2. S. Pierre et S. Jean au sépulcre. 20, 3-10.
Parall. Luc. 24, 12.
3Pierre sortit donc avec cet autre disciple, et ils allèrent au tombeau. 4Ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au tombeau. 5Et s'étant baissé, il vit les bandelettes posées à terre ; cependant, il n'entra pas. 6Simon-Pierre, qui le suivait, vint aussi, et entra dans le tombeau ; et il vit les bandelettes posées à terre, 7et le suaire, qu'on avait mis sur sa tête, non pas posé avec les bandelettes, mais roulé à part, dans un autre endroit. 8Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; et il vit, et il crut. 9Car ils ne savaient pas encore, d'après l'Écriture, qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts. 10Les disciples s'en retournèrent donc chez eux.
“ Récit inimitable ”, dit Ewald. La plupart des traits sont de nouveau des particularités de notre évangéliste. S. Luc ne parle directement que de S. Pierre.
Jean chap. 20 verset 3. - Pierre sortit donc avec cet autre disciple, et ils allèrent au tombeau. - Pierre sortit donc (en conséquence du message de Marie- Madeleine). Première circonstance : le départ des deux apôtres. - Et ils allèrent... Deuxième circonstance : leur marche dans la direction du tombeau. Dans le grec, le passé simple se transforme tout à coup en un imparfait très graphique : “ ils venaient ”.
Jean chap. 20 verset 4. - Ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au tombeau. - Ils couraient. Troisième circonstance non moins dramatique. Poussés par un sentiment affectueux et inquiet, Pierre et Jean se mettent à courir. - Tous deux ensemble aussi est un vivant tableau : les deux disciples vont ensemble au début de leur course, mais ils seront bientôt séparés. - Mais cet autre disciple courut plus vite. Le vrai motif fut un effet de l'inégalité de l'âge et des forces physiques, et non, comme on l'a conjecturé parfois, l'amour plus ardent de S. Jean, ou la conscience que S. Pierre aurait eue tout à coup de sa faute. Remarquez l’emploi du passé simple après deux imparfaits. On croirait être témoin de ce quatrième trait, et voir S. Jean prendre les devants sur son compagnon. - Et arriva le premier... Selon M. Renan et d'autres rationalistes, ces choses seraient racontées pour mettre S. Pierre au-dessous de S. Jean. Ils sont réfutés par les versets 5-8, où nous voyons Simon-Pierre placé au contraire au premier rang.
Jean chap. 20 verset 5. - Et s'étant baissé, il vit les bandelettes posées à terre ; cependant, il n'entra pas. - La narration devient de plus en plus dramatique ; pas un des mouvements des deux apôtres ne nous échappe. - S’étant baissé. C'est le cinquième trait : arrivé tout auprès du tombeau, Jean s'arrête en avant de la chambre funéraire, et il se penche pour regarder à travers la porte peu élevée. Cf. Luc. 24,12. - Il vit. Dans le texte grec au présent, “ il voit ”. - Les bandelettes posées à terre. les bandelettes mentionnées plus haut, 19, 40. - Cependant, il n'entra pas. Il aurait craint, suivant quelques auteurs, de contracter une souillure légale en pénétrant dans le sépulcre ! Cette raison tombe d'elle-même. S. Thomas d'Aquin, Tolet, et divers théologiens attribuent à l'hésitation de S. Jean un motif en quelque sorte hiérarchique : il se serait arrêté pour céder le pas à S. Pierre, le chef du collège apostolique. “ Rien, cependant, dans le contexte, n’indique un motif de cette sorte ”, dirons-nous à la suite du P. Corluy, h. l. Le mieux est de penser que le disciple bien-aimé s'arrêta sous le coup d'une émotion très vive, qui s'explique si naturellement quand on se rappelle sa tendresse pour Jésus.
Jean chap. 20 verset 6. - Simon-Pierre, qui le suivait, vint aussi, et entra dans le tombeau ; et il vit les bandelettes posées à terre. - Simon-Pierre, qui le suivait, vint aussi. C'est le sixième trait. Pierre n'arrive qu'en second lieu (il le suivait), ayant été retardé par la circonstance indiquée antérieurement, v. 4. - Et entra dans le tombeau. (aoriste pittoresque à la suite du présent). Lui, il n'hésite pas un instant, mais il entre aussitôt avec son impétuosité accoutumée et en homme résolu. Voyez un fait analogue, 21, 7. “ Ces détails sont si naturels et si conformes à la personnalité des deux disciples, qu'ils portent en eux-mêmes leur cachet d'authenticité ”, Godet, h. l. - Et il vit... Dans le grec, le verbe n'indique pas un simple et rapide coup d'œil, tel qu'avait été celui de S. Jean (v. 5), mais une inspection prolongée et minutieuse. Cf. Tittman, De synonymis N. Test., p. 120. Notez l'emploi du présent, par contraste avec l'aoriste. - Les bandelettes posées à terre. Il y a cette fois une petite inversion (voyez le v. 5), pour ne pas faire rapporter le participe à “ suaire ” qui vient ensuite (v. 7).
Jean chap. 20 verset 7. - Et le suaire, qu'on avait mis sur sa tête, non pas posé avec les bandelettes, mais roulé à part, dans un autre endroit. - Et le suaire. Cf. 11, 44 ; Luc. 19, 20. De l'entrée du tombeau S. Jean n'avait pas aperçu le saint suaire ; S. Pierre, qui était dans l'intérieur même du sépulcre et qui examinait les choses plus à loisir, ne tarda pas à l'apercevoir. - Qu'on avait mis sur sa tête. Sa tête ! Comme on l'a dit, “ le narrateur est tout absorbé dans son sujet, il n'éprouve pas le besoin de mentionner le nom ”. - Non pas posé avec les bandelettes. D'où proviendraient de pareils détails, sinon d'un témoin qui avait tout contemplé de ses propres yeux ? - Mais roulé à part. Soigneusement enroulé et mis à part dans un autre endroit, sans la moindre trace de précipitation. Ce n'étaient donc pas des voleurs ou des ennemis qui avaient violé le sépulcre ; ils n'auraient pas pris tant de soins ! Les anges s'étaient chargés de ces soins délicats après la résurrection de N.-S. Jésus-Christ.
Jean chap. 20 verset 8. - Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; et il vit, et il crut. - Alors... Septième et dernière circonstance de ce petit drame. S. Jean pénètre à son tour dans la chambre sépulcrale (cette fois l’autre est omis à tort par la Vulgate. Cf. vv. 2, 4). - Il vit : il put constater à son tour les faits exposés dans les vv. 6 et 7. - Et il crut. Il crut que Jésus était vraiment ressuscité (S. Jean Chrysost., Euthymius, et la plupart des commentateurs), car il avait trois preuves indiscutables : la pierre descellée, le tombeau vide, les linges mortuaires soigneusement mis à part. Selon d'autres, la croyance de S. Jean aurait porté sur le caractère messianique du Sauveur (Cf. 19, 35) ; ou même simplement, suivant une troisième opinion qui affaiblit singulièrement la pensée, sur la vérité de la nouvelle annoncée par Marie-Madeleine, v. 2 (S. Augustin, Théophylacte, Erasme, Jansénius, etc). - Après de longues années le narrateur se souvenait très vivement encore de cet instant décisif. Plusieurs interprètes ont supposé que l'emploi du singulier (il crut) exclut positivement S. Pierre, car, dit l'un d'eux (Tolet, h. l.), “ Si Pierre avait cru alors, Jean ne se serait certes pas rendu à lui seul le témoignage de la foi ” et ils ajoutent que le contexte confirme leur hypothèse, puisque, aux vv. 9 et 10, nous retrouvons les deux apôtres associés de nouveau, après cette formule qui semblait momentanément les séparer. Mais il est mieux de dire que S. Jean, en parlant comme il l'a fait, ne songeait nullement à nier le caractère immédiat de la foi de S. Pierre ; il laisse un instant son ami à l'arrière-plan, pour insister davantage sur ses impressions personnelles, sur son expérience intime, et pour raconter à quelle occasion sa foi en Jésus était devenue parfaite. Cf. Luc. 24, 12, où l'on nous montre S. Pierre, s'en retournant du tombeau : “ Il s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé ” ; or “ ses réflexions n'étaient point des pensées de doute, c'était une méditation pleine de foi sur un phénomène surprenant et mystérieux ”. Schegg, h. l.
Jean chap. 20 verset 9. - Car ils ne savaient pas encore, d'après l'Écriture, qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts. - Car ils ne savaient pas encore. S. Jean, avec une candeur touchante, va indiquer d'un mot pourquoi la foi des disciples n'avait pas été plus prompte et plus complète. - D’après l'Écriture. En particulier les passages suivants : Ps. 15, 10 ; 109, 1-4 ; Is. 53, 10. “ L'union entre l'Ancien Testament et le Nouveau est si intime, que la vraie foi au Nouveau a pour base la connaissance de l'Ancien ; et il existe un effet rétroactif également si intime, que l'Ancien Testament ne peut être compris qu'à la lumière du Nouveau ”. Schegg, h.l. - Qu’il fallait... Cf. Luc. 24, 26. C'était une nécessité d'après les divins conseils. Combien de fois le plan de Dieu relativement à son Christ a été signalé par les évangélistes, surtout vers la fin de la vie de Jésus ! - Qu'il ressuscitât d'entre les morts. Plusieurs fois durant sa vie publique, N.-S. Jésus-Christ avait prédit aux apôtres sa passion et sa résurrection. Cf. 10, 17 ; Matth. 16, 21 ; 17, 21-22 ; 20, 18-19 ; 26, 31-32, etc. Mais beaucoup de choses ne devinrent claires pour eux qu'après qu'elles eurent été accomplies. Cf. 2, 22 et le commentaire. Ils n'eurent que plus tard, après la résurrection et la Pentecôte, la science et l'intelligence complètes des saintes Écritures. Cf. Luc. 24, 27, 46 et ss. ; Act. 1, 3 ; 2, 24 et ss. ; 13, 32-37. Rien de plus instructif que ces détails, car ils renversent la fameuse théorie des mythes évangéliques. “ Ce ne fut point par la connaissance que le Christ devait ressusciter d'entre les morts, connaissance antérieurement puisée dans l’Écriture, que l'on en vint à attendre ce miracle ; mais l'évidence même de la résurrection amena les disciples à comprendre ce que l’Écriture enseignait à ce sujet ”, Edersheim, The Life and Times of Jesus, t. 2, p. 632.
Jean chap. 20 verset 10. - Les disciples s'en retournèrent donc chez eux. - Convaincus maintenant par leur expérience personnelle de la réalité de la résurrection, et rien ne les retenant auprès du sépulcre, les deux apôtres s'en retournent “ chez eux ”, dans leur maison.