Jean chap. 17 verset 11. - Et déjà je ne suis plus dans le monde ; mais eux, ils sont dans le monde, et moi je viens à Vous. Père saint, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous. - La prière du Sauveur devient de plus en plus touchante. Ses courtes phrases, qu’entrecoupe l’émotion, sont simples et grandioses. Après avoir dit à son Père que ses disciples méritaient sa divine protection, Jésus signale maintenant les circonstances qui la rendaient nécessaire. Voici qu’il va les quitter, les laissant seuls au milieu de nombreux dangers. - Et déjà je ne suis plus dans le monde. Il a eu si peu de temps à vivre, qu’il peut regarder son séjour sur la terre comme ayant déjà pris fin. - Mais eux, ils sont dans le monde. Eux, au contraire, ils demeurent dans ce monde hostile et corrompu ; car le moment n’est pas venu pour eux d’accompagner leur Maître. Cf. 13, 33, 36-37, etc. - Et moi (accentué) je viens à vous. Sans doute, c’est bonheur et gloire pour Jésus de remonter au ciel ; mais son mode d’action sur ses apôtres sera nécessairement changé par la séparation. Remarquez les “ et ” et le “ mais ”, qui juxtaposent et coordonnent simplement les propositions, à la manière hébraïque. - Père saint. Il y a dans cette appellation un argument très fort, quoique tacite, pour obtenir au collège apostolique une grâce spéciale de sanctification. Cf. vv. 17 et 19. - Gardez. C’est la substance même de la prière qui apparaît enfin. Que Dieu, d’abord, préserve les apôtres de la contagion du monde ; que son regard paternel veille constamment sur eux. Eux-mêmes n’ont-ils pas “ gardé ” la parole du Père (v. 6) ? - En votre nom. Ce nom béni, par lequel Notre Seigneur avait protégé jusqu’alors ses disciples (v. 12), est envisagé ici comme un domaine sûr et sacré, dans lequel on vit à l’abri des pièges du monde. - Ceux que vous m’avez donnés. La Recepta a une leçon identique. Peut-être vaudrait-il mieux adopter la variante des manuscrits N, A, B, C et de quelques Pères : “ le nom que tu m’as donné à manifester ”. - Afin qu’ils soient un. (neutre énergétique. Cf. 12, 30 et la note). Tel est le but en vue duquel le Sauveur demande spécialement la protection du Père sur les apôtres : qu’il y ait toujours entre les brebis du troupeau mystique, même après la disparition du pasteur, une sainte et parfaite harmonie, analogue à celle qui unit les personnes divines : comme nous. Jésus ne pouvait citer un plus admirable modèle d’unité. Cf. v. 23. Le pronom “ nous ” ainsi employé est une revendication aussi forte que possible de l’identité de nature avec Dieu.
Jean chap. 17 verset 12. - Lorsque j'étais avec eux, je les gardais en votre nom. Ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés, et aucun d'eux ne s'est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. - Lorsque j’étais avec eux : Jésus continue de parler comme s’il avait déjà réellement quitté les siens : sa prière n’en est que plus pressante. - Je (emphatique) les gardais en votre nom. L’imparfait marque une vigilance de tous les instants. - Ceux que vous m’avez donnés. Même variante qu’au v. 11 dans les manuscrits B, C, L. - Je les ai gardés : le verbe garder indique ici la protection qui résulte d’une garde vigilante. - Et aucun d’eux ne s’est perdu. C’est la conséquence heureuse de la garde, Jésus ayant une force divine pour défendre ce précieux dépôt. - Sauf le fils de perdition. Triste exception pourtant, que le Sauveur mentionne avec une parfaite délicatesse, car il tait le nom du coupable. L’expression grecque n’est usitée que deux fois dans le Nouveau Testament : ici pour désigner Judas, et 2 Thess. 2, 3, pour désigner l’Antéchrist. C’est un hébraïsme, qui correspond à “ celui qui s’est perdu ”. - Afin que l’Écriture fût accomplie : Notre Seigneur fait allusion au Ps. 108, 8 “ Qu’un autre prenne sa charge ” (Cf. Act. 1, 20) ; ou mieux encore, au Ps. 11, 10 : “ Même l'ami, qui avait ma confiance et partageait mon pain, m'a frappé du talon ”. Cette parole, prononcée tout d’abord par David au sujet de la trahison d’Achitophel, devait se réaliser surtout, d’après un sens supérieur et voulu par Dieu, dans la trahison de Judas. Jésus cite l’Écriture comme une sorte d’excuse : la ruine du traître n’est point sa faute ; elle rentrait dans le plan divin.
Jean chap. 17 verset 13. - Mais maintenant je viens à vous, et je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils aient ma joie complète en eux-mêmes. - Mais maintenant (transition) je viens à vous : le temps présent, à cause de la proximité de l’accomplissement. Jésus est en route pour le ciel. - Et je dis ces choses dans le monde. C'est-à-dire, la prière du v. 11, avant de quitter le monde. - Et le Sauveur formule sa demande ouvertement, en présence de ceux qu’elle concernait, dans une intention toute spéciale : dans la connaissance de son intercession toute-puissante ils pourront puiser une consolation perpétuelle et parfaite. - Comme plus haut, 15, 11, les mots ma joie complète représentent la joie de N. -S Jésus-Christ lui-même. Le bon Maître souhaite donc que ses disciples jouissent, d’une manière complète, de son propre bonheur. La locution qu’ils aient ma joie complète en eux-mêmes est extrêmement énergique.
Jean chap. 17 verset 14. - Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi non plus, je ne suis pas du monde. - Nouveaux motifs de la prière de Jésus en faveur du collège apostolique : il les accumule avec une force et une délicatesse inimitables. Il vient de dire à son Père (vv. 11-13) : Je vais quitter le monde ; protégez mes disciples qui y restent. Il continue (vv. 14-15). Ce monde impie et méchant les menace ; protégez-les. - Je leur ai donné votre parole, (au parfait), et ils ont accepté avec foi cette divine parole. Cf. vv. 6 et 8. - Et le monde (antithèse avec “ je ”) les a haïs : Aussitôt le monde les a couverts de haine, parce qu’ils avaient adhéré à l’enseignement divin de Jésus. - Parce qu’ils ne sont pas du monde, Cf. 15, 18-19. Le monde les a envisagés comme des apostats. - Comme moi non plus, je ne suis pas du monde. Rapprochement bien louangeur, mais aussi tout à fait instructif pour les disciples : leur éloignement du monde devrait, s’il est possible, égaler celui de Jésus-Christ.
Jean chap. 17 verset 15. - Je ne vous prie pas de les enlever du monde, mais de les préserver du mal. - Après avoir fait valoir les principales raisons de sa demande “ gardez-les ” (v. 11), le Sauveur la réitère en la développant. - Je ne vous prie pas (Cf. v. 9) de les enlever du monde. Une prompte mort, qui conduirait directement les apôtres au ciel, serait le plus simple et le plus sûr moyen de les préserver ; mais ce serait l’anéantissement du plan divin. Leur rôle consiste au contraire à demeurer dans le monde pour en être le sel et la lumière, pour le sauver. - Mais de les préserver du mal. Cf. 2 Thess. 3, 3 : “ Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal ”. Ici, ce qui est plus fort : que les apôtres soient préservés non seulement des attaques du monde, mais qu’ils ne mettent pas même le pied dans son domaine. “ Mal ” est-il au neutre ou au masculin dans le texte grec ? Question difficile à résoudre et qui partage les commentateurs. Au neutre, il désignera l’empire du mal, le péché. Au masculin, il représentera le démon : interprétation plus conforme à l’usage que S. Jean fait de cette expression. Cf. 1 Joan. 2, 13 et ss. ; 3, 12 ; 5, 18, 19, etc.
Jean chap. 17 verset 16. - Ils ne sont pas du monde, comme moi non plus, Je ne suis pas du monde. - Répétition emphatique de la première moitié du v. 14, afin d’introduire une demande positive, “ sanctifiez-les ” (vv. 17-19), après la prière négative “ les préserver ” (vv. 14-15).
Jean chap. 17 verset 17. - Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité. - Sanctifiez-les. Expression si belle ! Néanmoins, les interprètes ne sont pas d’accord sur la signification précise qu’il faut lui donner en cet endroit. Les uns, à la suite de S. Augustin, de S. Cyrille, de S. Thomas, lui laissent le sens le plus ordinaire et le plus large : doter de la perfection morale. Mais ce qui convient très bien pour les disciples ne saurait s’appliquer à Jésus-Christ lui-même : plus bas (v. 19), quand le Sauveur dira qu’il se sanctifie pour les siens, une telle interprétation cesserait évidemment d’être exacte. Les autres (d’après S. Jean Chrysostome, Tolet, Maldonat, Luc de Bruges, etc.) prennent le mot “ sanctifier ” dans l’acception qu’il a en divers passages de l’Ancien Testament : mettre à part pour un ministère sacré. Cf. Jér. 1, 5 ; Eccli. 49, 7 ; 2 Mach. 1, 25. C’est le vrai sens, croyons-nous ; il est confirmé par le passage Joan. 10, 36 (voyez le commentaire), et il englobe évidemment la première interprétation lorsqu’il s’agit des disciples. “ Sanctifiez-les ” peut donc se paraphraser ainsi : Séparez-les en vue de leur rôle tout céleste, et munissez-les des grâces et des vertus nécessaires à son accomplissement. - Dans la vérité. Non point “ par la vérité ”, car la proposition grecque n’a pas ici le sens instrumental ; elle désigne l’élément dans lequel il faut que les apôtres soient placés pour que leur sanctification soit produite, et l’atmosphère de toute leur vie. - Votre parole (la parole qui est tienne) est vérité (sans article cette fois : Ta parole est vérité)… Jésus ajoute ces mots afin d’expliquer ce qu’il entendait par la vérité sanctificatrice : c’était l’ensemble de la révélation qu’il avait prêchée lui-même, et que les disciples avaient reçue d’une manière si croyante. Cf. vv. 6 et 8.
Jean chap. 17 verset 18. - Comme vous m'avez envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. - La mission confiée aux apôtres réclame absolument cette consécration divine. - Comme vous m’avez envoyé dans le monde : dans le dessein de sauver le monde. - Moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Quoique l’apostolat, dans le sens strict, n’ait commencé qu’après la résurrection. Cf. 20, 21 ; Matth. 28, 19. Destinés eux aussi à convertir le monde, il est nécessaire qu’ils soient sanctifiés.
Jean chap. 17 verset 19. - Et Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. - La sanctification personnelle de Jésus-Christ, autre motif qui exige celle des disciples. C’est une révélation toute sublime que nous trouvons dans ce verset. Cf. 10, 6. - Et je me sanctifie moi-même pour eux. Dans le texte grec, les pronoms “ Je ” et ”moi-même ” relèvent l’activité, la spontanéité de la consécration de l’Homme-Dieu ; il s’est séparé de tout pour se dévouer entièrement à son œuvre de rédemption. Bien plus, il s’est offert à son Père comme une victime d’agréable odeur, ce qui est la sanctification par excellence. Cf. Hebr. 9, 14, S. Jean Chrysost., S. Cyrille, etc. Le verbe hébreu, employé si souvent dans l’Ancien Testament pour désigner les sacrifices, exprime très bien cette idée. - Afin qu’ils soient eux aussi... Nous avons ici un commentaire des mots “ pour eux ” : Jésus montre qu’en réalité c’est pour les apôtres qu’il s’est sanctifié. Par sa généreuse oblation il voulait obtenir qu’ils fussent eux-mêmes sanctifiés dans la vérité. Cette fois dans le texte grec “ vérité ” n’est pas précédé d’un article ; d’où beaucoup d’exégètes ont conclu que le sens n’est pas tout à fait le même qu’au v. 17. Ils traduisent : vraiment, véritablement ; par opposition à une sanctification apparente, extérieure. Mais c’est peut-être faire ici trop de cas de l’omission de l’article.