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2° Deuxième scène (à l’intérieur du prétoire) : Jésus est interrogé par Pilate, 18, 33-38a.

 Parall. Matth. 26, 11-12 ; Marc 15, 2 ; Luc 23, 2-3.

33Pilate entra donc de nouveau dans le prétoire, et appela Jésus ; et il lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? 34Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? 35Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? 36Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est pas d’ici. 37Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis Roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix. 38Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Et ayant dit cela, il sortit de nouveau, pour aller auprès des Juifs. Et il leur dit : Je ne trouve en lui aucune cause de condamnation

Jean chap. 18 verset 33. - Pilate entra donc de nouveau dans le prétoire, et appela Jésus ; et il lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? - C’est à cet endroit qu’il faut placer le trait raconté par S. Luc, 23, 2 : “ Et ils commencèrent à l’accuser, en disant : Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre nation, empêchant de payer le tribut à César, et se disant le Christroi ”. Persuadés maintenant que Pilate n’accédera pas sans preuves à leurs désirs sanguinaires, les hiérarques multiplient les accusations contre Jésus, en ayant soin de leur donner un air politique capable d’impressionner davantage le gouverneur. Plus tard seulement, 19, 7, ils mentionneront le grief religieux. - Pilate entra donc de nouveau. A cause de ce changement de tactique de la part des Juifs, Pilate va procéder à une enquête personnelle sur les faits qu’ils imputent à l’accusé ; il rentre “ donc ” dans l’intérieur du prétoire (quoique il y rentrât pour la première fois depuis le début de l’épisode), et il mande Jésus (cf 9, 18-24), que les soldats y avaient entraîné dès l’arrivée du sinistre cortège, v. 28.- Es-tu le roi des Juifs ? Les quatre évangélistes signalent cette interrogation comme la première de celles que le “ procurator ” adressa au Sauveur. Cf. Matth. 27, 11 ; Marc 15, 2 ; Luc 23, 3. “ Tu ” est emphatique et marque un vif étonnement. Les apparences étaient à peu près toutes contre la royauté de Jésus : son costume était celui des artisans galiléens, il portait sur son visage les marques des récents outrages dont il avait été l’objet ; sa tenue majestueuse était pourtant celle d’un roi. L’expression “ roi des Juifs ” est caractéristique dans la bouche du païen Pilate ; les Mages l’avaient semblablement employée, Matth. 2, 1. Les juifs disaient : roi d’Israël. Cf. 1, 50, etc. De nos jours encore, ils préfèrent le nom d’Israélite, qui est le plus usité parmi eux.

Jean chap. 18 verset 34. - Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? - Jésus répondit. Formule d’introduction que nous retrouverons encore aux versets 36 et 37. Elle est très solennelle dans sa simplicité. Cette première réponse de Jésus à Pilate n’est citée que par S. Jean. Il est à remarquer qu’elle n’est ni négative, ni positive. “ Dire Non, c’eût été mentir à la vérité ; dire Oui, c’était induire en erreur celui qui posait la question ”. Le Sauveur suit donc une voie intermédiaire, et il répond, comme il aimait à le faire, par une contre question. – Dis-tu cela (que je suis le roi des Juifs) de toi-même ? De ton propre mouvement, d’après tes connaissances personnelles. - Ou d’autres te l’ont-ils dit… On le voit, Notre Seigneur tient à établir une importante distinction à propos de sa royauté. A quel point de vue se plaçait Pilate en lui demandant s’il était roi ? Il pouvait parler de lui-même, et dans ce cas le mot “ roi ” avait sur ses lèvres païennes un sens purement politique ; il pouvait avoir été informé par “ d’autres ”, c’est-à-dire par les Juifs, ennemis de Jésus, et alors il s’agissait d’un empire spirituel, religieux. Ce n’est qu’après la réplique du gouverneur que Jésus précisera nettement, v. 36, la vraie nature de son royaume.

Jean chap. 18 verset 35. - Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? - Pilate se montre blessé dans sa fierté romaine. Me prends-tu donc pour un Juif, que tu me poses une telle question ? Que m’importent, à moi, vos affaires spécifiquement juives ? Cela revenait à dire : Évidemment, je n’ai point parlé de mon propre chef. Mais quel dédain dans ce “ Est-ce que je suis Juif, moi ? ” - Le gouverneur indique ensuite la source où il avait puisé ses renseignements : Ta nation et les chefs de ton peuple. Il ajoute : quel est ton crime, pour qu’ils t’aient ainsi livré, toi, leur compatriote, à moi, votre ennemi commun, en demandant ta mort ? Pilate se défie des accusateurs, et il en appelle au témoignage de ce majestueux accusé.

Jean chap. 18 verset 36. - Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est pas d’ici. - Laissant de côté la première question du gouverneur (qu’as-tu fait ?), Jésus revient sur celle qui concernait sa royauté personnelle, v. 35. Il avoue qu’il est roi, non toutefois dans le sens ordinaire et politique de ce nom (v. 36), mais au moral (v. 37). La réponse est concise, pleine de vigueur. La phrase entière est rythmée, cadencée, vraiment royale. - Mon royaume. Dans le texte grec : le royaume qui est mien, par opposition aux autres royautés purement terrestres. De même au verset suivant. - N’est pas de ce monde. La préposition “ de ” dénote l’origine, la source. Le royaume de Jésus ne tire donc pas son origine de ce monde profane, quoiqu’il ait ici-bas son théâtre. Et le Sauveur donne de cela une preuve irréfragable, qui consiste en un fait d’expérience, rendu visible et palpable par la situation même où il se trouvait alors personnellement. - Si mon royaume était de ce monde. Dans ce cas, en effet, il aurait eu comme les autres rois ses légions, ses généraux, ses ministres fidèles, et ceux-ci auraient certainement fait des efforts sérieux pour le délivrer, car “ Le monde conserve ses royaumes par les luttes armées ”, Bengel. - Mes serviteurs auraient combattu… Dans le texte grec le verbe indique, non un simple combat, mais des efforts violents et réitérés pour arriver à un but. - Pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Jésus ne prononce ce nom de Juifs que quatre fois, et toujours dans l’Évangile selon S. Jean. - Mais mon royaume n’est pas d’ici. Répétition de la pensée initiale, avec la transition mais et la variante “ d’ici ”. Voyez un beau commentaire de ce verset dans S. Augustin, Traité 115 sur Jean, 2.

Jean chap. 18 verset 37. - Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis Roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix. - Tu es donc roi ? Sur le ton d’une vive surprise, en appuyant sur le pronom. Toi ! roi ? De ce que tu dis, il résulte que tu es roi. Ou bien : Tu avoues donc que tu es roi. En accentuant d’une autre manière on obtiendrait cette nuance : Tu n’es certainement pas roi ? - Jésus répondit : avec une majesté de plus en plus incomparable. - Tu le dis, je suis roi. A son tour Jésus appuie sur le pronom. Oui, moi-même tel que tu me vois, je suis roi. Il revendique clairement et virilement la dignité royale, quoique d’après une signification supérieure. La formule “ tu le dis ” revient souvent dans le Talmud comme une affirmation très expressive ; c’est contredire l’usage reçu et le contexte, que d’en faire ici une négation indirecte, comme si la pensée de Notre Seigneur eût été la suivante : C’est toi qui dis que je suis roi, pour moi je ne dis rien de semblable. - Jésus continue maintenant de caractériser la nature de sa royauté. Il est né, directement pour régner, et son règne a pour but la diffusion de la vérité. - Voici pourquoi je suis né. Cette seconde expression est fréquente dans le quatrième évangile. Cf. 1, 9 ; 9, 39 ; 11, 27 ; 16, 28. Appliquée à N.-S. Jésus-Christ elle implique sa préexistence éternelle et sa mission divine. Je suis né se rapporte au fait de l’Incarnation, de la naissance humaine du Verbe ; je suis venu désigne des manifestations extérieures. - Pour rendre témoignage. Tel était donc le rôle royal de Jésus : être le témoin, c’est-à-dire le “ martyr ” de la vérité. Il y fut constamment fidèle, et l’on n’a pas manqué de l’en féliciter en divers endroits du Nouveau Testament. Cf. 2 Cor. 1, 20 ; Apoc. 3, 14, et surtout 1 Tim. 6, 13, où S. Paul vante expressément la “ bonne confession ” que le Sauveur fit de la vérité au tribunal de Pilate. - A la vérité. Le Christ ne se contente pas de rendre témoignage concernant la vérité, il la maintient et la défend. Nous avons vu dans la Préface que les expressions “ témoignage, vérité ” sont chères à notre évangéliste. Voyez surtout les chap. 1, 3, 5, 8. - Quiconque est de la vérité. De quelle manière se recrute le royaume de Jésus ? Quels en sont les véritables sujets ? Tous les hommes, sans exception, peuvent en faire partie, car c’est un royaume universel ; à une condition toutefois, qu’ils tirent de la vérité leur vie et leur vigueur, condition qui est en harmonie intime avec le rôle de monarque lui-même. Cf. 3, 21 ; 7, 17 ; 8, 47, etc. - Nous pouvons rapprocher de ce passage une anecdote rabbinique : “ Après que les membres de la grande synagogue eurent longtemps pleuré, prié, jeûné, un petit rouleau leur tomba du ciel, sur lequel on lisait : Vérité. Rabbi Chananieh dit alors : Apprenez par là que la vérité est le sceau du Seigneur ”. Bab. Sanhed. f. 64, 1.

Jean chap. 18 verset 38a. - Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? - Qu’est-ce que la vérité ? Il n’y a pas d’article dans le texte grec ; preuve que Pilate ne songeait pas alors à la vérité absolue, essentielle, mais qu’il parlait d’une manière tout à fait générale. Faut-il prendre au sérieux sa question ? Non assurément ; il va montrer lui-même, en se retirant aussitôt après l’avoir posée (v. 38b), qu’il ne ressentait pas la moindre soif de la vérité, et qu’il ne désirait aucune réponse. Était-ce donc une pure plaisanterie, comme l’a dit Lord Bacon ? ou bien, ainsi que d’autres l’ont prétendu, soit un sarcasme, soit la réflexion d’un homme dissipé, blasé ? Nous ne le croyons pas. Il nous paraît plus exact d’y voir la saillie d’un homme d’affaires frivole, superficiel, dépourvu de convictions, qui lance au hasard, quoique avec une certaine bonhomie, une question des plus graves, et qui rompt brusquement la conversation pour passer à autre chose, n’ayant pas le temps de s’occuper de sujets si abstraits. La réponse que Pilate ne voulut pas recevoir de N.S. Jésus-Christ, on a essayé de la donner sous différentes formes. “ Qu’est-ce que  la vérité ? C’est l’homme qui est ici présent ”, dit l’anagramme spirituel qu’on attribue à Charles 1 d’Angleterre. Cornelius a Lapide a groupé d’assez nombreuses définitions de la vérité, empruntées aux auteurs sacrés et profanes ; nous renvoyons à son commentaire les lecteurs qu’intéresse ce genre d’érudition. Nous aimons mieux nous taire, comme notre texte.

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