé de me chercher des excuses et de prononcer tant de vaines paroles. Ferme résolution : travailler et souffrir pour mon Seigneur, en silence.
2. Le corps blessé de Jésus est vraiment un retable de douleurs...
Par contraste, me reviennent en mémoire tant de commodité, tant de caprices, tant de laisser-aller, tant de mesquinerie... Et cette fausse compassion avec laquelle je traite ma chair.
Seigneur ! par ta passion et par ta Croix, donne-moi la force de vivre la mortification des sens et d'arracher tout ce qui m'écarte de Toi.
3. Toi qui te démoralises, je vais te répéter quelque chose de très consolant : Dieu ne refuse pas sa grâce à celui qui fait ce qu'il peut. Notre Seigneur est Père, et si un de ses enfants lui dit, dans la paix de son cœur : mon Père du Ciel, me voici, aide-moi... S'il s'adresse à la Mère de Dieu, qui est notre Mère, il va de l'avant.
Mais Dieu est exigeant. Il demande un amour véritable ; Il ne veut pas de traîtres. Il faut être fidèles à cette lutte surnaturelle qui consiste à être heureux sur terre à force d'esprit de sacrifice.
4. Les vrais obstacles qui te séparent du Christ — l'orgueil, la sensualité... —, se surmontent par la prière et par la pénitence. Et prier, et se mortifier, c'est aussi s'occuper des autres et s'oublier soi-même. Si tu vis de la sorte, tu verras que la plupart de tes ennuis disparaîtront.
5. Lorsque nous luttons pour être véritablement ipse Christus, le Christ lui-même, alors l'humain et le divin s'entremêlent dans notre vie. Tous nos efforts — même les plus insignifiants — acquièrent une valeur d'éternité, car ils s'unissent au sacrifice de Jésus sur la Croix.
Notes de la station n° 11
1. Voici Jésus cloué sur la Croix. Les bourreaux ont exécuté sans pitié la sentence. Le Seigneur a laissé faire, avec une mansuétude infinie.
Tant de tourments n'étaient pas nécessaires. Il aurait pu éviter cette amertume, ces humiliations, ces mauvais traitements, ce jugement inique, et la honte du gibet, les clous et le coup de lance. Mais II a voulu souffrir tout ceci pour toi et pour moi. Et nous autres, ne saurions-nous pas nous aussi correspondre ?
Il est fort possible qu'un jour, seul face à un crucifix, les larmes te viennent aux yeux. Ne les retiens pas... Mais fais en sorte que ces pleurs aboutissent à une résolution.
2. J'aime tant le Christ sur sa Croix que chaque crucifix est comme un reproche affectueux de mon Dieu : ... Je souffre, et toi... tu es lâche. Je t'aime, et toi... tu m'oublies. Je te supplie, et toi... tu refuses. Je suis là, avec un geste de Prêtre éternel, souffrant tout ce qu'il est possible de souffrir, par amour pour toi... et toi, tu te plains de la moindre incompréhension, de la plus petite humiliation...
3. Comme elles sont belles, ces croix situées sur les cimes des montagnes, au sommet des grands monuments, au pinacle des cathédrales... Mais il faut planter aussi la Croix dans les entrailles du monde.
C'est là que Jésus veut être élevé : dans le bruit des usines et des ateliers, dans le silence des bibliothèques, dans le brouhaha des rues, dans la quiétude de la campagne, dans l'intimité des familles, dans les assemblées, dans les stades... Partout où il use sa vie, honnêtement, un chrétien doit, par son amour, mettre la Croix du Christ, qui attire à lui toutes choses.
4. Après tant d'années, ce prêtre fit une découverte merveilleuse, il comprit que la Sainte Messe est un véritable travail, operatio Dei, travail de Dieu. Et en la célébrant, ce jour-là, il éprouva douleur, joie et fatigue. Il sentit dans sa chair l'épuisement d'une tâche divine.
Au Christ également la première Messe, la Croix, coûta bien des efforts.
5. Avant de commencer à travailler, place un crucifix sur la table ou près de tes instruments de travail. De temps en temps, jette-lui un coup d'oeil... Quand tu sentiras venir la fatigue, ton regard se tournera vers Jésus, et tu retrouveras des forces nouvelles pour persévérer dans ton effort.
Car ce crucifix est plus que le portrait d'un être cher — les parents, les enfants, la femme, la fiancée. Il est tout : ton Père, ton Frère, ton Ami, ton Dieu, et l'Amour de tes amours.
Notes de la station n° 12
1. Et inclinato capite, tradidit spiritum (Jn 19, 30).
Le Seigneur a exhalé son dernier soupir. Les disciples l'avaient très souvent entendu dire : "meus cibus est...", ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre (Jn 4, 34).
Il l'a accomplie jusqu'au bout, avec patience, avec humilité, sans rien garder pour Lui... Oboediens usque ad mortem (Ph 2, 8): obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une Croix !
2. Une Croix. Un corps fixé au bois par des clous. Le côté ouvert. Près de Jésus, il n'y a plus que sa Mère, quelques femmes et un adolescent.
Les Apôtres, où sont-ils ? Et ceux qui ont été guéris de leurs infirmités : les boiteux, les aveugles, les lépreux ?... Et ceux qui L'ont acclamé ?... Personne ne répond ! Le Christ est entouré de silence.
Il se peut qu'un jour tu ressentes, toi aussi, la solitude du Seigneur sur la Croix. Prends alors appui sur Celui qui est mort, et ressuscité. Cherche refuge dans les plaies de ses mains, de ses pieds, de son côté. Ta volonté de recommencer en sera renouvelée, et tu reprendras ton chemin avec une décision et une efficacité plus grandes.
3. Il est une fausse ascétique qui représente le Seigneur sur la Croix, hargneux, révolté. Un corps déformé qui semble menacer les hommes : vous m'avez brisé, mais Je rejetterai sur vous mes clous, ma croix et mes épines.
Ceux-là méconnaissent l'esprit du Christ. Il a souffert tout ce qu'Il a pu — et comme Il est Dieu, Il pouvait tant ! —; mais Il aimait plus qu'il ne souffrait... Et après sa mort Il consentit qu'une lance ouvrît une autre plaie, pour que toi et moi trouvions refuge contre son Cœur très aimant.
4. J'ai très souvent répété ce vers de l'hymne eucharistique : peto quod petivit latro poenitens, et je m'émeus toujours : demander, comme le larron repenti !
Il a reconnu que lui méritait bien ce châtiment atroce... Et un seul mot lui a suffi pour ravir le cœur du Christ et ainsi s'ouvrir les portes du Ciel.
5. Sur la Croix pend le corps désormais sans vie du Seigneur. Et les gens, voyant ce qui venait de se passer, s'en retournaient en se frappant la poitrine (Lc 23, 48).
Maintenant que tu es repenti, promets à Jésus qu'avec son aide, tu ne le crucifieras plus. Dis-le avec foi. Dis et répète : Je t'aimerai, mon Dieu, parce que depuis le jour de ta naissance, depuis ton enfance, Tu t'es abandonné dans mes bras, sans défense, et confiant en ma loyauté.
Notes de la station n° 13
1. Il est venu sauver le monde, et les siens l'ont renié devant Pilate.
Il nous a montré le chemin du bien, et ils le traînent sur le chemin du Calvaire.
Il a donné l'exemple en tout, et ils lui préfèrent un voleur homicide.
Il est né pour pardonner, et ils le condamnent — sans motif — au supplice.
Il est arrivé par des sentiers de paix, et ils lui déclarent la guerre.
Il était la Lumière, et ils le livrent au pouvoir des ténèbres.
Il apportait l'Amour, et ils le paient avec de la haine.
Il est venu pour être Roi, et ils le couronnent d'épines.
Il s'est fait esclave pour nous libérer du péché, et ils le clouent sur la Croix.
Il a pris chair pour nous donner la Vie, et nous le récompensons par la mort.
2. Je ne m'explique pas l'idée que tu te fais du chrétien.
Crois-tu qu'il est juste que le Seigneur soit mort crucifié et que toi tu te contentes de te laisser vivre ?
Te "laisser vivre", est-ce le chemin dur et étroit dont parlait Jésus ?
3. N'admets pas le découragement dans ton apostolat. Tu n'as pas échoué, pas plus que le Christ n'a échoué sur la Croix. Courage !... Continue d'avancer à contre-courant, protégé par le Cœur Maternel et très Pur de Notre Dame : Sancta Maria, refugium nostrum et virtus! Tu es mon refuge et ma force.
Sois tranquille. Sois serein... Dieu a très peu d'amis sur terre. Ne désire pas quitter ce monde. Ne fuis pas le poids des jours, même si parfois ils nous semblent interminables.
4. Si tu veux être fidèle, sois très marial. Depuis l'ambassade de l'Ange jusqu'à son agonie au pied de la Croix, notre Mère n'a eu d'autre cœur et d'autre vie que ceux de Jésus.
Approche-toi de Marie avec la tendre dévotion d'un fils, et Elle t'obtiendra cette loyauté et cette abnégation que tu désires.
5. "Je ne vaux rien, je ne peux rien, je ne possède rien, je ne suis rien..."
Mais Tu es monté sur la Croix pour que je puisse m'approprier tes mérites infinis. Et sur la Croix je recueille également — ils m'appartiennent parce que je suis son fils — les mérites de la Mère de Dieu, et ceux de saint Joseph. Et je m'empare des vertus des saints et de celles de tant d'âmes qui se donnent à Dieu...
Et puis, je jette un coup d'oeil sur ma vie et je dis : ah ! mon Dieu, que voilà une nuit bien obscure ! De temps à autre seulement brillent quelques points lumineux, par l'action de ta grande miséricorde et d'un peu de ma correspondance... Je t'offre tout cela, Seigneur ; je n'ai rien d'autre.
Notes de la station n° 14
1. Profitant de leurs hautes fonctions, Nicodème et Joseph d'Arimathie — disciples du Christ en secret — intercèdent pour Lui. À l'heure de la solitude, de l'abandon total et du mépris,... ils se manifestent alors audacter (Mc 15, 43)... avec un courage héroïque !
Moi, je monterai avec eux jusqu'au pied de la Croix, j'étreindrai le Corps froid, le cadavre du Christ, avec le feu de mon amour... Je Le déclouerai par mes actes de réparation et mes mortifications,... je L'envelopperai dans le linge neuf de ma vie limpide, et je L'enterrerai dans le roc vivant de ma poitrine, d'où personne ne pourra me L'arracher, et là, Seigneur, tu te reposeras !
Même si le monde entier t'abandonnait et te méprisait,... serviam! je te servirai, Seigneur.
2. Sachez que vous avez été tirés de votre genre de vie insensé... non par des choses périssables, argent ou or, mais par le sang précieux du Christ (1 P 1, 18-19).
Nous ne nous appartenons plus. Jésus-Christ nous a rachetés par sa Passion et par sa mort. Nous vivons de sa vie. Il n'y a plus qu'une seule manière de vivre sur la terre : mourir avec le Christ et ressusciter avec Lui, jusqu'à ce que nous puissions dire avec l'Apôtre : ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20).
3. Source inépuisable de vie que la Passion de Jésus.
Parfois, revit en nous l'élan joyeux qui conduisit le Seigneur à Jérusalem, parfois, la douleur de l'agonie qui s'est terminée sur le Calvaire... Ou la gloire de son triomphe sur la mort et sur le péché. Mais il s'agit toujours, toujours ! de l'amour — joyeux, douloureux, glorieux — du Cœur de Jésus-Christ.
4. Pense d'abord aux autres. Ainsi tu passeras par la terre, en commettant certes des erreurs, — elles sont inévitables — mais en laissant derrière toi un sillage de bien.
Et quand sonnera l'heure de ta mort, qui viendra inexorablement, tu l'accueilleras avec joie, comme le Christ ; car, comme Lui, nous ressusciterons nous aussi pour recevoir la récompense de son Amour.
5. Lorsque je me sens capable de toutes les horreurs et de toutes les erreurs qui ont été commises par les personnes les plus misérables, je comprends bien que je peux ne pas être fidèle... Mais cette incertitude est une des bontés de l'Amour de Dieu, qui m'amène à saisir, tel un enfant, les bras de mon Père, et à lutter un peu plus chaque jour pour ne pas m'écarter de Lui.
Je suis sûr alors que la main de Dieu ne m'abandonnera pas. Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Même s'il s'en trouvait une pour l'oublier, moi, Je ne t'oublierai jamais ! (Is 49, 15).