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4. Jésus apparaît aux disciples réunis dans le cénacle. 20, 19-23.

 Parall. Marc. 16, 14 ; Luc. 24, 36-43.

19Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, comme les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint, et se tint au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous. 20Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. 21Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez Esprit Saint 23Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez.

Après les apparitions du matin nous avons celles du soir, qui eurent lieu en faveur des disciples d'Emmaüs (Luc. 24, 13-35, et Marc. 16, 12-13), de S. Pierre (Luc. 24, 34) et des disciples réunis. C'est cette dernière qui est racontée ici même ; presque tous les détails de S. Jean sont nouveaux.

Jean chap. 20 verset 19. - Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, comme les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint, et se tint au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous. - Le soir... Les circonstances de temps et de lieu sont notées d'une façon très précise. La nuit était sans doute assez avancée, puisque les disciples d'Emmaüs avaient eu le temps de rentrer à Jérusalem. Cf. Luc. 24, 35-36 et le commentaire. - De ce jour. Avec emphase : en ce grand jour, qui a été justement appelé depuis “ solennité des solennités ”. - Le premier de la semaine. Comme au v. 1 (la Vulgate emploie ici le pluriel, un peu servilement). Les critiques d'après lesquels S. Jean supputerait les heures de minuit à minuit, selon le système romain, croient ce passage très favorable à leur thèse : le soleil étant couché depuis longtemps, disent-ils, pour les Juifs c'était déjà “ le deuxième jour après le sabbat ”, tandis que le narrateur continue d'écrire “ le premier ”. Mais la conclusion n'est pas rigoureuse. Le dimanche finissant à peine, même relativement à des lecteurs juifs il y aurait eu occasion prochaine d'erreur à mentionner le lundi. Les jours orientaux sont d'ailleurs beaucoup plus élastiques que les nôtres, car ils ne commencent pas à heures fixes. - Et les portes. Le grec aussi a le pluriel, bien qu'il soit question d'une seule porte : on retrouve cet usage chez les classiques, et il provient de ce qu'une même porte avait plusieurs battants. - Étaient fermées. Ce détail est mentionné à deux reprises (Cf. v. 26), pour relever le caractère surnaturel de l'apparition. De plus, il nous apprend que le corps du Christ ressuscité n'était plus soumis aux conditions ordinaires du monde matériel. Cf. 1 Cor. 15, 42-44.  - Du lieu où les disciples étaient assemblés. C'était probablement au cénacle. Cf. Act. 1, 13. “ Disciples ” désigne d'abord les apôtres, à part S. Thomas (v. 24) ; puis, d'après S. Luc, 24, 33, un certain nombre d'autres disciples. Il est naturel que les amis de Jésus se soient réunis au soir de ce grand jour, pour s'entretenir des faits extraordinaires qui s'y étaient passés, et aussi, pour discuter un plan de conduite. Le participe assemblés, omis par l'Itala, le syr., les manuscrits א, A, B, D, I, Λ, etc., pourrait bien n'être pas authentique. - Par crainte des Juifs. Les hiérarques, après s'être acharnés contre le Maître, n'allaient-ils pas tomber sur les disciples afin d'étouffer promptement la religion naissante ? On pouvait d'autant plus le redouter maintenant que le bruit de la résurrection de Jésus commençait à se répandre. Voilà pourquoi les portes étaient fermées : on voulait parer à une surprise. - Jésus vint. Quelques anciens auteurs discutent bien inutilement sur la manière dont Notre Seigneur pénétra dans la salle. Le texte ne dit rien qui puisse faire supposer une ouverture miraculeuse des portes, “ la créature qui cède au Créateur ” (S. Jérôme) mention en eût été faite, si elle avait eu lieu. Cf. Act. 12, 10. - Et se tint au milieu d’eux. Circonstance dramatique. Jésus apparaît tout à coup et se tient debout au milieu de l'assemblée, aimable et majestueux tout ensemble. Cf. 19, 13 ; 21, 4 : Tous purent donc constater de près la réalité du corps de Jésus, et se convaincre que l'apparition n'avait rien de fantastique. - La paix soit avec vous. C'était la salutation ordinaire chez les Juifs (שלום לכם, Schalôm lâkem). Voyez l’Évangile selon S. Luc, p 41. Mais quelle force n'avait-elle pas sur les lèvres du Christ ressuscité, et adressée à ses plus intimes amis ! Elle convenait à merveille pour calmer leurs craintes de diverse nature, qui provenaient soit des Juifs, soit de l'apparition inattendue de leur Maître (Cf. Luc. 24, 38), et pour les consoler de leurs douleurs si récentes et si vives.

Jean chap. 20 verset 20. - Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. - A son doux souhait de paix, Jésus daigne associer un acte qui devait les rassurer plus complètement encore. - Il leur montra ses mains et son côté. D'après S. Luc : “ ses mains et ses pieds ”. S. Jean ayant parlé de l’ouverture du côté, 19, 34 et ss., signale naturellement la cicatrice restée au sacré côté. Glorieux stigmates, que le Sauveur montra d'abord aux siens comme des signes irrécusables de sa résurrection (Cf. Act. 1, 3), qu'il montre constamment à son Père pour obtenir le pardon des pécheurs, et aux élus pour leur prouver son généreux amour. - Les disciples furent remplis de joie... Et de quelle joie intense, maintenant qu'ils avaient une certitude complète et personnelle ! C'était la réalisation d'une promesse faite par Jésus la veille de sa mort, 16, 20 : “ vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en joie ”.  - En voyant le Seigneur : motif de leur bonheur.

Jean chap. 20 verset 21. - Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. - Et il leur dit de nouveau. À présent qu'ils sont calmés et rassurés, certains de sa résurrection, ils peuvent entendre le grand message que le Seigneur leur apporte. On lit dans la Recepta : Jésus leur dit de nouveau ; mais Jésus est omis par א, D, L, O, X, l'Itala, le copte, etc. - La paix soit avec vous. Plus haut, v. 19, le souhait de paix concernait surtout le passé et le présent ; il regarde maintenant l'avenir des disciples. En effet, Jésus le réitère non comme un adieu aux disciples, ainsi qu'on l'a pensé quelquefois, mais comme une transition solennelle à la mission qu'il va leur donner. - Comme mon Père m'a envoyé. “ Comme ” attire l’attention sur la correspondance étroite qui existait entre les deux missions et les deux autorités qui les conféraient. Cf. 17, 18. Les apôtres n'auront donc pas à commencer une nouvelle œuvre ; ils devaient continuer celle de Jésus. - Moi aussi : conjonction et pronom très emphatiques. Lui, muni de divins pouvoirs ; lui, l'envoyé, le chargé de mission par excellence. Cf. Hebr. 3, 1. - Je vous envoie. Dans le grec, πεμπω, verbe moins relevé que “ charger de mission ”, et marquant un simple envoi. La mission du Christ était un fait depuis longtemps accompli, de là le parfait ; celle des apôtres allait commencer, de là le temps présent. Avant tout ils seront les hérauts de la résurrection, ce prodige des prodiges, dont ils venaient d'acquérir une entière certitude. Cf. Act. 1, 22 ; 2, 32 ; 4, 2, 33, etc. - Remarquez, dans cette parole de Jésus, le parallélisme des mots, qui est aussi complet que celui des idées : “ Le Père, moi ; a envoyé, envoie ; moi, vous. ”

Jean chap. 20 verset 22. - Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez Esprit Saint  - Ayant dit ces mots. Cette formule unit de la manière la plus intime l'action qui suit (“ il souffla ”) à la parole “ Comme mon Père m'a envoyé ”. Aucun incident intermédiaire ne les sépara. Après la charge, vient un don spécial qui aidera les disciples à s'en bien acquitter. - Il souffla. Ce mot n'est employé en aucun autre passage du Nouveau Testament ; mais les Septante s'en servent Gen. 2, 7, pour marquer la communication de la vie au premier homme par le Créateur. Cf. Livre de la Sagesse 15, 11. Jésus transmit par le même geste une vie nouvelle à ses amis, en vue de leurs sublimes fonctions. C'est un symbole, évidemment, basé sur les relations qui existent soit entre le souffle et l'esprit (3, 8), soit entre la respiration et la vie. Cf. Ezech. 37, 5 et ss.. - Et leur dit... Le Sauveur s'était servi du même terme en distribuant aux Douze la Sainte Eucharistie. Cf. Matth. 26, 26, et parall. Donc, en ce moment, les disciples ne reçurent pas une simple promesse (S. Jean Chrysost., Grotius, etc.), mais une véritable effusion de Esprit Saint, quoique partielle (“ les arrhes de la Pentecôte ”, Bengel), en attendant la communication plénière et plus solennelle de ses dons dans un prochain avenir. Cf. 7, 39 ; Act. 2, 1 et ss. Ce texte est classique pour démontrer la procession de l’Esprit Saint “ du Père et du Fils ”. S. Anselme en tire encore deux conclusions pour le traité de l'Incarnation : “ Le Christ était un vrai homme qui peut respirer, un vrai Dieu qui peut donner l’Esprit Saint ”.

Jean chap. 20 verset 23. - Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. - Un pouvoir tout céleste, “ le pouvoir des clés ”, est associé à l'effusion du divin Esprit. - Les péchés seront remis... Il n'y a d'exception ni pour les individus, ni pour les péchés. Le verbe est le même que dans l'Oraison dominicale, où l'on dit à Dieu, Matth. 6, 12 : “ Et remettez-nous nos dettes ”. Les disciples sont donc autorisés par cette parole de Jésus à faire ce que Dieu fait lui-même à l'égard du péché. - Dans le texte grec, cette tournure aussi est très expressive, car elle indique que les péchés sont remis “ ipso facto ”, sans le moindre intervalle entre l'absolution extérieure et le pardon intérieur. - Et ils seront retenus... Jésus fait une autre hypothèse. Il se rencontrera des cas où les pécheurs seront indignes de pardon, parce qu'ils n'auront pas une contrition sincère ; alors les représentants du Christ devront “ retenir ” les péchés au lieu de les remettre. Nul doute qu'il ne s'agisse en cet endroit du sacrement de Pénitence et de son institution. “ Si quelqu’un dit que ces paroles du Sauveur : recevez l’Esprit Saint, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus ceux que vous retiendrez, ne doivent pas être comprises au sens du pouvoir de remettre et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence ; et, contre l’institution de ce sacrement,  en déformera le sens pour leur faire signifier le pouvoir de prêcher l’évangile, qu’il soit anathème ”. Conc. Trid., Sess. 14, can. 3. Cf. Matth. 18, 18 et le commentaire ; Bellarmin, De Pœnitentia, lib 3, cap. 2 ; Corluy, Comment. in Evang. S. Joannis, p. 474 et ss. de la 2e édit.

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