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2. Le double procès de N.-S. Jésus-Christ. 18, 12 ; 19, 16.

Les évangélistes attachent tous une grande importance au procès du Sauveur, dont ils décrivent les péripéties mouvementées, d’abord devant le Sanhédrin, puis chez Pilate. C’est qu’en effet rien ne met plus parfaitement en relief les deux éléments du caractère messianique de Jésus : le tribunal juif le condamna comme étant le Fils de Dieu ; le tribunal romain, en tant que roi des Juifs. - Le récit de S. Jean est admirable, rempli de “ traits accidentés et à vive arête ” (E. Renan)

a. Le procès religieux. 18, 12- 27.

 

1°  Jésus devant Anne. 18, 12-14.

12Le détachement de soldats, le commandant et les gardes des juifs, prirent donc Jésus et le lièrent. 13Et ils l’emmenèrent d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. 14Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple.

Jean chap. 18 verset 12. - Le détachement de soldats, le commandant et les gardes des juifs, prirent donc Jésus et le lièrent. - Cf. l’explication du v. 3. Cette énumération est imposante : Les différentes parties de la troupe qui accompagnait Judas se réunissent pour opérer l’arrestation. On comprend, après ce qui venait d’arriver, qu’ils aient cru devoir associer toutes leurs forces. - Jésus fut lié comme Isaac, disent les anciens écrivains ecclésiastiques. Cf. Gen. 22, 9, et S. Méliton, ap. Routh, Reliq. Sacrae, t. 1, p. 123 et ss. S. Jean est seul à mentionner ici ce détail ; les synoptiques ne parlent qu’un peu plus loin des liens de N.-S. Jésus-Christ. Cf. Matth. 27, 2 et parall.

Jean chap. 18 verset 13. - Et ils l’emmenèrent d’abord chez Anne ; car il était le beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. - Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne. Trait spécial, d’une grande importance pour l’histoire de la Passion. Au dire des rationalistes, ce serait une contradiction ; comme si S. Jean n’allait pas raconter, lui aussi, que Jésus eut à comparaître devant Caïphe ! “ D’abord ” : par conséquent, au sortir de Gethsémani. Sur Anne, voyez l’Évangile selon S. Luc, commentaire de ch. 1, v. 3. Peut-être, comme on l’a souvent conjecturé, habitait-il le même palais que son gendre Caïphe, vers le sommet du mont Sion. Voyez R. Riess, Atlas de la Bible, pl. 6. - Car il était... S. Jean expose le motif pour lequel Jésus ne fut pas conduit immédiatement à Caïphe, le grand prêtre alors régnant, mais à l’ancien pontife. - Le beau-père de Caïphe. Encore un trait propre au quatrième évangile. Caïphe avait d’excellentes raisons pour soumettre à son beau-père l’affaire si grave qu’il voulait mener à bonne fin. Anne, qui avait lui-même exercé de longues années le souverain pontificat, jouissait toujours d’une influence énorme sur toutes les classes de la nation ; c’était en outre un vieillard astucieux, intriguant, qui pouvait donner d’excellentes inspirations. - Sur l’expression qui était pontife cette année-là, voyez 11, 49 et le commentaire.

Jean chap. 18 verset 14. - Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. - Caïphe était celui… Note rétrospective qui nous ramène à 11, 50. - Qui avait donné ce conseil... Conseil tout ensemble cynique et prophétique, qui allait recevoir bientôt sa réalisation : voilà pourquoi S. Jean le mentionne de nouveau en cet endroit. Le narrateur se proposait peut-être, en même temps, d’insinuer la façon inique dont allait être dirigée une cause judiciaire qui avait un tel président. - Il vaut mieux qu’un seul homme meure… Pendant l’audience préliminaire et simplement officieuse qui avait lieu chez Anne, le Sanhédrin, averti en toute hâte, se rassemblait chez Caïphe pour procéder officiellement. Mais jusqu’où s’étend, dans ce chapitre, le récit de l’audience préliminaire, et où commence l’interrogatoire de Jésus devant le Sanhédrin ? C’est là une de ces questions difficiles qui laisseront à tout jamais les exégètes dans la perplexité, sans qu’il soit possible de les trancher avec certitude d’une manière plutôt que de l’autre. Au premier regard, et si nous n’avions pas les narrations parallèles des synoptiques, il ne semblerait pas douteux que S. Jean raconte, jusqu’à la fin du v. 23, la comparution de Notre Seigneur devant Anne, puisqu’il ajoute au v. 24 : “ Anne l’envoya lié à Caïphe, le grand prêtre ”. Et beaucoup de commentateurs anciens et modernes adoptent en effet ce sentiment. Toutefois, en étudiant plus attentivement le texte, et en le rapprochant des trois récits antérieurs, d’autres interprètes non moins nombreux et non moins savants (tels que S. Cyrille, Maldonat, Tolet, Jansénius, Noël Alexandre, Grotius, Lücke, de Wette, Tholuck, A. Maier, Langen, Bäumlein, Edersheim, Geikie, etc.) n’ont pas cru pouvoir prolonger l’audience chez Anne au-delà du verset 14 : elle serait, suivant eux, simplement indiquée (v.13) et motivée (v.14), mais sans aucun détail. Leurs principaux arguments, qui nous ont toujours paru concluants, se ramènent à ces trois points : 1° Si les versets 15-23 se rapportent à Anne comme les deux précédents, il faudra dire que S. Jean est demeuré tout à fait muet sur la séance principale et officielle du procès religieux de Notre Seigneur ; or cela nous parait inadmissible. 2° Le titre de grand prêtre, qui désigne Caïphe au v.13, ne peut de même désigner que lui seul dans ce passage entier (vv. 13-23) ; par conséquent, c’est de Caïphe qu’il est question aux versets 15-19, et c’est Caïphe qui dirige l’interrogatoire des vv. 19-23. Toute autre conclusion ferait violence au texte. 3° La triple scène du reniement de S. Pierre se passa en entier chez Caïphe d’après les synoptiques ; la façon dont S. Jean raconte de son côté l’infidélité du prince des apôtres montre que les deux premières négations (vv. 15-18) eurent lieu dans un même local que la troisième (vv. 25-27), et il place formellement cette dernière dans la cour du palais de Caïphe : c’est donc pareillement chez Caïphe qu’il place l’interrogatoire des vv. 19-23. Assurément, le verset 24 nous est objecté par les partisans de l’opinion contraire ; on tâche de résoudre la difficulté réelle qu’il renferme, en admettant un oubli momentané du narrateur. Celui-ci, arrivé à la fin de son récit, se souvenant qu’il n’avait pas mentionné le changement de lieux, l’aurait noté après coup, mais malheureusement de manière à créer une certaine obscurité sur la marche réelle des faits. Ainsi donc, nous croyons que notre évangéliste s’est borné à noter, sans aucun détail, la comparution de Jésus devant Anne, parce qu’elle fut entièrement privée, rapide, sans aucun caractère officiel, et qu’elle n’amena rien de décisif.

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