Chapitre V : LA VÉNÉRATION ENVERS LA SAINTE MÈRE DU SEIGNEUR
Quelques principes
183 La piété populaire, à la fois variée dans ses expressions et profonde dans ses motivations, qui s’adresse à la Vierge Marie, est un fait ecclésial remarquable et universel. Elle jaillit de la foi et de l’amour du peuple de Dieu envers le Christ, Rédempteur du genre humain, et de la compréhension de la mission que, dans l’ordre du salut, Dieu a confiée à Marie de Nazareth ; la Vierge Marie n’est donc pas seulement la Mère du Seigneur et du Sauveur, mais elle est aussi, sur le plan de la grâce, la Mère de tous les hommes.
De fait, "les fidèles comprennent facilement le lien vital qui unit le Fils à la Mère. Ils savent que le Fils est Dieu, et que elle, la Mère, est aussi leur mère. Ils en déduisent la sainteté immaculée de la Vierge et, tout en la vénérant comme une reine glorieuse dans le ciel, ils sont certains que Marie, très miséricordieuse, intercède en leur faveur ; ils invoquent donc sa protection avec une grande confiance. Les plus pauvres sentent particulièrement sa proximité. Ils savent qu’elle connut comme eux la pauvreté, qu’elle souffrit beaucoup, et qu’elle fit preuve de patience et de douceur. Ils ressentent à son égard de la compassion pour la douleur qu’elle éprouva au moment de la crucifixion et de la mort de son Fils, et ils se réjouissent avec elle pour la résurrection de Jésus. Ils célèbrent avec joie ses fêtes, ils participent volontiers aux processions organisées en son honneur et ils se rendent en pèlerinage dans les sanctuaires qui lui sont consacrés, ils aiment chanter ses louanges et ils lui offrent leurs hommages en formulant des vœux. Enfin, ils ne tolèrent pas qu’on l’offense et ils prennent spontanément sa défense contre ceux qui refusent de l’honorer".
L’Église elle-même exhorte tous ses fils - les ministres sacrés, les religieux et les fidèles laïcs - à développer leur piété personnelle et communautaire à l’aide des pieux exercices, qu’elle approuve et recommande. En effet, le culte liturgique, nonobstant son importance objective et sa valeur irremplaçable, son efficacité exemplaire et son aspect normatif, n’épuise pas toutes les possibilités mises en œuvre par le peuple de Dieu pour exprimer sa vénération envers la sainte Mère du Seigneur.
184 Les relations entre la Liturgie et la piété populaire mariale doivent être établies à la lumière des principes et des normes, qui ont été énoncés à plusieurs reprises dans le présent document. Il reste que, par rapport à la piété mariale du peuple de Dieu, la liturgie doit toujours apparaître comme une "forme exemplaire", une source d’inspiration, un point de référence constant et un but ultime.
185 Toutefois, il convient de rappeler brièvement quelques dispositions que le Magistère de l’Église a promulguées au sujet des pieux exercices relatifs à la Vierge Marie. Il faut en tenir compte dans le travail de composition de nouveaux pieux exercices, ou lorsqu’il est nécessaire de procéder à la révision de ceux qui existent déjà, ou, simplement, dans le cadre de leur application dans les célébrations cultuelles. L’attention des Pasteurs à l’égard de cette catégorie de pieux exercices doit être proportionnelle à leur importance ; de fait, ces derniers sont, d’une part, le fruit et l’expression de la piété mariale d’un peuple ou d’une communauté de fidèles, et, d’autre part, ils constituent à leur tour la cause et un facteur non négligeable dans l’élaboration de la "physionomie mariale" des fidèles, c’est-à-dire de ce "style" particulier qui caractérise la piété des fidèles envers la bienheureuse Vierge Marie.
186 La disposition fondamentale du Magistère au sujet de ces pieux exercices est qu’ils doivent être orientés vers "ce centre du culte unique appelé à bon droit
chrétien, car c’est du Christ qu’il trouve son origine et son efficacité, c’est dans le Christ qu’il trouve sa pleine expression et c’est par le Christ que, dans l’Esprit, il conduit au Père". Ainsi, les pieux exercices célébrés en l’honneur de la Vierge Marie doivent comporter les caractéristiques communes suivantes, même si celles-ci peuvent varier en fonction des particularités propres de chacun d’entre eux :
- ils expriment la note trinitaire qui distingue et qualifie le culte rendu à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, révélé dans le Nouveau Testament, de même que l’élément christologique, qui est une composante essentielle de ce culte et met en lumière la médiation unique et nécessaire du Christ, ainsi que sa dimension pneumatologique, puisque toute forme authentique de piété provient de l’Esprit et qu’elle est accomplie dans l’Esprit ; enfin, ils soulignent le caractère ecclésial du culte chrétien : en effet, les baptisés, qui forment le peuple de Dieu, prient ensemble au nom du Seigneur (cf. Mt 18, 20) et ils sont unis dans la Communion des Saints ;
- ils se réfèrent constamment à la Sainte Écriture, interprétée dans le cadre de la sainte Tradition ; tout en se conformant à la profession de la foi catholique dans son intégralité, ils respectent les exigences du mouvement œcuménique ; ils considèrent avec attention les aspects anthropologiques des expressions cultuelles, de telle sorte que ces dernières soient bien le reflet d’une conception juste et vraie de la personne humaine, et qu’elles correspondent à ses exigences ; ils mettent en évidence la dimension eschatologique de l’existence, qui est essentielle dans le message de l’Évangile ; enfin, ils illustrent le caractère missionnaire de l’Église, et donc l’obligation de témoigner qui incombe aux disciples du Seigneur.
Les temps des pieux exercices mariaux
La célébration de la fête
187 Les pieux exercices célébrés en l’honneur de la Vierge Marie sont presque tous liés à une fête liturgique inscrite dans le Calendrier général du Rite Romain, ou dans les Calendriers particuliers des diocèses ou des familles religieuses.
Il arrive que, parfois, le pieux exercice précède l’institution de la fête (c’est le cas du saint Rosaire), parfois aussi la fête est de loin antérieure au pieux exercice (comme pour l’Angelus Domini). Une telle constatation permet de mettre en évidence le rapport existant entre la Liturgie et les pieux exercices, et aussi le fait que ces derniers atteignent leur point culminant dans la célébration de la fête. La fête, parce qu’elle fait partie de la Liturgie, se rapporte à l’histoire du salut, et elle célèbre un aspect de l’association de la Vierge Marie au mystère du Christ. Elle doit donc être célébrée en observant les normes liturgiques, et en respectant la hiérarchie existant entre les "actes liturgiques" et les "pieux exercices", qui leur sont associés.
De surcroît, une fête de la bienheureuse Vierge Marie, en tant que manifestation populaire, comporte des valeurs de nature anthropologique qui ne doivent pas être négligées.
Le samedi
188 Parmi les jours plus particulièrement dédiés à la Vierge Marie, le samedi occupe une place particulière, puisqu’il a été élevé au rang de
mémoire de sainte Marie. Cette mémoire remonte certainement à l’époque carolingienne (IX siècle), mais on ignore les motifs pour lesquels le samedi fut choisi, à cette époque, comme un jour dédié à la Vierge Marie. Il est vrai que de nombreuses explications furent données par la suite, même si ces dernières ne satisfont pas entièrement les spécialistes de l’histoire de la piété populaire.
De nos jours, tout en faisant abstraction de ses origines historiques incertaines, certaines valeurs propres à cette mémoire sont fréquemment mises en évidence avec juste raison : "la spiritualité contemporaine est plus sensible aux différents aspects qui appartiennent à l’être même de cette célébration : la mémoire de la fidélité inébranlable de la "bienheureuse Vierge Marie qui, en tant que mère et disciple, durant le "grand samedi", au moment où le Christ gisait dans le tombeau, demeurait forte uniquement grâce à sa foi et son espérance, seule au milieu des disciples, dans l’attente confiante de la Résurrection du Seigneur" ; le prélude et l’introduction à la célébration du dimanche, en tant que fête primordiale et mémoire hebdomadaire de la Résurrection du Christ ; le signe, avec son rythme hebdomadaire, que la "Vierge Marie est constamment présente et active dans la vie de l’Église".
De même, la piété populaire est sensible à la valorisation du samedi, ce jour dédié à la sainte Vierge Marie. Il n’est pas rare que les statuts de certaines communautés religieuses et associations de fidèles prévoient de rendre un hommage particulier à la Mère du Seigneur, chaque samedi, en prescrivant quelques pieux exercices composés spécialement pour ce jour précis.
Triduums, septénaires, neuvaines
189 Il est fréquent de préparer et de faire précéder une fête, dont la célébration est un moment culminant, par un triduum, un septénaire ou une neuvaine. Ces "temps et ces modes d’expression propres à la piété populaire" doivent être accomplis en harmonie avec les "temps et les modes d’expression propres à la Liturgie".
Les triduums, les septénaires et les neuvaines peuvent non seulement favoriser l’élaboration de nouveaux pieux exercices en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, mais ils peuvent aussi aider les fidèles à mieux comprendre la place et le rôle que celle-ci occupe dans le mystère du Christ et de l’Église.
En effet, les pieux exercices, loin de demeurer étrangers aux acquis progressifs, qui proviennent de la recherche biblique et théologique au sujet de la Mère du Sauveur, doivent devenir, sans modifier leur nature propre, des moyens catéchétiques en vue de la présentation et de la diffusion de ces divers éléments doctrinaux.
Les triduums, les septénaires et les neuvaines peuvent être considérés comme une vraie préparation à la fête mariale, s’ils contribuent à stimuler les fidèles dans leur résolution de s’approcher des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, et d’approfondir leur vie chrétienne, en suivant l’exemple de la Vierge Marie, qui fut le premier et le plus parfait disciple du Christ.
Dans certaines régions, les apparitions de La Vierge Marie à Fatima inspirent aux fidèles des rencontres de prières mariales, qui ont lieu le 13 de chaque mois.
Les "mois de Marie"
190 Au sujet de la pratique du mois particulièrement dédié à la Vierge Marie, qui est répandue dans de nombreuses Églises, tant de l’Orient que de l’Occident, il est opportun de rappeler des orientations essentielles.
En Occident, les mois dédiés à la Vierge Marie, surgis à une époque, où les références à la Liturgie en tant que forme normative du culte chrétien étaient peu abondantes, se sont développés parallèlement au culte liturgique. Cette situation a engendré des problèmes de caractère liturgico-pastoral, qui demeurent encore et qui, du fait de leur importance, méritent d’être évalués très soigneusement.
191 En se limitant à l’évocation de la coutume occidentale de célébrer un "mois marial" en mai (en novembre, dans certains pays de l’hémisphère sud), il est opportun de tenir compte à la fois des exigences de la Liturgie, des diverses attentes des fidèles, et de leur maturation dans la foi, et il convient aussi d’étudier l’ensemble des problèmes, que pose cette pratique des "mois de Marie", dans le cadre de la "pastorale d’ensemble" de l’Église locale ; ainsi, il est nécessaire de remédier aux situations, qui sont marquées par des orientations contradictoires au niveau pastoral, et qui ont pour effet de désorienter les fidèles, comme cela pourrait advenir, par exemple, en présence d’initiatives visant à la suppression du "mois de Marie".
Dans la plupart des cas, la solution la plus opportune vise à harmoniser les éléments du "mois marial" avec le temps de l’Année liturgique, dans lequel il se situe. Ainsi, par exemple, durant le mois de mai, qui coïncide en grande partie avec les cinquante jours du temps liturgique de Pâques, les pieux exercices doivent mettre en évidence la participation de la Vierge Marie au mystère pascal (cf. Jn, 19, 25-27) et à l’événement de la Pentecôte (cf. Ac 1, 14), qui inaugure le chemin de l’Église, c’est-à-dire un itinéraire qu’elle-même, en participant à la nouveauté inaugurée par le Ressuscité, parcourt sous la conduite de l’Esprit Saint. Et puisque cette période des "cinquante jours" est le temps liturgique particulièrement consacré à la célébration et à la mystagogie des sacrements de l’initiation chrétienne, les pieux exercices du mois de mai peuvent utilement mettre en évidence la place éminente que la Vierge Marie, glorifiée dans le ciel, occupe sur la terre, "ici et maintenant", dans la célébration des sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.
Il est nécessaire, dans tous les cas, de se conformer très soigneusement à la directive de la Constitution Sacrosanctum Concilium, selon laquelle "on orientera les esprits des fidèles avant tout vers les fêtes du Seigneur, par lesquelles se célèbrent pendant l’année les mystères du salut", auxquels il est certain que la bienheureuse Vierge Marie a été associée.
Il est sans doute opportun de dispenser un enseignement catéchétique aux fidèles, dans le but de les convaincre que le dimanche, mémoire hebdomadaire de la Pâque, est vraiment "le jour de fête primordial". Enfin, en tenant compte du fait que, dans la Liturgie Romaine, les quatre semaines de l’Avent constituent un temps marial, qui est inséré d’une manière harmonieuse dans l’Année liturgique, il faut aider les fidèles à découvrir et à mettre en évidence, d’une manière convenable, les nombreuses références à la Mère du Seigneur, qui sont proposées durant toute cette période.
Quelques pieux exercices recommandés par le Magistère
192 Le présent document n’a pas pour objet d’énoncer la liste exhaustive des pieux exercices recommandés par le Magistère. Il convient néanmoins de mentionner ceux qui méritent une attention particulière, afin de proposer quelques indications relatives à leur déroulement, et suggérer éventuellement quelques améliorations.
La méditation de la Parole de Dieu
193 La directive conciliaire, selon laquelle il convient de favoriser la "célébration sacrée de la parole de Dieu" à certains moments particulièrement significatifs de l’Année liturgique, peut trouver une application appropriée dans les célébrations cultuelles destinées à honorer la Mère du Verbe incarné. Des initiatives de ce genre correspondent parfaitement à la ligne générale de la piété chrétienne ; de plus, elles illustrent la conviction, selon laquelle le fait de se comporter vis-à-vis de la Parole de Dieu, en prenant modèle sur la Vierge Marie, est déjà un excellent hommage qui peut lui est être rendu (cf. Lc 2, 19. 51). Dans le cadre des pieux exercices, comme durant les célébrations liturgiques, les fidèles doivent écouter avec foi la Parole, l’accueillir avec ferveur et la conserver dans leur cœur ; ils doivent aussi la méditer et savoir la défendre par leur propre parole ; ils sont tenus de la mettre fidèlement en pratique et de lui conformer toute leur vie.
194 "Les célébrations de la Parole, à cause des nombreuses possibilités qui sont offertes sur les plans thématique et structurel, contiennent des éléments multiples qui favorisent l’organisation de ce genre de rencontres ; celles-ci constituent à la fois une illustration de la piété authentique des fidèles et un moment approprié en vue de développer une catéchèse systématique sur la Vierge Marie. Toutefois, l’expérience déjà acquise dans ce domaine permet de constater qu’il faut veiller à ne pas considérer les célébrations de la Parole, sous un aspect principalement intellectuel ou exclusivement didactique ; elles doivent, en revanche, - par les cantiques, les prières et les autres modes de participation des fidèles - réserver une juste place aux moyens d’expressions, simples et familiers, de la piété populaire, qui s’adressent immédiatement au cœur de l’homme".
L’Angelus
195 En méditant la traditionnelle prière de l’
Angelus Domini trois fois par jour, à l’aube, le midi et au crépuscule, les fidèles font mémoire du message de Dieu, transmis à la Vierge Marie par l’archange saint Gabriel. L’
Angelus se réfère donc à l’événement central du salut : selon le dessein du Père, le Verbe de Dieu, par l’action de l’Esprit Saint, s’est fait homme dans le sein de la Vierge Marie.
La prière de l’Angelus est profondément enracinée dans la piété du peuple chrétien, et son usage est encouragé par l’exemple que donnent les Pontifes Romains eux-mêmes. Si dans certains endroits, les transformations des conditions de vie ne favorisent pas le maintien ou la diffusion de la prière de l’Angelus, en de nombreux autres lieux, les empêchements sont de mineure importance ; ainsi, aucun moyen ne doit être négligé pour maintenir bien vivante cette pieuse coutume, et pour encourager sa diffusion ; on peut donc au moins suggérer la prière de trois Ave Maria. La prière de l’Angelus par "sa structure simple, son caractère biblique [...], son rythme quasi liturgique, qui sanctifie divers moments de la journée, son ouverture au mystère pascal [...], font que, à des siècles de distance, elle conserve inaltérée sa valeur et intacte sa fraîcheur".
"Il est donc souhaitable que, en quelques occasions, surtout dans les communautés religieuses, dans les sanctuaires dédiés à la bienheureuse Vierge Marie, au cours de certaines rencontres, l’Angelus Domini [...] soit solennisé, par exemple, par le chant des Ave Maria, et par la proclamation de l’évangile de l’Annonciation", ainsi que la sonnerie des cloches.
Le "Regina cæli"
196 Durant le temps pascal, en se conformant à la disposition du pape Benoît XIV (20 avril 1742), la célèbre antienne du
Regina cæli remplace la prière de l’
Angelus Domini. Le
Regina cæli, dont l’origine date probablement des X-XI siècles, réussit à unir le mystère de l’incarnation du Verbe
(le Christ, que tu as porté dans ton sein) et l’événement pascal
(il est ressuscité, comme il l’avait promis), tandis que "l’invitation à la joie"
(Réjouissez-vous), que la communauté ecclésiale adresse à la Mère de Jésus pour la Résurrection de son Fils, se rattache à "l’invitation à la joie" ("Réjouis-toi, comblée de grâce", Lc 1, 28), que Gabriel adresse à l’humble Servante du Seigneur, appelée à devenir la mère du Messie sauveur.
En se référant aux suggestions énoncées ci-dessus à propos de l’Angelus, il convient parfois de solenniser le Regina cæli, non seulement en chantant l’antienne, mais encore en proclamant l’évangile de la Résurrection.
Le Rosaire
197 Le Rosaire ou Psautier de la Vierge est l’une des plus belles prières qui s’adressent à la Mère du Seigneur. Ainsi, "les Souverains Pontifes ont à maintes reprises exhorté les fidèles à la prière fréquente du Rosaire, qui s’inspire de l’Écriture Sainte et qui est centrée sur la contemplation des événements du salut manifestés dans la vie du Christ, auxquels la Vierge Marie fut étroitement associée. De plus, la valeur et l’efficacité de cette prière sont attestées par les témoignages de nombreux Pasteurs et d’hommes réputés pour la sainteté de leur vie".
Le Rosaire est une prière essentiellement contemplative, car sa méditation "exige que le rythme soit calme et que l’on prenne son temps, afin que la personne qui s’y livre puisse mieux méditer les mystères de la vie du Seigneur". Le Rosaire est expressément recommandé dans la formation et dans la vie spirituelle des clercs et des religieux.
198 L’Église manifeste son estime à l’égard de la prière du saint Rosaire en proposant un rite de la
Bénédiction des chapelets. Ce rite met en relief le caractère communautaire de la prière du Rosaire ; de fait, à la bénédiction des chapelets est jointe celle des personnes qui méditent les mystères de la vie, de la mort et de la résurrection du Seigneur, afin qu’elles "réussissent à établir une harmonie parfaite entre la prière et leur vie".
De plus, comme le suggère le Livre des Bénédictions, la bénédiction des chapelets peut être accomplie d’une manière avantageuse "en présence du peuple", spécialement à l’occasion des pèlerinages dans les sanctuaires dédiés à la Vierge Marie, ou au cours des célébrations des fêtes de la bienheureuse Vierge Marie, en particulier de celle du Rosaire, et au moment de la clôture du mois du Rosaire, à la fin du mois d’octobre.
199 Les suggestions qui sont présentées dans le présent document visent à rendre la prière du Rosaire plus profitable pour les fidèles, tout en respectant ses caractéristiques particulières.
Dans certaines occasions, la prière du Rosaire peut prendre la forme d’une célébration composée de divers éléments : "la proclamation des passages de la Bible relatifs à chacun des mystères, le chant de certaines parties de la prière, une sage répartition des rôles entre les différents participants, la solennisation de l’introduction et de la conclusion de la prière".
200 La méditation du Rosaire peut consister en la récitation d’un chapelet quotidien, qui correspond à l’une des trois séries de mystères. Dans ce cas, et selon une coutume bien établie, des jours de la semaine déterminés sont assignés aux différents mystères : ainsi, les mystères joyeux sont médités le lundi et le jeudi, les mystères douloureux le mardi et le vendredi, et les mystères glorieux le mercredi, le samedi et le dimanche.
Si cette distribution des mystères est observée d’une manière trop rigide, elle peut parfois créer un contraste regrettable entre le contenu des mystères, qui sont médités, et ce que propose la liturgie du jour : c’est le cas, par exemple, lorsque la méditation des mystères douloureux a lieu un vendredi, qui est en même temps le jour de Noël. En présence de tels cas, il semble opportun de rappeler que "la caractérisation liturgique d’un jour déterminé prévaut sur son rang dans la semaine ; de même, à certains jours de l’Année liturgique, il est possible de prier le Rosaire en substituant certains mystères par d’autres qui s’harmonisent mieux avec le temps liturgique du moment". Par exemple, le 6 janvier, solennité de l’Épiphanie, les fidèles prennent une bonne initiative en décidant de méditer les mystères joyeux, et de consacrer ainsi le cinquième mystère à l’adoration des Mages plutôt qu’au recouvrement de Jésus, âgé de 12 ans, dans le Temple de Jérusalem. Il reste que de telles substitutions doivent être effectuées avec pondération, et dans un esprit de fidélité à la Sainte Écriture et à la Liturgie.
201 Dans le but de favoriser la contemplation, et afin d’harmoniser l’âme avec la voix de celui qui médite le saint Rosaire, un certain nombre de Pasteurs et d’experts ont maintes fois suggéré de reprendre l’usage de la "clausule", cet élément ancien qui n’a jamais complètement disparu.
La clausule, qui s’harmonise bien avec le caractère répétitif et méditatif du Rosaire, est constituée de quelques mots qui suivent le nom de Jésus, et ont un rapport avec le mystère énoncé. Une clausule appropriée, permanente pour chaque dizaine, brève dans son énoncé et fidèle à la Sainte Écriture et à la Liturgie, peut constituer une aide de qualité en vue de la prière méditée du saint Rosaire.
202 "En présentant aux fidèles la valeur et la beauté de la prière du chapelet, il convient d’éviter d’employer des expressions qui, d’une part, rejetteraient dans l’ombre d’autres formes excellentes de prières et qui, d’autre part, ne tiendraient pas suffisamment compte de l’existence d’autres formes de prières mariales de ce genre, pourtant approuvées elles aussi par l’Église"., ou qui pourraient provoquer un sentiment de culpabilité chez celui qui ne le médite pas habituellement : "Le Rosaire est une prière excellente, au regard de laquelle le fidèle doit pourtant se sentir sereinement libre, invité à le réciter, en toute quiétude, par sa beauté intrinsèque".
Les Litanies de la Sainte Vierge
203 Les Litanies constituent l’une des formes de prières adressées à la Vierge Marie recommandées par le Magistère. Elles sont essentiellement composées d’une série d’invocations adressées à la Vierge Marie, qui se succèdent selon un rythme uniforme, créant ainsi un climat de prière caractérisé par une louange constante et une supplication insistante. De fait, les invocations, qui sont généralement très brèves, comprennent deux parties : la première est une louange ("Virgo
clemens"), la seconde est une supplication ("
ora pro nobis").
Deux formulaires de litanies sont insérés dans les livres liturgiques du Rite Romain : les litanies de Lorette, à l’égard desquelles les Pontifes Romains ont constamment exprimé leur attachement ; les litanies pour le rite du couronnement d’une image de la bienheureuse Vierge Marie, qui, dans certaines occasions, peuvent constituer une alternative appropriée au formulaire des Litanies de Lorette.
Il s’avère qu’une prolifération de formulaires de litanies n’est pas utile du point de vue pastoral ; toutefois, dans le même temps, il faut prendre en considération le fait qu’une limitation imposée trop rigoureusement aurait pour effet de ne pas tenir suffisamment compte de la richesse de certaines Églises locales ou familles religieuses. La Congrégation pour le Culte Divin a donc demandé instamment de "retenir certains formulaires anciens ou nouveaux, réputés pour leur rigueur doctrinale et la beauté de leurs invocations, qui sont en usage dans des Églises locales ou des Instituts religieux". Il est évident que cette exhortation concerne surtout des lieux déterminés ou des communautés bien précises.
À la suite de la prescription du pape Léon XIII, demandant que, durant le mois d’octobre, la méditation du Rosaire s’achève avec le chant des Litanies, beaucoup de fidèles ont commis l’erreur de penser que les Litanies constituaient une sorte d’appendice du Rosaire. En réalité, les Litanies sont avant tout un acte cultuel qui se suffit à lui-même : de fait, elles peuvent être employées en guise d’hommage adressé à la Vierge Marie, ou comme chant de procession, ou encore être intégrées dans une célébration de la Parole de Dieu ou bien dans d’autres célébrations.
La consécration à la Vierge Marie
204 En parcourant l’histoire de la piété chrétienne, on note l’existence d’expériences diverses, personnelles et communautaires, de "consécration à la Vierge Marie" (
oblatio, servitus, commendatio, dedicatio). Elles apparaissent dans les livres de prières et dans les statuts des associations mariales sous la forme de formules de "consécration", ainsi que de prières composées en vue ou dans le but de renouveler cette consécration.
Les Pontifes Romains ont exprimé à maintes reprises leur attachement à l’égard de cette pieuse pratique de la "consécration à Marie", spécialement en prononçant publiquement eux-mêmes des formules qui sont demeurées célèbres.
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort demeure un maître incontesté et renommé de la spiritualité caractérisée par la pratique de la consécration ; en effet, "il proposait aux chrétiens la consécration au Christ par les mains de Marie comme moyen efficace de vivre fidèlement les promesses du baptême".
À la lumière de la dernière volonté exprimée par le Christ sur la croix (cf. Jn 19, 25-27), l’acte de "consécration" est une reconnaissance de la place unique occupée par Marie de Nazareth dans le mystère du Christ et de l’Église, en particulier de la valeur exemplaire et universelle de son témoignage évangélique, de la confiance en son intercession et dans l’efficacité de sa protection, et il permet de mieux prendre conscience des multiples aspects du rôle unique exercé par la Vierge Marie, en tant que vraie Mère dans l’ordre de la grâce, à l’égard de tous et de chacun de ses fils.
Il convient de noter, toutefois, que le mot "consécration" est employé dans un sens large et impropre : "on dit, par exemple, "consacrer les enfants à la Vierge Marie", alors qu’en réalité on entend plutôt les placer sous la protection de la Vierge et solliciter sa protection maternelle". On peut donc mieux comprendre pourquoi un certain nombre de personnes suggèrent d’employer le terme d’ "acte de confiance" plutôt que celui de "consécration". De fait, à notre époque, à la lumière des progrès accomplis par la théologie liturgique, qui requiert l’emploi rigoureux des mots, on aurait tendance à réserver le mot consécration à l’offrande totale et perpétuelle d’une personne à Dieu, elle-même fondée sur les sacrements du Baptême et de la Confirmation, et dont l’Église, par une intervention spécifique, se porte garante.
Il est donc nécessaire d’instruire les fidèles sur la nature d’une telle pratique. Si cette dernière comporte, il est vrai, les caractères d’un don total et perpétuel, il s’agit néanmoins d’une analogie par rapport à la "consécration à Dieu" ; de même, elle ne doit pas être le fruit d’une émotion passagère, mais être le résultat d’une décision personnelle, libre et mûrie dans le contexte d’une conception authentique du dynamisme de la grâce ; la consécration doit être réalisée d’une manière appropriée, en s’inspirant des formes liturgiques : il s’agira donc d’un acte de consécration au Père par le Christ dans l’Esprit Saint, en implorant l’intercession glorieuse de la Vierge Marie, à laquelle la personne s’offre totalement, afin de demeurer fidèle aux promesses de son Baptême, et en adoptant à son égard une attitude filiale ; enfin, la consécration doit être accomplie en dehors de la célébration du Sacrifice eucharistique, car il s’agit d’un geste de dévotion qui ne peut être assimilé à la Liturgie : la consécration à Marie, en effet, se distingue substantiellement des autres formes de consécration liturgique.
Le scapulaire du Carmel et les autres scapulaires
205 L’histoire de la piété mariale comporte la "dévotion" envers divers scapulaires, dont le plus célèbre est celui de la bienheureuse Vierge du Mont Carmel. La diffusion de cette pratique est vraiment universelle, et il n’y a donc aucun doute que les directives conciliaires concernant les pratiques et les pieux exercices "recommandés tout au long des siècles par le Magistère", s’appliquent aussi à elle.
Le scapulaire du Carmel est une forme réduite de l’habit religieux des frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel : bien que cette dévotion se soit répandue au-delà du cercle des fidèles, qui sont en relation avec la vie et la spiritualité de la famille carmélitaine, le scapulaire conserve néanmoins de nombreux liens avec cette dernière.
Le scapulaire est le signe extérieur d’une relation spéciale, filiale et confiante entre la Vierge, Mère et Reine du Carmel, et les personnes qui se confient à elle en lui consacrant tout leur être, et qui recourent avec une entière confiance à son intercession maternelle ; il est aussi un rappel tangible de la primauté de la vie spirituelle et de la nécessité de la prière d’oraison.
Le scapulaire, qui est imposé au cours de la célébration d’un rite particulier, déterminé par l’Église, "renouvelle le choix fait au baptême de revêtir le Christ, avec le secours de la Vierge Marie qui veut avant tout que nous devenions conformes au Christ, à la louange de la sainte Trinité, jusqu’à ce que nous entrions avec l’habit des noces dans la patrie du ciel".
L’imposition du scapulaire du Carmel, tout comme la remise des autres scapulaires, "doit retrouver l’authenticité de ses origines : il ne doit pas se réduire à un geste plus ou moins improvisé, mais il doit plutôt être le fruit d’une préparation particulièrement soignée, au cours de laquelle le fidèle apprend à connaître la nature et les buts de l’association, à laquelle il adhère, ainsi que les obligations auxquelles il s’engage pour toute sa vie".
Les médailles de la Vierge Marie
206 Les fidèles aiment beaucoup porter sur eux, presque toujours attachées au cou, des médailles portant l’image de la Bienheureuse Vierge Marie. Ce geste de dévotion constitue de leur part un témoignage de foi, un signe de vénération à l’égard de la sainte Mère du Seigneur, et l’expression de leur confiance envers la protection maternelle de la Vierge Marie.
L’Église bénit ces objets de piété, en rappelant qu’ils "ont pour rôle de rappeler aux fidèles l’amour de notre Seigneur et d’augmenter leur confiance dans l’aide de la Vierge Marie", mais elle exhorte aussi les fidèles à ne pas oublier que la dévotion envers la Mère de Jésus exige avant tout "le témoignage d’une vie chrétienne qu’on est en droit d’attendre de leur part".
Parmi les médailles, la plus répandue est celle qui est connue sous le nom de "médaille miraculeuse", qui a bénéficié dans le passé, et bénéficie encore de nos jours d’une diffusion vraiment exceptionnelle. Elle a pour origine les apparitions de la Vierge Marie, en 1830, à une humble novice des Filles de la Charité, la future sainte Catherine Labouré. La médaille, qui a été réalisée en suivant les indications fournies par la Vierge à sainte Catherine, récapitule les mystères de la foi concernant la personne de Marie : en effet, son symbolisme particulièrement riche évoque à la fois le mystère de la Rédemption, l’amour du Cœur du Christ et du Cœur douloureux de Marie, la vocation de la Vierge Marie en tant que médiatrice de toutes grâces, le mystère de l’Église, les relations entre la terre et le ciel, et entre la vie temporelle et la vie éternelle.
La diffusion de la "médaille miraculeuse" a connu une nouvelle impulsion grâce à saint Maximilien-Marie Kolbe (+ 1941) et aux mouvements qu’il a suscités, ou qui se sont inspirés de son apostolat marial. De fait, ce jeune religieux des Tiers Mineurs Conventuels choisit la "médaille miraculeuse" comme le signe distinctif de la Pieuse Union de la Milice de l’Immaculée qu’il fonda, à Rome, en 1917.
La "médaille miraculeuse", comme les autres médailles de la Vierge ou les autres objets de culte, ne doit pas être considérée comme un talisman, ce qui conduirait les fidèles à une vaine crédulité. La promesse de la Vierge Marie, selon laquelle "les personnes qui porteront la médaille recevront de grandes grâces", exige de la part des fidèles une adhésion humble et fidèle au message chrétien, une prière persévérante et confiante, et une conduite morale cohérente.
L’hymne "Akathistos"
207 L’hymne vénérable adressée à la Mère de Dieu, appelée "hymne
Akathistos" - dénommée ainsi parce qu’elle se chante debout - est l’une des expressions les plus hautes et les plus célèbres de la piété mariale de la tradition byzantine. Ce chef d’œuvre littéraire et théologique présente, sous la forme d’une prière, la foi commune et universelle de l’Église des premiers siècles au sujet de la Vierge Marie. Les sources qui ont inspiré cette hymne sont les Saintes Écritures, la doctrine définie par les Conciles œcuméniques de Nicée [325], d’Éphèse [431] et de Chalcédoine [451], ainsi que la réflexion des Pères orientaux des IV et V siècles. Durant l’année liturgique, l’hymne acathiste est chantée solennellement le cinquième samedi de Carême, et elle est reprise en de nombreuses autres occasions ; son usage est recommandé à la piété du clergé, des moines et des fidèles.
Dans les années récentes, cette hymne s’est répandue aussi dans les communautés de fidèles de rite latin. Certaines célébrations solennelles mariales, qui ont eu lieu à Rome en présence du Saint-Père, ont contribué à la diffusion de l’hymne acathiste, qui a ainsi bénéficié d’un retentissement très important dans toute l’Église. Cette hymne très ancienne, qui est considérée comme un exemple magnifique de la tradition mariale la plus antique de l’Église indivise, est à la fois un appel et une prière d’intercession en faveur de l’unité des chrétiens, qui est appelée à se réaliser sous la conduite de la Mère du Seigneur : une telle richesse de louanges, rassemblée dans les différentes formes de la grande tradition de l’Église, pourrait nous aider à faire en sorte que celle-ci se remette à respirer pleinement de ses "deux poumons", oriental et occidental".
Chapitre VI : LA VÉNÉRATION DES SAINTS ET DES BIENHEUREUX
Quelques principes
208 Le culte des saints, et spécialement des martyrs, qui s’enracine dans la Sainte Écriture (cf. Ac 7, 54-60 ; Ap 6, 9-11 ; 7, 9-17) est un fait très ancien, qui est attesté avec certitude dans l’Église, depuis la première moitié du II siècle. L’Église, tant d’Occident que d’Orient, a toujours vénéré les Saints, et elle n’a pas hésité à défendre vigoureusement ce culte, en particulier à l’époque du protestantisme, face aux objections qui étaient présentées contre certains aspects traditionnels de cette dévotion ; elle a aussi mis en évidence les fondements théologiques de cette vénération, de même que son étroite connexion avec la doctrine de la foi ; enfin, elle a édicté des normes dans le but de réglementer le culte des saints, autant dans ses expressions liturgiques que populaires, et elle a souligné la valeur exemplaire du témoignage de ces remarquables disciples du Seigneur, hommes et femmes, dans le but d’inciter les fidèles à mener comme eux une vie chrétienne authentique.
209 La Constitution
Sacrosanctum Concilium, dans le chapitre consacré à l’Année liturgique, met bien en évidence l’existence ainsi que la signification ecclésiale de la vénération des Saints et des Bienheureux : "L’Église a introduit dans le cycle annuel les mémoires des martyrs et des autres saints qui, élevés à la perfection par la grâce multiforme de Dieu et ayant déjà obtenu possession du salut éternel, chantent à Dieu dans le ciel une louange parfaite et intercèdent pour nous. Dans les anniversaires des saints, l’Église proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui, et elle propose aux fidèles leurs exemples qui les attirent tous au Père par le Christ, et par leurs mérites elle obtient les bienfaits de Dieu".
210 Une connaissance complète et adéquate de la doctrine de l’Église concernant les Saints n’est possible que dans le cadre plus vaste des articles de foi suivants :
- "l’Église est une, sainte, catholique et apostolique". L’Église est "sainte", par la présence en elle de "Jésus-Christ qui, avec le Père et l’Esprit saint, est célébré comme le "seul saint"", grâce à l’action de l’Esprit de sainteté, et parce qu’elle est dotée des moyens de sanctification. Ainsi, l’Église, bien qu’elle soit composée d’hommes pécheurs, est "parée, déjà sur la terre, d’une sainteté encore imparfaite mais véritable" ; elle est "le peuple saint de Dieu", dont les membres, selon le témoignage des Écritures, sont appelés des "saints" (cf. Ap 9, 13 ; 1 Co 6, 1 ; 16, 1).
- La "communion des saints" : l’Église du ciel, l’Église qui vit dans l’état dit du "Purgatoire", c’est-à-dire dans l’attente de la purification finale, et l’Église qui chemine sur la terre communient "dans la même charité envers Dieu et envers le prochain" ; de fait, tous ceux qui appartiennent au Christ, et qui ont reçu le même Esprit Saint, forment une seule Église, et sont tous unis dans le Christ.
- La doctrine de l’unique médiation du Christ (cf. 1 Tm 2, 5) : celle-ci n’exclut pas d’autres médiations subordonnées, mais ces dernières s’exercent toutefois à l’intérieur et en référence à la médiation du Christ.
211 La doctrine de l’Église et sa Liturgie présentent les Saints et les Bienheureux qui contemplent déjà "dans la lumière le Dieu Un et Trine". Ils sont donc :
- des témoins historiques de la vocation universelle à la sainteté. La sainteté étant le fruit de la Rédemption accomplie par le Christ, les Saints et les Bienheureux sont donc la preuve vivante que Dieu appelle ses enfants à atteindre la plénitude de la stature du Christ, quels que soient leur époque, le peuple auquel ils appartiennent, les conditions socio-culturelles les plus variées, dans lesquelles ils vivent, et leurs divers états de vie (cf. Ep 4, 13 ; Col 1, 28) ;
- des disciples exemplaires du Seigneur et donc des modèles de vie évangélique ; ainsi, dans les procès de canonisation, l’Église reconnaît l’héroïcité de leur vertu et elle les propose donc à l’imitation des fidèles ;
- des citoyens de la Jérusalem céleste, qui chantent sans fin la gloire et la miséricorde de Dieu. En effet, ils sont déjà passés de ce monde au Père, en suivant le Christ dans sa Pâque ;
- des intercesseurs et des amis des fidèles durant leur pèlerinage sur la terre : les Saints, tout en connaissant le bonheur éternel auprès de Dieu, ne sont pas indifférents aux peines de leurs frères et sœurs, et ils les accompagnent sur leur chemin par leur prière et leur protection ;
- des patrons des Églises locales, dont ils furent souvent les fondateurs (saint Eusèbe de Verceil) ou les Pasteurs illustres (saint Ambroise de Milan) ; des patrons des différentes nations : c’est-à-dire des apôtres de leur conversion à la foi chrétienne (saint Thomas, saint Barthélemy, pour l’Inde), ou des figures privilégiées de leur identité nationale (saint Patrick, pour l’Irlande) ; des patrons des corporations et des professions (saint Omobono, pour les tailleurs) ; des patrons et des protecteurs dans des circonstances particulières, comme au moment de l’enfantement (sainte Anne, saint Raymond Nonat), ou à l’heure de la mort (saint Joseph), et pour obtenir des grâces particulières (ainsi, sainte Lucie pour conserver la vue), etc.
Ce que l’Église confesse, elle en rend grâce à Dieu le Père, en proclamant : "dans la vie des Saints, tu nous procures un modèle, dans leur intercession un appui, et dans la communion avec eux une famille".
212 Enfin, il convient de rappeler que le but ultime de la vénération des Saints est la gloire de Dieu et la sanctification de l’homme, grâce au témoignage de ces vies totalement conformes à la volonté divine, et par l’imitation des vertus de ceux qui furent d’éminents disciples du Seigneur.
De même, tant dans la catéchèse que dans les différentes rencontres organisées en vue de la transmission de la foi, il convient de montrer aux fidèles que la relation avec les Saints, si elle est conçue à la lumière de la foi, bien loin de diminuer "le culte d’adoration rendu à Dieu le Père par le Christ dans l’Esprit, l’enrichit au contraire plus glorieusement", et que "le culte authentique des saints ne consiste pas tant à multiplier les actes extérieurs, mais plutôt à pratiquer un amour fervent et effectif", qui se traduit dans le témoignage d’une vie chrétienne exemplaire.
Les Saints Anges
213 L’Église, dans son enseignement, présente, dans un langage clair et sobre, "l’existence des êtres spirituels et incorporels, que la Sainte Écriture appelle les Anges, comme une vérité de foi. À ce témoignage explicite de l’Écriture correspond l’unanimité de la Tradition".
Selon l’Écriture Sainte, les Anges sont les messagers de Dieu, "invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole" (Ps 103, 20), placés au service de son dessein de salut, "envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut" (He 1, 14).
214 Les fidèles n’ignorent pas généralement les nombreux épisodes de l’Ancienne et de la Nouvelle alliance, dans lesquels les saints Anges manifestent leur présence. Ainsi, ils savent notamment que les Anges gardent les portes du paradis terrestre (cf Gn 3, 24), qu’ils sauvent Agar et son enfant Ismaël (cf. Gn 21, 17), qu’ils retiennent la main d’Abraham qui s’apprête à sacrifier Isaac (cf Gn 22, 11), qu’ils annoncent des naissances prodigieuses (cf. Jg 13, 3-7), qu’ils gardent les pas du juste (cf. Ps 91, 11), qu’ils louent sans cesse le Seigneur (cf. Is 6, 1-4), et qu’ils présentent à Dieu les prières des Saints (cf. Ap 8, 3-4). Ils se souviennent aussi de l’Ange qui intervint en faveur du prophète Élie, en fuite et à bout de forces (cf. 1 R 19, 4-8), d’Azarias et de ses compagnons jetés dans la fournaise (cf. Dn 3, 49-50), de Daniel enfermé dans la fosse aux lions (cf. Dn 6, 23). Enfin, l’histoire de Tobie leur est familière : Raphaël "l’un des sept Anges qui se tiennent devant le Seigneur" (Tb 12, 15), rendit de nombreux services à Tobie, au jeune Tobie, son fils, et à Sara, la femme de ce dernier.
Les fidèles savent aussi que les anges sont présents dans un certain nombre d’épisodes de la vie de Jésus, où ils exercent une fonction particulière : ainsi, l’Ange Gabriel annonce à Marie qu’elle concevra et donnera naissance au Fils du Très-Haut (cf. Lc 1, 26-38), et, de même, un Ange révèle à Joseph l’origine surnaturelle de la maternité de la Vierge (cf. Mt 1, 18-25) ; les Anges annoncent aux bergers de Bethléem la joyeuse nouvelle de la naissance du Sauveur (cf. Lc 2, 8-14) ; "l’Ange du Seigneur" protège la vie de l’enfant Jésus menacée par Hérode (cf. Mt 2, 13-20) ; les Anges assistent Jésus pendant son séjour dans le désert (cf. Mt 4, 11) et ils le réconfortent durant son agonie (cf. Lc 22, 43) ; enfin, ils annoncent aux femmes, qui se rendent au tombeau du Christ, que celui-ci est "ressuscité" (cf. Mc 16, 1-8), et ils interviennent encore au moment de l’Ascension pour révéler aux disciples le sens de cet événement et pour annoncer que "Jésus... reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel" (Ac 1, 11).
Les fidèles comprennent l’importance de l’avertissement de Jésus de ne pas mépriser un seul des petits qui croient en lui, "parce que leurs Anges dans les cieux contemplent sans cesse la face de mon Père" (Mt 18, 10), ainsi que la parole réconfortante selon laquelle "il y a de la joie chez les Anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit" (lc 15, 10). Enfin, les fidèles savent que "le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les Anges avec lui" (Mt 25, 31) pour juger les vivants et les morts, et mettre un point final à l’histoire.
215 L’Église qui, à ses débuts, fut gardée et défendue par le ministère des Anges (Ac 5, 17-20 ; 12, 6-11) expérimente constamment la "protection mystérieuse et puissante" de ces esprits célestes, qu’elle vénère et dont elle sollicite l’intercession.
Au cours de l’Année liturgique, l’Église célèbre la participation des Anges aux événements du salut ; elle consacre aussi à leur mémoire certains jours particuliers : le 29 septembre (fête des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël) et le 2 octobre (mémoire des Anges Gardiens). L’Église célèbre encore en leur honneur une Messe votive, dont la préface proclame que "la gloire de Dieu resplendit dans les Anges" ; dans la célébration des mystères divins, elle s’associe au chant des Anges pour proclamer la gloire du Dieu trois fois saint (cf. Is. 6, 3) et elle sollicite leur aide pour porter l’offrande eucharistique "sur l’autel céleste, en présence de la gloire de Dieu" ; elle célèbre l’office de louange en leur présence (cf. Ps. 137, 1) ; elle confie les prières des fidèles au ministère des Anges (cf. ap. 5, 8 ; 8, 3), ainsi que la douleur des pénitents, et la défense des innocents contre les attaques du Malin ; à la fin de chaque journée, elle implore Dieu d’envoyer ses anges pour garder ceux qui prient dans la paix ; elle prie les esprits célestes de venir en aide aux agonisants ; et, au cours du rite des obsèques, elle supplie les Anges d’accompagner l’âme du défunt jusqu’au paradis et de garder son tombeau.
216 Tout au long des siècles, les fidèles ont exprimé leur foi dans le ministère des Anges en recourant à de nombreuses formes de piété : ainsi, ils ont choisi les Anges comme patrons des villes et protecteurs des corporations ; ils ont érigé en leur honneur des sanctuaires célèbres (le Mont-Saint-Michel en Normandie, Saint-Michel de Cluse dans le Piémont, et Saint-Michel du Mont-Gargan dans les Pouilles), et fixé des jours de fête ; enfin, ils ont composé des hymnes et des pieux exercices.
La piété populaire a contribué, d’une manière particulière, au développement de la dévotion envers l’Ange Gardien. Saint Basile le Grand (+379) enseignait déjà que "chaque fidèle a, près de lui, un Ange qui le protège et le conduit sur le chemin qui mène à la vie éternelle". Cette doctrine vénérable s’est peu à peu consolidée tout au long des siècles en se rattachant à des fondements bibliques et patristiques, et elle a donné naissance à des expressions variées de la piété populaire, jusqu’à l’œuvre de saint Bernard de Clairvaux (+ 1153), qui est considéré comme le grand docteur et l’apôtre éminent de la dévotion envers les Anges Gardiens. Pour saint Bernard, les Anges Gardiens sont la preuve que "le ciel ne néglige rien de ce qui peut nous être utile", c’est pourquoi il place "à nos côtés ces esprits célestes qui ont pour mission de nous protéger, de nous instruire et de nous guider".
La dévotion envers les Anges Gardiens suscite aussi un style de vie qui est caractérisé par :
- l’action de grâces adressée à Dieu qui accepte de placer des esprits d’une si grande sainteté et dignité au service des hommes ;
- une attitude de droiture et de piété, suscitée par la conscience de vivre constamment en présence des saints Anges ;
- une confiance sereine dans les situations difficiles, inspirée par la conviction que le Seigneur guide et assiste le fidèle sur le chemin de la justice, en recourant en particulier au ministère des Anges.
Parmi les prières adressées à l’Ange Gardien, celle de l’Angele Dei est particulièrement répandue ; dans de nombreuses familles, elle fait partie de la prière du matin et du soir, et, en de nombreux endroits, elle accompagne aussi la prière de l’Angelus Domini.
217 Les expressions de la piété populaire envers les saints Anges sont légitimes et bienfaisantes, mais elles peuvent donner lieu à des déviations, parmi lesquelles il convient de citer :
- l’erreur suivante peut progressivement s’immiscer dans l’âme de certains fidèles : le monde et la vie seraient soumis à des tensions démiurgiques, c’est-à-dire à la lutte incessante entre les bons esprits et les esprits mauvais, ou entre les Anges et les démons ; l’homme serait alors terrassé par des puissances supérieures contre lesquelles il ne pourrait rien faire. Une telle conception a pour effet d’affaiblir le sens de la responsabilité personnelle ; de plus, elle ne concorde pas avec l’enseignement authentique de l’Évangile à propos de la lutte contre le Malin ; l’Évangile exige, en effet, du disciple du Christ la droiture morale, l’engagement pour l’Évangile, l’humilité et la prière ;
- certains fidèles peuvent être tentés de considérer les événements de la vie quotidienne d’une manière schématique et simpliste, voire infantile, en rendant le Malin responsable de leurs difficultés, y compris les plus minimes, et, au contraire, en attribuant à l’Ange Gardien leurs succès et leurs réalisations positives ; or, de telles interprétations n’ont aucun rapport, ou si peu, avec le véritable progrès spirituel de la personne qui consiste à rejoindre le Christ. Il faut aussi réprouver l’usage de donner aux Anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël.
Saint Joseph
218 Dans sa sagesse providentielle, Dieu réalisa son plan de salut en assignant à Joseph de Nazareth, "homme juste" (cf. Mt 1, 19), et époux de la Vierge Marie (cf.
Ibid. ; Lc 1, 27), une mission particulièrement importante : d’une part, introduire légalement Jésus dans la lignée de David de laquelle, selon la promesse des Écritures (cf. 2 S 7, 5-16 ; 1 Ch 17, 11-14), devait naître le Messie Sauveur, et, d’autre part, assumer la fonction de père et de gardien à l’égard de cet enfant.
En vertu de cette mission, saint Joseph est très présent dans les mystères de l’enfance du Sauveur : il reçut de Dieu la révélation de l’origine divine de la maternité de Marie (cf. Mt 1, 20-21), et il fut le témoin privilégié de la naissance de Jésus à Bethléem (cf. Lc 2, 6-7), de l’adoration des bergers (cf. Lc 2, 15-16) et de celle des Mages venus de l’Orient (cf. Mt 2, 11) ; il accomplit son devoir religieux à l’égard de l’Enfant en l’introduisant dans l’Alliance d’Abraham, lors de la circoncision (cf. Lc 2, 21), et en lui donnant le nom de Jésus (cf, Mt 1, 21) ; selon de la Loi, il présenta l’Enfant au Temple et le racheta en offrant le don des pauvres (cf. Lc 2, 22-24 ; Esd 13, 2.12-13) et, rempli d’étonnement, il entendit le cantique prophétique de Siméon (cf. Lc 2, 25-33) ; il protégea la Mère et le Fils durant la persécution d’Hérode en fuyant en Égypte (cf. Mt 2, 13-23) ; il se rendait chaque année à Jérusalem avec la Mère et l’Enfant pour la fête de la Pâque et il assista, avec effroi, à l’événement de la disparition de Jésus, âgé de 12 ans, qui était demeuré dans le Temple (cf. Lc 2, 43-50) ; il vécut dans la maison familiale de Nazareth, exerçant son autorité paternelle à l’égard de Jésus, qui lui était soumis (cf. Lc 2, 51), et il lui enseigna la Loi et son métier de charpentier.
219 Tout au long des siècles, et surtout à l’époque récente, la réflexion de l’Église a mis en évidence les vertus de saint Joseph, parmi lesquelles : la foi, qui, chez lui, se traduisait par une adhésion entière et courageuse au projet de salut de Dieu ; l’obéissance inconditionnelle et silencieuse à la volonté de Dieu ; l’amour et le respect fidèle de la Loi, la piété sincère et la force dans les épreuves ; l’amour virginal dont il fit preuve à l’égard de la Vierge Marie, l’exercice assidu de ses devoirs de père de famille, et l’attrait pour une vie cachée et laborieuse.
220 La piété populaire met en valeur l’importance et l’universalité du patronage de saint Joseph, "à la vigilance duquel Dieu a voulu confier les débuts de notre rédemption" et "ses trésors les plus précieux". Saint Joseph assume les patronages suivants : l’Église tout entière, que le bienheureux Pie IX a voulu placer sous la protection spéciale du saint Patriarche ; les personnes qui se consacrent à Dieu en choisissant le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12) : "ils ont en saint Joseph un exemple et un défenseur de leur virginité" ; les travailleurs et les artisans, dont le charpentier de Nazareth est le modèle exemplaire ; les agonisants, puisque, selon une pieuse tradition, saint Joseph fut assisté, au moment de sa mort, de Jésus et de Marie.
221 La Liturgie fait souvent référence à la figure et au rôle de saint Joseph dans les célébrations des mystères de la vie du Sauveur, en particulier celles qui concernent sa naissance et son enfance, c’est-à-dire durant le temps de l’Avent, celui de Noël, spécialement à l’occasion de la fête de la Sainte Famille, lors de la solennité du 19 mars et à l’occasion de la mémoire du 1 mai.
Le nom de saint Joseph est mentionné dans le Communicantes du Canon Romain et dans les Litanies des Saints. Les Prières pour les mourants suggèrent d’invoquer le saint Patriarche ; de même, la communauté prie pour que l’âme du mourant, en quittant ce monde, soit introduite "dans la paix de la Jérusalem céleste avec la Vierge Marie, Mère de Dieu, saint Joseph, tous les Anges et les Saints".
222 La vénération de saint Joseph occupe aussi une place importante dans la piété populaire : par exemple, dans des expressions diverses et nombreuses du folklore de certains peuples ; dans la coutume, datant de la fin du XVII siècle, de considérer le mercredi comme un jour dédié à saint Joseph ; à ce propos, il convient de noter que certains pieux exercices, comme les
Sept mercredis, se rattachent à cette pieuse tradition. La dévotion des fidèles à l’égard de saint Joseph inspire aussi les pieuses invocations, que de nombreuses personnes aiment prononcer spontanément, de même que certaines formules de prières, comme celle qui fut composée par le pape Léon XIII :
Ad te, beate Joseph, et qui est dite chaque jour par de nombreux fidèles, et aussi les
Litanies de saint Joseph, approuvées par saint Pie X, et, enfin, le pieux exercice du chapelet des
Sept angoisses et des sept joies de saint Joseph.
223 Des difficultés d’harmonisation entre la Liturgie et les expressions de la piété populaire peuvent surgir du fait que la solennité de saint Joseph (19 mars) est célébrée durant le Carême, qui est un temps liturgique tout entier consacré à la préparation des baptêmes et à la célébration de la Passion du Seigneur. Il est donc indispensable que les pratiques traditionnelles du "mois de saint Joseph" soient en syntonie avec le temps liturgique qui est célébré. De fait, le renouveau de la Liturgie a permis aux fidèles d’approfondir le véritable sens du temps liturgique du Carême. En adaptant les expressions de la piété populaire à cette exigence, il demeure néanmoins nécessaire de favoriser et de répandre la dévotion à l’égard de saint Joseph, en ayant constamment à l’esprit "l’exemple éminent [...], qui surpasse les états de vie particuliers et qui est proposé à la communauté chrétienne tout entière, quelles que soient les conditions de vie et les obligations des fidèles".
Saint Jean Baptiste
224 À la jonction entre l’Ancien et le Nouveau Testament, se dresse la figure imposante de Jean, fils de Zacharie et d’Élisabeth, qui étaient tous les deux des "justes devant Dieu" (Lc 1, 6) ; il est l’un des plus grands personnages de l’histoire du salut. Alors qu’il était encore dans le sein de sa mère, Jean reconnut le Sauveur, lui aussi caché dans le sein de la Vierge Marie (cf. Lc 1, 39-45) ; sa naissance fut marquée par de grands prodiges (cf. Lc 1, 57-66) ; il grandit dans le désert en menant une vie austère et pénitente (cf. Lc 1, 80 ; Mt 3, 4) ; "prophète du Très-Haut" (Lc 1, 76), la parole de Dieu lui fut adressée (cf. Lc 3, 2) ; "il parcourut toute la région du Jourdain en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés" (Lc 3, 3) ; tel un nouvel Élie, humble et fort, il prépara le peuple à recevoir le Seigneur (cf. Lc 1, 17) ; conformément au dessein de Dieu, il baptisa, dans les eaux du Jourdain, le Sauveur du monde lui-même (cf. Mt 3, 13-16) ; il présenta Jésus à ses disciples en le désignant comme "l’Agneau de Dieu" (Jn 1, 29), le "Fils de Dieu" (Jn 1, 34) et l’Époux de la nouvelle communauté messianique (cf. Jn 3, 28-30) ; le témoignage courageux qu’il rendit à la vérité lui valut d’être emprisonné par Hérode, qui le fit décapiter (cf. Mc 6, 14-29) ; sa mort violente, tout comme auparavant sa naissance miraculeuse et sa prédication prophétique, firent de lui le précurseur du Seigneur. Jésus lui rendit un hommage incomparable en proclamant que "parmi les hommes, aucun n’est plus grand que Jean" (Lc, 7, 28).
225 Depuis les premiers siècles de l’Église, les fidèles célèbrent avec ferveur le culte de saint Jean Baptiste ; il s’est même enrichi d’éléments provenant de la culture populaire. Outre la célébration de sa mort (le 29 août), au même titre que tous les autres saints, saint Jean Baptiste est le seul dont on célèbre aussi solennellement la naissance (24 juin), comme pour le Christ et la sainte Vierge Marie.
On peut constater que beaucoup de baptistères sont dédiés à saint Jean Baptiste, ce qui permet de souligner son rôle essentiel lors du baptême de Jésus ; de même, de nombreuses fontaines baptismales évoquent sa figure en le représentant en train de baptiser. Son emprisonnement éprouvant et sa mort violente font aussi de lui le patron de ceux qui sont en prison, ainsi que des condamnés à mort, ou de ceux qui subissent de lourdes peines à cause de leur foi.
Il est très probable que la date de naissance de saint Jean Baptiste (24 juin) fut fixée en fonction de celle de la conception du Christ (25 mars), et de sa naissance (25 décembre) : selon le signe donné par l’ange Gabriel au moment où Marie conçut le Sauveur, la mère du Précurseur était déjà enceinte depuis six mois (cf. Lc 1, 26. 36). Dans l’hémisphère nord, la solennité du 24 juin est aussi liée au cycle solaire. Elle se célèbre, en effet, au moment où le soleil, en se dirigeant vers le sud du zodiaque, commence à descendre à l’horizon : ce phénomène céleste est devenu le symbole de la figure de Jean Baptiste, qui, à propos du Christ et de lui-même, déclara : "Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue" (Jn 3, 30)
La mission de Jean, qui était venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité (cf. Jn 1, 7), a donné naissance à la coutume d’allumer des feux dans la nuit du 23 au 24 juin, et, là où cette tradition existait déjà, elle a permis de lui donner une signification chrétienne : de fait, l’Église bénit ces feux en priant pour que les fidèles passent des ténèbres du monde à la Lumière de Dieu qui ne s’éteindra jamais.
Le culte des Saints et des Bienheureux
226 Les rapports mutuels entre la Liturgie et la piété populaire, et leur influence réciproque, sont particulièrement importants dans le domaine spécifique du culte des Saints et des Bienheureux. Il paraît opportun de rappeler brièvement les principales formes de vénération prévues dans la Liturgie de l’Église : ces diverses dispositions sont destinées à éclairer et à guider les expressions de la piété populaire.
La célébration des Saints
227 La célébration d’une fête en l’honneur d’un Saint - et cela vaut aussi à leur propre niveau pour les Bienheureux - est sans aucun doute une expression éminente du culte de la communauté ecclésiale : elle inclut très souvent la célébration de l’Eucharistie. La détermination du "jour de fête" du Saint est une décision très importante sur le plan cultuel, mais elle est souvent complexe, parce qu’elle dépend de nombreux facteurs d’ordre historique, liturgique et culturel, qui ne sont pas faciles à harmoniser.
Dans l’Église de Rome et dans d’autres Églises locales, la célébration la plus ancienne fut celle de la mémoire des martyrs, le jour anniversaire de leur passion, qui marquait à la fois leur suprême identification au Christ et leur naissance au ciel ; elle fut suivie par la célébration du conditor Ecclesiae, c’est-à-dire les évêques qui avaient dirigé ces Églises et les autres confesseurs de la foi, ainsi que de la commémoration annuelle de la dédicace de l’église cathédrale. La multiplication de ces diverses célébrations rendirent nécessaire la constitution progressive des calendriers liturgiques locaux, où furent mentionnés la date et le lieu de la mort de chacun des Saints ou groupe de Saints.
Ces calendriers particuliers permirent d’élaborer des calendriers généraux, dont les plus célèbres sont le Martyrologe syriaque (V siècle), le Martyrologium Hieronimianum (VI siècle), celui de saint Bède (VIII siècle), de Lyon (IX siècle), de Usardo (IX siècle) et d’Adone (IX siècle).
Le 14 janvier 1584, Grégoire XIII promulgua l’édition typique du Martyrologium Romanum, destiné à l’usage liturgique. Jean-Paul II a promulgué la première édition typique du Martyrologe Romain, qui a été révisé à la suite du Concile Vatican II ; tout en se référant à la tradition romaine et en incorporant les données des différents martyrologes anciens les plus importants, cette édition typique rassemble les noms de très nombreux Saints et Bienheureux, et il constitue un témoignage extrêmement riche des multiples formes de sainteté que l’Esprit du Seigneur suscite dans l’Église à toutes les époques et en tous lieux.
228 Le
Calendrier Romain est intimement lié à l’histoire du
Martyrologe ; il a pour objet de mentionner le jour et le degré des célébrations en l’honneur des Saints. Conformément à la disposition du Concile Vatican II, le
Calendrier Romain Général comprend seulement les mémoires des "saints qui présentent véritablement une importance universelle", en laissant aux calendriers particuliers, qu’ils soient nationaux, régionaux, diocésains ou des familles religieuses, le soin d’indiquer les mémoires des autres Saints.
Il est opportun de rappeler la raison pour laquelle le nombre des célébrations des Saints a été réduit, ainsi que la nécessité d’en tenir compte sur le plan pastoral : cette décision a été prise pour que "les fêtes des saints ne l’emportent pas sur les fêtes qui célèbrent les mystères du salut eux-mêmes". Au cours des siècles, en effet, "la multiplication des fêtes, des vigiles et des octaves, ainsi que la complication progressive des diverses parties de l’année liturgique" avaient "souvent poussé les fidèles aux dévotions particulières, de telle sorte que leurs esprits ont été quelque peu détournés des mystères fondamentaux de notre rédemption".
229 À partir de la réflexion sur les faits qui ont marqué l’origine, le développement et les différentes révisions du
Calendrier Romain Général, il est possible de présenter les quelques orientations pastorales suivantes :
- il est nécessaire d’instruire les fidèles sur le lien existant entre les fêtes des Saints et la célébration du mystère du Christ. En effet, la raison d’être des fêtes des Saints est de mettre en lumière les réalisations concrètes du dessein de salut de Dieu, et de "proclamer les merveilles du Christ chez ses serviteurs" ; les fêtes des membres de l’Église, que sont les Saints, sont en réalité aussi des fêtes de la Tête de cette même Église, c’est-à-dire des fêtes du Christ ;
- il convient d’habituer les fidèles à discerner la valeur et la signification véritable des fêtes de ces Saints et de ces Saintes, dont la mission particulière a marqué l’histoire du salut, et qui ont vécu dans une relation étroite avec le Seigneur Jésus : on peut citer, en particulier, saint Jean Baptiste (24 juin), saint Joseph (19 mars), les saints Pierre et Paul (29 juin), les autres Apôtres et saint Évangélistes, sainte Marie Madeleine (22 juillet) et sainte Marthe de Béthanie (29 juillet), enfin saint Étienne (26 décembre) ;
- il convient d’encourager les fidèles à célébrer en priorité les Saints qui, dans l’Église particulière, sont considérés comme les plus importants : par exemple, les Patrons ou ceux qui, les premiers, ont annoncé la Bonne Nouvelle à la communauté des origines ;
- enfin, il est utile d’enseigner aux fidèles le critère d’ "universalité", qui caractérise les Saints inscrits dans le Calendrier Général, ainsi que le sens du degré de leur célébration liturgique : solennité, fête et mémoire (obligatoire ou facultative).
Le jour de la fête
230 Le jour de la fête du saint revêt une grande importance tant du point de vue de la Liturgie que de la piété populaire. Dans un laps de temps très bref, de nombreuses expressions cultuelles de nature liturgique ou populaire concourent à donner une physionomie propre à ce "jour du Saint", ce qui ne va pas sans poser des difficultés, voire des risques de conflits.
Les divergences éventuelles doivent être résolues à la lumière des normes du Missel Romain et du Calendrier Romain Général concernant les degrés de célébrations des Saints et des Bienheureux, qui sont fixées en fonction de leur relation avec la communauté chrétienne (Patron principal du lieu, Titulaire de l’Église, Fondateur ou Patron principal d’une famille religieuse). Il faut aussi tenir compte du transfert éventuel de la fête du Saint au dimanche suivant, et des dispositions concernant la célébration des fêtes des Saints durant certains temps particuliers de l’Année liturgique.
Ces normes doivent être observées, non seulement à cause de l’obéissance due à l’autorité liturgique du Saint-Siège, mais aussi et surtout pour les raisons qui justifient l’existence même de ces dispositions : le respect envers le mystère du Christ et la cohérence avec l’esprit de la Liturgie.
En particulier, il est nécessaire d’éviter que les raisons qui ont justifié le déplacement de dates de certaines fêtes de Saints ou de Bienheureux - par exemple, du Carême au Temps ordinaire - ne soient pas suivies d’effet dans la pratique pastorale : ainsi, le fait de célébrer la fête liturgique d’un Saint en se conformant à la nouvelle date, tout en continuant de la célébrer à l’ancienne date dans le cadre de la piété populaire, a pour conséquence de rompre gravement l’harmonie entre la Liturgie et la piété populaire, et, surtout, elle donne lieu à une répétition inutile de la même célébration, tout en générant chez les fidèles la confusion et le désarroi.
231 Il est nécessaire que la fête du Saint soit préparée, puis célébrée avec beaucoup de soin, tant du point de vue liturgique que pastoral.
Cette exigence comporte avant tout une présentation adéquate de la finalité pastorale du culte des Saints, qui est totalement destiné à célébrer la gloire de Dieu, "admirable dans ses Saints", et aussi à encourager les fidèles à conformer leur vie à l’enseignement et à l’exemple du Christ, en imitant les Saints, qui sont les membres éminents de son Corps mystique.
De plus, il est nécessaire que la figure du Saint soit présentée d’une manière appropriée. De fait, en se plaçant dans la perspective de la conception très juste qui prévaut à notre époque, il convient qu’une telle présentation ne se base pas tant sur des faits légendaires, qui entourent parfois la vie du Saint, ni sur ses qualités de thaumaturge, que sur la valeur de sa personnalité chrétienne, la grandeur de sa sainteté et l’efficacité de son témoignage évangélique, ainsi que sur le charisme personnel grâce auquel il a enrichi la vie de l’Église.
232 Le "jour du Saint" a aussi une grande valeur anthropologique : c’est un jour de fête. Et il est notoire que la fête répond à une nécessité vitale de l’homme, et qu’elle se fonde ultimement sur son aspiration à la transcendance. Par ses manifestations empreintes de joie et de gaieté, la fête affirme la valeur de la vie et de la création. En rompant avec la monotonie de la vie quotidienne et avec certaines formes de vie trop conventionnelles, en libérant aussi momentanément les fidèles de leur asservissement à l’égard de trop nombreuses contraintes matérielles, la fête exprime à la fois la recherche d’une liberté sans entraves, l’aspiration à un bonheur parfait et l’exaltation de la pure gratuité. Sur le plan culturel, la fête met en évidence le génie particulier d’un peuple, c’est-à-dire les valeurs qui le caractérisent et le distinguent des autres peuples, et les expressions les plus réussies de sa propre culture, y compris de son folklore. La fête est aussi un moyen de socialisation qui permet d’étendre le cercle de ses amis, et d’ouvrir ses relations de voisinage à de nouveaux membres de la communauté.
233 Divers facteurs menacent la qualité de la "fête du Saint" tant du point de vue religieux qu’anthropologique :
Du point de vue religieux, il peut arriver que la "fête du Saint", appelée "fête patronale" dans le cadre de la paroisse, soit progressivement vidée du contenu spécifiquement chrétien qui était le sien à l’origine - et qui consistait à honorer le Christ dans l’un de ses membres -, et qu’elle devienne surtout une manifestation sociale ou folklorique, et, dans le meilleur des cas, une occasion privilégiée de rencontre et de dialogue entre les membres d’une même communauté.
Du point de vue anthropologique, il convient de noter qu’il n’est pas rare que des groupes ou des personnes, en croyant "faire la fête", se détachent en réalité du véritable sens de cette expression en raison de leurs comportements. En effet, la fête est la participation de l’homme à la domination de Dieu sur la création et à son "repos" actif, qui est toute autre chose qu’une oisiveté stérile ; elle est aussi la manifestation d’une joie simple et communicative, et non la soif démesurée d’un plaisir égoïste ; enfin, elle est l’expression d’une vraie liberté, et non la recherche de formes de divertissement ambiguës, qui génèrent elles-mêmes sournoisement de nouvelles formes d’esclavage. On peut donc affirmer avec certitude que la transgression des normes éthiques, non seulement contredit la loi du Seigneur, mais encore constitue une blessure à la signification anthropologique de la fête.
Au cours de la célébration de l’Eucharistie
234 Le jour de la fête d’un Saint ou d’un Bienheureux n’est pas l’unique forme de présence de ces derniers dans le cadre de la Liturgie. De fait, la célébration de l’Eucharistie constitue un moment privilégié de communion avec les Saints du ciel.
Dans le cadre de la Liturgie de la Parole, les lectures de l’Ancien Testament présentent souvent les figures des grands patriarches, des prophètes et d’autres personnes réputées pour leur vertu et pour leur attachement à la Loi du Seigneur. De leur côté, les lectures du Nouveau Testament évoquent souvent les Apôtres et les autres Saints et Saintes qui vécurent dans une relation de proximité et d’amitié avec le Seigneur. En outre, les vies de certains Saints constituent des illustrations tellement lumineuses des pages de l’Évangile, qu’il suffit de proclamer ces quelques passages pour évoquer leurs figures.
Les rapports constants entre la Sainte Écriture et l’hagiographie chrétienne ont donné lieu, dans le contexte de la célébration eucharistique, à la formation d’un ensemble de Communs, dans lesquels sont proposés des passages de la Bible qui illustrent les divers aspects de la vie des Saints. À propos de la relation étroite entre la Sainte Écriture et la vie des Saints, on peut observer encore que la Sainte Écriture oriente et jalonne le chemin des Saints vers la plénitude de la charité, et qu’ils sont donc, chacun pour leur part, des commentateurs vivants de la Parole de Dieu.
Les Saints sont mentionnés à divers moments de la Liturgie eucharistique. Durant l’offrande du Sacrifice, il est fait mémoire des "présents d’Abel le Juste, du sacrifice de notre père dans la foi, Abraham, et de l’oblation pure et sainte que t’offrit Melchisédech, ton grand prêtre". De fait, la Prière eucharistique constitue un moment privilégié et unique pour exprimer notre communion avec les Saints ; elle permet, en effet, de vénérer leur mémoire et de solliciter leur intercession, puisque "dans la communion de toute l’Église, nous voulons nommer et honorer en premier lieu la bienheureuse Marie toujours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ, saint Joseph, son époux, les saints Apôtres et martyrs : Pierre et Paul, André [...] et tous les saints ; accorde-nous, par leur prière et leurs mérites, d’être toujours et partout, forts de ton secours et de ta protection".
Dans les Litanies des Saints
235 Au cours de certaines grandes célébrations des sacrements, et à d’autres moments où la prière de l’Église se fait plus instante, celle-ci invoque les Saints par le chant simple et populaire des
Litanies des Saints, dont l’existence est attestée depuis le début du VII siècle. La prière des Litanies est prévue, en particulier, lors de la Vigile pascale, avant la bénédiction de l’eau baptismale, et aussi au cours de la célébration du baptême et des ordinations à l’ordre sacré de l’épiscopat, du presbytérat et du diaconat, de même que dans le rite de la consécration des vierges et de la profession religieuse, dans le rite de la dédicace d’une église et d’un autel, au cours des rogations, durant les messes comportant des stations et durant les processions pénitentielles, pour ordonner au Malin de s’éloigner dans le cadre des exorcismes, et enfin pour recommander les agonisants à la miséricorde de Dieu.
Les Litanies des Saints, qui contiennent des éléments provenant à la fois de la tradition liturgique et de la piété populaire, illustrent la confiance de l’Église dans l’intercession des Saints, et elles mettent en valeur son expérience de la communion qui unit l’Église de la Jérusalem céleste et l’Église qui est encore en pèlerinage sur la terre. Il est permis d’invoquer, dans les Litanies des Saints, les noms de ceux qui sont inscrits dans les Calendriers liturgiques des diocèses et des Instituts religieux. Il est évident qu’il est interdit d’insérer dans les Litanies les noms de personnes, dont le culte n’est pas reconnu.
Les reliques des Saints
236 Le Concile Vatican II rappelle que "selon la Tradition, les saints sont l’objet d’un culte dans l’Église, et l’on y vénère leurs reliques authentiques et leurs images". L’expression "reliques des Saints" indique surtout les corps - ou des éléments significatifs de ces corps - de tous ceux qui, par la sainteté héroïque de leur vie, se révélèrent sur cette terre des membres éminents du Corps mystique du Christ et des temples vivants de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 3, 16 ; 6, 19 ; 2 Co 6, 16). De plus, les objets qui ont appartenu aux Saints sont aussi considérés comme des reliques : il s’agit des objets personnels, des vêtements, des lettres, et des objets qui ont été mis en contact avec leurs corps ou leurs tombeaux (huiles, morceaux d’étoffe (
brandea), et aussi des objets qui ont touché les images vénérées du Saint.
237 Le
Missel Romain renové recommande de "garder l’usage de déposer sous l’autel à consacrer des reliques de saints, même non martyrs". Cette place des reliques, par rapport à l’autel, indique donc que le sacrifice des membres de l’Église a pour origine et prend tout son sens, à partir de l’unique sacrifice de la Tête de cette même Église ; de plus, les reliques expriment symboliquement la communion de toute l’Église à l’unique sacrifice du Christ, et donc la mission qui est confiée à cette Église de témoigner, même au prix du sang, de sa fidélité à son Époux et Seigneur.
Cette expression éminemment liturgique du culte des reliques n’est pas la seule ; en effet, la piété populaire en comprend bien d’autres. Il est vrai néanmoins que les fidèles aiment vénérer les reliques. Il est donc nécessaire de mettre en place une pastorale, qui soit capable de promouvoir le véritable sens du culte des reliques ; il s’agit, en effet :
- de s’assurer de leur authenticité ; lorsqu’un doute subsiste, il convient de soustraire les reliques à la vénération des fidèles, en agissant avec la prudence pastorale requise dans ce genre de situation.
- d’empêcher la division excessive des reliques, qui ne respecte pas la dignité du corps humain ; les normes liturgiques prévoient, en effet, que les reliques doivent être "assez grandes pour qu’on puisse comprendre qu’elles sont les restes de corps humains" ;
- d’exhorter les fidèles de ne pas se laisser gagner par la manie de collectionner des reliques ; il est arrivé que, dans le passé, on ait à déplorer les conséquences déplorables de ce genre d’habitudes.
- de veiller au bon usage des reliques, afin d’éviter tout risque de fraudes, toute forme de trafic, et toute autre avilissement du culte en superstition.
Les différent actes de la dévotion populaire envers les reliques des Saints doivent être accomplis avec une grande dignité, et dans un climat de foi authentique. Parmi les principales expressions de la piété populaire, on peut citer le fait d’embrasser les reliques, de les illuminer et de les orner de fleurs, de les employer pour bénir ou de les porter en procession, et aussi de les apporter aux malades pour les réconforter et mettre ainsi en valeur leur demande de guérison. Il faut éviter dans les tous les cas d’exposer des reliques sur la table de l’autel, car celle-ci est réservée au Corps et au Sang du roi des martyrs.
Les saintes images
238 Le Concile de Nicée II a défendu avec vigueur la vénération envers les saintes images en déclarant : "conformément à la doctrine divinement inspirée de nos Saints Pères et à la tradition de l’Église catholique... nous définissons avec certitude que comme les représentations de la Croix précieuse et vivifiante, aussi les vénérables et saintes images, qu’elles soient peintes, en mosaïque ou de quelque autre matière appropriée, doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les saints ustensiles et les vêtements, sur les murs et les tableaux, dans les maisons et les chemins, aussi bien l’image de Dieu notre Seigneur et sauveur Jésus-Christ que celle de notre Dame immaculée, la sainte Mère de Dieu, des saints anges, de tous les saints et des justes".
Les Saints Pères reconnaissaient dans le mystère du Christ, le Verbe incarné, "l’image du Dieu invisible" (col 1, 15) et aussi le fondement du culte adressé aux saintes images : "l’incarnation du Fils de Dieu a inauguré une nouvelle "économie" des images".
239 La vénération des images, qu’elles soient peintes, ou réalisées sous la forme de statues, de bas-reliefs ou d’autres représentations, est importante aussi bien dans le cadre de la Liturgie que dans le domaine de la piété populaire : les fidèles prient devant elles, tant dans les églises que dans leurs propres maisons. Ils les ornent de fleurs, de lumières et de pierres précieuses ; ils emploient des formes diverses pour leur rendre un hommage religieux, ils les portent en procession, ils accrochent auprès d’elles des ex-voto en signe de reconnaissance ; ils les déposent dans des cavités ou des petits monuments érigés dans les champs ou le long des routes.
Toutefois, afin d’éviter certaines déviations, la vénération des images doit être fondée sur une conception théologique appropriée. Il est donc nécessaire que les fidèles connaissent la doctrine de l’Église concernant le culte des saintes images, qui est contenue dans les décrets des conciles œcuméniques et dans le Catéchisme de l’Église Catholique.
240 Selon l’enseignement de l’Église, les images sacrées sont :
- la traduction iconographique du message évangélique, dans la mesure où l’image et la parole révélée s’éclairent mutuellement ; la tradition ecclésiale exige, en effet, que la sainte image "s’accorde avec la lettre du message évangélique" ;
- des signes saints, qui, comme tous les signes liturgiques, ont comme référence ultime le Christ ; de fait, les images des Saints "renvoient à la figure du Christ qui est glorifié en eux" ;
- une évocation de nos Frères les Saints, "qui continuent à participer à l’histoire du salut du monde et auxquels nous sommes unis, spécialement dans la célébration des sacrements" ;
- une aide pour la prière : la contemplation des saintes images facilite la supplication et stimule la prière de reconnaissance pour les grâces insignes que Dieu a accomplies dans la vie des Saints ;
- une exhortation à imiter les Saints, car "plus les yeux se posent sur ces images, plus le souvenir et le désir d’imiter ceux qui y sont représentés sont vifs et augmentent chez celui qui les contemple" ; le fidèle est appelé à imprimer dans son cœur ce qu’il contemple avec les yeux : le Saint est une "vraie image de l’homme nouveau", transformé dans le Christ par l’action de l’Esprit Saint, qui est demeuré fidèle à sa propre vocation ;
- une forme de catéchèse : "le peuple est instruit et confirmé dans la foi à travers l’histoire des mystères de notre Rédemption, qui sont exprimés au moyen des images peintes ou d’autres formes de représentation, et il dispose ainsi des moyens qui lui permettent de se rappeler et de méditer assidument les articles de la foi".
241 Il est nécessaire avant tout d’enseigner aux fidèles le caractère relatif du culte chrétien des images. En effet, les images ne sont pas vénérées pour elles-mêmes, mais pour ceux qu’elles représentent. C’est pourquoi "on doit leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus, non qu’on croie qu’il y a en elles du divin ou quelque vertu qui justifieraient leur culte, ou qu’on doive leur demander quelque chose, ou qu’on doive mettre fermement sa confiance dans les images, comme il arrivait autrefois aux païens qui mettaient leur espérance dans les idoles, mais parce que l’honneur qu’on leur rend remonte aux modèles originaux qu’elles représentent".
242 À la lumière de ces enseignements, les fidèles doivent éviter de commettre l’erreur d’établir des comparaisons entre les saintes images. Le fait que certaines images soient l’objet d’une vénération particulière, jusqu’à devenir le symbole de l’identité religieuse et culturelle d’un peuple, d’une ville ou d’un groupe, doit être expliqué à la lumière de la grâce particulière qui est à l’origine du culte rendu à ces images, et à partir des événements historiques et des éléments culturels qui ont concouru à les établir dans cette fonction de représentation : il est compréhensible que le peuple veuille commémorer fréquemment un événement de ce genre ; une telle célébration renforce sa foi, glorifie Dieu, sauvegarde sa propre identité culturelle, et lui permet d’adresser avec confiance des prières incessantes, que le Seigneur, selon sa parole (cf. Mt 7, 7 ; Lc 11, 9 ; Mc 11, 24) est prompt à exaucer ; ainsi, par ce moyen, l’amour de Dieu et du prochain augmente, l’espérance se dilate et la vie spirituelle du peuple chrétien ne cesse de croître.
243 Les saintes images sont, par nature, autant des signes sacrés que des œuvres d’art. De fait, "surtout quand elles sont remarquables de beauté artistique et de noblesse religieuse, elles sont comme un écho de cette beauté qui vient de Dieu et conduit à Dieu". Toutefois, l’image sacrée n’a pas d’abord pour fonction de procurer une satisfaction esthétique, mais d’introduire au Mystère. Lorsque l’aspect esthétique prend le dessus, ce qui arrive parfois, l’image est considérée plus comme un "thème" artistique que comme un moyen de transmettre un message spirituel.
En Occident, la production iconographique, dont les thèmes sont très variés, n’est pas soumise, à la différence de l’Orient, à des normes strictes contenues dans des canons vénérables, qui sont en vigueur depuis des siècles. Cela ne signifie pas pour autant que l’Église latine ait négligé d’exercer une certaine vigilance sur la production iconographique : ainsi, elle a interdit à de nombreuses reprises d’exposer dans les églises des images, qui seraient contraires à la foi, de même que celles qui ne seraient pas dignes ou qui pourraient induire les fidèles en erreur, ou encore qui seraient l’expression d’une abstraction désincarnée ou déshumanisante ; de fait, certaines images sont plus le reflet d’un humanisme clos sur lui-même que les exemples d’une spiritualité authentique. Il faut réprouver aussi la tendance qui consiste à retirer systématiquement les images des lieux sacrés, ce qui a pour effet de nuire gravement à la piété des fidèles.
La piété populaire est attachée aux saintes images, en qui les fidèles reconnaissent des éléments de leur propre culture : ils sont donc sensibles aux représentations réalistes, aux personnages, qu’ils peuvent facilement identifier, et aux évocations des différents aspects de la vie de l’homme : la naissance, la souffrance, le mariage, le travail et la mort. Il convient, toutefois, d’éviter que l’art religieux populaire ne dégénère en des représentations superficielles ou mièvres, qui seraient privés de contenu véritable : c’est pourquoi les œuvres d’art destinées à l’usage liturgique ne doivent pas s’affranchir des règles de l’iconographie, et elles sont appelées à former un art chrétien véritable, dont les expressions diffèrent en fonction des époques et des divers courants culturels.
244 L’usage cultuel des images des Saints incite l’Église à les bénir, surtout celles qui sont destinées à la vénération publique des fidèles. l’Église demande donc que, en suivant l’exemple des Saints, "nous imitions leur exemple pour suivre le Seigneur et parvenir à la plénitude de l’homme parfait, qu’est le Christ". De même, l’Église a promulgué des normes concernant l’accueil et la disposition des images dans les édifices du culte ; celles-ci doivent être strictement suivies. Ainsi, il est interdit de poser sur l’autel des statues et des images de Saints, ainsi que des reliques pour les proposer à la vénération des fidèles. L’Ordinaire a le devoir de veiller à ce que ne soient pas vénérées des images indignes, ou qui induiraient les fidèles en erreur, ou encore qui les inciteraient à s’adonner à des pratiques superstitieuses.
Les processions
245 Les relations entre la Liturgie et la piété populaire sont particulièrement importantes dans le domaine des processions ; cette forme de culte, répandue dans le monde entier, a une valeur à la fois religieuse et sociale extrêmement riche et variée. En s’inspirant des modèles contenus dans la Sainte Écriture (cf. Esd. 14, 8-31 ; 2 S 6, 12-19 ; 1 Co 15, 25-16, 3), l’Église a institué un certain nombre de processions liturgiques, qui appartiennent à des catégories différentes :
- certaines processions ont pour but d’évoquer des événements du salut qui concernent le Christ lui-même : ainsi, la procession du 2 février qui commémore la présentation du Seigneur au Temple (cf. Lc 2, 22-38), celle du Dimanche des Rameaux, qui évoque l’entrée messianique de Jésus dans la ville de Jérusalem (cf. Mt 21, 1-10 ; Mc 11, 1-11 ; Lc 19, 28-38 ; Jn 12, 12-16). Il convient aussi de mentionner la procession de la Vigile pascale, qui fait mémoire du "passage", accompli par le Christ, des ténèbres du tombeau à la gloire de la Résurrection ; cette procession constitue aussi une synthèse et un accomplissement de tous les exodes de l’ancien Israël, et elle est le prélude des différents "passages" que le disciple du Christ est appelé à effectuer dans la célébration des divers sacrements, surtout dans le rite du baptême, de même que dans la célébration des obsèques ;
- d’autres processions correspondent à une dévotion particulière : il s’agit, en particulier, de la procession de la solennité du Corps et du Sang du Seigneur : les fidèles expriment leur action de grâces envers le Saint-Sacrement, qui traverse la cité des hommes, et ils proclament leur foi en l’adorant ; le Saint-Sacrement, porté en procession, est aussi une source de bénédictions et de nombreuses grâces (cf. Ac 10, 38). On peut citer aussi la procession des rogations, dont la date est fixée actuellement dans chaque pays par la Conférence des Évêques : elle a pour objet de demander publiquement la bénédiction de Dieu sur les champs et sur le travail de l’homme, et elle a aussi un caractère pénitentiel. Enfin, il convient de mentionner la procession au cimetière du 2 novembre, le jour de la Commémoration de tous les fidèles défunts ;
- diverses autres processions sont encore prévues dans le cadre de certaines célébrations liturgiques : ainsi, les processions des stations de Carême, durant lesquelles la communauté se rend du lieu fixé pour la collecta à l’église de la statio ; la procession organisée pour recevoir, dans l’église paroissiale, le saint chrême et les autres saintes huiles, qui ont été bénits durant la Messe chrismale du Jeudi Saint ; la procession de l’adoration de la Croix, prévue dans la célébration liturgique du Vendredi Saint ; la procession qui a lieu durant les Vêpres du jour de Pâques, pendant laquelle "en chantant des psaumes, on va en procession aux fonts baptismaux" ; les "processions" qui sont prévues à certains moments de la célébration eucharistique : à l’entrée du célébrant et des ministres, au moment de la proclamation de l’Évangile, lors de la présentation des dons, au moment de la communion au Corps et au Sang du Seigneur ; la procession organisée pour porter le Viatique aux malades, dans les endroits où elle est encore en vigueur ; le cortège funèbre qui accompagne le corps du défunt de sa maison à l’église, et de l’église au cimetière ; enfin, la procession organisée à l’occasion de la translation des reliques.
246 La piété populaire a réservé une place très importante aux processions, surtout à partir du Moyen Âge, et ce mouvement a atteint son apogée à l’époque baroque : pour honorer les Saints patrons d’une cité, d’une contrée ou d’une corporation, les fidèles prirent alors l’habitude de porter en procession les reliques ou une statue, ou encore une image du Saint à travers les rues de la ville.
Les processions, dans ses formes les plus authentiques, permettent au peuple d’exprimer sa foi ; de plus, leur enracinement dans la culture locale contribue à réveiller le sentiment religieux des fidèles. Il reste que, au même titre que les autres pieux exercices, les "processions de dévotion en l’honneur des Saints" sont susceptibles d’engendrer quelques erreurs préjudiciables à la foi chrétienne : ainsi, il peut arriver que ces dévotions l’emportent sur les sacrements, qui sont alors relégués au second plan, et que ces manifestations externes prévalent sur les dispositions intérieures des fidèles ; de même, la procession peut être considérée à tort comme le moment le plus important de la fête du Saint. On peut citer aussi la tendance, qui prévaut chez certains fidèles insuffisamment instruits, de considérer le christianisme uniquement comme la "religion des Saints". Enfin, il faut prendre garde à ne pas transformer la procession, qui doit constituer avant tout un témoignage de foi, en un simple spectacle ou une parade de type folklorique.
247 Afin que la procession conserve dans chaque cas son caractère authentique de manifestation de la foi, il est nécessaire que les fidèles soient instruits de sa nature particulière du point de vue théologique, liturgique et anthropologique.
Sur le plan théologique, il faut mettre en évidence le fait que la procession est un signe de la nature profonde de l’Église : celle-ci est le peuple de Dieu qui chemine avec le Christ, et derrière lui, tout en étant conscient de ne pas avoir de demeure définitive dans ce monde (cf. He 13, 14), ou encore un peuple qui marche sur les routes de la cité terrestre vers la Jérusalem céleste. La procession est aussi le signe du témoignage de foi que la communauté chrétienne doit rendre à son Seigneur à l’intérieur des structures de la société civile. Elle est, enfin, le signe de l’engagement missionnaire de l’Église, qui, depuis ses débuts, et selon le commandement du Seigneur (cf. Mt 28, 19-20), s’est lancée sur toutes les routes et les chemins du monde entier pour annoncer l’Évangile du salut.
Du point de vue liturgique, les processions, y compris celles qui ont un caractère plus populaire, doivent être orientées vers la célébration de la Liturgie : ainsi, il convient de présenter une procession organisée d’une église jusqu’à une autre église, comme le signe du chemin que doit accomplir la communauté vivant dans le monde pour rejoindre la communauté, qui demeure dans les cieux. De même, il est important que la procession soit organisée par l’Église, et que ce soit elle qui la préside, afin d’éviter des manifestations irrespectueuses et dégradantes. Il faut faire en sorte de prévoir, au début de la procession, un moment de prière, qui doit nécessairement inclure la proclamation de la Parole de Dieu. Le chant doit être mis en valeur, de préférence celui des psaumes, avec l’apport éventuel des instruments de musique. Durant la procession, il est opportun de munir les fidèles de cierges ou de flambeaux allumés, et de prévoir des haltes, qui doivent alterner avec la marche, donnant ainsi l’image de toute vie humaine, qui comporte elle aussi des moments de marche, ponctués par des arrêts. La procession doit se conclure par une prière doxologique, adressée à Dieu, source de toute sainteté, et par la bénédiction de celui qui la préside, l’Évêque, le prêtre ou le diacre.
Enfin, du point de vue anthropologique, il faut insister sur le sens de la procession en tant que "chemin accompli ensemble" ; en effet, unis par la prière et par les chants, et tendus vers le même but, les fidèles découvrent qu’ils sont solidaires les uns des autres ; cette expérience les incite à mettre en pratique, dans leur propre vie, les résolutions chrétiennes qu’ils ont formulées dans leur cœur au cours de la procession.